Speaker #0Cette croyance, c'est que ceux qui prennent le plus de risques sont forcément ceux qui ont le mental le plus fort. Ignorer sa peur n'est pas une compétence mentale, c'est parfois simplement une stratégie de déconnexion. La véritable maîtrise se situe entre ces deux extrêmes, c'est-à-dire ni paralysé ni inconscient, mais juste lucide. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre face des sports de glisse. celle qui se joue dans la tête. Je suis Sébastien Dalet-Ketra, préparateur mental spécialisé dans l'esprit du risque. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow. Et de ces instants suspendus, le coup devient simple, évident et naturel. Alors respirez, relâchez. On part à l'intérieur. Salut à tous, pour ce 23ème épisode, j'ai envie de parler d'un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Parce qu'il y a une croyance qui est profondément ancrée dans les sports extrêmes. Les sports engagés, les sports où l'on met son intégrité physique en jeu. Cette croyance, c'est que ceux qui prennent le plus de risques sont forcément ceux qui ont le mental le plus fort. On admire naturellement le rider qui se lance sur un énorme saut, le skieur qui drop une barre aux choses impressionnante, le windsurfer qui part dans des conditions qui font peur à tout le monde, Et on entend souvent cette phrase derrière. Lui, il a un mental de malade. Mais aujourd'hui, j'aimerais vous proposer une autre lecture. Et peut-être même remettre en question quelque chose que beaucoup de sportifs considèrent comme une évidence. Parce que selon moi, et selon tout ce que j'observe dans l'accompagnement mental des sportifs, et ma propre expérience depuis des décennies dans ces sports, il y a une énorme différence entre avoir un mental solide et être... inconscient, entre être courageux et être déconnecté du danger, entre prendre un risque maîtrisé et jouer à la roulette russe avec sa santé. Et cette différence-là, elle peut parfois déterminer la durée de votre carrière sportive. Alors, je mets des guillemets à carrière parce que j'entends ce mot comme la durée de la pratique de cette activité dans son existence. Je ne veux pas l'associer nécessairement à une notion de compétition ou de performance. Juste, a un temps passé à pratiquer une discipline au cours de sa vie. Donc cette différence peut déterminer votre progression, mais surtout elle peut déterminer votre sécurité. Parce qu'en fait, il y a un grand malentendu derrière tout ça. Et j'aimerais commencer par une question. Imaginez quelqu'un qui traverse une autoroute les yeux fermés. Est-ce qu'on dirait qu'il est courageux ? Non, je pense pas, on dirait probablement qu'il est plutôt inconscient. Et bien pourtant dans certains de nos sports engagés, on admire parfois exactement le même mécanisme. Puisque plus quelqu'un prend de risques, plus on lui attribue du mental. Comme si la capacité à ignorer le danger était automatiquement une preuve de force mentale. Mais ce raccourci, il est dangereux, parce qu'il mélange deux choses totalement différentes. La force mentale, ce n'est pas la capacité à ne pas voir le danger. La force mentale, c'est la capacité à voir le danger clairement, et à prendre la bonne décision malgré l'émotion. Et ça, ça change tout. Parce que oui, il existe des sportifs qui n'ont quasiment aucune hésitation, qui se jettent dans l'action immédiatement, qui donnent l'impression d'être invincibles. Mais parfois, c'est pas de la maîtrise. Parfois, c'est simplement une faible perception du risque. Parfois, c'est l'excitation qui prend toute la place. Parfois, c'est l'ego. Parfois, c'est l'inconscience. Et là, ce n'est pas du tout la même chose. Alors pour comprendre cela, moi j'aime toujours bien m'appuyer, vous savez, sur les neurosciences. Alors, quand vous vous retrouvez face à une situation potentiellement dangereuse, votre cerveau déclenche immédiatement une série de mécanismes. Au cœur de ce système, il y a notamment une structure appelée l'amygdale. Son rôle, il est simple, c'est de détecter les menaces. Alors elle scanne constamment l'environnement pour répondre à une question, suis-je en sécurité ou non ? Et dès qu'elle identifie un danger potentiel, elle déclenche une cascade de réactions. Le cœur s'accélère, la respiration change, les muscles se préparent, la tension se focalise. En fait, bref, votre organisme se prépare à agir. Et c'est important de comprendre quelque chose. La peur n'est pas une faiblesse. La peur est un système de protection. La peur, ce n'est pas un défaut de fabrication. Non, la peur, c'est un logiciel de survie. Sans elle, nos ancêtres n'auraient probablement pas survécu. Sans elle, nous prendrions des décisions absurdes en permanence. Et sans elle, nous surestimerions nos capacités à chaque instant. Alors quand un sportif me dit « je ne veux plus avoir peur » , je lui réponds souvent que « attention à ce que tu souhaites » . Parce que l'objectif, ce n'est pas de supprimer la peur. L'objectif, c'est de comprendre ce qu'elle essaie de nous dire. La peur, elle contient souvent une information. Parfois, cette information, elle est exagérée. Parfois, elle est totalement justifiée. Mais dans tous les cas, elle mérite d'être écoutée. Dans ma pratique, j'observe souvent deux profils. Le premier, il est dominé par sa peur. Il voit le danger partout, il