- Speaker #0
Histoire naturaliste, à l'écoute des passionnés de nature. Celles et ceux qui observent la faune, la flore, les espaces naturels. Ces personnes sensibles à la beauté du monde nous racontent leurs plus belles histoires de leur vie de naturaliste. Une production La Belle Échappée.
- Speaker #1
Là, on ne va pas très loin, on monte un peu dans la vallée, une quinzaine de minutes, pour aller un peu plus dans le sauvage, puisque là, on est en début de vallée. Et puis, j'espère bien que le temps va rester comme ça, parce qu'il a plu, mais il n'y a pas de brouillard, pour tenter de faire nos premières observations. C'est parti !
- Speaker #2
Cette histoire se passe dans les Asturies, la cordillère Cantabrique en Espagne, lors d'un séjour en quête de l'ours brun. C'est aussi l'histoire de Pierre Boutonnet, lui qui a créé l'agence de voyage naturaliste IUINA, dédiée à l'observation de la faune sauvage. Récit de voyage d'un petit groupe, et récit d'une vie engagée dans l'observation animale, prend tout son sens par et dans la nature. Épisode 1. Voyage au pays de l'ours. Pierre Boutonnet.
- Speaker #1
Il n'y a pas beaucoup de lumière, il y a un peu de brume, mais ça va se lever je pense. C'est la zone forestière et les barres rocheuses dans lesquelles les ours passent la journée. Donc voilà, au pied des barres il y a des éboulis et au pied des éboulis il y a les noyers, les noyers et les noisetiers. on va d'abord commencer à scanner d'ici et là, il ne faut pas hésiter à regarder de partout. On est sur une zone de tanière. Il y a au moins deux territoires de femelles. Un sur la droite et un sur la gauche. Moi, je les appelle les ours des falaises parce que le milieu déjà dans lequel ils se sentent le plus tranquilles et ici, on a vraiment affaire à des falaises qui sont végétalisées. Il y a des fois, parfois, comme là, carrément des arbres qui poussent dans les falaises et c'est ici, dans notre région, c'est leur milieu de prédilection.
- Speaker #3
rien ne les arrête. Ce n'est pas un problème pour eux de monter droit devant.
- Speaker #1
Mais de toute façon, l'ours, c'est un formidable athlète qui est capable de grimper. De toute façon, il a une capacité à grimper, que ce soit aux arbres ou en falaise. Donc ici, il s'adapte au milieu, c'est sûr. Et puis, de toute façon, c'est très naturel pour eux de le faire parce que c'est des super athlètes. Tu as les longues vues, Fabrice, qui sont prêtes ? J'ai quelque chose là. Ours. Oui, c'est une femelle et son jeune. Très clair, celle-là elle est connue. Elle bouge des branches là. Elle mange même les noix qui ne sont encore pas tombées. Qui sont dans l'arbre. Elle leur arrive même de monter à l'arbre.
- Speaker #3
Oui, d'accord, d'accord. Elle est rare des arbres. Jean-Claude. Elle attrape une branche là.
- Speaker #1
On la voit bien là. Elle est en lisière de forêt. Elle est de dos. Elle a l'air tout en bas à droite. Ouais, voilà. Raphaël.
- Speaker #3
Impressionnant. De voir les animaux comme ça, c'est quand même une chance énorme. Voilà, une belle ours dans son élément.
- Speaker #2
Éric-Marie.
- Speaker #1
C'est paisible.
- Speaker #3
Ils ont l'air franchement à l'aise dans leur univers. Ils se déplacent doucement juste pour se nourrir. Et on ne les dérange pas grâce à la distance. Je suis simplement émerveillé, voilà, pas plus compliqué.
- Speaker #2
Paula. C'est toujours une grande émotion quand on les voit, c'est magnifique. Philippe.
- Speaker #3
Qu'on puisse tous partager avec évidemment un guide extraordinaire en fait.
- Speaker #2
Pierre.
