- Speaker #0
Bienvenue dans French Dreamers, le podcast de French Morning dédié aux entrepreneurs français installés aux Etats-Unis. Je m'appelle Anne-Laure Pétavin, je suis journaliste française et je viens de New York depuis 12 ans. Dans ce podcast, je pars à la rencontre de celles et ceux qui ont traversé l'Atlantique pour entreprendre et tenter, à leur manière, de réaliser leur American Dream. A chaque épisode, nous revenons sur leur parcours, pourquoi ils sont venus, comment ils ont construit leur business ici et ce qu'ils ont découvert en arrivant sur ce marché. Parce qu'entreprendre aux Etats-Unis, quand on vient de France, c'est aussi apprendre de nouveaux codes. Comprendre une autre culture, trouver ses premiers clients, recruter, parfois se réinventer et faire face à des difficultés qu'on n'attendait pas forcément. Mes invités nous racontent leurs succès mais aussi leurs erreurs, leurs échecs, leurs moments de doute et les anecdotes qui permettent de regarder l'Amérique autrement. Au-delà des clichés et de l'image qu'on peut en avoir depuis la France. Et au final, après 1, 2 ou 20 ans passés à construire leur vie ici, comment voit-il ce marché ? Que pensent-ils des Américains et de leur façon de faire du business ? Et surtout, croient-ils encore aux rêves américains ? C'est ce que nous allons découvrir ensemble. Bienvenue dans French Dreamers, je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Julie Chapon.
- Speaker #1
Bonjour Anne-Laure.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté notre invitation pour l'enregistrement de ce premier podcast French Morning, dédié aux entrepreneurs français qui se sont installés aux Etats-Unis.
- Speaker #1
Merci, je suis très contente d'être la première.
- Speaker #0
Toi, tu es la cofondatrice de Youcar avec tes deux associés. C'est donc une application qui permet de scanner les produits alimentaires et cosmétiques pour analyser leur composition et leur impact sur la santé et sur l'environnement. Vous avez maintenant 80 millions d'utilisateurs.
- Speaker #1
85 maintenant.
- Speaker #0
85 millions d'utilisateurs dans le monde, dont 25 aux Etats-Unis. C'est ça. Donc, tu es venue t'installer ici en 2023. Mais avant ça, on va revenir sur les tout débuts de l'aventure américaine pour Youcar. Vous avez lancé de façon assez discrète en 2021, avant que l'application n'explose un petit peu plus tard, un peu par surprise avec une vidéo TikTok. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur déjà ce premier phénomène ?
- Speaker #1
Alors effectivement, on a lancé les États-Unis en 2021, donc on était à une période un peu Covid. Et donc, bon, pas forcément le moment idéal parce que ce n'est pas le moment où les gens avaient envie de passer trop de temps à faire leurs courses et à toucher plein de produits en magasin. Donc scanner les produits, ce n'était pas forcément la priorité. et on a lancé les États-Unis de manière très opportuniste. Il n'y avait pas une vraie stratégie derrière. En fait, on avait lancé l'app au UK parce qu'on n'était qu'en Europe. Et pour les UK, on a dû traduire l'app en anglais. Et on s'est dit, tiens, l'app est en anglais, et pourquoi on ne la lancerait pas aussi aux États-Unis ? Comme si c'était si simple que ça. Ça ne l'est pas, parce qu'il y a plein de subtilités dont on s'est rendu compte plus tard. Mais du coup, c'était la seule raison pour laquelle on a lancé les US. Ce n'est pas du tout qu'on voulait s'attaquer aux US ou quoi que ce soit. C'était vraiment juste. On a traduit l'app en anglais, autant la lancer aux US. Et effectivement, on a lancé en 2021. Mais déjà, on était à une période de Covid. On avait assez peu de moyens. Donc, clairement, on n'a pas pris une agence RP pour nous aider à développer les US. Donc, on a essayé nous-mêmes de contacter des journalistes. Voilà, donc les petits Français qui débarquent et qui essaient de contacter le New York Times. Autant te dire qu'on n'a jamais eu de réponse. Et donc, voilà. Et donc, on a lancé l'app et puis, il ne s'est rien passé. On avait, je ne sais pas, peut-être 5 000 nouveaux utilisateurs par mois sur l'application US, ce qui n'est vraiment rien ici. Et puis, au bout d'un moment, on s'est dit, bon, on laisse tomber. On ne va pas fermer la pause US, mais... on la laisse vivre sa vie, on ne va pas mettre plus d'énergie que ça sur ce marché. Et puis, ceux qui veulent peuvent la télécharger. Donc ça, c'était de juin 2021 à début janvier 2022. Et donc, janvier 2022, on est sur tout autre type de priorité à Yuka. Et du jour au lendemain, on voit effectivement un énorme pic d'acquisition aux US, mais vraiment un pic où, en France, nos équivalents, c'est le JTTF1. C'est vraiment le plus gros truc que tu peux avoir en France en termes d'impact sur ton produit ou ton service. deux jours se passent et puis j'ai une de mes petites cousines qui a 15 ans à ce moment-là qui vit aux US depuis toujours et elle m'envoie une vidéo TikTok et je me dis bon pourquoi elle m'envoie ça et puis je clique alors j'ai même pas de compte TikTok mais bon j'arrive quand même à voir la vidéo et puis je clique je vois cette vidéo et je me dis bon ok c'est juste un téléphone qui scanne des produits et il y a une grosse musique derrière qui scanne avec Lucas et il y a une grosse musique derrière vraiment la vidéo vraiment rien de oui pas de valeur ajoutée non vraiment rien de spécial Et je me dis, bon, ok, super, elle m'envoie une vidéo TikTok. Elle a 15 ans, elle est jeune, super. Et puis après, en fait, je vois le nombre de likes. Je ne sais plus combien c'était, mais c'était vraiment énorme. Et après, je regarde le nombre de vues et c'était un truc genre 6 millions de vues. Je me dis, mais ce n'est pas possible. C'est ça notre JTTF1. Et donc, c'est vraiment cette vidéo qui est devenue complètement virale, qui n'est même pas une vidéo faite par une influenceuse. C'est juste une personne normale sur TikTok qui a fait une vidéo. Et pourquoi l'algorithme a poussé cette vidéo, je n'en ai aucune idée. mais toujours est-il que... Cette vidéo a complètement percé. Donc voilà, on s'est dit, c'est super, mais... Comme tout pic de ce type, ça monte et puis ça redescend quelques jours après. Donc voilà, on est content, c'est super, mais ce n'est pas ça qui va changer la donne pour nous aux US. Sauf qu'en fait, il se crée à partir de là un espèce de phénomène TikTok où il y a plein de gens sur TikTok qui découvrent l'application, qui se disent mais c'est génial et qui se mettent aussi à faire des vidéos pour montrer l'application. Et donc, on se retrouve dans un espèce de phénomène TikTok où en fait, on a de manière hyper régulière des vidéos complètement indépendantes de notre volonté, juste des gens qui découvrent l'app, qui la partagent sur TikTok et on en a plusieurs qui font des millions de vues. Donc en fait, à partir de là, les US commencent à complètement percer. Et en plus, il y a le bouche-à-oreille qui prend aussi un peu le relais. C'est-à-dire qu'il y a plein de gens qui découvrent l'app, qui en parlent aussi beaucoup autour d'eux, parce que nous, ça s'est toujours fait sur le bouche-à-oreille.
