Speaker #0En revanche, il y a quelque chose que vous pouvez préparer, votre manière de fonctionner. Demandez-vous comment est-ce que j'ai envie de me comporter demain. Parce que l'objectif n'est pas de faire disparaître l'incertitude, l'objectif c'est d'arrêter de vouloir la contrôler. Parce que la performance n'est pas uniquement votre capacité à fonctionner quand tout va bien. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue dans la tête. Je suis Sébastien Dalet-Letra, préparateur mental spécialisé dans les sports de glisse. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow. Et ces instants suspendus, où tout devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche, on part à l'intérieur. Salut à tous ! Alors aujourd'hui j'ai envie de vous parler d'un moment assez particulier dans la vie d'un sportif, un moment qui peut sembler comme ça assez banal, mais qui peut avoir beaucoup plus d'importance qu'on ne l'imagine. C'est la veille d'un événement important. Ça peut être la veille d'une compétition, la veille d'un départ, la veille d'une session que vous attendez depuis longtemps, la veille d'une épreuve. Ça peut même être quelque chose qui n'a rien à voir avec une compétition, juste un événement important pour vous. Un moment où vous savez que demain, vous allez devoir être capable d'exprimer ce que vous savez faire. Et souvent, la veille, tout est prêt, le matériel est préparé, le sac est fait, le réveil est programmé. On sait où on doit aller, à quelle heure, avec qui... tout est organisé, mais il reste quand même une chose qu'on ne maîtrise pas forcément très bien, c'est notre cerveau. Parce que pendant que nous, nous essayons de dormir, eh ben lui, il commence parfois déjà à vivre le demain. Et il peut commencer à imaginer tout un tas de choses. Je suis sûr que ça vous parle. Ça peut être, et si les conditions sont mauvaises ? Et si je rate mon départ ? Et si je fais une erreur ? Et si je n'ai pas les bonnes sensations ? Et si les autres sont meilleurs ? Et si je me mets la pression ? Et si ça ne se passe pas comme prévu ? Et puis, du coup, une question arrive. Puis une autre, puis une autre. autre. Et sans même s'en rendre compte, on est déjà en train de participer à une compétition qui n'a pas encore commencé. Et c'est là que j'ai envie de vous proposer quelque chose aujourd'hui. Parce que le but de la préparation mentale la veille d'un événement, c'est pas d'essayer de prédire demain. Ce n'est pas de se convaincre que tout va parfaitement se passer. Et ce n'est surtout pas de se dire, demain je vais gagner. Parce que ça, on ne le contrôle pas. En revanche, il y a quelque chose que vous pouvez préparer. Votre manière de fonctionner. Votre manière d'entrer dans l'événement. Votre manière de porter votre attention. Et surtout, votre manière de réagir si quelque chose ne se passe pas comme prévu. Et ça, ça peut se préparer. Très concrètement. Notre cerveau n'aime pas beaucoup l'incertitude et il adore se raconter des histoires pour se rassurer. Quand quelque chose d'important approche, il cherche naturellement à essayer de comprendre ce qui va se passer. Et donc, il anticipe, il imagine, il construit des hypothèses. thèse. Et en soi, ce n'est pas un problème. C'est même quelque chose de complètement normal. Mais le problème arrive quand cette anticipation devient incontrôlable. Parce qu'à partir d'un moment, on ne prépare plus, on imagine. On imagine ce qui pourrait arriver, puis ce qui pourrait arriver après, puis ce qu'on ferait si ça arrivait, puis ce qui pourrait arriver ensuite. Et finalement, on se retrouve avec dix scénarios différents dans la tête et aucun d'entre eux ne s'est encore produit. Et c'est là qu'on peut commencer à perdre quelque chose de très précieux. C'est notre attention. Parce que notre attention est limitée. Si demain vous êtes en train de réfléchir à « Qu'est-ce qui va se passer si ? » Eh bien, vous n'êtes déjà plus complètement disponible pour « Qu'est-ce que je suis en train de faire maintenant ? » Et pourtant, c'est précisément cette deuxième question qui va vous être utile demain. Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ? Je vais vous proposer un exercice très simple qui prend une dizaine de minutes et que vous pouvez faire la veille d'un événement important. Ce n'est pas magique, ce n'est pas une technique qui va supprimer le stress, ce n'est pas une manière de garantir que tout va bien se passer, mais c'est simplement une manière de préparer votre cerveau. Et je trouve que c'est justement ce qui est intéressant parce que la préparation mentale, ce n'est pas forcément quelque chose de compliqué. Parfois, c'est simplement prendre quelques minutes pour décider à l'avance sur quoi vous voulez porter votre attention et comment vous voulez réagir. Alors la première étape pour ça, c'est de se projeter. Ce que je vous propose, souvent au moment d'aller vous coucher, c'est de vous projeter dans votre journée du lendemain. Fermez les yeux et imaginez, vous vous réveillez, vous vous préparez, vous arrivez sur le lieu de l'événement. Et prenez le temps de rendre les choses le plus réaliste possible dans votre esprit. Concentrez-vous sur ce que vous voyez, mais aussi sur ce que vous entendez, peut-être même sur ce que vous sentez. Et là, je parle du barbecue, par exemple. Et aussi, d'ailleurs, ce que vous ressentez, vos émotions, etc. Imaginez, vous retrouvez votre équipe, vos concurrents, votre coach, vous préparez votre matériel, vous attendez. Puis le moment approche, et là, essayez de vous voir dans cette situation. Mais attention, je ne vous demande pas d'imaginer que tout se passe parfaitement. Je ne vous demande pas de vous voir gagner. Je ne vous demande même pas de vous voir avec des sensations extraordinaires. Je vous demande quelque chose de beaucoup plus simple. Demandez-vous comment est-ce que j'ai envie de me comporter demain. Et ça, c'est très différent. Parce qu'au lieu de chercher à contrôler ce qui va se passer, vous commencez à réfléchir à ce que vous voulez faire. Peut-être que vous voulez prendre votre temps, peut-être que vous voulez respirer, peut-être que vous voulez rester concentré sur votre première action, peut-être que vous voulez accepter les sensations sans immédiatement les interpréter, peut-être que vous voulez rester engagé, peut-être que vous voulez juste être capable de regarder ce qui se passe sans tout de suite raconter une histoire autour. Et là, vous commencez à préparer quelque chose de très concret. Pas un résultat, mais un comportement. La deuxième étape, c'est de faire un focus sur ce que je contrôle. J'aime bien faire cette deuxième distinction, et c'est très simple. Par exemple, prenez une feuille et faites deux colonnes. D'un côté, vous mettez ce que je contrôle, et de l'autre, ce que je ne contrôle pas. Et vous allez probablement vous rendre compte que la deuxième colonne est assez longue. Parce que vous ne contrôlez pas forcément la météo, vous ne contrôlez pas le vent, vous ne contrôlez pas la qualité de la neige, vous ne contrôlez pas l'état de la piste, vous ne contrôlez pas les autres concurrents, vous ne contrôlez pas leur niveau, vous ne contrôlez pas leur décision, vous ne contrôlez pas le regard des autres, vous ne contrôlez pas forcément vos sensations au réveil. Et surtout, vous ne contrôlez pas directement le résultat final. Et en revanche, vous contrôlez certaines choses. Votre préparation, votre matériel, votre réchauffement, votre respiration, votre attention, vos décisions, votre engagement, votre manière de réagir. Et ça, c'est important. Parce que parfois, on dépense énormément d'énergie mentale à essayer de résoudre des problèmes qui ne nous appartiennent pas. alors que notre énergie pourrait être utilisée bien mieux ailleurs. Et j'aime beaucoup cette idée. Ce que vous ne pouvez pas contrôler n'a pas besoin d'occuper votre cerveau toute la soirée. Vous