- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, ici Pochra Pourti et bienvenue sur Heia. En arabe, Heia signifie « elle » . C'est parce que ce mot n'est pas suffisamment utilisé pour parler de réussite et d'ambition féminine que j'ai décidé de lancer ce podcast. Les inégalités et la sous-représentation liées au genre sont malheureusement une réalité, et une approche intersectionnelle ne fait qu'amplifier ces phénomènes. Chaque épisode est une conversation où j'invite une femme de culture arabe à venir partager son histoire et évoquer sa réussite. Mes invités ont des backgrounds et trajectoires différentes. Elles sont journalistes, entrepreneurs, écrivaines, artistes ou encore médecins, et vous serez, je l'espère, inspirés par leur réussite. L'objectif de ce podcast est de tout d'abord promouvoir une image différente de la femme arabe en mettant en lumière ses parcours exceptionnels, mais aussi aider les plus jeunes ou celles en quête de renouveau à trouver des rôles modèles et ambitionner leur avenir. Ma conviction ultime est que la seule manière d'y croire, c'est de le voir, ou en l'occurrence l'entendre. Si ce podcast vous plaît, je vous invite à prendre quelques minutes pour le noter 5 étoiles sur iTunes ou Apple Podcasts. C'est la meilleure manière de le soutenir.
- Speaker #1
Sans plus attendre, je vous laisse découvrir notre invité du jour.
- Speaker #0
Cette semaine, je suis ravie de partager ma conversation avec Radha Hatemganzer, gynécologue, obsétricienne et fondatrice de la Maison des Femmes, lieu de prise en charge unique des femmes en difficulté ou victimes de violences. Dans cet épisode, Radha revient sur son enfance dans le Beyrouth des années 60, où elle est la seule fille de la fratrie. Elle relate son arrivée en France à l'âge de 18 ans et les raisons qui l'ont incité à poursuivre des études de médecine. Nous avons discuté de l'importance du métier de gynécologue, notamment dans l'accompagnement et le soutien des femmes vers le rôle de mère. Rada explique la mission de la Maison des Femmes, première structure en France à proposer une prise en charge globale alliant soins médicaux et aide psychosociale. Elle revient sur la création de ce centre, évoquant les défis rencontrés et la nécessité qu'elle a eue de rajouter de nouvelles cordes à son arc pour faire de cette aventure le succès qu'on lui connaît. Si vous désirez en apprendre davantage sur la Maison des Femmes, je vous invite à vous rendre sur leur site. Tous les détails sont dans les notes. Sans plus attendre, je laisse place à la heya du jour, Radha Atamganzer. Radha, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation et merci de me recevoir dans ce très beau lieu lumineux, coloré qu'est la Maison des Femmes, dont on parlera dans quelques instants.
- Speaker #1
Merci à toi pour ta sollicitation. Je suis très touchée d'avoir été repérée comme une femme d'origine arabe potentiellement intéressante.
- Speaker #0
La tradition sur Réa, c'est de commencer par les origines. Donc si tu es d'accord, est-ce que tu pourrais nous raconter où est née, où a grandi la petite Radha, dans quel environnement, quel type d'éducation ?
- Speaker #1
Alors, petite Radha est née à Beyrouth, dans une famille de la moyenne bourgeoisie libanaises, bourgeoisie catholique, maronite au Liban. J'étais la troisième d'une fratrie de quatre, j'ai trois frères. C'est important dans le contexte oriental, évidemment, tu t'en doutes. J'ai eu une enfance, comment dire, j'avais deux grands frères assez rapprochés. Ma mère les avait eus jeunes, elle n'était pas très à l'aise dans l'éducation. Et donc, c'était compliqué pour elle d'élever tous ses enfants, arriver d'un seul coup sans aucune méthode, si je puis dire. Et j'ai très vite compris qu'il fallait... Pas que je fasse trop de bruit, parce que les deux autres, ils en savent beaucoup. Donc j'étais plutôt une petite fille sage, en fait. Mais c'était aussi une façon d'être libre et autonome. C'est-à-dire que je lisais beaucoup, je voulais apprendre plein plein de choses. Donc je voulais à la fois faire de la danse, du piano, du sport, du foot, tout ce que je pouvais. Et probablement que j'avais compris que c'était là que je trouverais mon autonomie. que plus Plus j'accumulais d'expériences, de contacts, et plus je serais riche de tout ça, et plus ça serait facile pour moi. Donc j'ai grandi comme ça, puis après j'ai eu un petit frère encore, donc là j'ai vraiment fait la gueule, parce qu'il ne faut pas déconner.
- Speaker #0
Trois-et-trois !
- Speaker #1
Trois-et-trois, voilà ! Je lui ai longtemps voulu de ne pas être une fille. Après, je pense que quand la vie vous met comme ça, des petites difficultés, moi, c'est aussi très formateur. Il a fallu que je fasse avec tout ça. J'ai eu la chance que mes parents soient de culture française et qu'ils m'aient inscrite au lycée français de Beyrouth. Je crois que c'est quelque chose qu'on partage toutes les deux.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Et je pense que dans des régions comme... comme le Moyen-Orient ou l'Afrique du Nord, avoir accès à cette culture, à cette ouverture d'esprit, à ce côté totalement laïque aussi d'une éducation, c'est une chance incroyable. Et je suis, 50 ans après, extrêmement reconnaissante de ça, parce que je pense que c'est aussi ça qui m'a forgé mon identité de femme, de femme qui pense que tout est possible, Bastu ! parce que c'est nous-mêmes qui mettons nos propres lignes.
