- Speaker #0
Histoire naturaliste, à l'écoute des passionnés de nature. Celles et ceux qui observent la faune, la flore, les espaces naturels. Ces personnes sensibles à la beauté du monde nous racontent leurs plus belles histoires de leur vie de naturaliste. Une production, la belle échappée.
- Speaker #1
On a mis encore la barre très très haut, on a la prétention d'aller au bord de la rivière, de voir la loutre à 19h, voir la genette à 22h. Bon, on va y aller humblement, on va tenter, mais bon voilà, il ne faut pas non plus imaginer que tout va bien. va sortir du chapeau comme ça. Mais en tout cas, ce qui tente rien n'a rien. Donc là, on va juste se positionner au bord de la rivière, à 10 minutes de marche, sur un petit lac de barrage. Bien sympa, où je sais que la loutre est vue, enfin je la vois régulièrement. Elle est bien présente. On va faire l'affût du soir, et puis on verra bien. Allez.
- Speaker #2
Suite du voyage en Espagne, dans la cordillère Cantabrique. en compagnie d'un petit groupe de naturalistes en quête de l'ours, mais aussi à la recherche d'autres espèces comme les grands rapaces, le chat forestier, le loup, la genette et la loutre, entre autres. Ça se passe dans les Asturies, un lieu de nature extraordinaire où les humains côtoient la faune sauvage en bonne intelligence et sans trop de crispations. A tel point que Pierre Boutonnet, naturaliste, expert et guide de voyage, a décidé de quitter la France pour s'y installer avec sa famille. Épisode 2, vivre avec les ours dans les Asturies. Pierre.
- Speaker #1
Alors là, on n'est plus en zone à ours. On a un peu quitté la zone montagneuse de la vallée à Monts. On est un peu en aval. Et voilà, c'est un endroit où il y a un beau fleuve côtier qui s'appelle le Rio Nalon, où il y a les saumons qui remontent d'ailleurs. Toujours, chaque année un peu moins, mais bon, ils sont quand même toujours là. Et c'est vrai que la loutre est bien présente. Il y a encore... Une belle qualité de milieu et il y a une belle densité de loutres sur cette rivière.
- Speaker #3
L'idéal, là,
- Speaker #1
pour nous, c'est qu'on ait une soirée sans vent. Pourquoi c'est hyper important qu'on ait une soirée sans vent ? Parce que le plan d'eau, s'il n'est pas ridé par des petites vaguelettes, on voit beaucoup mieux. Parce que la loutre, est hyper discrète, elle a la couleur de l'eau et elle a beau être, les mailles font jusqu'à 15 kilos elle est ultra discrète c'est comme un fluide, c'est un fluide dans un fluide donc elle est vraiment elle se faufile et elle est d'une discrétion absolue donc souvent on repère, avant de la voir on repère les mouvements de l'eau s'il y a des rides, on ne la repère pas c'est des mouvements d'eau bien particuliers j'essaierai, j'espère que je pourrai vous le montrer ça n'a rien à voir avec un splat de poisson c'est un autre type de mouvement d'eau quand tu le connais, tu le repères de loin Merci.
- Speaker #3
La loutre, c'est un animal qui est assez cool, mais quand même, là on est vraiment au bord de l'eau. Elle est susceptible de nous sortir dans les pattes, ça m'est déjà arrivé. Mais donc il va falloir quand même être le plus discret possible.
- Speaker #1
Elle va vers la gauche ! Elle sort, elle sort, regarde, on la voit sortir à travers les arbres là. Vous avez vu qu'à chaque fois qu'elle sort, elle mâche. C'est un prédateur très efficace, elle mange des trucs. Hop, elle a replongé.
- Speaker #4
Je la vois encore. Là, elle est vraiment à gauche. Tu l'as vue ?
- Speaker #1
Oui. Je l'ai vu plusieurs fois.
- Speaker #3
Alors voilà, ce que je peux faire, c'est moi rester là, vous, vous continuez doucement, et autant vous tomber dessus. Mais faites gaffe, allez-y, Molo. Si elle vous voit, elle va plonger.
