- Speaker #0
trois critiques de cinéma, Lina, Nariman, Sadeg. Merci à vous trois d'être là. Comment allez-vous ?
- Speaker #1
Ça va. Très bien.
- Speaker #0
Ça va très bien. À la technique, comme d'habitude, Samy, que je remercie. Et j'en profite aussi pour remercier l'équipe de l'Institut français belge pour l'aide à la conception de cette émission. Nous avons parlé dans ce huitième épisode d'un film français, L'inconnu de la Grande Arche, du réalisateur Stéphane Demoustier. Ce film est sorti en France en novembre 2025. C'est le douzième film de Stéphane Demoustier. Une filmographie composée de 12 films, dont 6 courts-métrages et une série. Et nous allons parler donc d'un film qui s'inspire de la construction de la grande arche de la Défense dans les années 80. Et s'attache au parcours de l'architecte danois Johan Otto von Spreckelsen. J'espère que je l'ai bien prononcé. Choisi à l'issue d'un concours international lancé sous la présidence de François Mitterrand et qui nous offre d'ailleurs une ouverture du film assez saugrenue. Arrivé en France pour mener à bien ce projet d'envergure, Otto... Johan se retrouve rapidement confronté à un environnement marqué par des procédures administratives complexes, des arbitrages politiques et des contraintes économiques qui influencent la réalisation du chantier. Factuellement, le film suit un créateur, porteur d'une vision très affirmée, dont la conception de l'architecture se heurte progressivement aux logiques de gestion et de compromis propres à un projet public de cette ampleur. C'est une situation qui place le personnage dans une position particulière. L'attachement à certains principes, son attachement. mais notamment esthétique et technique. Les lois ne peu à peu des différents acteurs impliqués dans la construction. La mise en scène, toujours de manière factuelle, adopte une approche relativement sobre. On pourra peut-être me contredire là-dessus. Plutôt que de chercher à donner une dimension spectaculaire au monument lui-même, le film privilégie un suivi assez direct des étapes du projet et des discussions qui l'entourent. Le cadrage, la progression narrative, vis-à-vis de la lisibilité, il s'agit de rendre compréhensible des enjeux techniques. administratif, politique, qui structure l'avancée du chantier. Cette orientation pose aussi une question de représentation. L'objet architectural étant encore en devenir pendant la majeure partie du récit, le film montre surtout les espaces du travail. Réunion au pluriel, plan au pluriel, bon, maquette, chantier au pluriel. Plutôt que le mouvement, le monument, pardon, achevé. Le mouvement, c'est un abscisse révélateur. L'action se déroule par ailleurs dans un contexte historique précis, très important. Nous allons y revenir. Celui de la France des années 80. Je l'ai bien vécu, j'étais enfant à cette époque. que le film reconstitue à travers décors, costumes et éléments du quotidien. Et donc la narration progresse enfin par étapes successives, qui jalonnent l'évolution du projet et les transformations des rapports entre les différents protagonistes. L'ensemble conduit progressivement vers une issue connue d'avant, c'est-à-dire la réalisation du bâtiment, mais dans des conditions qui redéfinissent la place de celui qui en avait imaginé la forme initiale. Parce qu'effectivement, ce bâtiment existe, mais on va spoiler, parce qu'il faut toujours spoiler quand on parle d'un film. il s'en passe des choses dans ce film. C'est donc un film qui suit la trajectoire d'un projet architectural, autant que celle de l'homme qu'il a imaginé, Nariman. Comment tu as reçu cette histoire ?