- Speaker #0
Est-ce que la petite Radha rêvait d'un métier ? Est-ce que tu savais très jeune ce que tu voulais faire, médecin ou peut-être autre chose ? Ou est-ce que tu étais plus dans un process d'éducation, de suivre les études, et puis les choses sont arrivées plus tard ?
- Speaker #1
Alors non petite, probablement parce que je devais avoir un rapport pathologique avec l'école, mais je voulais être enseignante, parce que moi les gens que j'admirais c'était mes profs. C'était eux qui m'apportaient la lumière, la culture, l'éducation. On pouvait faire des choses comme du théâtre, c'était assez innovant à l'époque au Liban. Monter des spectacles, je voulais être de ce monde-là, de ce monde de l'éducation, de ce monde qui ouvre les portes. Et puis, évidemment j'étais très jeune, donc on change 20 fois d'avis à cet âge-là, mais je crois aussi que la guerre m'a orientée vers le métier du soin. Aujourd'hui, je me dis que c'est quand même la même chose, c'est toujours s'occuper des autres, les aider à grandir, les aider à aller bien, que finalement, enseignants, médecins, on est un peu dans la même barque, mais finalement, c'est le soin qui l'a emporté.
- Speaker #0
Je vais revenir un tout petit peu sur ce que tu disais, tu avais trois frères, être la seule fille dans un milieu de trois frères et tu faisais rapidement illusion, c'est pas… des plus simples dans le Liban des années 60, où le garçon a tout de même une place unique. Est-ce que tu penses que tes convictions féministes ont commencé déjà à ce moment-là ?
- Speaker #1
C'est difficile de le formuler de manière aussi claire. En tout cas, mes convictions d'injustice ont commencé à ce moment-là. Et j'ai découvert en lisant, je ne sais plus quel livre, sur Gisèle Elimi, que c'était aussi le cœur de son engagement. C'est pas juste. Voilà. Petite, je me disais, mais c'est pas juste. Pourquoi je ne peux pas faire ce qu'ils font ? Qu'est-ce qui fait que je suis inférieure ? Qu'est-ce qui fait que je suis d'emblée promise à autre chose ? Parce que je n'arrivais pas à comprendre, en fait. C'était ça, mon problème. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi il fallait deux genres d'éducation, deux règles, une pour eux, une pour moi. Eux, ils pouvaient sortir. Eux, ils pouvaient faire ceci, cela. Et moi, non. Il fallait tout le temps que je rende des comptes. Il fallait que je disais tout le moment ce que je faisais, avec qui je faisais, etc. Et pourtant, je n'étais pas dans la famille la plus opprimante qui soit. Mais très clairement, on n'était pas sur la même planète. Et ça, c'était insupportable. Et j'ai aperçu que, comme Gisèle, je passais mon temps à dire, ce n'est pas juste, c'est moi aussi. Alors, est-ce que j'étais féministe ? Oui, sans doute, j'avais un féminisme enfantin, mais très revendiqué, très clair.
- Speaker #0
Et la gynécologie, je passe un peu à un autre sujet. la gynécologie est arrivée. Assez rapidement, dans tes études de médecine comme une évidence, on parlait de femmes, du care et en particulier de la femme. Est-ce que c'était un peu dans cette continuité-là ou est-ce que c'était suite à différents stages et différentes expériences que la gynécologie s'est imposée ou que vous l'avez choisie ?
- Speaker #1
La gynécologie, c'est plutôt un coup de foudre. Jusque-là, je voulais être pédiatre. Je crois que je restais aussi dans mon idée d'occuper d'enfants, etc. Et puis j'ai fait un stage en maternité et là, ça a été une révélation parce que je ne pensais pas qu'un métier pouvait donner autant de plaisir, d'engagement. L'obsétrique, c'est un métier hyper flippant, mais en même temps, c'est là où on a le plus d'adrénaline parce que quand on est sur un accouchement très, très, très catastrophique, on ne te fait pas de dessin. Et que finalement, ça se termine bien. pour la mère et pour l'enfant, je crois que c'est la... Peut-être sauver quelqu'un du cancer doit apporter autant de joie, je pense. Mais là, c'est immédiat. C'est-à-dire que ce n'est pas un traitement long et douloureux. Ça passe ou ça casse. Et le fait à chaque fois de se dire, voilà, cet enfant, j'ai réussi à le faire naître dans les meilleures conditions qu'il soit, sa mère va bien, ce n'était pas gagné. C'est une joie extrême.
- Speaker #0
J'imagine que la proportion de la joie est proportionnelle au fait que c'est un métier où on doit de la vie. L'autre option est encore plus dramatique, je suppose, que dans une autre où on parlait d'oncologie ou de cancer. Malheureusement, c'est une option qui est quand même là au début du parcours.
