Speaker #0Le problème, c'est que beaucoup de riders finissent par devenir dépendants à leurs sensations. Et plus tu cherches à retrouver une sensation précise, plus tu commences à te regarder fonctionner. Et à partir de là, gentiment mais sûrement, tu sors de l'action. Alors que les très grands champions fonctionnent souvent autrement. Ils ne demandent pas à leurs sensations l'autorisation de performer. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue... dans la tête. Je suis Sébastien D'Aletetra, préparateur mental spécialisé dans l'esprit du risque. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow. Et ces instants suspendus, tout devient simple, évident et naturel. Alors respirez, relâchez. On part à l'intérieur. Salut, je suis trop content de pouvoir vous présenter aujourd'hui le 20e épisode de Glisse Intérieur. Quand j'ai commencé ce podcast début 2026, je me disais, si je peux faire 10 épisodes gratuits, ce sera déjà pas mal pour donner de la place à la préparation mentale dans les sports de glisse. Et puis chaque semaine, à travers des accompagnements que je fais ou des réflexions que je peux avoir avec certains d'entre vous sur Instagram notamment, j'ai des idées qui me viennent et je prends plaisir à vous les partager ici. Alors merci d'être de plus en plus nombreux à suivre le podcast. Et n'hésitez pas à le partager à tous ceux autour de vous que ça pourrait aider. Je compte sur vous. En préparant cet épisode, je me suis rappelé d'un passage de l'épisode 16 où j'avais évoqué rapidement le sujet du jour sans vraiment le développer. Et comme j'avais dit à ce moment-là qu'on y reviendrait un jour, et bien ce moment est arrivé. Donc cette fois-ci, j'ai eu envie d'aller tordre le cou à un réflexe ou une idée qu'on a tous, celui de donner trop de place à nos sensations dans l'approche de notre activité. Je m'explique. Il y a une phrase qu'on entend partout dans les sports de glisse. Et je suis sûr que tu t'es déjà dit plein de fois. C'est aujourd'hui, je ne le sens pas. Ou au contraire, là, je le sens bien. Comme si tout dépendait de ça. Des sensations. Comme si les sensations étaient devenues le baromètre absolu de notre niveau. Et au fond, c'est logique parce que dans les sports de glisse, les sensations prennent énormément de place. En BMX Race, le feeling dans le guidon, la sensation de vitesse, le timing. En ski, on parle de toucher de neige, de fluidité, de relâchement. En windsurf, c'est la connexion avec le vent, le flotteur, la sensation de contrôle. Et parfois, quand tout s'aligne, on a cette impression incroyable que tout devient simple, fluide, naturel, évident. Et forcément, on commence à chercher ça, à courir même après ça. Et le problème, c'est que beaucoup de riders finissent par devenir dépendants à leurs sensations. Et à partir de là, la performance devient extrêmement instable. Parce qu'il suffit d'une mauvaise sensation pour que tout s'effondre. Et aujourd'hui, j'ai envie qu'on parle de ça. Que fait-on réellement des sensations dans le sport ? Et surtout, pourquoi les grands champions ne fonctionnent pas du tout comme la plupart des gens l'imaginent ? Alors, le problème avec les sensations, c'est qu'elles sont extrêmement variables. Tu peux te réveiller un jour et tout paraît fluide. Ton corps répond bien, tu te sens léger, souple, tu engages naturellement. Et parfois, le lendemain, plus rien. Tu te sens lourd, moins précis, moins connecté. Et immédiatement, ton cerveau commence à paniquer. Tu te dis, putain, pourquoi je n'ai pas les mêmes sensations qu'hier ? Et là, beaucoup de sportifs commencent à faire une énorme erreur. Ils essaient de retrouver les sensations. Ils ne cherchent plus à performer, ils cherchent à ressentir. Et ça change tout. Prenons un exemple en ski. Un compétiteur fait un entraînement incroyable. Tout passe, les courbes s'enchaînent, il sent parfaitement ses appuis, il est relâché. Alors forcément, il mémorie cette sensation. Et puis la session suivante, il essaye inconsciemment de retrouver exactement cet état. Mais le problème, c'est que les sensations ne sont jamais totalement reproductibles. Parce qu'elles dépendent de plein de facteurs, qu'en plus en général tu ne contrôles même pas. La fatigue, le sommeil, le stress, les conditions, l'état de ton système nerveux, ton contexte émotionnel. Et plus tu cherches à retrouver une sensation précise, plus tu commences à te regarder fonctionner. Tu t'auto-analyses. Tu compares, tu contrôles, et à partir de là, gentiment mais sûrement, tu sors de l'action. Tu n'es plus dans le mouvement, tu es dans l'observation de toi-même. Et ça, c'est souvent le début des problèmes. Il y a une idée très intéressante qu'on retrouve chez énormément de grands champions. Les meilleurs ne sont pas ceux qui ont toujours les meilleures sensations. Ce sont souvent ceux qui restent capables de performer, même quand les sensations ne sont pas bonnes. Et ça change complètement