- Speaker #2
C'est un film que j'ai dû revoir deux fois, parce que la première fois, j'ai juste apprécié le moment. J'ai adoré ce film, déjà je l'ai adoré, parce que je me suis beaucoup identifiée à l'architecte. Otto, tout au long du film, on voit la vision d'un artiste intègre qui refuse, il le dit à un moment, il est architecte, il n'est pas politicien, donc il refuse tous ses aspects extérieurs. Pour lui, tout ce qui l'intéresse, c'est sa vision artistique et c'est le plus important. On a un format 4 tiers qui... reproduit le cinéma d'avant. Donc vraiment, déjà, on est plongé dans la forme. Puis on a une sorte d'esthétique un peu rétro, avec du grain, etc. Donc on a l'impression que c'est un film qui est sorti dans les années 80. On a cette esthétique d'avant. Pellicule. Exactement, cette pellicule. Mais au-delà de ça, moi j'ai trouvé que le film, comme tu l'as très bien dit, ce n'est pas une mise en scène du spectaculaire, c'est une mise en scène très fine qui reproduit, c'est à l'image, de la vision de cet architecte, c'est-à-dire tout est dans le détail. C'est très fin, mais c'est les détails qui comptent. Et je vais m'expliquer. Alors déjà, l'ouverture, tu en as fait référence, c'est amer, que j'ai adoré également. où on a un écran noir et juste une voix qui annonce Mitterrand. Et puis, il y a l'ouverture, on voit Mitterrand qui rentre, et il est entouré de plusieurs personnes, et il est au centre du cadre. Donc, de suite, on sait que la figure de Mitterrand va être très importante dans ce film, et surtout dans le parcours de cet architecte, qui est choisi au cours du concours pour... réaliser cet édifice. Mais au delà de ça, il y a des petits détails que vraiment moi ils m'ont surpris et c'est parfois c'est au second visionnage que je les ai remarqués. Par exemple le fait que la mise en scène de Moustier elle est vraiment aiguisée au couteau dans le sens où on a pratiquement tous les plans qui sont très expressifs. On voit que c'est un film qui nous relate l'isolement d'un artiste qui n'est pas compris, dont la vision n'est pas comprise par autrui, par les éléments extérieurs. Et on voit qu'il est confronté à une certaine réalité et une réalité pas très joyeuse. Il y a un plan que j'ai adoré. C'est le moment où il y a la rencontre déjà avant. c'est le moment de la conférence où on voit déjà l'intention du cinéaste alors dès que la conférence elle est terminée, il y a le public qui se lève et le public cache les personnes qui sont autour de l'architecte auto et déjà il l'isole et un zoom sur cet architecte on a déjà une intention du cinéaste il nous dit cet architecte va être isolé Merci. durant tout ce projet, mais pas que. Dès la rencontre avec Mitterrand, quand ils sortent, ce qui était incroyable, je trouve que ce film accorde une certaine image assez belle, je trouve, du président Mitterrand. Alors quand ils le rencontrent, pour voir ce que ça peut donner, en tout cas la toiture de l'édifice, ils sortent. Mitterrand sort sans sécurité, c'était incroyable ce moment-là, en compagnie de l'architecte et il marche dans la rue. Et ils ont une démarche, que ce soit l'architecte et Mitterrand, ils ont une démarche presque synchronisée. Et là, le cinéaste nous dit que Mitterrand va marcher avec l'architecte pour ce projet, il va l'accompagner, il va le soutenir. Et c'est ce qu'on va voir par la suite dans ce film. J'ai trouvé que le film reprenait une mise en scène assez géométrique à l'image de l'architecture, du sujet en lui-même qui est l'architecture, et qui rend pas mal hommage, je trouve, à beaucoup de monuments français, monuments et architecture. qu'on voit très souvent dans ce film. Et très souvent, on va voir à l'écran que l'architecte va être très souvent isolé, voire écrasé par ce qui l'entoure.
