- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, ici Pochra Pourti et bienvenue sur Heya. En arabe, Heya signifie « elle » . C'est parce que ce mot n'est pas suffisamment utilisé pour parler de réussite et d'ambition féminine que j'ai décidé de lancer ce podcast. Les inégalités et la sous-représentation liées au genre sont malheureusement une réalité et une approche intersectionnelle ne fait qu'amplifier ces phénomènes. chaque épisode. est une conversation où j'invite une femme de culture arabe à venir partager son histoire et évoquer sa réussite. Mes invités ont toutes des backgrounds et trajectoires différentes. Elles sont journalistes, entrepreneurs, écrivaines, artistes ou encore médecins et vous serez, je l'espère, inspirés par leur réussite. L'objectif de ce podcast est de tout d'abord promouvoir une image différente de la femme arabe en mettant en lumière ses parcours exceptionnels, mais aussi aider les plus jeunes ou celles en quête de renouveau à trouver des rôles modèles et ambitionner leur avenir. Ma conviction ultime est que la seule manière d'y croire, c'est de le voir, ou en l'occurrence l'entendre. Si ce podcast vous plaît, je vous invite à prendre quelques minutes pour le noter 5 étoiles sur iTunes ou Apple Podcasts. C'est la meilleure manière de le soutenir. Sans plus attendre, je vous laisse découvrir notre invité du jour. Cette semaine, j'ai le plaisir de partager ma conversation avec Safia Azedine. Romancière, réalisatrice et scénariste. Safia est l'auteur, entre autres, des remarquées confidences à Allah, La Mecque Pouquette, Bill Kiss et Mon Père en doutent encore. Elle a réalisé Mon Père est une femme de ménage avec François Cluzet en tête d'affiche. Sept ans plus tard, elle co-réalise la comédie Demi-sœur dont l'une des actrices principales est Sabrina Wazani. J'ai découvert Safia en 2008, lors de la sortie de son premier roman sur le plateau de Laurent Ruquier. Je me rappelle encore mon étonnement de voir une femme d'origine maghrébine parler de littérature sur une chaîne publique lors d'une heure de grande écoute. C'est probablement l'une de mes premières prises de conscience de la sous-représentation de cette partie de la population. Dans cet épisode, Safia évoque les événements marquants de son enfance heureuse, neuf années passées au Maroc avant son arrivée en France. Elle nous raconte l'éducation stricte mais juste et pleine d'amour qu'elle a reçu. Elle retrace avec beaucoup d'émotion ce qui la pousse à écrire et comment l'idée de son premier roman Confidence à Allah, c'est imposé à elle. Nous avons également parlé du rôle de porte-parole de femmes musulmanes opprimées que les médias ont voulu lui donner et de sa décision de rester alignée à ses valeurs en refusant cette exposition médiatique et la notoriété qui va avec. Nous avons aussi parlé de la surprotection faite aujourd'hui aux enfants, mais également ce qu'elle souhaiterait transmettre de sa culture aux siens. Sans plus attendre, je laisse place à la heya du jour, Safia Azedine. Bonjour Safia.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Je suis très contente de te recevoir. Moi, j'ai un souvenir particulier de toi parce que tu es l'une des premières personnes qui m'a fait prendre conscience qu'il n'y avait pas assez de rôles modèles de culture arabe, de culture nord-africaine. Et je t'avais vue à la télé. On est de la même génération, je ne peux pas du tout te rendre plus âgée que moi. Je t'avais vue à la télé chez Ruky. Et en te regardant parler, j'avais trouvé ta manière de parler géniale. Et je me suis dit, mais pourquoi c'est la seule qu'on voit à la télé ? parler de littérature donc je pense qu'il y avait probablement une petite graine qui a germé entre autres pour le podcast et pour la femme que je suis devenue Merci infiniment il n'y a aucun problème le temps passe,
- Speaker #1
donc c'était il y a peut-être longtemps et tant mieux si ça a fait naître un début, je ne sais pas moi je ne dirais pas que le podcast est venu de là mais en tout cas c'est peut-être indirectement une petite graine tant mieux, j'adore être une petite graine super
- Speaker #0
Safia, la tradition sur le podcast, c'est j'aime bien débuter par les débuts. Donc si ça ne t'embête pas, est-ce que tu pourrais nous présenter un peu tes origines, dans quel environnement tu as grandi, quel genre d'éducation ?
- Speaker #1
Je suis donc née à Agadir, d'un papa marocain, d'une maman franco-marocaine. Et j'ai, comme souvenir, une enfance très heureuse, avec beaucoup de joie, beaucoup de bonheur et pourtant une éducation assez stricte, beaucoup d'amour. Je pense que ça fait toute la différence. Après, on peut être très strict, pas strict du tout, mais enfin, quand il y a la base. Et moi, j'avais la base des deux côtés. Un milieu plutôt éclairé, avec un papa qui s'est construit tout seul, qui est allé à l'école quand il en avait envie, mais en tout cas, qui a appris à vivre dehors. Et donc, beaucoup de livres que je ne lisais pas, mais que je voyais mon père lire beaucoup. Et ça, je dois dire que c'est quelque chose qui m'est resté, même si je n'ai pas lu tout de suite, moi j'ai lu plutôt tard, où j'avais un rapport au livre plutôt... enfin ça ne me faisait pas peur. Et je me disais que si lui s'était construit et qu'il était devenu l'homme qu'il est comme ça, c'est qu'il devait y avoir quelque chose de bien dans les bouquins. Mais ça ne m'est pas venu, c'était un peu chiant. Pareil, j'étais une vraie petite fille. J'ai été petite fille très longtemps, jusqu'à 13-14 ans. Je jouais encore au Barbie. Parce qu'on n'avait pas le droit de faire autre chose. Donc à un moment donné, on n'avait pas le droit de sortir avec les copains, les copines, les anniversaires. C'était vraiment au compte-gouttes. C'était strict, mais avec... Toujours une envie de rentrer à la maison, donc ça veut bien dire qu'il y avait le principal à la maison. Un père et une mère, je parle souvent de mon papa, mais vous savez les mamans elles ont moins besoin de reconnaissance. Elles font le job et elles ont moins besoin de l'oreiller. Mon papa c'est un homme arabe qui aime bien la reconnaissance, qui aime bien qu'on lui dise ça c'est grâce à toi, etc. Et donc quand je dis mon papa c'est vraiment les deux parce que c'est un couple, ils sont encore ensemble aujourd'hui, ils s'aiment autant qu'ils se disputent. Et ça ne dure jamais, mais c'est vraiment les couples à l'ancienne qui se sont mariés par amour. Et c'est ma mère qui a allé le pêcher. Elle l'a vu, il raccompagnait une de ses sœurs infirmières à la maison, elle l'a vu par la fenêtre. Et c'est vraiment comme dans un conte de fées, elle s'est dit, ce sera lui. Lui, évidemment, il faisait un peu son malin, ça, ce n'est pas nouveau. Voilà, et il s'est fait un petit peu désirer. Et puis après, ils se sont entendus, enfin, ils se sont... Elle est allée vers lui, c'est elle qui... Alors, il déteste le dire. Par fierté mal placée, il en a toujours un petit peu, évidemment. Et puis, en général, il finit par éclater de rire parce qu'il sait que c'est vrai. Mais elle l'a dragué parce qu'elle a eu un coup de foudre. Et je pense que lui, pareil, sauf que c'est des mots, vous savez, il n'est pas du tout avare de mots d'amour pour ses enfants et même pour sa femme. Mais voilà, je t'aime, t'es mon amour, tout ça, c'est des conneries, tout ça, on connaît. Mais pourtant, c'est un homme très romantique et très aimant. Donc voilà, vraiment une... très belle enfance, moi avec que des bons souvenirs du Maroc, un amour fou pour le Maroc, pour les gens, parce que ça ne veut tout et rien dire le Maroc. Un amour fou pour mes voisins, pour l'épicier d'en bas, le contact pour les familles qui n'en finissent pas d'être de la famille et telle personne. Oui, c'est un cousin, et lui, oui, c'est aussi un cousin. Tout le monde est cousin et on se retrouve à 30 à table et... Et ça, voilà, ça, c'est ce qui m'a le plus manqué quand j'ai quitté le Maroc. C'est que d'un coup, la famille, c'était cinq personnes et ça me va très bien. Mais il y avait moins la facilité, les voisins, comme dit Gad Elmaleh, l'immeuble qui bouge parce qu'on demande le sel, le poivre en bas, etc. Mais très heureuse aussi en France, parce que je vous dis, moi, le socle, la maison, c'était vraiment beaucoup de joie, beaucoup d'amour. Et à l'adolescence, assez stricte, en tout cas par rapport à... à mes copines à l'extérieur. Mais, comme je dis dans mon livre, strict, mais avec beaucoup d'explications, c'est-à-dire aucune interdiction sans une explication derrière. Et surtout, un père qui avait une foi en ses enfants, et particulièrement en ses filles, parce qu'il estimait que pour le garçon, ce serait peut-être plus facile, une foi qui me faisait l'aimer et qui me faisait me dire que s'il fait ça, c'est pas bêtement pour m'interdire d'aller dans une boum, etc., même si sur le moment, j'étais là, mais putain... « Chier quoi, pourquoi pas moi ? » Et je me disais, il y a quelque chose derrière. Et c'est toujours ce qu'il me dit. Il me dit, voilà, rien n'est acquis, c'était à toi d'aller chercher cette liberté. Et puis surtout de me prouver que tu la méritais.
