- Speaker #0
Nouvelle vague, ta-la, Bon allez, c'est Richard Anthony, c'est 1960, c'est Nouvelle Vague Fracture, bonjour, bonsoir Ça dépend de l'heure à laquelle vous allez découvrir ce dixième épisode Happy Birthday, dix épisodes On résiste, je suis content On résiste toujours avec trois critiques Deux consœurs, un confrère Larry Men, Lina, Sadek, comment allez-vous ?
- Speaker #1
Si vous aimez la mer, si vous aimez la ville, si vous aimez la montagne, bienvenue à Fractures.
- Speaker #0
Non, on vous emmerde, c'est ça qu'il faut dire. On va parler de nouvelles vagues. Le dernier film, enfin l'avant-dernier film en date de Richard Linkhalter parce qu'il en a fait un autre il y a quelques mois de cela. Je rappelle quand même que Fracture, c'est d'abord et avant tout une revue algérienne, j'insiste sur algérienne, de critique de cinéma qui a été créée dans le cadre d'une formation depuis décembre 2024. La première promotion c'était à Alger, la seconde c'était à Clemson et bientôt au rang pour la troisième promotion et une revue a été créée, le numéro 1 est paru, les autres vont arriver très très vite, ne vous inquiétez pas et entre temps...
- Speaker #2
C'est peut-être le troisième avant le deuxième.
- Speaker #0
Non tu verras, c'est déconstruit, c'est à la Godard. Ah tiens, ça tombe bien, on va parler de Nouvelle Vague et je remercie bien évidemment toute l'équipe de l'Institut Français en Algérie, d'Alger et puis surtout Samy à la technique. Alors, Nouvelle Vague. Richard Linkhalter, c'est un cinéaste pour qui le cinéma, ce n'est pas un objet figé. Ça n'a jamais été un objet figé. C'est une espèce de circulation. Il y a du temps, des corps, des paroles. Et depuis ses premiers films, cinéaste américain, cinéaste texan, il filme moins des histoires que des états. C'est des moments qui sont suspendus, où les êtres partent pour ne pas disparaître, où la durée devient une matière presque palpable. Et chez lui, le cinéma est souvent une question simple et vertigineuse. Que reste-t-il quand on laisse le temps faire son travail ? Avec Nouvelle Vague, il s'attaque à un territoire beaucoup plus chargé encore, celui d'un mythe. Non seulement un moment de cinéma, mais une légende fondatrice, celle de Jean-Luc Godard et de ses contemporains. Celle d'un surgissement, d'un geste de rupture qui aurait peut-être redéfini ce que filmer veut dire. Certains disent peut-être, moi je ne l'utilise pas. Mais que filme exactement Link Helter ici ? Un moment historique, une mémoire reconstruite ou peut-être autre chose, c'est-à-dire une idée du cinéma beaucoup plus douce que conflictuelle, beaucoup plus fluide que tranchante. Dans le film, le temps, toujours là, semble hésiter. Les personnages avancent comme s'ils inventaient leur propre rythme et comme si chaque dialogue était une manière de suspendre la chute du monde. La parole y est centrale, presque vitale. Elle retarde, elle enveloppe, elle remplace parfois l'action. Parler pour tenir, parler pour durer. parler, pour exister encore un peu dans l'image. Mais allons à une question à fleur. Est-ce que cette parole ouvre le réel ou bien l'adoucit-elle ? Car derrière cette apparente légèreté, quelque chose se joue. Une tension discrète entre deux visions du cinéma, d'un côté un art qui caresse le monde, qui le frôle sans jamais vouloir le saisir tout à fait, et de l'autre, l'idée peut être absente ici. D'un cinéma plus conflictuel, plus âpre, qui ne chercherait pas seulement à accompagner le réel, mais à le heurter. Et le film peut-être semble choisir son camp, celui d'une circulation fluide, presque apaisée, comme si le geste fondateur de la nouvelle vague devenait moins une rupture qu'un mouvement, moins une guerre qu'un élan. Mais est-ce encore cela, la nouvelle vague ? Car historiquement, c'est un moment qui fut un choc, c'est une confrontation très violente avec ce qui précédait, le fameux cinéma de papa, les années 50. La nouvelle vague, d'abord, c'est théorique, c'est les cahiers du cinéma, c'est une certaine tendance du cinéma