Speaker #0Alors aujourd'hui j'ai envie de vous expliquer pourquoi les neurosciences occupent une place importante dans mon approche de la préparation mentale. En fait, comprendre comment on fonctionne, ça permet d'arrêter de se juger. Et honnêtement, je crois que c'est l'un des plus grands bénéfices des neurosciences. Parce qu'à partir du moment où on comprend le mécanisme, on peut commencer à travailler avec lui plutôt que contre lui. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue dans la tête. Je suis Sébastien Dallet-Caetra, préparateur mental spécialisé dans les sports de glisse. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow. Et ces instants suspendus où tout devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche, on part à l'intérieur. Salut, je suis très heureux de vous retrouver aujourd'hui pour un épisode un peu particulier parce qu'on va parler de préparation mentale bien sûr, mais surtout de neurosciences. Et je sais que ce mot peut parfois faire un peu peur parce que souvent, on imagine quelque chose de très scientifique, compliqué, réservé aux chercheurs ou aux médecins, mais en réalité, comprendre un minimum comment fonctionne notre cerveau peut complètement changer notre manière de nous comprendre nous-mêmes. Comprendre par exemple pourquoi on stresse, pourquoi on doute, pourquoi parfois on bloque. Pourquoi certaines situations nous feront perdre nos moyens alors que, dans d'autres moments, tout semble fluide et naturel ? Et puis surtout, comprendre que beaucoup de nos réactions ont une logique. Alors aujourd'hui, j'ai envie de vous expliquer pourquoi les neurosciences occupent une place importante dans mon approche de la préparation mentale. Et pourquoi, selon moi, apprendre à connaître son cerveau peut vraiment nous aider à mieux vivre avec nous-mêmes. Alors déjà, quand on entend préparation mentale, on pense souvent à la performance. au dépassement, à devenir plus solide, plus résistant, comme si le but était d'éliminer le stress, les émotions ou les doutes. Mais avec le temps, je me rends compte que la préparation mentale, ce n'est pas apprendre à devenir invulnérable, mais c'est plutôt apprendre à comprendre ce qui se passe à l'intérieur de nous. Parce que très souvent, on se juge pour des réactions qu'on ne comprend même pas. On se dit « je suis nul » , « je manque de confiance » , « je suis trop stressé » , « je n'ai pas le mental » . Alors qu'en réalité, notre cerveau est simplement en train de faire son travail. Et ça, ça change énormément de choses. Alors pour comprendre ça, il y a une idée fondamentale que je trouve essentielle. Le cerveau n'est pas conçu pour nous rendre heureux, il est conçu pour nous garder en vie. Et quand on comprend ça, beaucoup de comportements prennent soudain du sens. Dans le sport, c'est flagrant. Je prends un exemple en BMX race. Imagine un rider qui connaît parfaitement sa piste. Il s'y entraîne plusieurs fois par semaine. À l'entraînement, la majeure partie du temps, tout se passe parfaitement. Il est chez lui, il connaît les enchaînements qui marchent, les trajectoires optimales dans les virages, etc. Mais le jour où il doit rouler sur la même piste en compétition, devant du monde, avec un enjeu particulier, tout se complique. Il perd petit à petit ses moyens. Et je suis sûr que cette situation, elle te parle. Tu vois ton corps qui se crispe, les jambes qui deviennent plus lourdes. Et le cerveau commence à envoyer des signaux, des questions qui deviennent... Et si tu tombes ? Et si tu te blesses ? Et souvent, là, la personne commence à penser « je manque de mental » . Alors qu'en réalité, son cerveau détecte simplement une augmentation du risque. Alors, je ne parle pas forcément que du risque physique ici. Ça peut aussi être le risque social, le risque d'égratigner l'image que l'on a de soi, ou que les autres ont de nous. Alors, le système nerveux passe en mode protection. Et le problème, c'est qu'on interprète souvent ces réactions comme des faiblesses, alors qu'elles sont humaines et physiologiques. On peut trouver le même phénomène évidemment et peu importe le sport qu'on pratique. En ski par exemple, je me souviens de sportifs capables d'être incroyablement fluides à l'entraînement et qui dès que les conditions deviennent plus engagées, avec une pente plus raide, une neige plus difficile, une visibilité réduite, changent complètement leur façon de skier. Le corps se rigidifie, les appuis deviennent moins naturels, on sur-contrôle. Pourquoi ? Parce que