- Speaker #1
Il y a un démorphisme sexuel qui est assez marqué, les femelles sont plus petites, plus claires souvent avec des tâches claires autour du cou et... sur l'encolure, et elles sont plus en rondeur, les femelles. Les mâles, j'ai l'habitude de dire qu'ils sont surpilotis, parce qu'ils ont un corps un peu plus efflanqué,
- Speaker #3
ils sont un peu plus allongés,
- Speaker #1
et ils sont plus gros surtout. Et plus foncée. Ils ont un pelage toujours plus foncé. On voit bien au moment du rute, quand ils se suivent les deux, on voit vraiment les différences. On voit vraiment bien le dysmorphisme sexuel. Elle est en train d'escalader en falaise. Pour moi, elle a fini sa nuit. Elle a fini sa période de nourrissage. Et là, elle monte en falaise, se mettre à l'abri. Tranquille. Donc elle monte vraiment, c'est vertical. Elle fait quasiment de l'escalade. Je pense qu'elle passe à des endroits où nous, on ne passerait pas. Et son petit, il a suivi tranquillement. Voilà. Elle est bien découverte. On a de la chance, là. Lourd.
- Speaker #3
Par contre, elle est capable de descendre en replastre, comme ça ? Pareil,
- Speaker #1
pareil. Et quand c'est très difficile, elle descend comme un escaladeur. C'est-à-dire qu'elle se met ventre à la paroi et elle descend de dos,
- Speaker #3
comme ça.
- Speaker #1
Quand c'est vraiment difficile, elle est capable de faire ça. Et elle met toutes les zones de contact de son corps contre la paroi. C'est-à-dire griffe. pattes, ventre, elle colle et elle se laisse glisser. Sur des endroits hyper verticaux, elle fait ça sur des fois 5-10 mètres, c'est impressionnant. Impressionnant de voir. Nous, on ne le ferait pas ça. Moi, j'avais calculé, par exemple, sur l'ours des abruzes, quand il mangeait du nerf prince, j'avais calculé qu'il passait 15 heures par jour à se nourrir. Souvent, on me dit, oh là là, mais c'est un gros animal et il mange des petits fruits, des petites plantes, c'est bizarre et tout. Mais bon, après, tu prends l'exemple de la vache, l'exemple de l'éléphant, de l'hippopotame. C'est tous des gros, c'est tous des herbivores qui passent des heures et des heures à se nourrir. C'est comme ça. L'ours, il est omnivore, a tendance végétarienne. Donc, il mange des plantes herbacées, mais il ne broute pas comme une vache. Il faut qu'il choisisse sa nourriture selon les saisons. Les fruits, les fruits charnus, les fruits secs, les bourgeons, les fleurs, ou certaines plantes, certaines feuilles. Donc, c'est vrai qu'il est plus... cueilleurs que brouteurs, on va dire. Racines, bulbes, champignons, ça fait partie de son régime alimentaire, mais ce n'est pas de la nourriture principale, c'est marginal. La noix et la noisette, ça oui, c'est de la nourriture principale. Ce que je voulais souligner, c'est qu'on est sur un parking, il y a des canoës en bas qui vont être loués cet après-midi pour se balader, le village sur notre gauche, les prairies de Fauche. Là, on a un exemple de cohabitation qui est génial. Ça donne de l'espoir. Même si nous, on a marqué de notre empreinte toute la nature autour de nous, il y a quand même un peu de place pour les animaux sauvages. C'est ce qu'il faut retenir, je crois. C'est un animal qui est capable de s'adapter plus qu'on ne l'imaginait. Conserver, ce n'est pas si difficile que ça. Il faut juste lui foutre la paix. Elle va aller se reposer là dans la falaise. Elle se met à l'ombre. Et puis, jusqu'en milieu d'après-midi ou fin d'après-midi, elle va dormir pour recommencer une activité tout à l'heure, en fin de journée. Et se balader toute la nuit autour du plan d'eau et autour du village.
- Speaker #2
En fin de matinée, après ses premières observations d'ours, le petit groupe de naturalistes retourne à la maison-gîte de Folguéras où vit Pierre et sa compagne Marie, avant de repartir pour l'affût du soir. Ici, on adapte la journée selon le rythme des ours.
- Speaker #0
Marie.
- Speaker #1
C'est bien passé ce matin, c'était chouette.
- Speaker #0
Chouette, raconte-moi.
