- Speaker #0
Salut, c'est Estelle et vous écoutez Futur Chien Guide, le podcast sur l'univers méconnu des chien guides d'aveugles. Chaque mois, je vous invite à découvrir les aventures de celles et ceux qui vivent cet univers au quotidien et ce lien si précieux qui les unit à leurs chiens. Passionnés et bénévoles depuis des années, d'abord à Paris et aujourd'hui à Lyon, je suis persuadée que leurs histoires pourront vous toucher, vous informer et peut-être même vous donner envie de vous engager. Savez-vous justement que seuls 1% des déficients visuels sont accompagnés d'un chien guide ? Alors si vous voulez en savoir plus sur l'actualité des chiens guides et les coulisses du podcast, inscrivez-vous sans tarder à ma newsletter mensuelle. Comme je te disais, c'est la reprise pour moi des enregistrements. Je pense que je n'ai pas allumé ce micro depuis un an. Il était précieusement rangé. Et je suis très, très heureuse de faire ça avec toi, Eric, parce que la dernière fois qu'on s'est parlé à ce micro, en tout cas, c'était en mars 2023. Ça faisait déjà un an que tu avais Tantor, qui était l'élève chien guide de Paris, qui avait même sa page LinkedIn. Il faudrait que tu nous dises ce qu'elle est devenue. Et toi, tu avais et tu as toujours un profil particulier puisque tu es toi-même déficient visuel. Bonjour Eric et merci d'avoir accepté à nouveau mon invitation.
- Speaker #1
Bonjour Estelle, merci de m'avoir invité. Oui, exactement, ça fait un certain temps. J'ai commencé en tant que famille d'accueil pour l'école de chien guide de Paris avec Tantor, comme tu le disais. Une belle aventure, riche humainement, riche en apprentissage canin. Maintenant, pour donner un peu la suite. Tantor n'est pas devenu chien guide de l'école de Paris. De par différentes raisons, le résultat des courses a été mis en adoption. Une adoption avec une famille géniale qui a tout ce qu'il faut pour le rendre heureux. Une maison, une forêt. On l'a vu une ou deux fois, il est très heureux comme ça, il voyage. C'est un chien qui n'est pas chien guide, mais qui est comblé autrement. Et maintenant, je suis devenu bénéficiaire de l'école de chien guide. parce que ma pathologie, la choré de Rémi, a évolué. Et donc, après deux ans et demi d'attente, j'ai eu mon chien guide qui s'appelle Wako et qui maintenant est 24-24 avec moi, qui partage ma vie, qui a chamboulé ma vie. C'est vrai que c'est un vrai chamboulement, mais énormément de richesse, énormément d'apprentissage pour moi comme pour mon entourage. Et un grand bonheur d'être tous les quatre ensemble, réunis tous les jours.
- Speaker #0
C'est sûr qu'on était déjà sur un profil atypique avec Famille d'accueil et Déficience visuelle. Et là, de te voir passer, on avait beaucoup parlé du fait d'être dans les deux sphères la dernière fois. Mais là, tu as complètement basculé dans la sphère bénéficiaire. Alors, on ne t'en vit pas pour autant, mais c'est une expérience assez riche et inédite de pouvoir avoir testé, entre guillemets, d'être Famille d'accueil, même si j'ai re-écouté l'épisode et puis qu'à l'époque, Tantor, il... t'aidait déjà un peu sur certaines fois où tu avais peut-être des éléments visuels qui te manquaient et ils pouvaient t'aider rien qu'à t'amener au passage fléton ou des choses comme ça. Là, le fait d'être passé à 100% dans la sphère bénéficiaire, qu'est-ce que ça a apporté pour toi ? Il y a une grosse différence, j'imagine, avec cette expérience de famille d'accueil.