- Speaker #4
Ce qui me surprend, c'est la taille à distance. C'était pas...
- Speaker #3
peut-être un mâle. Le mâle est deux fois plus gros que la femelle, voire trois. Le mâle, il fait entre 9 et 15 kilos. La femelle, entre 5 et 10. Donc une petite femelle, elle est trois fois plus petite qu'un gros mâle.
- Speaker #4
Est-ce qu'elle peut rester longtemps, ce loup ?
- Speaker #3
Oui, bien sûr, mais quand elle a une action de pêche, elle est obligée de remonter à la surface pour manger. Donc comme elle est hyper efficace, j'avais calculé que maximum une minute, 50 secondes, elle remonte. Après, tout dépend de ce qu'elle décide de faire. Elle peut aussi décider de traverser et de faire 500 mètres sous l'eau pendant 3 minutes. Là, tu la perds, quoi.
- Speaker #1
Musique Un de mes objectifs de vie, c'était vraiment d'essayer de m'installer dans un endroit qui me plaise bien sûr, mais vraiment au milieu de la nature, au contact de la nature. Et comme j'ai cette relation particulière avec les ours, Quand on a, avec Marie, ma compagne, décidé d'avoir ce projet, de s'installer dans une nature forte, très naturellement, je lui ai proposé cette région espagnole des Asturies et de la Cordillère Cantabrique, que je connaissais déjà pour être venu en tant que guide avec des participants. Je venais comme ça une fois par an pour faire des voyages naturalistes. Ici, je trouvais que par rapport à la France, c'était une région qui allait vraiment nous permettre de vivre à 100% ce qu'on avait toujours rêvé de vivre, au contact notamment des ours. Donc qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai bien ciblé l'aire de répartition de l'ours dans la cordillère Cantabrique et on a cherché un lieu de vie dans cet endroit-là. En France, on a un rapport à la nature que moi je trouve déplorable en matière de conservation des milieux naturels, en termes de cohabitation avec les grands prédateurs. En France, c'est vraiment difficile. Et nous, en tant que militants de la première heure, on a beaucoup souffert, quand on habitait en France, du lobby agricole, du lobby de la chasse. L'activité chasse en France, pour nous naturalistes, elle est insupportable. Quand tu aimes le vivant, quand tu respectes le vivant, je t'assure, c'est très dur à vivre. Six mois par an, tu as la boule au ventre. Moi, j'ai toujours vécu en milieu rural. J'ai toujours dû composer, surtout dans le sud de la France, avec l'activité synergétique. Et c'est une activité qui est traitée comme une activité majeure dans les communes rurales de France. Et nous, ça, on en a vraiment eu ras-le-bol. Et ici, en Espagne, quand on est arrivé ici, vraiment, on a respiré. On sent la différence. Il y a beaucoup de chasseurs en Espagne, mais ils sont moins radicalisés, ils sont moins organisés, ils sont moins présents dans le paysage et ils ont beaucoup moins de cadeaux de la part de la classe politique espagnole. Alors que les chasseurs en France, ils ont tous les pouvoirs et ils ont l'impunité. C'est vrai que ça ne nous a pas dérangé pour toutes ces raisons-là de quitter la France. On a un peu quitté le navire, j'avoue, mais bon, on milite quand même, on est quand même présents.