français, c'est beaucoup de choses, beaucoup de textes, c'est une bataille esthétique. critique, presque politique. Discutables parfois, politiquement parlant. Une affaire de conflit, d'argent, de pouvoir, de langage. Un endroit où le cinéma ne cherchait pas seulement à être libre, mais à s'arracher à quelque chose. Or ici, tout semble parfois réconcilié. Le désordre devient jeu, l'improvisation devient charme, même les tensions économiques, artistiques, humaines, toutes les séquences avec le producteur, c'est magnifique, semblent se dissoudre dans une forme de douceur narrative. Comme si le cinéma, au lieu d'être une lutte, devenait un souvenir agréable de lutte. Est-ce qu'il faut y voir une simplification, une réécriture ou bien une autre manière de penser le cinéma ? Est-ce que c'est un hommage ? Au fond, la question centrale pourrait être celle-ci. Qu'est-ce que voir veut dire aujourd'hui ? Voir comme promesse fragile, humaine, incertaine ? Chez Linkhalter, le regard semble toujours sur le point de se dérober. Mais alors que reste-t-il de l'élan initial ? Qu'est-ce qu'un courant de cinéma, une fois devenu image, une fois devenu récit ? Peut-on filmer une révolution sans en conserver la violence ? Est-ce qu'il y a de la violence dans ce film ? Et surtout, le cinéma aujourd'hui ? Est-il encore un geste de rupture ou déjà un geste de mémoire ? Peut-être que Nouvelle Vague ne répond pas à ces questions, peut-être qu'il les contourne ou peut-être qu'il les pose autrement, à voix basse, dans le mouvement même de ses plans. Et c'est peut-être précisément là que le film devient intéressant, dans cet écart entre ce qu'il montre et ce qu'il laisse hors champ. Est-ce que, Lina, ce film t'a laissé hors champ ?
- Speaker #2
Pour moi, il y a deux films, dans le sens où il y a Nouvelle Vague, sorti en 2025, et il y a A bout de souffle. Donc en gros, on assiste à... Il y a la réalisation du coup d'A bout de souffle, mais en même temps, ça c'est très complexe, mais en même temps, on assiste à la naissance de Godard avec un grand G, qui avant, à bout de souffle, n'était pas forcément connu dans le milieu, en tout cas, il n'était pas très très connu en tant que réalisateur. Il avait réalisé seulement un court-métrage et il écrivait pour les cahiers du cinéma, c'est bien cela. Voilà, donc on assiste à sa naissance. et en même temps au coulisse de la réalisation de A bout de souffle et les deux s'entremêlent c'est totalement incroyable et du coup ce qui donne cet effet d'instantanéité d'improvisation c'est pareil en fait on assiste à Godard qui crée son film coûte que coûte donc il n'y a pas de scénario il n'a pas forcément de mise en scène euh... précise, sur le tas il a une idée,
- Speaker #1
il la réalise il n'y a même pas de scénario oui c'est ce que j'ai dit,
- Speaker #2
il n'y a pas de scénario et d'ailleurs il y a une scène incroyable d'ailleurs mention spéciale à l'acteur qui joue Raoul j'ai adoré ce personnage c'était totalement hilarant la scène où il va tourner dans une ruelle et il y a une espèce de boîte pour mettre les colis ou je ne sais quoi.
- Speaker #3
C'est un système D. C'est ça.
- Speaker #2
On ne croirait pas que Raoul pourrait rentrer là-dedans.
- Speaker #0
Raoul Coutard, le directeur photo du film.
- Speaker #2
C'est ça. Et il rentre et il dit, ouais, ce n'est pas grave, on va le mettre là-dedans. Du film à bout de souffle. Oui, ils disent, pour que les gens ne voient pas qu'on est en train de filmer, on va mettre Raoul.
- Speaker #3
Pour avoir surtout des figurants gratuitement.
- Speaker #2
Oui, aussi. Oui, aussi. Oui, il y a beaucoup de... Enfin, c'est une histoire de budget. Enfin, il y a toutes sortes de petites problématiques. que rencontre un jeune réalisateur fauché, mais qui a cette envie de faire des films, qui est mise en scène à l'écran. Donc on voit ça, on assiste à tous les coulisses, les petites querelles entre réalisateur et actrice, entre le producteur aussi qui était totalement subjugant dans son rôle. C'était splendide à regarder.
