- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Heya, je suis Boshra Fourti. Ici, on écoute autrement. On tend l'oreille à celles qu'on entend trop peu, les femmes arabes et amazighes. Des récits vrais, puissants, incarnés. À celles et ceux qui doutent, avancent, ou cherchent à se reconnaître ailleurs que dans les récits qu'on leur impose. À celles et ceux qui veulent écouter avec ouverture et curiosité. Réa, c'est un espace de sororité, de transmission et de reconnaissance. Un endroit où chaque voix compte. Parce que nos histoires sont une richesse, et qu'avant d'y croire, il faut les entendre. Fatima, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Bienvenue sur Réa.
- Speaker #1
Merci, merci infiniment de m'accueillir et d'accueillir Woma,
- Speaker #2
je parle en nous parce que pour moi c'est mon bébé Woma donc merci de nous accueillir Avec grand plaisir,
- Speaker #0
je suis ravie de t'avoir j'ai hâte d'en savoir plus sur ton parcours je n'ai pas trouvé beaucoup de choses sur le net donc j'ai hâte d'en savoir plus sur toi et sur Woma qui est une boîte que je trouve fascinante et hyper inspirante
- Speaker #1
Merci mille fois encore une fois de m'accueillir je te suis depuis un petit bout de temps Et j'adore ce que tu fais avec Eya, ça m'inspire aussi énormément. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci Fatima. Fatima, la tradition sur Eya, c'est de commencer par les origines. Si tu veux te présenter en nous parlant de l'environnement dans lequel tu as grandi, le type d'enfance que tu as eu, l'éducation que tu as pu recevoir.
- Speaker #1
Moi, je suis née au Maroc, à Casablanca très exactement. Et ensuite, on a rapidement déménagé à Rabat, dans une famille, disons, conservatrice, assez averse aux risques. Je suis l'aînée. d'une fratrie de trois, donc un petit frère et une petite sœur. J'ai fait ce qu'on appelle le système marocain. Au Maroc, il y a le système français, donc mission française. Moi, j'ai fait toute ma scolarité dans le système marocain et ça a forcément Ausha la Fatima que je suis dans le sens où, déjà, toute mon éducation a été en arabe. Mathématiques, la physique en arabe, tout était en arabe. C'est aussi une éducation où il y a les sciences qui ont une part très importante. Je me rappelle que moi, au lycée, je faisais 10-12 heures de maths par semaine. Pareil, 8-10 heures de physique. Donc forcément, je suis une personne très rationnelle. Et je pense aussi qu'il y a la valeur du travail très importante. En tout cas, moi, aujourd'hui, c'est une valeur essentielle chez moi. Et ça vient peut-être de ça. Donc voilà, j'ai grandi à Rabat, une vie douce, très pépère, très routinière. Et j'ai aussi fait mes classes préparatoires, moi. au Maroc, à Rabat. Donc finalement, jusqu'à mes 20 ans, je suis restée au Maroc et je ne suis partie en France qu'à mes 20 ans pour intégrer mon école de commerce post-prépa.
- Speaker #0
Et à quoi rêvait la petite Fatima ? Et quel type de petite fille tu étais ?
- Speaker #1
J'étais un garçon manqué, très fusionnel avec mon père qui était un grand fan de foot, très sportif, etc. Donc il me trimballait un peu partout. Je faisais partie d'une grande cousinade tous qui étaient un peu plus vieux que moi, que des garçons. Je jouais au foot avec eux, je sortais souvent avec mon père. Très outdoor, très sportif, plutôt bien dans mes baskets. Et je pense qu'au fond, j'ai toujours été très féministe. C'est mon droit et peut-être aussi parce que je devais me positionner avec des garçons plus vieux, etc. où il n'y a pas de différence à faire entre moi et... et les autres, etc. Donc, je rêvais de faire mes propres choix, d'exceller dans des choses que je voulais mener, etc. Après, je n'avais jamais imaginé, ou en tout cas, pas toute petite, que j'allais être entrepreneur et lancer ma boîte. Ça, c'est sûr. Comme je l'ai dit tout à l'heure, on vient d'une famille qui est plutôt averse au risque. Donc, c'était plutôt un parcours scolaire. J'avais de bonnes notes à l'école. Ensuite, c'est la prépa. Ensuite, il fallait intégrer une bonne école et après, trouver un job plutôt sûr. Et donc, assez rapidement, j'ai décidé de faire plutôt du conseil en stratégie qui finalement me semblait être la continuité. finalement de l'école parce que je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. Et je me gardais du coup toutes les options possibles pour plus tard.
- Speaker #0
Est-ce que tu rêvais de partir en France ? Est-ce que c'est quelque chose que tu as imaginé déjà très jeune ou ça a été une opportunité qui arrivait sur ton chemin ?
- Speaker #1
Plutôt une opportunité qui arrivait sur le chemin. Je me rappelle qu'au lycée, j'avais vraiment rencontré, il me semble, une nana qui m'a vraiment donné envie de... de faire ces classes préparatoires, ces classes prépa de commerce, comment elle en parlait, etc. Ça m'a donné envie. Moi, je viens d'une famille où personne n'avait fait vraiment de grandes études. Donc, j'ai eu la chance. Ma mère a toujours été le soutien et le drive derrière. Donc, quand je lui ai en parlé, elle a commencé à se renseigner. On s'est dit, ah oui, ça, c'est vraiment le truc qu'il faut que je fasse. Les classes préparatoires à Descartes, il fallait passer un concours. Comme je venais du système marocain, il fallait passer un concours. Et voilà, je me rappelle que j'avais préparé le concours. J'avais réussi à être sur liste d'attente. Et voilà, donc c'était vraiment plus, je veux faire des classes prépa. Si je réussis, je vais pouvoir intégrer une école en France. Mais ce n'était pas une fin en soi.
- Speaker #0
Parlez de ton côté féministe qui a commencé relativement jeune. Est-ce qu'il y avait des modèles féminins ? qui t'ont inspirée et qui ont peut-être planté cette petite graine ?
- Speaker #1
Clairement ma mère, qui est une femme vraiment très forte, qui, quand elle se donne un objectif, elle y va, elle donne tout. Une femme aussi très organisée. Dans mon entourage, c'est aussi une des rares femmes qui a fait ses études en France, à Nancy, ses études de pharmacienne. J'ai toujours vu, par exemple, mon grand-père l'admirer pour ça. lui donner une position dans la famille assez particulière. Donc, clairement, moi, ma mère, et pas que sur les aspects de la réussite. Je vais donner un exemple. Je me rappelle quand elle m'emmenait à l'école, elle a toujours été belle. J'admirais sa chevelure, c'était un goal pour moi. Tirée à quatre épingles, elle me déposait. Il y avait ce côté woman dans tous les aspects, que ce soit sa carrière de pharmacienne. Le fait que ce soit une maman qui vient, qui nous dépose, mais toujours tirée à quatre épingles. Tout ça, ça fait pour moi partie de cette force féminine qui a été mon inspiration depuis toute jeune.