- Speaker #3
On est dans le parc naturel de Somiedo, juste au début du parc, du côté oriental. à côté d'un petit hameau. C'est une gorge qui est assez escarpée, assez étroite, avec une forêt de chênes dans le fond et des barres rocheuses au-dessus. Encore une fois, le biotope idéal pour l'ours. Forêt, rocher, nourriture, refuge. Voilà, il y a une route qui passe juste à côté en plus pour nous, c'est parfait. Une route qui n'est pas passante, donc il n'y a pas beaucoup de voitures. Du coup, les ours sont tranquilles. Et nous, ça nous fait un bel védère Amen. naturel pour observer, sans déranger. J'adore, j'ai rendez-vous toujours aux mêmes dates, aux mêmes endroits avec les ours. Tous les ans, sur ce petit vallon, mi-septembre, les ours arrivent pour manger des glands. Et c'est trop bon, je reconnais même les ours d'une année sur l'autre. Ils viennent dans les mêmes arbres, à la même date, au même endroit. C'est sympa, ce petit rendez-vous annuel. Là on est assez près quand même, on est à moins de 300 mètres. Pour les asturistes c'est une observation de proximité. Alors on est moins proche qu'hier soir, mais on est quand même assez proche. Hier soir on était dans un village, et c'est un village qui... qui est visité par la faune sauvage et les ours, notamment au mois de septembre, pour venir manger les figues. Donc on s'est posté quasiment sur la place du village, et on a eu la chance de voir débouler un ours. Il était quoi ? 10h30 du soir. Avec les chiens qui aboyaient, le voisin qui n'était pas content parce que... qu'il ne voulait pas qu'il y ait son ours dans son jardin. C'était assez folklorique, mais on a quand même vu l'ours descendre dans les figuiers. Et oui, on était à une trentaine de mètres, je pense. Bon, c'était furtif, mais c'est intéressant, c'est intense. Et la jeunette qui mange les figuiers, Tout le monde vient manger les figuiens. Tous les animaux aiment les figuiens. Les carnivores comme les herbivores. Donc au figuier, c'est intéressant. Tu peux voir passer n'importe quelle espèce. Le renard, la genette, l'ours, le chevreuil, le blaireau.
- Speaker #1
Maintenant, ça fait plus de 10 ans qu'on est installés là. Et ça a même dépassé nos espérances. Quand on s'est installés, moi je me suis dit waouh, là vraiment, c'est un bel endroit. Les ours sont aux alentours. Il va sûrement se passer des choses là dans les prochaines années qui vont être fortes. Et effectivement, il nous est arrivé tout un tas d'aventures avec les ours qui ont totalement dépassé ce qu'on aurait pu imaginer. Nous, on s'est installés là, on a fait tout ce qu'on avait envie de faire, c'est-à-dire qu'on a planté des arbres fruitiers, on a eu un jardin. Moi, j'ai installé mes ruches, on a des chevaux, on a des brebis, on a eu des chèvres. On a des poules. Bref, pas mal de choses qui intéressent les ours. Et donc forcément, fatalement, ce qui devait arriver, c'est qu'on a eu des interactions et on a eu des petits échanges avec nos amis les ours. Et voilà, et ça je le revendique, on arrive très bien à cohabiter. Depuis 11 ans, on est bien placé pour raconter tout ce qui nous arrive, témoigner de quelques histoires d'ours qui nous arrivaient ici. On avait une ruche qui n'était pas protégée, qui était en dehors du rucher, parce qu'on avait fait une expérience, on avait construit une ruche en parpaing et en béton, qu'on espérait anti-ours, pour savoir si elle allait résister à la visite des ours. Donc elle était installée au fond de notre propriété, avec des plaques vissées et boulonnées, et il y avait la colonie d'abeilles qui était à l'intérieur. Début avril, quand il y avait du couvain, J'arrive sur les lieux de la ruche un matin, je vois qu'il y a un animal qui a creusé autour de la ruche et qui a commencé à essayer de faire bouger les parpaings, mais il n'était pas vraiment bien arrivé. Il y avait eu une tentative d'attaque sur la ruche. Je comprends vite