- Speaker #3
Je veux juste rajouter un truc, et je vais rebondir sur le point de l'esthétique, parce que c'était très parlant, ça m'a vraiment marqué dans ce film. Il faut vraiment préciser que le film a gagné le César de Best Production Design, meilleur décor, et aussi un autre César pour les meilleurs effets visuels en 2025. Et aussi, il a été nommé à Cannes pour le prix d'un certain regard, pour voir l'importance du film. Mais avant de parler de l'esthétique, je veux parler... et mettre le point sur le fait, comment dirais-je, j'ai pas envie de dire le courage de la part du réalisateur, parce que c'est un film, malgré être un film dont les événements se déroulent dans les années 80, et pourtant ça n'a pas empêché le réalisateur d'oser filmer à l'extérieur, envoyer des plans larges, des plans d'ensemble. qui met en avant justement l'architecture et la ville de Paris qui est l'essence du film. Et ce que je voulais dire, c'est que le film restait fidèle à son âme, comme tu disais Nariman, il épouse cette vision et cette figure de l'architecture qui est le personnage principal. Un autre point par rapport à l'esthétique, oui c'était beau, même les couleurs étaient calculées. Ce n'est pas uniquement la composition, là on met les personnages, là on donne plus de valeur à l'architecture, à la ville. D'ailleurs, le... Comme tu l'as bien dit, le ratio du film est de 4 tiers. C'est un format qui nous aide à avoir plus de détails à l'image. En hauteur. Oui. Je ne sais pas si c'était intentionnel de la part du réalisateur. On parle d'un monument. l'élément déclencheur c'est la construction de la grande arche qui prend une forme carrée et là on a un ratio presque carré je sais pas si c'est une coïncidence
- Speaker #1
ou pas mais bon franchement j'ai adoré ce film toi Nariman tu l'as vu deux fois moi je l'ai vu en deux fois et Merci. Ça a joué en mon regard, on va dire. Selon moi, en fait, ce film ne parle pas que d'architecture, ou ne parle tout simplement pas d'architecture, mais plus de la fragilité d'un artiste face aux dynamiques de pouvoir. Je m'explique. Et je mets l'accent sur le terme « artiste » . Je vais en profiter pour ouvrir une petite parenthèse. Il faut savoir que moi, avant de voir ce film, j'avais une espèce de conception concernant le métier d'architecte. Pour moi, un architecte, c'est quelqu'un de très méthodique, très propre, très clean dans sa manière de s'habiller, de s'exprimer. Il n'a jamais le temps, très organisé, etc. Froid aussi dans son esthétique. Et ce film, eh bien, j'ai... à travers le personnage de Sprackelson, soulignant la classe de sonante famille, eh bien là, je vois plus l'artiste que l'architecte. Et ce qui est intéressant, c'est que nous avons un parallèle avec l'autre architecte du film, M. Paul Andreux, c'est ça ?
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #1
Eh bien lui, il colle parfaitement à l'image que j'avais de ce métier-là. Donc ce qui est intéressant, c'est que nous avons... deux configurations. Les deux sont architectes, mais l'un revendique plus l'artiste en lui-même. Ça m'a permis d'avoir une certaine ouverture d'esprit par rapport à cela. Je referme la parenthèse. Tant que je parlais des dynamiques de pouvoir, pour moi, tout commence à partir de ce trio, à savoir Van Otho, l'architecte danois, qui débarque avec sans gabarit gigantesque, avec son calme, mais qui tout de même donne l'impression qu'il va exploser à tout moment si on ne lui donne pas ce qu'il veut. Au début, j'étais un peu empathique de lui, Harry Mann. J'ai apprécié, mais à un moment, je me suis dit écoute, calme-toi, t'es trop borné, laisse les gens un peu parler. Et donc le trio, il y a Van Otto, il y a Subilan, le conseiller du président, que j'adore, spécialement chiant pour cet acteur qui a...
- Speaker #0
Et puis d'un an.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Alors d'abord cinéaste et ensuite effectivement acteur.
- Speaker #1
J'ai adoré ce personnage, cet acteur. Et bien sûr, Paul Andreu.
- Speaker #0
Un arlo dans le film.
- Speaker #1
C'est ça. Je trouve qu'ils portent à eux trois le film de manière sublime et incroyable. Ils ne sont jamais d'accord. Ils ne s'écoutent jamais. C'est tout le temps en train de se bagarrer. Il y a tout le temps cette espèce de combat de coq, notamment entre Andreu et Van Otto. On a l'impression qu'ils arrivent... jamais à communiquer, à s'entendre sur quelque chose, à dialoguer, mais ça fonctionne quand même. Tant bien que mal, on va dire. Ils avancent comme ils peuvent. Et c'est drôle, c'est intéressant parce qu'il y a un certain humour assez particulier. Je dirais que c'est une tonalité un peu française. Vous savez, cette condescendance, mais très élégante et très polie. qui fait la particularité de...