- Speaker #1
J'ai eu une bonne matinée. Déjà, il y avait une belle lumière, il y avait des bonnes conditions, pas de vent, comme j'aime bien. Déjà, j'ai eu une ours et son ourson qui est sortie. juste de la forêt, toujours sur les mêmes sites qui marchent bien en ce moment, sur les noisettes, les noix. Donc, j'ai fait une belle hops. Elle est toujours bien présente. Et puis, ça s'est bien enchaîné aussi avec au figuier, la jeunette, qui est venue aussi manger des figues. Oh, super. Là, je pense qu'elle va être très régulière. Je pense qu'elle va venir tous les jours. Parce que les figues sont bien mûres. Et il y a une bonne... En fait, il y en a pas mal, malgré la sécheresse. C'est une bonne... Les figuiers, ils donnent chaque année, quoi. Même, là, je pensais que cette année, tu vois, avec la sécheresse, ça allait être un peu compliqué. Mais non, non, il y a des beaux fruits. Peut-être parce qu'ils poussent au bord de l'eau, tu vois. Il est au bord du ruisseau. Donc, je pense que... que les figues profitent bien. Vraiment super. Et même l'ours, il vient aussi au figuier.
- Speaker #3
Ça a été vraiment une super belle séance.
- Speaker #1
Alors là on est dans ma cuisine à Casafolgueras, là où on vit, là où on passe le plus de temps. Et de la fenêtre de la cuisine, on voit vraiment un paysage que j'adore, typique, typique des Asturies. C'est-à-dire une grande falaise calcaire avec la forêt en dessous. Là, en ce qui concerne la forêt, c'est du chêne vert. Et en plus, cette falaise, pourquoi je l'aime particulièrement ? Parce qu'elle est incroyable. Elle abrite notre voisin, le couple de Perknopter, deux couples de craves. Et c'est là qu'on voit passer les ours aussi de temps en temps dans les éboulis. Ils vont venir cet automne sûrement manger les glands de chêne vert parce que cette année, il y a une belle glandée, comme on dit, une belle récolte. Et franchement, on ne se lasse pas de ce paysage. Avec les lumières du matin, du soir, presque, on se dispute pour faire la vaisselle tellement on s'est privilégié de se mettre à la fenêtre de la cuisine quand on est devant l'évier. C'est pour ça qu'on est là, vraiment. Je pense que je ne m'en lasserai jamais de ce paysage. C'était mon enfance à Briançon, dans ces belles montagnes des Hautes-Alpes. Bien sûr que même si on n'était pas naturaliste dans la famille, on était montagnards. Donc on partait en randonnée dans le massif des Écrins, dans le massif du Lotaré, des Cers, etc. Dans le massif du Kéra. Mes premières rencontres avec les animaux faciles, bouctins. Chamois, marmottes. On devait avoir une paire de jumelles pour toute la famille. On se la passait, quand on voyait un grand rapace dans le ciel, c'était toujours, est-ce que c'est un aigle, est-ce que c'est une buse ? Le grand-duc, je me souviens, mon père, il me parlait du grand-duc, il me disait, oui, c'est un énorme oiseau, un tel l'a vu devant sa voiture l'autre nuit, mais il ne veut pas dire où, c'était un peu le mythe, quoi, tu vois, et si, si, ça, je me souviens de ces moments-là. Jamais, jamais j'aurais imaginé tout ce qui m'arrive maintenant et tout ce qui m'est arrivé en matière de rencontres animalières, d'observations naturalistes. Mais bon, c'était peu de choses. Mais voilà, quand t'es un enfant, ça te remplit. C'est mes souvenirs. Voilà, c'est ça. La montagne, les gens disent que c'est un terrain de jeu. Moi, je suis vraiment un montagnard. J'adore tous les milieux naturels. La mer, je suis émerveillé par l'océan, la mer, etc. Mais voilà, quand tu es né en montagne, que tu as grandi en montagne, je crois que tu l'as en toi. Et la montagne, c'est ma maison, quoi. Ce n'est pas un terrain de jeu. Ce n'est pas quelque chose dont j'ai envie de dire, dont je me sers. En fait, j'y vais, je suis toujours comme un gamin, toujours contemplatif, toujours respectueux. Et voilà, c'est comme quand tu respectes ton lieu de vie, ta maison, ta tanière. C'est comme ça que je vois la montagne. Alors bon, il se trouve que c'est grâce aussi à elle que je gagne ma vie et que j'exerce mon travail. Pratiquement tout se passe en montagne. Pourquoi aussi tout se passe en montagne pour moi ? Parce que j'habite en Europe occidentale et il faut quand même... Dire une chose, c'est que les derniers endroits sauvages dans nos pays, ils sont en montagne. La plaine, elle a été totalement entropisée, elle est occupée par l'homme. Les côtes, il n'y a pas beaucoup de place, il y a quelques côtes sauvages, mais pour moi, les vrais espaces sauvages, ils sont en montagne. va sûrement réapparaître. Ah, le petit, il est... Il est en bonne santé, il a l'air d'être bien. Il se porte bien.