que c'est un ours. Je ne mets pas de piège photo à l'époque, mais bon, je regarde ça, évidemment je ne touche à rien, et je dis je reviendrai demain. Le lendemain matin, je reviens, le trou avait augmenté et la tôle avait commencé à être froissée ou pliée. Je dis bon ok. Troisième jour, là, la ruche avait été cassée, il y avait des abeilles de partout. partout, des abeilles qui sortaient de partout. Je me souviens, Marie n'était pas là, elle était en voyage, j'étais tout seul, et elle devait rentrer le soir même. Je dis à Marie, pendant que tu n'étais pas là, pendant trois jours, il y a un ours, mais je ne sais pas qui, qui vient et qui essaye de désinguer la ruche, il y a pratiquement réussi, il a attaqué, il a un peu attaqué les cadres de miel, et il en reste, parce qu'il n'a pas vraiment réussi à tout défoncer, mais évidemment il va revenir, j'en suis sûr, il va revenir. Donc du coup, ce soir-là, On est un peu attentifs. Pour vous donner une idée, on est à 150 mètres de la maison. Au fond du jardin, si je puis dire. Codé à une paroi rocheuse. Je mets la lampe sur la zone. Je vois trois perdus. Pas une, trois. Une grande et deux petites. C'était pas un ours, c'était une femelle avec deux oursons. Et elle était au-dessus de la ruche. Elle arrivait par la falaise, par au-dessus. Et on avait nos bêtes, à l'époque c'était des chèvres, juste à côté dans la chèvrerie, entre l'ours et la ruche. Alors l'ours, elle était là pour la ruche. Mais bon, Marie, c'est elle l'éleveuse. Elle me dit, Pierrot, là quand même je suis embêté, parce que ok, il y a la ruche, mais bon, imagine qu'elle ait une idée. Alors nous, il faut savoir que les chèvres, on les rentre tous les soirs, dans la chèvrerie, qui est une petite cabane fermée. encerclée par une clôture électrique. Donc on fait les choses bien. Normalement, il n'y a aucune raison que l'ours s'approche. Mais bon, Marie est inquiète, je dis ok, j'y vais. Je vais aller lui parler, lui faire un peu peur, lui montrer que bon, là, c'est pas son secteur. Je vais essayer d'aller marquer un petit peu le territoire. Je m'approche d'elle. Elle est là, elle me voit arriver bien sûr. Elle me capte tout de suite, mais elle s'en va pas. Elle se met au-dessus, alors elle me dominait. C'est la raison pour laquelle, en fait, elle n'était pas trop inquiète. Alors je m'approche en lui parlant, je lui parle, je lui mets la lampe dans les yeux, je m'approche à 50 mètres, elle ne bouge pas, je suis un peu étonné. Je m'approche à 40 mètres, elle ne bouge toujours pas. Pourquoi ? Parce que les ours, ils sont farouches. Mais il faut savoir un truc, quand on connaît des ours, ça les gens ne le savent pas, c'est que quand il a une idée derrière la tête, l'ours, il est très têtu. Et ça, ça serait bien que les éleveurs et les bergers le sachent, parce que, bon, je fais une petite parenthèse, ça serait bien de les former à ça, au côté psychologique de l'ours, parce que bien souvent, ils sont étonnés de la hardiesse de l'ours quand il attaque les troupeaux, quand il s'approche des habitations. Il y a une bonne raison à ça, c'est que l'ours, quand il a une idée dans la tête et qu'il a décidé quelque chose, c'est difficile de le faire lâcher. Et là, c'était le cas. Elle me regardait et elle, elle voulait aller à la ruche. Donc je m'arrête à 30 mètres d'elle. De toute façon, je ne pouvais pas aller plus près, il y avait la falaise entre nous. Enfin, une espèce de barre rocheuse. Et là, je me mets à lui parler. Je lui parle en élevant la voix. Donc là, elle avait ses petits quand même. Ses petits sont rangés derrière elle. Elle fait demi-tour et elle s'en va. D'un bon pas, mais bon, je les connais, les cocos. Je reviens à la maison, je dis, j'ai fait de partir, mais à mon avis, ça ne va pas suffire. Tôt ou tard, elle reviendra. Bon, mais là, c'est 11h du soir, moi, je vais prendre ma douche. Et Marie, toujours inquiète, elle se