- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Heya, je suis Ausha Fourti. Ici, on écoute autrement. On tend l'oreille à celles qu'on entend trop peu. Les femmes arabes et amazighes. Des récits vrais, puissants. incarnée. À celles et ceux qui doutent, avancent ou cherchent à se reconnaître ailleurs que dans les récits qu'on leur impose, à celles et ceux qui veulent écouter avec ouverture et curiosité. Ria, c'est un espace de sororité, de transmission et de reconnaissance. Un endroit où chaque voix compte. Parce que nos histoires sont une richesse, et qu'avant d'y croire, il faut les entendre. Aujourd'hui, je reçois Ratiba Mokri, autrice, artiste, comédienne et metteuse en scène. Cet épisode est un peu particulier, parce qu'il y a un peu plus d'un an. Ratiba, fidèle auditrice du podcast m'envoie un long message pour me raconter son histoire elle m'a parlé de son enfance dans une fratrie de dix enfants, de l'exil de ses parents de son engagement à travers l'art de son spectacle et il y avait dans ses mots une sincérité qui m'a profondément touchée je lui ai répondu que j'aimerais beaucoup la rencontrer il nous a fallu un an, peut-être un peu plus pour réussir à enregistrer cette conversation mais l'attente en valait la peine avec Ratiba On parle de double culture, de féminisme, de liberté, d'homosexualité, de maternité et de cette conviction qui traverse toute sa vie, ne jamais s'excuser d'être soi. Sans plus attendre, je laisse place à la réé du jour, Rathiba Mokri. Rathiba, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Bouchra.
- Speaker #0
Bienvenue sur réé.
- Speaker #1
Merci, je suis contente d'être là. Il est temps qu'on se contacte, je suis contente d'être ici.
- Speaker #0
Je suis ravie de te compter parmi les invités. Je vais raconter un peu comment on s'est connus. En fait, tu m'as écrit suite à un sondage que j'avais envoyé, ou je ne sais plus trop quoi, et tu m'as parlé de toi. Et tu m'as dit que tu adorais raconter ton histoire. Et je t'ai dit, avec grand plaisir, ça peut prendre un peu de temps parce que je ne suis pas à Paris. Et un an plus tard, on y est et je suis ravie de te recevoir. Et on est là.
- Speaker #1
Moi aussi. Je suis vraiment très contente de partager. J'écoute beaucoup tes podcasts et tout. des personnes qui sont vraiment des parcours intéressants. On a toutes des choses en commun aussi, plein de rencontres où on peut se retrouver.
- Speaker #0
J'ai été très touchée par ton message. On va commencer par le début et on va parcourir ton histoire. La tradition, Ratiba, c'est de commencer par les origines. Est-ce que tu peux nous parler de ton enfance, l'environnement dans lequel tu as grandi, le type de famille et d'éducation que tu as eue ?
- Speaker #1
Eh bien, moi, je suis la dernière. La dernière d'une grande fratrie de dix enfants. Comme je dis dans un de mes spectacles, en fait, ma mère, elle a eu 16 grossesses, quatre fausses couches, deux enfants décédés, six filles et quatre garçons. Donc voilà, je suis la dernière fille. Je suis née à Lyon et j'ai grandi au début dans le quartier de Villeurbanne. On a vécu dans des baraquements. Quand mes parents, ça faisait déjà trois ans qu'ils étaient en France. Donc voilà, j'ai grandi dans ces baraquements. On était 15, à peu près une quinzaine dans un F5. Quand j'étais bébé, je dormais entre mes parents. Il y avait ma sœur qui était au bout du lit. Après, il y avait la chambre des filles, il y avait la chambre des garçons. Au fur et à mesure que ça grandissait, que les plus grands partaient, il y avait du mouvement. Plus une des aînées qui s'est mariée, qui vivait aussi là avec son mari, qui a eu sa petite fille. Enfin voilà, ça a beaucoup circulé. Très mouvementée. J'ai grandi dans un univers très chargé. Après, c'est une période un peu très courte. Après, on a déménagé dans le nord de Lyon, dans un appartement. Ça, c'était avant, c'était à la Duchère, au château de la Duchère. J'ai grandi, j'ai fait toute ma scolarité jusqu'en cinquième. Là, c'était super. C'était un bel endroit. Il y avait un vieux château en ruine. Il y avait toutes sortes de gens. C'était une grande barre. C'était une grande barre, on la voit quand on arrive à Lyon de Paris sur l'autoroute. On le voit à gauche, c'est la première grande barre qu'on aperçoit de l'autoroute.
- Speaker #0
Et là, c'était plus grand, il y avait un peu plus d'espace pour tout le monde ?
- Speaker #1
Un petit peu, mais il y avait encore la chambre des quatre derniers. Il y avait encore du mouvement, encore la chambre des filles, la chambre des garçons. Après, ça bougeait, les grands. Au fur et à mesure que ça partait, on commençait un peu à respirer. Jusqu'à ce qu'on arrive aussi aux Manguettes, où là, j'avais ma sœur et moi. Nous sommes les deux dernières et les seules qui sont nées en France. On avait notre chambre, les deux derniers garçons aussi, une de mes sœurs. Enfin, voilà, ça a commencé un peu...
- Speaker #0
Parce que les autres sont nées en Algérie du coup, parce qu'on ne l'a pas mentionné.
- Speaker #1
Oui, ils sont tous nés en Algérie. Où ça ? Babsarera, juste à côté d'Alger. Et on est originaire de la Kabylie, dans la grande Kabylie au sud-bord, Jemennaï. Et voilà, mes parents étaient cousins germains. Donc ça va, je m'en sors bien. De quoi s'inguiniter. On ne s'en sort pas si mal. Mais bon, je pense que c'est une belle histoire d'amour aussi. Je viens d'une famille aussi très politisée. C'est pour ça que mon père a dû fuir l'Algérie. Il était très politisé. Il était avec son frère, ils étaient dans le mouvement nationaliste algérien. Donc c'était des messalistes. Pendant la guerre, il y a eu des tortures, machin, tout ça. Il était attendu par le FLN. Enfin, je ne vais pas raconter en détail. Et puis, il est parti en 61. Et puis après, c'était ma mère, mes frères et sœurs, ma tante, mes cousins, tout ça. Ils ont dû partir en pleine nuit. Ils ont profité du rapatriement des Français pour quitter, donc, avec Ossine qui avait 8 mois et il y en avait 7 plus ou moins grands. Donc, plein d'éracinements. Voilà, une femme qui a rejoint son mari. Au départ, en plus, elle avait l'autorisation de partir toute seule et elle a tout fait pour... amener mes frères et sœurs. Elle m'a dit, moi, je ne repars pas, parce qu'il y avait un coup de pouce. Enfin, il y avait des connaissances. Elle a pu partir, quoi.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
voilà. Donc, ils ont eu la terre d'accueil en Charente, où ils ont vécu deux ans, je crois. Et après, Lyon. Voilà.
- Speaker #0
Comment on prend sa place ? C'est fou quand on dit une fratrie de dix.
- Speaker #1
C'est particulier, parce que déjà, comment on prend sa place en tant que fille dans une famille où il y avait quand même quatre garçons ? Et encore, ce n'était pas tant eux qui étaient problématiques, c'était plutôt les rapportés.
- Speaker #0
c'est-à-dire ?
- Speaker #1
Les beaux frères.
- Speaker #0
Ah d'accord, ok.
- Speaker #1
Les pièces rapportées, c'est ce que j'allais dire. Comment on prend sa place ? En tout cas, ce qui me concerne, j'ai essayé de faire comme j'ai pu. J'étais beaucoup dans l'observation. J'étais une petite fille, enfin une fille qui, à la maison, était beaucoup dans l'observation, en train de regarder pour bidouiller, essayer de regarder comment je pouvais grandir. Puis j'avais plein d'exemples au-dessus de moi, donc de références. Donc j'ai pu choisir celle qui me convenait. J'ai eu cette chance-là. Et à l'école, j'étais une vraie bagarreuse. Je supportais pas du tout l'injustice, ce qu'on me disait, les insultes, tout ça. Je me battais beaucoup. J'étais un peu nerveuse. Voilà, j'y allais.