- Speaker #1
Alors oui, il y a eu une énorme différence. Par contre, c'est très marrant parce que... J'ai appris beaucoup de choses, étant donné que je suis devenu famille d'accueil. Et au moment où il a fallu que je passe bénéficiaire, il y a déjà eu tout le parcours de savoir comment on pouvait avoir un chien. Donc, ça prend énormément de temps. On est suivi par l'école, on passe devant un psychologue, on fait des tests avec des chiens pour connaître les rythmes qui sont adaptés et adaptables par rapport à son mode de marche. Et puis après, il y a un réel feeling. Alors, moi, j'ai une expérience. une première expérience qui n'a pas été concluante parce que j'ai testé un chien qui s'appelait Weeper, un chien qui est génial, qui a trouvé son binôme, mais en fait, il ne marchait pas assez vite. Et après, j'ai eu le test avec Wako qui a été aussi une drôle d'expérience parce que ce chien-là, Wako était très fusionnel avec son éducatrice parce que c'est vrai qu'on voit les chiens qui travaillent pendant six mois avec leur éducateur et leur éducatrice qui sont vraiment c'est un vrai binôme aussi. Donc quand quelqu'un d'autre vient pour prendre la suite et être le binôme, ça n'a pas toujours été simple. C'est vrai que moi, j'ai fait trois essais avec lui. Les deux premiers essais étaient... n'était pas bon, il faut le dire, parce que son éducatrice était là. Et dès que j'ai fait l'essai sans son éducatrice et avec lui, ça a matché tout de suite. Au niveau du pas, il m'a même évité la première fois de tomber dans un escalier. Donc oui, ça a été une première étape. Après, il y a eu la deuxième étape où on a fait le stage de remise. C'est un stage qui dure huit jours où on est 24-24 à l'école. Donc j'ai passé une semaine où on a appris à se connaître, on a appris à travailler ensemble parce que c'est un rêve de travail. avec des journées qui étaient importantes, qui étaient bien chargées, mais toujours dans la bonne humeur et beaucoup de rigueur dans le travail qui était demandé aussi bien pour les chiens que pour nous. Et puis après, une fois qu'on a passé ces huit jours, je suis resté cinq jours, ensuite je suis rentré chez moi avec Wako, je suis revenu trois jours, et après on a eu la remise, le test et la remise avec Wako. Et depuis ce moment-là, je suis parti avec Wako et je suis rentré chez moi avec Wako. Donc oui, ça m'a évité plein de problèmes. Moi, je sais qu'avant, je cassais beaucoup de lunettes, je m'ouvrais des arcades parce que je ne voyais pas des coteaux. Quand j'ai eu Waco, le déplacement est beaucoup plus fluide. Le lien social avec les gens est beaucoup plus simple parce que quand on est une canne blanche, en règle générale, les gens sont très rebutés. Je sais que la première fois que je suis arrivé avec ma cave, au niveau de mon travail, les gens ne m'ont pas parlé, sachant qu'ils connaissaient quand même ma pathologie. Je pense qu'après avoir échangé avec ma prof de loco, les gens ne savaient pas trop comment s'y prendre pour m'aborder, pour aborder le sujet, sachant que je n'en avais pas spécialement parlé. Alors que le chien, c'est vrai qu'après on s'habitue, mais on vient d'abord voir le chien, donc le chien est vraiment un lien social. On dit d'abord bonjour au chien avant de dire bonjour au maître.
- Speaker #0
Tu m'avais déjà confié ça à propos de Tentor, ça n'a pas changé, mais je pense que c'est quelque chose d'assez universel.
- Speaker #1
Après, c'est ça qui est très marrant. C'est vrai que ça facilite les choses. Alors, il y a du bon et du moins bon. Il y a toujours des gens qui manquent d'informations, qui ne sont pas au courant que ces chiens-là peuvent aller n'importe où dans les lieux publics. Donc, il y a toujours soit des explications, soit des petits accrochages qu'on arrive à régler. Mais c'est souvent un manque d'informations. Et bon, une fois qu'on arrive à échanger, à expliquer comment ça se passe, en règle générale, ça ne se passe pas très mal.
- Speaker #0
Et du coup, là, Wako, il est à tes côtés. Donc, tu as eu un parcours. cours à la canne quand même en intermédiaire. Tu n'as pas enchaîné Tantor et Waco, il y a eu, comme tu le disais, quelques années.
