- Speaker #0
Alex, il a un projet de dingo. Donc moi, j'ai commencé à le suivre sur Instagram parce que c'était fou. On a commencé à discuter parce que j'étais en voyage en Amérique du Sud. D'ailleurs, ça touche à sa fin, un peu triste, mais ça va, il me reste quelques mois.
- Speaker #1
Ça va aller, ça va aller.
- Speaker #0
Après Rio, c'est dur. Et puis, j'ai contacté Alex. On a vu qu'on était plus ou moins sur le même endroit et qu'on allait tous les deux à Rio de Janeiro. On s'est rencontrés ici et là... Il faut absolument que je vous raconte ce qu'il fait parce que c'est fou. Alex Hubin, qui es-tu et qu'est-ce que ce projet Tropicalex ?
- Speaker #1
Du coup, comme tu l'as dit, je m'appelle Alex Hubin, mais vous pouvez m'appeler Tropicalex. On va directement parler du projet. Alors, si on entame sur les chapeaux de roue comme il faut. Je suis venu ici pour faire un gros projet. Je suis venu ici, mais je vais aussi ailleurs. Mon projet s'appelle le Tropics Project. Il consiste à être la première personne au monde à... escalader le point culminant de chaque pays du monde. Du coup, voilà, il y a 197 pays, j'ai 197 sommets plus ou moins à gravir. Il y a 2-3, on va dire, limites à ça, mais c'est l'idée. Et là, je suis dans la phase 1 de mon projet, en Amérique du Sud. Je suis venu comme toi, en stop depuis l'Europe, en traversant l'Atlantique en voilier. Et je suis arrivé sur le continent, je pense, il y a 3 mois. Et là, j'ai pu déjà faire... le sommet de l'Uruguay, le sommet du Paraguay, le sommet du Chili. Et j'ai été sur le sommet de l'Argentine aussi, même si ça passait bizarrement.
- Speaker #0
On pourra en reparler après.
- Speaker #1
Et voilà, là, c'est le début du projet. J'ai déjà fait 20 sommets. Je me suis aussi arrêté au Cap Vert pour faire le sommet du Cap Vert. Le capitaine a bien voulu faire un petit détour rien que pour ça. Mais voilà, ça, c'est le projet. Et je suis parti pour longtemps. Après, je vais faire toute l'Amérique du Sud. C'est l'idée. On va voir comment on peut continuer tout ça, financer tout ça. Et ensuite, dès que j'ai fini ma phase Amérique du Sud, Trans-Pacifique vers l'Australie, en essayant de passer par les îles du Pacifique et les pays là-bas et continuer à faire des sommets, voyager, rencontrer et apprendre surtout.
- Speaker #0
C'est pour ça que là, on enregistre en speed parce qu'Alex n'a pas prévu de rentrer en Belgique dans les deux prochaines années. Donc, on enregistre ici parce que même s'il a son bus bientôt, on fait ça rapidement. On va rentrer direct dans le vif du sujet. Sur l'Amérique du Sud, moi j'ai envie d'être plongé dans ce que c'est une ascension. On va commencer par parler de celui du Chili, je crois que tu as fait récemment. Oui. C'est le dernier que tu as fait avant de venir.