- Speaker #0
Et ta double culture dans tout ça, à l'école, on parle de l'école, est-ce que c'était un sujet ? Est-ce que tu étais dans cette cité, donc peut-être beaucoup d'autres personnes d'origine maghrébine, donc peut-être moins sujet ? Comment tu l'as vécu ?
- Speaker #1
C'était compliqué parce que j'ai la nationalité française. Et à l'époque, aux manguettes, ce n'était pas assez évident.
- Speaker #0
Parce qu'on est dans quelle année ?
- Speaker #1
C'est fin des années 70. On est parti en 80 des manguettes, donc j'avais 15 ans. Donc, il y avait à la fois sale arabe, parce que je m'appelle Ratiba Mokri, et sale fromage, parce que les Français me disaient les fromages, parce que j'avais la nationalité française. Donc, on me disait que je reniais à mes origines. Et puis, il y avait beaucoup de violence. C'était le début de la... beaucoup de violence aux manguettes. À Écully, au nord de Lyon, j'allais dans un collège avec pas mal de bourgeois. C'était assez tranquille. Et de me retrouver aux manguettes, c'est un peu... On a failli mettre en péril ma scolarité, mais comme j'étais douée, donc ça allait. Mais ma soeur, elle en a bavé. C'est un peu là que ça s'est décidé, ma vie. Mon engagement. Mon engagement dans l'art. Mon engagement... Parce que comme je cognais beaucoup... quand on m'insultait. Peu importe qui avait en face, ils pouvaient faire 1m80 ou quoi.
- Speaker #0
C'est les mêmes.
- Speaker #1
J'y allais, je me battais ou si je ne m'en sortais pas, j'appelais mon frère. Enfin voilà, ça fonctionnait un peu comme ça. Et puis un jour, j'ai dit, j'arrête. Je m'appelle Ratiba Mokri et je ferai quelque chose avec ce nom. J'ai commencé à apprendre la musique. Ma soeur prenait des cours de guitare, donc j'ai observé ce que... Comme je dis dans un de mes spectacles, j'avais le silence de l'observatrice des plus grands que moi. J'écoutais, je regardais comment ils lui apprenaient la guitare. Et puis, mon frère avait une vieille guitare. Je travaillais au marché le samedi matin. Donc, mon argent que je gagnais, on a réparé cette guitare. Et puis, j'y suis allée. J'ai appris. Je jouais après avec un copain. Comme ça, un peu en autodidacte.
- Speaker #0
Et tes parents étaient... Du coup, tu disais que ta sœur jouait de la guitare. Donc, tes parents... Ils vous poussaient vers l'art ? Ils vous ont poussé à explorer ces formes d'expression ? Non,
- Speaker #1
non, non, ils n'avaient pas le temps.
- Speaker #0
Mais ils n'étaient pas contre ?
- Speaker #1
Ils n'étaient pas contre. En fait, non, non, mon père était chauffeur de bus pour la ville de Lyon. Puis ma mère et son travail, c'était la maison.
- Speaker #0
Il y a pas mal de boulot.
- Speaker #1
Et en fait, quand on est parti en Charente, moi, j'avais vraiment envie d'une guitare. Je tannais mon père pour qu'il m'achète une guitare. Donc, on a profité. Est-ce qu'on est parti des maguettes pour aller dans un... petit village de 700 habitants. C'était quand même le jour et la nuit. Mais moi, j'ai respiré là parce que je supportais plus les manguettes, le milieu et tout ça. Et en fait, ils allaient faire des courses et moi, ils m'ont laissé en goulet, mais je suis allée au magasin de musique pour regarder les guitares. Je choisissais, je regardais là, je me disais quelle guitare je vais pouvoir prendre. Et mes parents arrivent, j'avais un peu choisi. Et mon père arrive avec une guitare et il a dit ça y est, je t'en ai acheté une. Et j'ai dit, tu l'as eu ? Il me dit, il y en avait une au bout du rayon, à l'euro-marché. Et je dis là,
- Speaker #0
une guitare de supermarché.
- Speaker #1
Moi, je rêvais d'une belle guitare, mais il m'a acheté une guitare. Et en fait, j'ai appris, j'ai joué. Quand j'étais au lycée, j'ai joué des percussions. J'ai vraiment développé le côté musique. Et puis militant aussi. C'était des années très riches. Le lycée un peu engagé, un peu politiquement.
- Speaker #0
Parce que tu parlais de ton papa, qui vient d'une famille très politisée. C'était quelque chose qui était très présent à la maison ? La politique, l'engagement ?
- Speaker #1
Moi, je ne savais pas trop. En fait, on entendait des choses. Parce que c'était le frère de mon père, beaucoup. Il était un haut placé. Il avait un grade assez élevé au mouvement nationaliste algérien. Et chez nous, chez mon oncle et mes parents, il y avait toute la famille. Ils habitaient au même endroit. C'est un peu une sorte de QG du MNA. Ils ont tous circulé, Ben Bella, Bouteflika, Boudiaf, avant qu'ils ne retournent. Ils sont tous passés par là. Mon oncle était souvent arrêté. Mon père a été arrêté, torturé. Donc, il est parti. C'est des choses que j'entendais, mais ce n'était pas hyper explicite parce que j'étais enfant et quand je posais des questions, c'était non, t'es... C'est des discussions d'adultes. Alors que moi, ça m'intéressait. Il connaît l'histoire. Et mon père me disait toujours qu'il aimerait bien qu'on écrive son histoire. Mais je ne me sentais pas légitime à l'époque. Et si bizarrement, j'ai commencé à écrire quand il est mort.
- Speaker #0
Et c'était quoi le lien entre l'art et l'engagement ? J'ai lu une fois où tu parlais et tu disais que l'art, c'était vraiment ta manière de t'engager politiquement. Qu'est-ce que tu exprimes par là ? Qu'est-ce que tu défends ? Et qu'est-ce qui ressort via ton art ?
- Speaker #1
Déjà, d'exister, d'être là. Justement, toutes ces questions de venir, d'être issue de l'immigration, de pouvoir dire, je viens aussi d'une culture populaire, et l'art m'a sauvée. Je ne dis pas que ça m'a sauvée, mais l'engagement un peu politique, il est au niveau, déjà, d'aborder ces thématiques-là, et de dire que je viens, je suis d'ici, je suis de là-bas, je ne suis pas d'ici, je ne suis pas de là-bas, et d'où on est, en fait. C'est une question de temps. politique citoyenne, en fait, aussi, déjà. Je suis ici, je vis ici, donc j'existe, et c'est ici ma vie, et c'est pas là-bas. Et puis, je trouve que l'art et la poésie, aussi, parce que j'adore la poésie, qui est vraiment un moyen de sublimer, ou d'utiliser la métaphore pour parler des choses, du sensible, parce que moi, je trouve que la poésie, La politique, c'est aussi... On oublie souvent le sensible et le rapport émotionnel qu'on a quand on vit des choses qui sont de l'ordre du politique.
- Speaker #2
Bien sûr.
- Speaker #1
L'art, pour moi, c'est un engagement parce que je ne pouvais pas faire autrement à ce moment-là. Sinon, je ne sais pas ce que je ferais aujourd'hui.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu ferais, à ton avis ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je serais peut-être devenue psychologue ou philosophe. Je ne sais pas, parce que j'adore la philo. Certainement pas mère au foyer.
- Speaker #0
Ça, c'était un modèle où très tôt, tu t'es dit, je ne serai pas ça.