- Speaker #3
Ça te fait quoi de voir des ours au bout de tant d'années ?
- Speaker #1
Écoute, c'est toujours la première fois. Franchement, c'est un animal qui me procure tellement d'émotions que franchement, ça me dit que... On profite et ça reste un instant rare, magique, incroyable. Dans la cordière Cantabrique, au milieu des Asturies, dans un endroit, t'as vu, on entend les chiens, on a du village. Pas si sauvage que ça, à côté d'un village. Mais bon, c'est ma vallée, c'est la vallée où je me suis installé. C'est aussi la vallée des ours. Les ours et les hommes habitent dans cette vallée. Chacun à sa place, chacun avec son emploi du temps et ses activités, j'ai envie de dire. Ça, ça me plaît bien. Il y a l'ourson qui saute dans un... Qu'est-ce qu'il fait ? Il s'énerve sur une branche. C'est marrant. Il n'a pas le temps de jouer parce qu'il suit sa mère. On est dans un biotope assez riche, assez idéal, humide. Ah, elle joue avec lui. C'est marrant. Et riches en nourriture, en zones de refuge, barres rocheuses, les ours adorent les gros chaos rocheux. Les gros chaos rocheux végétalisés, j'ai remarqué, c'est ce qu'ils préfèrent pour oser le top. Et là, il n'y a que de ça. Donc, tu m'étonnes que si on les laisse tranquilles, ils prospèrent. Elle a passé la journée là, c'est sûr. Et là, elle trace, elle va direct. Elle avait l'air de savoir où elle allait. Il y a une autre bestiole qui sort, à droite en haut. Une autre bestiole. Alors c'est peut-être un sanglier. Sanglier. Vous avez bien reconnu l'ours de l'autre fois, avec son petit. Il n'a pas 36 non plus.
- Speaker #3
Il n'y a que celle qui était là l'autre jour. C'est celle-là ? Oui. On le voit de dos dans le noyer. La nuque, une tête et deux grandes oreilles. En train de mâcher des noix. Ouais. Une vue. Ah, c'est pas grave. C'est petit.
- Speaker #2
Bonsoir.
- Speaker #3
C'était rigolo parce que le petit,
- Speaker #4
il tombait un petit peu dans les rochers. Mais il essayait d'attraper des noisettes comme sa mère. Faut attendre qu'il réapparaisse peut-être.
- Speaker #1
J'en ai vu un qui a mis une falaise là, ce printemps. Il était là, il a pris le mauvais côté, il a laissé le rojaune de sa mère qui était sur la plateforme, il a rebondi sur au moins 30 mètres. Les gens étaient catastrophés, il y en a qui étaient au bord de l'arme, ils sont partis. Moi je me suis dit, on va attendre. 5 minutes après, il est remonté et il rejoint sa mère. Incroyable. C'est donc à autre chose ces animaux-là. Surtout les petits.
- Speaker #3
Tu utilises qui ? Outil pour détecter un animal.
- Speaker #1
Norbert.
- Speaker #3
J'ai trois instruments. J'ai d'abord les yeux, les yeux, le regard. Ensuite, j'ai les jumelles. Pour détecter la trace, j'ai un monoculaire thermique. Ça me permet de voir la trace thermique de l'animal. Éventuellement, ça peut beaucoup aider. Et puis pour finir, la longue vue, vraiment focaliser et voir l'animal en gros plan.
- Speaker #1
En clair, tu vois une forme blanche, un fond gris, sombre, voire noir.
