- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, ici Boshra Pourti et bienvenue sur Haya. En arabe, Haya signifie « elle » . C'est parce que ce mot n'est pas suffisamment utilisé pour parler de réussite et d'ambition féminine que j'ai décidé de lancer ce podcast. Les inégalités et la sous-représentation liées au genre sont malheureusement une réalité, et une approche intersectionnelle ne fait qu'amplifier ces phénomènes. Chaque épisode est une conversation où j'invite une femme de culture arabe à venir partager son histoire et évoquer sa réussite. Mes invités ont toutes des backgrounds et trajectoires différentes. Elles sont journalistes, entrepreneurs, écrivaines, artistes ou encore médecins, et vous serez, je l'espère, inspirés par leur réussite. L'objectif de ce podcast est de vous, tout d'abord promouvoir une image différente de la femme arabe, en mettant en lumière ses parcours exceptionnels, mais aussi aider les plus jeunes ou celles en quête de renouveau à trouver des rôles modèles et ambitionner leur avenir. Ma conviction ultime est que la seule manière d'y croire, c'est de le voir, ou en l'occurrence l'entendre. Si ce podcast vous plaît, je vous invite à prendre quelques minutes pour le noter 5 étoiles sur iTunes ou Apple Podcasts. C'est la meilleure manière de le soutenir. Sans plus attendre, je vous laisse découvrir notre invité du jour. Cette semaine, j'ai le plaisir de partager ma conversation avec Leïla, aka Raisa Leï. Leïla est la créatrice et chorégraphe de la troupe Kif Kif Blédi, qui promeut la culture arabo-amazir en revisitant avec une approche moderne les danses issues des traditions d'Afrique du Nord et Moyen-Orient. En parallèle, Leïla est exécutive coach, ingénieure en finances de marché, ancienne traideuse et conférencière. Elle est également la fondatrice de YouSlash, une entreprise spécialisée dans le coaching des slasheurs et slasheuses, un domaine qu'elle connaît plutôt bien. Dans cet épisode, Leïla retrace son enfance heureuse à Paris, au sein du quartier de la Banane, et ses origines amazires dont elle est très fière. Elle relate ses premiers pas dans la danse, ses années de trading dans une grande banque, les moyens utilisés durant une période pour camoufler ses activités artistiques, et enfin la manière stupéfiante avec laquelle elle a été démasquée. Nous avons aussi évoqué l'amalgame souvent fait entre arabe et berbère, la transmission du culturel immatériel dans une culture où, justement, très peu d'écrits sont répertoriés et où beaucoup de choses reposent sur l'oralité. Enfin, Leïla revient sur l'origine du mot berbère, qui justifie la préférence pour le terme amazigh. Sans plus attendre, je laisse place à la heya du jour, Raisa Leï. Bonjour Leïla !
- Speaker #1
Hello Boshra !
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Ça va très bien et toi ?
- Speaker #0
Ça va très bien. Je suis très contente de t'avoir aujourd'hui.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Et je te suis depuis un moment sur Instagram et tu me fais voyager, tu me fais rêver. Et je me disais, il faut absolument que je parle à cette fille pour savoir qui est derrière ça parce que je trouve que l'idée de Kif Kif Lady et tout le monde que tu as créé autour est super inspirant. Donc, merci encore d'avoir accepté mon invitation.
- Speaker #1
Merci à toi pour l'invitation. Je suis honorée et j'ai découvert aussi ta page. C'est vraiment exceptionnel de rejoindre des profils aussi différents sur ces thématiques d'Afrique du Nord, de culture, etc. Donc, je suis absolument comblée d'être là avec toi aujourd'hui.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Laila. Laila, la tradition sur Réa Podcast, c'est de commencer par les origines. Donc, je te demanderais si tu es d'accord de te présenter en nous racontant un peu ton enfance, le milieu dans lequel tu as grandi, le genre d'éducation que tu as eue.
- Speaker #1
Oui, avec plaisir. Alors moi, je suis née à Paris XXème. Je suis fille d'immigrés, donc en France, ou « zmigria » au Maroc. Donc mes parents, en fait, sont originaires de l'est du Maroc, vers Oujda, d'une montagne à 30 kilomètres qui s'appelle Mestferki. Donc on est amazigh, c'est-à-dire qu'on est berbères. d'une tribu zenette qui a vécu dans la montagne et puis la génération de nos grand-mères quand nos parents commençaient à travailler les ont ramenés dans la ville la plus proche qui était Oujda. En France donc Paris 20e le quartier de la banane si vous connaissez c'est celui de Moralasqua le rappeur voilà c'est devenu célèbre maintenant et il faut dire que à mon époque c'était vraiment craignos quoi c'était vraiment là ça allait moins c'est devenu voilà un lieu un peu plus mixte on va dire Population principalement immigrée, populaire, avec pas mal de trafic de drogue, de règlements de comptes. Donc on a un petit peu grandi là-dedans, mais en même temps étant dans cette bulle, nous on n'était pas touchés, attaqués, quoi qu'on soit, filles, garçons, il n'y avait pas de problème. Mais c'était un peu la cité dans Paris. Je suis la plus jeune parmi mes frères et sœurs. J'ai trois grands frères et une sœur qui ont une dizaine d'années de plus que moi. Ils sont tous nés à peu près à un an d'intervalle. Et huit ans plus tard, il y a eu moi. Ils m'ont beaucoup, beaucoup inspirée. Ils ont ouvert la voie sur énormément de choses, principalement les études. Voilà, mon frère le plus âgé, Rachid, était passionné par les études. Et puis, il avait un ami qui avait son père qui était ingénieur dans l'aéronautique, il me semble. Et du coup, très jeune, il parlait du métier d'ingénieur. Alors que personne n'avait fait ça, ni dans la famille, ni dans le quartier. Et c'est pour ça qu'il s'est retrouvé, lui et mes deux autres frères, à faire des études scientifiques en prépa, donc maths sup, maths sp, puis des cursus ingénieurs. Donc lui finalement a fini professeur de physique, chimie, mais mes deux autres frères ont fini ingénieurs, et moi aussi. Et ma sœur, étant un peu plus littéraire, a fait des études pour être avocate. On a un peu des profils qui viennent de très très loin, d'un milieu très populaire. Mon père était analphabète, il avait perdu son père. très tôt il a dû travailler dans les montagnes en tant que berger il a fait des petits boulots et il s'est retrouvé un peu par hasard en france parce qu'il fallait de la main d'oeuvre très jeune vers 18 19 ans dans les années 60 et donc il était ouvrier il prenait tout ce qu'on lui disait on lui disait tu sais faire d'électricité oui oui oui n'importe quoi après il se faisait virer le pauvre à son âme parce que voilà malheureusement il nous a quittés quand j'étais enfant donc ça rajoute tout est aussi... beaucoup de résilience dans le fait qu'on n'avait pas le choix de s'en sortir autrement que par les études.
- Speaker #0
Et ta maman était femme au foyer du coup ?