- Speaker #0
Oui, beaucoup en Europe, ça a beaucoup porté votre croissance.
- Speaker #1
Complètement. Encore aujourd'hui, partout, on ne fait pas de pub, pas de marketing, pas d'acquisition payante. Donc tout est bouche-à-oreille, médias et réseaux sociaux, on va dire. Et donc voilà, on voit bien que ce qui est en train de se passer aux US, c'est pas Ce n'est pas forcément, ce n'est pas vraiment temporaire. Il y a un vrai truc qui est en train de se passer. La croissance est en train de vraiment prendre. Et donc là, on est aussi à une période qui est un peu compliquée pour nous au bureau avec l'équipe parce qu'on est à l'après-Covid et que plus personne ne peut revenir au bureau. Et moi, ça m'affecte pas mal parce que ça a toujours été hyper important pour nous l'équipe. On a toujours mis beaucoup d'attention, beaucoup d'énergie à faire en sorte que la vie d'équipe soit la plus chouette. possible, on a pris des super bureaux, on essaie d'être hyper attentif à ça, et que les gens soient contents de venir et de se voir. Et puis là, en fait, on se retrouve à l'après-Covid et puis les gens, ça les saoule de venir au bureau. Voilà, la conjonction de ça explose aux US et de, en fait, les gens n'ont plus envie de venir au bureau fait qu'un jour, on se dit, il nous faut quand même quelqu'un sur place aux US. Là, c'est en train d'exploser, on n'a personne sur place, on ne connaît rien à ce marché, il nous faut quelqu'un. Et donc, je dis à un moment à mes associés, mais pourquoi ce ne serait pas nous, en fait ? Je le lance un peu comme une boutade, sauf que mes deux associés... rebondissent en disant... Alors le premier qui a quand même trois enfants, où je ne pensais vraiment pas qu'il allait saisir la perche, il me dit « Ah bah ouais, carrément ! » Et puis le deuxième, il me dit « Ouais, pourquoi pas ? » Et donc en fait, c'est parti de là, de « Il faut quelqu'un sur place, c'est en train de vraiment exploser, et pourquoi ce ne serait pas nous ? » Et donc voilà, on a décidé de venir. On est arrivés en septembre 2023, parce qu'en fait, entre le pic en janvier 2022, le fait qu'on se décide à partir, et surtout le temps d'obtenir des visas et de monter tout le dossier, en fait, ça a pris. énormément de temps et donc on a pu arriver qu'en septembre 2023.
- Speaker #0
Et vous avez décidé tout de suite de venir à Troyes et New York s'est imposé comme une évidence ?
- Speaker #1
Alors on a décidé de venir à Troyes tout de suite, oui, ça c'était sûr. Il n'y a même pas eu de questionnement, en fait on est très complémentaires et le fonctionnement de Youcar repose aussi beaucoup sur un subtil équilibre entre nous trois. et donc c'était important pour nous d'être trois et puis c'était aussi vivre cette aventure à trois de revivre un peu les débuts de Yuka mais aux US et de partager ça ensemble et New York assez vite mais on s'est quand même posé la question en fait il y a eu tout de suite la question du décalage horaire avec l'équipe qui est en France on s'est dit si on va de l'autre côté en fait on va avoir aucun moment aucun créneau commun avec l'équipe qui est quand même 10 personnes à l'époque qui étaient au bureau de Paris on ne peut pas gérer une équipe comme ça donc après assez rapidement ça a été côté Est et Et puis, on venait beaucoup dans une optique de retomber médias. C'était un gros enjeu pour nous, parce que c'est ça aussi qui nous a un peu fait connaître en Europe, au-delà du bouche à oreille. Et les médias à New York, ça semblait quand même assez logique. Et comme on venait pour une durée d'un an, parce qu'on s'est vraiment dit, on part un an, on monte une équipe et on rentre. Et comme on venait pour une durée d'un an, on n'avait pas envie aussi de devoir prendre une voiture, des choses comme ça. Donc, on s'est dit, il nous faut une ville où on peut tout faire en transport, à pied, mais on n'est pas à prendre une voiture. Donc voilà, New York, c'est quand même... imposée assez rapidement comme la destination idéale.
- Speaker #0
Et vous avez pris une décision assez originale, vous êtes tous installés ensemble dans une grande maison à Brooklyn, vous avez installé les bureaux de Yuka dans un quartier assez industriel à Brooklyn. Est-ce que ça, c'était un choix stratégique aussi ?
- Speaker #1
Alors, le fait de vivre ensemble, il y a eu plusieurs raisons. Déjà, c'était pour économiser parce que ça coûte hyper cher. Ce n'était pas la raison principale, mais quand même, ça en faisait partie. La deuxième raison, c'est que on s'est dit, on part un an, autant vivre le truc à fond. Ça peut être une expérience assez marrante de se dire qu'on va vraiment être en colloque pendant un an. Moi, il se trouve que j'avais deux enfants et puis j'ai un de mes associés qui en a trois. Donc, c'est vrai qu'on s'est dit aussi pour les enfants, c'est chouette. Mais voilà, ils vont débarquer là, ils vont connaître personne. Enfin, voilà, ils vont au moins être entre eux et ça va être une expérience aussi sympa pour eux. Moi, je me dis, quand j'étais enfant, si on m'avait dit tu vas vivre avec une autre famille et il va y avoir des enfants et tu vas pouvoir jouer avec eux tout le temps. Je trouve pour les enfants, c'est vraiment absolument génial. Voilà, donc... Tout le monde nous a dit, mais vous êtes sûrs ? C'est pas un peu risqué votre histoire ? Effectivement, c'était risqué. Ce n'était pas risqué dans notre relation à tous les trois. Parce qu'en fait, on se connaît suffisamment. On est vraiment très proches. On est amis au-delà d'être associés. Oui, on s'engueule, mais en fait, on ne s'engueule jamais longtemps. On s'apprécie trop pour que les choses pètent.