- Speaker #0
Tu arrives en France après ta prépa. Comment ça se passe, cette arrivée en France ? Est-ce que ça a été compliqué parce que tu sors un peu de ton cocon familial où tu étais protégée, où tu maîtrisais tout le process de A à Z ? Comment tu te rappelles de tes premières impressions ?
- Speaker #1
Là, c'était plus une impression de liberté. Parce qu'encore une fois, je viens d'une famille conservatrice, donc je ne pouvais pas sortir comme je voulais, faire ma petite vie. Donc, arriver en France, pour moi, c'était plus la liberté, avoir mon petit chez moi. Alors moi, j'ai intégré HEC, donc j'étais au campus. Ça s'appelle HEC Paris, mais en réalité, c'est à une heure de Paris, à Juy-en-Josas, tu sens les vaches, etc. Donc, c'était la liberté, mais voilà. Donc, c'était plus ça. Je commençais à construire ma petite vie. J'ai ma petite chambre, je peux sortir quand je veux, etc. Et ensuite, j'ai été confrontée à arriver dans un campus où je ne connaissais personne. Moi, je venais quand même d'une petite prépa. Donc, on était trois à avoir intégré HEC. Là où il y avait des délais, les chansons, les gînettes, les machins. Ils arrivaient à 20, 30. Donc déjà, avec leur... copains, etc. Moi, finalement, mes années à HEC, je ne les ai pas particulièrement... C'est peut-être un des rares regrets que j'ai dans ma vie, puisque moi, je n'ai pas tendance à avoir de regrets. Je vois souvent de l'avant. Je ne suis pas très nostalgique comme personne. Mais c'est vrai que ça a été un regret de ne pas avoir investi, de me faire un petit peu violence pour participer. aux soirées hebdomadaires, aux associations, etc. pour me faire un vrai cercle d'amis à HEC. J'ai plutôt été sécure, j'allais en cours, je traînais chez moi ou j'allais à Paris pour voir des copains et des copines que j'avais par ailleurs.
- Speaker #0
Moi, je n'ai pas fait ce genre d'études-là, ça m'intrigue. Est-ce que c'est un environnement qui est assez inclusif ? Est-ce que le fait que tu sois venue du Maroc, tu penses que ça a mis aussi... J'entends que toi, tu n'étais pas trop outgoing et tu n'allais pas. Mais est-ce que ces différents cercles autour de toi étaient ouverts, c'était inclusif ?
- Speaker #1
Alors, il y avait énormément de Marocains qui venaient d'un peu partout. D'autres prépas, notamment, surtout des prépas françaises. Donc, je pense que c'est... Vraiment pas le côté marocain, pas marocain. Il y avait des Tunisiens, des Algériens. Donc il y avait quand même une grosse communauté qui était très, très bien intégrée. Je pense que c'est plutôt une question d'avoir les codes. Les codes, notamment des Parisiens, le fait d'aller en soirée, de picoler. Et donc, je n'avais pas ces codes-là, clairement. Et ça ne m'intéressait pas particulièrement. C'est inclusif d'un point de vue... C'est multi, franchement, c'est multiculturel. Il y a toutes les nationalités qui sont. Mais je pense que j'avais plutôt ce truc de je venais de province. Je pense que j'avais un peu le même sentiment que les HEC qui venaient d'une petite prépa de province et qui sentaient qu'ils n'avaient pas trop les codes. On n'était pas très cool, en fait. Et du coup, moi, de toute façon, je pense que tu le verras, moi, je suis toujours plutôt qu'est-ce que j'ai fait ou qu'est-ce que je peux faire pour faire avancer les choses ? Donc, je ne me suis jamais dit, ah, ils ne m'ont pas inclus. C'est plus, honnêtement, je pense que j'aurais pu, par exemple, et toujours jouer au foot, j'aurais pu faire partie de l'équipe de foot féminine. À la place, j'ai fait un sport de merde. Enfin, désolé, mais j'ai fait du badminton, alors que je n'en ai jamais fait. Honnêtement, j'aurais pu.
- Speaker #0
Fatima, tu as commencé ta carrière chez McKinsey, tu l'as mentionné brièvement. C'est l'un des plus grands cabinets de conseil en Strat. pour ceux qui ne connaissent pas. Tu Ausha toutes les cases de la réussite. À quel moment tu te dis je vais partir et j'arrête ça ? Tu parlais du côté sécure de ta famille. Donc là, tu avais tout. Qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
J'ai adoré mes années chez McKinsey. J'ai d'ailleurs, pour l'anecdote, moi j'ai mon premier projet ever chez McKinsey. C'était un projet pour définir la stratégie de planification familiale au Sénégal pour la fondation Bill et Melinda Gates qui faisait beaucoup de... de projets autour de plein d'aspects de la santé en Afrique. Et donc, ça a été mon premier projet. Donc, c'est quand même fou. Mais 10 ou 12 ans après, on a l'impression d'ailleurs que je fais sur quelque chose qui n'a rien à voir. Parce que la planification familiale, c'était comment donner accès à la contraception aux femmes. Et finalement, 12 ans après, je suis dans la fertilité. On a l'impression que c'est un sujet qui est totalement différent. Mais en réalité, au fond, c'est exactement la même chose. comment donner le pouvoir de choisir aux femmes. Donc, c'est fou. Donc voilà, MAC m'a quand même donné l'opportunité de travailler sur des projets incroyables, notamment en Afrique de l'Ouest. D'ailleurs, moi, mon surnom, c'est Fatou et ça vient de mes années au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Gabon. Donc, ça a été incroyable. Pendant plusieurs années, j'ai énormément appris, j'ai beaucoup voyagé. Mais à un moment donné, Donc après... six ans chez McKinsey, j'avais envie de faire. Je me rappelle qu'il y a un projet qui a cristallisé cette envie. Ça a été un projet pour une assurance. À la fin d'un projet, on va présenter la stratégie pour qu'ils puissent l'implémenter. Et en fait, j'avais envie de l'implémenter. J'avais envie de mettre les mains dans le cambouis et vraiment faire, et vraiment voir si ce qu'on a analysé, ce qu'on a réfléchi, est-ce qu'on peut le mettre en place. Donc, ça commençait à me titiller. J'avais envie de... Donc, il y avait ça. Et il y avait aussi un manque de meaning, un manque de sens. Pourquoi je fais ça ? Je me rendais compte que quand même, je passais beaucoup de temps au boulot. Je prenais beaucoup de plaisir à travailler, mais pas assez pour que j'y passe autant de temps. Donc, c'était ou moins travailler, ou alors autant travailler, mais sur quelque chose qui va plus m'animer, qui va plus... Donc, voilà, c'est... Manque de sens et manque d'action. Mais c'est surtout le manque d'action qui me frustrait et qui m'a poussée, dès que j'ai commencé à réfléchir, à quitter McKinsey et rejoindre l'aventure d'après.
