- Speaker #0
Dès qu'ils étaient près de moi, je me grandissais comme ça. Une des plus grosses difficultés, ça a quand même été de gérer mentalement l'aspect jaguar, dangerosité des animaux. Je suis parti pour 7 jours en jungle, avec deux guides, un indigène et un natif, et un traducteur, portugais-anglais. J'ai faim, là. Tu manges de la tortue le matin, t'es... Là, tu... Faut y aller, là, parce que c'est pro-cuit, c'est visqueux, il est 9h, tu manges une tortue, t'es là, waouh !
- Speaker #1
Comme on se retrouve Baptiste, deux semaines plus tard pour ceux qui ont écouté l'épisode où Baptiste nous parlait de ses GR, de sa traversée Rennes-Lausanne à pied pour rencontrer Mike Horn. Aujourd'hui on va retourner en Amérique du Sud, ça me manque un petit peu. Et on va retourner au Brésil, là où on s'est rencontrés pour la première fois, parce qu'on s'est retrouvés tous les deux à Rio pour le Carnaval de Rio. Mais toi t'allais pas seulement là-bas pour ça. Tu as enchaîné sur une traversée du Brésil, non pas à pied cette fois, mais tu es monté en selle pour faire 5000 bornes de Rio jusqu'à Manaus. Et j'aimerais que tu me parles un petit peu de ça. Tu as passé 65 jours à pédaler dans le but d'aller apprendre les bases de la survie en jungle amazonienne. Parle-moi un petit peu de cette aventure en vélo et déjà comment est né ce projet.
- Speaker #0
Déjà, c'est un plaisir de refaire un épisode avec toi et de pouvoir parler de son projet, d'être écouté. Ça, c'est un plaisir. On s'est quitté effectivement à Rio au carnaval. Après, je suis parti, comme tu l'as dit, pour 5000 kilomètres de vélo, 65 jours seul, à travers tous les paysages brésiliens. Et c'était une aventure dingue. Ce projet est né... Suite au précédent, j'avais envie d'une plus grande aventure. J'avais envie d'aller à l'étranger et j'avais envie de découvrir autre chose. Et je ne sais pas pourquoi la jungle m'a toujours, mais alors toujours fasciné. Et je me suis dit, je vais aller dans la jungle amazonienne. Et quand j'ai regardé pour les billets d'avion... Il y avait une escale soit à São Paulo soit à Rio, j'ai dit bon bah naïvement je vais atterrir à Rio, je vais prendre un vélo et puis je vais traverser tout le Brésil. J'ai trouvé mon aventure, en plus j'avais envie d'apprendre le portugais comme ma famille est d'origine portugaise. Donc d'une pierre deux coups, j'ai après préparé cette aventure pendant six mois et on s'est retrouvé à la Genèse à Rio pour le carnaval.
- Speaker #1
Au tout début et je me rappelle, c'était cool, il y avait une bonne ambiance, on était avec une bonne type. de team dont pas mal d'autres gens qui vivent plein d'aventures dans le monde à droite à gauche. Et puis, toi, tu as dû vivre une sacrée transition parce que tu es passé vraiment d'un des endroits les plus peuplés à un moment en mode carnaval de Rio, c'est blindé de monde, c'est la fête. Je prends mon vélo et tu vas te perdre au fin fond du Brésil tout seul. Comment tu as vécu ? Parce qu'on était ensemble au carnaval et après... Comment tu as vécu ce truc de bon maintenant je suis tout seul ?
- Speaker #0
En fait déjà pour moi Rio c'était quand même une partie de mon aventure dans le sens où c'est là où ça allait démarrer. Je t'ai rencontré toi et toi tu m'as fait rencontrer un tas de personnes qui sont dans la même dynamique d'aventure, qui sont dans l'action, qui sont dans le mouvement. Et du coup je parlais de mon projet en disant à tous ces aventuriers et tous ces voyageurs et tout le monde me disait 3 de te suivre, 3 de te suivre. de voir comment est-ce que tu vas t'en sortir. Et à l'écoute de tous les péripéties, de tous les périples de tout le monde, j'avais plus qu'une hâte, moi, c'était de partir en fait, de rencontrer des aventuriers. C'était, ok, c'est quand à moi ? C'est quand mon heure ? Et cette heure est arrivée, et quand je suis parti, ça a été bizarre, parce qu'après 12 jours de fêtes intenses, j'ai essayé de visiter pourtant. Tout était bloqué. C'est férié là-bas, c'est vraiment que la fête, donc bon, j'avais pas le choix de faire la fête avec tout le monde.
- Speaker #1
Malheur,
- Speaker #0
malheur. Et quand, après 12 jours de fête, tu prends ton vélo, tu te mets en selle, et que t'arrives tout de suite dans les petites montagnes du Brésil, là, ça tape, parce que le soleil, plus les excès, plus les montées, plus la difficulté physique, plus la solitude, ça a fait un mélange assez difficile au début, mêlé à l'excitation du début de projet. Je me souviens, un des trucs qui m'a marqué, c'est que quand je sors de Rio, je prends une journée déjà à sortir de Rio et sa banlieue, et le lendemain j'arrive dans des forêts et j'arrive dans des endroits qui sont... moins peuplé et donc du coup il y a plus de végétation. Les bambous faisaient cette taille-là, faisaient vraiment, je ne sais pas, 10-15 cm de diamètre. Moi j'avais l'habitude de voir en France des petits bambous tout petits comme ça et là les bambous étaient énormes, tu peux t'imaginer tout le reste. Une fois que tu vois que les bambous sont immenses, tu te dis, les arbres étaient immenses, il y avait des oiseaux qui volaient partout. J'étais vraiment, ça y est, je rentrais dans mon projet et donc du coup... Toute cette excitation et cette effervescence du début, du départ, ça m'a complètement fait oublier toute cette douleur liée aux excès et liée à l'effort.
- Speaker #1
Il y avait plus de douleur au début, douleur physique parce que ton corps n'était pas prêt, ou même mentalement. Des fois, quand on a une... Comment dire ? Souvent, après un festival ou après avoir fait la fête avec des potes, on a une redescente où on se sent un peu moins bien. Toi, tu as peut-être eu un peu ça. Le plus dur, c'était quoi ? C'était mental ou physique ?
- Speaker #0
La descente que tu décris, elle ressemblait plus à une montée pour moi. Dans le sens où je me souviens que quand je m'arrêtais pour pisser, la couleur de l'urine était peu probable.
- Speaker #1
La couleur du drapeau du Brésil,
- Speaker #0
quoi. Oui, voilà, c'est ça. On se rapprochait plus d'un jaune fluo que d'une belle urine transparente. Je ne sais pas pourquoi on parle là-dessus. Mais ouais, du coup, je n'ai pas vécu cette descente, mais il a fallu se mettre très vite dans le projet. Et comme je t'ai dit, l'excitation d'avoir rencontré plein de monde qui est dans le mouvement, je n'avais plus qu'une envie, c'était d'être dans le mouvement et j'y étais enfin. Et c'était le début, c'était le départ et il fallait y aller. Il n'y avait plus de questions à se poser, il n'y avait plus qu'à profiter. Évidemment, c'était difficile parce que je suis arrivé très rapidement dans les montagnes. Et donc, il a fallu assumer les presque 30... 35 kg que j'avais de matériel avec le vélo à porter sur des pistes. Je me suis très vite retrouvé sur des pistes avec beaucoup de cailloux, c'était de la terre. Et puis du coup, c'est un terrain qui n'est pas du tout plat, qui n'est pas du tout lisse. Il y a beaucoup d'aspérité. Et donc du coup, tu te retrouves des fois, même si ce n'est tout le temps dans les montées, à devoir descendre de ton vélo pour le pousser. Parce que comme tu n'as pas le cardio à cause des excès de Rio, Eh ben, tu descends et puis je me souviens que je me disais, allez petit à petit. Au début, j'allais petite vitesse, petit plateau. Je me disais, OK, demain, je ferai petit plateau, deuxième vitesse. Et j'essayais d'aller crescendo comme ça dans l'effort parce que je savais que petit à petit était la meilleure solution à l'immensité du projet.
- Speaker #1
Ça fait penser, je me rappelle dans l'autre épisode où tu me disais pour, je crois, c'était sur la traversée des Alpes ou sur d'autres projets où tu vois l'immensité du truc. Comme tu dis, découper un peu en petits objectifs pour ne pas voir la montagne de l'objectif total. En mode, j'ai 5000 bornes à faire sous le soleil, sous le cagnard du Brésil.
- Speaker #0
Même état d'esprit.
- Speaker #1
Et juste en mode, tu te dis, bon, aujourd'hui, j'essaie de faire tant de kilomètres et avancer étape par étape. Et c'est vrai que là, je pense, tu dis que tu avais 35 kilos de matériel, vélo compris peut-être.
- Speaker #0
Vélo compris.
- Speaker #1
Comment, s'il y a des gens qui nous écoutent et qui ont envie de faire un trip à vélo, même pour faire un week-end vélo bivouac, c'est un peu différent. Comment tu t'es organisé ? Comment tu as prévu le truc niveau logistique, niveau point de ravitaillement ? Le Brésil, je vois, c'est immense. Tu ne passais pas forcément des endroits très peuplés. Comment tu as imaginé le projet pour tout ce qui est ravitaillement, eau et matériel que tu as emmené ?
- Speaker #0
Donc ce projet, il est né un mois, deux mois après toutes mes grandes randonnées de l'été dernier. Fin août, je me suis dit, ok, je vais aller au Brésil et c'est ça que je vais faire. Et à partir de ce moment-là, c'est comment est-ce que je réponds à toutes les problématiques que tu viens de dire. Emporter le bon matériel, être sûr de pouvoir passer dans des endroits où je vais pouvoir passer, et gérer toute l'inconnue. Il a fallu choisir un vélo. Avant de choisir mon vélo, je suis allé faire une étude posturale. Un truc assez poussé que des sportifs peuvent faire sur des gros triathlons ou sur des courses. Suite à ça, j'avais toutes les mesurations possibles et imaginables. Avec ça, une liste de vélos qui était adaptée. J'ai pu choisir mon vélo en fonction. Ensuite, à partir du vélo, j'ai construit tout autour. Là, j'ai regardé énormément de vidéos de bikepacking. installer un porte-bagages, des bagages, ensuite racheter du matériel. Par exemple, je partais souvent en tente dans mes précédents projets, mais là, un hamac était beaucoup plus adapté, puisque sur le sol au Brésil, ça grouille, mais ça grouille de plein de trucs, et ça a été une bonne décision de prendre un hamac, par exemple. Donc c'est toutes ces problématiques. que j'ai gérée au fur et à mesure pendant six mois, liées au matériel. Et ensuite, tout ce qui est lié à l'itinéraire, j'ai fait comme d'habitude, j'ai fait Rio Manaus sur Komoot. Il m'a tracé un...
- Speaker #1
Il t'a emmené dans des forêts perdues.