- Speaker #1
c'est un film qui rend justement hommage comme le... comme au titre, à la nouvelle vague, les cahiers du cinéma, et surtout, bien évidemment, le cinéma de Godard. Dans sa manière de filmer, cette caméra, dans les plans moyens, ne se met ni de face, ni de profil, et les personnages qui donnent un petit monologue en cassant le quatrième mur, comme dans la scène, là on voit Jacques Vivette, au bureau qui était en train de lire la critique de Godard sur le film de son ami Truffaut Les 400 coups. Et de l'autre côté du bureau, il y avait justement Romer, Eric Romer. Aussi, la manière de filmer à la Godard justement dans cette scène quand Godard prend la route vers Akan. Dans la voiture, un premier plan sur la route, puis on est dans la voiture, un premier plan sur la route, puis un pan à gauche sur Belmondo, et puis cut, on saute, on est sur la route là maintenant, et on regarde justement la voiture qui vient et avec on la suit. Je suis avec un pan de Ausha droite. Cette scène, je pense, on l'avait vue à bout de souffle, et je pense même dans Pierrot le fou, comme c'est un road movie aussi. Un film, comme le disait bien Lina, c'est un cours de cinéma. Peut-être qu'on ne voit pas ça, parce qu'il n'y a pas moyen de le montrer, mais on écoute la philosophie de Godard de faire des films. On ne coupe pas les scènes, mais on coupe dans les scènes. Et ça, c'est une manière, c'est la touche godardesque, si on peut dire, dans le montage.
- Speaker #3
J'ai eu presque l'impression d'écouter des personnes âgées parler de l'époque, d'évoquer leurs souvenirs de l'époque. C'était assez agréable. Là où je vais te contrer, Sader, c'est que, justement, pourquoi faire en 2025 un film sur la nouvelle vague ? Pourquoi ?
- Speaker #1
Je me posais la même question, et surtout que le réalisateur est américain.
- Speaker #3
Oui. Alors, moi, je me suis répondue à cette question. Et pour moi, ce film, justement, c'est un film qui, déjà, démystifie... cette nouvelle vague, mais surtout Godard, parce qu'on devrait se poser déjà la question, le film s'appelle Nouvelle Vague, mais on va suivre Godard, alors que la Nouvelle Vague, c'est plusieurs cinéastes. Ils sont évoqués, effectivement, mais on va suivre vraiment Godard. Parce que je pense que dans le conscient collectif, on associe la Nouvelle Vague plus à Godard que peut-être à d'autres cinéastes. C'est vraiment la figure emblématique. à juste titre ou pas, chacun son avis là-dessus. Du coup, pour moi, le cinéaste, il démystifie cette nouvelle vague et il nous montre justement que ce cinéma qui voulait sortir de ses codes classiques du cinéma, ça peut devenir un cinéma codifié en fin de compte. Et il reprend justement les codes de la nouvelle vague. pour faire du cinéma. Comme quoi, pour moi, c'est comme si on disait qu'au final, le cinéma, c'est des codes qui s'héritent, qui s'influencent, qui se créent, mais qui continuent de s'influencer et de se transmettre continuellement, perpétuellement. Que cette conception de sortir de certains codes, faite sur le moment, effectivement, c'est le cas. Mais ça va devenir les codes de demain. Et il nous montre ça en reprenant justement les codes de la nouvelle vague, mais surtout de Godard. Et je trouve ça extrêmement intéressant de faire ça de cette manière. Et en même temps, déjà ça c'est énorme, mais aussi je trouve que ce film est un essai visuel. En fait, il va nous pousser à réfléchir sur... plusieurs éléments en lien avec le cinéma. C'est un film qui parle de cinéma clairement, vu qu'on va suivre un cinéaste, etc. Mais il va traiter de plusieurs sujets qu'il va comme ça éparpiller et qui vont nous pousser à la réflexion. Je vais prendre un exemple que j'ai adoré. Le moment, la scène où, avant que... Godard entame le projet, la discussion entre lui et le producteur, où le producteur lui dit, écoute, on ne va pas avoir un énorme budget, même pas un budget « normal » , entre guillemets. Et Godard lui dit, tu sais, chez nous, chez les cahiers, on ne pense pas qu'un film est lié à son budget, il n'y a pas besoin d'un grand budget. Au contraire, la limite du budget, ça pousse à la créativité artistique. C'est tout. C'était un moment un peu drôle.
