Speaker #0Mais est-ce que c'est vraiment ça, avoir un mental solide ? Est-ce que ne rien montrer signifie qu'on maîtrise ses émotions ? Et surtout, je pense qu'on fait parfois une confusion entre apprendre à cacher ses émotions et apprendre à les gérer. Mais si gérer ses émotions signifie de ne plus avoir peur, de ne plus être déçu, de ne plus se mettre en colère, je pense qu'on se rend plus d'objectif. Bienvenue dans Glisse Intérieur, le podcast qui explore l'autre phase des sports de glisse, celle qui se joue dans la tête. Je suis Sébastien Dallet-Tétra, préparateur mental spécialisé dans les sports de glisse. Et à chaque épisode, on plonge ensemble dans des mécanismes invisibles qui forgent confiance, fluidité et performance. Ici, on parle de mindset, d'équilibre, de flow, et de ces instants suspendus où tout devient simple, évident et naturel. Alors respire, relâche, on part à l'intérieur. Salut ! Aujourd'hui, je vais vous demander d'imaginer un jeune pilote de BMX qui vient de tomber à l'entraînement. Il s'est fait mal, il a eu peur, et il commence à pleurer. Et là, quelqu'un lui dit « Allez, relève-toi, sois fort, tu ne vas pas pleurer pour ça » . Je pense qu'on a tous déjà entendu ce genre de phrases, et peut-être même qu'on les a tous déjà prononcées. Et souvent d'ailleurs avec de bonnes intentions, parce qu'on cherche à rassurer, à encourager, et à aider le sportif à repartir. Et finalement, qu'est-ce qu'on est réellement en train de lui dire ? Que pour être fort, il faudrait apprendre à ne pas montrer ce qu'on ressent. Et c'est une question que je trouve vraiment intéressante, parce que dans le sport, on a encore cette image du sportif fort mentalement, celui qui ne montre rien, celui qui ne pleure pas après une défaite, celui qui ne laisse jamais apparaître sa peur, qui encaisse et qui repart. Mais est-ce que c'est vraiment ça, avoir un mental solide ? Est-ce que ne rien montrer signifie qu'on maîtrise ses émotions ? Et à l'inverse, est-ce que montrer sa peur, sa déception ou même sa joie, ça serait une forme de faiblesse ? Moi je pense que les choses sont beaucoup plus nuancées que ça. Et surtout, je pense qu'on fait parfois une confusion entre deux choses. Apprendre à cacher ses émotions et apprendre à les gérer. Parce que ce n'est pas du tout la même chose. Alors aujourd'hui, vous l'avez peut-être compris, mais j'aimerais qu'on parle de nos émotions. De la place qu'on leur laisse dans notre pratique sportive et de la manière dont elles peuvent influencer nos performances. Et vous allez voir que parfois, choisir de ne rien montrer peut être une très bonne stratégie, mais pas forcément pour les raisons qu'on imagine. Déjà, il faut comprendre que ne rien montrer ne veut pas dire ne rien ressentir. Par exemple, prenons un skieur qui attend son départ. Il est dans le cabanon, il lui reste quelques secondes avant de s'élancer, il ressent de la pression, son cœur bat. plus vite, il pense à la manche qu'il doit réaliser et pourtant quand on regarde il peut avoir l'air parfaitement calme. Son visage ne laisse rien apparaître. Alors est-ce que ça signifie qu'il ne ressent aucune pression ? Et bien évidemment que non, ça signifie simplement qu'il ne la montre pas. Et je trouve que cette distinction elle est importante parce que nos émotions ne sont pas uniquement ce qu'on laisse apparaître aux autres, elles influencent aussi notre attention, nos pensées et nos comportements. Vous pouvez très bien ne montrer aucune colère et continuer à ruminer pendant une heure. Vous pouvez aussi avoir l'air parfaitement détendu et être intérieurement très inquiet. Et vous pouvez aussi ne laisser apparaître aucune peur, tout en commençant à modifier votre manière d'agir pour éviter certaines situations. Et d'ailleurs, en psychologie, on sait que retenir l'expression d'une émotion ne suffit pas nécessairement à diminuer ce qu'on ressent. Et ça paraît assez logique quand on y réfléchit. Parce que ce n'est pas parce qu'on décide de ne pas pleurer que notre déception disparaît. Ce n'est pas parce qu'on garde un visage impassible que notre peur s'en va. Alors, attention, parce que je ne dis pas qu'il faut absolument tout exprimer et à tout moment. Et d'ailleurs, c'est justement là que j'aimerais vous apporter une nuance. Parce que, parfois, ne rien montrer, c'est un choix parfaitement cohérent. Je vais prendre un exemple que les pilotes de BMX Racing connaissent bien, l'après-gris. Vous êtes avec les autres pilotes, quelques minutes avant votre