- Speaker #0
Et puis, c'était temporaire. Et c'était temporaire.
- Speaker #1
Le seul risque, c'était plus vis-à-vis des conjoints qui ne se connaissaient pas forcément bien. Ils se connaissaient, mais pas forcément bien. Donc, c'était plus ça. moi, en fait, les... La femme et la copine de mes associés, je ne les connaissais pas hyper bien. C'était plus ça le petit risque. C'était plus par rapport aux conjoints et par rapport aux enfants. Pour le coup, il n'y avait aucune inquiétude. Donc voilà, il y avait un mini risque. Mais en vrai, c'était une super expérience.
- Speaker #0
Vous arrivez dans cette grande maison, vous commencez votre aventure américaine. Qu'est-ce que tu dirais qui ont été les premiers chocs américains pour toi ? dans les premières semaines ? Est-ce que justement par rapport à l'alimentation, les courses au supermarché, la façon de consommer pour les adultes comme pour les enfants ?
- Speaker #1
Alors les premiers chocs, plutôt en négatif on va dire, ça a été effectivement, le premier choc c'était les courses, l'alimentation, alors forcément parce qu'avec Yuka j'ai un double biais qui fait que je m'attendais quand même à trouver des choses de moins bonne qualité, que ce soit plus dur, mais c'est vrai que ça a vraiment été dur, en plus on est arrivé moi ma fille avait un an donc elle était tu vois elle mangeait des petits pots et en France des petits pots qui sont bio qui sont d'hyper bonne composition tu trouves hyper facilement il y en a plein t'arrives ici le concept du petit pot n'existe pas déjà donc tu sais c'est une espèce de pouch là voilà avec plein de trucs dedans trop bizarre mais tu vois le repas complet en pot bio et clean ça n'existe pas donc en fait déjà je me suis retrouvée j'ai eu un petit coup de déprime comment on va la faire manger je vais devoir tout cuisiner tout le temps mais j'ai pas le temps en fait Merci. Donc ça, ça a été vraiment dur au début, particulièrement pour les enfants, de trouver comment les alimenter, de trouver un peu tes repères alimentaires, où faire tes courses, comment trouver les bonnes options, les trucs clean, sachant qu'il y en a quand même vachement moins. Ça, ça a été un peu le gros choc. Au-delà du cas, vraiment à titre personnel de moi, je me suis vraiment retrouvée en difficulté pour faire mes courses, pour faire manger mes enfants, pour savoir quoi cuisiner, comment, parce que tu n'as aussi pas les mêmes produits, etc. Tu vois, moi, je ne sais pas, le truc facile, tu fais une quiche. Ici, il va trouver une pâte à quiche toute faite. Pareil, ça n'existe quasiment pas. Donc, tu vois, tu perds tous tes repères et tu es obligé de repenser ton quotidien en termes d'alimentation. Donc voilà, ça, ça a été un des premiers chocs plutôt sur la partie négative, parce que c'est des choses positives. Sur la partie aussi négative, ça a été la place de la voiture. Tu vois, tu es à Paris, le vélo maintenant, surtout depuis le Covid, tu prends le vélo, c'est super. Tu as plein de pistes cyclables, c'est génial. Ici, tu as des pistes cyclables, mais... aucun respect des pistes cyclables, ils se gardent dessus. Si tu as le malheur de sortir un tout petit peu de la piste, tu te fais klaxonner, voire insulter. Je me suis déjà fait insulter en vélo, mais je me suis dit, franchement, les gens sont vénères.
- Speaker #0
Oui, oui, ils ne sont pas en retard par rapport à... Oui, clairement.
- Speaker #1
Et comme moi, en plus, je vais au boulot en vélo, forcément, de prendre le vélo tous les jours et de voir à quel point rien n'est adapté à se déplacer en vélo et tout est adapté à se déplacer en voiture, c'est trop dommage. Et toujours, voilà, plus sur la... la partie négative, la partie environnementale, déchets. Il y a des déchets, enfin, tout est, enfin, emballage unique, tu vois, les contenants en usage unique. Tu vas dans un café, même un petit café, un peu stylé, un peu sympa, la moitié du temps, on te sert dans un gobelet en carton.
- Speaker #0
Même si tu restes dans le café pour consommer.
- Speaker #1
Même si tu restes dans le café pour consommer. Voilà, c'est ça. C'est que là, je ne parle même pas des trucs à emporter. Il y a plein d'endroits où tu manges, en plus c'est des endroits sympas, avec de la bonne nourriture, un peu stylé. On te sert dans des assiettes en carton, avec des couverts à jeter, la dimension environnementale. Surtout quand tu arrives de France, tu te sens que tu es très loin ici. Au choc. Tu vas au supermarché, tu achètes une barquette de fraises, ils te mettent la barquette de fraises dans un sac plastique parce qu'ils ont peur que ça coule dans ton sac. tous les trucs comme ça, on te rajoute un sac plastique et un sac plastique. Et donc, voilà, au niveau des emballages, des déchets, de la partie environnementale, ouais, moi, j'avais fait vachement de chemin en France là-dessus et le choc, il a été un peu... Voilà, un peu... Moi, j'allais faire mes courses en vrac avec des sachets en tissu que m'avait fait ma grand-mère,
- Speaker #0
donc autant dire que ça a été un peu...
- Speaker #1
Ouais. Et t'as tellement... Enfin, vraiment, t'as vraiment ce sentiment d'être... Si tu vas avec tes trucs en tissu, t'as tellement ce sentiment d'être la goutte d'eau dans ce système que, en fait, ça te tire un peu vers le bas. tu vois je sais qu'aujourd'hui je fais moins attention que ce que je faisais en France parce que ça m'a tiré vers le bas d'un point de vue environnemental ça incite pas au bon réflexe pas du tout voilà et après dans les trucs positifs il y a quand même plein de choses positives je dirais la dimension hyper positive et enthousiaste des américains Alors là, pour le coup, quand tu es en plus de Paris où les gens râlent tout le temps, ici, les gens ne râlent pas. Ils ne râlent pas. Tout est amazing. Il y a une espèce de côté hyper positif, enthousiaste au quotidien, que ce soit dans les relations de travail, que ce soit dans la rue ou n'importe quoi. Enfin, voilà, il y a vraiment, je trouve, une énergie très positive où, voilà, tu vois, moi, pour Yuka, les premiers interlocuteurs que j'ai eus, on me disait tout le temps que c'était super, que c'est génial, que même, tu vois, tu te balades dans la rue ici, c'est assez souvent, tu vois, on te dit... « Oh, I love your jacket ! » Les gens te font des compliments dans la rue.
- Speaker #0
Chez la cantonale, même des inconnus entre eux.