- Speaker #0
J'ai fait le job et après j'ai...
- Speaker #1
Voilà, donc vraiment beaucoup de bonheur, beaucoup d'amour. Au niveau de la religion, c'était pareil, c'était plutôt festif. On n'était pas dans la contrainte, on n'était pas des religieux. Mais ça faisait partie de ma culture, ça fait toujours partie de ma culture. Après, moi, je déteste parler de religion parce que c'est vraiment privé. Et puis, chacun vit encore plus dans l'islam qui n'a pas de clergé. Donc, on vit vraiment sa relation à Dieu ou pas d'ailleurs, comme on l'entend, comme on le ressent plus. Voilà, les principes, je m'en fous un peu d'une manière générale. C'est vraiment quelque chose de l'ordre de la sensation. Et puis, ça, ça ne se partage pas parce que je trouve qu'il n'y a pas de mots. pour vraiment expliquer ça. Et puis je trouve que ça perd aussi de sa beauté dès qu'on met des mots dessus. Un peu comme l'amour, quand on le dit trop. Je trouve que c'est des choses qu'on ressent et qu'on peut difficilement exprimer. Mais en tout cas, une religion sans contraintes, avec beaucoup de fourrir, avec beaucoup de joie pendant les fêtes de Ramadan, avec beaucoup d'amour, avec un Dieu qui ne nous sanctionne pas, mais au contraire qui... qui nous aime, qui nous dit tout est possible, vous êtes capable, etc. On était vraiment dans le merci Allah plutôt que dans le pardon Allah.
- Speaker #0
Et comment la Safia, enfant, imaginait sa vie d'adulte ? Est-ce que tu pensais déjà à un métier ? Tu disais que l'écriture et la lecture est venue tard.
- Speaker #1
Non, pas du tout. Alors l'écriture est venue très tard. Et puis alors Safia, elle se voyait... Elle se voyait, elle se posait la question de, est-ce que tout ce à quoi je n'ai pas accès petite, est-ce que j'y aurais accès ? Même si mon père et même si mes parents m'encouragent en me disant que tout ce que je veux, je peux l'avoir si je travaille. Ça me paraissait quand même très loin. Pour des raisons financières aussi, j'avais très envie de voyager et puis ça me paraissait très cher. Nous, on faisait les allers-retours au Maroc, ce qui était génial. Mais c'est vrai qu'à un moment donné, je voulais aller voir un peu ailleurs. pour des questions, on n'avait pas trop de barrières dans notre tête, parce que vraiment on avait des parents qui nous disaient, tout ce que vous voulez, vous pouvez l'avoir, rien n'est pas pour vous. Avec un petit sentiment de fierté pour votre culture, n'oubliez jamais votre culture, n'oubliez jamais vos traditions, n'oubliez jamais d'où vous venez, mais vous pouvez tout avoir. Donc ça c'est important, on arrive, on se sent fort, et la réalité est autre chose, la réalité nous dit... Ça va être plus dur pour toi quand même. Même si, encore une fois, le fait d'être une femme aide. C'est pour ça que moi, je ne suis pas du tout dans la mouvance en France. Et c'est souvent ce qu'on m'a demandé, d'être très, ça ne veut tout et rien dire, mais très féministe, mais enfin, ne parler que des femmes musulmanes. Moi, je parle des femmes et des hommes, je parle d'une société, parce que je pense qu'il y a très peu de différence entre mon frère et moi. Et que c'est un peu trop facile de toujours, et même un petit peu malhonnête, de toujours pointer les femmes musulmanes qui souffriraient alors que les hommes sont que des bourreaux. Moi, je ne veux pas tomber dans cet écueil-là. Et c'est un petit peu ce qu'on a essayé de me faire dire quand j'ai commencé. Et c'est pour ça que j'ai pris un virage à 90 degrés. Attendez, 90, c'est comment ? 360 alors. Comme ça, perpendiculaire. Oui, j'étais nulle en maths, vous le voyez. En tout cas, un virage... À mon arrivée en 2008, dans le petit monde des médias, on a très vite voulu me récupérer comme étant la jolie arabe qui allait défendre les femmes musulmanes opprimées. Et je n'ai absolument pas voulu jouer ce rôle, et je l'ai payé, mais ce n'est pas grave. Au moins je suis cohérente et je dors mieux le soir. Parce qu'au départ, je vais vous parler franchement, j'arrive, j'écris Confidence à Allah. Tout le monde se dit « Waouh, la nouvelle Antigone, la nouvelle Scheherazade, canon. » C'est ce que je lisais dans les magazines. En plus, moi, je m'aime beaucoup et je me trouve jolie, donc je n'ai aucun problème avec ça. Mais je vous dis ce qui était dans les magazines. Et puis, c'est vrai qu'en sous-main, c'est vrai qu'on aimait bien m'inviter pour souvent critiquer le monde musulman. Souvent les hommes, souvent les bourreaux, Niput Nisoumise m'invitait à gauche, à droite. Les médias avaient envie de vous faire dire que vraiment dans le monde musulman, c'était bien plus terrible pour les femmes qu'ailleurs, etc. Et donc, à un moment donné, je me suis assise et je me suis dit, bon, quel genre de carrière tu veux ? Alors, il y a cette carrière qui va avec les lauriers, les paillettes, l'argent, des propositions à gauche, à droite. Enfin, tout est lié. Et ils ne me sont pas du tout victimes. C'est un choix que j'ai fait. Et puis à côté, c'est non, moi le problème il est plus universel et je n'ai pas envie d'être la voix des femmes musulmanes opprimées. Pour moi les femmes sont opprimées dans plein d'autres endroits sans que l'islam soit en cause. Et voilà, je veux parler un petit peu de tout et je ne veux pas être cette représentante-là. Et moi je suis une femme musulmane pas du tout opprimée, les femmes dans ma famille non plus, donc j'aimerais aussi parler de ce genre de femmes. Et non, les hommes ne sont pas tous des bourreaux et non le... Le problème du voile n'est pas un problème religieux, mais c'est un problème politique. On sait qu'on l'a monté en épingle, il y avait à peu près 1000 jeunes filles qui portaient un foulard, on en a parlé tous les soirs au journal de 20h pendant une année, donc forcément ça devient un problème, mais c'était absolument pas religieux. Donc tout ça n'allait pas dans ce que je voulais, et donc petit à petit, vous avez moins de propositions, moins d'invitations, et puis on édite moins vos éditos, parce que ça ne va pas dans ce qu'on attend d'une musulmane. C'est terrible d'être réduite à ça, mais oui, c'était ce que j'étais en train de devenir. Et je leur ai dit, mais attendez, moi, j'ai envie de parler de plein d'autres choses. Et certainement pas être le porte-parole des femmes musulmanes opprimées. En gros, je vous emmerde. Ils m'ont emmerdée aussi à un autre moment, parce que vraiment, je vous dis, des portes se ferment. Des gens qui vous saluaient avant ne vous saluent plus. Je ne donne pas de nom, mais c'est comme ça que ça fonctionne. Et encore une fois, je vous dis, c'était un choix délibéré. Je savais qu'il y avait des conséquences. On est en France. un pays que j'aime vu que j'en viens aussi et que j'y habite et que je vois toutes les merveilleuses choses que la France m'offre et m'a offert, ça veut pas dire qu'il est parfait. Donc ça... La France n'a pas réglé un problème avec sa population d'origine arabo-musulmane. Et donc je ne voulais certainement pas devenir ce genre de personnage. Donc je vis très bien de mon métier, j'en vis, mais c'est vrai que si j'avais pris ce tournant en 2008, je serais peut-être ailleurs. Mais en même temps, j'adore où je suis aujourd'hui. En tout cas, ça me ressemble le plus.