- Speaker #1
Le celui du Chili, c'est le dernier que j'ai fait. Du coup, vraiment, deux jours avant le carnaval de Rio, j'étais au sommet du Chili. Et puis on est redescendu, on a fait du stop, on est arrivé et on a pu directement revenir sur Rio tout juste. C'était vraiment, ça s'est joué à cinq minutes pour qu'on puisse arriver en temps et en heure. Mais le dernier sommet, c'était celui du Chili, qui s'appelle... Oros del Salado, c'est le plus haut volcan du monde aussi, il est actif. Il est à 6900 mètres, exactement 6893 mètres. Et oui, c'est quelque chose d'assez fou. Je l'ai fait après la Puncagua, qui est le sommet de l'Argentine. Du coup, j'étais déjà bien au niveau acclimatation et on l'a fait en cinq jours avec un pote qui s'appelle Charlie, un Anglais. Au lieu de... normalement, ça prend, on va dire, 12 à 14 jours pour faire ce genre de sommet. Et ouais c'est quelque chose. Là-bas, le sommet du Chili, c'est au milieu du désert de l'ac Takama. C'est le désert le plus sec, le plus aride au monde. Il y a très très peu de précipitations, il n'y a pas de rivière. Et c'est au milieu de nulle part. Ce n'est pas du tout touristique, du coup tu arrives là-bas, tu poses ta tente et tu dois arriver avec toute ta logistique, toute ta bouffe, tout ton eau. jusqu'à ce que tu arrives vraiment haut dans le sommet où tu peux avoir un peu de glace pour faire fondre dans ton réchaud, t'as pas d'eau du coup tu arrives avec 30-35 litres que tu dois te trimballer en plus de tout ton matériel et toute ta bouffe. Du coup tu fais ton ascension avec, je sais pas, t'es près, t'as plus de 50 kg, plus de 50 kg par personne et là on a dû se débrouiller parce que tu arrives là bas Tu dois traverser tout un désert, il y a presque 40 km à traverser, mais avec tout ça c'est impossible. Du coup tu essayes de trouver des 4x4 là-bas qui pourraient t'amener jusqu'au refuge d'altitude, et puis de là tu dois faire des portages entre les différents camps. Du coup tu fais un jour, tu vas avec toute ton eau et ta bouffe, puis un jour tu viens avec tes affaires, et puis t'es à ton camp. Puis tu fais, on va dire comme ça, des jours de portage, au fait tu fais des allers-retours, mais t'es à 5000, 6000 mètres d'altitude. Et puis t'es prêt pour le dernier jour et là on a réussi à aller jusqu'au sommet à 6 893 mètres. C'était complètement fou. Les paysages, t'as l'impression d'être sur Mars, d'être seul sur Mars.
- Speaker #0
Très à rive en fait, c'est très haut mais très à rive.
- Speaker #1
Magnifique.
- Speaker #0
T'as de la neige quand même en haut du sommet au Chili. J'imagine, oui, quand même.
- Speaker #1
Normalement, non, mais là, on était dans une partie de la saison où il y a un hiver en Bolivie, et de temps en temps, il y a un peu de précipitation. Du coup, il y avait de la neige sur le sommet des volcans là-bas. C'est un plateau où il y a la plus grande concentration de montagne à 6 000 mètres de haut. Du coup, tu es entouré de volcans rouges, bruns, à 6 000 mètres de haut. C'est vraiment lunaire, martien. C'est magnifique.
- Speaker #0
et puis après à Rio de Janeiro et là on a fait la fête là on a célébré tout ça on voit quand même tous les deux les cernes ça commence à être dur d'ouvrir les yeux c'est compliqué je vois de quoi tu parles j'étais aussi à San Pedro de Atacama je suis pas allé 6800 mais je vois très bien le côté Mars en mode marquant t'as l'impression d'être sur une autre planète c'est
- Speaker #1
fou c'est magnifique,
- Speaker #0
c'est unique pourquoi vous aviez besoin de trimballer de l'eau Quand vous montez comme ça, il n'y a pas moyen de trouver des sources ou alors de... Non, mais vraiment,
- Speaker #1
c'est le désert le plus aride du monde. Et il n'y a rien, il n'y a pas de rivière, il n'y a pas de source. D'habitude, oui, tu as toujours des petites rivières qui coulent ou alors tu as de la neige assez facilement accessible, tu fonds ta neige dans ton réchaud. Mais là, il n'y avait rien de ça. Du coup, il fallait s'hydrater pendant les premiers jours. Et c'est seulement le dernier jour dans le dernier camp, le camp 4, où là, tu avais de la neige qui pouvait fondre.
- Speaker #0
mais voilà avant impossible c'est compliqué vous avez dû en chier c'est un kilo c'est très lourd est très lourd puis avec c'est vrai que pour les gens qui sont pas trop dans le monde de l'alpinisme porter 50 kg c'est quelque chose porter du poids comme ça quand vous êtes à plus de 6 minutes d'altitude je peux vous dire que c'est pas le même effort ça peut aussi être vraiment ça pulse et chaque pas c'est à deux fois moins d'oxygène même plus tu montres tu en as encore moins là je pense d'attes 40% d'oxygène ouais du coup ouais c'est chapeau continue moi je veux savoir plus comment tu as prévu de t'organiser j'ai l'impression que du coup tu as envie de voyager en stop le maximum possible sur pour bouger d'un pays à l'autre pour quelles raisons déjà là dessus pour qu Comment tu vois ta logistique globale sur le projet ? Comment tu vas aller d'un pays à l'autre ? J'imagine que c'est un projet d'une vie. Il y a combien de pays à faire ? 160 ?