- Speaker #0
Mais j'avais l'expérience de précédents voyages que j'ai fait à vélo où je m'étais mal organisé et là, j'ai dit c'est impossible que je le fasse comme ça. Alors, une fois que j'ai vu le trajet que j'avais, j'ai dit tiens, je passe à côté de Brasilia, je vais aller à Brasilia. OK. Et là, petit à petit, encore une fois, j'ouvre un Google Excel. Et puis, OK, je passe par cette ville, ce village, cette commune, ce truc. Et puis, bon, là, je vais pouvoir me ravitailler parce qu'il y a un supermarché. Là, il y a un magasin de vélo. Là, il y a un magasin d'électronique. Là, il n'y a rien. Là, il n'y a rien. Là, il n'y a rien. Là, il n'y a rien. Beaucoup de choses où il n'y a pas grand-chose. Là, il y a des restaurants. Là, il y a des auberges. il y a des fousadas des hôtels et donc j'avais une grande liste comme ça de toutes les villes par lesquelles j'allais passer, où je savais exactement comment est-ce que je pouvais me ravitailler. Le but, grossièrement, c'était tout ce que je peux contrôler, je vais faire en sorte de le contrôler. Les villes par où je passe, mon matériel et mon état d'esprit. Après, tout ce qui va arriver, la météo, ma condition physique, l'effort, comment est-ce que je vais réagir à l'environnement ou les problématiques que je vais rencontrer, ça, je ne peux pas le contrôler. C'est des problèmes qu'il faudra que je gère un à un sur place. Donc ça... on met de côté et tout ce que j'ai pu contrôler, j'ai contrôlé matériel, préparation d'itinéraire, bouffe, nourriture, etc.
- Speaker #1
Tu as eu, souvent tu avais combien de jours où tu devais prévoir la bouffe parce qu'il n'y avait pas de point de ravito, il n'y avait pas de ville où il y avait, le maximum que tu as eu ?
- Speaker #0
Le maximum que j'ai eu ça a été 7 jours, mais ça ça a été une fois c'était exceptionnel, mais la plupart du temps c'était 3-4 jours où je devais être en autonomie, donc je devais prendre... De la nourriture et de l'eau, ça va parce que je croisais quelques fermes.
- Speaker #1
Ah d'accord, ok. Pour l'eau, tu faisais comment ? J'imagine que tu avais des gourdes sur ton vélo et sinon tu trouvais des... Tu as tout le temps trouvé des fermes ou des points d'eau ?
- Speaker #0
Ça s'est organisé, j'avais deux bidons sur mon vélo. J'avais un camelback de 2 litres, donc j'avais 3 litres plus une gourde filtrante de 1 litre. Donc j'avais 4 litres sur moi. Au début, je filtrais l'eau dans les rivières, tout ça, quand j'étais en autonomie. Quand je suis arrivé sur des zones beaucoup plus isolées, où les villes, vraiment, des fois, je tombe dans une ferme, le premier commerce à la ronde, c'est 150 km. Mais bon, il y avait des fermes de temps en temps, donc je m'arrête et puis on m'a jamais refusé une seule fois de l'eau. Donc c'est comme ça que ça s'est organisé. Mais ça a été plutôt en deux étapes. La première partie de mon aventure, j'étais quand même pas mal dans des villes, un peu tous les jours, tous les deux jours, et je filtrais l'eau quand j'avais besoin. Et sur la dernière partie, j'allais dans les fermes. Et sur la dernière partie, si les Brésiliens n'étaient pas là, impossible de faire ce projet.
- Speaker #1
Ok, donc parlons des Brésiliens. Tu dis qu'ils t'ont pas mal aidé, est-ce que c'est parce qu'ils t'ont accueilli ? En discutant ensemble, tu m'avais dit que tu avais été des fois très bien accueilli dans des fermes et hébergé. Dans quel cadre ils t'ont vraiment aidé et que tu dis que ça n'aurait pas été possible sans eux ?
- Speaker #0
Ça n'aurait pas été possible dans le sens où rien que pour l'eau déjà, ou alors il aurait fallu que je filtre à chaque fois l'eau, même pour la nourriture, il aurait fallu que j'emporte beaucoup. plus de nourriture, ça aurait été une autre organisation. Et donc du coup, en plus, je me suis découvert à travers cette aventure qui a été beaucoup plus humaine que les autres, parce que là, j'avais réellement besoin des locaux. Je prenais du plaisir à la fin à m'arrêter, à venir demander de l'eau. À la fin de mon projet, je commençais à parler un peu mieux brésilien, je pouvais parler de mon projet. je pouvais expliquer ce que je faisais et puis ils étaient quand même interloqués de voir quelqu'un comme ça à vélo, ils avaient jamais vu un mec qui était venu de Rio quoi, presque deux mois avant, c'est dingue. Et puis le soir, peut-être qu'on en reviendra plus après, qu'on reprendra un peu chronologiquement mais mais à la fin j'étais confronté aux jaguars donc je pouvais plus dormir dehors. Donc j'étais obligé de dormir à côté des fermes, ce qui m'obligeait vraiment à être à côté des locaux donc. Pour ces raisons aussi, la faune, la flore fait que je devais aller chez les gens. En tout cas pour ma sécurité à moi. Et pour rassurer tes proches aussi, évidemment.
- Speaker #1
Tu n'as pas eu la chance de voir des jaguars ?
- Speaker #0
Non. Non. La chance ou la mal... Je ne sais pas.
- Speaker #1
Je pense que c'est une chance.
- Speaker #0
Ça dépend comment tu le vois.
- Speaker #1
Il paraît que c'est quand même, pour en avoir discuté pas mal avec des gens qui étaient en Amazonie, avec des locaux qui vivent en Amazonie, que ce soit en Colombie... Pérou, un petit peu Brésil, mais beaucoup plus sur la partie ouest où j'étais. C'est quand même très très rare que le jaguar attaque l'humain. Il y a eu des cas, c'est quand même très très rare, parce que généralement ils ont de quoi bouffer, ils étaient un peu le dernier sur leur chaîne alimentaire, c'est un peu s'ils sont en mode survie. Mais bon, je n'ai pas eu la chance d'en voir. Peut-être que ce n'est pas plus mal si jamais tu as un coup de malchance et que tu t'es bouffé.
- Speaker #0
Je pense que maintenant, avec le recul et les connaissances que j'ai accumulées au fur et à mesure, j'aurais aimé en voir un. C'est-à-dire que... Une des plus grosses difficultés, ça a quand même été de gérer mentalement l'aspect jaguar, dangerosité des animaux, c'est-à-dire qu'à un moment, je montais dans le nord du Brésil, et plus je montais, plus on me disait, attention, parce que là, il y a des jaguars, t'es dans une zone où il y a beaucoup de jaguars, on me disait, comment tu fais pour survivre ? Donc, il y avait quand même un...
- Speaker #1
C'est les locaux qui disaient ça ? Oui, oui, oui.
- Speaker #0
Les locaux me disaient, comment tu fais pour survivre ? Je savais, j'avais anticipé le fait qu'il y avait des Jaguars, tout ça. Mais je ne m'étais pas préparé mentalement à vraiment y être confronté. Jusqu'à un soir où je dors dans une ferme chez quelqu'un, et il me dit, « Fais attention parce qu'ici, c'est très dangereux. » Il me dit, « C'est très dangereux. » Vraiment, il insiste.
- Speaker #1
Sur les Jaguars ?
- Speaker #0
Il insiste vraiment. Il me montre des vidéos, comment se défendre face à un Jaguar. Il me montre des vidéos d'attaques de touristes de jaguars, des articles et tout ça. Et moi, je suis là dans la ferme. Je suis OK. À quel point est-ce que ce qu'il me raconte, c'est vrai ? Est-ce qu'il grossit les... Le lendemain, je pars de chez lui. Le lendemain matin, je pars de chez lui. Pendant trois heures, je suis dans le sable. Je ne peux pas avancer. Je suis obligé de pousser mon vélo. Et il y a des traces de jaguars. Pendant trois heures, des traces de jaguars fraîches. Et je les vois. Et pendant vraiment trois heures, je suis à côté de mon vélo. J'ai très peu de connaissances sur les Jaguars.
- Speaker #1
Très peur.
- Speaker #0
J'ai très peur parce que le gars, hier, m'a dit, en gros,
- Speaker #1
c'est super douce.
- Speaker #0
Ils attaquent les vaches. Je me suis déjà fait bouffer des chiens. Il me dit ça. Et là, je suis face aux traces de pas.
- Speaker #1
Et tu vas vers les traces.
- Speaker #0
Mais je suis les traces. Et puis là, ça faisait, je ne sais pas, peut-être 30 ou 40 jours que j'étais déjà parti. Et moi, j'étais en émerveillation totale face aux éléments, à la nature. Et là, tu passes au milieu de la forêt. Tu entends des bruits. Tous les bruits que tu as entendus pendant 30 jours. Là, tu te dis, ok, c'est un jaguar, il va me sauter dessus, je vais mourir là, maintenant. Tout de suite, je vais mourir. Et mentalement, c'est une des premières fois de ma vie où je me suis dit, vraiment, je ne veux pas mourir. Alors, ça paraît bête dit comme ça, mais je me suis toujours dit, je vis et je n'aurai pas de regrets, je vais faire tout ce que j'ai envie de faire. Et si moi, j'ai un sentiment d'accomplissement le soir, je t'en ai déjà parlé dans le précédent podcast, et je me dis, tiens, je pourrais partir cette nuit, je suis trop heureux là déjà. Là pour la première fois de ma vie j'ai dit Non, en fait, je ne veux pas mourir. C'est impossible que je meure. Parce que là, vraiment, je m'imaginais qu'un jaguar allait me sauter dessus. Il allait me bouffer. Je me suis dit, OK, donc mes parents, ils n'auront plus de nouvelles de moi. J'espère que les Brésiliens qui vont me retrouver, ils vont prendre mon téléphone. Comme ça, il y aura mes notes, mes images dedans. Mes parents, ils pourront récupérer ça. Je me suis imaginé. Je me suis dit, attends, mais mes parents, ils vont me perdre. Attends, mais attends, ils vont être trop mal. J'ai dit, non, non, impossible. Moi, je veux encore les voir. Je veux encore passer du temps. et quand je suis sorti de ces 3 heures, dès que j'ai eu du réseau, j'ai regardé tout ce que je pouvais. Tout ce que je pouvais savoir sur les jaguars, comment ils te mangent, déjà je savais que s'ils me mangeaient ils allaient m'écraser la tête tout de suite, comment est-ce qu'ils vivent, qu'est-ce qu'ils chassent, où est-ce qu'ils sont, les chances que tu as d'en croiser un, donc tu as 99% de chances de ne pas croiser un jaguar, dans les 1% de chances si tu le croises tu as une chance sur 10 qu'il t'attaque, donc en gros il ne faut pas que tu le surprennes, donc je traversais des forêts, je voyais des traces de jaguars, j'étais là, je tapais sur mon vélo avec des trucs. sur la ferraille pour faire des bruits, pour annoncer que j'étais là. Donc je faisais « bah, bah, bah » , il y a des oiseaux qui s'envolaient. Tu ne sais pas combien d'heures ? Mais bah ouais, dès que je voyais des traces, des trucs, ou des fois pendant cinq minutes, j'oubliais, j'étais dans mon truc, je faisais « bah, bah, bah » , débile tu vois. Mais il fallait que je m'annonce, parce que si jamais tu tombes, j'empruntais des routes qui étaient très peu empruntées. Donc si je tombe face à un jaguar et que je le surprends, lui il va rentrer en face de défense. donc il va vouloir se défendre ou m'attaquer ou fuir. Donc, je n'ai pas envie de créer ce moment. Et le deuxième truc qu'il faut faire attention, ce n'est pas être entre un jaguar et ses enfants. Donc, voilà. Je savais que si je ne le surprenais pas et que je faisais à chaque fois, ça allait aller. Et que si j'étais attentif, de toute façon, j'étais très attentif, qu'il n'y ait pas un enfant, un truc, un bébé ou quoi que ce soit. Et ça, ça marchait aussi pour les bandes de porcs. les bandes de cochons des bois. Ça marchait aussi pour les loups. On me disait qu'il y avait des loups, alors ça... Donc voilà comment j'ai géré au fur et à mesure. Et puis au fil des jours, quand je voyais des traces, tout ça, je regardais entre les arbres. À la fin, tu es de plus en plus en confiance. Tu te dis, ok, peut-être que là, il y en a un, là, il y a un point d'eau. Là, il y a de l'ombre, je sais qu'ils se mettent dans les arbres. J'essayais de regarder, j'en ai jamais vu. Mais des fois, je suis parti dès matin, il y avait des traces qui étaient vraiment fraîches. Et je savais qu'il y en avait un là aux alentours de quelques kilomètres.