- Speaker #1
C'est assez drôle et je trouve ça vachement bien. Je trouve que cette énergie positive, c'est quand même hyper sympa. Après, il faut savoir faire la part des choses et du coup, entre deux « amazing » arriver à déceler la subtilité du « amazing » poli et du « amazing » je le pense vraiment. Ça demande un peu de pratique. Mais je trouve que énergie vraiment positive. C'est un truc moi que j'aime beaucoup.
- Speaker #0
Et du coup, tu disais, vous avez recommencé comme les débuts du Yuka, vous avez passé pas mal de temps sur le terrain d'ailleurs, au début, où vous étiez, vous êtes retournée dans les supermarchés à présenter Yuka, à gagner en visibilité. Est-ce que ça, t'as appris des choses sur justement la façon de consommer ici, qui étaient peut-être des choses que t'attendais pas forcément ?
- Speaker #1
Alors, on a fait effectivement, dès les débuts, quand on est arrivés, un de nos premiers trucs, c'était de Merci. comprendre les Américains, tout simplement, leur manière de penser et leur manière de réagir par rapport à l'application. On a organisé des entretiens avec des personnes qui ne connaissaient pas Yuka et des personnes qui connaissaient. Et les personnes qui ne connaissaient pas Yuka, ce qu'on a fait, c'est qu'en fait, on leur a donné le téléphone, on leur a téléchargé l'application. Leur téléphone était relié à une télé. Comme ça, nous, on voyait tout ce qu'ils faisaient sur leur téléphone. Ça nous permettait de voir où ils cliquaient, où ils avaient du mal à comprendre. Et on leur disait de parler tout haut, tout ce qui leur passe par la tête. Donc comme ça, on suivait vraiment leur cheminement. Merci. hyper intéressant.
- Speaker #0
C'est grâce au feedback justement des consommateurs que vous vous êtes rendu compte de certaines anomalies ou des choses qui ne leur parlaient pas.
- Speaker #1
Ouais, exactement. Donc c'était hyper intéressant. Et après, sur la manière de consommer, de faire les courses, j'ai envie de dire qu'en fait, c'est tellement hétérogène. Ici, aux Etats-Unis, t'as tellement de gens hyper différents dans nos entretiens. On a eu des gens vraiment, tu vois, hyper, pour le coup, hyper à fond sur l'alimentation, qui faisaient vraiment attention à tout, qui mangeaient que bio. Et à côté, on a eu des personnes où, j'en sais rien, ils disaient qu'ils achetaient beaucoup de jus de fruits pour leurs enfants parce que comme ça, ça leur apportait des fruits. Et je trouve que ça reflétait un peu cette... Et encore, ça, c'était qu'au sein de New York, mais ça reflétait déjà l'hétérogénéité des profils aux US. On s'est quand même rendu compte qu'en termes d'éducation alimentaire, il y avait beaucoup, beaucoup de chemin à faire. Comme ça, je leur donne des jus de fruits, comme ça, ils ont des fruits. Des choses comme ça, on en a eu beaucoup pendant les entretiens. Tu te rends compte qu'il y a encore beaucoup d'éducation en France aussi, mais aux États-Unis particulièrement.
- Speaker #0
Et donc, l'enjeu suivant, c'était aussi recruter ici aux US. Parce que comme tu le disais, vous étiez partie au départ pour un an. Tu as cherché notamment une country manager pendant assez longtemps. Et c'est assez révélateur aussi. des différences culturelles entre marché français et américain. Est-ce que tu peux nous en dire plus ? Comment vous avez procédé ? Est-ce que vous avez trouvé quel type de profil, finalement, vous comprenez ?
- Speaker #1
Alors, le recrutement, effectivement, ça a été très compliqué. Et donc, on a cherché une country manager. Donc, je voulais une personne américaine. On est aux US. On était trois Français aux US. Il nous fallait vraiment quelqu'un qui connaisse le pays. Donc, je suis passée par une agence de recrutement. Voilà. Donc, j'ai fait des entretiens avec plusieurs personnes. que je trouvais la plupart super parce qu'il faut dire que les Américains sont quand même très très bons à se vendre, on peut clairement leur reconnaître ça. Et donc, moi, en plus, en tant que Français, on est pour le coup très mauvais à se vendre, j'étais quand même assez impressionnée en entretien de leur capacité. Et puis voilà, il y en a plusieurs que j'ai trouvées super et moi, j'ai tendance à, voilà, tu me dis j'ai fait ci, j'ai fait ça, j'ai développé tel projet et c'est écrit sur mon CV, voilà, moi je fais confiance. Enfin, en tout cas, en France, c'est comme ça que ça fonctionne, tu ne mets jamais des trucs sur ton CV. Et moi, j'ai des associés qui sont Merci. un peu plus méfiants et qui vont gratter un peu plus et donc j'étais ah cette personne elle est super et tout et puis en fait ils allaient gratter ils disaient mais attends elle a dit qu'elle a fait passer le compte Insta de 1000 à 1 million attends mais regarde mais les dates elles ne correspondent pas elle n'était même pas encore arrivée ah mais regarde en fait ils sont 10 dans l'équipe réseau sociaux c'est pas que elle toute seule enfin voilà et donc en fait ils ont gratté et puis à chaque fois ils m'ont mis la puce à l'oreille et en fait à chaque fois je retombais un peu de mon nuage en disant ah oui bon ok en fait la personne m'a un peu trop vendu du rêve par rapport à ce qu'elle a vraiment fait elle et ce qui était vraiment dans ses mains Merci. Et donc, du coup, tout ça a fait qu'à chaque fois, je me suis dit « Ah ouais, mais en fait, j'ai pas envie de travailler avec une personne où... » En fait, ce qu'elle va me dire, je vais devoir à chaque fois aller gratter ce qui a vraiment été fait, pas fait. Donc, c'était compliqué. Ça a duré plus d'un an, puisque François et Benoît sont repartis en France au bout d'un an, comme prévu. Et on n'avait toujours pas de country manager. Donc, moi, je suis restée. J'ai décidé de prolonger un an de plus parce que, du coup, on n'avait pas atteint nos objectifs. Et j'ai fini par avoir un entretien avec une franco-américaine. Et là, clairement, la double culture, c'était super. C'était super parce que... le fait qu'elle ait cette culture française et la langue française, c'était vachement bien. Et à la fois, par contre, très américaine, très Gen Z, qui pouvait capter des trucs que moi, je ne capte pas.
- Speaker #0
Brancher réseaux sociaux, justement.
- Speaker #1
Brancher réseaux sociaux, très très forte dans le copywriting en anglais. Parce que moi, voilà.