- Speaker #1
197. 197. Ah oui, je viens de Belgique. On l'a entendu. Ma logistique, j'essaie d'éviter l'avion, même si je ne suis pas contre l'avion. Mais j'essaie de tout faire par la route, que ce soit en stop, que ce soit en bus, que ce soit en voiture, n'importe quoi. J'essaie d'éviter l'avion et de prendre des transports en commun un maximum. Pour l'Amérique du Sud, il y a vraiment une temporalité, une saisonnalité, si je peux dire, pour les sommets. Du coup, certains sommets ne sont pas accessibles à certaines saisons. Du coup, j'ai essayé de calquer tout mon parcours là-dessus pendant la prochaine année et demie. Et puis en général, je voyage pour ça par raison écologique quand même, avec un minimum de conscience. Parce que si je voyage beaucoup, si je commence à prendre des avions tout le temps et que j'essaie de prôner vraiment la nature, l'environnement, la salubrité sur les montagnes, je veux des montagnes propres et tout ça, j'ai envie de développer des projets en lien avec ça aussi. Du coup, il y a une certaine raison écologique, même si je ne peux pas être hypocrite parce que je vais quand même devoir prendre des avions. Et des fois, je reviendrai après, mais j'ai une entreprise de voyage qui s'appelle Tropicalex. Et les clients que... Les clients qui viennent sur mes voyages, ils viennent souvent en avion, du coup c'est un peu hypocrite, mais au moins, parce que je participe à ça, mais de mon côté, j'essaye de faire les choses le mieux possible, et aussi par question d'aventure. Juste parce que tu rencontres tellement de gens, et c'est tellement des histoires, tellement d'anecdotes, rien que le fait que tu prennes la route, que tu fasses du stop, tu te retrouves dans des histoires, tu te retrouves dans des situations incroyables, et aussi, quelque chose que je me suis rendu compte, C'est vraiment ce désir de pouvoir quantifier le monde. Que ce soit quand j'étais en bateau, j'ai vraiment pu me rendre compte que c'est ça de traverser un océan. Tout ce temps-là, ça prend des semaines et des semaines. Et tu vois les paysages défiler, tu te rends vraiment compte de la taille du monde. Et ça te permet de relativiser, et aussi un peu de mettre de l'humilité sur la table. Tu te rends compte que tu es encore plus petit que ce que tu pensais. C'est dans un avion, c'est vraiment que tu arrives dans un endroit. Huit jours après, huit heures après, tu es complètement de l'autre côté du monde et voilà, on a un claquement de doigts. Et là, tu dois, on va dire, mériter ta destination. Et du coup, j'ai l'impression que tu t'en profites beaucoup plus parce que tu te rends compte de toute la galère que tu as eue ou de tout l'effort que tu as mis pour arriver à ce point-là. Et du coup, c'est pour ces trois raisons-là que je décide de voyager comme ça et un maximum, quoi.
- Speaker #0
Sur ton projet, il te reste encore beaucoup d'inconnus, parce qu'il y a encore beaucoup de pays au niveau logistique, tu ne sais pas tout. Est-ce que tu as en tête quand même des pays où tu te dis, ça va être compliqué, tu trouveras les réponses probablement plus tard ? Moi, c'est vrai qu'en discutant avec toi, j'ai compris, par exemple, on avait parlé d'aller au Suriname pour faire le sommet du Suriname, sauf que malgré que ce soit un sommet qui n'est pas très haut, c'est très très difficile d'accès, donc finalement, on ne pourra pas le faire là-dessus. Tu m'as dit aussi, tu m'as parlé de l'Afghanistan, j'avais aucune idée. Il y a un sommet à 7500 en Afghanistan. Pareil, d'un point de vue géopolitique et tension, ça va être choisir le bon moment pour le faire. Est-ce que tu as d'autres pays comme ça, où tu sais que ça va être compliqué ? Je pense la Corée du Nord, par exemple, en termes de visa, autorisation pour y aller. Quels sont un peu les pays où tu penses que ça va être le plus difficile ? Parce que c'est des très hauts sommets. Il y a par exemple l'Everest, c'est très compliqué. Surtout que tu as envie de... Tu aimerais bien tout faire sans oxygène. Oui,
- Speaker #1