- Speaker #1
Non, c'est sûr, c'est un métier qui est entièrement tourné dans la vie et où du coup la mort est d'autant plus choquante qu'elle n'a normalement pas sa place. Et malheureusement, elle intervient par moments et c'est pour nous ça. C'est une grande humilité aussi de l'accepter parce que nous ne sommes pas Dieu. Ce n'est pas juste,
- Speaker #0
mais nous ne sommes pas Dieu.
- Speaker #1
Et oui, cette idée de donner la vie et surtout, moi, ce que je trouve passionnant, c'est de changer le statut des femmes qu'on accompagne. C'est-à-dire qu'on passe d'une jeune femme, voilà, libre dans sa vie, etc. Et brutalement, elle devient mère. Et ce n'est pas si facile que ça. On a beau dire que c'est normal, que c'est physiologique, que les femmes font ça depuis la nuit des temps, c'est difficile de devenir mère. Vraiment. Et d'accompagner cette femme dans ses questionnements métaphysiques, psychiques, parce que c'est une remise en question, c'est un tsunami.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
On ne le dit pas assez, mais…
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Voilà, ça ne vient pas comme ça.
- Speaker #0
Non, non, non. Et l'accompagnement est d'autant plus important. Et je pense que parfois, dans certaines… Dans certains pays, on en parlait tout à l'heure, on s'arrête juste à l'acte et on viendra à la maison des femmes. C'est tout un système, c'est tout un écosystème qui est directement lié. Et ignorer une partie, évidemment, de l'acte est très important et c'est probablement le cœur du process. Mais tout ce qu'il y a autour a aussi énormément d'impact et de dépendance avec ce que la mère va devenir, ce que l'enfant va devenir.
- Speaker #1
Non, non, l'acte n'est pas tout, loin de là. Et le problème aujourd'hui, c'est je pense la grande solitude des femmes, parce qu'il est loin l'époque où votre mère, votre grand-mère, votre tante, tout le monde était à vos petits soins quand vous veniez d'accoucher. Ce qui vous permettait aussi de petit à petit reprendre pied, de peut-être mieux dormir, de vous reposer un peu, de ne pas être en permanence enfermée avec l'enfant, d'avoir des gens qui savent, à qui vous pouvez demander des conseils. Aujourd'hui, ça n'existe plus. et donc tout ça doit être pris en charge par la société, la société n'est pas toujours prête et la solitude des mères je pense explique beaucoup des dépressions qu'on décourt aujourd'hui que l'accouchement n'est pas forcément la fête et que beaucoup de femmes souffrent de dépressions du postpartum et je pense que la solitude est un acteur essentiel et on parlait d'origine étrangère Merci. Et je pense qu'accoucher en terre étrangère, par exemple, c'est particulier. Vous êtes loin de vos coutumes, de votre culture, de vos habitudes. Vos parents ne sont pas forcément là. Et ça surajoute, je trouve, à la douleur et à la solitude.
- Speaker #0
Absolument, absolument. J'ai reçu Souraya, une femme qui a grandi en Algérie, qui s'est mariée, qui est devenue chef cuisinière à l'âge de 50 ans, qui était dédiée à être femme et maman. Elle me disait qu'il fallait se remettre en question et je trouvais sa réflexion très intéressante. Dans notre quête de l'égalité des sexes, de travailler, de tout faire, elle me disait qu'en Algérie, en Tunisie, au Liban, on a ce support system qui est là pour nous aider. Et puis il y a cette, je ne sais plus si c'est 30 ou 40 jours où la femme est un peu dans sa bulle, où on lui fait à manger et qui aide à atterrir. Et elle me disait, aujourd'hui, vous, les femmes d'aujourd'hui. deux semaines après, trois semaines après, j'exagère peut-être, mais vous êtes repartis travailler, le lendemain vous réfléchissez à la liste des cours, c'est au premier qui n'a pas fait. Et je trouvais cette réflexion hyper intéressante, parce que dans toute cette volonté de tout faire, est-ce qu'on y gagne toujours tout un débat ?
- Speaker #1
Clairement non, on y gagne en autonomie bien sûr, mais oui, on serait assez heureuse d'être soutenue. mais comment faire ? Et en plus, avec les mères qui travaillent aujourd'hui, elles sont moins en situation d'aider leurs filles. C'est un nouveau problème. Devenir grand-mère moderne,
- Speaker #0
c'est compliqué. C'est vrai, mais je pense que les grand-mères modernes, ça commence depuis que quelques années, alors que les femmes actives, c'est arrivé il y a quelques temps, mais c'est un vrai sujet auquel j'avais pas pensé.
- Speaker #1
C'est mon nouveau sujet.
- Speaker #0
Mais c'est vrai.
- Speaker #1
Faut-il arrêter de travailler parce qu'on est grand-mère ?
- Speaker #0
Bye.
- Speaker #1
Et que vous savez combien ça peut être important pour que vos enfants soient disponibles. Et en même temps, on s'est battus pour avoir le droit de travailler en ayant des enfants. Qu'est-ce qu'on fait de nos petits-enfants ?
- Speaker #0
C'est hyper intéressant. Je n'ai jamais pensé à l'étape...
- Speaker #1
Je t'ai fait plaisir.