- Speaker #0
Tu es alignée avec tes valeurs et avec ce que tu es. Oui, oui, bien sûr. Et puis c'est super, je pense, de le sentir. rapidement parce que des fois, on peut prendre des chemins de travers et être embarqué dans des trucs qui ne nous ressemblent pas.
- Speaker #1
Je suis radicale d'une manière générale. J'aime ou je n'aime pas. Tolérance, très peu pour moi. Bien sûr que je suis tolérante, mais je veux dire, d'une manière générale, quand j'aime quelqu'un, c'est à la vie et à la mort. Puis quand je n'aime pas, je m'en fous. Donc, c'était important pour moi parce que je me souviens, moi, je n'ai pas d'agent. Je n'ai pas d'agent. Je ne voulais pas être infantilisée. Je ne dis pas que les agents infantilisent, mais il y a quand même un côté où... Quelqu'un d'autre vous conseille un intermédiaire. Moi, c'est mon ventre qui me dit si je dois faire quelque chose ou pas. Je pense que je ne suis pas débile, je sais quand quelque chose est bien pour moi ou pas. Au pire, je me trompe. Et bizarrement, mon père qui est à l'opposé, qui ne comprend rien à ce milieu et qui le dénigre un petit peu comme tous les paparazzois, et qui n'ont pas tort parce qu'il y a aussi beaucoup de saloperies là-dedans, et il n'est pas dû, puis il sait exactement comment ça fonctionne. Il sait très bien que si je suis reçu par un éditeur, il va peut-être essayer d'eux. Bon, et puis d'ailleurs, vous savez quoi ? Ils ont le droit d'essayer de me draguer. C'est aussi mon droit de leur dire non, merci, au revoir. Donc, voilà, je ne vois pas le mal partout. Mais enfin, on sait comment fonctionne la société. Ce n'est pas que dans ce milieu, c'est partout. Voilà, bon,
- Speaker #0
on n'est pas nés hier non plus.
- Speaker #1
Je n'avais pas une thune à l'époque. Et j'avais une très grosse proposition pour être chroniqueuse dans une émission. Chez mon éditeur, je recevais des invitations pour des défilés de mode, etc. Donc, sur le moment, ça flatte.
- Speaker #0
Bien sûr. Ça booste l'ego.
- Speaker #1
Oui, ça booste l'ego. Et c'est au moment où ça me booste trop l'ego que je m'assois, moi, en général. Parce que... Parce que... Parce que... Je ne sais pas. Il y a une petite musique interne à l'intérieur de moi qui me dit... Mais ça, ça vient encore une fois de mon éducation. Quand ça brille trop, réfléchis. Plus c'est brillant à l'extérieur, plus c'est mat à l'intérieur. Donc... Et donc, je me pose et je me dis, donc, je n'ai pas d'argent, mais on me propose quand même ça, on me propose quand même ça. Si on me propose ça... on aimerait quand même que je dise ça j'ai pas forcément envie de dire ça est-ce que c'est important si je le dis j'aurais quand même gagné sur un autre et je me pose et je me dis bon je vais pas aller contre ma oui parce qu'il faut savoir un truc je suis une fille très égoïste et la chose la plus importante pour moi dans la vie c'est d'être bien dans ma tête et dans ma vie donc
- Speaker #0
j'ai peu de contraintes je m'emmerde pas trop avec les choses qui me contraignent trop c'est hyper intéressant parce qu'on a toujours ce trait de dire on est souvent des des pires.
- Speaker #1
personnes ou en tout cas les femmes à essayer de faire plaisir à tout le monde c'est super moi je fais pas plaisir à tout le monde je fais plaisir attendez je suis pas non plus une terrible personne je fais plaisir à mes amas aux gens que j'aime voilà donc je fais plaisir à mon père à ma mère à mes frères et soeurs à mes très peu d'amis proches et à mes enfants et à mon mari par dessus tout évidemment au delà de ça je m'emmerde avec aucune contrainte et donc Et donc, on ne vous aime pas forcément pour ça, mais ça, je m'en fous complètement. Ce qui compte vraiment, c'est que je sois bien dans ma journée. Avec son lot de problèmes, tout le monde en a, etc. Et puis, des moments où on va moins bien. Mais d'une manière générale, c'est très important que je sois bien. Voilà, j'aime bien aller bien, je m'aime bien, je me veux du bien, j'ai une bonne opinion de moi. Je ne sais pas comment vous dire.
- Speaker #0
Tu n'as pas besoin de la validation de l'autre.
- Speaker #1
Je n'ai pas besoin de la validation de l'autre. Et puis, en même temps, la validation, elle arrive. C'est-à-dire, si j'écris un livre merdique, je ne vais pas le vendre. Et donc là... la sanction tombe et là je me dis tiens t'es pas si bien, travaille plus, travaille mieux, mais je vous parle du quotidien. C'est important pour moi de me réveiller le matin et de me dire je suis bien, je suis contente, hier j'ai pas fait le truc que je voulais pas faire mais pour une bonne raison. Et donc ça va avec un jeu des médias qui me coûte et qui me coûtait trop. Donc moi je peux bien faire le service après-vente de mes livres, c'est normal, je veux pas vendre mes livres dans une cave à deux trois personnes. Je suis très reconnaissante quand Rukyé ou d'autres m'invitent dans une émission à la télévision. C'est une chance incroyable. J'y vais, je me prépare, je me fais belle, je me pose des questions, je prépare un petit peu l'interview. Ce n'est pas du tout du mépris pour le système médiatique. C'est grâce au système médiatique que je vends des livres. Donc ça, je suis très reconnaissante. C'est toute la pollution qu'il y a autour. Toute cette danse un petit peu du ventre qu'il faut faire. Et ça, c'est cette fameuse question que je me suis posée. Est-ce que tu veux faire cette danse du ventre ? qui va quand même t'ouvrir plus de portes que si tu ne la fais pas. Bon, j'ai pris la décision de ne pas le faire, donc j'ai dit à mon attaché de presse, toutes les invitations qui n'ont rien à voir avec mes bouquins, vous les verrez, vous ne me les donnez même pas, parce que parfois c'est presque... Ça peut être tentant, mais j'ai dit, voilà, vous ne me les donnez pas parce que je pense que je ne suis pas plus forte qu'une autre. Je peux m'égarer. Après, je ne suis pas du tout mondaine. J'adore faire la fête, mais pas ce genre de fête. Donc, pareil, ça me coûte les cocktails, etc. Donc, pareil, je n'en fais pas. Et puis, il y a un autre truc qui me coûte aussi. Je ne devrais pas le dire parce que je préfère les... Si on m'invite en librairie... petit comité avec des gens qui ont vraiment lu votre bouquin et qui vous posent des questions et qu'on est entre 30 et 50, je trouve ça super. Encore plus dans une librairie. Le côté foire du livre où on est 200 à partir et c'est le déjeuner avec le maire, etc. Ça m'emmerde. Mais ça me fait passer à côté de vente et ça me fait passer à côté d'une notoriété. J'ai une petite notoriété mais pour l'instant, en fait, elle me convient plus. J'aimerais bien vendre beaucoup plus de livres. C'est pas le problème. Mais je suis pas prête à tout. pour vendre plus de livres. Je vous dis ça, demain, si mon prochain ne se vend pas du tout, vous allez peut-être me voir à un défilé une fois du livre en première et posé nu dans Gala. C'est possible. Là, vous me ressortirez à l'interview. C'est bien de faire autant de principes. Mais non, moi, c'est le plus important. C'est que j'aime bien être bien. Dans ma journée, il y a déjà suffisamment de problèmes. C'est important que je sois bien avec mon mari, avec ma famille, avec mes enfants.