- Speaker #1
Il y a eu une pause entre Tantor et Waco. Alors nous, déjà, on voulait prendre un peu de recul parce qu'en tant que famille d'accueil, c'est tout mignon à trois mois, mais ça demande énormément de travail, d'investissement personnel. Donc on s'était dit avec ma femme qu'on allait prendre un peu de recul. En parallèle, moi, ma maladie avait évolué donc on m'a fortement conseillé de prendre une canne blanche alors qu'au début, je me disais non, mais c'est bon. Je gère, je n'ai pas besoin de la canne, tout va bien. Et puis à force d'avoir cassé les lunettes, comme je disais tout à l'heure, aussi, on va peut-être faire quelque chose. Donc j'ai pris des cours de locomotion. Et puis à partir de là, il y a eu deux ans et demi de pratique avec la canne, qui est indispensable pour avoir un chien guide, puisque si on ne sait pas se servir d'une canne blanche, on n'a pas de chien guide. En tout cas, sur l'école à Paris, je ne sais pas comment ça se passe.
- Speaker #0
Sur l'ensemble des écoles. Non, non, c'est le préalable. Et puis on le dit souvent, le chien guide ce n'est pas un GPS, il faut quand même arriver. On parle de la canne, mais en fait ce que tu as appris, et tu l'apprenais déjà en 2023, tu me parlais déjà de ces cours de locomotion, ce n'est pas que la canne, c'est aussi se diriger, écouter, écouter un carrefour. Ça que tu aies soit à la canne ou avec le chien guide, alors le chien guide va t'amener auprès du passage piéton et te le marquer, mais c'est quand même toi qui décides de traverser ou non, à l'aide ou non des feux sonores s'il y en a ou pas. Cette capacité et cette compétence de traverser en sécurité, par exemple dans un carrefour, tu l'acquiers avec la canne, mais elle est nécessaire et indispensable pour le chien aussi.
- Speaker #1
On s'en rend compte et c'est vrai que ce passage à la canne blanche est indispensable. Malheureusement, j'entends trop souvent des gens dire « oui, j'ai une canne blanche parce qu'on me l'a prêtée » , mais il faut vraiment passer par des cours avec un prof de locomotion qui est vraiment là pour nous sensibiliser, pour nous apprendre des choses. Moi, je sais que... quand j'ai commencé à prendre les cours avec la canne, j'ai réappris, j'ai pris ça comme un jeu en fait, j'ai réappris à voir le monde autrement, j'ai réappris à entendre le monde autrement, et même si j'ai encore de la vision et de l'acuité, c'est vrai que c'est très marrant, parce que des fois je traverse alors que moi j'écoute mon carrefour, et que les gens qui m'accompagnent regardent le petit bonhomme, et bon des fois ça peut... Ça peut engendrer des situations un peu cocasses, mais c'est des réflexes qu'on acquiert et qui nous permettent de traverser en toute sécurité. Surtout quand les feux soit ne fonctionnent pas, soit ne sont pas présents. C'est vrai que c'est indispensable de ce côté-là.
- Speaker #0
Et tu me disais la dernière fois que vous aviez un projet de reprendre un futur chien guide, mais dans un temps plus rééquilibré entre ta femme et toi. Puis finalement, ce projet-là s'est transformé en cours de locomotion, demande de chien guide. C'était déjà le début pour toi de ton parcours de bénéficiaire.
- Speaker #1
Exactement. Donc là maintenant, notre objectif, c'est vraiment de pouvoir garder Wako avec nous, de pouvoir le garder aussi en retraite, puisqu'on pense aussi déjà à dans 8 ans ou une fois qu'il aura fini. de travailler avec moi, il passera en retraite. Et l'idée, c'est vraiment qu'on puisse le garder avec nous. L'idée, c'est de ne pas avoir le rendre, parce que je pense que ça serait un déchirement pour moi, pour ma famille. Et puis, je l'ai trop souvent entendu dire que c'était... Malheureusement, des fois, certaines personnes n'ont pas le choix, mais c'est très compliqué, parce qu'on est 24-24 avec son chien, et si moi, je suis là, lui, il est là, et inversement. Et c'est vrai que... Maintenant, je ne me vois pas partir, déjà le laisser, puis je ne me vois pas partir quel que soit l'endroit sans lui. On est de binôme et on avance ensemble, même si des fois on arrive à se séparer quelques heures. Mais c'est vrai qu'il y a un tel lien qui se crée, et ça je ne pensais pas que c'était aussi fort, mais il y a un tel lien qui se crée entre le chien et le maître qu'on est un vrai couple, on est un vrai binôme. On avance ensemble autour de la famille qui m'entoure et qui est aussi indispensable pour que tout se passe bien.