- Speaker #0
Aussi, c'est ça, qu'il y avait vraiment la façon de parler.
- Speaker #1
La façon de parler, pour le coup, elle est vachement plus à l'aise à écrire et à lire en anglais qu'en français. Donc ça, c'est aussi très très précieux. Et donc voilà, j'ai enfin trouvé plus d'un an après une franco-américaine qui est toujours là, qui est super. Et après, on a voulu recruter une social media manager. Et là, on a recruté l'appareil. On s'est dit, il faut une personne américaine. Social media, tu ne peux pas avoir, tu es obligé de connaître vraiment la culture américaine, les réseaux sociaux US, etc. Donc, on a recruté une personne, une américaine américaine, mais qui parlait quand même français. Elle n'avait pas vraiment la culture française, mais elle avait appris le français. donc elle parler français. Mais ça ne l'a pas fait parce que pareil, en fait, il y a eu un décalage entre ce qu'elle nous a vendu à l'entretien et puis ensuite la réalité terrain. Et puis, pour illustrer un peu aussi les décalages, alors ce n'est pas du tout la raison pour laquelle finalement elle n'est plus là, mais pour illustrer un peu aussi les décalages culturels, c'est que, si je remonte en fait à quand on est arrivé avec François et Benoît, on est arrivé et on ne connaissait personne. Donc on s'est dit, tiens, on va s'installer dans un co-work, dans un open space. Comme ça, on va rencontrer des gens, on va se faire à la fois des potes, peut-être des relations professionnelles, etc. Sauf qu'en fait, ici, les Américains ne font pas de pause déjeuner. Ou alors, ça dure cinq minutes. Et puis, quand ils en font une, c'est certainement pas pour aller taper la discute avec les gens d'à côté. C'est leur moment. Soit ils sont tout seuls avec leurs écouteurs devant un écran, en train de manger. Donc, en fait, assez rapidement, on s'est dit, bon, c'est pas là qu'on va rencontrer des gens. C'est-à-dire que le cohort où on était, il y avait une immense terrasse, hyper sympa. Donc, nous, on allait déjeuner sur la terrasse. Il n'y avait personne. Personne. On était les seuls à investir la terrasse. Et bien, en fait, ce truc de... un peu de tu viens pas au boulot pour te faire des potes je pense que c'est un peu la culture américaine tu viens pas au boulot pour te faire des potes tu viens au boulot pour bosser et en fait je trouve que ça c'est vachement différent tu vois en France moi toutes les entreprises que j'ai faites enfin je veux dire dans chaque entreprise que j'ai faite j'ai des gens qui sont des
- Speaker #0
anciens collègues qui sont encore mes potes enfin je veux dire c'est et du coup comment est-ce que vous avez réussi à vous faire votre réseau parce que pareil vous repartiez de zéro est-ce que ça a été alors on a plutôt abandonné l'idée de ça et donc on a pris un bureau fermé
- Speaker #1
toujours dans un co-working. Mais on s'est dit, ça n'a rien d'être dans un open space où personne ne se parle. Autant avoir notre petit bureau tranquille fermé. Donc, on s'est pris un bureau fermé. Et après, moi, j'ai plus développé le réseau après. Alors, eux, pas trop, mais après leur départ, j'ai plus commencé à développer le réseau en contactant des gens de moi-même. Voilà. Pour le coup, la mise en relation, je trouve qu'ici, elle est très facile. On te met vite en relation avec des gens. Tu peux vite... Voilà. Mais j'avais besoin d'un petit temps d'adaptation aussi, moi, de prendre mes marques, etc. Et au bout d'un an, là, j'ai commencé à contacter et à... différentes organisations. Et du coup, je trouve que c'est à avoir en tête parce que sinon, tu peux vite être déçue, en fait. D'avoir envie de créer un truc sympa et de tomber sur des personnes où en fait, ce n'est pas leur culture et que le travail s'est séparé de la vie perso.
- Speaker #0
Tu parlais aussi des retombées médias, que c'était un de vos objectifs en arrivant et c'est une grosse... un gros marché à adresser les États-Unis. Vous êtes un peu reparti de zéro ici. Vous avez pris une agence de presse, vous avez essayé aussi un petit peu la publicité, ce qui était complètement nouveau parce que vous aviez uniquement bénéficié du bouche-à-oreille jusqu'à présent. Est-ce que tu peux nous expliquer comment ça s'est passé ? C'est un peu ces tâtonnements au niveau de la com et à quel moment ça a marché pour vous ? Pourquoi ?
- Speaker #1
Effectivement, comme je t'ai dit, quand on avait lancé, entre guillemets, depuis la France, on avait essayé de nous contacter des journalistes. de par nous-mêmes et ça n'avait absolument rien donné. Et donc, quand on est arrivé aux US, on s'est dit, bon, on sait que ça ne sert à rien de faire comme ça, donc on va essayer de prendre une agence RP. Ce qu'on n'avait jamais fait de toute notre histoire à Yuka, parce qu'on avait créé des relations RP assez naturellement. Donc là, on s'est dit, on prend une agence RP. Quand on a pris une agence RP, on s'est dit, bon, là, on y met le budget, on y met les moyens, là, c'est bon, ça va cartonner, quoi. Et puis, en fait, bah non, pas du tout. Malgré l'agence RP, en fait, c'était hyper difficile. Les médias sont tellement saturés d'infos ici. Au bout de... un peu moins d'un an, je me suis dit je travaillais avec une agence RP gérée par des Français. aux US. Donc je me suis dit, bon, je vais switcher sur une agence américaine. J'ai peut-être fait le mauvais choix d'agence. J'ai été vers le confort parce que c'était plus facile pour moi de travailler avec des Français. Maintenant, ça fait un an que je suis là, c'est bon, je suis prête à travailler avec des Américains. Allons-y. Et il y a une agence RP qu'on m'avait énormément recommandée, plusieurs personnes. Je me suis dit, OK, let's go, c'est bon. Donc, j'ai commencé à travailler avec une agence RP américaine, beaucoup plus chère, soit dit en passant, mais qu'on m'avait tellement recommandée que je me suis dit, là, c'est bon, ça y est, là, allez, c'est la troisième fois, troisième... Troisième truc content,
- Speaker #0
là,
- Speaker #1