- Speaker #0
Safia, je voulais revenir un peu sur les débuts que tu racontais. donc tu... Vous êtes partie du Maroc à l'âge de 9-10 ans, ce qui est jeune, mais pas si jeune que ça. On comprend, on a des amis, etc. Comment s'est passée cette transition et ce déménagement d'un pays, d'un continent à un autre ?
- Speaker #1
On a beaucoup pleuré dans l'avion. Et en même temps, mes parents ne s'embarrassent pas de nos larmes quand c'est des larmes de tristesse. Évidemment, on a des parents merveilleux qui nous consolent, mais là, c'était comme ça. Et les enfants suivent.
- Speaker #0
C'était la bonne décision.
- Speaker #1
C'était la bonne décision. Nous avons un passeport français. Nous avons la chance de vous faire faire peut-être des études en France, dans de meilleures universités. C'est malheureux à dire, mais c'était un petit peu le point de départ de mon père, qui lui n'a pas pu faire de grandes études et qui en garde un regret, évidemment. Donc lui, c'était... Cet amour de la France et des grandes études et des grandes écoles. Donc on quitte le Maroc, on y reviendra souvent, mais on le quitte pour vous les enfants, pour vous donner peut-être un meilleur avenir au niveau de votre éducation. Donc oui vous pleurez, oui c'est triste, mais en même temps c'est rien par rapport à d'autres. Et vous savez quoi, c'est bien l'enfance, c'est bien l'amour, c'est bien tout ça, mais c'est bien aussi d'avoir des frustrations. Vous pleurez dans l'avion, on ne va quand même pas non plus, on ne va pas en enfer. On arrive en France, on est à côté de Genève, c'est merveilleux, on est bien reçu par une amie à nous.
- Speaker #0
Ça ira mieux, oui.
- Speaker #1
Ça ira mieux, et puis vous savez quoi, les enfants s'adaptent, c'est une bonne leçon de vie, et puis vous allez grandir, et puis vous allez vous y faire. Et puis on s'y est évidemment fait très vite, dès le lendemain, parce que la vie continuait, que ce n'était pas si terrible que ça, c'était juste comme n'importe qui déménagerait d'un pays à un autre. Alors là, c'est compliqué. C'est quand même deux cultures différentes. Nous, on vivait vraiment dehors, au Maroc. Et là, d'un coup, on vit dedans. Mais les enfants s'adaptent. Enfin, je veux dire, il faut arrêter de nous infantiliser pour tout, de ne jamais vouloir nous faire du mal ou avoir peur d'eux. Là, je me suis engueulée avec une dentiste parce qu'elle m'a pris 70 euros. Dans sa facture, il y avait écrit « découverte du fauteuil » . Comment ça ? C'est drôle. Alors, si vous voulez une anecdote. Je vais chez le dentiste parce que mon fils a une rage de dents. On va chez le dentiste, on prend le premier qui nous reçoit par un intermédiaire, évidemment parce qu'il n'y a jamais de place, et donc on y va. Et sans réfléchir, je paye. Et je ne sais pas si dans ce montant, on y est allé en deux fois, donc je ne sais pas si c'est le montant total ou si c'était nous deux. Donc je paye en me disant qu'il n'a pas dû payer parce que c'est tellement cher. Et je pars et j'appelle mon mari, je dis c'est bon, Karim s'est arrangé sa dent, etc. Mais tu n'avais pas payé. Si, moi j'avais payé la moitié. Et là, je me rends compte que c'est deux fois. Donc on arrive à un prix, je ne préfère pas vous le dire. Donc là, je regarde la facture et je vois découverte du fauteuil. Et j'avais trouvé en effet cette dentiste très gentille, mais qui avait un peu expliqué à mon fils qui avait 9 ans, voilà, le fauteuil ça monte, ça descend, ça c'est une petite machine pour t'enlever du tard, ça c'est pour enlever la carine. Ça avait pris 20 minutes et elle facture ça 70 balles, 70 euros. Et ça s'appelle « Découverte du fauteuil » . Donc évidemment, j'appelle, ça monte. Je ne vous dis pas ce que je lui dis, très poliment au départ. Et elle me dit « Non, mais vous comprenez, les enfants sont toujours anxieux avant d'arriver chez le dentiste. Donc on est là pour les rassurer. Donc le fait qu'ils voient que le fauteuil monte et descend, c'est très rassurant pour un enfant. » Moi, je suis là pour rassurer mon enfant. Je ne vous demande pas de le rassurer. Le dentiste, ce n'est pas agréable. C'est très important que mon enfant sache que quand on va chez le dentiste, ce n'est pas agréable. C'est aussi très important qu'il ait un peu mal. Et moi, pour tout ce qui est rassurer mon enfant, je fais le job. Voilà. Par contre, là, vous m'extorquez 70 euros pour une découverte du fauteuil. C'est du foutage de gueule.
- Speaker #0
Je n'ai jamais entendu ça.
- Speaker #1
Mais moi non plus. C'est pour ça que... Et donc, il y a ce côté où... Les enfants sont des petites choses qu'il faut rassurer. Puis après, on s'étonne qu'à 20-30 ans, ils sont complètement perdus dans la société, à ne vouloir jamais souffrir. Donc, ils se gavent de médicaments dès qu'ils ont un bobo. Tant qu'ils dépressivent, parce qu'ils ont une rupture amoureuse. Parce qu'ils ont une rupture amoureuse. Alors, je ne dis pas qu'il faut que ce soit comme mon père, où il s'arrachait les dents tout seul, parce qu'il l'a fait. Devant moi, il s'est arraché les dents. Mais même chez le dentiste, maintenant, il faut rassurer notre petit garçon parce qu'il va être un petit peu anxieux. Mais laissez-le être anxieux. laissez-le avoir mal à sa dent. Laissez-le me dire, j'ai pas envie d'aller chez le dentiste, ça fait mal. Oui, ça fait mal et ça fait partie de la vie. Et c'est rien par rapport à ce que tu vas te prendre dans la gueule dans quelques années. Donc voilà, il y a un côté où, attendez les enfants, on quitte le Maroc, c'est triste. On va y revenir déjà et on arrive dans un endroit merveilleux. Donc ils ne s'embarrassent pas de ce genre de tristesse, mes parents. Et donc ça s'est très bien passé. Je fais exactement la même chose avec mes enfants. On va probablement habiter aux Etats-Unis. Jamais je leur ai dit t'es triste, t'es pépé copain, non tu vas t'en refaire là-bas. Et bien sûr, et puis c'est génial, et c'est une nouvelle expérience. Et c'est nous qui leur transmettons ça. Mais je pense que c'est notre stress. Mais c'est nos négociations, on est peu. Mais en tout cas là-dessus, je leur dis mais c'est une chance. Oui tu vas perdre un copain, tu vas peut-être t'en faire dix là-bas. Me fais pas chier. La vie continue. Exactement, voilà.
- Speaker #0
Et du coup vous reveniez au Maroc pendant les vacances. Est-ce que la perception... Votre perception était différente maintenant que vous étiez partie. Est-ce que tu as senti un changement ?