départ, vous connaissez certains de vos adversaires, vous observez leurs attitudes, il y en a qui discutent, d'autres qui restent silencieux, certains semblent très détendus, d'autres beaucoup plus concentrés. Et puis, il y a ces petits échanges de regards. On ne dit pas forcément grand-chose, mais on s'observe. Et dans ces moments-là, ce qu'on montre peut aussi faire partie du jeu psychologique. Un pilote peut ressentir une véritable appréhension, il peut être inquiet de son départ ou de la confrontation avec un adversaire, mais il peut choisir de ne pas le montrer. Il va garder une posture assurée, rester concentré sur sa routine, regarder devant lui. Peut-être qu'il cherche à ne pas donner d'indication à ses adversaires. Peut-être aussi que cette attitude l'aide simplement à rester dans son propre fonctionnement. Et franchement, je trouve ça parfaitement cohérent. On retrouve d'ailleurs des situations comparables dans la file d'attente au départ d'une course de ski. À ce moment précis, ne pas montrer son émotion peut être un choix stratégique. Mais il y a une différence fondamentale entre deux attitudes. La première, c'est de se dire « je ressens de la pression, je le sais, mais pour le moment, je choisis de ne pas la montrer » . Et la deuxième, c'est « je ressens de la pression, mais je ne devrais pas. Et si les autres s'en aperçoivent, ils vont penser que je suis faible. » Alors là, j'imagine que vous voyez la différence. Dans le premier cas, le sportif reconnaît ce qu'il ressent et choisit comment se comporter. Et dans le deuxième, il commence à se juger parce qu'il ressent cette émotion. Et pour moi, c'est là que se situe le vrai problème. Ce n'est pas de retenir une émotion qui pose nécessairement problème. C'est de croire que la ressentir est une faiblesse. Et puis, il faut comprendre que nos émotions influencent notre performance. Revenons à notre jeune pilote de BMX qui vient de tomber. Il a eu peur, il pleure et on lui demande d'être fort. Alors, une fois, ce n'est pas forcément très grave, mais si à chaque fois qu'il montre sa peur ou sa déception, on lui fait comprendre qu'il devrait réagir autrement, il peut finir par intégrer une idée assez gênante. Si j'ai peur, c'est que je manque de courage. Ou si je pleure, c'est que je ne suis pas assez solide. Et finalement, il ne doit plus seulement gérer sa peur, il doit aussi gérer le jugement qu'il porte sur lui-même parce qu'il a peur. Et chez un jeune sportif qui construit encore sa confiance et son identité, ça mérite qu'on y prête attention. Mais il y a autre chose que je voudrais aussi souligner. Parce que même lorsqu'on ne montre rien, nos émotions peuvent continuer à influencer notre performance. Prenons une skieuse qui vient de rater une manche hyper importante. Elle est très déçue. Mais elle ne montre rien. Elle rejoint son entraîneur, elle écoute les consignes, et extérieurement, tout semble aller bien. Sauf que dans sa tête, elle repense sans arrêt à son erreur. Elle se dit qu'elle a encore raté une occasion, elle commence à douter, et lors de sa prochaine course, elle va peut-être chercher à assurer davantage. Elle va hésiter sur certaines trajectoires, prendre moins d'initiatives, chercher à éviter l'erreur, plutôt qu'à produire le ski qu'elle sait faire. Alors évidemment, ce n'est pas systématique, mais c'est un exemple qui montre bien comment une émotion peut modifier nos décisions. Et dans les sports de glisse, où l'engagement et la prise de décision ont une place hyper importante, ça peut faire une vraie différence. On peut retrouver exactement le même mécanisme chez un pilote de BMX qui a peur de refaire une erreur sur un saut par exemple. Techniquement, il sait faire, mais depuis une mauvaise expérience, il anticipe davantage le risque. Son attention se déplace vers ce qui... pourrait mal se passer. Il hésite et cette hésitation peut modifier son engagement. Alors attention, je ne suis pas en train de dire qu'il faudrait ignorer sa peur et s'engager coûte que coûte, parce que dans nos disciplines, la peur peut aussi nous apporter des informations importantes sur notre sécurité, on en a déjà parlé, mais justement tout l'intérêt du travail mental, c'est d'apprendre à faire la différence entre un danger réel et une anticipation qui ne correspond plus forcément à la situation, parce qu'une émotion peut être... utile, mais elle ne doit pas nécessairement décider à notre place. Et c'est là que je trouve que la préparation mentale prend tout son sens. Pas