pouvez simplement le reconnaître. Ça, je ne le contrôle pas, et passer à autre chose. Parce que l'objectif n'est pas de faire disparaître l'incertitude. L'objectif, c'est d'arrêter de vouloir la contrôler. Et c'est là qu'arrive pour moi la partie la plus intéressante de cet exercice. Parce qu'on pourrait s'arrêter là, se projeter, imaginer une bonne journée, identifier ce qu'on contrôle, et voilà. Mais moi, j'ai envie de vous proposer d'aller un peu plus loin. Imaginez maintenant que quelque chose ne se passe pas comme prévu. Vous ratez votre départ, vous faites une erreur, vous avez de mauvaises sensations, le vent change, la vague n'est pas celle que vous attendiez, vous tombez, vous vous faites doubler, vous sentez que vous commencez à paniquer, ou simplement, vous réalisez que vous n'êtes pas dans l'état dans lequel vous pensiez être. Et là, posez-vous cette question. Qu'est-ce que je veux faire à ce moment-là ? Pas comment éviter que ça arrive, mais si ça arrive, comment est-ce que je veux réagir ? Et ça change complètement la manière de regarder l'événement. Parce que vous ne cherchez plus à construire un scénario parfait, vous préparez votre capacité à gérer un scénario imparfait. Et ça, c'est beaucoup plus réaliste. Et c'est ici que je vous propose une dernière chose. Choisissez une phrase, une toute petite phrase. Une phrase que vous pourrez vous répéter demain si vous sentez que votre cerveau commence à partir dans tous les sens. Parce que ce qui peut être dangereux dans ces moments-là, ce n'est pas forcément la difficulté. C'est tout ce que notre cerveau peut construire autour. Une erreur arrive et immédiatement, on pense « Pourquoi j'ai fait ça ? » Puis « Est-ce que je vais continuer à faire des erreurs ? » Puis « Et si je rate ? » Puis « Qu'est-ce que les autres vont penser ? » Puis « Ma compétition est foutue. » Et en quelques secondes, vous êtes complètement sorti de l'action. Vous êtes dans vos hypothèses, dans vos scénarios, dans le futur. Alors, votre phrase, elle doit vous permettre de revenir. Pas de vous rassurer artificiellement, pas de vous dire tout va bien, peut-être que tout ne va pas bien, mais simplement de revenir à ce que vous pouvez faire. Ça peut être une chose à la fois, ou je respire, je regarde, j'agis. Ça peut être ici, maintenant, prochaine action. Ou quelque chose de beaucoup plus personnel. Et puis évitez aussi les injonctions négatives, du genre... Je ne dois pas faire telle ou telle chose. Ou il ne faut pas que je tombe. En fait, l'important, c'est que votre phrase, elle soit courte, qu'elle soit simple et surtout qu'elle vous ramène dans l'action. Alors, pourquoi cette phrase, elle est importante ? Parce qu'on ne sait jamais exactement ce qui va se passer demain. Et c'est justement pour ça qu'il est impossible de préparer toutes les situations. Vous pourriez essayer, vous pourriez imaginer 10 scénarios, puis 20, puis 30, mais vous ne pourriez pas faire tout ça. pourriez jamais tous les prévoir. Alors plutôt que de chercher à prévoir chaque problème, vous pouvez préparer votre manière de revenir. Et finalement, c'était ça qui est le plus intéressant. Vous n'avez pas besoin de savoir exactement ce qui va se passer, vous avez besoin de savoir quoi faire lorsque vous ne savez plus ce qui va se passer. Et cette différence, elle est énorme. Donc si vous avez un événement important demain, voici ce que vous pouvez faire ce soir. Prenez 10 minutes, pas besoin de plus. Pendant quelques minutes, projetez-vous, imaginez votre arrivée, votre préparation, le début de l'événement, et demandez-vous comment est-ce que je veux être demain. Pas qu'est-ce que je veux obtenir, mais comment est-ce que je veux fonctionner. Ensuite, faites vos deux colonnes, ce que je contrôle et ce que je ne contrôle pas. Et acceptez simplement que certaines choses restent inconnues. Puis, imaginez un imprévu, une erreur, une mauvaise sensation, un changement, n'importe quoi. Et