dit, bon, je vais quand même aller voir si tout va bien. On avait aussi des chevaux, on avait une vieille jument à l'époque. Elle dit, bon, je vais essayer de voir si la jument n'est pas dans le secteur. Donc, elle remet ses habits de fermière. Je ne sais pas, un quart d'heure après. Et en fait, l'ours. Elle n'avait pas du tout attendu, elle avait fait demi-tour, elle avait fait le tour de la barre haussière et elle arrivait par dessous. Donc quand Marie est arrivée sur la ruche, pensant que comme j'avais fait peur, elle n'allait pas être là, elles se sont retrouvées nez à nez, à 10 mètres l'une de l'autre. Là, tout le monde a eu peur. Marie, elle a tourné les talons, elle est vite rentrée à la maison. L'ours, elle a sûrement fait demi-tour, moi j'y étais pas, mais ça a dû être panique tout le monde. Donc elle arrive, moi je suis sous la douche, plein de mousse, elle me dit « Pierrot, l'ours est revenu, l'ours est revenu ! » Alors je vous laisse imaginer la scène, je sors comme je peux, j'enfile mon peignoir, je mets mes bottes en plastique, j'ose même pas imaginer, heureusement que personne m'a vu, me voilà en train de courir en peignoir avec mes bottes en plastique. en direction de la ruche, parce que je me suis dit, bon là, il faut vraiment marquer le coup, il faut vraiment lui faire peur. Et en fait, quand je suis arrivé à la ruche, j'ai juste entendu des pierres rouler dans la forêt, je n'ai rien vu, et elle était repartie. Et là, il y a eu quand même un coup de stress qui fait que la femelle... Elle n'est pas revenue dans les prochains jours, mais elle avait deux grands jeunes qu'elle a émancipés au mois de mai et au mois de juin. Un des deux, qui était donc indépendantisé, on va dire, qui était tout seul, livré à lui-même, il s'est souvenu que là il y avait une ruche, parce que nous on n'a touché à rien. La ruche, elle était moribonde, mais elle vivait encore. Et au mois de juin, on a eu un des oursons qui est revenu et qui a terminé de détruire la ruche ce soir-là. Et Marie, elle a assisté à toute la scène avec les enfants, à une trentaine de mètres. Elle a vu l'ours pendant au moins trois quarts d'heure. défoncer la rue. Et ils sont partis non pas parce qu'ils en avaient marre ou qu'il y avait un problème, c'est que les abeilles étaient tellement excitées, tellement énervées, elles attaquaient l'ours, qu'elles venaient dans le faisceau de la lampe et elles les attaquaient eux aussi. Donc c'était pas tenable, ils ont dû partir.
- Speaker #3
Voilà pour la petite histoire.
- Speaker #1
Je me disais toujours, j'aimerais vivre dans un coin tellement sauvage, avec les ours tellement proches de moi, que mon rêve ce serait d'avoir une maison et de pouvoir me brosser les dents et d'observer l'ours de la fenêtre de ma salle de bain. C'était, voilà, je disais ça avec les copains, ils le savaient, on se marrait avec ça. Et j'ai réussi à le faire. J'ai réussi à le faire parce que même si la fenêtre de la salle de bain, elle ne donne pas sur le meilleur endroit pour voir les ours, on les voit tellement régulièrement autour de la maison. Ils vivent avec nous, en fait. Ils sont là. Ils viennent dans nos fruitiers. Ils se baladent. Ils ne nous font rien de mal. Mais ils se baladent. Qu'un jour, c'est vrai que parmi nos premières rencontres autour de la maison, pour me marrer et pour me dire « Allez, je vais le faire » , il y avait un ours qui était visible de la fenêtre de la cuisine. J'ai couvert la salle de bain, j'ai pris ma brosse à dents et je me suis brossé les dents en le regardant. Comme ça, je peux dire, moi, j'ai eu la chance d'observer un ours en me brossant les dents. Voilà pour la blague.
- Speaker #4
Philippe Malheureusement pour le moment je ne le vois presque pas. Je vois les branches qui bougent.
- Speaker #2
Il se raccouche.
- Speaker #4
Mais il part. Oui, mais je vois les branches qui bougent. Mais pour l'instant je ne vois rien.