- Speaker #0
Et du coup, tu as démissionné pour rejoindre l'aventure d'après au PMU, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement, exactement. Donc, j'ai rejoint une ancienne McKinsey avec qui j'avais beaucoup bossé, que j'admirais énormément, qui s'appelle Emmanuelle Malkazoublé. qui a entendu parler de mon départ, que je commençais à chercher, à discuter avec les gens, et qui m'a appelée et qui m'a dit « tu vas nulle part, tu vas me rejoindre, tu vas voir » . Moi, à l'époque, quand je réfléchissais à quitter McKinsey, c'était plutôt pour un job en start-up. Je voulais un endroit où ça allait vite, où j'allais avoir beaucoup de responsabilités rapidement. Et donc, elle m'a dit... À PMU, on a l'impression que c'est un gros truc, que ça va lentement, mais on a les pleines manettes. Viens, rencontre le CEO, le CEO de l'époque. Emmanuel ensuite est passé CEO, mais avant, il y avait Cyril Linette. Et j'ai rencontré Cyril Linette et ça a été un coup de foudre, vraiment professionnel. J'ai adoré notre échange et je me suis dit, moi, de toute façon, chez McKinsey, j'ai toujours suivi les gens. J'ai très peu choisi les secteurs ou les projets. J'ai toujours suivi les gens et ça, ça a été... presque instinctivement une leçon chez moi et avec du recul, vraiment, c'est ça. Et donc là, je me suis dit, OK, il y a deux personnes qui m'inspirent, Emmanuel et Cyril. et en même temps qu'ils me font confiance, c'est le parfait combo pour rejoindre une boîte parce que je vais avoir les manettes et en même temps, je vais avoir envie de me dépasser parce qu'ils m'inspirent et que j'ai envie qu'ils soient contents de m'avoir recrutée.
- Speaker #0
PMU, c'est intéressant comme choix de boîte. Comment ton entourage ? Tu parlais d'un environnement très conservateur. Est-ce que ça fait un peu grincer des dents autour de toi, dans ta famille ?
- Speaker #1
Ah oui. Ma mère ne m'a pas parlé pendant trois semaines parce que oui, le jeu d'argent n'est pas permis dans la religion musulmane. Et en plus, au-delà de ça, ma mère est pharmacienne dans un quartier populaire. Et donc, elle voit en fait les ravages du jeu d'argent au quotidien, honnêtement. Elle n'était pas alignée avec ce choix. Après, mon père qui a toujours été mon soutien. m'a aidée à lui expliquer que c'était quand même une très belle opportunité pour moi et que j'allais essayer d'en tirer un maximum, mais qu'effectivement, ça ne sera pas la carrière de vie. Et c'est vrai que j'ai énormément appris et je n'ai jamais regretté mon move au PMU, vraiment. Mais en revanche, après deux, trois ans, le sens manquait. Le fait que ce soit, honnêtement, rien à voir avec la religion, mais En soi, ça peut être dur pour certaines personnes, ce côté addictif des jeux d'argent. À un moment donné, moi-même, ça m'a pesée. Mais donc, ça a été un petit peu... Il y a eu quelques conversations pas très agréables.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui se passe ? Quel est le déclic qui se passe après ? Et la création de Woma ? On va faire un peu fast-forward.
- Speaker #1
Fast-forward, alors plusieurs choses, je pense. Donc, c'était vraiment une aventure incroyable. J'ai très rapidement eu énormément de responsabilités. J'ai été nommée au comité de direction. Je gérais tout le P&L du online, qui était un gros truc. C'était un milliard d'euros d'enjeux, des dizaines de personnes dans mes équipes. Mais je commençais à voir que je pourrais avoir plus de périmètre, etc. Mais in fine, je n'avais pas de niveau d'apprentissage additionnel, ou en tout cas pas d'envie. Il y avait ça, il y avait le sens quand même. Ça a commencé quand même à me peser, ce côté jeu d'argent. le côté addictif, machin, il y avait quand même une partie qui me pesait. Et l'autre partie, c'est honnêtement plus personnel. J'avais envie d'avoir un enfant. J'ai essayé depuis plusieurs mois d'avoir un enfant et je n'y arrivais pas. Et ça a été très, très dur. Cette période-là a été très, très dure. Et je me rappelle qu'il y a eu des vacances où je me suis dit, OK, tu n'y arrives pas. Comment essayer de trouver du positif dans cette situation ? Comment essayer de... de changer un peu de perspective et de trouver du positif dans cette envie viscérale que tu as et que tu n'as pas et sur laquelle tu as zéro contrôle. Et c'est là où je me suis dit, c'est peut-être le moment de prendre des risques. Si tu avais eu un bébé il y a quelques mois, tu aurais été bien contente de rester au PMU, tranquille. Là, c'est peut-être le moment de tout quitter et de prendre des risques. Donc c'est vraiment ça qui a commencé à faire son petit chemin. Et après, Moi, comme je l'ai dit, je viens d'une famille très averse aux risques. L'idée d'entreprendre, de lancer une boîte, je ne l'ai jamais vraiment imaginée. Donc, j'ai dû aussi prendre le temps sur plusieurs mois de me dire « Est-ce que tu le veux vraiment ? Est-ce que tu es prête ? » etc. Et en fait, plus j'y réfléchissais, plus je me dis « C'est le moment ou jamais. Qu'est-ce que tu as à perdre ? » Là, c'est comme si tu gérais une boîte parce que l'online, c'était un truc séparé. Donc, c'était une boîte à part entière. Tu es en train de gérer une boîte. You can do it. Vas-y, just do it.
- Speaker #0
Très bien. Et du coup, tu parlais de ce moment de vie où tu essaies d'avoir un enfant. Tu te projettes dans l'entrepreneuriat. Est-ce que l'idée de Woma existait déjà ou tu voulais de l'entrepreneuriat et l'idée vraiment du business derrière est venue plus tard ?
- Speaker #1
L'idée de Woma est venue plus tard. Au début, c'était plus, OK, je quitte le salariat et je lance ma boîte. Ensuite... J'ai commencé à réfléchir à plein de sujets différents, à discuter avec beaucoup de gens, à lire, etc. Et en fait, très rapidement, j'ai réalisé deux choses. La première, c'est que cette aventure entrepreneuriale, je l'ai directement imaginée comme une aventure sur dix ans. Donc vraiment comme mon next bout de carrière. J'ai passé dix ans entre Mac et le PMU. Mon prochain move, c'est mes dix prochaines années. Donc ça, c'était le premier point. Et le deuxième ? Vu que c'est dix ans, j'ai envie que ce soit sur quelque chose qui me prenne par les tripes, qui a vraiment du sens.
- Speaker #0
Tu avais cette quête de sens déjà.