- Speaker #0
C'est pas parce que c'est français que c'est descendant.
- Speaker #1
Bah si, j'allais dire que ce qui te fait la particularité de l'humour français, qu'on adore. Qu'on adore.
- Speaker #0
Je ne défends pas l'humour français comme je défendrais l'humour belge ou quoi que ce soit, mais...
- Speaker #1
Non mais vraiment ça me fait penser aux anciens films français qu'on a tous regardé, vous savez, c'est assez recherché. C'est un peu cette manière de dire, oui on t'écoute mais on sait mieux que toi.
- Speaker #0
Il y a de l'esprit quoi, c'est ça que tu veux dire ?
- Speaker #1
Mais oui, c'est ça. Donc cette touche humoristique et ironique a ajouté une espèce de panache au film que j'ai adoré. Et ça c'était durant la première, enfin je l'ai vu en deux fois comme je l'ai précisé, ça c'était au début. Merci. Je l'ai donc continué la moitié du film et là ça devenait un peu plus tristoun, plus tragique, lorsqu'on voit quand même que la réalité et que l'œuvre du Danois était coûte que coûte dénaturée. Elle perdait de son âme et... On avait l'impression que lui commençait à perdre la sienne aussi, en même temps que son cube, comme il adorait le préciser, mon cube, mon cube, mon cube. Et ça l'a rendu complètement malade à la fin. D'ailleurs, il y a une scène qui m'a... Je me suis dit, waouh, ça part loin. Après, bon, c'est ça, être un artiste, j'imagine, donc je ne critique pas forcément. Mais lorsqu'il débarque à une heure du matin, il réveille sa femme. Et il lui dit, écoute, ils sont en train de m'embrouiller. Et il crie au complot et il lui demande d'attaquer l'État français. C'était quand même l'expression qu'il avait utilisée. Mais bref, il lui avait demandé à la première heure le matin qu'elle aille déposer, je ne sais pas comment on dit, une plainte ou quelque chose comme ça. C'est ça. Et ça, je me suis dit, ça part loin. C'est incroyable. Donc, je vais sans doute rajouter certaines choses.
- Speaker #0
Mais à t'écouter, Lina. Virgule, à t'écouter Lina, et vous pourrez rebondir ensuite Sadek Nariman, c'est que j'ai l'impression que la force du film vient plutôt du scénario. Parce que quand je t'écoute me parler du film, je vois le scénario. Je vois que tu es très sensible au scénario et là ça me pose des questions. Est-ce que finalement ce film aurait pu être, je dis un beau livre, et en même temps s'est adapté, si je ne me trompe pas, d'un livre ? Mais là où je veux en venir, c'est que si c'est... en t'écoutant, si c'est le scénario qui est vraiment passionnant et assez bien construit, et la forme dans tout ça. Alors que c'est un film qui parle de forme.
- Speaker #1
Tu es en train de dire que je suis en train de raconter le film, c'est ça ?
- Speaker #0
C'est ça. Et donc je me dis, est-ce que c'est ça qui t'a... Est-ce que tu as été sensible surtout à ça ?
- Speaker #1
Pas forcément au scénario, moi je dirais plutôt au personnage, sensible au personnage.
- Speaker #0
Tu es en partie du scénario ?
- Speaker #1
Oui, mais on peut très bien faire la critique d'un film en parlant, en se focalisant sur les personnages, sur ce qu'ils racontent.