- Speaker #1
Et ça, pardon, ça, je pense, dans la scène qui suit, on trouve Roberto Rossellini, le père, le nom truffaut dans le film, je vais revenir sur ça, c'est très important. Tu es le père de la Nouvelle Vague, alors que, aussi, Roberto Rossellini est considéré comme le père du néoréalisme italien, qui est, justement, l'introduction de faire euh Ou bien la première école qui fait du cinéma à petit budget.
- Speaker #0
Dans la rue et qui questionne certaines catégories sociales, ce que ne fera pas forcément la Nouvelle Vague. dans sa majorité.
- Speaker #3
Exactement. Alors, pour revenir sur ce point-là, je trouve ça extrêmement intéressant, comme point de vue, j'adhère entièrement déjà. Il est en train de nous dire qu'aujourd'hui, en fait, on va s'appuyer très souvent sur des budgets énormes. Qui dit des budgets énormes ? Et on va le voir par la suite, on va parler de moyens. technique, donc tout ce qui est caméra, etc. On va voir le choix de Godard par la suite pour son film, très intéressant. En fait, il nous dit que s'appuyer sur les moyens pour faire un film, en fait, ça ne fait pas le film. Ce qui fait le film, c'est vraiment la création artistique, parce que des moyens, ça devient vite obsolète. Et comme le moyen devient vite obsolète, le film aussi. Et encore une fois, là, là où je pourrais dire qu'il y a un petit clin d'œil vraiment au cinéma de Godard, c'est qu'aujourd'hui encore, on peut regarder les films de Godard. Ils ne sont pas devenus obsolètes, malgré le peu de moyens. Donc, pour moi, déjà, il y a une certaine vision du cinéma qui est très importante par rapport à Rossellini. Le moment où j'ai trouvé ça extrêmement fascinant, et peut-être que je ne l'aurais jamais su de moi-même si je n'avais pas vu ce film, C'est que dans la scène où Godard va le déposer, extrêmement important, en fait, il lui donne tous les conseils à suivre. Et Godard va suivre au traitre-mousse qui va lui dire, quand tu n'as plus d'inspiration, tu ne tournes plus. Il lui donne vraiment les clés. Donc le mythe de Godard, le génie du cinéma, lui aussi s'est inspiré. Lui aussi a été guidé. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. C'est qu'on a vraiment un idolâtre Godard, le génie qu'il est. Mais en vrai, il y a toujours des personnes derrière lui. Et je vais aller même plus loin. C'est l'élément que j'ai trouvé le plus fascinant dans ce film. C'est qu'en vrai, à bout de souffle, La fin emblématique d'A bout de souffle, à qui la doit-on ? A Godard ou à Jean ?
- Speaker #0
C'est une légende urbaine ça, on sait pas trop comment ça s'est passé. Attention, c'est une légende urbaine. C'est une légende urbaine.
- Speaker #3
Que ce soit vrai ou pas. Que ce soit vrai ou pas.
- Speaker #0
Nick Lator nous dit... Mais moi je suis d'accord sur le fait que moi j'étais super content de voir cette manière de déconstruire quelque chose. Exactement,
- Speaker #3
qu'un film c'est pas juste le réalisateur.
- Speaker #0
Et que ça soit une femme aussi. Ça c'est important. C'est là où il y a la résonance avec 2020. 2025.
- Speaker #3
Moi, je trouve ça extrêmement important, même voire humble, qu'un cinéaste choisisse de montrer ça. Ce n'est pas contre Godard. Ça parle de cinéma en général. Qu'un film, c'est pas juste... Effectivement, c'est le leader, le cinéaste, mais il y a une équipe derrière lui. Et on voit l'investissement de tous les personnages et à quel point tous ces personnages, en fait, ils apportent leur Merci. pierre à l'édifice. Et je trouve ça génial.