- Speaker #1
Ma mère, comme toutes les mamans un petit peu du quartier, était femme au foyer jusqu'à que les enfants grandissent. Et puis après, les mamans, en fait, à cette époque, donc dans les années 90, elles commençaient à garder d'autres enfants, à faire des ménages par-ci, par-là, en fait, pour gagner un petit peu d'argent puisque les enfants étaient à l'école. Et donc, elle a commencé par faire ça. Et puis après, elle n'a pas eu le choix puisqu'elle s'est retrouvée veuve assez jeune. Donc, elle a travaillé en tant que femme de ménage, conditionneuse pendant toutes ces années, jusqu'à arriver à la retraite pour nous élever. Par contre, elle a eu la chance d'aller à l'école parce que sa famille étant en Goujda, on était frontalier par rapport à l'Algérie. Et comme la situation était très, très, très difficile dans l'Est du Maroc, C'était vraiment la famine. Ma grand-mère a perdu des enfants en bas âge parce qu'ils n'arrivaient pas à les nourrir. C'était vraiment une époque horrible dans les années 40-50. Ma famille maternelle a vécu en Algérie, près de Sidi Belhabbes, et c'était pendant la colonisation française. Donc, ma mère allait à l'école à ce moment-là. Elle était une très bonne élève, elle a sauté une classe, etc. À l'indépendance, toute personne qui n'était pas algérienne était invitée à... le territoire. Les Marocains étaient tolérés, mais vraiment jusqu'aux années 70, après vraiment tout le monde devait quitter le territoire. Donc c'est comme ça que dès l'indépendance, ma famille a quitté le territoire, mais sans emporter aucun papier, rien. Donc ma mère n'a pas pu poursuivre ses études malheureusement, elle a dû travailler à 14 ans, dès ses 14 ans.
- Speaker #0
Quel parcours !
- Speaker #1
Exactement !
- Speaker #0
Quand j'entends des histoires comme ça, je me dis que la génération de nos parents, et il y a tellement de parcours mais tellement admirables et qu'on n'entend pas beaucoup malheureusement. Et je trouve que c'est tellement dommage.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a une certaine pudeur déjà, beaucoup de résilience. C'était une époque vraiment, enfin quand on me dit qu'on n'avait pas de quoi manger, on n'avait pas de quoi se chauffer, c'est vraiment une autre époque. Même si ça nous touche, je pense qu'on n'arrivera jamais à se mettre à la hauteur de leur courage et de leur parcours. Et moi, ça m'inspire énormément dans mon quotidien. Ça me porte énormément à me dire... ne te plaint pas d'une part, et d'autre part, rien n'est insurmontable, donc fonce, tu n'as rien à perdre.
- Speaker #0
Comment l'enfant a-t-il imaginé sa vie d'adulte dans cet environnement ?
- Speaker #1
Moi, c'était très simple, parce que je voyais mes frères, moi, je vouais vraiment une admiration pour mes frères. C'était des êtres incroyables, qui savaient tout faire, ils savaient faire des maths, ils savaient tout faire. Oui, il y en a certains qui cuisinaient quand même, Merci. à faire des maths, danser, faire des blagues, s'habiller. Mes copines me disaient « tes frères, ils sont trop cools » , etc. Et donc, je me suis dit « je vais devenir comme mes frères » . Donc, à 10 ans, je ne savais pas ce que c'était, mais je disais à tout le monde « moi, je vais être ingénieur » . Mais je ne savais pas ce que c'était, parce que tout le monde n'avait pas fini leurs études. Mais je disais juste « je vais être ingénieur comme mes frères » . Voilà, donc en gros, il y avait ça. Et puis malheureusement, étant confrontée, enfant, à des difficultés familiales, financières, etc., moi, ma hantise, je m'en souviens très bien, c'était la pauvreté, c'était la précarité, c'était le chômage. Alors ça, ça m'a marquée, voilà. Enfant, parce qu'on n'a pas baigné non plus là-dedans, mais j'avais peur de devenir adulte et de ne pas avoir de travail. C'était vraiment une obsession pour moi. C'était, il faut que je travaille et que j'ai le meilleur travail possible sur Terre. J'étais très mature parce que j'avais pas mal de responsabilités déjà. J'avais vécu pas mal d'expériences. Mais j'avais des objectifs. Je pouvais pas sortir, faire la fête, des choses comme ça. Je disais tout le temps, mais non, mais je suis sérieuse. Je vais avoir un métier dans la vie. C'est ça mon futur.
- Speaker #0
Et comment est née la passion de la danse ? C'est la question qui me turlupine quand je regarde toutes tes vidéos et tout ce que tu fais. Comment c'est venu ? Est-ce que c'est venu jeune ?
- Speaker #1
Très jeune, comme toutes les cultures traditionnelles, tribales. La danse, le chant, la musique est au cœur de notre façon de vivre, et en particulier des événements sociaux, familiaux. Donc forcément, chaque été, comme on retournait au bled, en vacances, il y avait toujours des mariages, toujours des fêtes, on trouvait toujours une occasion de faire la fête. Et c'est là que j'ai eu mes premiers contacts avec la musique, la danse, le chant, puisque les trois sont indissociables pour nous en Afrique du Nord. Donc j'ai eu cette initiation un peu traditionnelle, intuitive et innée, d'une part. Et d'autre part, quand j'étais enfant, peut-être vers 6 ans, j'ai vu une petite danseuse étoile, enfin une petite fille en tout cas en tutu à la télé, danser. Et j'ai regardé ma mère, je lui ai dit « je veux faire ça ! » Alors le « ça » ! Il est assez vaste. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Est-ce que ça veut dire je veux faire de la danse classique, maman ? Est-ce que ça veut dire je veux faire de la danse ? Est-ce que ça veut dire je veux faire des spectacles ? Elle a pris en compte ma demande. Elle a reçu un fascicule d'activités culturelles et sportives dans le quartier. Elle a regardé ce qui était le plus proche de la maison en termes de danse, vu qu'on avait une petite bourse qui s'appelait les tickets loisirs pour avoir des activités prises en charge par la mairie. Et c'était le conservatoire du 20e arrondissement qui proposait des cours de modern jazz et de danse classique. Donc moi, j'ai été inscrite vers 7 ans et demi, 8 ans au conservatoire qui venait d'ouvrir en modern jazz, voilà, par hasard.
- Speaker #0
Génial, il y a un très beau conservatoire en plus.