- Speaker #0
Et toi qui as expérimenté les deux côtés, tu as dû rencontrer aussi de nouvelles personnes au sein des écoles, au sein de l'école des chien-guides de Paris, parce que le pôle famille d'accueil, même s'il y a des contacts quand on est famille d'accueil avec le reste de l'école, tu parlais de l'instructeur de locomotion, de la psychologue, alors qu'ils ne sont pas tous salariés en interne, mais qui font partie quand même du process pour avoir un chien-guide derrière. J'imagine que tu as eu aussi une vision un peu différente, sans mauvais jeu de mots, sur la partie éducation, que tu avais un peu touché du doigt avec les éducateurs et les moniteurs qui accompagnaient Tantor. Là, tu as vraiment travaillé main dans la main avec les éducateurs qui t'ont proposé des chiens. Qu'est-ce que tu as découvert de plus en faisant ce nouveau parcours ?
- Speaker #1
J'ai vraiment découvert la partie où le chien travaille pour la personne déficiente visuelle. J'avais, au travers de mon rôle de famille d'accueil, j'avais eu des bases au niveau de l'éducation que j'avais acquises. Alors c'est vrai que pendant ma formation, ça m'a facilité les choses parce que j'avais déjà des réflexes qui m'étaient, on va dire, logiques pour moi. Après, par contre, tout le travail qui est fait vraiment lié au handicap, et là c'est un travail de dingue. des situations qu'on a même du mal à imaginer. Parce qu'en fait, le chien doit savoir écouter, mais doit savoir désobéir au moment où il doit désobéir. C'est-à-dire que si je me balade sur un quai de gare, si moi je me déplace vers le quai de gare, un Waco doit se mettre perpendiculaire à moi, m'allonger pour me faire comprendre que je ne peux pas aller plus loin parce qu'il y a l'huile. Et ça, c'est quelque chose... qu'on a du mal à imaginer en fait, parce qu'on se dit, je lui dis assis, il s'assoit, je lui dis couché, il se couche. Mais lui dire d'avancer, de comprendre en fait qu'il m'interdit d'avancer de ce côté-là parce qu'il y a un danger, c'est là où c'est plus compliqué. Disons qu'on ne s'imagine pas le travail qu'ils peuvent faire au travers de ça. Ils sont capables d'obéir, mais aussi de désobéir. Juste pour pouvoir nous protéger du danger qui pourrait être proche de nous. C'est comme, moi je me rappelle très bien d'un... un exercice que j'avais fait avec son éducatrice. On était au bord de lac et c'est vrai que là, j'avais senti le stress de l'éducatrice qui nous accompagnait parce qu'elle voulait vraiment que ce soit un exercice qui soit réussi et que Wako comprenne bien et que ça matche bien entre nous. On se baladait près d'un lac et en fait, on arrivait perpendiculaire au lac. Je disais à Wako de tourner à gauche. Il fallait que Wako ne me rapproche pas, mais m'éloigne du danger parce que je pouvais tomber dans l'eau. On voit bien le travail et l'importance de l'encadrement de l'éducateur pour bien faire comprendre aux chiens que c'est un exercice qui ne doit pas prendre à la légère, mais qui doit être automatique. Après, c'est vrai que Quacko s'en est très bien débrouillé, mais c'est là qu'on se rend vraiment compte du travail parce qu'en règle générale, on se balade. On fait des parcours que les éducateurs connaissent très bien, on fait des parcours que les chiens connaissent très bien. C'est vrai que c'est des automatismes et des habitudes qui sont, on va dire, assez simples. Dès qu'on arrive sur des lieux qui sont différents, que les chiens ne connaissent pas, avec des enjeux, on se rend compte du travail énorme. qui est fait en six mois parce que c'est en fait très rapide. Il reste six mois avec leur éducateur qui les entraîne spécifiquement au niveau de la déficience visuelle. Et là, on se dit que chapeau à tout le monde parce qu'ils font un boulot de dingue. Et c'est vraiment là qu'on se rend compte de la richesse de cette chaîne, en fait, parce qu'en fait, c'est une chaîne, chaîne commune entre les familles d'accueil et les éducateurs et l'école. Et là, on se dit que chacun fait son boulot et que grâce à ces gens-là, j'ai pu avoir Waco et maintenant... Maintenant, Waco m'est confié et ça me permet d'aller bosser, de sortir, d'aller au théâtre sans souci. Donc, c'est une vraie chance.