- Speaker #1
Et je sais qu'il y a des endroits au Brésil, j'ai un pote allemand là qui avait été à un endroit au Brésil, je ne sais plus le nom exact, qui est vraiment réputé pour voir des jaguars, où vraiment tu peux en voir très régulièrement.
- Speaker #0
Pantanal ?
- Speaker #1
Peut-être, c'est possible, je sais que c'est au Brésil. Et sinon, dans ce que tu disais, il y avait, quand j'avais été traducteur en jungle amazonienne, en Colombie, enfin frontière, bref en Colombie, il y avait Robert qui était un des guides, qui m'apprenait pas mal de choses. qui lui me racontait quand il s'était retrouvé, alors ça a été très rare et ça fait longtemps qu'il vit dans la fin, il est un loco, il vit dans une communauté, un local, il vit dans une communauté donc il a passé sa vie dans la jungle, je crois il a vu que quelques fois des jaguars et il y a une fois il s'est retrouvé nez à nez avec et il me disait en gros faut regarder vers lui tu vois, en mode lui faire face mais pas le regarder dans les yeux et pas essayer de partir parce que de toute façon il sera plus rapide que toi et du coup il peut te prendre comme une proie si t'essaies de te barrer.
- Speaker #0
Faut se faire grandir. Il faut parler un peu fort, il faut montrer qu'en quelque sorte c'est toi le prédateur. Et ce qui est marrant c'est que quand j'ai regardé justement les techniques qu'il fallait...
- Speaker #1
T'es sûr de toi le prédateur ? Je crois qu'il me disait faut pas trop le... Enfin quand il me disait tu vois en mode il faut pas le regarder dans les yeux pour pas en mode le confier en mode je suis là...
- Speaker #0
Mais dans le sens prédateur, dans le sens où il faut pas que tu sois une proie pour lui. Donc dans le sens il faut que tu sois un truc qu'il connaît pas, qui est grand et qu'il se dise bon ça vaut pas la peine.
- Speaker #1
Je vais aller chasser de la poule sauvage.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Ou des poissons, ou je vais aller... Peu importe. Et je ne sais plus où je voulais en venir. Oui, et donc du coup, quand j'ai appris toutes les techniques qu'il fallait mettre en place au cas où s'ils t'en voyaient un, il y a un truc qui est marrant et le truc qui était le plus pénible au Brésil, c'était les chiens. Ouais. Les chiens, dans les fermes, chez les gens, ils ne sont pas attachés, ils ne sont pas éduqués, ils ne sont pas élevés. Tu passes à vélo... Tu le vois à 100 mètres, là.
- Speaker #1
Lui, il va me courir dessus.
- Speaker #0
Pas lui, ils sont toujours trois à cinq. Et tu vois trois chiens. Et tu te dis, bon, OK, là, ils arrivent en springtime. La prochaine étape, ils me sautent dessus, ils m'arrachent les mollets, c'est sûr. Donc, au début, j'avais peur. Alors, soit je passais vite, vite, vite à vélo et je les devançais, ou soit, si je n'avais pas le temps, je m'arrêtais, ils venaient, ils me sentaient, je perdais cinq minutes et je repartais. Et quand j'ai appris pour les Jaguars, j'ai commencé à mettre en place les techniques de Jaguar. Mais sur les chiens, c'est-à-dire les chiens, ils venaient en courant, ils venaient, ils couraient, ils couraient. Et puis dès qu'ils étaient près de moi, je me grandissais comme ça, et puis les chiens, comme ça, ils ne savaient pas trop où se... Ah ouais ? Ouais. Et à la fin, des fois, je passais à côté de ferme, je voyais les chiens arriver, je disais, toi, toi, là, la petite bande qui arrive, c'est pour moi. Ils arrivent. Et je fais... Et je leur fais peur comme ça. Et vraiment, dix mètres après, je vois le fermier qui est là avec sa fourche. Il me regarde, il se dit... Qu'est-ce qu'il fait ? Il voit un mec en vélo dégueulasse, marron de terre, gueuler sur ses chiens. Deux secondes après, « Bondilla ! » Voilà ce que m'a appris les jaguars. Ce que m'a appris les jaguars à gueuler sur les chiens.
- Speaker #1
Après que tu... Ça me fait penser à un sketch de... Je ne sais plus si c'est le palmacho, je ne sais pas qui. Et à un moment, il fait « Putain, il faut que je m'achète un chien pour lui gueuler dessus. » Voilà.
- Speaker #0
Ça me fait penser à ça. Les chiens ils font que gueuler là-bas, c'est insupportable.
- Speaker #1
Quand tu t'embrouillais avec les chiens des agriculteurs, après tu te retrouvais à rencontrer des fois les agriculteurs qui disaient pourquoi ils gueulaient mes chiens, est-ce que tu peux me raconter un petit peu les rencontres que tu as eues, quelques anecdotes là-dessus, et comment tu as vécu un peu ? Parce que moi je n'ai pas passé énormément de temps auprès de la population brésilienne, mais on va dire les premiers sentiments que j'ai eus. c'est qu'ils sont adorables, hyper chaleureux. Malheureusement, on va dire que j'avais appris l'espagnol, mais pas le portugais, donc j'avais un peu la barrière de la langue avec les Brésiliens, et je ne suis pas resté longtemps. Mais toi, comment tu as vécu ça ?
- Speaker #0
Ça fait une belle transition, parce que justement, c'est grâce aux chiens, finalement, que je réussissais à rentrer en contact avec les agriculteurs et les fermiers. Au début de mon projet, c'était juste pénible, parce que je n'avais pas besoin de dormir. Dans des fermes, je dormais dehors, des fois je dormais dans les auberges. Et à la fin, je n'avais pas le choix de dormir dans les fermes. Donc, je m'arrêtais devant une ferme. Les chiens arrivaient. Ils n'arrêtaient pas de me gueuler dessus. Du coup, le fermier sortait. Et là, moi, j'avais ma petite technique. Comme je ne suis pas très à l'aise sur le fait de venir m'incruster chez les gens, au début, je disais, j'ai besoin d'eau. Ils me disaient, ouais, viens avec moi, je vais te donner de l'eau. Ils viennent et, ah, qu'est-ce que tu fais ? Du coup, là, la discussion commence. Et puis, après, je leur ai expliqué mon projet. Je leur disais, écoute, moi, je n'ai pas envie de dormir. dans la forêt parce que c'est trop dangereux avec les jaguars et tout ça. Donc, est-ce que tu crois que ce serait possible que j'installe moi un Mac dans ton jardin à côté de ta maison ? Et à chaque fois, il me disait oui. Je n'ai pas eu besoin de faire plus d'une ferme. C'est-à-dire que dès que j'ai demandé, on m'a dit oui.
- Speaker #1
Tu n'as eu aucun refus ?
- Speaker #0
Aucun refus. Le seul refus que j'ai eu, c'est quand je suis allé dans une réserve naturelle et c'était des gardes, donc c'était des militaires. Donc là, je suis allé demander, je me suis dit, Ça serait une belle anecdote d'aller dormir avec les militaires dans une réserve. Et eux, ils ne pouvaient pas. C'était plus...
- Speaker #1
Légalement.
- Speaker #0
Légalement, ils n'avaient pas le droit. Et donc, du coup, la plupart du temps, ils ont toujours un petit porche devant leur maison, là où ils installent leur hamac et ils chillent devant chez eux. Et ils décrochaient leur hamac. Ils me disaient, tu mets ton hamac ici. Tu peux prendre ta douche, il y a un tuyau ici. Ou alors, si tu veux, la douche est là. Et puis, on va préparer à manger à telle heure. Tu viens. Et là, tu rentres vraiment dans le quotidien des Brésiliens. Tu regardes. Je ne sais pas, l'équivalent de n'oublier pas les paroles en France à 20h. Tu regardes le feuilleton à la télé ou alors tu discutes de ton projet. Ils sont super intéressés par ton itinéraire. Où est-ce que tu es passé avant ? Où est-ce que tu passes après ? Et alors là, ils te donnent plein de conseils sur « Ah ben, il faudrait peut-être que tu passes là » ou « Là, je connais lui » . Si jamais t'as besoin...
- Speaker #1
Peut-être des prochains agriculteurs qui pourraient t'accueillir.
- Speaker #0
Ou même dans les villes, on me disait, va plutôt à cette auberge-là, puisque je connais le gars, tu verras, c'est super sympa, il y a un resto. Donc, ils me donnaient plein d'informations. Donc ça, c'était super sympa. Et après, juste de pouvoir discuter, d'être là avec eux, et de renforcer mon portugais. Au début, je ne parlais pas un mot de portugais. J'avais juste les bases, si tu m'as vu avec les bases à Rio de Mongolia, merci. Tout doux même. Tout doux même, voilà, ça c'était pratique quand même, tout doux même. Tu ne connaissais pas les femmes.
- Speaker #1
Tu nous racontes cette anecdote que tu m'as racontée.
- Speaker #0
C'est très drôle. C'est un peu folklorique, ça fait quand même partie de l'essence du carnaval de Rio. Donc on est au carnaval, c'est le combien de jours, je ne sais pas. On passe l'après-midi à la plage ou quelque chose comme ça. On rejoint des amis. Et puis nous, on devait aller au Sambodrome pour aller voir le défilé du carnaval. Et il y a beaucoup trop de circulation dans Rio. Donc on dit vas-y, on prend des Ubermoto. On rentre au logement. Et puis après, au logement, on bouge à pied au Sambodrome.
- Speaker #1
C'est très drôle. C'est vrai que c'était juste quand on allait au Sambodrome. Ah non, au Sambodrome. Je confonds avec le Maracana.