- Speaker #1
Exactement. Et j'ai eu une merveilleuse professeure que je salue qui s'appelle Sophie Ardillon. C'était génial, je suis restée 10 ans là-bas, faire des cours, des examens de fin d'année. des spectacles alors c'était des cours du soir c'était pas du plein temps j'ai pas une formation et un diplôme d'état mais pour moi ça constitue vraiment un socle sur ma carrière en danse puisque ça m'a permis d'avoir des codes en
- Speaker #0
tant que chorégraphe en tant qu'enseignante également et à quel moment l'idée de kiff kiff bleddy et d'en faire quelque chose de de plus gros que juste danser pour toi et prendre des cours après l'école est venue
- Speaker #1
Je pense qu'il y a eu deux phases. Il y a eu l'histoire première, qui est Maghreb United, les deux meilleurs amis de l'époque. Une cabile, blonde aux yeux bleus, tunisienne, et moi la marocaine. Donc ça, c'était mes amis d'école primaire, mes voisines. Et on était tout le temps les unes chez les autres, etc. Donc en fait, mine de rien, je ne me rendais pas compte, mais j'ai été baignée dans la culture Maroc-Algérie-Tunisie depuis jeune. Et puis Kif Kif Bloody, donc de manière plus structurée, en fait, c'était pas la première tentative entre guillemets. Ça fait une dizaine d'années que je me suis vraiment mise à structurer, rendre pédagogique la transmission des danses traditionnelles, de les mettre sur scène. Kif Kif Bloody date de 2017, donc j'avais déjà une troupe, tant que co-chorégraphe avant, qui s'appelait Chukchuka. Et comment j'ai eu un déclic de me mettre à fond là-dedans, c'est que moi, j'ai fait beaucoup de danse. Donc, comme je disais, le modern jazz. Après le modern jazz, je me suis mise dans le hip-hop, en particulier le locking, qui se danse sur de la funk. Comme ça ne m'a pas suffi, dès que j'ai commencé à travailler, je prenais des stages un peu partout, j'allais faire des battles. Et c'est là que j'ai découvert le whacking, qui est devenu ma spécialité également. J'ai voyagé aux États-Unis, au Japon pour apprendre. Et puis, arrivé en France, hop, ça devient un peu à la mode. Donc, on me sollicite pour donner des cours, etc. Ensuite, j'ai découvert un festival qui s'appelle Bellifusion, qui mélange de la danse orientale avec absolument tout. Il y en a qui sont experts danses orientales flamenco, danses orientales hip-hop. Je vois ça, je me dis que c'est génial. Après, je ne me considère pas danseuse orientale. Je me considère comme danseuse de danse traditionnelle d'Afrique du Nord, ce qui est très différent. Et hop, je postule pour l'année d'après et je suis prise. Du coup, je me dis que je vais tenter des concours. Il y a des concours de ces styles-là, fusion. Et je gagne dans plusieurs pays. Et à chaque fois, il y avait une catégorie. Donc, il y avait une catégorie fusion, une catégorie danse orientale, et une catégorie qui s'appelait folklore. Alors, bon, moi, je n'aime pas ce terme. Je trouve qu'il est péjoratif. Mais en gros, folklore, ça voulait dire danse traditionnelle d'Afrique du Nord, en gros. Et il n'y avait que des sous-styles d'Égypte. Alors, je me suis dit, mais pourquoi il n'y a pas Maroc, Aldérie ? On a plein, on a une centaine de danses, peut-être par pays. Et j'ai présenté de la rgada, j'ai gagné le concours. Et j'étais morte de rire parce que j'avais acheté, on était en binôme, on avait acheté une gilaba à Barbès à 10 euros. On a mis des foulards sur le ventre, des foulards sur la tête, on a fait... Et hop, on a fait... Mais vraiment, j'ai dit, il faut qu'on fasse la robine, on fait les tirages. Comme la vraie rgada, les bâtons. On était super classe, le maquillage, on passait trois heures, nous on a fait de l'ushem. on a fait les tatouages sur le visage et tout, mais vraiment, moi j'étais en mode, vas-y, viens, on va casser le game, quoi. Les gens sont un peu trop chics, on va arriver. Et c'était en Allemagne, en plus, on s'est dit, on se fait un petit délire, on voyage, et on a gagné. Et quand on a gagné, c'était en 2012, j'ai eu un fourrir nerveux pendant l'août. Je me suis dit, mais c'est les danses de mes ancêtres, c'est de mes grands-mères, et j'étais morte de rire, j'ai dit, mais on m'a donné un trophée, on m'a offert des cadeaux. Moi, j'étais, mais je riais nerveusement. Je me suis dit, mais comment ça se fait qu'on a gagné ? Donc, en fait, moi-même, je sous-estimais.
- Speaker #0
Tu n'y croyais pas, oui.
- Speaker #1
Voilà. J'ai dit, c'est impossible. Et là, j'ai eu un déclic. J'ai dit, mais en fait, déjà, pourquoi moi-même, je m'auto-sous-estime ? Ce n'est pas normal. Pourquoi il y a des danses comme ça qui sont valorisées, qui sont connues dans le monde entier ? Il y a des spectacles professionnels. Il y a des chorégraphes de renom. Pourquoi pas nous ? Et à ce moment-là, je n'ai pas arrêté en fait. Donc ça va faire dix ans. Je vais fêter les dix ans de mon activisme dans les danses nord-africaines. Et puis Kif Kif Bledi, je n'ai pas fait passer d'audition. C'est une histoire de rencontre. Dans ma troupe, on est plusieurs Marocains. Il y a une Algérienne, une Tunisienne, une Libanaise. Et également une Sénégalo-Béninoise qui s'intéresse aux danses du coup arabo-amazir. Et qui est avec nous.
- Speaker #0
C'est hyper inspirant et c'est génial de voir. Oui, ce que tu disais, comme quoi toi, tu n'y croyais pas. Et en fait, l'image qu'on t'a envoyée, c'est que ça a une valeur de dingue et il faut y aller. Et ce que je voulais savoir, là, il y a pendant que tu passais tous ces concours, que tu allais faire ces formations, etc., donc tu travaillais en parallèle ?
- Speaker #1
Tout à fait, oui. Donc, j'y allais pendant mes vacances d'année. Comme je travaillais dans le milieu de la finance, on a des horaires assez chargés. Par contre, on a pas mal de RTT, que j'avais mes cinq semaines de vacances, plus 16 jours de RTT. Du coup, je partais deux semaines et puis je dis... Moi, ni vu ni connu. Je disais, bon, je vais à New York. Ah, c'est génial, tu vas voir. J'étais là, ouais, ouais, je vais voir. Donc, mon programme, en général, j'y allais avec une amie danseuse. Le matin, on visitait tranquillement. L'après-midi, on allait prendre des cours de danse. Donc, dans différents, voilà, Bordeaux Dance Center, Peri Dance. Et le soir, on allait en soirée. Et soirée à New York, soirée house. C'est génial. Que des danseurs. Les gens sont trop cools. Ils te parlent dans le métro. Ouais. « Where are you coming from ? » Tu dis Paris, ça, c'est bon. Ils te disent pas « Non, mais l'autre pays. » Tu te dis « France, j'adore la France. » Puis je revenais au boulot. « Alors, tes vacances ? » Et puis moi, j'étais crevée en revenant. J'avais des bleus, j'étais là. C'était génial, je me suis reposée. Et mine de rien, effectivement, c'était une formation, finalement. Pareil, je m'en rendais pas compte. Je prenais tellement de plaisir à danser pendant mes vacances que je me rendais pas compte que c'était une formation également.
- Speaker #0
Est-ce que, je serais curieuse de savoir la réaction de ton entourage à ce moment-là, quand tu commences à partir et que ce n'est pas encore professionnalisé, qu'Effy Blédy n'est pas encore née, où tu voyages, est-ce qu'on n'a pas essayé de t'éloigner de la danse sous prétexte que tu avais une carrière plus prestigieuse à la banque, tu es ingénieure et tu pourrais passer ton temps à travailler sur ça pour avancer ou continuer ta progression dans ce qui est plus traditionnel comme carrière ?
- Speaker #1
Déjà, il n'y a pas tout le monde qui était au courant parce que moi, j'avais... J'ai eu une éducation traditionnelle, qu'il faut faire attention à ce qu'on fait, à la réputation. Donc, encore une fois, moi, je suis la reine pour m'auto-censurer. Donc, je disais à moins de gens possible, mes frères et sœurs trouvaient ça génial. C'est génial, tu voyages, etc. Ils trouvaient ça super. Mes frères n'ont jamais dit, non, mais ça ne va pas, tu restes à la maison. Jamais. Ma mère, c'était un peu plus compliqué parce qu'en fait, elle a culpabilisé. Elle m'a dit, mais c'est de ma faute. Je t'ai coupé au conservatoire. Mais tu n'as jamais arrêté après ? Elle ne croyait pas. Ce n'était pas le deal.
- Speaker #0
C'est plus sensuel.