- Speaker #1
Exactement, qui était déjà là depuis McKinsey, que je n'ai pas trouvé. J'ai trouvé d'autres choses au PMU, mais pas ça. Donc voilà, je me disais en fait, c'est dix ans, ça ne va pas être simple. Tu vas vouloir laisser tomber. plusieurs moments, plusieurs instants dans cette aventure. Il faut qu'il y ait quelque chose qui va t'ancrer, qui va te prendre vraiment au-delà de est-ce que ça fait de la croissance ou pas ? Est-ce que ça marche ou pas ? Assez rapidement, je me suis dit ces deux choses-là. Et ensuite, il y avait plein de choses qui avaient du sens pour moi. L'éducation, la femme, la santé de la femme. Et moi, j'étais en plein combat. Et donc forcément, quand tu es en plein combat PMA, il y a beaucoup de choses autour de la santé de la femme. Merci. Tu commences à connaître énormément de choses. Notre santé hormonale, notre santé reproductive, tous les écarts qu'il y a avec les hommes. J'ai commencé à vachement creuser ce sujet-là. Mais honnêtement, à l'époque, j'étais tellement dans mon combat d'avoir mon bébé que je n'arrivais pas à imaginer de lancer une boîte sur la fertilité. C'était beaucoup trop émotionnel. Je ne pouvais pas imaginer que j'allais m'investir là-dedans à ce moment-là.
- Speaker #0
Et à quel moment tu te dis « j'investis là-dedans » ? Qu'est-ce qui fait que tu prends ? prend ce recul-là ?
- Speaker #1
C'est quand je tombe enceinte et que j'accouche. Quand je tombe enceinte, honnêtement, c'est après mon accouchement parce que même moi, quand je suis tombée enceinte, toute ma grossesse a été dure parce que je pense que j'avais peur de le perdre, qu'il y a un truc qui se passe mal. J'avais tellement attendu ce moment-là. Donc, c'est vraiment à l'arrivée d'Indy, ma petite fille, que ça s'est cristallisé. OK, c'est ce que je veux faire et c'est ce que je vais faire. C'est le combat que je vais mener.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu'est WOMA, vos missions et ce que vous essayez de rétablir, de corriger ?
- Speaker #1
Avec plaisir, WOMA qui est du coup mon deuxième bébé notre mission c'est de poser des nouveaux standards des parcours de fertilité, des standards d'excellence en termes de parcours de fertilité en mettant la femme, la patiente ou les patients au centre de ce parcours. Et on a démarré avec la congélation d'ovocytes. Alors, je ne sais pas si je dois expliquer un peu ce que c'est.
- Speaker #0
Je veux bien, parce que moi, je connais très peu et je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ne connaissent peut-être pas du tout, donc c'est l'occasion.
- Speaker #1
Oui, avec plaisir. La congélation d'ovocytes, c'est un Le protocole médical qui est aujourd'hui validé par l'assurance maladie, c'est même remboursé aujourd'hui et pris en charge à 100% par l'assurance maladie. C'est un protocole médical qui permet de récupérer des ovocytes que nous avons en tant que femmes. En tant que femmes, on est avec une réserve ovarienne qui est fixe, donc avec un nombre d'ovocytes qui est fixe et qui va baisser au fil du temps en termes de qualité et de quantité. Et donc la congélation d'ovocytes va permettre de... récupérer une partie de nos ovocytes et de les congeler. Du coup, au moment où on le fait, donc, de garder la qualité ovocitaire de ce moment-là. Et donc, on va un petit peu frise le temps. En fait, on congèle les ovocytes, mais on congèle un peu le temps pour se donner un maximum d'options de projets de maternité future, quels qu'ils soient. J'aime beaucoup dire que l'avenir a plus d'imagination que nous, et donc... Ça peut avoir des destins différents. C'est ça la congélation d'ovocytes. Aujourd'hui, comme je l'ai dit, c'est un fait assez incroyable. C'est que la France aujourd'hui prend en charge à 100% cette procédure. Ça n'existe presque nulle part ailleurs. En revanche, il y a aujourd'hui des délais d'attente monstrueux.
- Speaker #0
Quels sont les délais d'attente ?
- Speaker #1
On est aujourd'hui autour de trois ans d'attente. C'est fou, surtout sur un protocole qui est aussi... temps est aussi fondamental.
- Speaker #0
Tu disais que la qualité, plus tôt on le fait, meilleur à la qualité, trois ans, c'est pas mal.
- Speaker #1
C'est énorme, surtout que c'est un sujet qui est aujourd'hui, qui commence à être connu de plus en plus. Mais disons que la réflexion va commencer à se faire autour de 32, 33, 34. Et donc, en fait, là, c'est vraiment money time. C'est totalement incohérent d'avoir autant de temps d'attente sur un processus. protocole comme ça. Et le problème aussi, c'est que cette procédure, ce protocole-là n'est possible qu'entre 29 et 37 ans en France, ce qui veut dire que dans les faits, à partir de 35 ans, c'est presque impossible de le faire en France. Donc on est dans une sorte de paradoxe où c'est quand même le pays où il y a eu une avancée incroyable qui est donc la prise en charge de la congélation d'ovocytes, mais dans les faits, pratiquement, on est presque dans un pays où c'est presque interdit de le faire en fait, ou l'accès en tout cas. extrêmement difficile.
- Speaker #0
Et du coup, ce que vous proposez, c'est d'accélérer ce temps et de ne pas attendre ces deux, trois ans d'attente.
- Speaker #1
Exactement. Nous, on propose un parcours. On va prendre la femme par la main et on va faire en sorte que son parcours soit le plus rapide possible, le plus serein. et prise en charge par ailleurs. Donc, pas de délai d'attente, zéro délai d'attente. Elle va réaliser tout son parcours en France, excepté la dernière étape qu'on appelle la ponction ovocitaire qui, elle, va se faire en Espagne. Il suffit de 24 heures de déplacement pour le faire. Et encore une fois, le reste de son parcours, lui, va se faire en France à 20 minutes de chez elle.
- Speaker #0
Les ovocytes, en soi, seront conservés en France ?
- Speaker #1
Non, seront conservés en Espagne. La ponction ovocitaire, c'est l'acte de prélever les ovocytes, se fait en Espagne et du coup, le stockage des ovocytes reste en Espagne. Après, toute femme a le droit, évidemment, et a la possibilité de les rapatrier en France pour les utiliser ou de les utiliser en Espagne, parce qu'il y a aussi un rationnel, notre choix de faire ce parcours entre la France et l'Etat. L'Espagne, évidemment, c'est pour régler ce problème de délai d'attente, mais ça rejoint aussi, nous, les valeurs de WOMA. WOMA a trois valeurs cardinales. La première, c'est l'excellence, l'excellence médicale, l'excellence du service, l'excellence du conseil, la bienveillance et l'engagement. On est et on sera toujours une entreprise féministe engagée sur tous les sujets qui vont impacter la femme ou la patiente. Et donc, l'excellence, on le retrouve en Espagne parce que... L'Espagne est vraiment le centre d'expertise de fertilité en Europe, voire même dans le monde. Donc, il y a un rationnel quand même de se dire que le prélèvement va se faire en Espagne et que l'usage futur, le destin des ovocytes peut se faire aussi en Espagne parce qu'il y a un protocole, les meilleurs spécialistes ici en Espagne.