- Speaker #2
Eric-Marie
- Speaker #3
L'ours est descendu de l'arbre où il mangeait les glands. Et là, il s'est orienté vers de la bruyère. C'est calme mais ça a l'air puissant.
- Speaker #2
Françoise.
- Speaker #3
C'est magnifique mais c'est surtout qu'il paraît énorme là du coup. Et à la fois il fait très nounours. Parce que tout est rond. Tout est rond dans l'ours.
- Speaker #4
Et là il est dans un chien, il est en train de bouffer.
- Speaker #3
C'est ça, il est sorti de la mat, derrière les feuilles. Et on voit ses oreilles, son crâne, son museau. Je suis satisfait, je suis heureux. Voir la faune sauvage et en plus des grands... prédateur c'est possible exactement dans des zones finalement assez habité quand même même si là on est un peu en altitude donc il ya quand même moins de l'empreinte humaine rafael
- Speaker #4
ça donc on ne dérange pas du tout et à la fois on est au devant de la scène c'est ça qui est d'hommes à cet endroit. Mais il y a une voiture qui passe. C'est ça. l'ours n'a aucune réaction en fonction par rapport à cette voiture. Il a une vraie habitude, on dirait.
- Speaker #3
Il est juste derrière l'arbre. Oh, on le voit super bien. Il est en train de sortir. Alors, il ne les mange pas les fruits rouges. Pour l'instant, ils ne sont pas mûrs. Mais là, il sort. On le voit bien. Qui c'est qui prend la longue vue ? Laurent.
- Speaker #4
Il est sur un petit promontoire. Il regarde. On le voit respirer. La gueule ouverte, la couleur de la langue. Il est couché sur un tapis de mousse au bord du vide.
- Speaker #2
Pierre.
- Speaker #3
Ouais, ouais, c'est une observation assez rare ça. Il est tout calme. Profitez, au niveau des yeux, 300 mètres, bonne lumière. Ça m'arrive, mais deux fois par an quoi. Pour un hors-skidant, j'adore. Incroyable. On voit ses naseaux, on voit tout.
- Speaker #4
Pourquoi les humains ont du plaisir à observer un animal sauvage ? Pourquoi toi, ça te fait quelque chose de voir ça ? Une espèce qui prend plaisir à observer notre espace.
- Speaker #3
Françoise. Ça va toucher quelque chose de plus profond. Quand on était bien plus connectés avec le monde, avec la nature, avec notre environnement, avec... Raphaël.
- Speaker #4
Pourquoi on apprécie... L'ours en particulier, je pense. On a tous eu un doudou, quoi, en fait. Je pense qu'il y a un petit côté comme ça. Et l'ours apparaît vraiment super doudou. Bon, après, on ne va pas l'emmener dans notre chambre, celui-là. Mais je ne sais pas. Et l'observation, c'est le premier chemin pour connaître.
- Speaker #2
Éric-Marie
- Speaker #4
Je crois qu'il y a le côté, j'imagine,
- Speaker #3
enfin moi je le traduis comme ça, innocence de l'animal. Il est bien dans son milieu, sans se poser de questions particulières. Il profite de son environnement. Ouais, ils sont différents de nous, quoi. Assez exceptionnels.
- Speaker #4
Pourtant,
- Speaker #3
t'en as vu. Ouais, pourtant, j'en ai vu, mais c'est toujours différent. Écoute, c'est jamais pareil. Il y a toujours un contexte, une lumière et tout ça. C'est jamais pareil. Mais là, c'est quand même 5 étoiles. Ça me nourrit, c'est ce qui me donne l'énergie pour me lever le matin. Enfin, il y a d'autres choses, mais ça, c'est vraiment une motivation énorme. C'est comme une récompense, quoi, d'avoir réfléchi, mis en place ta stratégie. Tu te lèves le matin, tu te dis... Tu diriges vers l'endroit et puis tu es récompensé par des belles observations. C'est des êtres vivants comme nous. Moi, ça me fascine. Toutes ces formes de vies là différentes. Une fourmi, un ours, un papillon, un vautour. C'est absolument incroyable. la vie, sous toutes ses formes. C'est extraordinaire. Là, tout le monde, on partage la sieste de l'ours. Je ne dis pas qu'on fait la sieste avec lui, mais là, on partage un moment de fou. C'est incroyable. Souvent, tu le vois passer, c'est furtif, il traverse une clairière ou tu le vois monter un ravin. Mais là, tu es avec lui, tu comprends son emploi du temps. On l'a vu manger, on l'a vu se déplacer, on le voit se coucher, on le voit dormir. Je ne sais pas comment dire. C'est intime.