c'est l'idée. On verra comment je me sens et à quel point... point je suis prêt pour ça mais l'idée c'est de faire ça de bien sentir bien sentir la douleur et l'effort comme il faut et j'ai envie de mériter ça j'ai envie de mériter toutes ces montagnes et je préfère rater et recommencer la bonne façon que d'y arriver mais en ayant un petit peu ce sentiment de d'accomplir de d'inaccompli de ne pas avoir fait le truc à 100% même si faire déjà de ces montagnes la oxygène c'est un truc de taré Mais quitte à y aller, autant y aller à fond. Mais du coup, niveau montagne compliquée, comme tu le dis, le Suriname, je pars maintenant. Dans une heure, je pense, j'ai mon bus. Et là, on part pour le Suriname avec Charlie, le gars avec qui j'ai fait le Chili. Et ça, c'est très, très compliqué logistiquement parlant. C'est très, très cher. C'est une montagne à 1200 mètres de haut, mais il n'y a personne qui va là-bas. C'est au milieu de la jungle, jungle du Suriname. Tu as des autorisations spéciales. Tu dois y aller avec des hélicoptères, tu dois te faire larguer dans la jungle, il n'y a presque pas de data là-dessus, du coup c'est vraiment, tu arrives, on a nos kayaks qu'on prend avec nous, on a toute notre bouffe, tout notre matériel et c'est 25 jours dans la jungle à essayer de redescendre dans une rivière, s'arrêter, traverser la jungle la plus dense du monde et se faire un passage là-dedans, remonter, redescendre et pouvoir communiquer dans la jungle, pouvoir se faire relifter après. Du coup, c'est... C'est très compliqué, ça peut vite partir en sucette. Mais sinon, Corée du Nord, t'en parlais. Corée du Nord, normalement, ça aurait dû être compliqué, mais tu peux quand même aller visiter ce pays-là. Et t'as genre 5, 6 activités ou lieux que tu peux visiter. Et là-bas, le Mont Paktou, qui est le mont le plus haut, c'est un lieu sacré. Et celui-là, tu peux le visiter. Du coup, c'est marrant parce que... Ok. Enfin, ça, c'est une bonne nouvelle. Puis il y a tout ce qui est Turc, Ménistan, Afghanistan. Afghanistan, en plus d'être compliqué d'y aller en général et dans ces régions là-bas, en plus de ça c'est 7500 mètres et il n'y a pas, il y a zéro infrastructure, pas comme sur l'Everest où tu as des camps de base de p'tits classes. Tu y vas en style alpin avec ta petite tante, tu dors à 7000 mètres et c'est hyper compliqué. Et puis tu as d'autres pays, par exemple Tuvalu c'est 5 mètres. Mais c'est une petite île, on ne sait pas trop où c'est. C'est pas solide.
- Speaker #0
Physiquement, ça va le faire, tu crois ?
- Speaker #1
Physiquement, ça va le faire, mais c'est compliqué d'y aller parce que tu dois y aller... Tu dois trouver un voilier depuis l'île principale de Tuvalu, où il n'y a personne qui va dessus, et essayer de trouver la route vers ce point qui n'est pas vraiment déterminé exactement. Vous voyez, il y a plein de sommets, ça dépend de la nature, ça dépend de la situation géopolitique, ça change. Des fois, tu te dis « Ah, j'ai envie d'aller là » , mais tu te dis « Bon, peut-être dans 10 ans, J'y retournerai quand ça ira peut-être mieux, peut-être que ça ira jamais mieux. Et puis il y a des nouveaux pays qui vont se créer, il y en a qui vont disparaître. On n'en sait rien, les pays, le Soudan du Sud c'est tout nouveau, des trucs comme ça. Et voilà, il y a beaucoup d'inconnus. Il y a une grosse inconnue, là c'est sûr que pour le moment c'est compliqué, c'est au Bhoutan. C'est un prêtré au sommet aussi à 7500 mètres. Mais tout ce qui est au-dessus de 6000 mètres au Bhoutan est considéré sacré par le gouvernement et en général la religion bouddhiste, si je ne dis pas n'importe quoi. Et du coup... Personne n'a jamais monté cette montagne. Ça n'a jamais été fait et il n'y a pas possibilité d'accès pour le moment. Mais ça peut évoluer, ça peut changer. On verra. Il y a plein d'inconnus, mais petit à petit, les choses se débloquent.
- Speaker #0
Il y a quelques semaines, tu étais sur la Concagua, qui est le plus haut sommet de l'Amérique. De l'Amérique ?