- Speaker #1
Non, moi j'ai un rapport au Maroc où je ne vois que les bonnes choses. Et Dieu sait que mon oncle faisait de la politique et il était plutôt opposant. J'ai aussi cette image, j'en parle dans mon livre, où il a fait de la prison. Il était opposant au roi Hassan II à l'époque. Bizarrement, ce que je retiens de ça, après j'étais très petite, c'est sa libération. C'est quand les trois Mercedes arrivent devant sa maison. qu'il sort de cette Mercedes, on ne sait pas ce qui s'est passé pendant deux ans, pas des choses merveilleuses j'imagine, et il est là et on fait la fête. Donc moi j'associe vraiment le Maroc. Je sais qu'on n'est pas dans le monde des bisounours, mais mon Maroc c'est un Maroc très festif, très heureux, très jovial. Pareil, je viens d'une famille de classe moyenne, mais où il y a beaucoup d'amour, beaucoup de joie, beaucoup de rire, où la religion n'est pas un problème, au contraire, c'est plus une tradition, une culture qu'autre chose. Donc, moi, personnellement... J'ai un rapport au Maroc très heureux, très positif. Après, oui, je ne suis pas née hier. Je sais exactement, comme n'importe quel autre pays, que des choses sont dysfonctionnelles.
- Speaker #0
Parlez des enfants, Safia. Est-ce que tu t'es donnée pour mission ou est-ce que tu es plus consciente d'une potentielle transmission que tu pourrais leur donner du Maroc ?
- Speaker #1
Ce n'est pas une mission, c'est une envie, tout simplement. Je vois que ça me rend tellement heureuse d'avoir le pouvoir. aller d'une culture à l'autre sans aucun problème. La question la plus idiote qu'on me pose, c'est est-ce que tu te sens plus marocaine ou française ? Je ne sais même pas ce que ça veut dire se sentir marocaine. Je vibre pour des choses au Maroc, je vibre pour des choses en France. Je les critique et puis quand on les attaque, je les défends. Enfin voilà, la base. Mes enfants, oui, ben oui, je ne vais pas tout changer. Ils grandissent en France.
- Speaker #0
Ils sont français, n'en déplaise à Éric Bémour, il s'appelle Karim et Alia. Ils sont quand même français, comme n'importe qui, et ils ont un amour pour le Maroc, parce que je fais en sorte que quand on y va, ce soit absolument génial, et on va en plus dans un Maroc, dans une ville, une ville, pas du tout, dans un village, donc on va à Figuig, où c'est eux qui le disent, c'est pas moi, ils disent Figuig, c'est la liberté, tout simplement parce que... Parce qu'on marche pieds nus, parce qu'on met les coudes sur la table, parce qu'on part avec le voisin et qu'on revient deux heures après, et qu'il y a encore cette chance de ne pas trop s'inquiéter, et qu'il y a un âne qui passe devant la maison de mes parents, et que le mec va prendre ma petite fille, va la mettre sur l'âne et le redescendre, et puis un tel sait toujours où est Karim, oui il joue au foot sur l'autre terrain qui est à un kilomètre, il est parti, on ne sait pas avec qui, il y a encore cette possibilité. Donc je fais exprès de les emmener. dans ce Figuiglas, que je ne pourrais pas faire dans une grande ville comme Casablanca ou Agadir. Donc, on va moins dans ces villes parce qu'ils auront l'occasion d'y aller s'ils en ont envie. Mais là-bas, c'est plus hôtel, tennis. Alors que Figuig, en deux semaines à Figuig, il y a une espèce de concentré de liberté, de légèreté, de voisins qui s'invitent. Il y a toujours un truc à fêter. On ne sait pas. Ils se marient tous. On ne comprend rien. Les fêtes durent 7 jours, 5 jours. Et tout le monde est invité. Les gamins se faufilent. Et puis après, il y a les femmes. Il y a des femmes sous-filles à côté de chez mes parents aussi, qui chantent. Donc, c'est quand même hyper impressionnant. Et c'est un peu caché. Donc, ils se faufilent avec des garçons. Ils vont regarder, etc. Ils ne comprennent pas. Mais ils s'imprègnent en deux semaines. Pour l'instant, je n'ai que deux semaines par an où je peux vraiment y aller. Il y a un concentré de Maroc où je me rends compte qu'en fait, mes enfants sont hyper attachés au Maroc. Et ils se disent, nous, on est... français et marocain alors qu'il n'y pas que deux semaines et puis parce que je fais aussi le job je leur montre je leur parle de mon enfance mon grand mon père parle beaucoup de son enfance des conneries qu'il faisait qui était encore possible c'est à dire il allait pas à l'école il dormait à la belle étoile c'était encore cette époque dans les années 40 où mon père dormait vraiment à la belle étoile avec ses copains il se faisait bastonner le lendemain car la maman mais il le faisait il le faisait et puis recommencer puis puis j'en parle il faisait des Jeter des cailloux brûlants sur les vieux qui sortaient de la prière le vendredi. Enfin, voilà, des trucs de gamins. Donc, mon père adore raconter ça. Il extrapole, il en rajoute. Le romance, mais c'est bon. Et Karim écoute ça avec tellement d'admiration. Et il rêve de ça. Et ma petite fille aussi. Et donc, on transmet vachement le Maroc. On transmet nos traditions. On transmet notre culture. Pour moi, l'islam, c'est vraiment une culture. C'est vraiment ma culture. Tout le reste est moins important pour moi. Je respecte ceux pour qui la pratique est importante. Moi, ça me paraît assez désuet par rapport au reste.
- Speaker #1
Safia, dans beaucoup d'interviews, tu citais Najib Mahfouz où tu disais « écrire, c'est hurler sans bruit » . Et qu'est-ce qui te fait hurler aujourd'hui ?
- Speaker #0
Les cafards, les Ausha, la bêtise. ambiante et je pense que quelqu'un d'autre va vous dire ça de moi aussi donc ma bêtise n'est pas forcément votre bêtise mais enfin voilà je pars vite je pars au quart de tour à la maison c'est un peu à la marocaine je gueule vite mais en même temps ils savent très bien que quand je gueule c'est pas grave donc comme j'ai cette prévention à m'énerver un peu de tout et rien et à faire du bruit c'était plus intéressant et plus sage de mettre ça sur papier et de ne pas embêter les gens autour de moi avec mes colères.
- Speaker #1
Et à quel moment tu as commencé à écrire ? Et est-ce que ça vient peut-être de la frustration de l'enfant que tu étais où tu avais plus d'interdits ? Et du coup, est-ce que c'était un peu un échappatoire ?
- Speaker #0
Non, parce que j'ai écrit tard. Moi, j'ai écrit à 27 ans.
- Speaker #1
Et comment c'est venu ?
- Speaker #0
En fait, je ne savais pas. que je pouvais écrire. Et puis, à Genève, avec des copines, pour passer le temps, c'était pas du tout sérieux, on avait racheté les droits d'un magazine. C'était un magazine lifestyle, les trucs à deux balles sur tel resto vient d'ouvrir et telle boutique de fringues vient d'ouvrir et puis le bal de la Croix-Rouge a eu lieu, etc. Et en écrivant une boutique de chaussures ou un nouveau restaurant, On me disait régulièrement qu'il y avait quand même une patte dans ce que j'écrivais, c'est-à-dire que même là j'arrivais à être un poil cynique, un peu drôle, pour parler d'une boutique de chaussures. Et donc le magazine a bien marché parce que justement, on ne regardait pas seulement les photos, on lisait. Et donc ça, je me suis dit, tiens, au bout d'un moment, ça va, parler de chaussures. Et pourquoi j'essaierais pas d'écrire sur autre chose ? Mais pareil, ça me paraissait trop grand. Et je me disais, écrire sur quoi, etc. Et puis donc, je me retrouve une fois, un jour, à Marrakech, dans un bar. Et je vois cette fille qui m'a inspirée, Confidence à Allah. Et puis après, j'en vois une autre à l'aéroport. Et puis tous ces personnages que je vois, je les vois et je les vois pas seulement. C'est-à-dire qu'à travers leurs gestes et leurs attitudes et leurs regards, je m'imagine l'avant, le pendant, l'après. Et donc, quand je vois cette jeune fille, je vois la misère. Et j'ai commencé à écrire sur elle. C'est beau, puis c'est plein de bons sentiments aussi, parce que moi, ça a changé ma vie, ce livre, et puis pas elle. Elle, elle fait toujours ce métier terrible.
