Speaker #0Si tu racontes ton rêve à quelqu'un et qu'il se moque pas de toi, c'est que tu ne rêves pas assez grand. Sauf que rêver grand ne suffit pas. Parce que vous pouvez rêver très très fort, ça ne construit rien tout seul. Il y a toutes les compétences nécessaires pour être capable de porter le projet. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue dans la tête. Je suis Sébastien Dallet-Caetra, préparateur mental spécialisé dans les sports de glisse. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow, et de ces instants suspendus où tout devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche, on part à l'intérieur. Salut à tous, il y a une phrase que j'ai entendue récemment dans une interview de Tony Parker et je pense que certains d'entre vous l'ont déjà entendue aussi et cette phrase disait « Si tu racontes ton rêve à quelqu'un et qu'il se moque pas de toi, c'est que tu ne rêves pas assez grand. » Et j'ai... J'ai trouvé cette phrase vraiment intéressante. Déjà parce que venant de Tony Parker, forcément, ça résonne. Mais surtout parce que je pense qu'il y a quelque chose de très juste derrière. Parce que finalement, si vous racontez votre rêve à quelqu'un et que la personne vous répond « Ah oui, carrément, ça paraît complètement faisable » , est-ce que c'est encore vraiment un rêve ? Ou est-ce que c'est juste un objectif assez raisonnable ? Et attention, il n'y a pas de mal à avoir des objectifs raisonnables. Mais aujourd'hui, j'ai justement envie de parler de ceux qui ne le sont pas forcément. De ces projets qui paraissent peut-être trop grands aujourd'hui, trop loin, peut-être même complètement irréalistes aux yeux des autres. Parce que je pense que Tony Parker a raison. Il faut être capable de rêver grand. Il faut être capable de se projeter très loin. De s'imaginer atteindre quelque chose qui, aujourd'hui, semble encore très loin. Et ça, ça peut être extrêmement puissant pour la motivation, pour l'engagement, mais aussi pour quelque chose dont on parle peut-être un peu moins, pour l'identité. Sauf que, et c'est là que ça devient intéressant, rêver grand ne suffit pas. Parce qu'une fois que vous avez décidé où vous voulez aller, il reste quand même une petite question. Comment vous voulez faire pour y arriver ? Et c'est de ça dont j'ai envie de parler aujourd'hui. Et comme d'habitude, j'ai envie de vous projeter dans un exemple. Prenons un jeune pilote de BMX. Il a 12 ans et il dit « Moi, je veux devenir champion du monde » . Ou prenez un jeune skieur qui dit « Moi, je veux aller aux Jeux Olympiques » . La première réaction de l'adulte, parfois, ça va être de vouloir tempérer. Oui, bah déjà, on va essayer de gagner la prochaine course. Et on comprend pourquoi. L'adulte veut le protéger, on veut éviter qu'il se mette une pression énorme. On veut rester réaliste. Sauf que peut-être, on va un peu trop vite. Parce qu'il n'y a rien de dangereux à rêver. Au contraire, ce rêve peut devenir une direction. Et surtout, il peut commencer à faire émerger une question extrêmement intéressante. Si je veux devenir cette personne-là un jour, qui est-ce que je dois commencer à devenir aujourd'hui ? Et là, on commence à toucher à l'identité. D'ailleurs, ça me fait penser à une phrase que Mohamed Ali avait aussi dite. Pour devenir un grand champion, tu dois croire que tu es le meilleur. Et si tu ne l'es pas, fais comme si tu l'étais. Et Mohamed Ali, évidemment, il ne disait pas « Tu te répètes que tu es champion devant ton miroir et normalement, ça devrait bien se passer. » Ça serait un peu facile. Alors pour ça, il s'entraînait, il bossait, il montait sur le ring. Mais avant même d'avoir toutes les preuves qui validaient ce qu'il disait, il commençait déjà à se comporter comme la personne qu'il voulait devenir. Et je trouve ça vraiment intéressant parce que l'identité fonctionne aussi comme ça. Vous n'avez pas forcément besoin d'attendre d'être un champion pour commencer à vous demander comment s'entraîne un champion ? Comment il réagit quand il rate ? Qu'est-ce qu'il fait quand il n'a pas envie ? Comment il se comporte quand personne ne le regarde ? Comment il gère une défaite ? Comment il se prépare à une compétition ? Et là, le rêve commence à avoir une fonction. Il ne sert plus simplement à vous faire imaginer quelque chose, il commence à orienter ce que vous faites aujourd'hui. Et ça, c'est très différent. C'est