- Speaker #0
mais comment c'est raconté c'est ça peut-être qui m'intéresse non c'est pas ce qui m'intéresse je me dis est-ce que c'est ça surtout qui t'a passionné les caractères qui font partie du scénario et paradoxalement il y a la forme dans tout ça alors que c'est un film qui parle de forme c'est adapté en tout cas d'un livre de Laurence Cossé qui s'appelle La Grande Arche je referme la parenthèse je voulais juste revenir tu
- Speaker #2
as bien fait de mentionner Lina la relation avec enfin Tu avais fait mention d'une scène en particulier où Otto va réveiller sa femme pour, comme tu le dis si bien, porter plainte contre l'État français. Ça m'a fait penser justement au traitement de ce couple et à quel point justement la mise en scène de Moustier, elle est juste. Au début du film, on voit la relation. de l'architecte avec sa femme, on le voit déjà lui dans son comportement avec les autres et avec sa femme. C'est deux personnes qui sont assez différentes, je trouve. Il est beaucoup plus, il se laisse beaucoup, il est plus relâche avec sa femme, ce qui est normal. C'est la sphère intime. J'ai trouvé que déjà de un, le cinéaste arrivait à retranscrire très bien ça à l'écran. Mais en même temps, j'ai adoré comment il nous montre Sans vraiment un effet spectaculaire, le détachement de ce couple, à quel point ce projet leur a fait mal. On les voit au début du film, ils sont toujours réunis dans le même cadre. Et à partir du moment où l'architecte a commencé à rencontrer vraiment des obstacles qu'il n'arrivait plus à dépasser, parce que... En vrai, tout le monde s'est ligué contre lui. Il y a un plan qui, je trouve, est incroyable. Quand il rentre d'Italie, il rentre dans la chambre. Alors qu'on a eu l'habitude de les voir ensemble à l'écran, on a un moment où ils sont séparés tous les deux par un mur dans le cadre. Et on voit que déjà là, il y a la fissure dans ce couple. Et j'ai trouvé ça très beau. Je vous avais parlé tout à l'heure d'un motif que j'ai trouvé assez récurrent dans le film et que, franchement, j'ai trouvé c'était une pépite dans ce film. C'est les miroirs, le motif du miroir. Je trouve que c'est un motif qui... qui retranscrit les dimensions de pouvoir et de décision. Je vais citer quelques scènes pour contextualiser. On a déjà l'ouverture du film, où à un moment, on a Subilan qui appelle justement, sous le conseil de Mitterrand, il appelle l'ambassade danoise pour avoir plus d'informations. D'ailleurs, c'est très beau le petit clin d'œil dans le titre « L'inconnu de la grande arche » parce que personne ne connaît cet architecte. Et du coup, il appelle pour avoir des informations et c'est lui qui est porteur du déroulement. Et du coup, on le voit et on voit dans le miroir le contre-champ. Tout le monde qui est en attente y compris Mitterrand. revoir ce motif, par exemple dans la chambre d'hôtel où Otto discute avec sa femme qui est en train de se brosser les dents et elle se regarde dans le miroir et on a le reflet d'Otto, donc toujours le contre-champ et il lui demande est-ce qu'ils vont tout payer, etc. Et elle, elle dit oui, oui, t'inquiète, ils vont tout payer, on va voir par la suite que c'est elle qui gère côté finance, c'est elle qui va tout gérer et va gérer ce projet, va le valoriser. Par la suite, le moment que je trouve le plus beau, le plus touchant de ce film, c'est quand Otto va être accompagné d'Andreux, donc l'autre architecte, à l'église qui a été conçue par Otto pour lui montrer son travail. Déjà, de un, j'ai trouvé qu'il y avait et tout petit détail que j'ai trouvé moi très sympathique comme ça. Très souvent à l'écran on a beaucoup de lignes, beaucoup de formes rectangulaires et quand on rentre dans cette église on a toujours ces formes géométriques assez rectangulaires et on a des suspensions sphériques. C'est la rencontre de deux formes géométriques, de deux visions, de deux architectes que j'ai trouvées réunies dans le même... plan, c'est un petit détail peut-être qui était juste le fait du hasard, mais moi ça m'a touché cette petite réunion géométrique.
- Speaker #3
Je pense que ce n'était pas hasardeux parce que on est d'accord. On les met vraiment en valeur ces deux monuments-là.