pour apprendre à un sportif à ne plus avoir peur ou à ne plus être déçu, mais pour l'aider à comprendre ce qui se passe et à retrouver une capacité de décision adaptée à la situation. Et maintenant, j'aimerais qu'on parle d'autre chose. Parce que depuis le début, on parle surtout de peur, de colère, de déception. Mais les émotions, ce ne sont pas uniquement celles qui nous mettent en difficulté. Il y a aussi la joie, la fierté, le soulagement. Et je trouve qu'on leur laisse parfois assez peu de place aussi. Imaginez un jeune skieur qui vient de réaliser une très belle perf. Peut-être sa première victoire. Ou simplement une manche dont il est particulièrement fier parce qu'il sait tout le travail qu'il a fallu pour en arriver là. Il passe la ligne, il regarde son temps et il réalise ce qu'il vient de faire. Et là, il a envie de crier, de sauter de joie. Peut-être même de pleurer, mais il se retient. Parce qu'il ne veut pas paraître prétentieux. Parce qu'il pense qu'un bon sportif, ça doit rester sérieux, par exemple. Et bien là, j'aimerais poser une question. Pourquoi est-ce qu'on devrait avoir honte d'être heureux de ce qu'on vient d'accomplir ? Alors évidemment, on peut exprimer sa joie tout en respectant ses adversaires. Mais je pense qu'il est important d'apprendre aussi à reconnaître nos réussites. Parce qu'une performance, ce n'est pas seulement un résultat. C'est aussi une expérience qui peut renforcer notre sentiment de compétence et notre motivation. Et d'ailleurs, on sait que les mécanismes cérébraux impliqués dans la récompense et l'apprentissage, notamment ceux dans lesquels intervient la dopamine, participent à la manière dont on apprend à donner de la valeur à certaines expériences. Alors ça ne veut pas dire que crier de joie va automatiquement améliorer notre prochaine performance, mais reconnaître ce qu'on a réussi, prendre le temps de l'apprécier, comprendre le chemin parcouru, ça peut contribuer à nourrir notre engagement. Et je trouve que c'est vraiment important. Parce qu'on connaît tous ces sportifs qui atteignent un objectif qu'ils préparent depuis des mois, et qui presque immédiatement pensent au suivant. Ils viennent de réussir quelque chose d'important, Mais ils n'ont même pas pris le temps de le savourer. Alors bien sûr, avoir de l'ambition, vouloir progresser, c'est une bonne chose. Mais est-ce qu'on est obligé d'effacer la satisfaction d'une réussite pour pouvoir viser plus haut ? Je ne le crois pas. Et je pense même qu'apprendre à être fier de ce qu'on a accompli, sans tomber dans l'arrogance, fait aussi partie de la construction d'un projet sportif équilibré. Alors, finalement, qu'est-ce que ça veut dire gérer ses émotions ? Parce qu'on entend cette expression partout. Mais si gérer ses émotions signifie de ne plus avoir peur, ne plus être déçu ou ne plus se mettre en colère, je pense qu'on se trompe d'objectif. Nos émotions font partie de notre fonctionnement. Elles nous renseignent sur la manière dont nous vivons une situation. Mais elles ne nous disent pas forcément ce que nous devons faire. Et j'aimerais que vous reteniez cette distinction. Une émotion est une information, ce n'est pas forcément une instruction. Je veux prendre un dernier exemple. Vous êtes en windsurf. Vous arrivez sur un spot. Et vous aviez prévu une belle session, mais les conditions ne sont pas du tout ce que vous avez espéré. Le vent est irrégulier, le plan d'eau est compliqué, alors vous commencez à vous énerver. Vous forcez vos manœuvres, vous faites des erreurs, et plus vous vous énervez, moins vous naviguez comme vous le voudriez. Alors, évidemment, vous pouvez essayer de vous calmer, mais peut-être qu'il serait aussi intéressant de comprendre pourquoi cette situation vous met autant en colère. Est-ce que vous aviez des attentes trop précises ? Est-ce que vous avez l'impression de perdre votre temps ? Est-ce que vous comparez votre session à celle des autres ? Parce que selon ce qui alimente cette frustration, le travail ne sera pas forcément le même. Et c'est précisément pour ça que je trouve important de ne pas chercher immédiatement à supprimer une émotion. D'abord, on essaie de comprendre ce qu'elle nous indique, puis on regarde ce qu'elle nous emmène à faire. Et puis enfin, on cherche à déterminer si ce comportement est réellement adapté à ce qu'on souhaite accomplir. Et parfois, ça voudra dire accepter qu'on est déçu, Parfois, ça voudra dire prendre quelques minutes pour retrouver son calme. Parfois, ça voudra