- Speaker #0
Non. C'est là où il y avait vraiment le défilé. C'est un stade où c'est une allée avec deux tribunes sur un kilomètre presque. Franchement, je pense que je n'abuse pas quand je dis que c'est vraiment immense. Toi, tu prends ton taxi-moto, tu pars, moi je prends mon taxi-moto. Mon taxi-moto est comme un ouf. Il est malade. Il roule comme des malades. On est sur la rocade à un moment et puis il dépasse une moto. taxi avec une fille derrière qui est en tenue de soirée donc très dénudé et qui paraît magnifique en tout cas à mes yeux et puis il me dit muita bonita muita bonita il me dit elle est super belle elle est super belle et puis donc on passe à côté je lui fais tout doux même comme ça parce que c'est les seuls mots que je connaissais et je me suis dit comment veux tu accoster et on est à 80 km vraiment et lui il me dit Il me dit, Falakon est là, Falakon est là, parle-lui, parle-lui. Je lui dis, tout doux, je ne savais pas quoi lui dire. Et puis les deux motards sont en train de discuter. Et puis moi, je sors mon téléphone, je vais sur Instagram. On est à 80 km heure sur la rocade.
- Speaker #1
C'est des fous.
- Speaker #0
Je lui donne mon téléphone, elle me donne son Instagram. Et puis après, on part. Et puis je dis, mais c'est quoi cette technique ? Je lui ai juste dit tout doux, et puis elle me passe son Instagram. Il avait fait un détour pour les suivre. Il me dit, tu veux que je t'emmène là, que je te dépose ? Il était flou. Moi, je me suis dit, on va aller au San Vaudron quand même. Donc, il me fait un détour, je passe dans une autre rue. Là, exactement la même chose. Lui, muita bonita, muita bonita. Moi, tout de même, tout de même. Mon téléphone à 30 km heure entre les voitures. Je lui dis, mais c'est n'importe quoi. Et après, je vous ai raconté ça, vous étiez plié de rire.
- Speaker #1
Ah ouais, sur un trajet Uber-Moto, tu choppes deux numéros, mais pas en t'arrêtant, en roulant.
- Speaker #0
Malheureusement, ça n'aura jamais abouti à rien. Ah oui. Mais juste pour l'anecdote, pour expliquer tout le folklore, c'est-à-dire tout le monde fait la fête, tout le monde est en tenue de soirée. Et pour la première fois de ma vie, je crois qu'à Rio, j'ai vraiment fait la fête dans le sens où il y avait des gens qui avaient des instruments, des percussions, des trompettes. Il y avait des gens qui dansaient, des gens en échasse. Et tout le monde était réuni et dansait ensemble. On s'était fait la réflexion en France, les gens en soirée dansent plus en groupe, ils font un petit cercle entre eux, ils dansent entre eux. Ici, tout le monde partageait. Des fois, on était ensemble, mais toi, t'étais à 3 mètres. Et puis moi, j'étais à 3 mètres avec d'autres personnes. Il y a vraiment un moment de partage autour de la musique et de la danse. Et c'était vraiment, vraiment... Et puis la musique là-bas, c'était trop cool. Non, franchement, j'en garde un. Un bon souvenir de tout ce folklore carnaval, rencontres, c'était top.
- Speaker #1
C'est vrai, moi aussi c'est ce que j'en retiens. Alors est-ce que c'est moi aussi, ma façon d'être qui change, ou est-ce que c'est le mood ? Peut-être un peu des deux, peut-être quand même surtout le mood je pense. C'est que je trouve au Brésil, même au carnaval et en soirée, c'est très facile comme tu dis de se rencontrer d'autres gens, de se greffer un groupe, de discuter, d'aller danser, etc. Et à un moment je crois je suis rentré en France où j'ai retrouvé des potes en leur faisant la surprise à Nantes, on est allé en boîte, t'étais là en plus, du coup après ça retrouvait, les musiques étaient, bon un chier voilà,
- Speaker #0
la soirée était longue,
- Speaker #1
c'était un chier, et c'est très en fait, après y'a pas que les boîtes en France clairement, mais c'est très en mode chacun avec son petit groupe de potes, et en fait on danse en rond, et c'est limite chelou d'aller discuter avec le groupe d'à côté ou d'aller aborder d'autres gens, et j'étais là mais j'ai mis je suis Je ne vais plus en boîte en France, c'est mort. Après, je trouve qu'il y a le côté festival en France qui se rapproche un peu plus de ça, où c'est quand même en festival plus simple d'aller aborder d'autres groupes et puis de se retrouver sur le camping, tout ça. Mais bref, voilà. Donc, tu as appris le portugais un petit peu, un peu plus que toutoubem.
- Speaker #0
En fait, sur l'apprentissage du portugais, moi, j'avais vraiment envie d'apprendre. Donc il y a un an avant de partir, j'avais fait 6 mois de Duolingo, 10 minutes tous les jours, où vraiment on t'apprend à dire une pomme verte. Bah quoi ça va te servir ? Donc j'avais quelques mots, mais mon niveau était zéro, impossible de tenir une discussion. Donc au début quand je suis tout seul, là t'es tout seul et tu parles que portugais. Eux ils parlent pas anglais, en français alors encore moins, et puis tu parles un peu la langue des signes. Donc au début t'as rien. t'as bonjour, ça va, tu sors Google Traduction pour dire je cherche ça, je cherche un restaurant où est l'hôtel le plus proche ou alors juste pour discuter, qu'est-ce que tu fais donc je vais à Manaos donc au début c'est beaucoup avec le téléphone et puis ils sont super patients, ils sont super patients parce que en France t'arrêtes quelqu'un, un touriste qui arrête un français et puis qui sort son Google Traduction pendant 10 minutes, je pense qu'il se fait remballer au bout de 30 secondes En tout cas, t'es à Paris ou t'es dans les villes aux alentours. Et là, ils prennent le temps. Et donc, au fur et à mesure, au début, il y avait Bondilla. Après, il y avait Bonjour. Après, il y avait Bonjour, où est ce restaurant ? Après, il y a Je suis parti de Rio. Je vais à Manaos. Je suis avec mon vélo. Et t'apprends presque une phrase tous les jours. Et au fur et à mesure, au bout de 60 jours, j'avais presque mon speech qui était érodé pour parler de tout mon projet. Et puis après, tu te rends compte qu'il y a plein de mots. Par exemple, tous les mots qui finissent en sion. Attention, construction, peu importe, ça finit juste en sao. Tous les mots, par exemple, construction, ça devient construit sao. Attention, atasao. Après, tous les mots liberté, liberdade. En fait, ça se rapproche pas mal. Et donc, j'ai réussi à apprendre comme ça au fur et à mesure. Et ça a été de plus en plus agréable puisque j'ai pu avoir des discussions. Vraiment, des fois, pendant une heure, deux heures, je n'avais pas le meilleur portugais, mais tu t'aides un peu avec les mains. Et puis, des fois, quand t'as pas un mot, tu regardes un peu sur ton traducteur. Et puis, ça, c'était vraiment, vraiment, vraiment cool. Le fait d'apprendre une langue, moi, j'adore. Je prône l'ouverture d'esprit. Je pense que c'est une qualité qu'il faut savoir développer. Et de s'ouvrir à une autre culture, à une autre langue. Et de respecter, vraiment, d'être dans un pays. Et de respecter les coutumes, de respecter la nourriture, de respecter tout ça. Et de venir en ayant vraiment juste la volonté d'en apprendre plus sur ce pays. Je ne suis pas là pour faire des vidéos, je ne vais pas te coller un téléphone à la gueule pour te filmer ou quoi que ce soit. Je vais vraiment être respectueux et observer. J'ai pris énormément de plaisir en le faisant. Et c'est du coup quelque chose que j'ai envie de développer encore plus. On a rencontré plein de gens à Rio qui parlaient 5-6 langues. Tu te dis, mais les portes que ça t'ouvre, les discussions que t'as. Même à Rio, je pensais que j'étais bilingue, mais en fait, quand t'es dans la vie de tous les jours à parler, je me suis rendu compte que j'avais aussi des lacunes en anglais. En fait, ça m'a donné envie de communiquer avec le monde. Tu te dis, t'as un nombre de choses que t'as à apprendre. C'est dingue. Je suis super content d'avoir pu apprendre le portugais et je vais continuer mon apprentissage.
- Speaker #1
C'est bien Baptiste.
- Speaker #0
Merci. Merci, merci. Je n'attendais pas d'être félicité, je n'en attendais pas tant.
- Speaker #1
Si, bravo quand même. 5000 bornes en vélo aussi,
- Speaker #0
bravo quand même. Merci. Ce n'est pas rien. Merci.
- Speaker #1
On en a fait un petit peu sur trois jours pour aller au Mont-Saint-Michel.
- Speaker #0
Sans malot. à Saint-Malo en passant par Focal l'objectif c'est de plonger au plongeur de Saint-Malo c'est ça,
- Speaker #1
mais oui oui c'est vrai t'as pu vivre un cinquième de ce que j'ai fait avec un petit peu de on a eu un joli lever de soleil avec tous les moutons qui passaient au Mont-Saint-Michel c'était bien cool et bon toi t'as eu pas mal plus de kilomètres que ça Comment ton corps a vécu ça en termes d'adaptation ? Tu as eu des grosses douleurs, des grosses galères physiques, même au niveau, je ne sais pas, digestion ?
- Speaker #0
C'est des problèmes qui sont récalcitrants, j'ai envie de dire.
- Speaker #1
Parce que tu étais aussi sous le soleil, il faisait très chaud quand tu y étais.
- Speaker #0
Donc déjà, je me souviens quand je suis arrivé à Rio, moi je n'étais jamais descendu dans l'hémisphère sud, il y a une chaleur. Je transpirais énormément. Et ensuite, sur le vélo, t'avais 30-35 degrés qui te tapaient toute la journée dessus. Donc ça, je buvais énormément. Je pouvais boire jusqu'à, je pense, les grosses journées, jusqu'à 8 litres. En comptant des fois des sodas et des trucs que tu t'envoies parce que t'es à plat. Ensuite, pour ce qui est de l'adaptation à l'effort, Ça a pris quand même, je dirais, une bonne semaine pour vraiment réussir à prendre un rythme. Je savais que ça allait prendre du temps parce que je n'avais pas fait tant de bandes de vélo que ça. Je savais que j'avais une bonne position sur le vélo, que le vélo était agréable, j'avais fait une sortie, je savais que tout allait être bon. Et c'était plus s'habituer à l'effort des montagnes et au fait de se discipliner parce que tu peux vite perdre le moral quand ça fait la... quatrième, cinquième fois de la journée que tu fais une montée à pied, que t'es sous le soleil, que j'avais le dos brûlé. Est-ce que tu vois ce que c'est la viande de grison ? La viande séchée, la viande séchée qui est bien rougeâtre. Oui,
- Speaker #1
ça, ouais.
- Speaker #0
Et bah, mon dos, c'était ça. Super. C'est-à-dire que des fois, je m'allongeais dans l'air, je faisais... Bah, impossible.
- Speaker #1
Et tu roulais torse nu ?
- Speaker #0
Bah, je roulais des fois torse nu, je roulais... Ou même, ouais, en fait, j'avais fait l'erreur de rouler une fois torse nu, cramé complet. Donc c'était crème solaire tout le temps, tout le temps. Et...
- Speaker #1
C'est vrai que t'as vraiment en mode la marque...
- Speaker #0
J'aime pas si je l'ai en...