le cerveau adore la sécurité et déteste l'incertitude. Et plus une situation semble imprévisible, plus il cherche à reprendre le contrôle. En fait, comprendre comment on fonctionne, ça permet d'arrêter de se juger. Et honnêtement, je crois que c'est l'un des plus grands bénéfices des neurosciences. Comprendre que nos réactions ont souvent une logique biologique, émotionnelle et nerveuse. Ça ne veut pas dire qu'on doit tout excuser, mais ça permet d'arrêter de croire qu'on est entre guillemets cassé, qu'on fonctionne mal. Prenons le windsurf. Quelqu'un peut être parfaitement capable techniquement, mais au moment de partir dans des conditions plus fortes, le cerveau se rappelle d'une ancienne chute, d'une grosse boîte, d'une sensation de peur intense, et parfois, sans même s'en rendre compte, le corps freine. La personne hésite, retarde le départ, cherche des excuses et perd sa fluidité. Souvent, elle pense « je suis devenu moins bon » , alors qu'en réalité, son cerveau a associé cette situation à un danger potentiel. Et ça, c'est passionnant à comprendre. Parce qu'à partir du moment où on comprend le mécanisme, on peut commencer à travailler avec lui plutôt que contre lui. Et ça nous emmène à quelque chose de très important, la neuroplasticité. Le cerveau change en permanence. Chaque expérience, chaque répétition, chaque émotion forte laisse une trace. Et plus on répète un comportement, plus le cerveau renforce le circuit associé. C'est valable pour le positif, mais aussi pour les blocages. Par exemple, un rider en BMX qui anticipe systématiquement la chute avant un saut finit par renforcer ce schéma nerveux. Le cerveau devient de plus en plus efficace pour produire de l'appréhension. Et inversement, quand on travaille progressivement la sécurité intérieure, la respiration, l'exposition progressive, la visualisation, l'attention, on peut aussi créer de nouveaux automatismes. Et ça, je trouve ça extrêmement encourageant. Parce que ça veut dire que tout n'est pas figé. On peut évoluer. Pas du jour au lendemain, certes. Pas avec des phrases motivantes, magiques. Mais avec de la compréhension, de la répétition et du travail intelligent. Parce que comprendre son fonctionnement redonne de la liberté. Je crois qu'une grande partie de la souffrance vient du fait qu'on subit nos réactions sans les comprendre. On pense qu'on manque de volonté, mais parfois le problème n'est pas de la motivation. C'est un système nerveux saturé, une peur non comprise, une mémoire émotionnelle encore active, et ça change complètement la façon d'aborder les choses. Par exemple, au lieu de dire « je dois arrêter d'avoir peur » , on peut commencer à se demander « qu'est-ce que mon cerveau essaye de protéger ici ? » Et cette question, elle change énormément de choses, parce qu'elle amène de l'observation plutôt que du jugement. Alors moi dans mon approche, je ne cherche pas à transformer les gens en machines de performance. Je cherche surtout à les aider à mieux comprendre leur fonctionnement, à reconnaître leurs réactions, à réguler leur stress, à retrouver de la lucidité dans certaines situations. Et les neurosciences... sont un outil incroyable pour ça, parce qu'elles nous rappellent quelque chose d'essentiel. Nos réactions ont du sens, même celles qu'on aimerait parfois supprimer. Le stress a du sens, la peur a du sens, l'évitement a du sens. Et la vraie question c'est, est-ce que ces mécanismes nous aident dans notre pratique sportive ou dans notre vie au quotidien, ou est-ce qu'elles nous limitent ? Et moi je pense sincèrement que comprendre son cerveau, ça peut changer notre relation à nous-mêmes. Parce qu'on arrête progressivement de voir certaines réactions comme des défauts personnels et on commence à comprendre qu'il existe des mécanismes, des automatismes, des protections qu'on peut apprendre à observer et à transformer. La préparation mentale pour moi commence là, pas dans le contrôle absolu, pas dans la performance à tout prix, mais dans la compréhension de soi. Comprendre comment on fonctionne pour arrêter de subir certains automatismes et retrouver un peu plus de liberté dans notre manière de vivre, de performer et d'avancer. Merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode. J'espère qu'il vous aura donné quelques clés de réflexion et peut-être un regard un peu plus doux sur certaines de vos réactions. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance mentale dans l'espoir de Glisse. D'ici là, concentre ton esprit et garde le chaud.