- Speaker #1
Peut-être quand je la vis d'autre aussi. Oui,
- Speaker #0
oui, non, mais je dénigre pas du tout mon métier. Je dis que la misère, on peut pas la changer avec des bouquins, quand même. Ni avec des livres, ni avec des films. La misère, c'est économique. Il faut plus de justice. Parce que c'est bien beau. C'est pour ça que moi, j'ai beaucoup de respect pour les comédies ou les livres qui font rire. Et c'est pour ça que je tiens toujours à faire rire aussi. Enfin, je tiens, j'espère en tout cas, à faire rire. Parce que... On ne peut pas utiliser cette misère comme quelque chose qui finalement... Vous regardez les films sur la misère, les films sociaux, etc. ont toujours des palmes, ont toujours des prix, etc. Mais à la fin, qu'est-ce que ça change ? Moi, Confidence à Allah, ça n'a pas réduit le nombre de jeunes femmes prostituées ou qui n'ont rien, au contraire, je pense que c'est de pire en pire. La seule chose que je peux faire avec un livre en hurlant sans bruit, c'est peut-être que les gens vont être moins... vont peut-être plus comprendre, vont peut-être être plus indulgents avec ce genre de femmes et se dire que finalement, c'est pas à nous de les juger. Est-ce que vraiment on doit les juger ? Voilà, c'est la seule chose que je peux faire, mais ça change rien pour elles. Moi, ça a changé ma vie en mieux et puis... Donc il y a un côté un peu parfois où on se dit, est-ce que je ne suis pas une usurpatrice, mais est-ce qu'on profite de la misère pour écrire des livres, pour en faire des films, pour en faire des histoires ? Et puis la finalité, c'est que ça ne change absolument rien, sauf toujours pour les mêmes, nous.
- Speaker #1
Oui, ça ne change rien en nombre et en relation directe, mais je pense que comme tu disais, ça fait évoluer la pensée des gens, leurs réflexions. créer un peu d'empathie, montrer qu'il y a deux côtés de la pièce et qu'il n'y a pas que ce qu'on voit. Et c'est aussi très important. Donc, c'est un impact indirect.
- Speaker #0
Je dis juste que, voilà, on n'est pas si important. Il faut, comme disait ma grand-mère, crache-toi dessus et continue. Vous savez, c'est aussi lié à ce que je vous disais par rapport au début. Quand j'ai reçu toutes ces sollicitations au début, parce que j'étais la nouvelle arabe. qui écrivaient les confidences d'une prostituée à Allah, ça plaisait. Je me suis doutée que ça allait plaire. Évidemment aussi, je ne suis pas née hier, je Ausha beaucoup de cases. Et en même temps, je me disais, bon, moi je l'ai écrit avec sincérité, je sais d'où c'est parti. Je ne veux pas que ce soit récupéré, mais c'est forcément récupéré. Et donc, toute cette attention démesurée, en dehors de mon livre, qu'on peut donner à une personne. Je vous dis, on m'invitait dans des choses qui n'avaient rien à voir avec mon livre, etc. Vous vous retrouvez sur un tapis rouge, on vous prend en photo. Pourquoi ? Parce que vous avez écrit un livre d'une prostituée qui se confia à Allah. Je trouvais que c'était démesuré et pas mérité. Mais vraiment, je ne fais pas de la fausse modestie. Encore une fois, je vous dis, moi je travaille beaucoup. Ça fait un peu moins d'un an et demi que je suis sur mon livre. Je l'ai rendu hier soir. Donc je sais que je travaille, je sais que je suis une bosseuse. Et j'espère que mon livre va avoir du succès et qu'on va m'inviter, que je vais pouvoir en parler. Ça parle du trafic d'art illégal. Donc là, il y a quelque chose à... Pendant les guerres en Irak, en Afghanistan, le pillage généralisé qu'il y a eu pendant ces guerres et comment on prend la mémoire d'un pays. Voilà. Donc moi, c'est là-dessus. Mais ce que je veux dire, c'est que vraiment, ce n'est pas de la fausse modestie. En plus, je ne suis pas souvent modeste. Mais quand je me retrouvais à des événements... en dehors de mon livre, en dehors du travail fourni, et qu'on vous prend en photo. Donc c'est flatteur, c'est bien, mais le lendemain, quand même, je trouve que j'ai été un peu fraudeuse. Et ça me dérange parce que je sais que c'est pas... Enfin, c'est pas mérité, ou du moins c'est démesuré par rapport aux gens qui sont sur le terrain et qui, eux, changent peut-être la vie des filles mères, des petites bonnes, de tous les gens qui s'ouvrent. Voilà, moi j'ai écrit sur elle. Et donc, il y a aussi ce côté radical qui a fait que je me suis dit, non, je vais pas, non seulement j'ai écrit un livre sur elle, qui m'a fait beaucoup de bien, qui a changé ma vie, mais je vais pas en plus aller me... pavaner en disant que je suis enfin voilà, reste un petit peu à ta place. Et je vous dis, c'est vraiment pas de la fausse modestie, ça faisait partie de ma décision d'être plutôt radicale avec tout ce qui est cette célébrité autour d'eux. Je mérite, si mon livre se vend bien et qu'il plaît, je prends les applaudissements avec grand plaisir, les lettres que je reçois, les mots ou vos invitations. Avec grand plaisir et reconnaissance et beaucoup d'honneur. Et je dis donc merci. Mais il faut que ça s'arrête là.
- Speaker #1
Écoutez ce que tu viens de dire. Je trouve ça très beau parce que ça donne ce sentiment que tu as été ou que tu es particulièrement proche de ces gens. De ces gens qui sont dans la vraie misère et que ce n'est pas qu'une histoire qu'on raconte. C'est ça en fait. Je pense que c'est ce...
- Speaker #0
Ah bah oui, évidemment. C'est-à-dire qu'après... On n'est pas là pour dire ce qu'on fait, ce qu'on ne fait pas, mais évidemment l'idée c'est qu'on peut tous faire quelque chose à notre petit niveau. Il suffit d'aller au Maroc, tu vois, enfin bon, peu importe. Ça c'est ma tambouille, je fais ce que je veux, si je peux aider j'aide, si je ne peux pas je n'aide pas. Mais c'était vraiment ce rapport à... En fait quand j'ai sorti Confidential là et que j'ai eu du succès assez rapidement, j'ai vite compris en fait ce qu'on attendrait de moi, j'en parlais tout à l'heure. J'ai vite compris que je Ausha beaucoup de cases et j'ai vite compris quand même, ça c'est moi et moi dans ma décision, il y avait vraiment un côté, je ne suis pas une fraudeuse, mais je trouvais que tout ce qu'il y avait autour, c'était une fraude, que je ne le méritais pas. Je mérite, je mérite, j'ai bien travaillé, j'ai trouvé une bonne histoire, j'ai touché des gens, donc je mérite d'en vendre, tant mieux, je suis ravie. Mais plus, je trouve que c'est démesuré. Le folklore autour. Tout le folklore autour. Je trouve qu'on honore... Je n'ai rien contre la célébrité. Je n'ai rien contre le fait qu'il y ait des stars. J'adore regarder les fringues du Met Gala et dire ça c'est moche, ça c'est beau, etc. Ça me plaît. Mais je trouve que c'est un poil démesuré par rapport à ce que chacun apporte. Et que c'est bien aussi si on peut se remettre à sa place. De toute façon, mon père l'aurait. S'il m'avait vu trop avaner... Sur tapis rouge dans des cocktails, c'est pas le genre de truc qui l'aurait plus. Puis en plus, moi, je m'amuse pas. Comme je vous ai dit, moi, je suis quelqu'un d'assez égoïste. J'aime bien m'amuser, profiter. Pour en avoir fait deux ou trois, franchement, on se fait chier. Non, c'est vrai qu'on s'emmerde dans ces soirées. C'est pas là qu'on s'amuse.