- Speaker #0
Oui, tu as dû voir encore plus la complémentarité entre ton rôle de famille d'accueil que tu avais eu avec Tantor. Toutes les demandes et les exigences, j'ai envie de dire, parce qu'on est bénévole, on donne beaucoup de temps, beaucoup d'énergie. Mais c'est vrai qu'il y a des choses parfois qui paraissent surprenantes. prenantes, j'ai envie de dire, ou un peu, je dirais pas incohérentes, mais il y a des choses sur lesquelles on ne s'attend pas forcément à avoir des demandes. Ceux qui écoutent le podcast avec la centaine d'épisodes ont depuis bien appris pas mal de choses, mais il y a toujours ces petites choses. Moi, je le dis toujours au premier abord et j'ai fait une sensibilisation il n'y a pas longtemps du côté de Lyon, où j'avais forcément des questions sur mes familles d'accueil, qu'est-ce qu'on fait ? Il y a aussi cette idée d'avoir en lune de mire le fait que Merci. Ces chiens-là ne sont pas seulement des chiens de famille bien éduqués, mais que derrière, il y a de la sécurité assurée pour leurs bénéficiaires. Et toi, tu as dû voir un peu le bénéfice de toute cette bonne éducation, de cette bonne socialisation, pré-socialisation, ça dépend des termes qu'on emploie selon les écoles, qu'au fond, les familles d'accueil, main dans la main, avec les moniteurs et les éducateurs de l'école, et qui sont vraiment des bases indispensables pour derrière avoir une bonne éducation de chien guide, même si, comme tu le disais, tantôt... n'a pas été chien guide. Tous les futurs chiens guides ne sont pas faits pour être chien guide. Heureusement, on les respecte aussi là-dessus. Mais ça t'a permis vraiment de voir cette chaîne de solidarité, comment elle s'imbriquait l'une dans l'autre par rapport à ces deux parcours du chien, d'une part auprès des familles d'accueil et de l'autre côté auprès des éducateurs qui quand même les ont pendant six mois à temps complet, puisqu'en général, ils ont trois chiens par éducateur. Je ne sais pas si tu as connu ou eu connaissance des collègues de WACO, mais en général, ils sont un trio avec un ou une éducatrice, un éducateur ou une éducatrice, et à temps plein, pendant six mois, c'est quand même beaucoup. C'est beaucoup de temps. Ça revient à deux mois d'éducation intégrale par chien si on divise ces six mois par trois.
- Speaker #1
C'est ça, c'est énormément de temps. Moi, j'ai eu la chance de pouvoir faire mon stage, et WACO aussi a eu cette chance-là, de pouvoir faire mon stage avec des chiens avec qui il avait travaillé. constamment. C'était très marrant parce qu'il avait un de ses copains qui s'appelait Lorus et souvent, son éducatrice me disait « Vous allez voir, ils vont se tirer d'abord. » C'est vrai que c'était aussi bien la complète entre les maîtres qu'entre les chiens, mais après, ça se faisait en bonne intelligence. Moi, ce qui m'avait vraiment marqué au tout début en tant que famille d'accueil, c'est que je ne m'imaginais pas le boulot qu'on pouvait demander aux familles d'accueil. C'est pour ça que quand j'ai des gens qui me parlent de ça, qui me disent « Ouais, j'ai envie de devenir famille d'accueil. » Moi, volontairement, je noirçais un peu le tableau. Ce que je disais l'autre fois à l'école, c'est que même en présentation, vous noircissez, mais vous restez quand même assez... Soft. Voilà, c'est ça, soft sur le travail à réaliser. Parce que moi, je sais que la première fois... C'est vraiment une histoire que je raconte souvent. La première fois que j'ai eu tant d'heures, on me disait... Les besoins dans les caniveaux, parce que les chiens sont habitués à faire des besoins, donc il y a tout un protocole à faire. Les besoins dans les caniveaux, c'est bien. Moi, optimiste, je dis 60-70%. Très bien, t'entends qu'on part en stage 5 jours avec son éducateur, enfin avec son référent famille d'accueil. Et là, 5 jours après, il me voit une