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #1
Et c'est un animal qui met de la chaleur, c'est ça ?
- Speaker #3
C'est ça. Alors après, selon les thermiques, selon les marques, selon les qualités... on peut reconnaître la silhouette de l'animal à plus ou moins de distance. Donc moi, j'ai la mienne qui porte à 200, mais je pense que je peux quand même, enfin, je peux distinguer une silhouette à 100, 150 mètres, enfin, reconnaître. Sinon, dans le lointain, c'est vraiment une tâche blanche, en fait, mais qui se déplace, il faut faire très attention. L'autre source d'observation, c'est l'écoute aussi, beaucoup l'écoutent. Je veux dire, notamment pour l'ornithologie, le secret, il n'y a pas de secret, mais c'est d'être très attentif et très disponible à son environnement, dans l'écoute, et de faire taire toutes les pensées dans la tête, et être complètement ouvert, disponible à tout. tout ce qui se passe autour de soi. Ça, c'est très important. Ça aussi, ça s'éduque.
- Speaker #1
Traverser une grande carrière déboulie. Là, j'ai bien peur que ce soit terminé pour tout de suite.
- Speaker #3
Voilà.
- Speaker #1
Alors, dès que j'ai eu 16-17 ans... J'ai fait quelque chose que je conseille à tous les jeunes de faire et c'est vraiment important. Je me suis rapproché d'une association de protection et de conservation de la nature localement chez moi. Et dans ces structures-là, j'ai rencontré des gens incroyables. C'est tous des passionnés parce qu'on n'est pas là si on n'est pas passionné. Et donc, j'étais adhérent du CORA, Centre Ornithologie Cronalp à l'époque. Et là, j'essayais de participer à ma modeste échelle, à des comptages, à des suivis, à des... à des prises de données sur les oiseaux, les mammifères, etc. Et là, j'ai vraiment rencontré des gens qui m'ont donné envie. Qui m'ont donné envie parce qu'ils avaient envie de transmettre. Moi, j'avais 18 ans. Mais bon, j'ai quand même fait des études à mon rythme, doucement, doucement. Dans des études de bio-géographie, puis un peu d'écologie, quand j'ai terminé mon DESS, ma cinquième année d'université. J'ai pu faire des stages. À l'époque, il y avait une association qui s'appelait le FIR, le Fonds d'Intervention pour les Rapaces. que les anciens connaissent, que les jeunes ne connaissent pas, qui m'a permis de faire des stages, de surveiller l'Aigle de Bonnelly dans le sud, le Balbusard dans le Loiret. Bon, on a un paquet à être passé par là. Et voilà, ça c'est hyper formateur. Petit à petit, je me suis construit une culture naturaliste. Ma passion s'est développée, s'est décuplée. J'ai du mal à l'expliquer parce que pour moi, la nature, c'est ni un métier, ni une activité. Moi, je ne me voyais pas vivre ailleurs qu'en pleine nature, de faire un métier. autre qu'un métier de nature. Tout est tourné là-dessus, tout ce que je lis c'est là-dessus, tous mes copains ils sont dans la nature. Je me sens hyper centré là-dedans. Alors là pour le coup je me pose des questions comme tout le monde dans la vie, mais pas de ce côté-là quoi. Ça c'est clair et ça ne t'arrivera jamais. Je suis comme un gamin tout le temps quoi. Ça c'est sûr quoi. Je me suis dit, je vais essayer d'avoir une vie de voyage. J'aime deux choses, le voyage et la nature. Bon, c'est vie de vue, on va faire des voyages nature. Ça s'est fait comme ça. Et alors, en 96, j'ai décidé de créer directement ma propre structure, petite structure associative, que j'ai directement appelée Youina. Et donc, il existe encore et que j'anime encore aujourd'hui. Mais après, c'était très difficile de créer une structure comme ça. On n'était pas connus. C'était très difficile d'en vivre. Pour proposer des voyages naturalistes, il faut avoir la compétence dans ces voyages-là. Alors, ça tombait bien, je revenais d'Amérique du Sud. Donc, je connaissais bien l'Argentine, je connaissais bien l'Équateur. Il y a des choses que je connaissais aussi en France. Donc, j'ai commencé à