- Speaker #1
Je pense aussi que ce regard est influencé par le fait, je le disais, je le répète, par le fait que le réalisateur de ce film est américain. Et dans le monde entier, on connaît la Nouvelle Vague à travers Godard. On connaît le Godard plus que Truffaut, plus que Chabrol, plus que Romer, plus que les autres. Je pense qu'il voulait Merci. introduire la nouvelle vague à travers sa figure, le réalisateur le plus connu de ce mouvement là qui est Godard parce que dans le film on voit Truffaut, on lui rend hommage on lui donne sa juste valeur et ça justement son rôle dans un bout de souffle aussi Chabrol et le reste des cinéastes même le La scénariste, elle s'appelle comment ?
- Speaker #0
Suzanne Schiffman ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça c'est tellement rare qu'on parle de Suzanne Schiffman, qui est un personnage très important dans ce mouvement-là, et qui a été l'assistante et scénariste de François Truffaut, personnage important du cinéma français.
- Speaker #1
Voilà, justement, et on trouve toutes ces légendes-là dans un seul film, je pense ça ne peut être Quel bel hommage à cette époque-là. Parce qu'imaginons, à notre époque, on fera d'ici 50 ans... Un film, genre, imaginez, dans lequel Nolan, Scorsese, Tarantino, Fincher, ils se réunissent tous dans un seul film et ils le font sortir avec chacun son rôle et les dialogues qui puissent arriver. Je pense que cela va être très intéressant et ça va parler à beaucoup de gens.
- Speaker #3
Écoute, pour moi... quand je dis ce n'est pas un hommage, ce n'est pas dans le sens où il va à l'encontre de ce mouvement ou du cinéma de Godard. Absolument pas. Au contraire, il dit que le cinéma de Godard et le cinéma de la Nouvelle Vague en général a été important parce que c'est la base du cinéma d'aujourd'hui. Ce que je veux dire, c'est que... démystifie le fait que la nouvelle vague soit juste un cinéma qui allait à l'encontre des codes du cinéma. C'est beaucoup plus ça.
- Speaker #2
Justement, il y a la partie de Rossellini lorsqu'il était au cahier du cinéma et qu'il était entouré de toutes ces figures de la nouvelle vague et des auteurs des cahiers. J'ai noté deux de ses citations et une autre de Paul Gauguin. Je vais les lire rapidement parce que ça a son sens. Du coup, il y a celle-ci de Paul Gauguin, « L'art, c'est soit du plagiat, soit la révolution » . Et ensuite, Rossellini qui dit « La vraie liberté et logique n'a que faire des règles et des habitudes. Il ne faudrait filmer que dans un état d'urgence et de nécessité » , chose qu'effectivement Godard reprend à la lettre. Et pour créer un mouvement, il faut se cristalliser dans une position et dès lors qu'on se cristallise, on se castre. Celle-là, c'est ma préférée. Et justement, j'ai l'impression que tout du long du film, étant donné que ça concerne Godard et son film, donc on va rester là-dessus, j'ai l'impression qu'effectivement, Godard essaye de reproduire le sens derrière ses messages. Et tout le film portait ce message de rébellion, du fait de la nécessité et de l'urgence d'être différent, de se différencier, d'apporter quelque chose de nouveau, de faire la révolution en quelque sorte. Et j'ai trouvé ça intéressant et je trouve aussi qu'il y a un certain message d'espoir. et d'encouragement. Exactement, je suis entièrement d'accord. C'est ça, parce qu'à la fin du film, je te jure que tu as envie de faire un film. Tu te dis, écoute, tu vois Godard avec toutes ses galères et tout. Il n'y avait pas de scénario. Il écrivait des semblants de scènes au café le matin, quelques minutes avant le tournage. D'ailleurs, son actrice, elle n'en pouvait plus de lui. Pour elle, c'est anormal qu'un réalisateur n'écrive pas, n'ait pas de scénario. d'idées de mise en scène et c'était très beau à voir. Du coup, je disais par rapport au message d'espoir, en gros, la nouvelle vague, le mouvement de la nouvelle vague, ce terme est académique, historique, etc. Mais ce que je pense, en gros, c'est que lorsqu'on voit Godard, c'est quelqu'un de très réservé, de très sensible. On pourrait croire, si on le voit, si on entend seulement parler à travers justement les cours de cinéma ou de personnes de milieu bourge, comme dirait Néryman. On pourrait croire que c'est quelqu'un d'autre, qu'il y ait cette sensation d'entre-soi, mais lorsqu'on le voit, que ce soit lorsqu'il parle avec ses collègues ou lorsqu'il est seul, il y a cette sensibilité qui est profondément humaine finalement. Et du coup, la nouvelle vague, pour mon interprétation, je dirais que c'est juste ce courage d'aller creuser au fond de soi, au fond de son chaos, Et d'aller partager. cela au reste du monde, d'en faire un film et de partager avec les autres.