- Speaker #0
Exactement, exactement. Radha, je voulais revenir. Tu disais que tu étais arrivée en France à l'âge de 18 ans. Est-ce que tu te souviens de ton arrivée ? Comment c'était ? Et puis j'imagine qu'il y avait un fantasme aussi de la France de par les livres, l'éducation, l'école française. Est-ce que cet atterrissage était en ligne avec ces fantasmes ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Et puis, il faut dire aussi que je sortais de trois ans de guerre civile et que n'importe quoi m'aurait paru le paradis, je pense. Mais il se fait que ce n'importe quoi, c'était la France et que ça tombait bien parce que c'était vraiment ma culture. Ce n'est pas mes racines, mais je suis chez moi en France, comme tu dois l'être aussi de par ton éducation. Je me souviens encore de cette journée de septembre où je suis arrivée à Orly et où j'ai pu me dire, voilà, ta nouvelle vie commence et tu es libre de toute attache, puisqu'en fait, je venais seule sans ma famille. Et ma première réaction dans Paris, ça a été, waouh, je suis totalement anonyme. C'est quelque chose qu'on ne connaît pas en Orient. Et ça a été pour moi... comme une bouffée d'air frais, de me dire en fait tout le monde s'en fout de ce que je fais, de ce que je ne fais pas. Alors que dans nos pays, dans nos petits quartiers, la moindre voisine sur son balcon est en train d'épier à quelle heure tu sors, avec qui tu es rentrée, quel garçon tu as embrassé, c'est juste impossible. Et donc ça, ça a été vraiment une révélation. Après, il y a l'autre face de la médaille, c'est... la solitude, c'est-à-dire que tout le monde s'en fout tellement que tu peux crever dans la rue, tout le monde s'en fout aussi. Ça, c'est quand même moins bien.
- Speaker #0
Et puis, comme tu disais, la voisine ou ailleurs, c'est la fille d'eux, c'est la sœur d'eux, sans même que tu les connaisses toi-même ou que tu le saches.
- Speaker #1
Et surtout, tout le monde se sent légitime à te surveiller. Une espèce de mainmise de la société tout entière sur ce que tu fais de ta vie, ce que tu fais même de ta sexualité. Et tu te dis, mais... quoi ça vous regarde, bonne bande de vieilles sorcières ?
- Speaker #0
C'est la notion de responsabilité collective à l'extrême. Et est-ce que pendant tes études ou peut-être après, est-ce que tu as été confrontée peut-être à des expériences moins agréables de par ton genre, de par tes origines, ou est-ce que, non, la France était quand même en ligne avec le pays des droits de l'homme avec un grand H ?
- Speaker #1
Le pays des droits de l'homme n'est pas particulièrement attentif à ton genre. Mes origines, je dois reconnaître qu'elles ne m'ont jamais posé problème. Je crois que c'est parce que j'ai les yeux bleus, c'est aussi comme ça. Mais je pense que les gens se disent, elle doit être un peu comme nous, parce qu'elle a les yeux bleus celle-là. Peut-être l'anecdote la plus amusante vient de ma belle-mère qui un jour m'a dit, Vous n'allez pas pouvoir m'accompagner au train là parce que c'est... Il y a des policiers, je ne sais plus, on était en période d'attentat ou je ne sais pas quoi. Et avec vos cheveux crépus. Ça, c'est pas... Mais elle était très nature. Voilà, donc ça veut dire que j'étais une belle fille, j'avais déjà des enfants, elle était une grand-mère, tout ce qu'il y a de très bien. Mais il y avait quand même cette notion de l'étranger. Oui, c'était... Merci. énormément ri. Je me suis dit, je ne le ferai plus, ça va aller. Et effectivement, les policiers n'ont pas posé de problème. Autrement, non. Mes origines n'ont pas été difficultées. Par contre, mon sexe, oui, comme toutes les femmes, j'ai subi du harcèlement, des agressions sexuelles, des remarques sexistes. Je ne sais pas si c'est une femme qui a réussi à traverser toute sa vie sans jamais être concernée. Il y en a de temps en temps qui me disent que je dois être très privilégiée parce que Vraiment, je ne vois pas, mais il suffit de marcher dans l'air. Elles sont sourdes ou je ne sais pas.
- Speaker #0
Tu as travaillé dans des hôpitaux à Paris et ensuite à Saint-Denis. Est-ce que le choix de Saint-Denis était le hasard ou plutôt un choix militant ?
- Speaker #1
C'était une forme de hasard, c'est-à-dire que je n'aurais jamais eu l'idée de venir travailler à Saint-Denis. Je ne connaissais pas du tout cette banlieue-là. Et c'est un poste qui m'a été proposé par le médecin qui exerçait cette fonction avant moi et qui m'a dit « je prends ma retraite, je pense que tu pourrais me remplacer, tu as le bon profil » . Je ne sais pas très bien de quoi il parlait. Et j'avoue qu'au début, j'étais assez méfiante et réticente. Pour moi, c'était une banlieue très violente. J'avais pas envie, quoi. J'avais pas envie de revivre Péroute.
- Speaker #0
Tu connaissais les banlieues où c'était quelque chose de...