dire revenir à sa routine, à ses repères, à ce qu'on peut maîtriser. Et parfois, ça voudra simplement dire exprimer ce qu'on ressent. Il n'y a pas une seule bonne manière de fonctionner. Et surtout, la bonne réponse ne sera pas nécessairement la même selon le sportif ou selon le moment. Reprenons encore notre pilote de BMX. Avant sa course... Il choisit de ne pas montrer son appréhension pour rester concentré. Ok, très bien. Mais après une course ratée, s'il est profondément déçu, peut-être qu'il aura besoin d'en parler avec son entraîneur, avec son préparateur mental. Et c'est tout aussi cohérent, parce que la situation a changé. La force mentale, ce n'est donc pas de contrôler systématiquement l'expression de ses émotions, c'est de développer la capacité à choisir ce qu'on en fait. Et ça, c'est une compétence qui se travaille. Et puis avant de terminer, j'aimerais revenir rapidement sur notre jeune pilote de BMX du début de l'épisode. Parce que je pense que ce sujet concerne aussi directement les parents et les entraîneurs. Lorsqu'un enfant pleure après une course, on a souvent envie de le rassurer immédiatement. Lorsqu'il est en colère, on veut qu'il se calme. Et lorsqu'il a peur, on veut lui redonner confiance. Et c'est parfaitement compréhensible. Mais peut-être qu'avant de chercher à faire disparaître son émotion, on pourrait simplement commencer par la reconnaître. Un jeune skieur est déçu après une manche, on peut lui dire « Je vois que tu es déçu, tu attendais beaucoup de cette course. » Ça ne signifie pas qu'on valide toutes les conclusions qu'il tire de son résultat, ça signifie simplement qu'on reconnaît ce qu'il est en train de vivre. Et ensuite, ben on... on peut l'aider à prendre du recul, à comprendre ce qui s'est passé, à identifier ce qu'il peut apprendre de cette expérience. C'est la même chose avec la colère. Reconnaître qu'un athlète est en colère ne signifie pas accepter qu'il insulte son entraîneur ou qu'il jette son matériel. On peut parfaitement accueillir une émotion tout en posant des limites sur le comportement. Et c'est une distinction que je trouve essentielle. Parce qu'apprendre à gérer ses émotions, ce n'est pas apprendre que tout est permis sous prétexte qu'on ressent quelque chose. C'est apprendre que ce qu'on ressent mérite d'être compris, mais que ce qu'on en fait reste une responsabilité. Et finalement, c'est peut-être aussi ça qu'on devrait davantage transmettre aux jeunes sportifs. Pas qu'ils doivent être insensibles pour être forts, mais qu'ils peuvent apprendre à comprendre ce qu'ils ressentent et à décider de la manière dont ils souhaitent y répondre. Alors, est-ce que montrer ses émotions est une preuve de force mentale ? Je pense que ce n'est pas exactement la bonne question. Parce qu'on peut montrer ses émotions et avoir un mental solide. Et on peut aussi choisir de ne pas les montrer et faire preuve d'une très bonne capacité d'adaptation. Ce qui compte finalement, ce n'est pas uniquement ce qu'on laisse apparaître, c'est ce qu'on comprend de ce qu'on ressent. Et la manière dont on choisit d'y répondre. On peut avoir peur et être courageux, on peut être déçu et rester engagé dans son projet, on peut pleurer après une défaite et revenir déterminé à l'entraînement, et on peut aussi exploser de joie après une victoire, être fier de soi et continuer à travailler avec humilité. Alors la prochaine fois que vous ressentirez une émotion forte dans votre sport, plutôt que de chercher immédiatement à la cacher ou à la faire disparaître, posez-vous simplement cette question. Qu'est-ce que cette émotion est en train de me dire et qu'est-ce que je veux en faire ? Parce que pour moi, c'est là que commence un véritable travail de préparation mentale. Et si cet épisode vous a parlé et que vous avez envie de mieux comprendre ce qui influence vos réactions ou vos décisions dans votre pratique, vous pouvez commencer par faire le point sur votre mental grâce au questionnaire disponible dans la description de cet épisode. Et puis si vous souhaitez aller plus loin, vous trouverez sur mon site, les informations pour échanger avec moi sur votre préparation mentale. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode. Merci d'avoir écouté Glisse Intérieur. Si cet épisode t'a aidé ou inspiré, n'hésite pas à le partager, à t'abonner et à laisser une note. On se retrouve très vite pour continuer à explorer la puissance du mental dans les sports de glisse. D'ici là, concentre ton esprit et garde le chaud.