- Speaker #3
Tu m'excuseras, Lina, mais moi, vraiment, j'ai eu l'impression, justement, d'un entre-soi, d'entre-bourges.
- Speaker #2
Mais pour la première, moi qui suis la première à taper sur les gens, pour la première fois, j'ai eu l'impression du contraire.
- Speaker #3
Après, qu'ils soient bourgeois ou non, le film montre bien que, par exemple, Godard, il a utilisé très peu de moyens pour son film. Ça, c'est autre chose, le statut social. Mais quand même, pour moi, j'ai eu l'impression que le milieu cinématographique de cette époque était extrêmement fermé, justement. Il n'y a pas de cinéaste qui vient d'un milieu modeste ou quoi. D'ailleurs, même, on voit un moment Godard qui pique quelques billets pour aller à Cannes et je me suis dit mais mec pourquoi tu piques des billets tu as une décapotable de malade tu n'as pas les moyens de partir tout seul c'est quoi le délire ?
- Speaker #0
Allez on reste dans le film
- Speaker #1
On reste dans le film justement il y a un truc technique qui m'a frappé surtout dans le scénario il n'y a pas vraiment un antagoniste dans le film comme on le voit souvent dans le cinéma de Godard Et malgré ça, on trouve une certaine mélancolie discrète. Cette rage qu'on ne voit pas vraiment directement, qu'elle n'est pas frappante dans la mise en scène, un peu dans la mise en scène, surtout dans les couleurs, mais on ne le sent pas directement. On le sait soit vers la fin du film, comme à bout de souffle, Euh... genre tout était bien, tout était visible, cette manière subtile de tuer le flic, après on continue sa vie très normalement, après le châtiment vient vers la suite, vient vers la fin du film, là où Jean Seberg, elle prend la même manière de, ça en le voit dans Nouvelle Vague justement, quand elle dit c'est dégueulasse. Et aussi dans Pierrot le fou, le couple vivait sa vie très normalement et jusqu'à la fin du film, on comprend que c'est l'un des films les plus tristes de l'histoire du cinéma.
- Speaker #3
Je voulais juste revenir sur un petit élément pour poursuivre dans mon idée de l'essai critique sur le cinéma. Ce que j'ai trouvé extrêmement intéressant, c'est aussi... Linklater nous montre la manipulation des médias dans le succès d'un film. Ça, c'était génial. En fait, il nous montre que même à l'époque, il y avait le principe de buzz. C'est génial.
- Speaker #0
Nouvelle vague. Dites-moi.
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #0
Est-ce qu'il faudrait un film sur... Sur la nouvelle vague du cinéma algérien. Très bien.
- Speaker #3
Est-ce qu'il y en a une ?
- Speaker #0
Ah moi j'ai fait partie de ces...
- Speaker #3
On a déjà parlé de toi.
- Speaker #1
Allons faire un film.
- Speaker #0
J'ai fait partie de ces journalistes qui ont osé utiliser, je le regrette amèrement d'ailleurs, ce terme-là. Non pas pour discréditer...
- Speaker #1
Parmi nous, il n'y en a qu'un seul qui a fait un long-métrage, voire deux long-métrages. Le reste, il a fait des courts-métrages et c'est de l'anti-cinéma comme disait Godard.
- Speaker #0
Nouvelle vague, Richard Linkhalter, on vous invite férocement, passionnément à aller voir ce film ou le revoir en tout cas. Et n'hésitez pas encore et toujours à nous glisser, comme ça à nous déposer des commentaires, qu'ils soient positifs ou négatifs, mais au moins que ça crée du dialogue. En tout cas, merci Lina, merci Adrien, merci Sadek. Merci à toute l'équipe de l'Institut français d'Algérie, merci à Samy pour la technique et on se retrouve très vite pour le 11ème épisode, je crois que j'ai tout dit, voyez des films, prenez bien soin de vous et à très vite. Au revoir,
- Speaker #3
bonne écoute !