- Speaker #1
Oui, et puis j'avais du mal avec ma culture familiale par rapport à la question des femmes, du droit des femmes, comment on existe au sein d'une famille. Ce n'est pas tant mon père et mes frères. Là, il y avait une grande ouverture, mais je voyais bien quand je marchais avec mes copines dans la rue à Vénissieux et que leurs frères venaient les attraper et rentraient à la maison. Il y avait beaucoup de violence. Et moi, je me disais... Et puis ma mère, quand même, elle aurait bien aimé, elle me disait souvent qu'elle aimerait bien que je me marie avec un Algérien. Et moi, surtout pas.
- Speaker #0
Tu lui disais ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Je lui dis, quand je vois les autres, les maris, même de mes sœurs aînées, je lui dis, j'ai pas envie. Quand je vois ce que vivent mes sœurs aînées, j'ai pas envie, en fait. Et je me sentais un peu emprisonnée. Et je lui dis, après, c'est quoi le plus important ? Je lui dis à ma mère, c'est quoi le plus important ? C'est que je sois heureuse ou que je sois mariée avec quelqu'un que je n'aime pas et que je sois malheureuse. Donc, je lui dis, que tu sois heureuse. Voilà. « Tu sois heureuse » . Moi, j'ai dit « Ben voilà » . Elle m'a laissé partir une fois un week-end avec un Algérien, mais je suis revenue, je ne l'ai dit plus jamais. Enfin bref, c'était autre chose. Ça aurait pu être avec un...
- Speaker #0
Oui, un Polonais.
- Speaker #1
Oui, voilà. Mais c'est vrai que j'avais du mal. La représentation de l'homme maghrébin était pour moi quelque chose qui était compliqué. Et puis, je ne savais pas trop où j'allais dans mon orientation sexuelle aussi. Il y avait un peu tout ça qui se bataillait dans ma tête aussi à ce moment-là, sans que c'était dit.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Explicite, pour moi en tout cas, déjà de moi à moi. En fait, ils m'ont laissé faire la vie que je menais. En fait, je me suis construite toute seule, en fait. Oui,
- Speaker #0
mais c'est chouette qu'il n'y ait pas eu de stop.
- Speaker #1
Non, ils ne m'ont pas imposé une vie. J'ai échappé au coup parce que j'avais quand même un père violent. J'ai fait en sorte, comme j'observais, que ma vie, c'était ma vie. que je donnais à voir à mes parents, je ne leur cachais pas forcément tout, mais des choses vraiment de l'ordre de mon intime. Je ne fumais pas dans mes parents. Je ne boivais pas de vin. Je n'avais pas envie de... Je trouve que ma mère, elle était sympa et je trouvais que je n'avais pas envie de la choquer, en fait. Et c'était ma vie. Elle avait subi suffisamment de choses pour que je lui en rajoute... Elle épargnait de... Après, elle savait... Enfin, elle se doute. Quand je rentrais chez la copine, elle me dit « Tu as fumé ? Tu sens la cigarette ? » Je lui dis « Tu sais, chez Karine, tout le monde fume. Toute la famille fume. »
- Speaker #0
On parlait de sexualité. Je pense que tu es ouverte, tu le dis, tu es homosexuelle. À quel moment tu l'as su ? C'est quelque chose que tu as ouvertement dit à tes parents ou est-ce que ça fait partie des choses dont tu les as épargnées et évité toute conversation sur ce sujet-là ?
- Speaker #1
Déjà, quand j'étais ado, vers la quatrième, troisième, je sentais bien qu'il y avait des choses de questionnement là-dessus. J'ai eu que des petits copains pendant très longtemps. Je voyais bien que j'étais attirée quand même aussi. Je tombe amoureuse d'une copine en troisième, par exemple. Mais ça me faisait bizarre aussi. Voilà, tous des questionnements, comme toute personne, toute jeune. se questionne sur sa sexualité. Je n'avais pas de problème de consorter avec les garçons. Je tombe amoureuse de plein de garçons. Je pense que j'étais bisexuelle au début. Je tombe amoureuse d'une fille quand j'étais au Beaux-Arts à Poitiers. Ça a été ma première copine. Ça a mis un peu de temps.
- Speaker #0
Et là, tu l'as partagée avec ta famille ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Pas du tout. Justement, à Poitiers, c'était trois ans d'études. Il fallait que je change d'école. J'étais prise au Beaux-Arts de Saint-Etienne. En même temps que je suis partie de Charente, ah oui, j'ai oublié de dire, on était en 80, à la retraite de mon père, on est allé revivre en Charente. Parce qu'on allait en vacances tous les ans là-bas. On n'allait pas en Algérie aussi. C'est quelque chose d'intéressant.
- Speaker #0
Parce que ton papa ne pouvait pas revenir ?
- Speaker #1
Il ne pouvait pas. On est allé en 74. Il est allé 13 ans après. Mais il ne nous emmenait pas là-bas. Moi, je me questionnais pourquoi. J'avais toutes mes copines qui allaient en Algérie. Et il n'expliquait pas ? Ben, c'était pas très clair. Jusqu'à des fois, je me demandais même s'il n'était pas acquis. Mais en fait, non. Après, moi, j'entendais tout ce qui était politique, parce que ça parlait beaucoup politique à la maison. On n'y avait pas accès. On était des enfants. C'était pour les adultes.
- Speaker #0
C'est difficile de ne pas comprendre ça. C'est dur,
- Speaker #1
parce qu'on ne sait pas ce qui se passe. Donc, des fois, il se racontait quand j'amenais des amis à la maison, quand j'étais au lycée. Donc, voilà. Donc, après, effectivement, j'étais prise au Beaux-Arts de Saint-Étienne. et au Beaux-Arts de Rouen. Cette femme dont j'étais amoureuse, elle partait au Beaux-Arts de Rouen et je ne voulais pas aller rejoindre ma famille, en fait, pour vivre ma vie. Donc, je suis partie avec elle. Et puis, ça s'est fait dans l'été. Voilà, ma première copine. C'était chouette.
- Speaker #0
Et donc, ils ne l'ont jamais su ? Non, ils n'ont pas su.
- Speaker #1
J'ai fait une expo. Alors, c'est trop marrant parce que c'est pareil, on a toujours l'image de ses parents qui, on ne sait pas le regard qu'ils ont sur nous. Et en fait, mon frère m'avait organisé ma première expo à Lyon en 89. J'étais en troisième année à l'époque, Beaux-Arts.
- Speaker #0
Expo de peinture.
- Speaker #1
de dessin, de peinture, tout ça. Et donc, j'étais avec elle. Et on est allées à Rouen, à Lyon ensemble. Et puis, je lui ai dit, tu fais attention. Je lui ai dit, tu te tiens bien. Et c'est impossible pour elle. Enfin, c'était trop compliqué. Enfin, je lui ai dit, tu fais gaffe. Parce que voilà, personne ne sait dans ma famille. Et je n'avais pas prévenu mes parents. Je ne voulais pas qu'ils soient là parce que j'avais envie de fumer tranquillement, parce que j'avais envie de boire du vin. Parce que c'était, voilà, profiter. C'était mon vernissage. Et j'arrive à la porte. au moment de l'heure du vernissage qui était là. Mes parents.
- Speaker #0
Surprise !
- Speaker #1
Non mais c'était chouette.
- Speaker #0
C'est chouette qu'ils voient ton âme aussi, qu'ils voient toi comme femme accomplie dans ton âme.
- Speaker #1
Je leur avais fait, avant qu'ils repartent à Lyon, visiter. Ils m'avaient déménagée de Poitiers et je leur avais fait visiter l'école. Et ils ont dit, il y a un des profs qui leur a dit, ça vous fait quoi que votre fille fasse les beaux-arts ? Et mon père a dit, c'est bien, ça sera la première artiste de la famille. Donc là, il y a une porte qui s'ouvre.
- Speaker #0
Et c'est beau d'entendre son papa dire ça. C'est beau de l'avoir entendu une fois.