numérique. C'est une catastrophe, les besoins. Je dis comment ça, c'est une catastrophe. Ah, ça ne va pas du tout. Donc, je me suis retrouvé quelques jours après à faire un tableau Excel. En faisant pipi, caca, trottoir, pas trottoir, en faisant des pourcentages et en ayant un objectif qui tienne la route. Après, c'est vrai que grâce à ça, grâce à cet outil-là, j'ai pu fournir des données qui étaient plus cohérentes. En fait, il faut bien prendre conscience que c'est très important de suivre les chiens dans leurs protocoles, dans leur nourriture, dans leur sociabilisation, parce que derrière, il y a une partie du boulot qui est faite. Les éducateurs vont reprendre obligatoirement certaines bases, mais le plus gros est fait pour eux. Plus ce boulot-là est fait correctement, plus ça facilite les choses et plus ils peuvent insister sur le travail qui est lié vraiment à la déficience visuelle et qui est vraiment cette valeur ajoutée qu'on veut donner Ausha. Et je pense que quand on s'engage dans ce rôle-là, il ne faut pas le prendre à l'aise légère. Il ne faut pas se dire, socialement, c'est sympa, j'ai un petit chiot, je l'emmène partout. Et derrière, il y a des contraintes. Moi, je sais que Wako, à trois mois, il pesait peut-être 10 ou 15 kilos. Moi, je n'avais pas d'ascenseur. Il fallait que je le porte à certains moments.
- Speaker #0
Tu parles de Tentor,
- Speaker #1
oui. Oui, de Tentor, pardon. Et quand Tentor, on faisait 25, ce n'était plus du tout la même. Mais je devais le faire parce que s'il descendait les marches, il pouvait avoir des problèmes de dos. Je devais faire ça 5 fois par jour. Donc, c'est vrai qu'il faut vraiment être conscient des difficultés. Je ne dirais pas des difficultés, mais des contraintes qu'on a, tout en ayant ce petit plaisir.
- Speaker #0
C'est d'ailleurs pour ça que je ne suis toujours pas famille d'accueil. Ça va venir un jour et ça fait 20 ans que j'attends. Du coup, j'ai accueilli un deuxième baby boy, un deuxième petit garçon en janvier et là, le projet, il se repousse parce que c'est du temps, de l'énergie qu'il faut avoir et que c'est... Il ne faut pas prendre ça à la légère. Et puis en plus, moi, du côté de Lyon, l'engagement, il est double puisqu'il est sur deux ans. Donc, on les a la deuxième année, le week-end. On a la possibilité, si c'est trop loin, de ne pas le faire. Mais moi, si je le fais, c'est à fond. Et donc, l'idée, c'est de le faire bien sur ces deux ans. Et donc, voilà, mes projets persos repoussent encore ce projet perso aussi. Mais c'est vrai qu'il ne faut pas le prendre à la légère. Et c'est intéressant ce que tu dis sur le fait qu'il faut bien expliquer le cadre. Et c'est aussi ce qui avait sûrement peut-être surpris. malgré toutes les précautions prises par l'école, la première famille de Tantor, qui finalement n'avait pas gardé le chien, tu nous l'avais raconté dans l'épisode en 2023, succinctement. Mais voilà, ce n'est pas un petit projet, ce n'est pas un petit chiot, c'est un petit chiot pour un grand projet.
- Speaker #1
Exactement, et c'est vrai que comme tu le disais, la première famille, c'était une étudiante et je pense qu'elle s'était dit, ouais, c'est sympa, je vais pouvoir gérer. Et en fait, Tantor, il a eu un parcours très particulier à l'école parce que cette personne-là, alors je lui fais aucun reproche, mais... Cette personne-là, elle l'a gardée 5 heures, je crois, 5 ou 7 heures. Elle l'a ramenée à l'école en disant « non, ça ne va pas être possible » . Moi, on m'a appelé en catastrophe. Alors, bizarrement, c'était le 30 avril, le jour de l'anniversaire de ma fille, en me disant « vous êtes toujours intéressée ? » « Oui, ok, on y va » . Mais c'est vrai que les chiens, ils ont beau être adaptés, ils ont beau être habitués à changer de référent, je pense qu'une fois qu'on s'engage… il faut vraiment le faire correctement.