- Speaker #0
On parlait tout à l'heure du remboursement, que la France a fait une super avancée, mais bon. que le timing et les délais limitent cette opportunité. Est-ce qu'on peut toujours être remboursé via vous ?
- Speaker #1
Absolument, absolument. Et ça, c'est un fait qui est très, très peu connu. Donc aujourd'hui, l'assurance maladie rembourse le protocole de congélation d'ovocytes s'il est fait au sein de l'Union européenne à hauteur de 1970 euros, ce qui va représenter environ 70% du parcours. Et nous, en tant que WOMA, on va également se charger d'aider. à constituer le dossier de remboursement pour vraiment, parce qu'il y a des femmes qui vont avoir peur de toute la paperasse, de se rajouter ça en plus. Nous, on connaît un peu les critères. Ça fait partie aussi de l'accompagnement woman.
- Speaker #0
Ma question, c'était quelle est la raison principale ? pour laquelle des clientes viennent vous voir, j'imagine que c'est ce temps. Utiliser le parcours Roma, c'est gagner ce temps et ne pas rater l'opportunité de maximiser la qualité de ces ovocytes et ne pas dépasser les 37 ans qui est l'âge butoir.
- Speaker #1
Oui, absolument. Donc, effectivement, il y a des femmes qui ont dépassé l'âge, mais pas simplement l'âge butoir des 37 ans, mais également juste l'âge à 35 ans. Elles n'ont presque plus d'options en France et donc se tournent vers nous. Donc ça, c'est évidemment une grosse partie de la patientèle qu'on accompagne. Mais on a aussi des femmes qui ont 30, 32 ans, qui ont pris cette décision. En fait, ce qu'il faut avoir en tête, c'est qu'il y a quand même un chemin mental à faire pour décider de congeler ces ovocytes. Quand on le décide, c'est qu'on a pris conscience du temps, de notre horloge biologique, de notre réserve ovarienne qui avance. Donc ça commence à être un poids. Donc quand on le décide, on a envie d'agir vite. et presque d'enlever, de tiquer cette poudou qu'on a ou cette charge qu'on a et de soulager notre charge mentale. Moi, souvent, je parle de la congélation d'ovocytes comme une action pour soulager notre charge mentale. Et donc, quand une femme a fait ce chemin-là, qu'elle a décidé et qu'elle se rend compte qu'en fait, il faut qu'elle attende trois ans pour pouvoir se libérer de cette charge mentale, elle dit non, en fait, maintenant, je suis décidée, je veux le faire et je veux le faire le plus rapidement possible. Donc ça, c'est une deuxième catégorie. Et ensuite, on a aussi quelques femmes, de plus en plus d'ailleurs, des femmes qui ont eu des expériences compliquées avec le système de santé, ont vécu des violences et donc ont besoin d'être soutenues, ne veulent pas être seules, elles veulent être accompagnées dans un parcours qui est globalement solitaire et relativement complexe. avoir Woma comme allié. accompagnant tout au long du parcours est important pour elle. Autrement, elle ne l'envisagerait pas seule.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant. Moi, je connaissais, c'est un sujet dont on parle de plus en plus, donc c'est très bien. Je n'avais pas du tout conscience de toutes ces barrières de temps et cette liberté qu'on a et cette option qu'on nous donne et qu'elle était un peu contrebalancée par cette pression temps. Merci pour ces explications. Est-ce que Fatima, créer OMA, ça a réparé quelque chose en toi ? Est-ce qu'il y avait un peu un besoin ou quelque chose au-delà du business, quelque chose qui te lie, toi, à cette purpose ?
- Speaker #1
Réparer, je ne sais pas. Mais en tout cas, ça me transforme au quotidien. Ce n'est pas qu'une aventure professionnelle, c'est une expérience à part entière et très, très intime et très personnelle. Parce que ça me confronte au quotidien. Monter une boîte, ça te confronte. à tes insécurités, ça te révèle tes forces, ça te révèle tes faiblesses. Et le sujet, j'ai toujours su et je pense que j'ai toujours été féministe. Et honnêtement, je pense que si on parle à mon entourage, que ce soit lointain ou proche, sur toute ma vie, ils auraient pu dire oui, Fatima est une féministe. Mais là, ça a une saveur particulière, c'est recevoir un message à la fin du parcours. pour nous dire merci, merci Fatima, merci Dunia, merci l'équipe. Grâce à vous, je me suis vraiment sentie en confiance. J'ai presque adoré ce parcours. Grâce à vous, j'ai réalisé le truc le plus important de mon année 2025. Il y a des mots qui me touchent énormément, qui me font pleurer et qui me donnent de la force. Vraiment, c'est mon plus grand fuel pour cette aventure. C'est le retour des femmes qu'on accompagne, vraiment.
- Speaker #0
Est-ce que ça renvoie un peu à ton parcours PMA, même si le sujet est un peu différent, mais le fond est aussi similaire, dans le sens où c'est un parcours de santé, où on est en lien avec tout ça ? Est-ce que c'est peut-être le service que tu aurais aimé, toi, avoir ?
- Speaker #1
Absolument, c'est sûr. Et moi, en construisant Woma et au quotidien jusqu'à aujourd'hui, je réfléchis et je pense beaucoup au parcours. parcours que j'ai vécu, à des moments très précis que si tu n'as pas vécu ce parcours, tu ne les connais pas. Je connais très bien la salle d'attente ou avant de faire les différentes échographies, les différentes prises de sang, le moment. Donc oui, tout ça, clairement, fait partie de moi. Et oui, fait que l'aventure a forcément une saveur très particulière et contribue aussi à ma fierté parce que je sais aujourd'hui que je contribue à faire changer ce que j'ai dit le début. les standards des parcours de fertilité. La fertilité, c'est une médecine qui est très protocolaire, le côté humain. le côté patiente a toujours été mis de côté. Et donc là, l'enjeu, c'est vraiment de mettre ça au centre et aussi finalement de se dire qu'il y a les protocoles, il y a la médecine, mais il y a aussi la femme et l'homme qui ont vécu dans leur corps 20, 30, 40 ans. Donc ils ont aussi un savoir qui peut être intéressant et pertinent, même d'un point de vue médical, même pour le protocole. Donc moi, je suis convaincue qu'en remettant au centre la patiente ou les patients. On fait gagner. Évidemment, l'expérience va être plus simple, plus sympa pour la patiente, mais au fond, je suis convaincue que ça va avoir un impact positif même sur le côté médical et sur le côté protocolaire parce qu'avoir des gens sereins pendant ce parcours-là, ça a forcément un impact.
