- Speaker #0
C'était important de faire attention à tous ceux qui sont venus sur les batailles de Bourgneuf et Fourneuf. Ça a été comme une évidence de graver leur nom sur ce monument.
- Speaker #1
80 ans après, le sacrifice qu'ils ont fait compte encore et tant qu'on lira leur nom, ils ne seront pas oubliés.
- Speaker #2
80 ans après la libération, la ville de Gwénu poursuit son travail de mémoire. Le 16 novembre prochain, un mémorial en hommage aux soldats américains tombés en 1944 sera inauguré. Cet événement s'inscrit dans la cour. continuité de la démarche mémorielle de la commune, après la thèse de Dimitri Poupon en 2022 sur le massacre de Pengerrec, l'édition de la bande dessinée Mémoire de chair et de douleur et l'organisation de l'événement festif Gouenou Mémorie en 2024. C'est ce que nous expliquent le maire Stéphane Roudotte et Philippe Nourris, conseillers référents aux associations patriotiques et aux devoirs de mémoire.
- Speaker #3
Gwénu et la Seconde Guerre mondiale, c'est une histoire assez émouvante, assez marquante, avec le massacre de Pengarek, le 7 août 1944. Et nous avons eu la volonté... et lui service d'éclairer cette page sombre de l'histoire. Et donc il y a eu la thèse, il y a eu la bande dessinée, il y a eu Gwénou Mémory en septembre 2024. Et en travaillant, en grattant un peu les choses, nous n'avions pas eu la chance de faire un travail pas imaginé la violence des combats à Bourgneuf, Fourneuf et Kergoise, puisqu'à l'origine on parlait d'une quarantaine de soldats américains morts ici entre la fin du mois d'août et le début du mois de septembre 44, et en réalité c'est plusieurs centaines. A cette heure nous avons identifié, grâce à une équipe de bénévoles et d'historiens ici à Gwénu avec un partenariat avec l'université et Outre-Atlantique avec un certain nombre de bénévoles autour du Souvenir français aux Etats-Unis. 229 soldats morts au combat durant quelques jours.
- Speaker #4
Oui, ce qu'on peut rappeler, c'est que c'est l'arrivée des Américains sur Gouinou avant la libération de Brest. Donc c'est des combats qui ont été assez âpres parce que les Allemands étaient déjà prévenus que les Américains arrivaient. Donc ils se sont enterrés et ils ont bien reçu les Américains. Donc c'est pour ça qu'on a quand même beaucoup de soldats US tombés.
- Speaker #2
Pour établir cette liste de soldats américains morts à Gwénu, un travail colossal a donc été mené pendant plusieurs mois. Thomas Evain, directeur général des services et chef de ce projet, nous donne quelques précisions.
- Speaker #5
Une équipe de bénévoles franco-américaines a analysé la matière qui existait déjà, qui avait été rassemblée par Dimitri Poupon, pour essayer de retracer les combats, puis ensuite retracer... Les soldats, les unités qui avaient participé à tous ces combats, qui ont commencé au début du mois d'août, autour du 8 août, et qui se sont terminés au début du mois de septembre. Archives disponibles et finalement, recherche d'archives nouvelles. Donc la commune a fait l'acquisition d'archives militaires américaines auprès d'une entreprise spécialisée. Au fur et à mesure que les travaux de recherche avançaient, ces archives ont été analysées et ont permis d'identifier de nouvelles unités. qui ont combattu à Gouinou, ont permis aussi d'écarter certains noms, parce que certaines unités finalement n'avaient pas combattu à Gouinou à cette période, mais dans les communes limitrophes. Et grâce à ce travail itératif, on est arrivé justement à identifier formellement 229 soldats, comme le disait Stéphane, dont on sait avec certitude qu'ils ont combattu et qu'ils sont morts à Gouinou en août et en septembre 1944.
- Speaker #2
Denis Bertin, président des Amis du Patrimoine de Gouinou, a fait partie de ce groupe de bénévoles qui s'est investi dans les recherches. Il confirme qu'il leur a fallu contourner quelques obstacles.