- Speaker #1
Je connaissais des banlieues, mais pas... Saint-Denis, pour moi, c'est ce qu'on voyait à la télé, les bagnoles brûlées, les émeutes, les gens qui se tirent dessus aux urgences. Et mes enfants étaient extrêmement contre. Enfin, ils étaient ados à l'époque. Ils disaient « Non, mais maman, t'es folle » . Et puis je suis venue. Je suis venue plusieurs fois. J'ai vraiment... Vous, il naît un peu dans cet hôpital. Et puis, je me suis dit, après tout, mais pourquoi pas ? Ça peut être intéressant. Et j'avais absolument sous-estimé la capacité d'absorption totale de ce département, qui est quand même un sacré département, parce qu'il y a tout ce qu'on sait et il y a ce qu'on ne sait pas. C'est-à-dire que c'est un département hyper vivant, hyper dynamique, avec une population très jeune, avec énormément d'expérimentations. envers les femmes, envers les jeunes. Et j'avoue que c'est toujours une aventure passionnante.
- Speaker #0
Génial. Radha, tu as fondé la Maison des Femmes en 2006. C'est la première structure en France à proposer une prise en charge globale alliant soins médicaux et accompagnement psychosocial. Est-ce que tu peux nous expliquer plus en détail en quoi consiste la Maison des Femmes ? Quels sont les services et les soins que vous proposez ?
- Speaker #1
La maison des femmes, en fait, c'est une unité de l'hôpital, comme pourrait l'être la maternité, le service de pédiatrie. Et son objectif est de prendre en charge les femmes qui subissent de la violence ou qui, et ça peut être la migration, sont vulnérables, ne sont pas en totale capacité d'autonomie. Donc, on a plusieurs parcours de soins. On en a trois principaux. Le premier, c'est le... centre de planification familiale, donc on s'occupe de santé sexuelle, parce qu'on s'occupe d'accès à la contraception, de dépistage des maladies, d'accès à l'avortement, mais aussi qu'on va dans les lycées et les collèges faire des séances de prévention extrêmement importantes, et qu'on reçoit aussi parfois des femmes, des femmes issues de l'immigration principalement, qui sont, soit qui vivent dans des centres d'accueil pour demandeurs d'asile, soit des clubs des femmes iraniennes ou des femmes turques, parce qu'elles sont extrêmement ouvertes à ces débats qui remettent en cause parfois leurs convictions, qui vont les heurter sur des choses qu'elles pensent totalement acquises. Parfois elles ont des filles, par exemple, et elles expriment le fait qu'elles soient complètement dépassées. Leurs filles veulent la pilule, elles savent à peine ce que c'est. Est-ce qu'elles sont des mauvaises mères si elles autorisent leurs filles à vivre leur vie ? Ou est-ce que vraiment il faudrait qu'elles soient les gardiennes de la tradition ? Ce n'est pas très facile pour elles. Et donc ça, c'est très intéressant. Ensuite, on a un parcours autour des mutilations sexuelles. Ça, ça s'adresse à des femmes la plupart du temps d'origine africain-subsaharienne et avec une prise en charge psychologique, sexologique, chirurgicale, etc. Et un parcours violence. qui s'adresse à toutes les formes de violence, qu'elles soient sexuelles, physiques, psychiques, qu'elles aient eu lieu dans l'enfance ou qu'elles aient encore lieu au sein du couple. Et là, on a une prise en charge musicale globale de la santé de ces femmes qui souvent se négligent ou ont des maladies dont elles ne s'occupent pas ou qu'elles n'ont pas bien identifié. Et puis, psychologiques, elles sont toujours extrêmement stressées, déprimées. Et sous emprise. Et puis elles ont des difficultés sociales, elles sont isolées, leur conjoint a tout fait pour les appauvrir, leur famille ne comprend rien. Et donc on apporte la police pour le dépôt de plainte, le juridique pour les accompagner, des ateliers pour l'estime de soi, une prise en charge des enfants. On essaye de répondre à tous les besoins.
- Speaker #0
C'est admirable. Et à quel moment tu décides de créer la Maison des Femmes ? Est-ce qu'il y a eu un événement majeur, un déclic, ou est-ce que la réflexion a toujours été là ? Et puis à un moment, tu te dis, il y en a assez, il faut le faire maintenant.
- Speaker #1
Non, ce n'est pas un déclic. Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant, oh là là, il faut que je fasse ça. C'était plus… À force de... Justement, j'ai assez souvent été en position de responsabilité dans des maternités, donc d'organiser les soins, de regarder ce qui manque, ce qu'on peut créer, ce qu'on peut rajouter, et de me dire qu'en fait, il y a bien une thématique que je vois bien être importante chez mes patientes, mais qui n'a pas de lieu, en dehors de la consultation, mais une fois qu'on l'a dévisée en consultation, on fait quoi ? Il n'y a pas de lieu pour prendre ça en charge sur le moyen terme. Et c'est là que je me suis dit, peut-être, et c'était vraiment une hypothèse, j'avais aucune garantie, peut-être que si elles étaient dans un endroit où on leur disait, voilà, vous êtes là pour ça, c'est ça qui est important, c'est que ça impacte votre santé, et c'est pour ça que ça nous intéresse, parce qu'on est soignants, et qu'ensuite on pourra aussi vous confier à d'autres acteurs, peut-être que ça pourrait fonctionner. Et effectivement, assez vite, le modèle a été un peu validé par ces utilisatrices, très simplement.