- Speaker #0
Fatima, tu me parlais au début que tu étais risque averse, que tu n'étais pas du tout prédisposée, prédestinée à devenir entrepreneur. avec du recul aujourd'hui. Qu'est-ce que tu as appris ? Et est-ce que si c'était à refaire, tu te lancerais dans l'entrepreneuriat peut-être plus tôt ?
- Speaker #1
Donc oui, je suis totalement inverse au risque. Est-ce que je me serais... Donc clairement, je me serais lancée, ça c'est sûr. Si c'était à refaire, je me relancerais dix fois. Est-ce que je me serais lancée plus tôt ? Je pense que c'est mieux de se lancer le plus tôt possible, honnêtement. Plus tu as du temps, plus tu peux te donner. J'aime beaucoup une phrase de Bill Gates qui disait... On surestime beaucoup ce qu'on peut faire en un an et on sous-estime beaucoup ce qu'on peut faire en dix ans. Plus tôt tu te lances, plus de temps tu te donnes pour tester, échouer, retester, se redonner parce que tu te dis à 25 ans, c'est la vie devant moi. Donc tu peux te donner dix ans facilement et en dix ans, si tu es authentique dans ce que tu veux lancer, si tu mets le travail nécessaire, honnêtement, il n'y a pas de raison que ça ne marche pas. Ça, c'est ma conviction profonde. Maintenant, moi, je pense que j'avais besoin de ces dix ans parce que mon père a acheté une Peugeot 405, puis une Peugeot 406, puis une Peugeot 407. Je raconte souvent cette histoire, mais c'est vraiment juste pour dire qu'on a toujours voyagé au même endroit en Espagne, au sud de l'Espagne, pendant dix jours. Enfin voilà, c'est vraiment, on est une famille qui est très averse aux risques, pas du tout entrepreneur. Pour sortir de ce schéma-là, il fallait que je me construise petit à petit, que je construise ma confiance. Et donc voilà, je pense que j'avais besoin de ces dix années pour me tester, pour encore une fois construire cette confiance-là et me dire, c'est le moment pour toi, tu n'as rien à perdre. Au pire, tu reviendras. Il y a plein de gens qui vont vouloir te recruter avec cette expérience en plus. Donc vas-y, donne tout et let's see. Mais pour arriver à ça, Je pense que j'avais besoin de construire la confiance nécessaire.
- Speaker #0
Tu es une femme entrepreneur, on peut dire issue de deux cultures. À quel moment cette double culture devient une force ? Est-ce que tu le sens dans ton quotidien d'entrepreneur, de femme ?
- Speaker #1
Ah oui, moi, je pense que j'ai toujours vu ça comme une richesse incroyable. Je me suis toujours sentie plus riche que d'autres personnes qui ont du coup une seule culture. Moi, le Maroc, comme je l'ai dit, je pense que... J'en ai tiré, en tout cas de mon éducation, une vraie valeur de travail. Le système marocain, on travaillait beaucoup. Donc vraiment, je ne rechigne pas la tâche, j'y vais. Je mets les heures qu'il faut et je pense que ça vient de là. Je pense que j'ai aussi un côté très... J'ai une chaleur humaine qui me permet d'échanger et de mettre en confiance des femmes qu'on accompagne au sein de l'OMA et d'avoir des discussions avec des gynécos, des sages-femmes. et de discuter avec des entrepreneurs. Donc j'ai, je pense, un vrai, c'est pareil, une chaleur humaine. Et pour moi, c'est mon côté méditerranéen, c'est mon côté marocain, d'être à l'écoute, mais aussi de pouvoir m'adapter à des auditoires, à des personnes différentes. Et ensuite, je suis aussi extrêmement cartésienne, très rationnelle, et ça, je pense que c'est ma façon de réfléchir à la française. J'aime bien les schémas, j'aime bien A implique B. Donc oui, ce côté très matheuse, très cartésien, je l'ai aussi. Donc voilà, je pense que ça fait partie de moi dans Fatima, fondatrice de Woma, mais aussi Fatima, maman de Indie et Lail, femme, etc. Ça fait partie intégrante.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'es déjà sentie légitime ?
- Speaker #1
Oui, j'essaye moi de vraiment d'être toujours positive dans mes réflexions. Et en fait, je pense que j'ai cristallisé cette pensée un an après le PMU. où je me suis rappelée de quelques moments où vraiment, je me rappelle d'un moment. Alors, je vais peut-être prendre juste un petit peu de temps pour en parler. Mais en fait, du coup, Emmanuelle, qui m'a recrutée, était la directrice du marketing, donc avait le plus gros poste au PMU et est partie en congé maternité et m'a désignée en tant que directrice marketing intérim. Donc, j'ai rejoint le comité de direction et j'avais vraiment le plus gros périmètre du comité de direction. Et dès que j'ai rejoint, on est parti pendant trois jours avec tout le comité de direction en déplacement. Et je me rappelle que le premier comité de direction, ce n'était pas bien passé. Je me suis sentie vraiment nulle. Et je me rappelle que juste après, chacun est parti dans sa chambre. Bref, j'ai pris un bain et je me suis écroulée. Je n'ai pas arrêté de pleurer, de sangloter. Je me suis sentie totalement illégitime. Allez, cinq mois après. Je rentrais au comité de direction, c'était ma maison. C'est bon, j'étais chez moi, je savais comment gérer les choses, etc. Vraiment ça, ça a cristallisé quelque chose chez moi en me disant déjà, dès que tu te sens illégitime ou insecure, c'est deux choses. Premièrement, c'est très bon signe parce que ça veut dire que tu sors de ta zone de confort. Ça veut dire que tu es en train d'expérimenter quelque chose que tu ne maîtrises pas. Bravo, good for you Fatou, vraiment. Ça, c'est la première chose. Et deux, ça va passer. Tu vas passer un peu de temps dessus. Beaucoup de temps peut-être, beaucoup de travail, mais tu vas bientôt ne plus te sentir illégitime, bientôt te sentir à ta place et tu vas bientôt maîtriser les choses. Donc voilà, c'est comme ça maintenant que j'essaye de reframer les choses positivement quand je me sens illégitime. C'est un bon signe. Ça veut dire que tu es en dehors de ta zone de confort et ne t'inquiète pas, ça ne va pas durer longtemps. si tu veux. de te sentir légitime dans... Tu vas réussir. Et c'est juste que ça va prendre un peu de temps, que ça va être certainement désagréable. C'est pas toujours facile. Mais si tu veux te sentir légitime, tu vas te sentir légitime.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui te fait te sentir légitime, du coup ? Tu prenais cet exemple du premier Comex et de... Est-ce que c'est que le travail ? Je pense pas.