- Speaker #1
De tout sauf l'Asie.
- Speaker #0
Ok, donc c'était un des plus hauts sommets du monde. tu es parti pour le grimper, donc tu as organisé l'expédition. Pour ceux qui connaissent moins l'alpinisme, je pense que c'est un très bon exemple pour montrer, on va dire, la dure loi de la cordée en alpinisme, où tu ne montes pas tout seul. Tu peux monter tout seul, mais pour le coup, il y a des fois, tu montes en cordée et ça peut se passer que tu ne contrôles pas tout. Ça ne dépend pas que toi. Est-ce que tu peux raconter ton expérience à la Conte Caguas pour illustrer justement ça ?
- Speaker #1
Ce n'est pas vraiment le principe de cordée, mais c'est juste que tu pars en groupe. Et là, j'étais parti avec des guides cette fois-ci. C'est pour ça que le Chili, j'ai voulu le faire tout seul après. Et les autres montagnes, en général, je les fais tout seul parce que là, tu es dépendant de rien. Et là, j'ai pris un guide parce que c'était un peu une de mes premières expériences. Ça n'avait pas longtemps que je suis dans la montagne, je n'y connais rien au final. Mais j'ai envie de le faire, du coup, je me donne les moyens au maximum, mais je n'y connais rien. Et c'était ma première expérience, là, on parle de 7000 mètres. Du coup, j'avais envie de partir avec une expédition, avec des guides, pour pouvoir apprendre un maximum et pouvoir transposer ce que j'aurais appris sur les futurs. les futures expéditions. Et là, on est parti avec un groupe de 7 ou 8. Et déjà, petit à petit, au fur et à mesure que tu montes, tu perds des coéquipiers, on va dire. Du coup, on a perdu un gars, puis on a perdu un deuxième gars. Quand je dis perdre, c'est qu'ils abandonnent ou qu'ils doivent partir, pour une raison ou l'autre. Et puis le dernier jour, le jour du sommet de push, c'est le jour le plus compliqué. C'est là où tu vas vraiment aller chercher au fond de toi. où tu as une journée de 20 heures et tu es complètement mort. Tu vas jusqu'à 7000 mètres et c'est super compliqué. Et là, on a perdu deux gars. Et puis, quand tu as des gars qui descendent sur le summit push, tu as un guide qui doit redescendre avec eux. Et ce qui s'est passé, c'est qu'après, au fur et à mesure de perdre des gars, on s'est retrouvé avec plus qu'un guide pour trois personnes. Et là, on était dans la dernière partie, il restait 200 mètres pour le sommet, et on était plus que trois, et un des trois gars, il n'en peut plus, il commence à faire n'importe quoi, il part dans les mauvaises directions, il ne sait plus marcher, il est complètement épuisé, et il ne sait plus avancer. Et il y a beaucoup de risques à cette altitude-là, tu peux faire des œdèmes, tu peux faire... Il y a eu une mort juste trois jours avant nous, crise cardiaque là-dessus, et dès que tu commences à perdre de l'oxygène et que tu fais un peu n'importe quoi, là il faut redescendre. Et il restait un guide, on doit tous redescendre ensemble. Du coup on a essayé de pousser le gars un maximum, et puis on s'est arrêté dans un petit endroit pour s'abriter. Et puis on a fait, on doit tous redescendre parce que lui doit redescendre. Et là tu vois le sommet, il est juste là, il est à 200 mètres, et tu dois descendre si près du but, même si tu sais que tu étais bon, que tu étais fit pour le faire. Du coup, c'est un petit peu la dure loi, mais ça fait partie du truc. Sur le moment, c'est très frustrant, surtout que tu investis beaucoup là-dedans, de ta personne, financièrement parlant aussi. Mais après, pour moi, toutes les choses arrivent pour une bonne raison. Et si ça s'est passé comme ça, c'était pour une bonne raison. De toute façon, je vais y retourner sur la Concavoie. Cette fois-ci, je retournerai tout seul. Mais oui, c'est la dure loi de la montagne. Quand la montagne ne veut pas, quand la circonstance ne veut pas, c'est que ce n'est pas le moment, il faut accepter ça. Et ce n'est pas la première que je vais recommencer, mais ce ne sera sûrement pas la dernière.