- Speaker #1
Mais il ne m'a jamais dit qu'il était poète. Il ne m'a jamais dit qu'il avait fait du théâtre. Chose qu'il a faite. Oui. Il a fait un peu de théâtre et il écrivait des poésies qu'il envoyait. Ma mère qui m'a dit ça, après ma soeur aînée, qu'il envoyait à des chanteurs égyptiens, des gens connus.
- Speaker #0
Tu les as retrouvés, ces choses que tu...
- Speaker #1
Non, j'aimerais bien, mais je ne sais pas comment faire. Je ne sais pas sous quel nom il écrivait. C'est quand même fou. Mais quand il était... Je comprends que ma mère était complètement dingue de lui. Enfin, quelque part. Après, c'était quand même un mec. C'était quand même un mec.
- Speaker #0
On était à cette expo où il y avait ta copine, donc ils n'ont pas su. Et elle s'est tenue.
- Speaker #1
Non, elle s'est tenue. Je lui ai dit, tiens bien.
- Speaker #0
Et il n'y a jamais eu, alors tu te maries quand ? Tu as X, tu as 30, 35, 40 ans ? Non,
- Speaker #1
j'avais 24 ans. En fait, on n'est pas restés ensemble. Et j'ai rencontré le père de mes enfants. Aussi, lui était bisexuel. Et quand je l'ai rencontré, j'ai dit, je suis avec lui, je vais faire des enfants.
- Speaker #0
Et tu savais qu'il était bisexuel ? Oui, il connaissait notre histoire. Donc c'était un deal transparent et honnête.
- Speaker #1
Donc on a eu deux beaux enfants ensemble.
- Speaker #0
Ton fils qui est philosophe d'ailleurs.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et ta fille qui est...
- Speaker #1
Réalisatrice en documentaire et compositrice pour des musiques de films et pour notre spectacle.
- Speaker #0
On va en parler, c'est génial. Qu'est-ce que tu as voulu leur transmettre, tes enfants, tout ça ?
- Speaker #1
L'ouverture d'esprit, l'accueil. J'étais étonnée d'ailleurs, une fois, je n'étais pas là et j'avais des amis de l'île qui venaient et ils les ont accueillis, ils leur ont fait redouter. Donc ça, c'était... Tu dis,
- Speaker #0
j'ai réussi quelque chose.
- Speaker #1
Et puis la musique aussi. Je les ai vraiment poussées à faire de la musique et je leur ai dit, la musique, c'est universel. Partout où vous irez dans le monde. J'aurais transmis aussi de ne pas avoir peur de demander.
- Speaker #0
Parce que toi, ça, c'est quelque chose qui t'a manqué ?
- Speaker #1
Non, au début, j'étais quelqu'un de très timide, mais je m'en sors. Je m'en suis sortie après dans la vie parce que j'ai toujours osé demander.
- Speaker #0
Toi, on n'a pas parlé, mais tu as créé une compagnie de théâtre qui s'appelle Ratibus. On va peut-être présenter Ratibus. C'est l'occasion pour les gens qui sont dans le Nord d'en savoir plus s'ils ne la connaissent pas. C'est quoi l'ADN de cette compagnie ? Comment tu l'as créée ? Pourquoi ?
- Speaker #1
Je l'ai créée en 2010 quand je suis arrivée à Lille. tout mon package, mon travail de peintre, mon spectacle, mon désir de continuer d'écrire et de monter des spectacles. Et je me suis posé la question déjà de quel nom j'allais donner à cette compagnie. Et quand j'étais petite, on m'appelait aussi Ratibus. Ou Rapetipeta, il y avait le petit rapporteur là, Rapetipeta Petibus. Si t'es fatiguée, t'as qu'à prendre l'autobus. C'était avec des proches. Et puis du coup, j'ai dit je vais l'appeler Ratibus. parce que c'était à l'époque que mon travail, en fait. Donc, j'ai eu un financement pour créer mon site Internet, tout un travail autour d'un autre spectacle aussi. Donc, j'ai pu payer quelqu'un qui m'a fait mon site web, tout ça. Et donc, je suis arrivée avec ça, en fait. J'avais déjà commencé à jouer dans le Nord. Et donc, c'est quand je suis arrivée que j'ai créé cette compagnie. Et voilà. L'implantation lilloise, l'accueil aussi. J'ai joué dans plusieurs lieux. J'ai eu des cartes blanches dans certains lieux sur la métropole lilloise. Il y avait un intérêt. Il y avait une compagnie à Aime, à côté de Roubaix, qui travaillait beaucoup sur la question de l'identité, la famille et puis l'art, l'art plastique aussi. Comme dans mes spectacles, il y a un mélange. La question de l'art plastique, elle existe en tant que peintre. Il y a une grande présence de la peinture dans mon travail de spectacle. Et puis les lignes de ma compagnie, c'est l'identité, c'est la question d'où on vient, ses origines, qu'est-ce qu'on fait ici, comment on vit. La question de la double culture, puis aussi la question des femmes. Donc petit à petit, j'ai commencé à travailler aussi sur... Donc, il y a eu les petites histoires de Mokris, mon premier spectacle. Après, j'ai fait un autre spectacle. J'ai eu plein de résidences, une carte blanche dans le Nord pour terminer ce spectacle qui s'appelait Les Bonnes Mains. Donc, c'était un spectacle sur mon adolescence. C'était comment on vit l'adolescence dans l'entre-deux-cultures, entre ce que j'appelais, moi, la maison du dedans et la maison du dehors.
- Speaker #0
Parce que tu la ressentis comme ça ?
- Speaker #1
Ah oui, C'est-à-dire la maison familiale, culturelle ou la maison intime aussi, intérieure. Et la maison du dehors, l'espace public, l'école, ce n'est pas du tout aux mêmes endroits.
- Speaker #0
Ils ne se rejoignent pas forcément.
- Speaker #1
Et il a fallu que je vive, que je négocie avec ça en fait. Et l'art m'a permis de négocier et de le révéler et de le raconter. Et le fait de le raconter, du coup, quand je jouais les spectacles, je me rendais compte que je n'étais pas toute seule. Ah ouais, mais moi j'ai vécu la même chose à la maison. Dès qu'il y avait un garçon et une fille qui s'embrassaient, on éteignait la télévision. et tout, et puis t'es là, ou plein de choses comme ça. Et je me suis beaucoup inspirée d'une ethnologue qui s'appelle Noria Boukhobsa. Noria Boukhobsa qui a écrit un livre Les femmes entre l'Algérie, les femmes à l'ombre du jour. C'est l'histoire d'une famille entre l'Algérie et la France. C'est super intéressant. J'ai découvert des choses dans ce livre où j'ai compris des choses de ma culture d'origine, des choses que ma mère me disait sur les interdits, sur... « Change-toi quand tu arrives à la maison, mets ta robe. » Moi, je ne voulais pas. J'étais toujours en opposition. « Attache-toi les cheveux. » Ben non, qu'est-ce qu'ils ont mes cheveux ? Je ne veux pas les attacher. Enfin, ça va, moi, je n'ai pas envie de les attacher. « Cache-toi, on ne se promène pas. » Il y a des choses du corps qu'il fallait cacher. Et on ne te dit pas pourquoi. Et dans ce livre, j'ai compris plein de choses autour de cette question-là. Le sport, pourquoi on ne voulait pas trop qu'on fasse de sport. Je me suis rendu compte que ça tourne beaucoup autour du corps et de la sexualité au final. J'ai compris plein de choses sur les rituels. J'ai beaucoup travaillé. Ce livre m'a longtemps suivie sur plusieurs spectacles. Il y a eu « Les bonnes mains » où je raconte vraiment l'histoire de la violence aussi qu'on a pu subir à la maison ou de mes sœurs. Mais il n'a pas tourné. C'est un spectacle que j'ai créé, que je n'ai jamais joué. Parce qu'un autre est venu juste derrière, qui était un spectacle de textes, de témoignages de femmes sur leur corps, qui s'appelle « Mon corps est un champ de bataille » . J'ai fait un spectacle sur cette question du corps. corps et sur ce que les femmes s'infligent par rapport au diktat de la société et face au patriarcat et ce qu'on s'inflige, nous, les femmes, pour correspondre à quoi ? Voilà, aux normes de beauté, à tout. Donc, c'est un spectacle très engagé pour le coup, sur le plan du féminisme, avec des textes de Carla Rice, une féministe québécoise. Donc, c'est un spectacle où je me déshabille, je suis en sous-vêtements et... je me suis posé la question comment je vais le traiter ce texte en fait donc comme j'étais modèle au Beaux-Arts pour gagner de l'argent donc je me suis dit je vais me mettre du côté du modèle donc avec des postures un peu grotesques et en clown et en se déshabillant et avec des projections comme ça j'ai fait une performance à Rennes c'est la première fois et j'ai emmené une copine à moi je lui ai dit tu balanceras j'avais coupé mes cheveux je lui ai dit tu balanceras des cheveux sur le rétroprojecteur qui se projette sur l'écran et ça se passe projeté sur moi. Ça change tout le rapport au corps. Et puis, c'est à la fois esthétique et en même temps un peu monstrueux.