- Speaker #1
C'est vrai, c'est une vraie question. C'est vrai. C'est la maîtrise d'un sujet, je dirais. Alors, ça peut paraître un petit peu différent, mais honnêtement, là... Moi, j'ai un vrai sujet sur l'authenticité. Pour moi, me sentir légitime, c'est sentir entre moi et moi-même que je suis authentique par rapport au sujet. Que quand je parle, j'en parle authentiquement. Et du coup, moi, l'authenticité passe par maîtriser. Maîtriser un sujet, mais pas que. Ça peut être juste maîtriser le sujet, mais dans ce cas-là, tu veux show off par rapport à d'autres personnes, montrer que tu maîtrises le sujet. Il y a la maîtrise, mais il y a aussi l'authenticité. Est-ce que tu y crois vraiment ? Les positions que tu as ? Est-ce que tu arrives à dire je ne sais pas ? Honnêtement, j'ai aucune idée. Quand je me sens légitime, je suis très à l'aise à dire honnêtement, j'ai aucune idée. Faudrait qu'on pose la question ou faudrait que je m'informe. Donc, il y a un sujet d'authenticité.
- Speaker #0
Quelle est la chose la plus importante que tu as dû déconstruire entre la Fatima du début qui est partie du Maroc et la Fatima ? qui a créé Oma et qui est en train de briller ?
- Speaker #1
Énormément de choses.
- Speaker #0
Si on devait prendre une chose peut-être pour illustrer un peu ?
- Speaker #1
Je pense que je suis en phase de déconstruction. Donc ce n'est pas totalement déconstruit.
- Speaker #0
Work in progress.
- Speaker #1
Mais je suis en phase de déconstruire que je peux faire les choses dans la douceur. Alors, je vais m'expliquer. En fait, le travail a toujours été pour moi une valeur importante. Et pour moi, plus on travaille, plus on va se donner les chances de réussir. En parallèle, moi, le plaisir a toujours été un élément fondamental dans ma vie et dans ma vie professionnelle. Je suis une personne très hedoniste et donc j'ai besoin de prendre du plaisir au quotidien dans ce que je fais. Mais en même temps, je suis très intense. Donc, je vais mettre de l'intensité dans mes journées. Si je dois faire un truc, il y a beaucoup d'intensité. Ou je suis comme ça, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Donc cette insensité, ça peut être quand même drainant en termes d'énergie, c'est épuisant. Et en fait, je suis en exploration d'un nouveau type d'énergie et d'un nouveau type de travail, ou en tout cas de se dire qu'il peut y avoir des phases où tu es extrêmement insensé, et ça tu sais le faire, tu sais passer sur ce mode-là, mais tu peux aussi être sur un mode doux, de la douceur. envers toi-même, envers les autres, sur comment tu abordes les choses. Et ça peut être tout aussi performant. Et donc, c'est juste, tu vas rajouter une petite corde à ton arc. Un autre mode qui te permettra d'être un peu différente, de mieux gérer ton énergie. Et attention, tu ne renonces pas à la performance avec ce mode-là. Donc honnêtement, pas du tout encore, j'entame cette déconstruction. Et honnêtement, je ne l'ai pas ramené toute seule. J'ai été accompagnée par un coach et on a eu beaucoup d'échanges là-dessus. Je me rappelle, le matin, j'étais toujours à cran. Ok, let's go. qu'est-ce qu'on va faire et surtout en étant maman avec deux enfants etc il faut abattre de la tout doux et là dès que je me sens défois je me dis souffle c'est quoi ta seule priorité de la journée et tu te dis tu fais que ça et si tu as un peu de temps tu fais le reste mais sinon tu fais que ça ramener donc en déconstruction construction c'est hyper intéressant
- Speaker #0
Je vois exactement ce que tu veux dire. Et je ne sais pas si ce n'est pas la définition du leadership qui est inculquée dans des grosses boîtes. Étant passée par là, on parle beaucoup de leadership féminin. Mais je trouve que dans nos générations, je ne sais pas, je ne parle peut-être pas pour toi, mais moi, les leaders féminins que j'ai pu voir autour de moi dans le monde corporate, en fait, ce n'étaient pas des leaders féminins. En fait, c'est des femmes qui ont pris les codes masculins, qui sont dans l'intensité, qui sont dans la force, qui sont dans l'agressivité, entre guillemets. Et je ne sais pas si c'est ça ce que tu descrivais, mais ça me faisait vachement écho à ça. Et du coup, on a grandi, on a évolué en se disant, c'est ça le leadership. Et si tu veux réussir, avancer, gravir les échelons, c'est comme ça qu'il faut agir. Et le deuxième leadership dont tu parlais, dans la douceur, pour moi, c'est ça l'authenticité. C'est ça notre force en tant que femmes et futurs leaders féminins. Je ne sais pas si je parle pour toi, mais...
- Speaker #1
2000%
- Speaker #0
mais ça fait vachement écho à des choses que j'ai pu vivre aussi personnellement 2000%
- Speaker #1
je pense que effectivement aujourd'hui c'est ton sujet la représentativité comment voir plus de femmes qui nous inspirent mais il y a comment voir plus de femmes mais aussi comment voir plus de femmes vraiment authentiques à elles-mêmes et je pense qu'effectivement aujourd'hui la définition du leadership c'est la personne qui parle le plus fort qui a du charisme qui a Alors qu'on peut avoir le leadership par la sagesse, une personne qui ne parle pas beaucoup, mais quand elle parle, pas vraiment, les mots justes en une phrase. Moi, ma sœur est un peu plus introvertie que moi, elle me fascine, ou en tout cas, j'essaie vraiment de m'inspirer d'elle parce que je peux parler pendant longtemps. Et ensuite, elle va vraiment synthétiser ça en une phrase et ça marque. Ça reste et ça résonne sur le long terme, en fait, au lieu de parler, parler. Donc, tout ça pour dire que moi, je n'aime pas, je ne mets rien sur un piédestal. C'est différent, mais ça devient dangereux quand on ne fait que valoriser l'extraverti, celui qui est fort, celui qui écrase les autres, etc. S'il y a un leadership intéressant et qui est impactant sur certaines occasions, il y a d'autres leaderships et qui sont effectivement plus féminins qui maintenant... doivent prendre plus de place et être valorisés.
- Speaker #0
Tu es aujourd'hui maman de deux enfants, une petite fille et un petit garçon. Qu'est-ce que tu veux absolument leur transmettre ?
- Speaker #1
Beaucoup de choses, mais je pense que le plus important, c'est la confiance. C'est qu'ils soient à l'aise dans leur basket. Qu'ils aient confiance, qu'ils aient envie. qui soit vraiment... drive par l'envie et pas par la peur. Envie de découvrir des choses, envie de faire des choses, pas peur de tester, pas peur d'échouer, pas peur de... Voilà, c'est plus... Du coup, comment leur transmettre ça ? Je pense que c'est beaucoup d'amour, mais c'est aussi... Et ça, je vais le découvrir au fur et à mesure. Mais c'est aussi comment les confronter à des situations hyper différentes, communiquer avec eux. pour qu'ils aient confiance en eux.