il s'est passé encore moins de trucs. C'est-à-dire qu'avant, avec la première agence, j'avais au moins eu quelques interviews. Ça n'avait pas forcément donné quelque chose par la suite, mais pour le coup, ce n'était pas de la faute de l'agence. Et j'avais quand même eu des petits trucs. Pas des gros trucs, mais des petits trucs. Là, nada. Mais vraiment rien. En plus, je sentais qu'elles ne comprenaient pas bien le projet, qu'elles n'étaient pas... C'était compliqué à chaque fois quand elles faisaient des pitches. Je voyais qu'elles ne comprenaient pas bien la... C'était compliqué et je me suis dit, mais ce n'est pas possible, cette agence que tout le monde m'a recommandée, qui est en plus hyper chère. On a fait six mois avec cette agence et j'ai revu ensuite Natacha, qui gérait l'agence française avec qui j'avais gardé des très bonnes relations. Je lui ai expliqué, écoute, ce n'est pas beaucoup mieux qu'une agence américaine, etc. Et donc, elle m'a dit, si jamais tu as envie, on peut retenter ensemble, mais retenter avec un autre angle, pas retenter en mode, regardez, il y a une app qui existe, qui scanne des produits, regardez, c'est super, etc. On peut essayer avec un angle beaucoup plus militant. C'est peut-être un truc à tester. Je lui ai dit, écoute, allons-y, on reteste. Donc, j'ai retesté. Et puis, en fait, là, ça a fini par prendre. Alors, pourquoi ça a fini par prendre, je ne sais pas. Il y a eu probablement le changement d'axe plus militant qui a peut-être plus parlé aux journalistes. Yuka, ça faisait déjà un an et demi que j'étais là. Et donc, en fait, on était déjà quand même un peu plus connus et un peu plus installés. Et voilà. Et donc, notre première grosse retombée, c'était le Wall Street Journal. On a eu un très, très bel article dans le Wall Street Journal sur l'app et sur l'impact de l'app sur les industriels.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et de là,
- Speaker #0
en fait,
- Speaker #1
cette retombée média, ça a vraiment marqué le début d'un tournant sur la partie média pour nous. Parce que comme partout, tous les médias se regardent entre eux. Et si tu as le Wall Street Journal qui parle de Yuka, en fait, tu as plein d'autres médias qui ont envie de parler de Yuka. Donc, en fait, le lendemain du Wall Street Journal, je suis arrivé à mon bureau, j'avais un mail de... de Good Morning America, j'avais un mail de Fox, j'avais un mail...
- Speaker #0
L'effet boule de neige. Voilà,
- Speaker #1
il y a un espèce d'effet boule de neige. Donc après, dans la foulée, j'ai fait deux, trois télés. Hyper stressant pour moi à cause de l'anglais. Mais écoute, ça s'est bien passé. C'est bien de sortir de sa zone de confort, clairement. Donc pareil, ça a contribué à faire connaître Yuka. Notamment, j'étais passée sur Bloomberg. J'avoue, je ne connaissais même pas trop Bloomberg. et en fait je sais pas ça doit être une chaîne hyper regardée oui c'est énorme ah ouais ouais donc en fait ça a été énorme et après peu de temps après on a eu le New York Times et là plus récemment on a eu le Washington Post donc ça y est voilà là ça y est UK est un peu installé dans les médias tu vois c'est voilà ah oui j'ai fait une interview sur Fox enfin en fait c'est vraiment cet article du Wall Street Journal qui a vraiment déclenché tout ça il fallait il en fallait un et c'était exactement ce qui s'était passé en France aussi c'est juste que c'était beaucoup plus rapide en France on s'est lancé en janvier 2017 et en février 2017 on a eu un article dans Le Parisien et de là tout s'est enchaîné il nous fallait cette première belle retombée pour qu'ensuite les autres médias nous considèrent et considèrent que c'était intéressant de parler du cas voilà mais ça a été en tout cas je pense que c'est un apprentissage important de se dire que les médias aux US c'est difficile qu'ils sont saturés d'infos et que c'est pas facile d'aller les chercher.
- Speaker #0
Et ça prend du temps. Et rétrospectivement, tu dirais, est-ce que ça a été ça le plus gros challenge des trois dernières années ? Les défis que vous avez eu à affronter avec Yuka ?
- Speaker #1
Oui, c'était ça. Et puis c'était aussi de... Je dirais que le challenge et le défi, c'est de savoir où tu mets ton énergie et ton argent. Parce que, comme tu le disais, d'ailleurs, je n'ai pas répondu là-dessus, mais comme tu le disais, on a voulu faire aussi un test de publicité. On n'a jamais fait de publicité parce que, déjà... La publicité, ce n'est quand même pas un truc auquel on a envie de contribuer. Mais on s'est dit, on est aux US, il faut qu'on fasse un test. On ne peut pas venir aux US et ne pas tester au moins un truc de pub. On a fait une pub dans un... C'était quoi ? Le Los Angeles Times, je crois. Un gros truc quand même. Ça nous a coûté un bras, mais vraiment, c'est des tarifs hallucinants. Et on a fait une pleine page de pub. L'impact a été dérisoire, honnêtement, par rapport à l'investissement. Donc voilà, on a fait ce test, on s'est dit, ok, on arrête, on ne met pas de l'argent dans la pub. Franchement, c'est trop cher et ça nous fait trop mal au cœur, en fait, de se dire que cet argent pourrait être maintenant des trucs plus utiles. Après ça, on s'est dit, bon, on est devenu hyper connu sur TikTok. Aujourd'hui, le phénomène, c'est un peu enrayé. Il n'y a plus de grosses vidéos qui font des millions de vues sur Youka, sur TikTok. Ça y est, ça s'est passé. Peut-être qu'on peut le relancer. Peut-être qu'on peut travailler avec un influenceur qui a des millions de followers. Et lui, il fait une vidéo sur Youcap. Vu qu'il a des millions de followers et que toutes ses vidéos font des millions de vues, ça va relancer le truc. Donc, on a fait aussi un test d'une vidéo avec un influenceur qui avait, je ne sais pas combien, 10 millions de followers sur TikTok, qui nous a coûté un bras aussi.
- Speaker #0
retomber nulle.
- Speaker #1
D'accord, la vidéo n'a pas été plus virale.
- Speaker #0
Plus virale, en plus, bon, il a publié la vidéo en partenariat avec Luca, et puis deux heures après, il a republié une autre vidéo à lui. Donc en fait, ça m'apprendra, j'ai pas baqué le truc de dire le jour où tu postes la vidéo, t'as pas le droit de poster une autre vidéo le même jour. C'est pas évident, oui. Mais bon, comme j'avais pas baqué le truc dans le contrat, j'ai pas réussi à récupérer mon argent, j'ai essayé. Donc voilà, ça nous a permis d'éliminer des trucs. On teste la pub, ok, on élimine. On teste le sponsoring réseau sociaux, TikTok, hop, ok, on élimine. Bon, au final, on teste les médias, ah, ça, on garde. Et voilà, donc ça a été plus, tu vois, le challenge et les défis de se dire où est-ce qu'il faut qu'on mette notre énergie, à quel endroit ? Voilà, c'était un peu ça tout le... Et ça prend du temps, en fait. On s'était dit, on vient un an, on monte un truc et on repart. En fait, non.