- Speaker #1
Dimitri Poupon, docteur en histoire, avait déjà fait un gros travail de recherche. En particulier, il est allé voir au cimetière de Saint-James où la plupart des soldats avaient été enterrés. Et donc connaissant la carte qui est dans tous les manuels et qui donne le début de la bataille de Gouinou, on pensait que l'essentiel était fait. Et en fait on s'est aperçu en allant un peu plus dans le détail que finalement c'était beaucoup plus compliqué qu'on ne pensait et que si on voulait être sûr d'avoir les noms des soldats qui étaient tombés sur Gouinou, il fallait aller dans une... granularité beaucoup plus fine que ça. Et donc tout remettre en question, tout revérifier. C'est pour ça qu'on a revérifié la liste des 214. Heureusement, il en reste beaucoup. Mais on a été obligé de se séparer effectivement de soldats qu'on pensait morts sur Gouinou et finalement qui étaient bien dans les divisions qui ont combattu à Gouinou, mais pas dans les régiments. C'est-à-dire qu'on a pu avoir par exemple des régiments qui étaient stationnés sur Gouinou. mais qui ont combattu sur Boar, ou des régiments qui étaient stationnés sur Gouinou, mais dont une partie combattait à Guipava et l'autre partie combattait à Gouinou. Donc il a fallu faire le tri, et pour ça on a dû descendre jusqu'au niveau du régiment au bataillon, du bataillon à la compagnie, et là, effectivement, il a fallu tout vérifier. On a fait de notre mieux, on y a passé des heures. Mais autant comme ça peut être assez simple quand c'est de l'infanterie qui est engagée, parce que lorsqu'il y avait un bataillon d'infanterie engagé, tout le bataillon était engagé, ce qu'on appelle les appuis, c'est-à-dire que ça peut être l'artillerie, ce sont aussi les tanks, c'est le génie aussi qui peut fournir des appuis. Et bien ces gens-là vont par petits morceaux aider les compagnies. Donc tous les effectifs sont disséminés sur beaucoup de bataillons. Et là, il y a forcément quelques trous dans notre raquette, si on peut dire comme ça. En fait, il y a probablement encore à creuser de ce côté-là.
- Speaker #2
Parmi les noms identifiés, celui de Val C. Pope, un photographe dont l'histoire a particulièrement touché Denis Bertin.
- Speaker #1
Ce soldat qui n'était pas... ni de la 2e division, ni de la 8e, qui sont les deux divisions d'infanterie qui ont combattu. Donc lui, il appartenait au Signal Corps. On s'est aperçus en grattant qu'il avait fait le débarquement. Il était parmi la première équipe de photographes et de caméramans le 6 juin. Et lui, il a fait tout le débarquement. Et non seulement ça, il était parmi les premiers, puisque pour le filmer, il ne fallait pas être derrière, il fallait être devant. Et en fait, les premières images qu'il a faites du débarquement ont fait le tour de la Terre parce que tout le monde attendait ce débarquement et il y avait une grosse opération de communication là-dessus. Et en fait, il était très ami avec un autre photographe qui était dans la même équipe que lui, Rosenblum, qui est devenu très célèbre comme reporter de guerre et il a continué sa carrière. Et effectivement, on peut se dire que ces deux amis, il y en a un qui est devenu très célèbre et l'autre a terminé sa vie à Gwynou. En fait, il s'est fait tuer en dehors de combat. Un sniper allemand l'a eu dans son viseur et a tiré. Et quand on voit les photos de ce jeune homme, c'est une vie arrachée et puis un destin gâché. Ça va de soi. Et oui, c'est assez touchant en fait. Finalement, ça pourrait être la même chose pour chacun d'entre eux, puisque chacun avait son histoire. Mais parfois, par bonheur, on arrive à trouver un peu plus et ça, justement, ça incarne un peu ces morts qui ne sont pas que des noms, ce sont aussi des vies, des familles, des amis, des femmes, des enfants.