hésite constamment. Il reste bloqué, il n'ose plus progresser. Donc, il reste prisonnier de sa zone de confort. Et il existe aussi un deuxième profil. Et paradoxalement, il est souvent valorisé dans les sports extrêmes. C'est celui qui ignore tout. On en connaît tous un, celui qui dit « je m'en fous, j'en vois, on verra bien » . Celui qui considère que réfléchir c'est une faiblesse, que l'hésitation est un manque de mental. Et bien en fait ce profil-là, il n'est pas plus libre que l'autre. Il est simplement prisonnier d'autres choses. Parfois de son impulsivité, parfois de son ego, parfois de son besoin de reconnaissance, parfois de son addiction aux sensations fortes. Et j'aimerais que vous reteniez cette phrase. Il n'y aurait sa peur... n'est pas une compétence mentale. C'est parfois simplement une stratégie de déconnexion. La véritable maîtrise se situe entre ces deux extrêmes. C'est-à-dire ni paralysé, ni inconscient, mais juste lucide. D'ailleurs, on voit bien dans nos sports, ceux qui durent prennent des risques intelligents. Prenons quelques exemples encore. En BMX, imaginons un rider devant une double énorme. Alors le spectateur, lui de l'extérieur, il voit simplement le saut. Le rider expérimenté, lui, y voit beaucoup plus. Il évalue sa fatigue, sa vitesse, la météo, son niveau de confiance, le risque réel, les conséquences d'une erreur. Et parfois, malgré son niveau, il décide de ne pas y aller. Pourquoi ? Parce qu'il pense à la suite. Parce qu'il sait qu'une blessure grave peut lui coûter des mois. Parce qu'il sait que son objectif n'est pas seulement de réussir aujourd'hui, mais que son objectif est de continuer à rouler demain. Et dans un an, et dans dix ans. En ski freeride, c'est la même logique. Un skieur expert arrive au sommet d'une face. Techniquement, il est capable de la descendre. Mais ce jour-là, la neige n'est pas idéale. La visibilité est moyenne. Les conditions ont changé. Alors il renonce. Et le public extérieur, lui, peut avoir de la peur. Mais le professionnel, lui, il voit une excellente décision. Parce qu'un bon skieur freeride n'est pas celui qui descend tout. C'est celui qui sait quand ne pas descendre. Dans Windsurf, je pense aussi à ces sessions dans des conditions énormes. Les vagues sont massives, le vent est violent, l'adrénaline est à son maximum. Et là, le danger, il ne vient pas toujours de la peur. Il vient parfois de l'excitation. Parce que l'excitation peut être aussi aveuglante que la peur. Quand on est euphorique, on surestime souvent ses capacités. On minimise les risques aussi et on se sent invincible. Et c'est souvent là que les erreurs apparaissent. D'ailleurs, le rider expérimenté ressent lui aussi cette excitation. Mais ils conservent une capacité d'analyse. Ils restent connectés à la réalité. Et c'est là que selon moi la préparation mentale prend tout son sens. D'ailleurs c'est ici que j'aimerais clarifier quelque chose sur mon métier. Mon rôle c'est pas de transformer les sportifs en kamikazes. Mon rôle c'est pas de leur apprendre à ignorer leurs émotions. Mon rôle ce n'est pas non plus de supprimer la peur. Non en fait moi mon travail consiste à développer trois compétences. La première c'est la connaissance de soi. Celle de comprendre comment je fonctionne. comprendre mes réactions, comprendre mes limites, et aussi comprendre mes ressources. La deuxième, c'est la régulation émotionnelle. C'est être capable de rester lucide lorsque l'intensité monte, quand la peur apparaît, quand l'excitation explose, quand la pression augmente. Et puis la troisième, c'est la prise de décision. Parce que, dans les sports engagés, ce qui provoque le plus de problèmes, c'est pas toujours le niveau technique. Ce sont souvent les mauvaises décisions. Alors en conclusion, j'aimerais terminer avec une réflexion. Posez-vous cette question. Combien de blessures arrivent parce qu'on voulait réellement progresser ? Et combien arrivent parce qu'on voulait prouver quelque chose ? Prouver aux autres, prouver à son groupe, prouver à ses réseaux sociaux, ou parfois simplement se prouver quelque chose à soi-même. Parce que, très souvent, ce n'est pas le manque de mental qui crée le problème, c'est l'ego. Et plus je travaille avec des sportifs engagés, Plus je suis convaincu d'une chose, les plus impressionnants ne sont pas forcément ceux qui prennent le plus de risques. Les plus impressionnants sont ceux qui restent capables de réfléchir lorsque tout leur environnement les pousse à agir. Alors si vous devez retenir qu'une seule idée de cet épisode, bah retenez celle-ci. Avoir un mental solide ne veut pas dire ne jamais avoir peur. Avoir un mental solide ne veut pas dire foncer tête baissée. Avoir un mental solide, c'est être capable d'écouter ses émotions sans les subir. C'est comprendre le risque. Et c'est prendre des décisions lucides. En fait, c'est savoir dire oui quand c'est le moment, et savoir dire non quand c'est nécessaire. Parce qu'au final, l'inconscience permet parfois d'oser, mais la préparation mentale permet de durer. Et dans les sports engagés, durer est probablement la plus belle des performances. Je vous remercie pour votre écoute, et je vous dis à bientôt pour un prochain épisode. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans les sports de Glisse. D'ici là, transforme ton esprit et garde le flot.