- Speaker #1
Tu as également réalisé des films. Comment tu es passée à la réalisation ? Est-ce que c'était une idée que tu avais déjà au moment où tu as commencé à écrire ? Ou est-ce que c'est venu... Une fois que c'était publié, t'avais envie de...
- Speaker #0
Non. c'est-à-dire que Confidential, là, je l'ai d'abord vu en film. En fait, j'ai eu des images en tête. Donc, je l'ai vu en film et je l'ai écrit en scénario. Puis après, j'ai transformé le scénario en livre. Donc, évidemment, quand je me raconte l'histoire, moi, j'ai des images qui me viennent en tête. Et pour le premier, clairement, j'ai envie de raconter des histoires et d'en faire des films, mais je n'étais pas du tout assez préparée. Donc, mon film n'est pas bon. Et donc, voilà, il faut que je travaille plus. Et encore aujourd'hui, il faut que je travaille plus si je veux en faire un troisième. Parce que... C'était une chance incroyable. La femme de mon éditeur était productrice. Elle a tout de suite aimé Mon Père et Femme de Ménage. Et je me suis lancée un petit peu là-dedans. J'aurais dû plus travailler. Voilà. Donc il y a des petits moments de grâce dans mon film. Mais il n'est pas assez bon. Je me suis rendue compte avec le deuxième que je pense que ce qu'il y a de plus dur, c'est de faire une comédie. Bien plus dur que de faire un film...
- Speaker #1
Mais il est très drôle. Moi, j'ai beaucoup aimé.
- Speaker #0
Merci, mais moi évidemment maintenant je vois que ce qui ne va pas et donc je pense qu'il faut que je m'entoure mieux j'aime beaucoup mes producteurs, je parle en technique je sais dans quoi je suis bonne je suis bonne dans la mise en scène, je suis bonne dans la direction d'acteur et bien sûr que j'ai de grosses lacunes en technique et donc en fait moi j'ai aucun problème à m'entourer de meilleurs que moi dans leur domaine et donc voilà je ne referai pas les mêmes erreurs donc moi je suis en constante progression j'espère Et je pense que mes livres aujourd'hui sont mieux écrits que ceux de l'époque. Et je pense que c'est normal parce que je rencontre des gens qui me rendent meilleure. Je fais peut-être plus confiance à mon éditeur. Il a un vrai regard et un vrai retour sur mes livres. Je sais dans quoi je suis bonne. Et l'idée, c'est d'essayer de savoir dans quoi on est moins bon et de s'entourer et d'être humble et de dire oui, là, tu as raison. Voilà. Donc, c'est ce que je fais.
- Speaker #1
Je voulais revenir sur mon père et Femmes de ménage. Dans le film et dans le livre, il y a cette notion de cycle de répétition. qu'on pourrait aussi appeler « MacToub » et qu'on n'échappe pas à un destin. Est-ce que c'est quelque chose à laquelle tu crois ?
- Speaker #0
Non, non. Et en fait, c'est très intéressant ce que je dis. C'est-à-dire que je vous dis que je n'y crois pas, mais parce qu'au fond, je ne veux pas me poser la question, parce que sinon, c'est trop injuste. Mais comme je suis du bon côté, je me dis que j'ai un beau destin qui est écrit. Mais si je me repose trop sur le destin, je vais arrêter de vivre, je vais arrêter de prendre des risques, je vais arrêter de me casser la gueule ou je vais arrêter d'être heureuse. Je pense que c'est des trucs qu'on se dit quand on approche de la mort. J'ai eu une belle destinée, un beau destin. Mais voilà, c'est pas Inch'Allah, c'est Allah il veut, mais bouge-toi, fais-le. Donc voilà, le destin, je ne veux pas en parler, ça n'a aucun sens. C'est-à-dire que... parfois je me dis que j'ai un très beau destin et puis parfois je me dis non j'ai fait en sorte que c'est insoluble tout ce que je peux dire c'est que j'ai de la chance et merci plutôt que pardon
- Speaker #1
Est-ce que tu as eu des rôles modèles des mentors et est-ce qu'au moment où tu es passé à la publication où tu as fait la démarche parce qu'on peut écrire de son côté et passer vraiment à la démarche de la publication tu t'es dit j'en vois pas il n'y en a aucune qui me ressemble ou à laquelle je pourrais m'associer non,
- Speaker #0
non, non vraiment, vous voulez être malheureux dans la vie vous vous comparez moi si je prends les ventes des livres si je me compare je pleure et puis si je me compare à d'autres je ris non, moi je pense que l'écriture c'est un marathon et en fait quand je ferme les yeux et que j'imagine mes livres ce qui revient souvent c'est que je les vois se passer de main en main et ça prend du temps avant de... coiffer toute la France, voir tout le monde. Et je pense que ça se passe. Et puis, une phrase va toucher quelqu'un, et puis l'autre ne va pas être touchée. Je vois... C'est exponentiel. C'est une poil d'araignée. Exactement. Et donc, je me dis que c'est une marche de fond. Après, j'ai quand même la chance d'être assez médiatisée quand mes livres sortent, même si je me trouve... Alors là, ce n'est pas encore une fois de la fausse modestie, mais absolument nulle en interview, parce que je suis hyper stressée. Donc, ça n'a aucun sens. Je pense que je n'arrive à rien faire passer. Donc c'est vrai qu'il va falloir faire l'effort d'aller lire pour se dire, ah tiens, je n'aurais pas pensé ça d'elle. Et donc, voilà, c'est une course de fond, un marathon. Ça se passe de... C'est comme ça que j'imagine. Et puis parfois, vous avez un petit coup d'accélérateur. Pour certains, c'est divin. Pour d'autres, c'est juste le hasard. Et ce petit truc va faire que ça va aller un petit peu plus vite. Moi, je les ai eus à deux, trois moments. Et puis j'attends le prochain. Mais en attendant, je bosse et j'essaye d'écrire le meilleur livre possible.
- Speaker #1
Oui, ça n'empêche pas le travail parce que c'est la base, je pense.
- Speaker #0
De toute façon, c'est 10% d'inspiration, 90% de travail. Parce qu'on a beau jouer des vidéos parfois, mais tellement drôles d'auteurs qui se font filmer en train d'écrire. Déjà, ce n'est pas possible. Je vous en montrerai une, elle a pleuré de rire. Mais ils sont là et ils cherchent l'inspiration. Puis ce côté sérieux, comme si c'était une torture. Alors qu'en fait, non, quand on fait ce métier, c'est... C'est pas une torture. Pour moi, le côté de l'écrivain torturé, c'est un peu du marketing. Je suis très heureuse, je reste en robe de chambre à la maison, personne m'emmerde. Je suis bien avec mon thé, j'écris quand ça vient. Quand la journée était nulle et que j'ai écrit des choses vraiment pas de bonne qualité, je le sais. Mais c'est plutôt un métier de rêve. On a beaucoup, beaucoup de chance. Encore plus quand ça marche. Oui, on est torturé quand on en vend zéro et qu'on a passé un an sur un ouvrage. Oui, là, il y a de quoi être torturé, mais quand ça marche, c'est plutôt... Moi je trouve un très beau métier et puis vous êtes vous et vous seul dans votre histoire. Là moi je tue des gens dans le prochain, je les ai tués quoi. C'était merveilleux, je me suis mangée des têtes d'une voisine sur l'un etc.
- Speaker #1
D'une voisine.