- Speaker #2
Après le travail de recherche et venu le temps de la création du mémorial, ... Une œuvre monumentale érigée à l'intersection de la départementale 67 et de la route de Fourneuf. C'est le sculpteur Jean-Philippe Drévillon qui a grandi à Gwénou et qui travaille notamment pour la Vallée des Saints qui a été chargée de cette mission. Il a imaginé le mémorial en plusieurs ensembles. Au centre, un soldat. Dans son dos, des piliers de granit sur lesquels sont gravés les 229 noms des soldats tombés au combat. Au milieu, une porte. Symbole de liberté et de transition, nous rejoignons Jean-Philippe Drévillon sur le site où il s'affaire aux finitions de la statue du soldat.
- Speaker #6
Il est à l'échelle 1 et il est représenté assis parce que je ne voulais pas faire l'apologie de la guerre. Pour les générations qui arrivent en fait, j'ai représenté Assis plutôt dans un moment de réflexion, soit avant, soit après les combats, c'est au bon vouloir des gens en fait. Il a son fusil à la main et il est assis, il réfléchit à ce qui s'est passé dans sa journée et il y aura une baïonnette que j'ai fait couler en bronze entre ses pieds parce qu'ici les combats ont été violents et comme ils étaient pris entre deux lignes allemandes, ils n'avaient pas de ravitaillement, donc ils manquaient de munitions et apparemment ils ont fini les combats à la baïonnette. Il est assis sur une gargouille, ça c'est pour symboliser les destructions de l'église de Gouinou qui a été pilonnée pendant la seconde guerre mondiale et qui a été détruite. Et bon ça c'était pas prévu, c'était un peu un freestyle, je trouvais ça sympa. C'était un petit moment de plaisir entre deux moments de difficulté on va dire.
- Speaker #2
Alors justement c'est quoi les difficultés dans ce travail ?
- Speaker #6
C'était pas tant le débit, le bloc faisait 5 tonnes à la base, c'était une grosse boule. Donc il a fallu que je nettoie tout d'abord pour voir s'il était sain. Et après... Faire le début, ça le début c'était plutôt simple, c'est après placer tout, que tout soit à la bonne place. Les genoux, les coudes, la tête, c'est du figuratif, il faut qu'il y ait quand même des trucs à respecter.
- Speaker #2
C'est quoi comme pierre ?
- Speaker #6
C'est du Kersanton, c'est une pierre du coin, c'est extrait sur l'hôpital Canfroute. Il n'y a plus de carrière maintenant, j'ai de la chance d'avoir un beau bloc comme ça.
- Speaker #2
Ça vous aura pris combien de temps pour faire ?
- Speaker #6
Là ça fait 7 mois que je suis dessus.
- Speaker #2
C'est du temps aussi pendant lequel vous avez pu réfléchir à justement la vie de ces soldats, américains ou pas, à cette histoire. Pour vous ça compte aussi ?
- Speaker #6
Bien sûr, je suis passionné de Seconde Guerre mondiale, donc oui, je me suis intéressé à ce qui s'est passé, je me suis posé des questions, bien sûr. Et puis d'autant plus que j'ai gravé tous les noms sur le monument, donc je les connais quand même un peu, au moins leurs noms et leurs prénoms.
- Speaker #2
Bon, alors je vais vous laisser peut-être me montrer comment vous travaillez. Alors là, c'est une partie un peu technique.
- Speaker #6
Oui, je suis sur les mains, donc ça prend du temps pour réfléchir. Il faut bien tout placer, donc on va voir.
- Speaker #2
Nous laissons Jean-Philippe Drévillon à son travail, retour en mairie, où nous retrouvons Stéphane Rodotte.