- Speaker #2
Exactement. Et là, à ce moment-là, André du coup propose à Otto de collaborer sur le projet. Et Otto, encore une fois, il est inflexible et il dit c'est le projet de ma vie. Non, il y aura toujours une forme de hiérarchie entre nous. Juste avant, il parlait de point de vue et de perspective. Et à un moment, Otto s'assoit au piano et commence à jouer. Et il y a le reflet, toujours, qui reflète le contre-champ, qui était andreux assis. Et on le voit regarder. par une ouverture rectangulaire et il voit une sorte de cerf ou de reine, je ne sais pas trop. Et il comprend la vision, la perspective d'Otto. Et c'est là qu'il lui dit, je suis d'accord, je serai juste un exécutant. Et je trouve que cet effet de miroir est très révélateur et même dans un moment très charnière qui était... qui était révoltant, mais moi j'étais à fond avec l'architecte, c'est le moment où Otto rencontre Mr Lallou. C'est Mr Lallou qui lui dit de dégager ce bilan parce que c'est un technocrate et il sera toujours un obstacle à son projet. Et il dit alors que lui, il a ses petites relations, il peut tout gérer, il peut... On peut faire avancer le projet à la place de subilants, etc. Et là, il y a un moment où vraiment on se concentre sur Otto, mais sur le reflet d'Otto dans le miroir. Et là, encore une fois, c'est lui qui prend la décision de dire à Mr Lallou, je suis un architecte, je ne suis pas un politicien, Técuba, je m'en fous. Mitterrand fait confiance à Subilan, je fais confiance à Mitterrand, donc je vais faire confiance à Subilan. Et c'est à partir de là où vraiment beaucoup de choses vont se passer et on va voir surtout, surtout à quel point Mitterrand était... d'un appui extrême dans ce projet jusqu'au moment...
- Speaker #3
On peut dire que le miroir, c'est un point qui marque, on va dire, une période transitoire ou bien... Une crise de décision. Voilà,
- Speaker #2
c'est vraiment une phase d'un déroulement. J'ai trouvé que c'était vraiment... Je pense aussi que... Même des moments de tension aussi.
- Speaker #3
Oui, je pense aussi que c'est un point qui... Pour revenir à la question... Est-ce que le scénario était... Je ne sais pas comment tu l'as formulé.
- Speaker #0
J'écoutais Lina et je me disais, tiens, c'est peut-être cet aspect-là qu'elle a trouvé plus intéressant dans le film. Moi,
- Speaker #3
je trouvais qu'il y a un très bon équilibre entre la caméra et le papier. D'ailleurs, dès la première scène, dans laquelle le film nous met directement dans le contexte. Un plan séquence, un mouvement de caméra très maîtrisé, je pense que ça a duré deux ou trois minutes. Et aussi, on bascule entre deux pièces et entre les différents personnages que le film nous présente. Parfois, on a un plan d'ensemble, un plan moyen et parfois un plan serré. Et je pense que c'était un point fort de la part du film. Pourquoi ? Parce que ça, pas uniquement il nous met dans le contexte, mais aussi il nous présente la majorité des personnages qu'on va voir tout au long du film d'une manière très subtile. Les personnages les plus importants. Oui, voilà. Donc, voilà. Aussi, il y a un truc que disait Nellie Mann. Ça reflète aussi, dans le film, on voit la réflexion. C'est une philosophie du réalisateur. Le monument reflète la façon de penser de l'architecte. Comme dans le film, le film il reflète la philosophie d'un réalisateur, comme aussi, on nous a donné justement un exemple, que je ne trouvais pas, que le film, qu'il était mis par hasard dans le film, c'est la piète de Michel-Ange. Quand on voit Otto à Carrar en Italie, et le bonhomme lui dit, dans la carrière, il lui dit, tu vois là, c'est la même carrière dont Michel-Ange, il a pris le marbre pour sculpter la Pietà. Donc, il y avait beaucoup de détails. On était en plein dedans dans l'architecture. On était en plein dedans aussi dans la tête de Otto, à travers la mise en scène comme à travers les dialogues qui ont été...