- Speaker #0
Et tu mélanges encore une fois les arts parce que tu joues et en même temps, il y a un côté très visuel, très photo presque. Ce que tu dis, jeter les cheveux sur le rétro.
- Speaker #1
C'est des tableaux, en fait. Je n'ai jamais fait un spectacle à part un seul qui est parti d'un autre bouquin. où il y avait un début, et comme ça, ça monte, et puis une fin. Moi, c'est des tableaux, c'est des histoires que je raconte, et c'est des moments, et mon corps est un champ de bataille, j'ai pioché des textes, et où je suis partie de textes, et il n'y a pas de textes, il y a simplement de la posture, et du visuel, et mon travail est très visuel, et ce n'est pas du conte, donc je pense que je n'ai pas forcément toujours, j'ai eu des difficultés dans la diffusion de mon travail, parce que Des fois, les gens me disent, mais vous faites quoi à Timamoukri ? C'est quoi votre travail ? Vous êtes comédienne ? Vous êtes clown ? Vous êtes peintre ? C'est quoi votre travail ?
- Speaker #0
Moi, je suis un peu tout ça. Parce qu'en France, on a tendance à...
- Speaker #1
On adore les cases.
- Speaker #0
Les cases, on case. Et non, moi, je suis...
- Speaker #1
Tu es tout ça.
- Speaker #0
Je suis tout ça à la fois. Et puis, il y a des moments, je suis plus ça à un moment donné. Et puis, dans mon travail, j'utilise un peu, je pioche dans tout ce qui fait...
- Speaker #1
Dans ce que tu vis aussi.
- Speaker #0
Ce que je vis. Et les petites histoires de Mokri parlent de ça, d'ailleurs. D'où je viens, avec mon père, ma mère. Et qu'est-ce qui fait que je fais ce métier aujourd'hui, en fait.
- Speaker #1
C'est des choses qu'on peut trouver sur Internet ? Il y a des extraits ? Oui,
- Speaker #0
il y a une page YouTube de la compagnie Ratimus. Je vais la partager peut-être, je la mettrai en commentaire. Et je viens de revoir, j'avais perdu le teaser des petites histoires de Mokri, d'ailleurs de mon premier spectacle. Et celle qui m'avait fait le teaser, elle l'a retrouvé, elle me l'a envoyé. Je viens de le remettre sur YouTube. Donc, il y a quasiment tous les spectacles de la compagnie. Et il y a aussi, ce que je voulais dire, ça a évolué. J'ai accueilli des artistes à la compagnie, des féministes avec des spectacles. Et puis en 2018, moi j'habitais dans un quartier à Lille, le quartier de Lille-Five, très populaire, très maghrébin aussi. Les mecs dans la rue en toute impunité, les salons de thé, les terrasses, machin, tout ça. Et je trouvais que les femmes, elles existaient peu dans ce quartier. Donc je discutais ce que j'habitais à côté d'une école et je leur demandais, je dis mais tu ne me vois jamais circuler dans le quartier vraiment. Elle me dit, mais on n'est pas à l'aise. Donc, je dis, qu'est-ce que je fais ? Soit je reste dans mon quartier, soit je m'en vais. Ou si je reste, il faut que je fasse quelque chose. Donc, j'ai monté un projet, un lieu d'accueil d'expression artistique et sociale pour les femmes dans mon quartier.
- Speaker #1
Qui existe encore ?
- Speaker #0
Qui s'appelait Chez Joueur. Donc, Joueur, c'était le prénom de ma mère. Voilà. Ça veut dire perle. Du coup, je l'ai ouvert en 2018. Donc, j'ai observé un peu le tissu social du quartier pour ne pas faire... vraiment la même chose. J'ai eu du soutien de la ville et tout ça, mais ça a duré trois ans. Il y a eu beaucoup de femmes qui se sont venues. Il y a une femme qui est venue tout de suite, qui venait se cacher là, en fait. Et je lui ai laissé les clés, parce que moi, j'allais travailler aussi mes spectacles. Je lui ai dit, voilà, moi, je ne suis pas là pendant 15 jours. Je venais d'ouvrir, mais je partais en résidence. Je lui ai laissé les clés, je lui ai dit, tu ouvres, tu gères le lieu. Elle est restée un an, et après, elle a dû fuir parce que sa famille avait découvert qu'elle était là.
- Speaker #1
C'est un endroit qui a changé la vie de beaucoup de femmes. et puis j'ai vu des témoignages c'est fou l'impact que ça a eu sur la vie de femmes et le sens que ça leur a donné aussi d'avoir un espace on parle depuis tout à l'heure de prendre sa place et d'avoir un espace pour soi en tant que femme sans compromettre ce truc de l'intérieur et de l'extérieur et là c'était vraiment ça c'était un espace à nous c'était pas interdit aux hommes,
- Speaker #0
il y avait même des hommes qui ont participé à des atouts d'écriture mais s'il y avait une femme qui n'était pas d'accord c'était non Il fallait qu'on soit tout ok avec l'accueil de... Une qui ne voulait pas. Et en fait, il y a beaucoup d'artistes qui sont passés. Il y a même des profs sociaux qui ont fait leur cours ici. Donc, les femmes bénévoles en ont profité. Il y a la chanteuse Safo qui était marraine du lieu. Corinne Maziero aussi était marraine du lieu. Et Safo, elle est venue deux fois. Elle a dormi à la maison. J'ai fait un couscous quand elle est venue.
- Speaker #1
C'est génial.
- Speaker #0
Je ne suis pas tellement maghrébine, mais je sais faire le couscous.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais dire. Pour quelqu'un qui ne maîtrise pas bien...
- Speaker #0
Je l'ai fait une bonne dizaine de fois avant de le tester.
- Speaker #1
Rathibas, on parlait de Rathibus et de la compagnie de théâtre. Moi, j'aimerais revenir sur ton dernier spectacle, Les mains de ma mère, avec des textes que tu as écrits à son chevet. en soins palliatifs. Et ta fille a composé la musique et elle joue en live pendant le spectacle. C'est fou. C'est juste là, en expliquant la scène, ta maman en soins palliatifs, toi qui écris, ta fille qui compose, cette rencontre de trois générations dans un moment dur. Comment tu as eu cette idée ? Comment tu l'as vécue ? Est-ce que c'était un prêt d'œil ? Est-ce que c'était une transmission ? J'ai plein de choses qui me viennent et de questionnements, j'aimerais que tu nous en dises plus.