- Speaker #3
Ce qui est intéressant, c'est qu'avec cette marque, avec le fait de graver les noms, avec la sculpture, ça va devenir un lieu de mémoire, un lieu d'explication. Puisque la Seconde Guerre mondiale est dans les programmes scolaires des écoles, des collèges, des lycées, même de l'université pour celles et ceux qui s'y intéressent. Et nous avons aussi, mine de rien, un certain nombre de familles intéressées. Et là, c'est un généalogiste guénousien lui aussi, qui s'appelle Frédéric Pochevin, qui m'a contacté, ayant pris connaissance de notre volonté de créer un monument en gravant le nom des soldats. Et il est généalogiste. Et donc il a travaillé sur les fiches de chacun de ces soldats et il a réussi à contacter les familles outre-Atlantique. Et elles se sont organisées ensuite, ces familles, qui ne se connaissent pas. Elles sont dispersées sur tout le territoire des États-Unis. Il y a une boucle qui a été créée, il y a des échanges entre les familles elles-mêmes. Et elles ont décidé pour 18 d'entre elles, 18 familles, donc à peu près 80 personnes, de franchir l'Atlantique et venir le 16 novembre. Ce que nous dit Frédéric, puisque c'est Frédéric Pochovin qui est en contact, puisqu'il est à l'origine de cette initiative, qu'elles sont bouleversées en fait, parce que les familles, imaginez, les descendants, neveux, nièces, petits-neveux, petits-nièces, arrière, arrière, puisqu'on en est là aujourd'hui, 80 ans plus tard, ils savaient vaguement que leur oncle, que leur... Les parents étaient morts en France, quelque part. Et souvent, quand on parle de la France, on a les plages du débarquement. On a Paris, on a ces images. Mais pas Gwénou, pas Brest, pas forcément. Et là, on va venir identifier, ils vont se recueillir. C'est très important. Alors faire le deuil, je ne pense pas, parce que les années ont passé. Mais ils vont mettre sur leur carte, ils sauront où est Gwénou et où est tombé leur parent.
- Speaker #2
L'inauguration du mémorial, le 16 novembre, s'annonce forte en émotion. Cette date marquera une étape importante de la démarche mémorielle entreprise par Gouenou. Mais pas un point final, bien au contraire. Tout un travail de médiation auprès des plus jeunes a d'ores et déjà commencé. Sylvie Coppin, adjointe à la culture, et Thomas Evin, directeur général des services.
- Speaker #0
Il y a eu un travail avec Denis Bertin qui est allé partager avec les écoles. Toute l'histoire des batailles en fait, il est parti de l'explication de la seconde guerre mondiale jusqu'à l'arrivée ici à Brest et toutes les batailles qui ont eu lieu sur le site. On a fait ça avant qu'ils aillent voir le sculpteur, donc monsieur DREVILLON, qui leur a expliqué ensuite toute sa démarche artistique par rapport aux soldats, pourquoi il l'avait fait dans cette position là, devant cette porte, voilà toutes les symboliques qu'il y avait. par rapport à ça.
- Speaker #5
La médiation qui a été faite auprès des scolaires au mois de juin de l'année dernière a vocation à être poursuivie tous les ans avec les nouveaux élèves de CM1 et de CM2 avec des histoires très concrètes. Ça permet de personnifier l'histoire, de s'y intéresser et de faire preuve de toute l'empathie nécessaire pour se dire qu'ils se sont battus pour la liberté et il faut essayer de faire en sorte de préserver cette liberté et faire en sorte que... les événements ne se reproduisent pas.
- Speaker #3
Une page effectivement va peut-être se tourner mais il y a toujours énormément d'initiatives et d'opportunités exemple en date, Chris qui est le scénariste de notre bande dessinée que j'ai eu au téléphone pour savoir s'il venait le 16 novembre donc on essayait de se caler et il Il est en train d'écrire un petit recueil. C'est imaginaire, mais sur une vingtaine de soldats. Pour imaginer en fait quel était leur état d'esprit, il a récupéré des lettres adressées à leur famille. Donc il est en train d'écrire une sorte de roman, en fait, si vous voulez. On ne l'avait pas imaginé. Donc ce que je veux simplement dire, c'est qu'il y aura probablement des rebonds autour de tout cela. Et on a laissé, et ça c'est très important, de la place sur le monument, parce qu'on n'est pas certain qu'il n'y a que 229 soldats aujourd'hui. qu'on laisse de la place et donc peut-être que des étudiants, des amateurs d'histoire, des familles elles-mêmes vont revenir vers nous en nous donnant de nouvelles données.
- Speaker #2
Labellisé Mission Libération par le ministère des Armées, le mémorial a bénéficié d'une subvention de 5000 euros. Habitants et entreprises français comme américains ont également été invités à participer au financement du monument via une souscription toujours ouverte. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site