- Speaker #0
Tu parlais d'une anecdote avec François, avec Franck Lamachette, que j'ai écouté d'une oreille tout à l'heure. Soit celle-là, soit une autre anecdote un peu qui t'a marqué, ou qui t'a fait peur, ou qui t'a surpris. Est-ce que tu peux nous raconter ?
- Speaker #1
Ah, cette anecdote-là, oui, c'est ça. J'avais déjà été au Suriname, et avec Franck Lamachette,
- Speaker #0
François m'a posé cette aventure. Et quand tu étais avec Franck et Thomas ?
- Speaker #1
Franck et Thomas. On revenait de notre expédition dans la jungle au Suriname. Et lui partait en Guyane française avec François, on se disait on va aller au Guyana dans le pays d'à côté parce qu'on a envie de connaître ce pays-là. Du coup on a été en stop jusque-là, on est partis de Paramaribo, puis on a dû traverser la rivière frontière, et puis on est arrivés à Georgetown. Et là j'arrive, première nouvelle déjà ma grand-mère est décédée, du coup tous les plans changent, je dois rentrer en Europe, tout ça. Mais j'ai encore trois jours avant mon vol, le vol le plus tôt que j'ai pu prendre à ce moment-là. Et du coup, on va quand même visiter la ville et toute la journée, on marche, mais on est un petit peu, comment dire, dans un mood un peu spécial. Et puis le soir, on décide d'aller se poser dans le seul endroit de luxe qu'il y a, pas de luxe, mais confortable, parce que c'est vraiment, je pense que c'est la pire ville au monde que j'ai jamais faite. C'est n'importe quoi, tout est dégueu, les gens sont fous, c'est vraiment un dépotoir et tu ne te sens pas en sécurité. Et là, on a été se poser à la fin de la soirée, il était genre minuit. Juste pour boire un verre dans cet endroit-là, c'était le Marriott Hotel, je pense. Et après, on voulait rentrer chez nous, mais il n'y a pas de taxi, il n'y a pas de moyen de rentrer nulle part. Du coup, on s'dit, on va aller à pied, je le sentais pas trop, y'avait une ambiance bizarre dans la ville, mais on a quand même fait. Et là, on a dû traverser toute la ville à pied, on a dû passer par des quartiers chauds, et là on s'est fait courser par toute une bande, ils voulaient prendre nos trucs, on s'est fait attaquer à la machette, c'était violent, on s'est fait attaquer à la machette pour prendre nos passeports, la thune, les téléphones. Au final, moi j'avais ma petite pochette secrète, on n'a rien su me prendre. Mais François, on lui a arraché tout et tout. Je suis reparti en courant. On s'est réfugiés dans un restaurant chinois. On a demandé de l'aide et là, il y a un petit bonhomme chauffe, il est arrivé après. Et 30 minutes plus tard, il était tout vénère. Il est revenu avec les passeports, les tchic, les tchac, les machins. Et ils voulaient tous les buter. C'est des petits jeunes qui font souvent ça dans la région. Mais il y a toutes des histoires comme ça. Et en stop aussi, j'ai fait Athènes jusque la Belgique. Et le but, c'était de faire ça avec zéro euro. et de traverser toute l'Europe en passant par l'Albanie, Serbie, Monténégro, tous ces pays-là, et remonter jusque chez nous. Et c'est tout le temps des histoires de fous. Tu rencontres plein de gens et c'est juste magnifique. C'est pour ça qu'on voyage.
- Speaker #0
Est-ce que tu as une rencontre qui t'a vraiment marqué, peut-être en Amérique du Sud par exemple ? Mais toi aussi tu me marques Alex.
- Speaker #1
Coupez la caméra, coupez ! Arrête, viens ici,
- Speaker #0
viens ici !
- Speaker #1
Une rencontre ?
- Speaker #0
une rencontre, un moment, un souvenir qui t'a marqué sur ce voyage-là ou un autre. Peut-être une rencontre improbable. Je sais qu'un moment, j'ai vu sur une de tes... Tu peux parler de celle-là ou d'une autre. Sur une de tes stories, que tu étais monté avec un gars qui t'avait accueilli. C'était la première fois qu'il montait le plus haut sommet de son pays. Et finalement, il a dit, il faut que j'appelle ma femme et que je lui raconte parce qu'elle ne va jamais me croire.