- Speaker #1
Elle n'a pas compris. Je lui ai dit, mais tu croyais que le jour de mon anniversaire, je l'ai arrêté ? Genre, allez, ça y est, j'ai 18 ou 20 ans, j'arrête tout. En fait, au contraire… Plus j'ai été confrontée aux difficultés et au stress de la vie quotidienne, plus j'avais besoin de cet exutoire qu'est la danse pour justement performer, réussir dans ma vie professionnelle d'ingénieur. Et je m'en suis rendue compte le jour où j'ai pris une année sabbatique, donc j'ai arrêté de travailler à la banque et que j'ai fait que de la danse. Je n'ai jamais aussi mal dansé, je n'ai jamais été aussi peu inspirée. Je me suis rendue compte que c'était la difficulté du quotidien qui me poussait en fait à me surpasser. Et donc, effectivement, pour revenir à ta question sur mon entourage, j'en parlais le moins possible. Oui, il y avait une certaine inquiétude, même au bout d'un moment, quand ça commençait à devenir beaucoup, à donner des cours, des stages, etc., de mon entourage sur « écoute, t'en fais trop, parce que je me blessais parfois, ça arrive à tout le monde, voilà, tu es en train de te rendre malade, tu ne prends plus de temps de repos » . Donc, c'est plus une inquiétude, en fait, sur… sur sa suractivité entre guillemets, mais dont moi j'avais besoin.
- Speaker #0
Je suis admirative de ce grand écart et tu es ce qu'on appelle une slasheuse. Donc c'est quelqu'un qui a plusieurs jobs et corrige-moi si tu as une définition plus pointue. Comment tu as vécu ce grand écart entre ces deux jobs qui sont mais aux deux extrémités, la banque et la finance avec un profil d'ingénieur et la danse traditionnelle nord-africaine ?
- Speaker #1
Oui, bah... Moi, déjà, je ne ferais qu'acquiescer l'usage du terme slasheur, slasheuse, puisque c'est devenu ma spécialité, l'accompagnement de ces profils-là en tant que coach, puisque j'ai fait une reconversion cette année. Écoute, en fait, pourquoi d'ailleurs ça m'intéressait d'accompagner les personnes ? Parce que moi-même, j'ai vécu comme ça pendant 14 ans. Pendant 14 ans, j'avais une espèce de double vie. Je me prenais pour Clark Kent.
- Speaker #0
Ta cape enlève ta cape.
- Speaker #1
C'est ça. mais c'était vraiment ça parce que je mettais hop mon ailleurs comme tout le monde, j'allais bosser à la défense, je prends le RER, je fais la tête dans le métro, voilà comme tout le monde, comme tout bon parisien et puis on adore les clichés et puis le soir j'allais m'entraîner, je donnais des cours, le week-end je m'entraînais et je faisais très attention à ce que les deux mondes ne se rencontrent jamais. Donc j'ai pris un nom de scène pour ne pas être identifiée dans ma vie professionnelle à la banque. Et vice-versa, c'était dans l'autre monde aussi. Je traînais beaucoup avec des gens qui étaient intermittents du spectacle, d'autres qui étaient obligés de prendre des petits boulots pour pouvoir vivre de la danse. Du coup, moi, je me trouvais plutôt mal à l'aise de dire « Ah, mais moi, j'ai un job full-time, j'ai des responsabilités, je fais ci, je fais ça, et puis je viens danser aussi. » J'avais peur d'être jugée dans les deux mondes, entre guillemets, qui sont si opposés. Donc, je cachais, en fait, mes autres activités. Il y a des gens de la danse qui m'ont dit « Mais c'est pas possible, t'as un boulot à côté, mais je savais pas. » « T'as un diplôme ? Je croyais que t'étais danseuse pro. » J'ai dit « Oui, mais je suis danseuse pro quand même. Qu'est-ce que ça veut dire être professionnelle ? » « Oui, danseuse professionnelle, je le suis. » « Après, je ne suis pas danseuse professionnelle sur du temps plein au niveau espace-temps. » « À partir du moment où on m'appelle pour donner des cours et que je suis rémunérée, j'estime que je suis professeur de danse professionnelle. » « Le boulot, j'avais plus peur qu'on me juge par rapport à la qualité de mon travail. » d'être décrédibilisée sur mon quotidien, de dire « Ah oui, mais t'as fait une erreur là, parce que t'avais qu'à pas aller danser, t'as dormi tard. » Ou bien « Ah, t'es pas venue bosser tel jour, t'as posé une journée pour aller danser, alors que nous, on a eu un problème de production. » Et je voulais pas entendre ça, et je n'ai jamais entendu ça, du coup, ce Ausha, parce que je cachais.
- Speaker #0
Mais c'est dur. Enfin, sur la longueur, c'est difficile. Comme tu dis, c'est presque avoir une double vie.
- Speaker #1
Oui, c'est dur. Et d'ailleurs, j'exagère en disant que j'ai tenu 14 ans parce que ce n'est pas le cas. J'ai été dénoncée par un petit jeune, le pauvre. Moi, j'ai commencé en travaillant avec des traders. Je développais des calculateurs pour eux en tant qu'ingénieur quantitatif. Et puis, au bout de quelques années, il y avait des postes à pourvoir. Donc, j'ai dit pourquoi pas, je vais passer l'entretien pour être trader. On ne sait jamais sur un quiproquo, encore une fois. Et figure-toi que j'ai été prise. Donc, pendant 4 heures, j'ai été trader Forex. à traiter. Pendant 4 ans, j'ai fait ça. Quand mes clients sont devenus mes collègues, ils voyaient bien que je ramenais mon sac de sport quasi tous les jours, donc je leur disais, moi, je fais de la gym. Oui, c'est ça. Après, un jour, je ne sais pas, dans un élan de confiance, j'ai dit que je faisais de la danse. Alors là, ils ne m'ont pas lâchée. Parce que c'était un peu le cliché aussi de travailler qu'avec des hommes, en salle des marchés. Je voyais bien qu'il y avait des blagues un peu misogynes, des choses comme ça. Donc vraiment, je restais fermée. faisant un peu la tête. Je me disais, ce n'est pas grave, je passe pour une sauvage, je ne suis pas sociable, mais au moins, ma réputation est préservée. Et puis, un jour, un petit stagiaire arrive qui avait fait la même école que moi et moi, dans mon école, j'étais connue pour être dans le club hip-hop. Donc, il a retourné le cerveau et il a balancé mon nom de scène. Et là, j'étais allée déjeuner et ils ont imprimé une photo de moi qu'ils ont trouvée sur le net où je dansais. Ils me l'ont scotché sur mon ordi, sur les écrans de mon ordi. Et j'ai tapé une crise, quoi. J'ai gueulé. J'ai dit, j'en ai marre, on ne peut pas avoir de vie privée avec vous. Vous êtes trop curieux, vous ne respectez rien. Et je me suis énervée, je les ai boudées. Non, mais c'était vraiment la cour d'école. Oui,
- Speaker #0
mais c'est dur quand même. On a l'impression qu'ils rentrent dans ton jardin secret. C'était un peu ton jardin secret.