- Speaker #1
Les anglais disent « a way of life » , une façon de vivre, on n'a pas trop l'équivalent en français. Observer la nature, c'est ça, c'est pas une activité, c'est une façon d'être, c'est quelque chose qui me remplit tellement que j'ai pas envie d'observer la nature. J'ai envie d'en faire partie, j'ai envie de la vivre. Alors bon, je ne suis qu'un être humain, je ne suis pas un ours, ou un ver de terre, ou un aigle. Donc on est quand même un peu à l'extérieur, on est quand même des êtres humains qui avons tellement façonné la nature, avec tellement de pouvoir sur elle, qu'on est bien obligés de... Non pas de la gérer, ou de l'observer, ou de la protéger, ou de s'en occuper, il y a plein de mots pour ça. Mais moi ce que j'aime, c'est faire partie d'elle, vivre avec elle, du matin au soir. Il n'y a pas d'heure pour observer la nature. Voilà, c'est tout le temps, c'est la vivre quoi. Que je sois dans mon jardin, que je plante un arbre fruitier, que je prenne mes jumelles pour voir passer un oiseau, ou que je me rende compte que l'ours il a fait un truc cette nuit, quand je me lève le matin, voilà, tout ça, ça fait partie d'un tout. J'en ai fait mon métier. J'ai éduqué mes enfants là-dedans, et d'ailleurs ils sont tellement baignés là-dedans, sans même que je m'en rende compte que Martin, mon grand-fils, il est totalement motivé, il est totalement parti pour faire un peu la même chose que moi j'ai vécu. Et ma fille aussi, à sa façon, avec plutôt le domestique, les animaux domestiques, mais dans les animaux aussi. Que voilà, c'est toute ma vie, c'est aussi simple que ça, pas grand chose d'autre à ajouter. Une partie de mon travail qui m'intéresse, c'est le partage et la transmission. Partager les moments, c'est-à-dire que ce que j'aime, moi, c'est faire vivre des émotions en direct aux gens. Moi, je suis content quand je leur sers à ça. Et d'ailleurs, ils me disent « Ah ouais, grâce à toi, on a vu tel animal, on a vécu tel truc. » Alors, des fois, on n'a rien vu, mais tu nous as amenés à tel endroit et on a pu se mettre en situation de tenter de voir telle chose. On a compris comment il fallait faire. Et là, je trouve que là, je suis content. Les gens me disent là vraiment merci parce que là, ça a changé quelque chose, ma vision des choses. Je ne me promènerai plus pareil maintenant. Je repenserai à ce qu'on a vécu. Je repenserai à ce que tu m'as dit. Je repenserai à ce que j'ai appris. Et ça, c'est bon. C'est bien. On avance.
- Speaker #2
Partager l'émotion, transmettre une connaissance dans un voyage naturaliste, c'est la clé pour avancer, car on ne protège que ce que l'on aime et ce que l'on connaît. Vivre avec les ours, c'est plus qu'une observation épisodique, c'est un émerveillement permanent et une quête de sens par l'altérité du vivant, libre et sauvage. Ce sens-là, Pierre l'a trouvée dans les montagnes des Asturies. Merci sincèrement à Pierre Boutonnet pour son accueil, pour nous avoir guidés sur le terrain et pour le parrainage du podcast. Merci à Marie et leurs enfants et aux membres du groupe du Voyage Naturaliste. Une réalisation de Laurence Istac avec la voix de Zora Descrivel. Une production La Belle Échappée, sonore et visuelle.