- Speaker #0
Moi, j'ai toujours une forme de création au moment des deuils. Il faut que j'agisse. Quand ma belle-sœur est décédée, j'ai fait une sculpture. Alors, on était sous un palliatif. En plus, ma mère, juste pour en apporter, quand mon père est décédé, elle a vécu chez une de mes sœurs qui était la troisième et son mari qui sont devenus fondamentalistes. Donc, elle vivait chez eux. Et quand elle a su que je vivais avec une femme, j'étais interdite.
- Speaker #1
Donc ils ont su que tu vivais, parce qu'on était restés sur ça.
- Speaker #0
En fait, j'ai une nièce, la dernière fille de ma soeur aînée qui est lesbienne et qui a dit à sa mère à 18 ans, je suis lesbienne et je te présente ma copine. Elle lui a dit, ça ne se fait pas chez nous. Puis elle a accueilli Julie et c'est elle qui pleurait à la fin quand Julie est partie. Voilà, il y avait une autre personne. donc je pense que Et quand au début que j'étais avec ma compagne, il y avait un anniversaire d'une de mes nièces, et donc on est allé ensemble. J'ai présenté, tout le monde savait, tout le monde a su, mais j'étais interdite de séjour chez ma soeur, et donc je n'ai pas vu ma mère pendant deux ans. Donc après elle était en maison de retraite, donc j'ai pu la voir. Et donc quand elle était aux soins palliatifs, j'étais à son chevet, j'arrivais à me recueillir auprès d'elle, elle était encore vivante. Et elle avait ses mains comme ça. Il lui avait mis une bande de gaz pour ne pas que ses mains soient trop crispées. Et j'ai toujours trouvé que ma mère, elle avait des mains magnifiques. Et comme j'avais déjà fait un spectacle où je parlais de moi à travers mes mains, donc je suis partie de ses mains et je commençais à écrire à côté d'elle. Et puis, j'avais mis un papier si vous avez des souvenirs à me raconter ou à m'écrire, si j'en fais quelque chose d'artistique. Voilà, j'avais laissé un mot pour tout le monde.
- Speaker #1
Tout le monde, tes frères et sœurs ? Voilà,
- Speaker #0
toute la famille. Mais personne n'a... à réagir. Je suis un peu un... Pour certaines personnes de la famille, je suis un peu un extraterrestre. Mais ils ne comprenaient pas toujours. Mais ce n'est pas grave.
- Speaker #1
C'est bien parfois.
- Speaker #0
Il vaut mieux, des fois. Et donc, du coup, j'ai écrit plein de choses, sur des choses que soit qu'elles me racontaient ou que moi, j'ai imaginées. Et donc, une écriture un peu poétique aussi. Donc, je suis partie de ses mains, en fait.
- Speaker #1
Parce que là, elle ne parlait plus.
- Speaker #0
Non, elle était quasi dans le coma. Elle avait fait une hémorragie cérébrale, donc elle était quasi dans le coma. Donc voilà, aujourd'hui, elles ont 88 ans. Elles ont œuvré dans des domaines très différents. Je parle de ses mains en tant que philosophe. Et donc, je parle de son enfance un peu. D'autant plus que j'ai vu le village où elle est née. Et donc, j'ai écrit à côté d'elle comme ça. Et moi, après, il fallait que je remonte à Lille parce que je travaillais. Et je lui ai dit, Yema, j'ai écrit. J'ai écrit un peu ton histoire. Pas tout, parce que je ne connais pas tout, mais je vais te la lire et je vais partir. Je ne sais pas si je vais te revoir en vie, mais voilà, j'ai envie de partager ça avec toi. Et donc, je lui ai lu et je l'ai embrassé après. J'ai senti un truc. Je pense qu'elle avait entendu tout ce que... Parce que mon premier spectacle, elle n'a jamais pu le voir. Et donc, je suis partie et je suis revenue. au moment où son cœur s'est arrêté de battre. Ces textes-là, un jour, j'ai fait une lecture accompagnée d'une violoncelliste un dimanche à la campagne. Je me dis, tiens, je vais le tester comme ça. Je trouvais ça beau. J'appelais ça les mains de ma mère. Elle avait des citrons, elle faisait des soins avec des citrons. Donc, j'ai fait plusieurs lectures accompagnées avec cette violoncelliste et puis après avec un autre violoncelliste. Et après, pour aller un peu plus vite, parce qu'après, on va parler plutôt d'Avec ma fille. Je l'ai montée avec une copine musicienne avec qui ça s'est mal fini. J'ai appris aussi depuis... Juste en aparté, j'ai fait un burn-out avec Shade Joueur en 2021. Je l'ai blacklistée. J'ai dit, c'est trop bête, j'ai envie que ça continue ce texte. Je lui ai dit, mais si je demande à ma fille, elle est musicienne. Donc, j'ai écrit à Yuna. Je lui ai dit, est-ce que tu voudrais composer la musique et qu'on fasse un spectacle ensemble ? Et elle m'a répondu assez vite, oui. Et puis elle m'a dit, ça fait longtemps que je me demande si je veux faire quelque chose d'artistique avec ma mère. Elle se posait la question. Donc voilà, on a commencé à travailler sans pression. C'était la première fois qu'elle faisait ça. Donc voilà, on a créé ce spectacle qui est hyper touchant. Elle a fait une musique qui lui ressemble, avec des sonorités électroniques, pas forcément de l'illustration de la musique. pas forcément des couleurs trop maghrébines. Elle a vraiment fait un mélange qui lui ressemble, qui ressemble avec sa double culture à elle, parce qu'elle est d'un père normand. Et on est tous de double... On a tous le là et le là-bas.
- Speaker #1
C'est un beau cadeau, ce spectacle.
- Speaker #0
Ah, mais c'est incroyable. C'est très touchant. On se regarde à la fin. À la fin, quand on a travaillé, elle me dit « Maman, je vais te faire une surprise, parce que je vais envoyer des vidéos. » quand elle faisait une école de cinéma documentaire et elle devait faire un autoportrait. Je lui avais envoyé plein de photos de l'enfant et des vidéos que j'avais filmées ma mère. Elle a tiré le son de la vidéo. Non, je n'ai pas spoilé. J'ai l'impression de spoiler le spectacle, mais ouais. Donc, il y a un mélange avec des choses réelles. Il y a quelque chose que j'ai entendu, c'est voilà, on s'est regardé et à chaque fois, on a les yeux qui pleurent. Maintenant, moi, j'arrive à mieux gérer mes yeux à chaque fois. Donc, elle s'appelle Nico Mokri. Son état civil, c'est Yuna de Villars et son nom d'artiste, c'est Nico Mokri. C'est incroyable. ce qu'on vit à chaque fois qu'on joue et on espère faire un grand chemin avec ce spectacle.
- Speaker #1
Je vous le souhaite. C'est quand la prochaine date ?
- Speaker #0
La prochaine date, c'est le 26 septembre à 16h à la médiathèque de Roubaix. Et le lendemain, on joue chez des amis, chez l'habitant, à côté de l'île.
- Speaker #1
Et on fait un appel à toutes les personnes du milieu culturel qui aimeraient peut-être ramener ce projet ailleurs, dans d'autres villes, dans d'autres espaces.
- Speaker #0
On a joué à... à Confolant, dans la petite ville aussi où j'habite, en Charente. Et on a retravaillé ce spectacle avec ma première metteuse en scène. Donc il y a une roue qui a fait ça.
- Speaker #1
On parlait de ta maman. Il y a une chose qui m'a touchée en préparant cette interview, c'est l'enterrement de ta maman.
- Speaker #0
Ah ouais ! Oh là là ! Ce que j'ai fait, c'est incroyable !
- Speaker #1
Donc ta maman est décédée, tu en parlais. Elle a été enterrée en Kabylie. Et dans la religion musulmane, les femmes ne vont pas... au cimetière et tu as décidé d'y aller.