demandez-vous, si ça arrive, quelle sera ma réponse ? Et puis enfin, choisissez votre phrase, votre phrase de retour, votre phrase qui vous permettra de dire à votre cerveau, « Ok, je sais que tu es en train d'essayer de comprendre ce qui va se passer, mais là, on revient à ce qu'on peut faire. » Et il y a quelque chose qui me semble très important. Une fois que vous avez fait cet exercice, il faut aussi savoir s'arrêter. Parce que la préparation mentale peut aussi devenir une nouvelle source de contrôle. On veut tellement bien se préparer qu'on continue à réfléchir. Encore et encore et encore. Est-ce que j'ai suffisamment visualisé ? Est-ce que j'ai bien préparé mon scénario ? Est-ce que ma phrase est vraiment la bonne ? Et si je l'oublie ? Et on recommence. Mais à un moment, il faut accepter que la préparation est terminée. Vous avez fait ce que vous pouviez faire, vous avez préparé votre comportement, vous avez identifié ce que vous contrôlez, vous avez accepté ce que vous ne contrôlez pas, vous avez préparé une réponse à l'imprévu, vous avez votre phrase, et bien maintenant, vous pouvez dormir. Et ça aussi, ça fait partie de la préparation, parce que demain, vous aurez besoin d'un cerveau disponible, et pas d'un cerveau qui a passé toute la nuit à faire des simulations. Et finalement, je crois que c'est peut-être ça que j'ai envie que vous reteniez de cet épisode. La préparation mentale, ce n'est pas prédire ce qui va se passer, ce n'est pas essayer de construire une compétition parfaite dans sa tête, ce n'est pas se convaincre que tout va bien se passer, parce que parfois, ça ne se passera pas comme prévu. Vous allez peut-être faire une erreur, vous allez peut-être avoir de mauvaises sensations, vous allez peut-être rencontrer une difficulté. Et ce n'est pas grave, ce qui compte, c'est ce que vous allez faire ensuite. Parce que la performance n'est pas uniquement votre capacité à fonctionner quand tout va bien. C'est aussi votre capacité à retrouver votre fonctionnement quand quelque chose vient perturber ce que vous aviez prévu. Et ça, ça se prépare. Alors peut-être que la prochaine fois que vous aurez un événement important, vous pourriez essayer quelque chose de différent. Au lieu de passer la soirée à vous demander qu'est-ce qui va se passer demain, demandez-vous comment est-ce que je veux me comporter demain. Qu'est-ce qui dépend réellement de moi ? Puis si quelque chose ne se passe pas comme prévu, qu'est-ce que je vais faire ? Et puis enfin, trouvez votre phrase, celle qui vous ramènera dans votre corps, dans votre action, dans votre présent. Parce que votre cerveau va probablement essayer de construire des hypothèses, c'est son travail. Mais vous n'êtes pas obligé de toutes les suivre. Vous pouvez simplement lui dire, merci, mais pour l'instant, on s'occupe de ce qu'il y a à faire. Et peut-être que finalement, la meilleure manière de préparer demain, ce n'est pas de chercher à savoir exactement ce qui va se passer, c'est de préparer suffisamment votre cerveau pour pouvoir accueillir ce qui va réellement se passer. Et ensuite, être capable d'agir. Ici, maintenant, une chose à la fois. Et c'est peut-être ça être prêt finalement. Pas être certain que tout va bien se passer, mais être prêt à faire face à ce qui va réellement se passer. Alors si cet épisode vous a parlé, n'hésitez pas à le partager avec un sportif qui a peut-être lui aussi un événement important qui approche. Et surtout, essayez cet exercice. Mais pas uniquement demain. Pas uniquement avant votre plus grosse compétition. Testez-la sur un événement moins important. Voyez ce que ça change. Parce que la préparation mentale, comme tout le reste, ça se travaille. Allez, je vous laisse avec ça. Et on se retrouve très vite pour continuer à explorer ce qui se passe dans la tête des sportifs de la glisse. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans les sports de glisse. D'ici là, concentre ton esprit et garde le flot.