- Speaker #1
Et c'est intéressant parce que trois ans plus tard, vous avez aussi un petit peu pivoté parce que vous êtes aussi beaucoup... beaucoup plus connus maintenant aux États-Unis. Vous avancez plus sur des sujets de plaidoyer. Il y a maintenant une fonctionnalité aussi qui permet d'alerter les industriels, ce qui vous a aussi valu des échanges un peu compliqués avec des grands industriels. Est-ce que tu considères qu'aujourd'hui, justement, ça montre que vous êtes arrivée à un certain stade de notoriété aux États-Unis ?
- Speaker #0
Oui, je dirais à un certain stade d'impact. Comme dirait un de mes associés, alors il y en a un qui gère les problèmes juridiques, et puis il y a l'autre qui, quand il y a un problème juridique, qui dit « c'est génial, ça montre qu'on a de l'impact » . C'est une façon de voir les choses. Il doit gérer les procès. Mais en fait, il n'a pas tort sur le fond. C'est vrai qu'en fait, quand ce que tu fais, ça ne dérange personne. En tout cas, nous, sur ce qu'on fait avec Lucas, si ça ne dérange personne, c'est que ça n'a pas d'impact. Quand ça commence à gratter les industriels, A priori, c'est que tu peux être fier parce que ça veut dire qu'il voit l'impact. Donc ça, c'est quand même un vrai facteur de réussite, j'ai envie de dire, de se faire attaquer.
- Speaker #1
Surtout par rapport à votre taille, une petite sartre française.
- Speaker #0
Et donc, effectivement, on a commencé. Alors, c'est vrai qu'on a aussi tendu le bâton pour se faire battre puisqu'on a lancé, en étant aux US, on a lancé cette fonctionnalité hyper militante d'interpellation des marques qui permet, en fait, quand il y a une marque, un produit qui utilise des additifs à risque élevé. donc les additifs rouges qui ont le plus haut niveau d'impact chez nous, qui sont les plus problématiques, on peut interpeller la marque. Donc on peut cliquer sur un bouton, interpeller la marque et ensuite on choisit soit on interpelle par e-mail, soit sur les réseaux sociaux et tout est pré-rempli. Si j'interpelle la marque par e-mail, j'ai le contact mail de la marque qui est pré-rempli, le mail qui est pré-rempli, je peux modifier si besoin, mais grosso modo j'ai juste à cliquer sur envoyer. Du coup, quand on a lancé ça, on a plein de marques qui se sont mis à recevoir des milliers de mails d'interpellation. interpellation de nos utilisateurs en disant merci de supprimer les additifs controversés de vos produits. Forcément, ça a commencé à déranger un petit peu. On a beaucoup de marques qui nous menacent. Après, on leur répond avec des arguments juridiques, donc souvent ça ne va pas plus loin. Mais ça montre clairement qu'on est passé sur un autre niveau d'impact. Là, on lance, je ne sais pas quand sort le podcast, mais là, on lance le 9 juin aussi un gros sujet avec Consumer Reports, une grosse enquête. que du coup je te dis en avant-première mais en gros on a analysé des produits très populaires aux us on a analysé des additifs hyper controversés qui sont présents dans ces produits on a regardé la quantité d'additifs qui est utilisé dans les produits parce qu'en fait c'est un gros souci aux états unis c'est que la plupart des additifs sont autorisés sans limite de quantité alors qu'en europe c'est beaucoup plus réglementé tu peux pas dépasser telle dose d'un additif ici c'est pas du tout réglementé donc on s'est dit mais on va les regarder les doses qu'ils utilisent et s'ils dépassent les niveaux de risque pour les consommateurs bon bah effectivement tu as un tiers des... produits qui utilisent des doses d'additifs qui dépassent des niveaux de risque. On sait que, pareil, on s'expose à des risques juridiques. Après, on s'est baqué au maximum et on travaille aussi avec Consumer Reports, ce qui est à l'habitude. Mais voilà, on va beaucoup plus maintenant sur ce type de sujet très militant. On développe aussi de plus en plus les actions de plaidoyer, effectivement, comme tu disais. Plaidoyer, c'est-à-dire qu'avant, on avait un impact sur les industriels indirectement parce que les gens arrêtaient d'acheter certains produits. Là, on prend davantage le sujet en main. C'est-à-dire qu'on va parler aux industriels. On va essayer de leur dire de les pousser à supprimer des additifs. On va parler au pouvoir public. On va faire davantage de pétitions. Donc, on va vraiment essayer de changer davantage les règles du jeu au niveau des industriels et des politiques. Et ça, c'est quelque chose qu'on développe maintenant depuis une bonne année. Et voilà, en France et aux US.
- Speaker #1
Et aux US, d'accord. Le sujet, il y a encore beaucoup, beaucoup de choses à faire ici. Comme tu disais, la réglementation est quand même... un peu plus laxiste. Et donc, voilà, trois ans plus tard, pour toi, vous avez vraiment bien avancé sur les sujets, en tout cas, de croissance. Vous êtes sur les plaidoyers. Est-ce que tu te vois, tu te projettes aux États-Unis ? Est-ce que tu as noté des choses qui t'ont un peu acculturé, justement, des réflexes américains ?