- Speaker #0
Ben oui, parce que j'ai su et je n'ai pas pu aller à l'enterrement de mon père parce que j'étais enceinte de ma fille et j'ai su après au retour que ma mère n'avait pas pu assister. Déjà, à la mise en bière, on a voulu nous faire sortir au moment de la prière, au moment de la mise en bière et mes frères, ils m'ont dit lui, on ne le connaît pas, on ne le connaît pas parce que c'était mes beaux frères qui prenaient le truc comme ça, quoi. Et mes soeurs, j'ai su que c'était comme ça, que ça se passait là-bas. Et quand on a préparé le... avant que ma mère décède, moi j'ai dit à mes frères et sœurs, j'y vais, j'irai jusqu'au bout. J'irai enterrer ma mère. Et peu importe ce qui se passe, j'irai jusqu'au bout, jusqu'à l'endroit. C'est important pour moi d'aller jusqu'au bout. Donc du coup, on a amené ma mère. C'est très drôle de vivre ça, d'avoir ta mère sous la soute dans son cercueil et toi, t'es au-dessus. Mais en même temps, c'était assez joyeux parce qu'il y avait une partie des frères et sœurs avec qui on... On se rappelait des souvenirs, tout ça. C'est aussi des moments où on se rappelle des choses. Et on est arrivés dans le village en Kabylie. Il faisait presque nuit. Toute la famille a pu voir ma mère, parce qu'on avait mis un hublot. Et à un moment donné, ma nièce me dit, « Mais tata, va voir, regarde, ils vont enterrer mémé. » Je lui dis, « Mais comment ça se fait ? Il est 9h du soir. Ou alors, pourquoi ils vont l'enterrer ? Il fait nuit. » Donc, du coup, j'y suis allée. C'était la famille qui mettait le cercueil dans la camionnette. Et donc, moi, j'y vais. Et puis, il y a un grand barbu avec sa toque, sa grande robe. Il dit « Ah non, non, les femmes ne viennent pas. Non, non, n'insiste pas. » Je lui dis « Si, si, moi, c'est convenu avec mes frères et sœurs que je vais enterrer ma mère. » Il dit « Ah non, non, ce n'est pas possible. » Je lui dis « Écoutez, moi, je ne vous connais pas. » On ne m'a pas présenté. Je ne sais pas qui vous êtes. Mais la femme qui est là, je sais qui c'était. Je sais qui elle est. C'est ma mère. Donc, si vous n'êtes pas d'accord parce que je ne vienne pas, si je ne venais pas, moi, on enlève le cercueil. Moi, je ramène ma mère en France parce que c'est l'unité égale aussi d'être enterrée en France. Et là, ça fait... Ma soeur est née qui dit... Oui, vas-y, laisse-la, Un de mes cousins a dit... Laisse-la, laisse-la, laisse-la. Je commence à faire scandale et tout. Donc, on m'a laissée. Donc, j'ai dit à une autre soeur... Allez, viens, monte. J'ai dit à mon frère, monte. On ne savait pas où on allait, en fait. On a fait 200 mètres, en fait, mais il faisait nuit.
- Speaker #1
C'est bizarre d'enterrer la nuit.
- Speaker #0
Oui, j'ai rien compris, en fait. Alors, est-ce que c'est parce que le trou était déjà fait qu'il fallait enterrer vite ? Je ne sais pas. On m'a vaguement parlé d'animaux qui peuvent... Je n'en sais rien.
- Speaker #1
Je pense que ça se fait avec les horaires de prière.
- Speaker #0
Oui, c'est possible. Alors, ils m'ont dit, par contre, pour la prière, c'est que les hommes. J'ai dit, il n'y a pas de problème. Faites votre... prière. Moi, tout va bien. Faites-la, la prière. Moi, je vous attends à côté de la tombe. J'avais Cosette dans mon sac et c'était le Cosette de novembre 2016 et c'était en page de couverture. Alors, les mecs, c'est quand que vous mettez au féminisme ou un truc comme ça, quoi. J'ai jamais écrit à Cosette pour leur raconter cette histoire. Voilà, donc j'ai un peu... Pour moi, j'ai un peu... Parce qu'après, il y a des femmes qui m'ont demandé pourquoi je suis allée. Puis j'avais pris un peu de terre. que j'avais mis dans un sac pour l'emmener un peu avec moi. Voilà, c'est dur, quoi. Et puis, on ne te parle que de prière. Moi, je ne connais pas toute ma famille en Algérie, parce qu'on n'y allait pas. Donc, il y a des gens que je connais ou qui m'ont entendu parler de moi, où j'y avais été en 2006 aussi avec mes enfants. Donc ils m'ont rencontré un peu. Mais la religion a pris le dessus. Et la première chose qu'on me demandait souvent, c'est si je faisais la prière. Le lendemain, on est allé en pèlerinage dans le village où habitait ma mère, où est née. Et je vois une cousine à moi. Je dis « Ah Samia ! » D'abord, je la vois toute voilée. Il y a plein de gens comme ça dans ma famille que du jour au lendemain, j'ai vu voilées. Dans mes sœurs aussi. Et elle me dit, ça va, ça va. Puis on marche. Et puis elle me dit, dis-donc, Ratiba, est-ce que tu fais la prière ? Et là, j'explose, j'explose. Je lui dis, ça va, ça suffit. Ça fait je ne sais pas combien de personnes qui me demandent ça. Moi, j'aimerais bien, tu me demandes si ça va. Je viens de perdre ma mère. Tu me demandes si je suis allée casser les houles. Demande-moi ce que je fais, ce que je deviens. Tu m'as connue, j'étais petite. On s'est déjà vues plusieurs fois, mais j'étais enfante. Qu'est-ce que je fais ? Moi, je ne t'ai pas demandé si tu ne pries pas. Je lui ai dit, je ne t'ai pas demandé si tu ne pries pas. Donc, arrêtez de me demander ça.
- Speaker #1
Quelle est ta définition de la réussite ? Toi, te dire, j'ai réussi ma vie, ce serait quoi ?
- Speaker #0
La réussite de sa vie, c'est avoir réussi à garder sa liberté de penser, s'épanouir dans le choix, la décision de choix de sa vie, et l'indépendance. que j'ai gagné en décidant de mener ma vie, comme je l'ai entendu, avec toute sincérité et humanité. Pour moi, la sincérité et l'humanisme, ce sont vraiment des fils conducteurs, des fils rouges un peu de ma vie.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a eu des moments où tu as douté, où tu t'es dit, je ferai une autre vie pour faire plaisir, pour rentrer dans des cases, on parlait de cases, pour faire plaisir à ma mère, pour l'épargner ?
- Speaker #0
Non, parce qu'en même temps, je n'aurais jamais caché ma vie d'artiste. artistes, ils ont jamais vu les spectacles, mais j'ai pas douté de mon travail, mais je me suis dit qu'est-ce que je pourrais faire d'autre à un moment donné où j'ai galéré sur le plan d'intermittence du spectacle. Donc je pouvais être enseignante avec mon diplôme des Beaux-Arts et j'ai postulé, mais j'ai eu aucune réponse positive. Et puis après, je me suis dit, c'est quoi qui te fait vibrer ? C'est quoi ? Il est où ton endroit où vraiment tu existes et tu t'excuses pas d'être là ? Parce qu'il y a cette question-là aussi. Nous, dans les femmes maghrébines, artistes, même toutes les femmes en général, déjà, on s'excuse d'être là. Quand tu es une femme racisée, tu t'excuses. Et on n'arrête pas de s'excuser, de trouver notre légitimité à exister en tant que femme, en tant qu'artiste, en tant qu'écrivaine, en tant que politicienne, enfin, plein de choses. Il faut qu'on arrête de s'excuser. Parce qu'on existe. La réussite, c'est d'arrêter de s'excuser. Et d'être sincère dans ses désirs et ses choix de vie.