- Speaker #1
Vanille chocolat sur les jambes. C'est un peu moins, mais quand on avait fait du vélo ensemble là...
- Speaker #0
Donc j'ai eu la première semaine qui a été difficile. Et après j'ai commencé à prendre le rythme. Et à faire 60 à 70 kilomètres quand j'étais dans les montagnes, j'avais à peu près, je pense, 1000 mètres de dénivelé par jour, si ce n'est des fois plus. Donc là, à ce moment-là, il faut beaucoup manger. Ce qui était bien, c'est qu'au début, je passais beaucoup dans des villes. Et là-bas, au Brésil, la plupart des restaurants, c'est des buffets à volonté. T'as du riz, des pâtes, des pommes de terre, des fejao, c'est des haricots beiges ou noirs. avec de la viande, du poulet, du boeuf, du poisson, et puis après tu as des crudités, des salades. Donc ton assiette, tu la pèses au poids ou tu paies juste ton assiette. Grossièrement, tu en as pour 3-4 euros. Je me faisais des assiettes immenses, je mangeais vraiment énormément. Donc quand je passais dans les villes, à chaque fois je prenais le confort de manger pour prendre de l'énergie. Et quand j'étais en autonomie, je me suis vite rendu compte que j'étais sous-alimenté. Je dépensais 6000 voire 7000 calories par jour et des fois j'en ingurgitais que 3000, 2000, 3000. En mangeant juste un peu de riz, du thon, un peu de flocons d'avoine le matin et quelques noix de cajou. Et quand je me suis rendu compte de ça, le premier jour ça va, le deuxième jour tu commences à être un peu plus faible. Le troisième jour tu sens qu'une montée que tu es capable de faire avec de la pêche, tu es incapable, tu galères. J'ai complètement réadapté mon alimentation en autonomie. J'ai racheté un sac supplémentaire pour avoir plus de stock. Je mangeais beaucoup plus. Je mangeais ce que j'appelle des bons calorifiques. C'est-à-dire que tu regardes, ils font des espèces de pâtes pressées d'amandes et tout ça, des trucs où il y a... Chocolat,
- Speaker #1
noix,
- Speaker #0
amandes... Tu as 500 calories et tu manges des trucs comme ça. Et je mangeais du coup énormément, au point même que j'ai presque pris du bide. J'avais des réserves qui se créent au fur et à mesure. Je n'ai pas perdu tant de poids que ça, j'ai perdu 1,5 kg au total. Donc j'ai perdu les muscles du haut du corps, un peu la flotte que j'avais en moi. Et je suis fier puisque j'ai quand même plutôt bien géré. Il y a des aventures où des fois j'ai perdu 6, 7, jusqu'à 10 kg. Là, j'ai perdu 1,5 kg en faisant 5000 bornes au Brésil. Donc l'expérience a fait que je m'en suis bien sorti. Mais c'est vraiment couvrir ses besoins énergétiques. Et bouffer, bouffer, bouffer, pas arrêter de bouffer.
- Speaker #1
Quelle idée tu te faisais du Brésil avant de partir ? C'est immense le Brésil, moi je m'en suis rendu compte. Rien que... du nord au sud tu sais il ya combien vraiment d'une à vol d'oiseau du nord du sud au nord et à 4300 4700 km à vol d'oiseau ouais à vol d'oiseau c'est la distance maximale ouais c'est immense et genre par exemple du point le plus au nord au point le plus au sud de france je crois qu'il ya quasiment mille bornes faut s'imaginer c'est 4 5 x juste le brésil immense en longueur ce que tu as tant que tu as roulé quoi c'est cinq fois du nord au sud de la france voilà c'est même si j'avais traversé cinq fois la france même un peu plus
- Speaker #0
Et c'est pour rien que le Brésil, c'est le cinquième pays le plus grand du monde. Tu peux mettre toute l'Europe dans le Brésil. Tu peux mettre l'Australie dans le Brésil. C'est immense. C'est vraiment... Et je ne m'en suis pas rendu compte. Et tu me demandes un peu dans quel état d'esprit j'étais avant d'y aller. Qu'est-ce que je pensais ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu t'imaginais ? Et puis, qu'est-ce que tu as découvert ? Un petit peu, tu vois, si on se met à la place de quelqu'un qui n'a pas été au Brésil, Moi, par exemple, je suis remonté le Brésil par la côte. Donc là où tu es passé, je ne connais pas du tout. Et donc j'aimerais bien que tu essayes de me décrire un peu à quoi ressemblent les paysages et puis ce que tu t'imaginais et finalement ce que tu as découvert.
- Speaker #0
Alors, sur ce que je m'imaginais, j'avais mis mon point des fois sur Google Maps et je regardais un petit peu. Je savais que j'allais être dans des endroits très isolés. Je savais que ça ressemblait à des plaines immenses, des grands espaces. Je savais que ça ressemblait à ça, avec des routes, deux tiers de toutes les routes que j'ai empruntées, c'était que de la piste, c'était que de la terre battue, rouge. Donc je savais que j'allais passer là-dedans, j'avais regardé un peu les villes, je voyais que c'était pas grand, il n'y a pas d'étage, il y a quelques commerces. Donc j'avais quelques idées, mais en fait c'est surtout quand je parlais de mon projet aux gens, l'image que les gens ont du Brésil et les peurs qu'ils avaient liées à ce pays. Ils projetaient leur peur sur moi dans le sens où il y a beaucoup de clichés liés à la sécurité et la dangerosité. On me disait « mais tu vas aller là-bas, mais là-bas il y a les favelas » .
- Speaker #1
On te disait ça en France ? Ouais,
- Speaker #0
on me disait ça ici, on me disait « t'as une bague, on te coupe le doigt, on te demande une clope, t'en donnes pas, on te coupe les doigts, t'as une montre, on te coupe la main, tu vas te réveiller, on va t'arracher les reins, les trucs » . Il y avait un folklore vraiment sur la dangerosité. Et même lié aux animaux, le fait que ça grouillette partout. Moi, on m'a fait... C'est plus les gens qui m'ont fait peur par rapport aux idées qu'ils avaient du Brésil que ce que je m'imaginais. Moi, je sais que j'ai un côté un peu insouciant où je peux me lancer dedans avec l'inconnu dans le sens où, si ça se passe mal, au pire, au pire, je me fais voler mon vélo. Au pire, je me fais raqueter, je finis à poil. Bah, je rentre. Pour moi, c'était aussi simple que ça, quoi. C'est un moment où on va... Ok. La sécurité, si il m'arrive quelque chose, je rentrerai. Donc je suis arrivé là-bas un peu en me disant je vais faire attention parce qu'on a beaucoup parlé. Et quand on est arrivé à Rio, oui, il y a beaucoup d'insécurité. Mais ensuite, quand tu es vraiment dans le pays, je laissais mon vélo, je ne l'attachais pas. Les gens, ils étaient tranquilles. La sécurité, c'est vraiment que dans les grandes villes où il y a du narcotrafic, où il y a beaucoup de tourisme. Donc du coup, les gens sont très pauvres là-bas. Moi je me souviens à Rio, il y a un petit gars tout sale, il a 8 ans, il me demande de lui acheter des bonbons à l'épicerie, j'y vais, il prend deux paquets de chewing gum et me dit qu'il va les vendre à l'unité pour manger le soir Donc eux, leur problématique, c'est maintenant, quoi. C'est comment je fais pour bouffer maintenant ? Donc c'est sûr qu'on a des touristes, une rue à côté de là où j'ai croisé ce gamin, il y avait tous les touristes à l'escalier, je sais plus comment il s'appelle, Salamone. Il y avait tous les touristes, les gars, ils avaient 1000 balles d'habits sur eux. C'est pas envie de dire que c'est normal que ça incite, mais il faut qu'ils s'en sortent, eux aussi. Donc ouais, il y a du tourisme, donc forcément, les pauvres, ils vont voler les riches, tu vois. et ça c'est depuis la nuit des temps mais j'ai pas du tout ressenti ça pendant mon projet et ça c'était trop cool. Et après, si je dois te décrire une journée, t'es sur de la pisse rouge, ocre, non pas ocre, c'est pas le mot, mais rouge, t'as la végétation verte, t'as le ciel bleu, t'as des perroquets, des haras bleus, jaunes, qui passent au-dessus de toi, t'as des fourmis rouges, jaunes, noires, avec des boues jaunes, des petites, des grandes, des... Avec des mandibules comme ça, elles ont mangé mes lacets, elles mangent mes tongs, tu vois des tamanoirs, les trucs qui bouffent les fourmis, t'as des singes, t'as énormément de vie. Moi j'ai, en France, quand je marchais sur les chemins, des fois je voyais un petit lézard, j'étais refait. Mais là, la diversité, tu vois même un jour j'ai roulé sur un serpent, le premier jour je vois un espèce de lézard qui fait cette taille-là. Donc beaucoup d'animaux, beaucoup de végétation et des espaces immenses et des espaces vierges où des fois, je regardais à 360 degrés, j'étais autour d'une montagne et je ne voyais pas une habitation. Et c'était que des grands espaces et qui n'étaient pas habités par l'homme. Ici en France, chaque parcelle de terrain en France est possédée par quelqu'un. Il y a un champ, il y a le terrain, c'est limite si les forêts appartiennent à des gens. Il n'y a que les montagnes ou des fois un peu la côte et encore maintenant les plages sont privatisées. Tout en France, en tout cas de ce que je connais, chaque partie appartient à quelqu'un et chaque partie, il y a la trace de l'homme dessus. Chaque partie de la France. Là au Brésil, c'est l'inverse complet. C'est-à-dire que l'homme est un petit peu ici et l'espace est immense et tu as l'impression que tu es seul au monde. Tu n'as pas de ville, tu n'as rien, tu as deux, trois... Petites vaches, tu les vois gambader là-bas, tu te dis mais elles sont sauvages quoi, la ferme, où est-ce qu'elle est ? Et ça c'est la journée traditionnelle, c'est des espaces immenses. Et je peux même pas te faire vraiment une journée traditionnelle puisque dans les montagnes c'était comme ça. Et après j'ai été dans des zones très agricoles où t'as des champs à perte de vue, on balance des pesticides en avion dans la gueule. Les fermes, t'as des villages pour les ouvriers, t'as un parc de... de véhicules, de tracteurs, de camions, ils sont 30, 40, plus ceux qui sont en train d'être utilisés. Et après, t'as la partie de l'Amazonie, où là, c'est une piste rouge, et la forêt autour sont des milliers de kilomètres. Et la seule piste qui est à peu près utilisée. Donc le paysage diffère vachement. Et après, c'est des petites villes qui payent pas trop de mines. Avec deux, trois épiceries, des restaurants, des trucs tranquilles. C'est difficile de décrire avec des mots, mais c'est tranquille. Je me sentais vraiment isolé, très isolé.