différent parce que c'est là qu'il y a un piège. On entend beaucoup « crois en tes rêves, vois grand, ne laisse personne te dire que c'est impossible » . Alors ok, je suis d'accord, mais demain matin, on fait quoi ? Parce que vous pouvez rêver très très fort, ça ne construit rien tout seul. Imaginez que votre rêve, ce soit de courir un marathon en deux heures. Et qu'aujourd'hui, vous ne courrez pas du tout. Bon, première chose, votre rêve est effectivement très grand. Mais admettons, vous voulez courir ce marathon en deux heures. Qu'est-ce que vous allez faire ? Demain matin, vous allez mettre vos chaussures et essayer de courir 42 km à l'allure cible ? Évidemment que non. Vous allez commencer quelque part, peut-être par 20 minutes, puis 30, puis vous allez construire de l'endurance, de la vitesse, apprendre à récupérer, à vous alimenter. Vous allez probablement faire un 10 km, puis un semi. Enfin bref, vous allez structurer votre progression. Et ce qui est intéressant, c'est que pour le physique, ça nous paraît complètement évident. Personne ne dit « tu veux courir un marathon ? Eh bien crois suffisamment fort que tu peux le faire » . Non, on dit « entraîne-toi » . Et pourtant, pour le mental, on raisonne encore parfois exactement comme ça. Mais attention parce que le chemin ne va pas être propre. Votre plan d'entraînement est fait, votre objectif est clair, votre rêve est là, parfait. Sauf que maintenant, il va falloir vivre tout ce qu'il y a entre les deux. Et là, ça va probablement être beaucoup moins linéaire. Il va y avoir des moments où vous allez être hyper motivé et puis des jours où vous n'aurez absolument pas envie d'y aller. Il va y avoir des périodes où tout progresse et d'autres où vous allez avoir l'impression de faire du sur place. Ça ressemblera à peut-être une blessure, une mauvaise compétition, un résultat que vous n'attendiez pas, un adversaire qui progresse plus vite que vous, une sélection que vous ratez. Et peut-être même, à certains moments, vous vous entendrez dire « mais pourquoi est-ce que je fais tout ça ? » Eh bien, c'est là que le rêve va être testé. Pas quand vous êtes chez vous en train de l'imaginer, mais quand le chemin pour y arriver devient beaucoup moins agréable que prévu. Et là, je retrouve quelque chose dont j'ai parlé déjà dans Glisse Intérieur. La motivation. Alors, je ne vais pas refaire l'épisode que j'ai déjà consacré à ce sujet. D'ailleurs, c'est le sixième. Si vous ne l'avez pas écouté, vous savez quoi faire après avoir écouté celui-là. Mais il faut quand même comprendre une chose. Si votre motivation repose uniquement sur le résultat final, et que ce résultat est dans cinq ans, eh bien, ça va être compliqué. Parce que cinq ans, c'est long. Et votre cerveau, lui, a besoin de voir que quelque chose avance. Et c'est là que les objectifs intermédiaires deviennent importants. Reprenons notre jeune pilote de BMX qui rêve d'être champion du monde. Très bien, alors champion du monde c'est là-bas, mais aujourd'hui. Aujourd'hui son objectif ce n'est absolument pas de devenir champion du monde. Ça peut être de réussir à s'engager sur un saut qu'il évite depuis trois semaines, puis de réussir à le passer régulièrement, puis de réussir à le faire avec d'autres pilotes autour de lui, puis en compétition, et petit à petit... Là, il avance. Et ça ne veut pas dire qu'on a réduit son rêve. Le rêve est toujours exactement au même endroit. On a simplement construit des étapes entre lui et son rêve. Et ces étapes, elles sont hyper importantes, aussi parce qu'elles permettent de voir quelque chose. La progression. Je ne suis peut-être pas encore là où je veux aller, mais je ne suis déjà plus là où j'étais il y a trois mois. Et ça, ça entretient aussi l'engagement, ça entretient la motivation, ça donne du sens au travail. Donc, découper un objectif, ce n'est pas rêver moins grand, c'est donner une structure à un grand rêve. Et puis, il y a aussi l'échec. Parce qu'il faut aussi parler de ça. Si vous choisissez un rêve vraiment ambitieux, vous acceptez en même temps une possibilité, celle de ne pas y arriver. Et je trouve ça hyper important. Parce qu'on entend parfois, si tu le veux vraiment, tu peux y arriver. Eh bien non, pas forcément. Vous pouvez le vouloir très très très fort et ne pas y arriver. Parce qu'il y a des choses que vous ne maîtrisez pas. Des blessures, des adversaires, des sélections, des