- Speaker #0
On a beaucoup parlé de réussite. Quelle est ta définition de la réussite ?
- Speaker #1
En ce moment, je me sens très heureuse, honnêtement. Alhamdoulilah, je pense que je suis très heureuse. Et je pense que ces deux choses, c'est que j'adore mon quotidien et j'ai la projection du futur. Il y a plein de projets sur le futur. Aujourd'hui, au quotidien, c'est très dur. C'est vraiment très dur. C'est des problèmes au quotidien, mais c'est excitant. Et il y a beaucoup de choses positives, des patientes qui sont heureuses, des partenariats qu'on a, des podcasts qu'on fait. Voilà, donc il y a du positif au quotidien. Et en même temps, j'arrive à lever la tête et à me dire, à voir ce que Woma peut être dans 5 ans et ce que Woma peut être dans 10 ans. Et je pense que c'est ça un peu. En tout cas, aujourd'hui, c'est comme ça que je définis la réussite. C'est de se dire qu'il y a toujours quelque chose loin que tu veux aller chercher, sur laquelle tu as envie de redoubler d'efforts, tu as envie d'aller chercher. Mais aujourd'hui, le plaisir est là. Donc, c'est un peu ça, peut-être, ma définition.
- Speaker #0
Si je te dis sororité, tu me dis quoi ?
- Speaker #1
C'est primordial. Moi, je suis convaincue. C'est peut-être mon côté optimiste, mais que les femmes vont prendre le pouvoir. We will run the world, je pense, et ce sera une très, très belle chose pour le monde. Et je pense que ce n'est possible qu'avec une sororité systématique. Moi, je suis pour les quotas. Moi, je pense que c'est essentiel. Et honnêtement, je le ressens, moi, de plus en plus. que la sororité commence à prendre de la place, du pouvoir.
- Speaker #0
Si tu pouvais parler à la Fatima enfant, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #1
Sois fière et sois reconnaissante. Et je pense que je me le dis aussi aujourd'hui. C'est les deux choses que je me dis honnêtement très souvent. Je suis très reconnaissante parce que je suis née dans une famille aimante, pas dans une zone de guerre. Je n'ai manqué de rien. Donc, je ne peux être que reconnaissante de ce que je fais. de ce qu'on m'a donné, de ce qu'on m'a offert. Et je suis aussi fière d'avoir pris ce qu'on m'a donné et j'en ai sorti le maximum et je continue à pousser pour réaliser le maximum de ce qu'on m'a donné. Donc, fière et reconnaissante. Vraiment, hier, aujourd'hui et demain.
- Speaker #0
Fatima, on va passer à la dernière partie du podcast. C'est des petites questions et le but, c'est de répondre du tac au tac. D'accord. Est-ce que tu as une devise ?
- Speaker #1
Step by step, ferociously.
- Speaker #0
Ton moteur aujourd'hui ?
- Speaker #1
Honnêtement, mes enfants, Woma, j'ai beaucoup de moteurs. Mes enfants, Woma, mon mari, mon plaisir, j'ai beaucoup de moteurs.
- Speaker #0
Une peur ?
- Speaker #1
La santé.
- Speaker #0
Une vérité sur l'entreprenariat que personne ne dit ?
- Speaker #1
C'est dur, c'est bateau, mais c'est dur. Il faut aller au fond des choses. Moi, j'étais quand même très loin du monde de l'entreprenariat. Donc, quand je l'ai abordé, c'était très côté startup, lever, machin. Ce n'est pas ça, l'entrepreneuriat. L'entrepreneuriat, c'est un vrai problème et une vraie solution.
- Speaker #0
Est-ce que tu as déjà pensé à abandonner ?
- Speaker #1
Oui, très sérieusement même.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a fait rester ?
- Speaker #1
J'ai pris un vrai break pendant une semaine avec mon mari et ma fille. Et je suis revenue en me disant, OK, tu mets une dernière pièce au jukebox. Une dernière pièce. Il y avait ça. Et j'ai aussi enlevé beaucoup, beaucoup de bruit qui me polluait, qui me parasitait, qui était autour de... Mais il faut lever, mais il faut machin... Et ça, je me suis dit... En revenant, je me suis dit, OK, tu ne vas pas monter une licorne. Tu vas venir juste régler un petit problème et voir si tu peux le monétiser, avoir une petite entreprise avec ça. Et en fait... en revenant juste avec cette idée, ça a fait que j'ai enlevé 80% de bruit inutile et je me suis focalisée à, OK, cette prochaine patiente, comment je l'accompagne ? La deuxième, la troisième. Et en fait, ensuite, je ne me suis plus reposée de questions depuis. Mais il fallait enlever tout le bruit.
- Speaker #0
Une femme de culture arabe que tu me recommanderais d'inviter sur le podcast ?
- Speaker #1
C'est une excellente question. Tu me poses une colle. Mais je vais dire Myriam Berrada, qui est une excellente amie, qui est brillantissime dans le monde de l'art. C'est la commissaire du pavillon marocain à la Biennale de Venise, la première fois. Elle est aussi directrice artistique du Macal à Marrakech, qui est un très beau musée d'art africain à Marrakech, qui a millé une casquette et qui m'inspire moi au quotidien, le sens du beau, etc. mais aussi Honnêtement, dans mon aventure entrepreneuriale, il n'est pas plus tard qu'il y a deux ou trois jours, je discutais avec elle parce que c'est une femme qui, depuis 15 ans, 20 ans, travaille dans le monde de l'art, a accompagné des artistes. Et maintenant, elle est devenue une sommité, mais parce que, depuis le début, elle l'a fait. En fait, sans être tactique. Elle l'a fait authentiquement parce qu'elle adore ça et qu'elle adore accompagner les artistes. Et en fait, au fur et à mesure, parce qu'elle l'a fait authentiquement, sur la durée, ça paye. Et j'en suis convaincue.
- Speaker #0
Et une chanson pour clore cet épisode ?
- Speaker #1
Woma, l'émibia Woma de Jakat. J'adore.
- Speaker #0
Merci infiniment Fatima.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
A très bientôt.
- Speaker #1
A très bientôt.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode de Réa jusqu'au bout. Si tu as apprécié cette conversation ou qu'elle t'a touché, tu peux t'abonner au podcast et laisser une note ou un petit commentaire. Avec ces petites actions, tu aides à faire porter la voix de ces femmes encore plus loin. Tu peux aussi partager cet épisode avec quelqu'un qui aurait peut-être besoin d'entendre cette histoire. Et si tu veux continuer la conversation, retrouve-moi sur mes réseaux ou dans la newsletter de Réa Stories. Nos histoires comptent. Merci de les écouter. A très bientôt dans Heya.