- Speaker #0
Ouais. Et donc non, rôle modèle non, rôle modèle tout le monde et personne. Le succès, le vrai talent, le talent pur, pas le talent marketing, le talent pur, ceux qui ont fait... Une chose et qui y ont consacré toute leur vie, oui ça ça me... avec la même colonne vertébrale, en marbre, en continuant, en ayant... mais c'est pas forcément des gens connus, c'est... C'est des gens qui vous touchent. C'est peut-être ma tante Aïcha qui a divorcé dans un petit village et qui s'est dit « mais je ne vais pas rester avec un con et je vais m'occuper de mes enfants » . Elle a bossé trois fois plus. Oui, elle, elle me touche plus avec le sourire tout le temps, avec 10 plats dès que vous arrivez à se mettre en quatre. Oui, voilà, ça c'est un rôle modèle, mais rôle modèle... Ça paraît un peu con de dire ça, on est dans un beau quartier, je fais une interview avec vous, on est privilégiés, je vous dis mon rôle modèle c'est ma tante. Non, c'est pas ma tante, je ne pense pas à elle tout le temps. Mais ce que je veux dire c'est qu'avec du recul, quand je pense à ce qu'elle a fait, ça va plus me toucher parce que je la connais, qu'un écrivain qui a énormément vendu, même si bravo, mais que je ne la connais pas, donc je ne sais pas comment tout ça a été fait. Il faut que ça me touche, en fait. Moi, ça part du ventre, ça part pas de la tête.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui t'inspire, Safia ? Tu disais que tu venais de rendre ton livre. Qu'est-ce qui t'inspire à écrire ? Qu'est-ce qui fait florir les idées ?
- Speaker #0
Si je commençais à analyser ça, je crois que j'écrirais plus, je sais pas. J'arrive pas à vous parler de cette jeune fille que j'ai vue la première fois en boîte et à l'aéroport, qui a fait que j'ai écrit Confidence à Allah et que j'ai trouvé ma voix. Je peux pas vous... Là, en l'occurrence, c'est ces deux nanas. Et qu'est-ce qui a fait que ? J'ai vu un truc d'humanité en elle à un moment précis, dans un endroit où ce n'est pas là qu'on montre la plus belle partie de nous-mêmes, en général, dans un bar. Et pourtant, j'ai vu ça. Donc c'est fulgurant. Ça passe comme ça, vous l'attrapez ou pas. Moi, je l'ai attrapé, j'ai vu un truc.
- Speaker #1
Qu'est-ce que la réussite pour toi ? Parce que le podcast, on parle beaucoup de réussite et j'ai des invités complètement différentes, avec des histoires différentes. Pour toi, si tu devais définir la réussite, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Quand même réussir mes enfants. Réussir mes enfants, ça ne veut tout et rien dire. Mais en tout cas, j'aimerais qu'ils soient heureux, qu'ils bossent, qu'ils aient cette vraie notion de ce qu'est le travail, de ce qu'est l'effort. Ils l'ont, ils font beaucoup de tennis l'un et l'autre. Qu'ils soient heureux. Voilà, la famille, le socle. Très important d'avoir une famille bien équilibrée, heureuse. Donc la réussite, je dirais mes enfants quand même. C'est le plus important, oui. C'est con quand même. Non, c'est pas con. Mais c'est banal, mais c'est la vérité. Voilà. J'ai un peu de blé quand même aussi. Ça aide. Qu'est-ce que tu dirais à la Safia en France ? Je lui dirais pas mal, franchement, continue. Non, non, mais bravo, c'est bien. Tu fais un métier que t'aimes, tu l'as fait à ta manière.
- Speaker #1
On est en droit dans tes bottes.
- Speaker #0
Droit dans tes bottes, un peu trop parfois, oui. Je sais pas, arrondir les angles. on me le dit, ben oui, c'est comme ça. Je vais essayer, mais de toute façon, quand j'essaye, j'ai l'impression que ça se voit.
- Speaker #1
Safia, on va passer à la dernière partie de l'interview, qui est le questionnaire de Proust revisité et que j'ai appelé Shakshouka parce que je suis une fan de nourriture et qu'il fallait que je mette une touche. Est-ce que tu as une devise ?
- Speaker #0
Oui, c'est ce que me disait un peu ma grand-mère. Et encore une fois, je vous dis, c'est intéressé. Ce n'est pas par humilité. C'est bien d'être humble aussi, mais c'est parce que je pense que cette humilité-là me sert à long terme. C'est ne te fais pas si petite, tu n'es pas si grande. Voilà, c'est un chinois, je crois. Et ça veut dire, en gros, c'est un petit peu comme elle me disait, crache-toi dessus. C'est un peu ce qui revient quand je vous dis sur tapis rouge et qu'on est là, on me protège du soleil avec un parapluie et qu'on me demande si je veux boire. et que je me dis tout ça n'est pas mérité, donc ne te fais pas si petite, tu n'es pas si grande. J'accepte la reconnaissance, j'accepte les applaudissements et je suis ravie. Donc je suis un petit peu grande, mais tu n'es pas si grande non plus. Et en même temps, ne dis pas à chaque fois, ben moi à mon petit niveau avec mes petits livres. Non, j'écris de bons livres, moi je les aime, je suis une fille bien, je m'aime beaucoup. Voilà, donc j'essaye de trouver le bon équilibre entre petite et grande. Mais en tout cas, je n'aime pas quand on en fait trop en se faisant passer pour une petite merde. Et puis, l'arrogance. Voilà, donc c'est un bon... Alors, je ne me crache pas dessus, mais c'est ce qui me revient souvent. Ne te fais pas si petite, tu n'es pas si grande.
- Speaker #1
Un livre ?
- Speaker #0
Les Danées de la Terre, de Frantz Fanon.
- Speaker #1
Ton film préféré ?
- Speaker #0
Nos plus belles années et Mary Poppins.
- Speaker #1
Un lieu ?
- Speaker #0
Quand même... Je dirais que quand même, Figuig, avec tous ses bons côtés et ses mauvais côtés. L'amour, la joie, la fête. Le côté même mystique un peu avec ces histoires que mon père, ma grand-mère nous racontent avec les genounes, etc. Ils s'en foutent qu'on y croit. Ce qu'ils veulent, c'est qu'on écoute et qu'on se dise qu'il y a peut-être quelque chose au-delà. Et à côté, les longs moments d'ennui. où on se dit, putain, c'est ça mes vacances ? Le fameux, vous savez, c'est cette longue période après le déjeuner, quand il fait 45 degrés, que tout le monde fait la sieste, et ce qui est normal, et où vous n'avez pas envie de faire la sieste, vous êtes enfant, et vous vous dites, mais c'est long, c'est long. Et bien, c'est là qu'il se passe beaucoup de choses, en fait, et qu'on compte ses doigts, et qu'on se met à réfléchir. Donc quand même, mes vacances à Figui ont été très importantes, surtout qu'à Figui, quand je m'emmerdais, je savais qu'un jour, je ferais le tour du monde. Et je l'ai fait, donc, que j'irai voir hier. Donc, c'était temporaire. Et ça, c'est bien. Parce que vous dites, tout ça est temporaire. T'as le droit à tout, t'iras partout. Mais c'était important de s'ennuyer, de trouver que nos vacances étaient bof par rapport à celles des copines, etc. Et en un éclair de seconde, tout le monde se réveille, c'est l'heure du thé, ça bouge. Ah mais non, mais en fait, c'est génial, figuée. Ouais, voilà, ça j'adore.
- Speaker #1
Une odeur ?
- Speaker #0
Oh ben, les pieds de mes enfants. Je te remercie infiniment, Safia. C'était un très plaisir. Merci beaucoup. Merci, au revoir.
- Speaker #1
Cet épisode de Réa, maintenant terminé. Je vous remercie sincèrement de l'avoir écouté jusqu'au bout. Ce qui, j'espère, veut dire que vous l'avez apprécié. N'hésitez pas à le partager autour de vous, avec des amis ou sur les réseaux sociaux. C'est ce qui permet au podcast de grandir. Vous pouvez aussi le noter 5 étoiles et me laisser un petit commentaire. C'est un vrai plaisir de les lire. Si vous avez des questions ou voulez me suggérer une invitée, n'hésitez pas à me contacter sur la page Instagram Hiya Underscore Podcast. A très bientôt.