opportunités, des événements de vie. Et puis parfois, quelqu'un sera juste meilleur que vous. Ça existe. Donc rêver grand, ce n'est pas se garantir une réussite. C'est accepter de se mettre en mouvement vers quelque chose dont on ne connaît pas vraiment l'issue. Et forcément, plus votre objectif est ambitieux, plus il y a des chances que vous rencontriez des échecs sur le chemin. Et là encore, ça se travaille. D'ailleurs, j'ai déjà consacré un épisode à cette idée. L'échec ne vous fait pas progresser automatiquement. C'est ce que vous en faites qui peut vous faire progresser. Et ça change énormément de choses. Parce que si à chaque fois que quelque chose ne fonctionne pas, vous vous dites, bon, visiblement, je ne suis pas fait pour ça, et bien votre rêve ne va probablement pas tenir très longtemps. Et si vous faites exactement l'inverse, vous vous dites c'est pas grave, l'échec fait partie du processus, et que vous repartez exactement pareil, et bien ça ne fonctionne pas beaucoup mieux. Parce qu'il faut être capable de regarder ce qui s'est passé, de comprendre, d'ajuster et de repartir. Pas forcément en repartant plus fort, mais en repartant différemment. Et ça c'est une compétence mentale. Et finalement c'est peut-être là que je veux en venir. Parce que quand quelqu'un nous raconte son rêve, on voit généralement le résultat. On voit le champion du monde, champion olympique. Marathon, podium. qualification, en fait peu importe, mais derrière ce résultat, il y a toutes les compétences nécessaires pour être capable de porter le projet. Et pas seulement physiquement, il va falloir savoir continuer quand la motivation baisse, traverser les périodes où les résultats stagnent, gérer le doute, gérer le regard des autres, faire avec la pression, traverser une blessure, accepter un échec, l'utiliser, réajuster un objectif. Il faut même remettre en question une partie du projet sans abandonner tout le projet. et tout ça, ça s'apprend aussi. Et c'est finalement pour ça que je trouve la phrase de Tony Parker intéressante. Parce que oui, rêvez grand, très grand même, au point que peut-être certaines personnes autour de vous trouvent que votre projet est complètement déraisonnable, et bien pourquoi pas. Mais derrière, construisez ce projet. Parce que le rêve donne une direction, les objectifs donnent des étapes. L'entraînement développe des compétences physiques et techniques dont vous allez avoir besoin. Et la préparation mentale, elle, permet aussi de travailler sur les compétences qui vont vous aider à tenir le projet quand tout ne se passera pas exactement comme prévu. Et ça, pour moi, c'est important. Parce que la préparation mentale, elle ne sert pas uniquement à être performant le jour de la compétition. Elle peut commencer bien avant. Dans la manière dont vous construisez votre projet, dans les objectifs que vous vous fixez, dans la manière dont vous entretenez votre motivation, dans votre relation à l'échec, dans l'idée que vous vous construisez, et finalement, dans votre capacité à continuer à avancer vers quelque chose qui, aujourd'hui, vous dépasse encore. Alors peut-être que vous pouvez vous poser trois questions. Quel est le rêve que je n'ose peut-être pas vraiment dire à haute voix ? Qu'est-ce que je fais aujourd'hui pour m'en rapprocher ? Et surtout, est-ce que j'entraîne seulement mon corps et ma technique pour atteindre ce rêve, ou est-ce que je construis aussi le mental capable de le porter ? Parce que finalement, oui, rêver grand c'est indispensable, mais rêver ne suffit pas. Et plus votre rêve est grand, et plus votre mental devra probablement grandir avec lui. D'ailleurs, si cet épisode vous emmène justement à vous interroger sur votre propre fonctionnement mental, sur votre motivation, votre confiance, votre rapport à l'échec, à la pression, j'ai préparé un très court questionnaire pour vous aider à faire le point et peut-être à y voir un peu plus clair. Vous trouverez le lien directement dans la description de cet épisode. Et puis, comme toujours, si cet épisode vous a parlé et qu'il vous a fait penser à quelqu'un qui rêve grand, n'hésitez pas à lui partager. J'espère que ça lui donnera des pistes pour que son rêve devienne un jour réalité. Et nous, on se retrouve très vite pour un prochain épisode. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans l'esprit de Glisse. D'ici là, concentre ton esprit et garde le chaud.