- Speaker #1
Là, tu m'as parlé d'endroits vierges et tu t'es fait arroser de pesticides par des... Par des avions, j'ai deux questions qui sont sûrement liées. Première, on m'a beaucoup parlé du côté catastrophique de la déforestation au Brésil, de la forêt amazonienne. Je n'ai pas vu ça de mes yeux parce que je suis resté sur la côte atlantique du Brésil. Est-ce que toi tu as eu l'occasion de voir ça ? On m'a dit qu'il y avait parfois aussi des feux volontaires qui sont provoqués pour, on va dire... enlever de la surface de forêt et une fois que c'est fait en mode ah bon bah voilà ce qu'est le dommage maintenant est ce qu'on peut planter du soja ici tu vois j'ai entendu pour le soja par exemple c'est peut-être je me trompe peut-être il ya peut-être d'autres productions aussi mais est ce que tu pourrais me décrire un petit peu à quoi ressemblent les fermes que tu as vu là bas est ce que c'est des exploitations que des exploitations vraiment immense il y en a pas mal c'est pour production de soja, il y a peut-être autre chose. Je sais qu'ils produisent du café aussi, je crois, mais je ne sais pas si c'est vers le nord. Et est-ce que toi, tu as vu la déforestation de tes yeux ?
- Speaker #0
J'ai eu un aperçu, parce que je n'étais pas dans la région où ça déforeste le plus, dans la partie Amazonas et Mato Grosso, qui sont plutôt à l'est du Brésil. au nord-est, il y avait énormément de champs, énormément de cultures, mais ce n'est pas là où ça déforeste le plus. L'état qui est le plus déforesté, c'est l'état de Parra, qui est plutôt à l'ouest, en dessous de l'Amazonie. Des locaux m'ont donné la statistique qu'avant, il y avait 100% de forêts à l'état de Parra, et que maintenant, ce n'est plus que 30 ou 40%.
- Speaker #1
Tu as l'idée de la superficie de l'État ou pas du tout ?
- Speaker #0
L'Amazonas, c'est le plus grand État, et Parra, c'est le deuxième. Donc je ne saurais pas te dire la superficie, mais c'est immense. Les locaux de l'espace ? La taille de la France, globalement.
- Speaker #1
Donc la taille de la France sur cet État-là, qui a été rasé, où c'était de la forêt ?
- Speaker #0
Ensuite, vu toutes les cultures qu'il y avait proches de l'Amazonie, j'arrive à m'imaginer qu'avant, il y avait de la forêt ici. Parce que les lisières de rivière étaient verdoyantes et ça poussait. Donc il y avait la forêt ici avant. J'ai vu deux ou trois champs qui étaient brûlés pour faire des plantations. Donc ce qu'ils font, c'est qu'ils brûlent, ils foutent des animaux dedans en attendant, des vaches. Et puis une fois qu'ils ont l'autorisation ou qu'ils peuvent commencer les travaux pour tout raser et installer. Leurs plantations, ils le font. Donc c'est évident que par là où je suis passé, avec des cultures à perte de vue, c'était de la forêt avant, et que ça a été rasé. Ça, j'en suis persuadé. Je pense que ça aurait été plus flagrant dans l'état de Paris. Et après, tu me posais la question des fermes. Les fermes, c'est tout ou rien soit, c'est une ferme vraiment immense, comme je t'ai dit, avec des villages d'ouvriers, où les ouvriers viennent pendant 10, 15 jours. pour travailler avec leur famille. Quand tu dis des villages,
- Speaker #1
il y a combien de personnes à bosser sur la ferme ?
- Speaker #0
Des fois, je pense la plus grande, une centaine de personnes. C'est des entreprises.
- Speaker #1
100 personnes pour une ferme ?
- Speaker #0
Il y a vraiment des entreprises. Ça, c'est pour la plus grosse. Je pense qu'en moyenne, il y avait vraiment... Par exemple, un jour, je suis allé prendre de l'eau dans une ferme. Ils ont tous des fontaines à eau. Et c'était à côté du dortoir, dans le dortoir. Déjà, rien que dans le dortoir, c'était des lits superposés sur... Je pense qu'il y avait vraiment au moins 30 personnes déjà qui pouvaient dormir là. Plus au moins une vingtaine de maisons, appartements à côté. Il y avait l'église au milieu de la ferme. Non, non, c'est vraiment immense. Et puis, tu as les petites fermes par lesquelles moi, je suis passé pour m'arrêter dormir. Où là, tu as deux, trois exploitants. Et puis ils ont une trentaine de vaches qui gardent pendant trois ans, qui revendent. Des fois, le commerce le plus proche est à 100 km. C'est pas un Leclerc. Le petit commerce, ça vend des sacs de 10 kg de riz, ce qui m'emmerdait des fois parce qu'il n'y avait même pas de sac de 1 kg. Il y avait soit 5 ou 10 kg.
- Speaker #1
Tu vas prendre 10 kg sur ton vélo, mon grand.
- Speaker #0
La flemme, bizarrement. Et ça, ces petites exploitations, c'est plutôt familial, plutôt ce qu'on... pouvait imaginer la France, on pouvait l'imaginer comme ça je pense il y a quelques dizaines d'années avant qu'il y ait le remembrement et tout ça, c'était des petites fermes avec chacun sa petite parcelle petite parcelle au Brésil qui est immense et puis voilà mais c'est vrai que c'est assez choquant de voir des fermes immenses j'ai de la famille qui sont agriculteurs, ils ont des fermes qui sont déjà des bonnes fermes et quand tu vois ça T'as des villages d'ouvriers, quoi. Rien que ça, quoi. Il y a la plus grosse ferme que j'ai traversée, où ça m'a balancé du pesticide plein nez après. Je suis arrivé, je pensais que j'allais la traverser tout droit. Donc j'arrive, je commence à entrer dans la ferme, il y a une gardienne qui vient, qui sort, qui me dit « qu'est-ce que vous faites ? » « T'as pas le droit de passer là, faut que tu contournes. » Elle appelle l'autokiewalkie, il y a la sécurité qui vient. Donc tu vois, c'est presque, on dirait une usine, quoi. donc voilà ce que moi j'ai pu voir en tout cas
- Speaker #1
Et t'as pas mal discuté avec les agriculteurs là-bas. Est-ce que t'as eu des réflexions ou des problématiques qu'eux t'ont fait part ? Qu'est-ce qu'ils pensent un petit peu ? Est-ce que t'as des choses sur leur vie que régulièrement qu'ils revenaient ? Soit des réflexions, soit des choses qu'ils t'ont dit sur un truc qui t'a marqué. Je sais pas ce qu'ils pensent sur...
- Speaker #0
Je crois qu'ils réfléchissent pas trop à ça, parce qu'en fait, ils sont un peu dans l'urgence de vivre. C'est que des métiers qui sont... qui sont primaires. Tu te souviens à l'école, métier primaire, secondaire, tertiaire ? Ici en France, il n'y a que du tertiaire pratiquement maintenant. Il y a beaucoup moins de primaires dans la construction ou dans l'agriculture.
- Speaker #1
L'industrie,
- Speaker #0
c'est secondaire. Mais là-bas... Il n'est pas sûr de nous. Là-bas, en tout cas, c'est que des ouvriers qui bossent dans la construction, sur les routes, qui bossent dans les fermes, qui sont des ouvriers. C'est un pays ouvrier. Et les seuls endroits où j'ai vu des bureaux, c'est à Brasilia. Rio, il doit y en avoir aussi. C'est des métiers touristiques, c'est des commerçants, c'est des artisans. J'entendais souvent en France, j'entends souvent, ouais, c'était mieux avant. Je pense que c'était mieux avant, ça ressemble au Brésil de maintenant. C'est-à-dire, c'est encore très... C'est encore patriarcat. C'est... Ouais, il y a... Tu sens que c'est moins avancé, mais je crois pas qu'il se pose la question. En tout cas, je pense qu'ils sont de bonne humeur pour ne pas parler des mauvaises choses. Et en tout cas, moi, je n'ai pas parlé de choses très complexes avec eux. Ils sont contents de faire leur travail. Quand je bossais avec des gars qui conduisaient des camions, ils étaient trop fiers de montrer leurs camions en photo. Ils aimaient bosser. Donc non, je ne saurais pas trop comment conclure ta question.
- Speaker #1
Ok. Sur l'épisode qu'on avait fait il y a deux semaines, pas mal parlé du côté ce que tu avais ressenti mentalement et puis les émotions que tu avais vécues, tout ça. Là, ça fait une heure qu'on enregistre quasiment et on a à peine parlé de ça. J'aime bien quand tu me racontes un petit peu ce que tu as ressenti, ce que tu as vécu, les moments durs, les moments de joie. Est-ce que tu pourrais me faire un petit condensé ou revenir dans tes souvenirs sur des moments importants et qui t'ont marqué au Brésil sur cette aventure-là ?
- Speaker #0
Eh bien, je me souviens de t'avoir dit qu'un jour, dans les montagnes, je pleurais de joie.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et il m'est arrivé la même chose. C'était le septième jour, pas de réseau, rien. Je suis dans la forêt, je dors à côté d'une rivière. Je me cuisine mon plat et je mets la musique de Coldplay, Viva la Vida. Et c'est une musique qu'on écoute en famille. Puis j'y réalise ce que je suis en train de faire. Ça fait sept jours que je suis déjà là. Je vais probablement passer encore des semaines et des semaines au Brésil à vivre ce que je suis en train de vivre et je kiffe ce que je suis en train de faire. Là, il n'y a pas de friction quant au fait de faire. Je sais vraiment, je suis en paix, je ne suis pas dans une démarche introspective. Je suis en paix et je suis en train de faire un truc que j'aime. J'écoute cette musique et je pense à mes parents et je me dis qu'ils me font confiance, ils me laissent partir. J'ai tellement de chance de les avoir, de vivre ça, d'avoir des gens qui m'accompagnent. Ce n'est pas tout le monde qui est poussé par ses parents, qui est poussé par ses proches, qui est poussé par sa famille. Et j'ai ressenti tellement de reconnaissance que je pleurais de joie. Je pleurais sur les sardines.
- Speaker #1
Sur les sardines ? Oui,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
La musique de Patrick Sébastien. Non. Tu étais sur Viva la Vida.