- Speaker #0
En plus d'être médecin, d'être un super médecin, tu es une super entrepreneur. Pour l'ensemble du réseau, j'ai vu des derniers chiffres, vous êtes passé de 0 à 15 millions de budget de fonctionnement.
- Speaker #1
Pour la totalité des structures.
- Speaker #0
Exactement. Et j'ai cru lire que tu avais fait un master en management à l'ESCP. Est-ce que c'était ce choix de rajouter cette corde à ton arc ? dans le projet de créer la maison des femmes, ou rapidement tu t'es dit que le management, la gestion d'entreprise serait quelque chose qui te serait utile dans ton parcours ?
- Speaker #1
Non, à l'époque où j'ai choisi de faire ce master, c'était le management médical. J'avais déjà fait une formation en management il y a 20 ans avant. En fait, j'ai été chef de service d'une maternité assez jeune, et je me suis aperçue que nos études de médecine ne nous préparaient... absolument pas à être des meneurs d'hommes. Or, gérer un service, c'est pas exactement comme gérer une entreprise, mais la question des ressources humaines est cruciale. Ce qui est plus fatigant, c'est pas de s'occuper des patients, c'est de s'occuper de l'équipe. Et là, je n'étais pris vraiment ça en pleine figure en me disant, non mais il faut que tu te formes, parce que ça ne s'improvise pas. Donc j'avais fait cette première formation et puis, 20 ans, 15 ou 20 ans après, je me suis dit, bon, les choses ont peut-être changé, il y a peut-être d'autres choses à apprendre et puis... J'aime bien apprendre tout le temps, j'essaie de m'inscrire chaque année à un truc. Donc j'ai fait ce master, ça n'a pas révolutionné ma vie, mais ça m'a familiarisée avec des concepts, avec des méthodes, avec justement des entreprises qui ne sont pas médicales, mais dont on peut s'inspirer.
- Speaker #0
Du coup, ça t'a beaucoup servi ?
- Speaker #1
Ça m'a plus que pour l'entreprise Maison des Femmes, parce que là j'ai encore dû apprendre un autre métier qui est leveuse de fonds, et ça je ne l'avais pas du tout appris. Mais plus, oui, construire un projet, se doter de toutes les compétences, savoir comment aborder une équipe pour sa cohésion, pour son bien-être. Il faut embarquer les gens quand on construit un projet. Si on n'y arrive pas, c'est mort.
- Speaker #0
Et tu parlais de leveuse de fond. Ça a été compliqué, c'est probablement plus simple maintenant. mais au début quand ce n'est qu'une idée aussi belle qu'elle soit, trouver les personnes qui vous suivent, pitcher, expliquer que c'est quelque chose d'important. Ça a été compliqué ?
- Speaker #1
Ça a été, au début, terrible, parce qu'en plus, moi, j'ai choisi de pratiquer une médecine hospitalière pour n'avoir aucun rapport avec l'argent, justement. Je n'ai jamais pu supporter l'idée de demander à un patient... Voilà, vous devez tendre. Moi, les gens me disaient... Non, non, non, c'est le docteur qui me paye. Ça, c'est... extrêmement confortable. Et donc, le jour où il a fallu que je rentre dans le vif des finances, ça a été assez douloureux pour moi parce que j'aurais préféré m'en passer. Au début, je me suis pris mais que des portes fermées et des refus, bien sûr. Et du coup, ça a aiguisé ma combativité. Je me suis dit, non, non, non, il faut que j'arrive. Et ça m'a rendu assez têtu, tenace. Et ça a fini par payer, heureusement. Et comme tu dis, aujourd'hui, c'est bon. plus facile parce que une idée, ce n'est pas vendeur, mais quelque chose qui tourne, quelque chose qui inspire. Évidemment, les gens sont beaucoup plus attentifs à toi quand tu demandes de l'aide.
- Speaker #0
Bien sûr, parce qu'aujourd'hui, il y a la maison. Donc là, la première, celle de Saint-Denis, là on est aujourd'hui. Il y en a d'autres qui ont ouvert et qui vont ouvrir. Il y a même des pays, à l'international, il y a aussi beaucoup d'intérêt.
- Speaker #1
Il y a de l'intérêt, oui. Après, le passage à l'acte international est compliqué, parce que les pays qui sont intéressés sont justement des pays où la situation des femmes n'est pas très, très, très florissante. Et donc, implanter une maison des femmes demande beaucoup de courage et de...
- Speaker #0
Et donc à ce jour, Saint-Denis, Marseille ?
- Speaker #1
Alors Saint-Denis, Marseille, Reims, Bordeaux, Brieves-la-Gaillarde, Orléans, pour bientôt Rennes. Il y a des projets en gestation à Avignon, à Nîmes, à Montpellier, à Lyon, à Lille, à Rouen. Il y a une maison à Elbeuf aussi qui existe, enfin non ? ça commence à être un chlick c'est magnifique je crois que la grande force du projet c'est d'être arrivé un peu avant un peu avant que ça devienne un sujet qui était sous tous les projecteurs, un peu avant MeToo, un peu avant tout ça et du coup quand on s'est dit qu'est-ce qu'on peut faire, est-ce qu'il y a des options des solutions, tiens il existe une maison des femmes on va s'en inspirer c'est ça qui nous a finalement mis le pied à l'étrier Merci.