- Speaker #2
écrit et personnellement ça a été comme un cours d'architecture cours d'art aussi moi je voulais juste revenir encore une fois sur le personnage de Mitterrand moi je parle en tant qu'ingénieur toi tu parles en tant qu'artiste Par rapport au personnage de Mitterrand je trouve que vraiment le cinéaste lui a donné une force singulière dans le sens où On n'a pas l'habitude de voir des présidents aussi, comment dire, quel est le bon terme, aussi sympathiques. Je ne sais pas quel est le terme à utiliser, mais dans le sens qui s'intéresse vraiment à la vision de l'architecte, qui s'intéresse vraiment et qui n'a pas cette autrecuidance de se considérer comme... Le centre de l'univers, le moment où il sort sans sécurité, moi, ça m'a vraiment marquée. Il sort et il marche dans la rue. Et quand les agents de sécurité l'interpellent, il leur dit, personne ne sait que c'est là, c'est l'endroit le plus sûr pour moi. Il s'en fout, il a une nonchalance que moi, j'ai trouvée incroyable. Et en plus, c'est quelqu'un qui est aussi force de proposition dans ce film. On le voit dès l'ouverture, où c'est lui qui vraiment donne l'étonnement. tips à Subilon pour retrouver l'architecte. C'est lui qui fait rencontrer Otto avec d'autres architectes en discutant avec lui.
- Speaker #0
Il est quand même entré comme une espèce de roi avec sa cour au début du film. On le voit, on pose la chaise, il s'assoit.
- Speaker #2
Au début, effectivement, il y a un petit... Mais franchement, c'est très...
- Speaker #0
C'est très rare de voir Mitterrand montrer de cette manière-là. Depuis maintenant quelques années, il y a beaucoup. beaucoup de choses autour de lui. Et le film,
- Speaker #2
à partir du moment où il y a un changement de gouvernement, c'est-à-dire que ça passe à un gouvernement de droite, du coup la SICOM, je crois, elle est complètement désorganisée, il y a une histoire de budget, etc. et du coup le projet de notre... architecte va subir beaucoup de conséquences. On ne voit plus Mitterrand. Donc le gars qui marchait aux côtés de l'architecte, dès qu'il y a eu ce changement, Mitterrand ne peut plus rien faire. Et on voit qu'au final, pour beaucoup de choses, il n'est pas décisionnaire.
- Speaker #3
On le voit dans un plan, là où Otto va à l'Elysée, il s'assoit au sol. Qu'est-ce qu'il y a ? On le voit dans le premier plan. Après, en arrière-plan, on a l'Elysée. L'Elysée, c'était comme si elle était vide. On n'avait que les gardiens. C'est vrai,
- Speaker #2
comme si Mitterrand avait déserté les lieux.
- Speaker #3
Et aussi, c'était sombre, si tu avais remarqué. Là où la partie où on voyait Otto, c'était sombre. Et le ciel commençait à faire nuit.
- Speaker #2
Effectivement. Et juste pour revenir au côté assez sympathique de Mitterrand, Quand, au final, Otto se désiste, en gros, parce qu'il a signé un contrat, il est tenu pour la réalisation de cet édifice. Quand il n'y arrive plus, il se désiste. Mitterrand ne lui dit pas, tu as signé, tu continues, il comprend. Donc, il y a vraiment un côté assez touchant, assez sympathique du personnage de Mitterrand. qui moi m'a vraiment marqué, j'ai trouvé.