- Speaker #0
Oui, alors, pour l'instant, on repart, du coup, comme quand tu as des enfants, tu te cales un peu sur les années scolaires. Là, on repart pour une quatrième année. Et voilà, on s'est... très bien acclimatée. Il faut dire quand même que New York... est une ville assez incroyable pour les familles qui ont des enfants. Ça ne paraît pas si intuitif, je trouve. En tout cas, ce n'est pas du tout la vision que j'en avais avant d'être ici, très honnêtement. Tu ne t'imagines pas du tout qu'une grosse ville comme New York va être une ville kid-friendly. Et en fait, c'est tellement agréable, surtout encore une fois quand tu viens de Paris. Alors, je parle de Paris parce que c'est ce que je connais, mais ce n'est peut-être pas comme ça partout en France. Mais ici, tu vas au restaurant, tu as tout le temps les chaises hautes, les menus enfants, les dessins pour occuper les enfants pendant que tu manges. les gens sont sympas, on ne te regarde pas de travers parce que tes enfants font un peu de bruit. Enfin voilà, tu as un milliard d'activités aussi pour les enfants à faire le week-end. Quand tu vas au parc, tu n'as pas juste un pauvre toboggan et où tous dix enfants font la queue. Tu as des vrais playgrounds qui sont vraiment des vraies infrastructures qui sont vraiment hyper sympas. Donc voilà, c'est vrai qu'on sait beaucoup. Je trouve que quand tu as des enfants, c'est une super ville. C'est une ville qui est hyper chère par contre. ça clairement c'est il faut le savoir c'est vrai qu'on me l'avait dit mais tant que tu le vis pas je pense que tu n'arrives pas à appréhender à quel point ça peut être cher et donc tu fais attention à plein de trucs auxquels tu ne faisais pas forcément attention en France mais par contre effectivement moi c'est une ville que j'adore, je trouve que l'énergie est super cette énergie très positive dont je parlais, c'est une ville qui est très ensoleillée ça compte ça compte, c'est beaucoup plus que Paris Merci. Et moi, ça joue beaucoup sur mon moral. Donc voilà, pour l'instant, on repart sur un an. Je ne sais pas si ce sera peut-être un an de plus, mais j'ai le sentiment que j'ai encore beaucoup de choses à faire ici. On est vraiment sur le début des sujets de plaidoyer. Youka est connu à 25 millions d'utilisateurs, mais il y a encore un boulevard. En France, on a à peu près le même nombre d'utilisateurs, mais pour beaucoup...
- Speaker #1
Pour une population, oui.
- Speaker #0
En France, on est sur une personne sur trois, voire un peu plus, qui a l'application. Tant qu'on ne sera pas sur une personne sur trois aux US, je pense que j'ai encore du travail à faire. beaucoup de... On travaille sur les sujets de plaidoyer. En ce moment, on travaille énormément sur le plaidoyer autour des aliments ultratransformés. Les aliments ultratransformés, aux États-Unis, c'est à peu près 70% de l'offre alimentaire. C'est énorme et c'est associé à énormément de maladies. Diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, obésité, même dépression, etc. Les aliments ultratransformés, aujourd'hui, les preuves scientifiques autour des aliments ultratransformés. Et ils sont partout. Et ils sont partout. C'est très dur d'y échapper. Nous, on est vraiment, en France et aux US, très engagés sur ces sujets de plaidoyer autour des aliments ultra transformés. On a rejoint une coalition, par exemple, aux États-Unis qui s'appelle FedUp. On va à Washington avec Alice, notre responsable plaidoyer, qui est avec moi ici la semaine prochaine, pour un sujet sur les aliments ultra transformés. J'ai l'impression qu'il y a encore beaucoup de choses à faire et que ce serait trop tôt de rentrer maintenant. Je n'ai pas l'impression d'avoir accompli encore ce que j'ai envie et besoin d'accomplir ici aux US.
- Speaker #1
Et pour les entrepreneurs qui nous écoutent, qui sont encore en France et qui visent les États-Unis, sans faire dans le do's and don't classique, mais est-ce qu'il y a quelque chose que tu aurais aimé savoir avant de partir ou un écueil à éviter ? Peut-être justement savoir aussi le prix que ça coûte de venir ici ?
- Speaker #0
Alors il se trouve que justement, moi, avant de venir à New York, j'ai mis un an quand même à ce qu'on ait nos visas. J'ai eu un an pour aussi échanger avec des entrepreneurs français qui étaient ici. Donc moi, j'avais quand même eu beaucoup de feedback. Donc il n'y a rien qui m'a complètement surpris. Mais parce que justement, on me l'avait dit. On m'avait dit c'est cher. On m'avait dit plein de choses. Après, tant que tu ne le vis pas, encore une fois, je trouve que c'est difficile à appréhender. Mais je trouve que, en tout cas, je dirais le premier truc si un entrepreneur doit venir s'installer aux US, c'est d'interroger des entrepreneurs qui sont venus aux US pour avoir un maximum de retour d'expérience avant de venir et un maximum d'éléments en tête avant de venir. Donc moi, c'est vrai que j'avais...
- Speaker #1
C'est l'objet de ce podcast.
- Speaker #0
exactement en fait exactement parce que sinon tu peux vite te planter et après dans tous les cas des choses qui n'ont pas marché pour Yuka ou qui ont marché pour Yuka dans tous les cas ça ne veut pas pour autant dire que la recette sera la même pour d'autres moi pour moi ça a été hyper important d'échanger justement avec plein d'entrepreneurs ou plein de français juste à New York et d'avoir leur retour d'expérience leur point d'attention les choses qu'ils aimaient bien et d'arriver déjà avec tout ça en tête je trouve ça en tout cas pour moi ça m'a pas mal aidé Merci.
- Speaker #1
Et pour toi qui, du coup, connais ce parcours américain depuis trois ans, comment est-ce que tu résumerais ce rêve américain en un mot ou quelques mots ?
- Speaker #0
Je dirais excitant.
- Speaker #1
Excitant.
- Speaker #0
Ouais, ouais. Moi, j'adore. Ça m'a fait sortir aussi beaucoup de ma zone de confort. Déjà de par la langue, le fait de devoir parler anglais au quotidien, de se retrouver à la télé à parler en anglais. Là, je peux te dire que j'en menais pas large. De reconstruire sa vie aussi, parce que la première année, j'ai eu François et Benoît, mais après quand ils sont partis, j'étais toute seule et je ne connaissais personne ici. Donc de reconstruire sa vie, de te mettre à l'heure américaine. Moi, mes enfants sont à l'école publique, donc je côtoie beaucoup d'Américains. Donc ne serait-ce que les anniversaires des enfants version US. qui n'ont rien à voir avec les anniversaires que toi t'organises en France. Donc voilà, c'est excitant, c'est enrichissant d'avoir cette double culture, entre guillemets, de prendre un peu dans chacune ce que tu aimes. Il y a plein de choses que je préfère en France et il y a plein de choses que je préfère aux US. Du coup, tu fais ton équilibre comme ça en prenant un peu de chaque et je trouve ça vachement bien.
- Speaker #1
C'est une ville où on peut le faire. Merci beaucoup Julie Chapon.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
C'était ma rencontre avec Julie Chapron, cofondatrice de Yuka. Vous pouvez retrouver French Dreamers toutes les deux semaines avec une nouvelle conversation avec un entrepreneur français installé aux Etats-Unis. Ce podcast de French Morning est notamment rendu possible grâce au soutien de nos abonnés. Si vous souhaitez soutenir French Morning et profiter vous aussi de tous les avantages réservés à nos abonnés, rendez-vous sur frenchmorning.com slash abonnement au pluriel pour prendre le vôtre. Ça coûte moins cher qu'un cappuccino par mois et ça vous donne accès à de nombreux avantages. Merci pour votre écoute et à très vite pour un nouvel épisode de French Dreamers.