- Speaker #0
Et ça me rappelle aussi quand j'ai tenté d'être famille d'accueil quand j'étais étudiante. Finalement, ça n'a pas marché. Et il y avait une des craintes, c'était du côté du logement étudiant, où ils avaient peur que du coup, on était 300, donc il y a des centaines de chiens guides qui arrivent dans toute la résidence. Et en fait, moi, avec le recul, je suis encore plus convaincue que c'était un projet qui n'est pas à prendre à la légère, comme on le dit, et qu'il n'y aurait pas eu autant d'engagement. peut-être les gens auraient été fans du chien mais il n'y en aurait pas eu deux fois, trois fois quatre fois plus si pour le coup j'avais fait cette expérience là mais comme tu dis c'est très engageant et ça nécessite du temps en tout cas ce qui est bravo c'est que moi la famille d'accueil de Tantor c'était un monsieur qui s'appelle Sébastien et qui était enseignant donc c'est vrai qu'au travers de ça
- Speaker #1
Wako a toujours été habitué euh... avoir du monde. Il a cette chance, c'est de pouvoir aussi se déplacer dans les différents moyens de transport en commun, comme l'avion, le train, le métro. C'est vrai que derrière, ça en fait un chien qui est bien partout. Et ça, c'est une vraie valeur ajoutée aussi. Donc après, il faut... Même si des étudiants veulent le faire, je pense que c'est hyper intéressant pour eux comme pour les autres, mais il faut être vraiment conscient et savoir gérer. les temps d'éducation de travailler avec le chien sont en temps personnel et qui sont à son boulot à l'école qui prend aussi du temps donc c'est vrai enfin en tout cas moi en tant qu'étudiant je ne me serais pas vu prendre un chien en famille d'accueil parce que je pense que ça aurait été très compliqué à gérer en tout cas moi c'était un projet c'était déjà le projet quand j'étais lycéenne alors du coup il n'a fait que se décaler et
- Speaker #0
je le redécale à nouveau depuis que tu as eu Tantor tu avais une page LinkedIn pour Tantor qu'est-ce qu'elle est devenue cette page LinkedIn ?
- Speaker #1
alors cette page Page LinkedIn, je l'ai fermée, je l'ai clôturée. En fait, c'était plus par respect par rapport à la famille d'adoption qu'ils avaient eue. Je pense que Tantor avait clôturé la page en partant avec cette famille-là. Et donc, par respect, par intimité, j'ai préféré fermer la page, laisser la famille d'adoption faire ce qu'ils avaient à faire s'ils le souhaitaient.
- Speaker #0
Et par contre, tu as développé plein de nouveaux projets. On avait déjà parlé de ton association Act2See. Depuis, il y a eu un podcast. qui est né d'ailleurs. Tu peux nous en dire plus sur ce podcast ?
- Speaker #1
Alors le podcast, c'est un podcast qui est tout récent puisqu'il a commencé cette année. Ça s'appelle En Parole et En Acte. En fait, c'est un podcast qui va mettre en avant les actions de l'association Act2See, mais principalement les actions des gens qui font vivre l'association. Parce que chez Act2See, en fait, ce qu'on veut mettre en avant, c'est qu'on peut être déficient visuel, on peut avoir un handicap, mais on peut porter des projets et transformer ces idées, ces projets en quelque chose de concret. On a pu déjà commencer avec le livre « Les plumes de l'obscurité » , qui est un livre qui a été écrit par 20 personnes, toutes déficientes visuelles. chacun a rédigé un chapitre en expliquant sa vie par rapport à sa déficience visuelle un projet qui au début alors je suis quelqu'un d'assez optimiste qui devait prendre un an, qui a pris un peu plus d'un an qui s'est fait en deux ans mais on a pu en fait sortir notre livre on a pu tenir notre livre dans les mains on a pu en faire une version audio donc c'est vrai que c'est au travers de ce poste là podcast là pardon on met en avant tous ces auteurs qui ont toute une vie différente, singulière équipe qui peuvent apporter quelque chose à notre société, à notre manière de voir le handicap et le handicap visuel. Et puis après, derrière, au niveau d'ActuCy, on a créé un service qui s'appelle la Fabrique des