- Speaker #1
Mais c'était un peu l'ambiance là-bas, c'est-à-dire que tout le monde devait connaître la vie de tout le monde et dès que c'était un petit peu atypique, alors là, ça empirait. Donc en fait, ils ne voulaient pas lâcher. Des fois, je me disais, mais j'aurais mieux fait de leur dire, comme ça au moins ils m'auraient laissé tomber, mais en fait, ils ont une information, ils en voulaient une autre, etc. Mais bon, le fait est que je suis tombée sur une équipe assez old school, ils étaient plutôt âgés, ils ne comprenaient pas comment je pouvais faire ça. Mais après, ils ne m'ont pas jugée. Ils ne m'ont jamais fait de remarques sur « Ah, tu es en retard parce que si, ah, machin » . De toute façon, je crois que dans leur tête, ils se disaient que c'était juste une passion. Moi, je n'insistais pas. Mais donc, finalement, voilà, c'est tombé. Et puis après, quand j'ai été manager, je parlais de temps en temps. Au lieu de dire « Bon, là, je pose des jours » et puis de ne pas préciser, il m'arrivait de dire… Quand j'avais des gros trucs, par exemple, quand on a été invité en Russie avec Kifledi, je ne pouvais pas m'empêcher de le dire, j'étais vraiment fière. J'en dis, mais vous savez pas quoi, je suis invitée en Russie pour danser avec ma troupe de danse d'Afrique du Nord. C'est incroyable. Donc, je pose mon vendredi. Et tout le monde a trouvé ça génial.
- Speaker #0
Et avec du recul, et en tant que maintenant experte, est-ce que tu ferais différemment ? Et est-ce que tu recommanderais à quelqu'un qui nous écoute peut-être, qui est aussi sageuse, qui a deux activités, qui le cache, de le dire ?
- Speaker #1
Alors, je dirais qu'il faut être vigilant parce qu'il y a toute la charge mentale. et l'aspect psychologique qui va avec. Donc, ça va dépendre absolument du contexte et du cadre dans lequel on évolue. Il faut d'abord un petit peu sonder le terrain, la priorité étant la santé mentale de la personne, donc du slasheur ou de la slasheuse. Moi, évidemment qu'il y aurait eu 36 000 choses que j'aurais pu faire autrement, mais il y a plein de facteurs. Il y a l'époque déjà où ce terme était... pas du tout connu, et d'ailleurs aujourd'hui il est quasi pas connu, mais où on accepte plus les gens qui ont plusieurs passions, etc. La France quand même est reconnue dans le milieu professionnel pour beaucoup aimer les spécialistes. On a du mal avec les personnes polyvalentes, surtout lorsqu'elles excellent dans des domaines complètement opposés, c'est inconcevable, en particulier dans des milieux scientifiques. Donc pour les personnes qui sont dans ce cas-là, je dirais qu'il ne faut pas le cacher. pour pouvoir aussi éviter de se rajouter une charge de gestion de double vie, voire triple vie pour certains. Mais il ne faut pas trop en dire non plus si on ne se sent pas dans un safe space, si on ne se sent pas en sécurité. J'ai l'exemple d'une personne qui a été harcelée moralement au travail lorsque les gens ont découvert qu'elle avait une activité artistique. Donc ça peut aller très loin, ça peut monter jusqu'au RH. Et ça peut aller jusqu'au harcèlement parce que certaines personnes avec de mauvaises intentions peuvent retourner contre soi sa multiple activité. A contrario, lorsqu'on se révèle, en général, on est plus épanoui, on se sent plus en confiance, surtout lorsque son manager, ses collègues valident en fait cette double activité, sont impressionnés, et plus encore que ça peut servir d'atout dans la société dans laquelle on évolue principalement, par exemple, en plus d'une autre activité annexe. Donc, à chaque fois, c'est apprendre avec précaution dans sa globalité et dans les conséquences que ça peut avoir. Mais en tout cas, dans la société, quand on sort de ce cadre précis, je pense qu'il est important de s'affirmer en tant que slasheur et slasheuse parce que je reste convaincue que ça va être le mode de travail de demain.
- Speaker #0
Merci pour ces conseils. Et comment tu trouves le temps ? Parce qu'en plus de toutes ces activités, tu es maman d'une petite qui a 20 mois, je crois. Oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Tu te reposes quand ? Comment tu fais ?
- Speaker #1
Je pense que j'ai développé une certaine efficacité et je suis quelqu'un qui suis efficace le soir pour travailler, donc après 21h. Du coup, comme ma fille déjà dort à ce moment-là normalement, ça ne me change pas trop de mon planning, sauf que je cumule effectivement un peu de fatigue. Comment je fais ? C'est de l'organisation, après, un peu comme tout. toutes les femmes qui travaillent, ma petite est gardée, elle est à la crèche, donc je travaille la journée. Et puis, je veille à avoir toujours un moment, au moins dans le week-end de repos avec la famille. Donc, dans ma gestion de vie de slasheuse, j'incorpore le moment repos.
- Speaker #0
Et je pense que c'est ce que beaucoup de slasheurs oublient de faire. Ils se disent, c'est génial, je fais plein de trucs, je vais faire non-stop. Ça, c'est une grosse erreur. Il faut toujours incorporer le moment détente, le moment famille, le moment voyage, le moment vacances, puisque ce n'est pas parce qu'on est freelance ou bien qu'on est dans la multi-activité qu'il ne faut plus prendre de vacances. Donc voilà, je jongle un peu avec tout ça. Je ne dis pas que moi-même, je suis parfaite dans cette gestion, mais j'essaye de fractionner au mieux. Et surtout, étrangement, un slasheur ou une slasheuse a besoin d'un fil conducteur de régularité. Donc il faut qu'il y ait des rituels et des routines qui soient hebdomadaires ou quotidiens, mais que ces personnes aient des repères. Et moi, mes repères, par exemple, ce sont mes horaires, d'essayer de me lever toujours à la même heure, de déjeuner toujours à la même heure, avoir une routine qui permet d'avoir une santé aussi, une forme physique qui puisse faire que je tienne le rythme, en particulier avec un bébé de 20 mois qui est très actif.
- Speaker #1
J'imagine. Je t'ai présenté comme étant Amazir. Et je sais que tu préfères ce terme au terme berbère. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi et nous en dire plus sur la signification du mot amazigh ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Alors, je n'aurais pas dit ça il y a quelques années parce que moi-même, j'ai employé pendant longtemps le mot berbère. Dans la troupe, on est pas mal influencés par le travail de nouveaux chercheurs qui sont nord-africains, d'activistes également. Et du coup, la racine du mot berbère, c'est le mot barbare. dont on connaît la signification aujourd'hui, qui veut dire sauvage. Pourquoi la berbérie, la terre de Tamazra, où on compte une dizaine de pays d'Afrique du Nord, il n'y a pas que les pays du Maghreb, il y a aussi la Libye, le Niger par exemple. Donc pourquoi on a appelé ça berbérie ? Parce que c'était la terre des barbares. Mais en fait... La racine de ce mot, elle est beaucoup plus noble qu'un autochtone sauvage. C'est la racine grecque barbarus, qui veut dire une personne qui parle une langue étrangère. C'est ça la vraie signification du mot. Elle a évolué avec le temps pour donner une signification péjorative. Et du coup, les berbères, et on disait ce mot en arabe aussi, un berber. Berber, c'est celui qui fait brrbrbrbrbrbrbrbrbrbr, qui parle n'importe comment. Voilà, qui parle une langue incompréhensible. Ils ont été nommés comme ça. Même ça, c'est quand même péjoratif. Et donc, les habitants originelles d'Afrique du Nord préfèrent qu'on les appelle comme ils s'appellent dans leur langue, donc Amazir au singulier et Imaziren au pluriel, qui veut dire homme libre, au sens être humain. Donc, c'est quand même beaucoup plus noble comme définition. Nous, à chaque fois, ça résonne. Et donc, on ne condamne pas le terme. Nous-mêmes, on essaie d'utiliser les deux termes si jamais il faut. Mais sinon, on a pas mal éduqué les gens sur le terme Amazigh et ça passe plutôt bien.