- Speaker #1
Sador, tu as parlé d'un truc tout à l'heure, tu as dit que selon toi, le cube reflétait l'état d'âme ou quelque chose comme ça de l'architecte. Je suis d'accord avec toi, dans le sens où à un moment donné, je me suis dit finalement, le cube c'est Van Otto et Van Otto c'est son cube. dans le sens où si on prend la forme géométrique d'un cube, ou ce qu'on peut s'imaginer d'un cube en tout cas, c'est compact, fermé sur soi-même, très rigide, mais lisse à l'extérieur comme en tout cas il le souhaitait au début. Je dirais que c'est la description parfaite de la personnalité de Van Otto, dans le sens où on le voit tout au long du film. qu'il est très fermé justement au dialogue, même s'il vient avec une vision artistique, on ne va pas lui enlever la beauté de la chose et le côté grandiose de cette construction, mais il est quand même fermé au dialogue, à la discussion et lorsqu'il commence à perdre pied, lorsqu'on lui met des bâtons dans les roues, notamment par rapport au verre, Il y a une histoire de verre lisse. Ensuite, ils ont attaqué le marbre. C'était très intéressant, au passage, la partie sur le marbre blanc.
- Speaker #0
Et qu'on retrouve un peu dans le film The Brutalist aussi. Exactement. Deux films d'architectes.
- Speaker #3
Surtout, il y a un point, pardon Lina, en parlant de The Brutalist, on parle d'un film où les événements se passent dans les années 80. 20. dix ans en arrière, il y avait le mouvement brutaliste justement. Et on commence, la conférence de presse, elle était faite dans une salle d'un style brutaliste. Il n'y avait que les poutres et des trucs. C'est comme ici à Beubeswär, la fac de Beubeswär et tout. Donc, pour parler justement des monuments très importants qu'on va voir par la suite. qui vont marquer la ville de Paris ?
- Speaker #1
C'est qu'il interprète ces blocages de manière très personnelle. Je ne l'ai pas perçu de la sorte. C'est-à-dire qu'à un certain moment, tu as beau avoir une vision, tu as beau avoir été engagé par le président français, comme tu l'as précisé, Naïmène, il y a eu la montée de l'extrême droite et ils le disent à plusieurs fois que Mitterrand ne sert plus quasiment à rien. Il est là de manière accessoire. C'est ça. Et du coup, il n'admet pas ça. Il n'admet pas le fait qu'il y ait des structures politiques, économiques, qui ont le pouvoir, qu'il ne peut pas faire le poids face à cela. Et il préfère crier au complot que de juste accepter les choses. Toi, tu as déjà parlé de ça en disant qu'il refuse de se conformer, etc. Je ne le vois pas forcément de ce point de vue-là. c'est juste que les réalités... Lorsque ça touche aux politiques et à l'économie, on sait déjà comment ça termine, surtout quand il s'agit d'un État, d'une construction étatique.
- Speaker #3
En parlant de la réalité, je voulais juste faire un clin d'œil au jeu d'acteur. C'était tellement réaliste qu'on avait l'impression qu'on assiste à un documentaire devant nous. Il y avait beaucoup de détails, ça documente bien l'époque, ça met en valeur. quelques conflits qui ont eu lieu, l'atmosphère politique en France en ce moment-là. Tout était dit à travers un jeu d'acteurs, comme à travers une esthétique ou bien une composition d'images très maîtrisée, et aussi des dialogues et un scénario solide.
- Speaker #0
En tout cas, encore une fois, je l'avais dit dans le précédent épisode, n'hésitez pas, j'ai envie de même vous dire, je vous oblige, auditrices, auditeurs, à déposer calmement vos commentaires sur vos propres regards, peut-être qu'ils contrediront nos regards, c'est très important.
- Speaker #3
Et on aimerait bien voir les avis des architectes.
- Speaker #0
Et oui, exactement. Je ne sais pas pourquoi je pense à Khaled Benaïssa, parce que Khaled Benaïssa, avant d'être ce qu'il est, il a fait des études d'architecture. Khaled, si tu nous entends, déjà, on serait surpris. Et puis deuxièmement, balance-nous des commentaires. Merci Lina, merci Nariman, merci Sadek. C'est toujours un plaisir de vous écouter les trois. On se retrouve dans quelques semaines. Je remercie Samy à la technique. Je remercie bien évidemment aussi toute l'équipe de l'Institut. d'Algérie pour l'aide apportée à la conception de cette même émission, je crois que j'ai tout dit, je me tais prenez bien soin de vous, regardez de beaux films et à très vite, merci à vous au revoir