créer un petit calendrier. le premier calendrier Youina en proposant trois petits voyages à Bruse, Roumanie, Équateur. Et j'ai essayé de trouver du monde pour partir avec moi. Et puis voilà, ça s'est fait petit à petit, ça a marché, j'ai eu quelques personnes. Bon, à l'époque, c'était un peu rock'n'roll. On campait dans les bois, on partait en bateau dans le delta du Danube à la rame. Ah ben, c'était des choses que je ne ferais plus maintenant. On la vivait, la nature. On l'observait. Mais on la vivait, le niveau de connaissance, il n'y avait pas Internet. C'était les balbutiements, on n'avait pas toutes les infos. On était des défricheurs. Je me souviens avoir défriché en Turquie, en Bulgarie, en Bolivie. C'était vraiment... Les gens étaient contents, mais ça n'a rien à voir avec ce que je propose maintenant. Et c'était vraiment super. Et j'ai envie de dire, ma trajectoire, elle s'est faite tout doucement. J'ai bien ramé économiquement pendant 5 ans, on va dire. Et en 2000, 2001, ça a commencé à décoller. C'était trop bien. J'étais trop libre. Je suis content de moi parce que la constance paye. Et ça, il faut le dire. Je pense que dans chaque activité, c'est la vérité. La constance, la tenacité, pas lâcher. Il faut croire en soi. Et maintenant, je récolte les fruits. Parce que 30 ans de UINA, je suis dans le paysage du voyage naturaliste français. Ça, c'est sûr. Je me suis solidifié. Maintenant, je me sens très solide. Et ça, ça amène de la sérénité. plus discret que ce matin ça veut pas dire qu'on va développer des ruses dessus non plus on peut se parler en chuchotant parce que le chuchotement ça porte pas contrairement aux voies graves qui elles portent beaucoup surtout qu'on va être en contrebas les animaux vont être au-dessus de nous donc il faut vraiment faire le moins de bruit possible on peut se parler mais seulement si c'est nécessaire il nous reste 5 minutes on va marcher dans la forêt puis on va arriver, on va s'installer Il y a une femelle avec son oursin qui regarde une biche qui est en dessous d'elle. J'ai les trois animaux. Allez,
- Speaker #3
on va faire une petite roche. Super. Qu'est-ce que tu vois ? C'est absolument dingue de voir deux animaux comme ça, d'une autre espèce si proche.
- Speaker #4
Ce que je trouve extraordinaire, c'est que là, on a un tas de cailloux. Et tout d'un coup, grâce à un guide naturaliste, quelqu'un qui connaît, tout d'un coup, on commence à découvrir qu'il y a de la vie. Il y a des choses qu'on ne voyait pas.
- Speaker #3
Ce n'est pas la femelle de ce matin ? Non,
- Speaker #1
tu as vu ? Elle est plus pensée et le pied est plus porté. C'est une autre femelle. Je suis content parce que ça fait 15 jours que je ne l'avais pas vue. Donc, elle est toujours sur place. C'est cool.
- Speaker #3
La même barre rocheuse avec deux femelles, deux oursons et un mâle solitaire.
- Speaker #4
C'est incroyable. C'est un gros mâle solitaire qui impose dans un toit massif.
- Speaker #1
Il n'y a plus beaucoup de lumière là. On va ranger les longues vues, on va y aller, on va les laisser. Eux, ils vont continuer toute la nuit. Mais nous, on va rentrer, on va aller se coucher. Chacun son heure. Il y a l'heure des bêtes et il y a l'heure des hommes. Allez, on y va !
- Speaker #2
C'est toute la philosophie de Pierre qui est là. Observer l'animal avec grand respect, sans le déranger. Et aussi, transmettre sa passion et son savoir naturaliste aux personnes en quête de nature. Au final, il s'agit de sensibiliser à la faune sauvage pour mieux la protéger. Merci sincèrement à Pierre Boutonnet pour son accueil, pour nous avoir guidés sur le terrain et pour le parrainage du podcast. Merci à Marie et leurs enfants et aux membres du groupe du Voyage Naturaliste. Une réalisation de Laurent Sistac avec la voix de Zora Descrivel. Une production La Belle Échappée, sonore et visuelle. Rendez-vous pour le prochain épisode, vivre avec les ours dans les Asturies.