- Speaker #1
Super intéressant. Je ne connaissais pas du tout toutes ces nuances. Donc, merci de nous éclairer sur ça. Leïla, je voulais savoir, quand je vois tout ce que tu fais à Kif Kif Lady, je peux apparenter ça à du militantisme. Est-ce que tu es d'accord avec ce que je perçois ? Et sinon, n'hésite pas à me corriger. Et quel est le message que tu souhaites passer derrière tout ça ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si j'ai une bonne définition, ça fait un moment que je dois me pencher sur la différence entre l'activisme et le militantisme, qui peut avoir un aspect beaucoup plus politisé et politique que l'autre. Donc moi je dis plutôt que je suis activiste, donc activiste dans l'action. Effectivement, au fil du temps, il y a des revendications qui sont remontées, mais c'est vraiment un travail d'introspection à la fois de personnel, d'introspection de la troupe. et de constats de la société française. Au début, c'était vraiment ludique. On veut montrer aux gens nos danses. Et puis, à un moment donné, il y a des amalgames. On nous appelle encore les Arabes. Ah ouais, les Arabes, t'as vu les Rebeux, les Rabzouz et machin. Non, écoutez, moi, de ADN-ment parlant, j'ai 0,100 Arabes, en fait. Je ne suis pas Arabe. Je suis Amazigh. Mon frère, je suppose que c'est bien mon frère, a fait le test ADN et on a vu qu'il y avait 0,7. Il n'y a rien. Donc, c'est important de dissocier arabe et amazigh, surtout qu'il y a pas mal d'amalgames, même des personnes d'origine là-dessus. Par contre, je suis amazigh arabophone, puisqu'on a été arabisé et notre tribu, ça fait que deux générations qu'on parle arabe. Avant, tout le monde parlait amazigh. Ça date du moment où mes grands-mères sont venues en ville. Et malheureusement, voilà encore un autre combat. À cause de ça, on a perdu la transmission de notre dialecte. Moi, je n'ai pas eu ce luxe d'avoir la transmission du dialecte parce qu'à un moment donné, les grand-mères parlaient « t'mazir t'entre elles » , etc. Et pour simplifier, avec les enfants et les petits-enfants, elles parlaient en « derija » , donc en arabe dialectal. Donc, il y a ce combat-là aussi de la sauvegarde et de la crainte de la perte du patrimoine culturel immatériel. Et dans ce gros fourre-tout de patrimoine culturel immatériel, il y a plein d'éléments. Il y a la langue, il y a tout l'aspect culinaire, il y a... Et encore, le culinaire, il est quand même matériel. On le mange, mais il y a un mouvement matériel. Mais il y a les chants, les poèmes, et du coup, la danse. et ensuite, comme dans la troupe, on est tous immigrés ou enfants d'immigrés, on a cette revendication un peu de double culture, d'identité. Tu vois, ça s'est fait en trois parties vraiment. Il y a eu d'abord la crainte de perdre notre patrimoine, donc la sauvegarde. Ensuite, la deuxième partie, c'était qui sommes-nous en France ? On a fait un événement en 2018 d'ailleurs autour de ça, qui s'appelait la Maghreb Touch. Et puis plus récemment, particulièrement durant le confinement, on s'est beaucoup, beaucoup penchés sur la question coloniale. Parce qu'il y a des archives qui commencent à remonter. Merci. parce qu'il y a des livres qui sont enfin édités et rédigés par des personnes d'origine et non par des Français. Parce que moi-même, j'ai retrouvé un seul et unique écrit sur ma tribu qui date de 1905, qui fait 200 pages et qui a été écrit par un militaire français à vocation propagandiste. Et du coup, ça a été un coup de massue en fait. On se dit mais est-ce que c'est vrai ce qu'il a écrit ? ou pas, c'est d'une autre époque, dedans, on nous appelle les indigènes. Voilà, donc il y a cette envie, en fait, de connaître son histoire. Et le problème, c'est qu'on a énormément d'informations via la colonisation, et c'est un travail incroyable pour dissocier le vrai du faux. On est d'une lignée où on a une transmission orale. Donc, le dernier combat dans lequel je suis actuellement, c'est réveiller les mémoires collectives. Donc, faire des projets visuels, des projets dansés, qui permettent d'évoquer ces sujets-là et que des gens se sentent concernés pour eux-mêmes raconter leur histoire. Parce qu'on ne pourra pas démêler le vrai du faux tant qu'on n'aura pas de témoignages. Rien que sur la question de la colonisation, c'est difficile d'avoir des témoignages parce que ça implique des douleurs, des douleurs familiales. Moi-même, ce que je disais tout à l'heure par rapport à ma famille maternelle, il y a eu des tortures, il y a eu des intimidations, il y a eu des meurtres de personnes de ma famille, il y a eu des coupes de vivres. Les militaires rentraient chez ma famille, il y avait des stocks de blé, de farine, et ils déchiraient avec des couteaux tout, et ils balançaient toutes les vives. Donc il y avait vraiment une volonté de nous affamer, de nous humilier. Et ça, c'est difficile à raconter. Moi, j'ai dû vraiment insister auprès de ma mère et poser des questions précises, parce que je pense qu'il y a des choses qui sont oubliées et qui ont envie d'être oubliées. Mais nous, on en a besoin.
- Speaker #1
Est-ce que tu voudrais documenter ça ?
- Speaker #0
J'ai eu la chance d'avoir cette opportunité un peu par hasard de donner des conférences en ligne pendant le confinement sur ces sujets parce que depuis une dizaine d'années, comme je disais, les concours, etc., je côtoie d'autres danseuses fusion qui ont créé un style assez intriguant qui s'appelait, jusqu'à ce que certaines personnes comme moi interviennent, le « American Tribal Style » , donc style tribal américain qui mélange toutes les danses entre guillemets autochtones mais qui sont dansées par des blanches américaines donc c'est un peu Amérique du Nord, c'est un peu déstabilisant donc ça pique un peu des danses amazighes, danses orientales danses indiennes, flamenco ça mélange tout, les costumes etc. et du coup il y a eu beaucoup d'appropriation culturelle on peut dire le mot. Pourquoi on peut dire le mot ? Parce que c'est pas de l'appréciation culturelle dans le sens où il n'y a jamais eu aucun échange avec les pays d'origine, de ces femmes qui ont créé ça. J'ai pu grâce à mes recherches trouver que finalement elle s'était inspirée uniquement de photos et vidéos coloniales, puisqu'il n'y avait pas d'autre chose à disposition quand le style a été créé aux Etats-Unis dans les années 60. Et beaucoup d'orientalisme, qui n'est pas du tout la représentation de notre culture. Comme je leur disais, sinon toutes les personnes d'Afrique du Nord auraient des photos, enfin auraient des peintures coloniales chez eux si on en était fiers et qu'on se considérait que ça nous représentait. Or ce n'est pas le cas. donc j'ai eu l'occasion de faire des recherches, de documenter également avec mes histoires familiales, l'histoire d'autres personnes, pour construire des conférences sur ce sujet-là. Donc c'est une partie en fait de mon histoire. Et les autres membres de la Troupe Kif Kif Bloody également ont donné des conférences. Donc on fait une espèce de documentation, une espèce de répertoire numérique finalement, qui devient un outil très fort pour pouvoir archiver. toute une culture et tout un patrimoine immatériel. Donc on est en train de matérialiser tout ça avec notre voix, notre parole, des photos, des vidéos, tout ce qu'on peut.
- Speaker #1
Super. Et est-ce que le site est disponible ou c'est en cours de collecte ?