- Speaker #0
Non, sur les sardines que je mangeais. J'adore. Ah bah non, ça aurait été très beauf. Florée de joie sur les sardines. Qu'est-ce qu'on essaierait ? Donc je pense que ça résume quand même bien l'état d'esprit dans lequel j'étais, qui était de découverte, d'ouverture d'esprit, de volonté de ressentir l'inconnu et de paix. Je crois que j'ai trouvé la paix l'année dernière dans les montagnes et que j'ai vraiment... Je fais un câlin aux petits Baptistes, aux Baptistes adolescents qui se posaient des questions, qui étaient perdus. Et je sais à 100% ce que je veux faire. Je le fais parce que ça me fait kiffer. Je le fais parce que j'ai envie de ressentir toutes ces émotions. J'ai envie de ressentir le doute. J'ai envie de ressentir la peur. J'ai envie de ressentir la joie. J'ai envie de ressentir tout ça. J'y vais pour ça et maintenant que j'y suis, je le ressens. Et donc quand je doute, je doute, mais c'est des doutes que je commence à connaître, c'est sûr. Le doute de savoir si tu vas pouvoir arriver là où tu veux le soir, si tu vas réussir à réaliser ton projet. Les peurs, est-ce que je vais réussir à apprendre le portugais, est-ce que je vais réussir à communiquer, est-ce que je vais réussir à prendre du plaisir pendant deux mois ? L'inconnu de « est-ce que j'ai envie de vivre ça pendant deux mois ? »
- Speaker #1
Est-ce que ça a été le cas ? Ou il y a des moments où tu t'es dit « Mais qu'est-ce que je fous là ? Pourquoi je prends aucun plaisir ? »
- Speaker #0
à un moment où je me suis demandé ce que je foutais là Il n'y a aucun moment, il n'y a pas un moment. où je me suis dit qu'est ce que je fais je me suis dit pour qui je me prends où je me suis dit pour la simple et bonne raison que je me suis pas fixé de temps j'ai pas été dans dans la performance je me suis pas dit je vais le faire en deux mois et puis c'est tout sera deux mois moi j'ai dit si je le fais en trois mois sera trois mois c'est pas grave donc en fait là une journée où où je me sentais, j'avais plus de jus, j'avais plus rien, bon bah vas-y, jour de repos demain, c'est pas grave, on va visiter. Des fois je me suis retrouvé dans des auberges avec des gars qui faisaient la signalisation, qui bossaient sur les routes, ils me préparaient à manger. Des fois j'ai pêché avec des gars un matin, j'ai bouffé des poissons qu'ils ont pêchés. Je sais pas, j'ai vraiment pris le temps. Et puis... Aussi, en écoutant le podcast de la dernière fois, je me suis rendu compte à quel point je parlais des réseaux, à quel point c'était important, parce qu'il fallait que je rencontre Mike Horn. C'est pour ça que je postais beaucoup sur les réseaux. Et j'ai continué à poster quand j'ai fait mes trois randonnées. Je postais tous les jours sur Instagram, je faisais une vidéo tous les jours pour raconter ce que je faisais. Et je me suis dit, en partant, ok, je ferais peut-être une vidéo tous les trois jours, ce qui me paraît être mieux pour profiter. J'ai fait une vidéo au bout de trois jours. Et après, je n'ai plus rien fait. Je n'avais pas envie de partager, je n'avais pas envie de me mettre la pression des réseaux sociaux. J'ai vraiment vécu ce truc pour moi, et je l'ai vécu avec moi. Chose que les précédentes aventures, j'ai pu vivre un petit peu à travers le fait de me dire « Ah bah, il faut que je fasse du contenu pour ce soir, comment est-ce que je pourrais raconter ma journée d'aujourd'hui ? » Je n'avais pas ça en tête. J'avais juste kiff.
- Speaker #1
Vive le moment présent.
- Speaker #0
Et j'ai fait deux, trois petites vidéos pour dire « Ok, j'ai traversé cet état-là, je suis arrivé à Brasilia. J'arrive à Manaus dans tant de jours, ça fait tant de jours. » J'ai dû faire cinq, six vidéos à tout casser sur deux mois. Et j'ai vraiment mis moi au centre. Moi, je prends du plaisir, moi. Et puis, si tu t'arrêtes un soir, que tu pêches avec des gars, c'est l'aventure, c'est ça. Et pas me restreindre parce que, ah, il faut que je sorte une vidéo, il faut que je le filme, il y a plein de trucs que je n'ai pas filmés, et je les ai écrits. Et tu vois, ça, on n'en a pas parlé, mais c'est une des raisons aussi pour lesquelles je n'ai pas eu de peur et énormément de doute, parce que tous les soirs, j'écrivais. Et tous les soirs, je me délestais de tout ce que j'avais vécu, et le lendemain, c'était une nouvelle journée. et ça, ça a été un moyen d'être... être dans le moment présent à 1000%. C'est que tous les soirs, je me délaissais de ce que j'avais vécu et toutes mes peurs et tous mes doutes, je les enfermais dans un journal. Et je repais d'aller pas avec le lendemain. Le lendemain, c'était tout nouveau. Il n'y a pas un jour où j'ai emporté des peurs le lendemain. Et c'est thérapeutique, quoi, écrire pour être dans le moment présent. C'est juste tu marques quoi tu fais une capsule à un moment Voilà ce que j'ai vécu aujourd'hui, les endroits que j'ai traversés, ce que j'ai ressenti. Et si je veux savoir ce que j'ai fait le 12 avril, je saurais. J'ai juste à ouvrir mon journal et me replonger dedans.
- Speaker #1
Ça, c'est vraiment un vrai cadeau que tu te fais à toi-même. J'ai écrit aussi pendant le voyage, surtout quand j'étais... sur les traversées de l'Atlantique dans les deux sens sur les bateaux, parce que tu as plus le temps. Mais c'est vrai que j'aurais aimé, on va dire à la discipline, d'écrire même plus un peu tout le temps. C'est tellement bien de se replonger dans ses écrits. Et tu as tellement plus de détails, parce que les souvenirs aussi, tu n'en gardes qu'une partie malheureusement. Et je pense que c'est un vrai cadeau que tu te fais à toi-même. Et quand tu vas retomber dessus, même dans 2, 5, 10, 20 ans, ça va être exceptionnel.
- Speaker #0
Et puis j'aimerais aussi pouvoir le partager aux gens. Quand je suis revenu en France, je me suis rendu compte de l'impact que ça avait eu dans l'inconscient collectif de mes proches et des gens que je rencontre de près ou de loin. Les gens se sont dit, le gars a traversé le Brésil à vélo. Je crois que même moi, je ne me rends pas compte. J'ai de la famille qui m'a dit, mais tu ne te rends pas compte. Si tu as écrit, partage-le. Dis, il y en a combien qui rêvent de le faire ? Dis, tu as la capacité d'avoir le courage de le faire. partage ça aux gens, donne leur ça au moins, parce que toi t'as le courage de le faire peut-être que tu sais même pas pourquoi t'as le courage de le faire, tu sais même pas pourquoi mais juste y'a des gens ils le vivent par procuration moi c'est ma mère qui m'a offert des livres d'aventure c'est avec ma mère qu'on discute de MyCamp ma mère elle est pas aventurière pour autant.
- Speaker #1
Mais par procuration,
- Speaker #0
elle les lit, ces livres. Elle trouve ça passionnant quand Mike Horn raconte ses aventures au Sylvain Tesson, ses balades, ses excès. Et ouais, j'aimerais bien mettre tout ça dans un livre.
- Speaker #1
J'ai hâte de lire ton aventure pour avoir encore plus de détails que quelques heures de discussion entre nous, et puis une heure pour ceux qui écoutent là.
- Speaker #0
C'est sûr que... C'est sûr que c'est difficile de raconter en une heure tout ce que j'ai vécu, c'est tellement dense.
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr.
- Speaker #0
Mais je trouve qu'on n'a même pas parlé de la survie.
- Speaker #1
Viens, on y va quand même, parce que c'était ton objectif de base, ton rêve en allant au Brésil, c'était quand même d'aller dans la jungle pour apprendre un peu ce que c'est que, on va dire, survivre en quelque sorte dans la jungle. Et puis tu t'es dit Manaus parce que c'est une destination car tu as retrouvé... dans tous les livres d'aventures liés à l'Amazonie que tu as lu. Donc, tu as trouvé quelqu'un là-bas pour t'aider. Et puis, qu'est-ce que tu as vécu là-bas ?
- Speaker #0
Comme je t'ai dit, je ne me suis pas mis de pression. Je n'avais pas de rendez-vous. Je ne savais même pas comment est-ce que j'allais m'organiser pour trouver un moyen de partir en expédition en Amazonie. Deux semaines avant d'arriver à Manaos, j'ai eu ce petit down quand même de me dire que c'est fini. Là, dans deux semaines, j'arrive. Et quand est-ce que je prends un avion pour revenir ? Comment est-ce que je m'organise pour une expédition ? Si je prends un avion, ça veut dire que je vais revenir. Qu'est-ce que je vais faire quand je vais revenir ? Et là, toutes les questions que tu ne t'étais pas posées parce que tu étais vraiment dans le moment présent, là, elles viennent à toi et ça, ça met un petit coup. J'ai eu quand même quelques jours de mou maintenant. Avec le recul, je t'ai dit qu'il n'y avait pas un jour sur la totalité, mais sur la fin quand c'est arrivé. Donc du coup... J'ai contacté toutes les agences que j'ai vues sur Manaos et j'ai trouvé des WhatsApp, des trucs de gars, de guides, j'ai démarché tout le monde. Et puis, il y a une agence qui me paraissait professionnelle, qui me répondait, qui organisait bien les choses, donc je suis parti avec eux. Donc, je suis parti pour 7 jours en jungle avec deux guides. un indigène et un natif, et un traducteur, portugais et anglais. Et puis, après 2, 3, 4, 5 jours à Manaus, j'embarque dans un bateau, je remonte un peu l'Amazone, on prend un van, on va dans une autre rivière, on remonte la rivière pendant 3 heures, on s'enfonce réellement dans la jungle, j'arrive au lodge où eux ils organisent leurs expéditions, les gens peuvent venir dormir. Et ils organisent des excursions à la journée pour aller pêcher, pour aller faire des balades en jungle, tout ça. Moi, je suis allé dans ce lodge, et après, j'ai retrouvé mon équipe, les deux guides et le traducteur. Et là, on s'est enfoncés 3 heures de plus en pleine jungle. Et donc là, c'était parti, quoi. Donc au début, tout va très vite parce que eux, c'est leur vie. Donc ils te font un abri en deux minutes, ils te disent ok regarde et puis en même temps fais. Donc toi tu leur coupes un peu des arbres, des branches et puis en même temps ils sont en train de constituer le premier abri. L'autre il est en train de faire le feu, t'avais pas vu comment il a démarré. Ok c'est même pas encore fini, l'autre il va terminer, vas-y on embarque en pirogue, on va poser les filets, les pièges. Tac on part, on va pour chasser. Donc eux ils emportent un fusil parce que j'apprends leur technique. de survie, donc eux ils partent avec un fusil donc on part dans la jungle, on peut ouvrir un passage on se prend une maverse tropicale t'as Antonio, un des guides il coupe 2-3 feuilles de bananier, ça fait un abri on se met dessus, le gars tu te dis en 2 secondes il t'a fait un abribus et après t'as l'autre guide le premier guide lui il s'occupait de faire en sorte qu'on soit sec et l'autre guide il s'occupait de faire en sorte qu'on soit en sécurité Merci.
- Speaker #1
Pour prendre des branches qui tombent.
- Speaker #0
Ni une, ni deux.
- Speaker #1
Ça fait flipper.
- Speaker #0
Vraiment, un mètre. Donc là, on repart en pirogue. Le but, c'est d'aller dans les endroits où les arbres sont moins gros pour qu'au cas où, s'il y a des branches qui tombent, ce soit des plus petites. Et t'arrives le soir, tu déposes deux gars qui vont se réoccuper du feu. Nous, on va prendre les filets. Tu prends deux pauvres petits poissons que tu manges le soir. Et puis là, tu dis, ah, OK, là, tout est allé très vite. en une journée, j'ai même pas eu trop le temps de voir tout ça, mais je l'ai vécu. Deuxième jour. Et à partir de ce moment-là, ça a été crescendo. Là, on m'apprend vraiment les techniques. Donc, comment faire un éventail pour faire du feu ? Comment faire du feu ? Comment ouvrir le chemin ? Comment se servir d'une machette ? Comment vider un poisson ? Comment cuisiner le poisson ? Comment faire un barbecue ?