Rêves, qui permet de réaliser des rêves de personnes déficientes d'usure. Alors, tout type de rêve. Là, prochainement, on est en train de réaliser un rêve d'une personne qui veut voler au-dessus du Mont-Saint-Michel en hélicoptère, peut-être élitroyer un hélicoptère. On a validé le projet dans la... première session de la Fabrique des Rêmes et là, on est en train de voir pour chercher des partenaires pour pouvoir nous aider à réaliser ça. Donc après, derrière, il y aura une communication et des vidéos par rapport au projet. Moi, en parallèle, j'ai fait une première conférence dans le cadre de ma déficience visuelle. Bravo ! Merci. Quelque chose que c'était un vrai challenge pour moi, parce que la prise de parole à l'oral, c'est pas spécialement ma tasse de thème, mais bon, j'ai réussi à y prendre le goût et j'ai envie de continuer. Donc, vraiment... pas pour me mettre en avant, mais pour surtout sensibiliser les gens, sensibiliser les entreprises et puis faire comprendre aux... Alors, je n'aime pas le terme, mais aux valides qu'on peut avoir un handicap et certes, on aura des difficultés, on ne prendra pas le même chemin que ces personnes-là, mais on arrivera à notre objectif. On pourra leur apporter aussi quelque chose et apporter quelque chose à la société. C'est vraiment le message que je souhaite faire passer, c'est éclairer et faire voir qu'en éclairant, on peut réaliser des... possible et c'est possible là, en fait, il n'y a pas de limite, tout est possible. C'est surtout notre cerveau qui nous indique de limiter, alors que je pense qu'on peut tous réaliser nos projets après avec des chemins différents, mais on arrive tous à l'objectif.
- Speaker #0
Justement, j'avais une question pour conclure un peu notre échange. Où est-ce que tu te vois, toi, en 2030 ?
- Speaker #1
Ce que je souhaiterais, c'est que l'association avec tous ceux qui se développent et prennent son envol, prennent de l'ampleur. Moi, je... je puisse continuer à travailler là où je le fais à l'heure actuelle et surtout continuer à faire des conférences et écrire. C'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur. Et en parallèle, je suis en train de monter des défis sportifs parce qu'au travers de tout ça, je veux pouvoir montrer que c'est toujours la même chose, qu'on peut avoir un handicap, mais avancer, mais réaliser ses rêves. Alors, c'est vrai que souvent, il y avait un projet qui me tenait énormément à cœur qui était de battre un record du monde de 8 à 100 voitures. Je pense que le sport mécanique. Je n'ai pas encore prêt à faire confiance aux personnes handicapées. En tout cas, pas en France. Ça s'est déjà fait à l'étranger, mais pas en France. Donc après, oui, je mène d'autres défis parce que je suis un fan de sport et que je ne me vois pas rester derrière mon écran à rien faire. Donc oui, je suis en perpétuelle réflexion, recherche de défis. Donc oui, en 2030, avoir terminé le deuxième livre qu'on est en train d'écrire, avoir fait des conférences et avoir fait une partie de mes défis sportifs.
- Speaker #0
Tu as pris Wako à tes côtés, j'imagine.
- Speaker #1
Tout ça accompagné de Wako, c'est ce que j'allais dire.
- Speaker #0
Pour le petit mot de la fin. Merci beaucoup, Eric, pour ce que sont-ils devenus. Je suis vraiment très heureuse de reprendre le micro pour en plus aller voir où vous en êtes et ces évolutions qui me font toujours rêver. Tes nouveaux projets, je mettrai tous les liens dans les notes de l'épisode parce qu'ils font vraiment partie de ton nouveau toi et de tes perspectives pour les années à venir. Qu'est-ce qu'il me reste à te souhaiter ? que tous ces projets se réalisent avec Waco à tes côtés peut-être ?
- Speaker #1
Qu'on avance tous dans la bonne direction, de manière simple, et qu'on fasse avancer la société au travers du handicap.
- Speaker #0
Écoute, je crois que je ne peux pas ponctuer et conclure mieux cet échange. Merci beaucoup Eric, et puis je te dis à très bientôt et une caresse à Waco.
- Speaker #1
Très bien, ça sera fait. Merci. Musique