- Speaker #1
Ah oui, non. En fait, j'ai eu beaucoup de rencontres. À chaque fois, j'ai eu des super belles rencontres. Pour le sommet du Paraguay et de l'Uruguay, en fait, j'ai envie de... Je suis arrivé au Paraguay pour mon premier sommet. Et là, c'était... J'ai été hébergé sur une famille que j'ai rencontrée là-bas, deux ans avant, en faisant du stop avec ma maman au Paraguay. Et du coup, je les ai rencontrés là. On est restés en contact, ils m'ont invité chez eux. Et je leur ai dit, venez, j'ai une surprise, je vous emmène en aventure. Et là, je les ai emmenés pendant... pour faire l'ascension du sommet du Paraguay. C'était vraiment marrant et c'était fou, comme directement, ça les a inspirés. Ils se sont rendus compte en mode, putain, c'est trop bien les aventures, des trucs comme ça. Et ils ont tout d'un coup l'envie de faire plein de petites aventures. Et pour le sommet auquel tu faisais référence, c'était en Uruguay. Et là, c'était un vieux monsieur de 70 ans avec deux bypass que j'ai rencontrés comme ça et qu'il voulait bien m'amener sur ce sommet-là. Et finalement, je lui ai dit, allez, viens avec moi. moi on va sur la montagne de l'Uruguay et c'était tout petit, tout ridicule, c'était marrant mais comme il est un vieux monsieur et qu'il a des problèmes de santé, on s'est super bien entendu, on chantait dans la voiture, on avait pas mal de route, c'était génial et puis il appelle sa femme au sommet en disant « chéri, tu ne croiras jamais ce qui s'est passé, regarde où je suis » et c'était trop mignon, on était là, il était trop content d'être monté sur le sommet. De l'Uruguay, d'avoir fait sa marche de l'année. Et c'est que des rencontres comme ça.
- Speaker #0
Donc là, tu vas au Suriname. Après, tu vas en Asie.
- Speaker #1
Après, je vais en Autrani.
- Speaker #0
Donc tu comptes traverser le Pacifique en bateau stop ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
C'est ouf.
- Speaker #1
Mais je vais rater la saison avec ce que j'ai. Du coup, je vais attendre une autre année ici. Je vais m'occuper en faisant des montagnes dans la région.
- Speaker #0
Ok. Tu peux peut-être faire l'Amérique du Nord en attendant ?
- Speaker #1
Je vais faire l'Amérique centrale et puis l'Amérique du Sud aussi, qui prend beaucoup plus de temps que prévu. Je pense que c'est le continent le plus compliqué.
- Speaker #0
Guyane, Guyane française,
- Speaker #1
Surina... Par exemple, c'est le plus compliqué, même s'il n'y a que 12 pays. C'est le plus compliqué.
- Speaker #0
Tu ne vas pas t'ennuyer, même si tu dois attendre la prochaine saison du Triathlon.
- Speaker #1
Oui, il y aura de quoi faire.
- Speaker #0
Il y aura de quoi faire.
- Speaker #1
Il y aura de quoi faire. Et comme ça, je peux revenir au Carnaval de Rio.
- Speaker #0
Carnaval de Rio, partie 2.
- Speaker #1
partie de l'exception.
- Speaker #0
Je comprends, ça donne envie. Si ça te va, est-ce qu'il y a une anecdote, un sujet dont tu as envie de parler là tout de suite ? Ou est-ce qu'il faut que tu partes faire tes affaires, faire ton bus ?
- Speaker #1
Mais écoute, des anecdotes, il y en aura des milliers, mais je pense qu'on va se revoir et que j'en aurai encore plus à te raconter et qu'en tout cas, on a passé un chouette moment. N'hésitez jamais à voyager et si j'ai un truc à vous dire, c'est si vous avez des peurs, c'est là qu'il faut aller. C'est une direction, c'est une porte à ouvrir. Du coup, quand vous avez peur, c'est exactement là où votre cœur, au final, vous dit de vous dire, du coup, suivez tout ça et n'ayez jamais peur de rêver grand. Voilà, tout ce que j'ai à dire.
- Speaker #0
Magnifique phrase de fin. Écoute, je te dis bon courage pour toutes tes aventures.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Oh ! Hey allez ciao merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout j'espère qu'il t'a plu n'hésite pas à m'écrire un commentaire pour me dire ce que je pourrais améliorer et s'il y a des invités que tu aimerais entendre sur ce podcast tu peux m'écrire sur Instagram qu'il y a dans ce top ou ici en commentaire je vous dis à très vite dans deux semaines pour le prochain épisode ciao