- Speaker #0
Effectivement, du coup, ça nous a donné l'idée. Alors encore une fois, c'est l'offre et la demande. Nous, on ne voulait pas trop. Et puis en plus, on a dû faire ça en anglais, parce que c'était un public principalement non francophone. Donc on a simplifié, on a fait en anglais. Et pourquoi il y a eu l'idée d'une plateforme numérique ? Parce que décalage horaire, tout simplement. Il y a des personnes d'Australie qui disent « Ah, mais moi, c'est à 3h du matin, est-ce qu'il n'y a pas un replay ? » Do you have any replay ? Oh, Leïla, do you have replay ? Replay, I say the… No replay for the moment ! We are working on it ! Ok ? Donc, j'ai dit « Ok, on va faire une plateforme, on va proposer en français, on va proposer en anglais, ce sera ludique, ce sera activiste, parce qu'on veut aussi que ça serve aux personnes de nos pays d'origine, les artistes. » qui ont peut-être moins de visibilité que nous.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Donc, également, des associations qui aident les femmes, les enfants. Donc, moi, à chaque fois que j'ai donné des conférences pendant le confinement, j'ai donné une grosse partie, en fait, en dons au Maroc. On a donné aussi en Algérie, en Tunisie, et au Liban aussi, quand il y a eu la catastrophe. Voilà, on essaye, tant bien que mal, de pouvoir aider à notre modeste échelle.
- Speaker #1
Quelle est ta source d'inspiration ? Je te viens toute cette énergie.
- Speaker #0
Il y en a tellement. Je dirais que c'est un mélange. de Aïcha Tachinouit, qui est une grande star au Maroc, chanteuse amazigh, qui met tout le temps des costumes incroyables. Alors elle, c'était la première que j'ai vue à faire de la fusion, parce qu'elle mélangeait de la danse du Sous, donc près d'Agadir, avec des danses indiennes. On sait bien qu'en Afrique du Nord, on adore les Bollywood. Au Maroc, on adore les films indiens. Et du coup, elle a mélangé ça. et elle s'appelle Tachinuit parce qu'en fait elle a les yeux bridés et moi petite je croyais que c'était vraiment une chinoise et je disais waouh mais comment elle fait pour vivre au Maroc et tout je ne comprenais pas et donc j'étais fascinée par cette femme puisque depuis mon enfance elle passait à la télévision j'ai absolument saoulé ma troupe avec ça chaque fois je disais oui mais vous ne faites pas comme un chat Tachinuit là ça ne va pas du tout on reprend du début et jusqu'au jour où j'ai vu qu'elle était programmée à un festival en France Merci. Et je me suis arrangée pour qu'on soit aussi programmée.
- Speaker #1
C'est génial.
- Speaker #0
À ce festival. J'ai dit, on vient gratuitement si vous voulez. Je veux la voir. Et on était dans la loge à côté d'elle. Et je suis allée la voir dans sa loge pendant 20 minutes et tout. C'était incroyable. C'était tellement incroyable qu'elle m'a dit, toi, t'es d'Oujda. À Oujda, vous dansez la regada. J'ai dit, oui, oui, j'étais toute timide. On me dit, danse la regada. J'ai dansé devant elle. On aurait dit que c'était un casting, quoi, que je ne l'avais pas dit. Elle m'a dit... Ah, c'est bien, tu danses comme les hommes. Oh là là, j'avais envie de pleurer, c'était le meilleur moment de Richard Hachinuit. Non, incroyable, quoi. J'étais tellement... Je la trouve incroyable, cette femme. Pour moi, elle représente tout. Elle représente la force, Amazir, la prestance sur scène. Elle sait danser. C'est une excellente danseuse, en fait. Il y a beaucoup de vidéos d'elle où elle danse. Et elle a eu un partenariat absolument incroyable elle a perdu sa mère très jeune elle était livrée à elle même et c'est et c'est le parcours un petit peu de beaucoup de femmes artistes aussi en afrique du nord qui sont pas assez valorisés qui ont souvent été exploité je dis souvent je sais la beyoncé du maroc tu
- Speaker #1
disais la il a que ce qu'elle te demandait c'était dans ce lab gada et que le compliment c'était tu danses comme un homme quand on quand on voit ton parcours tu as fait une école d'ingénieurs qui est plutôt à vocation, enfin pas à vocation, pas du tout à vocation, où il y a beaucoup plus de garçons par rapport aux filles. L'argada qui est ton style de danse préféré, qui est à l'origine une danse guerrière qui est réservée aux hommes. D'où te vient cet attrait pour ces choses en général pour les hommes ?
- Speaker #0
Je n'ai jamais aimé dire que j'étais féministe, parce que le concept de féminisme pour moi... En fait, on devrait être égaux, les hommes et les femmes. Et du coup, j'ai toujours plutôt visé de m'accruster dans des milieux masculins et de montrer à quel point je pouvais faire comme eux, que d'aller dans des milieux féminins en sororité pour dire « Venez, on va lutter ensemble contre l'oppression, etc. » Je ne sais pas, j'ai toujours été dans l'action. Et évidemment, certainement que mes grands frères, aussi le parcours de mon père, père, qui est aussi un écorché vif, m'ont beaucoup inspiré cette force. Je ne sais pas, le fait que pour eux, tout est plus facile, ils ont la liberté, on leur reproche moins des erreurs peut-être, personne n'a peur d'eux. Du coup, ça m'a beaucoup inspirée. C'est vrai que, je ne sais pas, je ne sais pas si je suis un garçon manqué. Des fois, je le dis. Pareil au boulot, une fois, il disait tout le temps, parce qu'on parlait souvent en anglais, « Hey guy ! » Moi je disais, vous savez quoi, moi je suis ni un homme ni une femme, je suis entre les deux, vous m'appelez comme vous voulez. Et voilà, en fait c'est hyper misogyne ce que je vais dire, mais la société nous renvoie une image tellement faible de la femme, ou en tout cas nous renvoyait que je faisais tout pour montrer le contraire. Donc en fait je voulais aller à contre-courant de cette image faible. pour montrer qu'une femme peut être forte. Voilà, ça a toujours été ça.
- Speaker #1
Leïla, dans le podcast, je parle beaucoup de réussite et je présente toutes les femmes que j'ai sur le podcast comme des femmes qui ont réussi, mais avec ce terme qui peut avoir toutes les définitions et qui est complètement unique pour chaque personne. Quelle serait ta définition de la réussite ?
- Speaker #0
Pour moi, la réussite, c'est parvenir à atteindre ses objectifs. Si on s'est mis à un objectif, quel qu'il soit, même j'ai une phobie, j'arrive pas à traverser la rue, et puis qu'on y arrive finalement à un moment donné, on a réussi. Il est vrai que moi-même, j'ai été façonnée sur l'élitisme. Je croyais qu'en l'élitisme, à savoir il faut que tu fasses tes meilleures études, il faut que tu fasses maths, sup, maths, p, tu feras une école d'ingénieur, tu vas être avec l'élite. Mais finalement, quand j'ai commencé à travailler, j'ai vu des gens qui avaient fait la fac, qui avaient fait des DUT, qui étaient très intelligents. Et puis mes propres parents, ils n'ont pas fait d'études. Ils ont plein de ressources, ils sont très… Comment dire ? Oui, c'est de l'intelligence, je trouve. Mais ça ne se mesure pas à la hauteur des diplômes. Donc c'est vraiment ça, c'est avoir des objectifs et les atteindre. Une fois qu'on a ça, on a ce développement personnel qui aboutit. Et on a marqué finalement l'histoire.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu dirais à la Leïla enfant ?