- Speaker #1
Tu as toujours voulu avoir des enfants ? C'est quelque chose qui a toujours été une évidence ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. Mais en tout cas, quand j'ai croisé Marc, je pense que c'est peut-être animal. Je n'en sais rien. Quand je l'ai croisé, je suis rentrée dans mon appart. Il y avait la copine avec qui j'étais à l'époque, où c'était compliqué. C'était ma première nana. J'en ai bavé avec elle parce que... Elle a fait de moi ce qu'elle a voulu. Mais quand je l'ai rencontrée, je suis rentrée à l'appart et je lui ai dit que j'ai rencontré le mec avec qui je vais faire des gosses, avec qui je vais faire des enfants.
- Speaker #1
C'est fou.
- Speaker #0
Je ne sais pas à quel endroit ça se situe. Je me dis que c'est un truc peut-être animal, parce que c'est sûr que dans tous les modèles que j'avais de mes sœurs qui ont fait cette... trois, quatre, cinq ou deux entre l'autre qui se faisait taper l'autre qui s'est fait qui a dû lâcher ses enfants que son mari l'a amené en Algérie enfin bref j'avais pas forcément des références sur le fait qu'est-ce que c'est d'être maman mais ma mère elle m'a appris quand même à être maman je pense.
- Speaker #1
Et du coup tu t'es mariée avec Marc ?
- Speaker #0
Non on s'est pas mariés là et le jour On va nous rendre en mariage. Il s'est barré six mois après. Ben non, il y avait des fois où on voulait se marier, mais c'était toujours très compliqué. Comment on fait ? Est-ce qu'on fait un mariage très intimiste ? Ou si j'invite toute la famille ? Et qui est invité pour ne pas faire de pilule ? Il avait une petite famille. Et mes parents n'avaient jamais vraiment rencontré sa mère parce que son père était décédé. Moi, je ne l'ai jamais connue. Et d'ailleurs, pour l'anecdote, la mère de Marc... n'a jamais rencontré mon père parce que ça ne s'est jamais fait. Je ne sais pas pourquoi. Je peux avoir des explications. Et un jour, ma mère était... J'avais fait venir ma maman à la maison, quand Yuna est née, en fait. Et donc, du coup, Marc a invité sa mère. Et ma mère était assise dans le canapé, comme elle ne l'avait jamais vue. Et donc, il y a une femme qui arrive comme ça, puis elle lui dit, « Bonjour. » « Bah oui, il y a la maman de Marc qui va arriver. » Elle lui dit, « C'est moi, la maman. »
- Speaker #1
Et ça, ce n'était pas un sujet, d'avoir eu des enfants sans être mariée pour tes parents ?
- Speaker #0
Non. parce que je n'étais pas la seule. En fait, c'est un des frangins, le deuxième garçon qui a ouvert la porte du mariage mixte. Ça a été plus ou moins facile. Après, il y a l'autre frangin aussi. J'ai des sœurs aussi. Sur la dizaine, il y en a quatre qui sont mariées avec des Algériens ou Algériennes. Il y en a six qui ont plutôt... écouter... Non, je rigole. Vous décidez que... Enfin, en tout cas, rencontrer des histoires.
- Speaker #1
Fatima, j'ai créé le podcast à la base pour ma fille, parce que je me disais que plus tard, j'aimerais qu'elle écoute des histoires de femmes différentes, inspirantes, qu'elle pioche ce qu'elle a à piocher et qu'elle sorte la morale ou la chose qui correspondrait à ce moment-là. Qu'est-ce que tu dirais à ma fille et par extension à toutes les filles plus ou moins jeunes qui nous écoutent ? s'il y avait quelque chose que tu aimerais leur dire ou leur conseiller ?
- Speaker #0
Il y a un film qui m'a vraiment marquée. Je dirais, je n'ai pas fait d'enfant pour qu'il m'appartienne. Donc je dirais, va, vis et deviens. Parce qu'avec toutes les embûches qu'on peut vivre, mais va, vis et deviens et reste toi-même. Trouve ta voie et la quitte pas.
- Speaker #1
Si tu pouvais parler à la petite Ratiba, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #0
Ça a été compliqué pour toi ? Mais tu t'en es sortie pas si mal que ça. T'as dépassé tes sorties de tes gonds pour pouvoir te réaliser, t'épanouir avec tout ce que ça implique dans les choix, les décisions et l'énergie que ça demande de faire tout ce que j'ai fait. Et je lui dirais, t'as eu raison de te battre quand t'étais petite. Parce que c'est important d'être soi et si tu dois cogner pour exister, tu peux. cogne et puis après, voilà, ça se calme. Ça se transforme.
- Speaker #1
On va passer à la dernière partie de l'interview. C'est des petites questions et tu réponds au tac au tac si tu es d'accord. Un mot pour décrire ton art ?
- Speaker #0
L'universalité.
- Speaker #1
Ta plus grande fierté ?
- Speaker #0
D'être restée moi-même.
- Speaker #1
La valeur la plus importante ?
- Speaker #0
Le partage et l'humanisme.
- Speaker #1
Le plus grand malentendu sur toi ?
- Speaker #0
Ça, c'est une drôle de question. C'est une belle question. Le malentendu sur moi.
- Speaker #1
C'est-à-dire ce que les autres peuvent percevoir potentiellement et qui est faux.
- Speaker #0
Une femme super forte et puissante. Et pas forcément.
- Speaker #1
Une femme de culture arabe, boit mazire, que tu me recommanderais d'inviter ou dont tu aimerais écouter le parcours sur le podcast.
- Speaker #0
Il y a deux femmes, il y en a plusieurs bien sûr, mais il y a deux femmes que je trouve super intéressantes que j'ai rencontrées. C'est une sociologue qui a fait tout un travail autour des lesbiennes, des maghrébines lesbiennes. Donc elle a écrit un livre qui s'appelle « Les lesbiennes de l'immigration » , dont j'ai été interviewée, c'est pour ça que je… Mais en tant que personne… Comment elle s'appelle ? Alors elle s'appelle Salima Amari. Je pense qu'elle est encore sur Paris. Je n'ai malheureusement pas réussi à la faire venir dans mon lieu. C'était vers la fin, avant que je fasse mon burn-out. Et puis, une autre artiste comédienne très engagée aussi, qui s'appelle Karima Elkaraz. Ce que je voulais dire aussi à toutes les petites filles, c'est d'essayer d'être au maximum, ne pas être à côté de soi.
- Speaker #1
C'est quoi être à côté de soi ?
- Speaker #0
C'est être dans ce que les autres veulent, dans ce que je fais, ce que les autres ont envie que je fasse. C'est de faire plus de compromis, même dans son histoire d'amour, d'être soi, vraiment. Mais après, c'est quoi ? C'est une question de la philosophie. L'histoire d'une vie.
- Speaker #1
Et une chanson pour clore l'épisode.
- Speaker #0
Ah, la chanson. Paris, New York, New York, Paris, dis-je là.
- Speaker #2
Merci infiniment,
- Speaker #1
Ratiba.
- Speaker #0
Ben, merci, Ausha.
- Speaker #1
C'était un vrai plaisir.
- Speaker #0
Ben, pour moi aussi, pareillement.
- Speaker #1
Et on l'a fait. Ça a pris un an, on l'a fait. Ouais, bravo. Merci. Merci d'avoir écouté cet épisode de Réa jusqu'au bout. Si tu as apprécié cette conversation ou qu'elle t'a touché, tu peux t'abonner au podcast et laisser une note ou un petit commentaire. Avec ces petites actions, tu aides à faire porter la voix de ces femmes encore plus loin. Tu peux aussi partager cet épisode avec quelqu'un qui aurait peut-être besoin d'entendre cette histoire. Et si tu veux continuer la conversation, retrouve-moi sur mes réseaux ou dans la newsletter de Réa Stories. Nos histoires comptent, merci de les écouter. A très bientôt dans Heya.