- Speaker #0
Aujourd'hui, si on veut vous aider, on peut donner, faire des dons à la maison des femmes ?
- Speaker #1
Ah oui, on peut tout à fait nous soutenir financièrement, parce que même si le gouvernement aujourd'hui met un petit peu la main à la poche, quand on veut faire fonctionner une structure comme ça, il faut beaucoup de personnel. À l'hôpital, mais je pense dans toutes les entreprises, nous on n'a pas beaucoup de matière première à acheter, mais notre matière première c'est l'humain et les salaires coûtent cher. Donc oui, on peut nous soutenir financièrement, on peut nous soutenir par des dons, par exemple, au bénéfice des patientes. Il y a certaines choses qui sont très appréciées des patientes, comme les produits de première nécessité, des choses aussi bêtes que les serviettes hygiéniques, que quand on n'a pas les moyens, c'est la dernière chose qu'on va acheter, on va d'abord s'acheter un sandwich. Parfois des compétences qu'on n'a pas, comme du graphisme et d'autres compétences qui peuvent nous aider. Tout ça est extrêmement bienvenu.
- Speaker #0
Quelle est la meilleure manière de vous proposer nos services ou de faire des dons ? Est-ce que via le site, c'est assez bien ?
- Speaker #1
Oui, le site est très bien clair sur comment je m'engage.
- Speaker #0
Génial, je rajouterai le lien comme ça, ça sera rapide à trouver. On parlait du gouvernement. Aujourd'hui, on est à trois ans après le lancement du Grenelle des violences faites aux femmes. Tu as la vision terrain, est-ce que tu sens une différence ? Est-ce que tu vois un impact de ce Grenelle-là sur la réalité ?
- Speaker #1
Oui, je crois qu'aujourd'hui, le sujet est clairement porté par le gouvernement. Est-ce qu'il est porté aussi loin qu'il le devrait ? La réponse est sans doute pas. On peut mieux faire puisque les résultats ne sont pas encore au rendez-vous. Mais il y a eu... Une volonté de montrer un engagement, une volonté de re-questionner les choses. Est-ce que les policiers sont assez bien formés ? Est-ce qu'il y a assez de magistrats ? Est-ce qu'ils sont assez spécialisés ? Est-ce que ça va assez vite ? Est-ce que les médecins sont formés ? Toutes ces questions ont été posées et commencent à avoir des réponses. Après, je pense que c'est un processus extrêmement long parce que c'est aussi un processus culturel. Et que la culture, c'est comme les traditions, c'est très compliqué, très lent à changer.
- Speaker #0
Rada, je vais passer sur des questions un peu plus philosophiques, disons. Quelle est ta définition de la réussite ?
- Speaker #1
Alors là, vous ne m'avez jamais posé celle-là. Je ne sais pas, je pense que la réussite, c'est comme le féminisme. Je crois qu'il n'y a pas une seule définition. Pour certains, ça va être ce qui se voit, ta richesse, tes biens. Pour d'autres, ça va être « est-ce que tes enfants ont bien réussi ? »
- Speaker #0
Pour toi,
- Speaker #1
ce serait quoi ? Pour moi, je pense que c'est un mix entre le fait d'être alignée, de faire des choses qui sont complètement en phase avec mes convictions, parce que sinon je serais très malheureuse, le fait d'avoir réussi quand même à avoir trois enfants formidables, et le fait d'avoir réussi aussi à maintenir un couple, une famille, malgré tous les aléas de la vie aujourd'hui. Ça pour moi,
- Speaker #0
c'est ma réussite, clairement. Quel regard tu portes sur la nouvelle génération aujourd'hui ?
- Speaker #1
Il y a une nouvelle génération de féministes dont les combats ne me parlent pas forcément. Je pense que toutes ces questions autour du genre « je dois être trop vieille pour que ça me touche » Je reste persuadée que la biologie a quand même quelque chose à voir avec tout ça, qu'on n'est pas juste des... des êtres de pensée. Mais en même temps, je trouve qu'il y a chez les jeunes, et notamment chez les jeunes garçons, qui me fait très plaisir, une vraie volonté d'égalité, une vraie volonté de ne pas reproduire les schémas parentaux, de ne pas être le gros connard avec des réflexes sexistes, avec une vision patriarcale du monde. Je le vois chez mes enfants, chez leurs copains, et je suis Vraiment très fière de cette génération qui, en douceur, sans grande déclaration, sans violence, finalement, change ses comportements, change sa façon de vivre le couple. Mes enfants, il y a sûrement un biais, mais sont entourés de couples qui sont égalitaires, où l'homme fait sa part du taf et pas juste vient aider. s'implique à 50-50. N'hésitez pas pas par exemple à promouvoir sa femme si c'est elle qui a un job qui la passionne et à se mettre en retrait parce que ça va l'aider et ça c'est des choses qu'on ne n'observait pas de mon temps donc ça ça me donne beaucoup d'espoir est-ce
- Speaker #0
que ce que tu ce dont tu viens de parler c'était quelque chose qui était très importante pour toi transmettre toi qui a deux fils c'était fondamental,
- Speaker #1
c'est-à-dire qu'il ne fallait pas... qu'il fallait que je lutte contre ma tendance naturelle qui est liée à mon éducation, contre cette facilité qu'on a de protéger nos garçons parce que un garçon n'est pas là pour faire le ménage, la cuisine, la vaisselle, et en charger nos filles. Donc j'ai dû me battre contre moi-même pour inverser les choses. Mais ça montre aussi qu'on peut y arriver. J'aime mal ma fille quand elle s'est mise en cours. mon couple ne savait strictement rien faire. Alors, je n'étais pas complètement fière, évidemment. Et mes garçons étaient plutôt autonomes. Donc, ça veut dire qu'on peut y arriver.