- Speaker #0
Ah, qu'est-ce que je dirais à la Leïla enfant ? C'est une bonne question, ça. Je lui dirais, pose plus de questions à tes grands-mères. Va plus leur poser des questions. J'allais les voir, je passais énormément de temps avec elles. Je les écoutais, je les admirais, mais je me taisais. Voilà, on se cajolait, on se calinait, on avait des sorties. Mais j'étais en observation. Et ça, c'est mon grand regret. Une de mes grand-mères qui est décédée, Raimah Payah Sonam, 92 ans, il y a quelques années, j'ai eu un déclic, heureusement, juste une année avant son décès, et je lui ai posé plein de questions, je l'ai enregistrée, etc. Mais ma grand-mère paternelle, je n'ai pas eu ça, parce que j'étais adolescente quand elle est partie. Et c'est ça que je pense, ouais, je regrette le plus.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, en tant que maman, qu'est-ce que tu aimerais transmettre à ta fille ?
- Speaker #0
Oh là là, j'ai mis des étapes, hein ! Oh, j'ai dit ça ! Déjà, ma fille... elle a dansé dans mon ventre avec moi jusqu'à mes 8 mois de grossesse on avait un gros spectacle à l'Institut du Monde Arabe 2 mois avant que j'accouche j'étais sur scène, j'ai pas dansé tout mais on a dansé donc elle m'a accompagnée et puis qu'est-ce que j'ai envie de lui transmettre d'être fière de ses origines d'être ouverte d'esprit de garder un coeur pur dans un monde qui est très difficile où il y a beaucoup de jugement il y a beaucoup de violence il y a beaucoup de haine Donc j'ai vraiment envie de lui transmettre des valeurs humaines fortes, d'être généreuse, nous comme on dit, niya, c'est-à-dire de garder sa candeur le plus longtemps possible.
- Speaker #1
Et est-ce que tu lui parles arabe du coup ? Est-ce que tu fais en sorte que la culture soit transmise et soit présente vraiment dans son quotidien ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Alors je lui parle les deux, mais il y a toujours des moments un peu ludiques comme le bain, le dîner, etc., où on peut faire des petits jeux. que... comme ce que ma mère a fait avec moi. Moi, j'ai appris à compter en arabe avec le bain, en fait. On jouait, voilà. Et donc, je fais ça avec ma fille. J'essaye de reproduire ces schémas-là. Et puis, je demande à ma mère, à ma belle-mère, de lui parler en arabe, de mélanger quelques mots. Par exemple, il y a des mots qu'elle ne sait pas dire en français. Là, je me suis rendue compte, je me suis dit, je vais aller un peu trop loin.
- Speaker #1
Ça va venir. Elle a une compréhension.
- Speaker #0
Ouais. Les patates, elle dit batata. Je me suis dit, mais est-ce qu'elle dit ça, la crèche ? Elle doit douter, elle dit « let's jay » . Et elle dit vraiment avec un accent. En plus, on est allé un mois au Maroc cet été, etc. Donc, je tiens vraiment à ce qu'elle vive ça et qu'on ne coupe pas la transmission à cause de nous, finalement. Puisqu'on est parents, on a cette responsabilité.
- Speaker #1
Là, on va passer à la dernière partie de l'interview, qui est la shakshouka. Donc, le but, c'est de répondre du tac au tac à des petites questions. Est-ce que tu as une devise ?
- Speaker #0
Ma devise, c'est un peu celle de YouSlash, donc ma boîte de coaching de slasher qui est « Vos différences sont vos forces » .
- Speaker #1
Ton plat préféré ?
- Speaker #0
J'en ai tellement ! Si je devais en choisir un, c'est le couscous aux légumes de Halti de ma tante maternelle. le vendredi à Oujda. C'est que ça.
- Speaker #1
Ta chanson préférée ?
- Speaker #0
Je dirais que c'est une vieille chanson traditionnelle qui est Gaga y Azubida. Elle évoque beaucoup de choses. Elle évoque les mythes, la tradition, les histoires d'amour impossible, des choses comme ça, tout mélanger, ma culture.
- Speaker #1
Ta danse préférée ? Je pense l'avoir dit, mais peut-être que tu en as une autre.
- Speaker #0
Il y a la Rgada, mais il y en a tellement d'autres. Le Waking aussi, j'aime bien. Vraiment beaucoup de danses, je suis passionnée de toutes les danses, vraiment j'ai testé au maximum. Mais j'aime beaucoup la danse Ausha aussi, mais c'est grâce à Aïcha Tachin, oui.
- Speaker #1
La fameuse, je vais aller la googliser juste après dans la vidéo parce que je ne la connaissais pas.
- Speaker #0
Je t'enverrai tout ce que tu veux sur elle.
- Speaker #1
Super. Un lieu ?
- Speaker #0
Comme ça, c'est bizarre, mais ça me manque. J'aime beaucoup l'effervescence de Tokyo, centre.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Une espèce d'effervescence et... où on a l'impression de ne pas être sur la même planète. Soit au fin fond de mes montagnes, à Mestfalki. Donc c'est les opposés. C'est ce qui me constitue, c'est les opposés.
- Speaker #1
Une odeur ?
- Speaker #0
Ah, une odeur. Alors l'odeur, c'est la crème Oil of Olas, qui n'existe plus. L'ancêtre de Nivea, je crois que ma mère m'était tout le temps, et ça m'a transportée. à chaque fois je disais tu sens bon maman c'est comme la pub kadoum là tu m'as fait rappeler un truc là ça n'existe plus je vais voir si ça se vend encore je
- Speaker #1
vais sniffer les peaux de crème et est-ce qu'il y a une femme que tu me recommanderais d'inviter ou dont tu aimerais écouter le parcours sur le podcast alors je sais pas si tu l'as invitée mais j'aime beaucoup Faïza Ghen Elle est revenue comme recommandation de plusieurs personnes, donc elle est définitivement sur ma liste.
- Speaker #0
Alors Faïza Ghen, nous évidemment on la connaissait comme tout le monde, parcours incroyable, grande romancière. Et on était invitées à une même table ronde à l'Institut du Monde Arabe pour l'association Lalab. Et puis on a renoué contact et elle est venue au cours de Kif Kif Blédit.
- Speaker #1
Ah trop bien !
- Speaker #0
Et je la trouve tellement humble. aussi une énergie comme ça, de vouloir un petit peu raconter des choses et puis faire bouger les lignes.
- Speaker #1
Je te remercie infiniment, Laila, c'était un vrai plaisir de passer cette heure avec toi.
- Speaker #0
Merci à toi, et continue, on t'envoie plein de force, et on est très heureux d'avoir d'autres collègues, entre guillemets, d'activistes, parce que finalement, ce que tu fais aussi, c'est activiste. Donc merci encore, Boshra, et surtout bonne continuation.
- Speaker #1
Merci à toi aussi, et à très bientôt, j'espère.
- Speaker #0
Oui, moi aussi. Ciao, ciao. Bye, bye.
- Speaker #1
Cet épisode de Ria est maintenant terminé. Je vous remercie sincèrement de l'avoir écouté jusqu'au bout. Ce qui, j'espère, veut dire que vous l'avez apprécié. N'hésitez pas à le partager autour de vous, avec des amis ou sur les réseaux sociaux. C'est ce qui permet au podcast de grandir. Vous pouvez aussi le noter 5 étoiles et me laisser un petit commentaire. C'est un vrai plaisir de les lire. Si vous avez des questions ou voulez me suggérer une invitée, n'hésitez pas à me contacter sur la page Instagram Ria underscore. podcast. A très bientôt.