la manière de voir la performance. Prenons Michael Favre. Pour ceux à qui ce nom n'évoquerait rien, il est le sportif le plus médaillé de l'histoire des Jeux Olympiques avec 28 médailles dont 23 en or. Toutes remportées entre 2004 et 2016. Son entraîneur Bob Bowman racontait quelque chose qui l'impressionnait énormément chez lui. Peu importe les sensations du jour, Phelps restait capable de performer. Il pouvait arriver à avoir une course sans feeling particulier, parfois même avec de mauvaises sensations dans l'eau, sans pour autant remettre en question sa capacité à nager vite. Et ça pour Bowman, c'était une force énorme. Parce que beaucoup de sportifs deviennent dépendants de leurs sensations. Si le feeling est bon, ils se sentent confiants. Si les sensations sont mauvaises, tout leur mental commence à vaciller. Et c'est extrêmement puissant parce que beaucoup de sportifs pensent que bonne sensation égale performance, alors que les très grands champions fonctionnent souvent autrement. Ils savent que les sensations fluctuent, donc ils ne construisent pas leur confiance là-dessus. Ils construisent leur confiance sur les routines, les automatismes, le travail répété, les processus, les comportements maîtrisés. Autrement dit, ils ne demandent pas à leurs sensations l'autorisation de performer. Et ça, c'est un énorme basculement mental parce qu'à partir du moment où tu comprends ça, les mauvaises sensations deviennent beaucoup moins dramatiques. Parce que le vrai danger, c'est quand tes sensations deviennent ton système de validation. Quand tu commences à penser, si je me sens bien, alors je vais performer. Parce qu'à partir de là, la moindre mauvaise sensation devient une menace. Prenons un exemple en windfall. Tu te mets à l'eau et dès les premiers bords, tu te sens un peu tendu, pas hyper fluide. Le plan d'eau est haché, le vent paraît bizarre et immédiatement, ton cerveau commence à interpréter. Et tu commences à penser « aujourd'hui, je ne suis pas dedans » . Et plus tu observes les sensations, plus tu renforces cette impression. Tu cherches le bon feeling, mais en faisant ça, tu te déconnectes progressivement de ce que tu dois réellement faire. Tes repères deviennent internes, tu surveilles ton état au lieu de rester connecté à l'essentiel. La trajectoire, le timing, les informations utiles et l'action. Et souvent, la performance s'effondre à partir de là. Parce que la recherche de sensations crée énormément de contrôles. Les contrôles excessifs, on l'a déjà vu, cassent la fluidité, le relâchement, l'instinct, le timing. Et c'est exactement ce qu'on voit parfois chez certains riders. Le jour où ils ont de bonnes sensations, ils sont incroyables. Mais dès qu'ils ne retrouvent plus ces sensations, ils deviennent perdus. Et ça crée une énorme irrégularité. Alors attention, ça ne veut pas dire que les sensations ne servent à rien. Ce n'est pas ce que je veux dire. Elles sont utiles, elles sont même très utiles. Les sensations donnent des informations. Mais le problème, c'est quand elles deviennent le centre du système. Un grand athlète ne nie pas à ses sensations. Il les observe sans leur donner le pouvoir. Et ça change énormément de choses. Parce qu'au lieu de dire « je ne me sens pas bien, donc ça va être mauvais » , le champion, mais pas que le champion d'ailleurs, apprend à penser « ok » . Les sensations sont ce qu'elles sont, maintenant, qu'est-ce que j'ai à faire ? Et là, on revient au vrai travail. Le placement, le timing, l'intention, le processus. Pas la chasse au feeling parfait. Et paradoxalement, c'est souvent quand tu arrêtes de courir après les sensations que les meilleures sensations reviennent. Pourquoi ? Parce que tu remets ton attention au bon endroit, là où elle doit être, dans l'action. Pas dans l'analyse permanente de toi-même. Donc peut-être que, depuis longtemps, tu donnes trop d'importance à ce que tu ressens. Peut-être que certaines mauvaises journées ne sont pas des problèmes de niveau, mais simplement des journées où les sensations sont moins agréables. Et ça, ce n'est pas la même chose. Les plus grands champions ne cherchent pas constamment le feeling parfait, ils savent que les sensations montent, descendent, changent. Mais ils ont appris quelque chose d'essentiel, la performance ne peut pas dépendre uniquement de l'état intérieur du moment. Sinon, elle devient beaucoup trop fragile. Alors, ils font confiance à autre chose, à ce qu'ils ont construit, à ce qu'ils ont répété, à leurs routines, à leurs automatismes, et surtout, ils continuent d'agir même quand les sensations ne sont pas parfaites. Parce qu'au fond, les sensations ne devraient pas être le pilote, juste une information parmi d'autres. Je te laisse réfléchir à ça, et on se retrouve très vite dans un prochain épisode de Glisse Intérieur. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans l'espoir de Glisse. D'ici là, transforme ton esprit et garde le flot.