- Speaker #1
Comment le pêcher, peut-être ?
- Speaker #0
Comment le pêcher ? Comment pêcher un poisson ? Et donc, tu apprends tout ça et ça va très vite puisque c'est de la survie. Donc là, ce qu'on pêche, c'est ce qu'on va manger. Donc le temps qu'ils prennent à m'expliquer, c'est du temps qu'on perd à chasser ou à pêcher. Donc ça va très vite et il faut que j'apprenne sur le tas. Donc poser le filet, remonter le filet, prendre les poissons, vider les poissons, le cuire, faire le barbecue. Quel arbre ? Ok, lui, je peux le prendre, je peux le fendre, j'arrive à...
- Speaker #1
Faire des copeaux. Voilà,
- Speaker #0
faire des copeaux, faire le barbecue comme ça. Après, il y a une journée où on part chasser, on mange vite fait le matin un... poisson pour quatre, et on part à dix heures et ils me disent on va revenir dans la nuit toute la journée à ouvrir un passage pour aller chasser et en plus au bout de au bout de quarante-cinq minutes je me fais piquer par quatre frelons un à la main un à la fesse et un au genou ce qui a fait marrer mes guides c'est trois ça ? oui mais il y en avait quatre commence pas
- Speaker #1
Tu m'énerves.
- Speaker #0
Non, mais non, la plus importante, c'était celle à la main. J'ai d'ailleurs encore la cicatrice parce qu'après, j'ai continué à ouvrir le passage. Ma main a triplé de volume. Donc déjà, 45 minutes dans la jungle, t'es en transpi comme si tu revenais d'un footing de une heure. Plus t'as un frelon qui te pique, donc ton rythme cardiaque, il fait... Et plus tu respires dans la forêt, plus t'as de l'humidité, plus tu consommes de l'énergie. J'étais en nage comme si j'avais sauté dans la piscine. Et à continuer à les suivre. Moi, je ne leur disais pas, mais j'étais presque au bord du malaise à ce moment-là. Et tu sais que ça va durer jusqu'à la nuit. Il n'est qu'à 11h du matin. Et on ouvre le passage. On se repose deux heures. Ils nous construisent des petits lits. Et puis après, on repart chasser sur nos traces. Il y a la pluie qui arrive avec l'orage. Tu entends ? Ils disent, OK, ça va arriver. Donc, on remonte plus vite que prévu. On ne chasse rien. Tu arrives le soir, tu as passé... 10 heures à marcher, à ouvrir le passage, t'es mort, t'en peux plus. T'arrives, tu manges rien.
- Speaker #1
T'as pas de poisson.
- Speaker #0
Tu manges rien, tu t'endors le ventre vide. Tu te réveilles, la veille, t'avais remonté une tortue d'eau douce. Je suis là, vas-y, venez, on mange de la tortue. J'ai faim, là. Tu manges de la tortue le matin, t'es... Faut y aller, parce que c'est trop cuit, c'est visqueux. il est 9h, tu manges une tortue, t'es là, waouh ! Tu manges ça, allez on change de campement. Moi j'avais demandé à changer de campement tous les jours pour avoir un peu d'itinérance. Et rebelote et rebelote. Donc en fait au fur et à mesure ça a été, on te montre, tu regardes, après on t'apprend, après tu fais avec nous, et à la fin tu fais tout seul. Et à la fin j'étais capable de constituer mon abou déjà co, qui est globalement ton abri. Tu mets un arbre en transversal, tu mets des feuilles, tu accroches ton hamac. J'étais capable de... Faire le feu, même si c'est très difficile, j'ai réussi à... C'est pas allumer le feu qui est difficile, c'est le garder, en fait. C'est tellement humide qu'il s'éteint sans cesse. Donc, pêcher, faire un abri, faire du feu et chasser. Et puis, j'avais qu'une envie, c'était de rester, en fait. J'avais qu'une envie, c'était de rester, d'en apprendre plus. C'était pas assez pour moi et... La jungle, ce truc bizarre où quand il y est, t'as envie d'en sortir et quand il n'y est plus, t'as envie d'y être à nouveau. Parce que t'as tout ce qu'il te faut. Tu peux vraiment vivre là-dedans. C'est des conditions qui sont très difficiles, mais tu peux vivre de la pêche, de bouffer du manioc, de bouffer des cœurs de palmiers, des larves, dormir comme ça dans un hamac. Donc ça a été le summum de l'aventure. Moi, j'ai qu'une envie, c'est d'y retourner maintenant. Bah ouais. J'ai qu'une envie, c'est d'y retourner. Donc content d'avoir pu apprendre les basiques de survie et en attente d'approfondir ces connaissances. Et ce qui est marrant, c'est que je suis arrivé face à mes guides et à mon traducteur en leur disant « Bon ben ça, c'est vraiment la raison pour laquelle je suis venu au Brésil, c'est d'apprendre à survivre. » Et ils m'ont dit « Mais t'as fait deux mois de vélo avant ? » J'ai dit « Oui, oui, mais ça, c'était l'entrée, maintenant. Ça y est, je suis prêt, quoi. » Je suis prêt. Et ils disaient que j'étais un bagouliolo, pour eux c'est genre un... C'est genre un mec badass. Et quand t'es un gars qui est un peu pas le plus fort au sport que physiquement, t'es dans la moyenne et que j'avais beaucoup de peur quand j'étais petit, je suis un gars faible en vrai. J'ai l'ego qui a envie de dire que je suis un mec fort et tout, mais je suis un mec plutôt faible. Et quand t'arrives et que tu vois des gars qui t'inspirent, qui sont capables de se lever dans la jungle et qui disent « Ok, franchement, toi tu fais des trucs qui nous impressionnent parce que... » quand on emmène des gens survivre, il y en a vraiment très peu.
- Speaker #1
Il n'y en a pas beaucoup qui sont venus depuis Rio en vélo.
- Speaker #0
Alors déjà, il n'y en a pas un. Tu es le premier. Il n'y en a pas un. Et en plus, ils me disent il y en a. La nuit, ils veulent dormir et la nuit, on ne les réveille pas pour aller pêcher. La nuit, on ne les réveille pas pour aller chasser ou on ne part pas marcher pendant 10 heures ou quand il y a quelqu'un qui se fait piquer par un frolon. On rentre et c'est limite si on rentre au lodge. Il n'y en a pas beaucoup qui... Et quand t'entends tout ça, tu dis ok, bon bah, je crois que j'ai vraiment passé un pas dans ma vie et que je sais être courageux maintenant. Et quand t'es reconnu par des gens que tu crois courageux, c'est beaucoup de satisfaction et de reconnaissance envers le travail que t'as fait. Parce qu'au début, je me suis obligé de faire ces aventures parce que je savais que c'était bon pour moi. J'éprouvais beaucoup de difficultés dans le fait de le faire. Et là, j'y éprouve que du plaisir. Et c'est vraiment beaucoup de bonheur pour moi de dire que c'est bon. Peut-être que je peux dire que je suis aventurier maintenant.
- Speaker #1
Peut-être. Attends, tu as été personnellement validé par le boss du game, Mike Horn, quand tu l'as rencontré quand même.
- Speaker #0
Attends,
- Speaker #1
c'est quand même le boss qui t'a validé.
- Speaker #0
Mais je ne ressentais pas la légitimité de me dire... que je pouvais être aventurier ou quoi que ce soit. Parce que pour moi, aventurier, c'est quand tu fais des trucs qui sortent un peu du lot. Et là, je crois que j'ai fait mon truc qui sort un peu du lot. Parce qu'à la fin, à force de réaction des Brésiliens, de voir qu'ils étaient choqués de voir un gars tout seul, ils ont dit, mais on n'a jamais vu un mec. En fait, cette traversée, elle n'avait jamais été faite au Brésil avant. Donc, je ressens plus de légitimité. Et encore plus de soif. de vivre des aventures et de les partager.
- Speaker #1
Pas tarder à s'arrêter ?
- Speaker #0
Bah oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu as une petite anecdote supplémentaire, un truc dont on n'a pas parlé ou je ne t'ai pas amené sur ce sujet, dont tu as envie de parler, qui a été marquant pour toi sur cette aventure au Brésil ?
- Speaker #0
Je pense qu'on a parlé de pas mal de trucs marquants. Non, je n'ai pas envie de rajouter une anecdote. J'ai envie d'inviter les gens à... à ouvrir leur esprit, parce que c'est une belle qualité pour moi. J'ai envie de finir sur ces mots, et de lire, parce que lire, ça m'a beaucoup aidé. Et voilà, lire, ouvrir son esprit, et puis me souhaiter de faire un joli documentaire et un beau récit d'aventure pour la suite.
- Speaker #1
Pour ceux qui veulent suivre Baptiste, parce que si vous voulez lire... peut-être son futur livre qui va sortir dans quelques mois et voir le film vous pouvez le suivre sur Instagram, Baptiste Demorais ou sur ta chaîne YouTube du même nom je crois pareil, il y a un documentaire pour traverser des Alpes et sur Rennes-Lausanne pour rencontrer Mike Horn et il y en aura un dans je sais pas quand,
- Speaker #0
quelques mois sur cette aventure au Brésil on va prendre le temps de faire les choses bien exactement comme dans le même état d'esprit dans lequel j'étais pour aller au Brésil, c'est-à-dire de ne pas faire une performance. On va se mettre une deadline quand même pour avancer. Parce que sinon... 2032 ! Mais non, on va faire les choses bien et je vais essayer de pousser ce truc à 100%. J'ai vraiment envie de partager ce que j'ai vécu.
- Speaker #1
J'ai hâte de découvrir ça. Et puis, on va s'arrêter là-dessus. Merci. Si vous êtes toujours là, d'avoir regardé jusqu'à la fin. Il y a une caméra qui a bipé. peut-être qu'elle s'arrête. En tout cas, vous pouvez, si vous avez aimé le podcast, mettre un commentaire ou une note 5 étoiles. Surtout, en vrai, le plus important, parlez-en à quelqu'un qui pourrait kiffer l'épisode. Je trouve le bouche à oreille et juste partager ça, c'est ce qui peut le plus m'aider. Et puis, également, si vous avez des gens auxquels vous pensez que vous aimeriez bien ... écouter ici sur le podcast. Je pense notamment à des femmes parce que pour l'instant, je n'ai quasiment que des contacts et je n'ai interviewé que des aventuriers au masculin. J'aimerais bien aussi avoir des retours de femmes qui ont vécu pas mal d'aventures. J'en ai quelques-unes en tête mais si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas à me partager leur nom, leur contact. Je vous dis à dans deux semaines pour le prochain épisode. Merci à ceux qui sont restés jusque-là. Merci Baptiste.
- Speaker #0
bah merci à toi parce que c'est pas tout le monde qui écoute avec attention les projets et pour moi c'est beaucoup de bonheur de pouvoir parler de tout ça sans paraître un monstre d'ego qui veut plutôt parler de son projet je peux plus te voir je coupe parce que ah putain merde on
- Speaker #1
a tout loupé alors allez merci Baptiste j'espère que vous avez kiffé aussi et puis je vous dis à dans deux semaines des bisous ciao ciao
- Speaker #0
Parfait ! Hé ! T'es un chien ! Je vais lui montrer comment je...