- Speaker #0
Est-ce que, on parle de transmission, est-ce que c'était important pour toi de transmettre des choses de ta culture à tes enfants ?
- Speaker #1
Oui, c'était extrêmement important de leur transmettre, comme dans toutes les cultures et les traditions, uniquement le bon. en laissant de côté les scories. Et bien sûr, la culture libanaise, enfin la culture orientale en général, a des choses merveilleuses de convivialité, d'hospitalité inconditionnelle. La maison, c'était la tour de Babel. Et donc, il y avait autant des gens qui y allaient, venaient. Et pour les enfants, je pense que c'est très important de savoir qu'on peut être tout le temps prêt à accueillir, parfois trop. Donc, ça pouvait être aussi des reproches. Mais je crois que ça leur a laissé des séquelles durables. Et ils adorent aller au Liban, ils se sentent extrêmement libanais, alors que, et ça c'est un sujet de combat, la femme libanaise ne transmet pas sa nationalité, parce qu'elle ne vaut rien, donc elle ne peut évidemment pas transmettre sa nationalité.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant, je ne le savais pas du tout.
- Speaker #1
Ça c'est une frustration magnifique. Il y a un mouvement de femmes libanaises aujourd'hui qui essaie d'interpeller le gouvernement à ce sujet, parce que c'est... Je sais que mes enfants vont très bien survivre sans leur nationalité libanaise, mais j'aurais eu beaucoup de plaisir à leur transmettre. Et quand ils sont nés, que j'ai appelé l'ambassade du Liban en disant « voilà, je voudrais déclarer la naissance de mes enfants » , ils ont commencé par m'accueillir avec beaucoup de gentillesse. « Très bien, comment vous vous appelez ? » « Ah, leur père est français. » « Ah non mais désolé madame, ça ne nous intéresse pas du tout. » Et ça, c'est une grande violence. Donc oui, transmettre, c'est très important.
- Speaker #0
Tu as gardé, je pense, ton nom de jeune fille. Hatem, c'est ton nom de jeune fille. Est-ce que c'était quelque chose qui était important pour toi ?
- Speaker #1
Complètement. D'abord, j'avais commencé ma carrière avec mon nom de jeune fille et je me suis mariée en fin d'internat. Donc, j'étais déjà connue comme Docteur Hatem. Et puis, il n'y avait pas de raison, en fait, que je change de nom. C'est compliqué de changer de nom. Et en plus, mon nom d'épouse, Ganser, n'est pas tellement plus simple. Je ne gagnais rien.
- Speaker #0
Tu ne devenais pas Dupont ?
- Speaker #1
Non, Dupont, ça allait. Mais quand j'avais toujours eu des pelles, un thé, un cèdre, avant, après. A thème, achetez-même, c'est facile. Et non, ça me fait très plaisir. Ça faisait très plaisir aussi à mon père. Après, je rajoute souvent mon nom d'épouse parce que les enfants râlent.
- Speaker #0
Bien sûr. Et pour conclure l'interview, qu'est-ce que tu dirais à la rade à enfants si tu pouvais te parler à enfants ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que je me dirais ? Je me dirais, écoute, va t'amuser un peu plus. T'es pas obligée d'en faire des tonnes, mais on peut pas savoir à l'avance.
- Speaker #0
Non, non. On peut s'amuser un peu maintenant ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. De toute façon, la vieillesse, elle a ça de fantastique, c'est que il n'y a plus d'enjeu. Il n'y a plus d'enjeu et la seule chose qui reste importante, c'est la transmission, alors pour le coup, professionnelle, pour que des jeunes reprennent le flambeau et aillent plus loin. Mais ça donne une très très grande liberté. J'ai beaucoup de patients qui se désolent, la ménopause, la perte de la séduction. Je leur dis mais il faut s'être libre, là. Il n'y a plus de faux-semblants, il n'y a plus d'artifice. et quelque part c'est jouissif.
- Speaker #0
Super. Merci beaucoup Radha, c'était un vrai plaisir.
- Speaker #1
Mais de rien, merci à toi.
- Speaker #0
Merci, à très bientôt.
- Speaker #1
À très bientôt j'espère.
- Speaker #0
Cet épisode de Réel est maintenant terminé. Je vous remercie sincèrement de l'avoir écouté jusqu'au bout. Ce qui j'espère veut dire que vous l'avez apprécié. N'hésitez pas à le partager autour de vous, avec des amis ou sur les réseaux sociaux. C'est ce qui permet au podcast de grandir. Vous pouvez aussi le noter 5 étoiles et me laisser un petit commentaire, c'est un vrai plaisir de les lire. Si vous avez des questions ou voulez me suggérer une invitée, n'hésitez pas à me contacter sur la page Instagram Hiya Underscore Podcast. A très bientôt.