- Speaker #0
Histoire naturaliste, à l'écoute des passionnés de nature. Celles et ceux qui observent la faune, la flore, les espaces naturels. Ces personnes sensibles à la beauté du monde nous racontent leurs plus belles histoires de leur vie de naturaliste. Une production, la belle échappée.
- Speaker #1
La version voyage et découverte du podcast nous emmène donc au Québec. C'est en automne que Christelle et Laurent, qui réalisent le podcast, vont rejoindre Michel Leboeuf au nord-ouest de Montréal. Michel est un biologiste et naturaliste réputé. Il a travaillé sur l'écologie forestière et il a écrit de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique. Son dernier livre traite de l'anthropophonie, les bruits humains dans la nature et leurs impacts biologiques. Alors, nous sommes super impatients de le rencontrer. On a rendez-vous dans une petite porée afin de parler de l'éco-acoustique, de l'évolution des paysages sonores et de la biodiversité au Québec. Épisode 1, les champs perdus de la nature. Michel.
- Speaker #2
Ici, on est à la frontière de trois milieux différents. On est à la périphérie nord de Montréal, donc au nord de la communauté métropolitaine de Montréal. C'est ni plus ni moins que la fin de la banlieue ici, puis le début juste au nord de terre agricole. Et on se trouve aussi à la frontière d'une belle forêt, donc une érablière, ce qu'on appelle une érablière ici au Canada. Et une érablière qui a gardé sa composition, sa structure comme elle l'avait il y a une centaine d'années. Par contre, on va le voir, on va l'entendre aussi. On a des influences sonores qui nous viennent non seulement de la forêt, mais aussi des milieux périphériques, donc de l'agriculture et principalement de la banlie. Alors la forêt où on se trouve ici, c'est une forêt qui a été perturbée à plusieurs reprises parce qu'on est proche quand même. de Montréal. Donc, les essences qui composent cette forêt-là sont des essences de secondes venues. On le voit juste à la dimension des troncs, relativement. Les troncs sont de faible diamètre. On est au début octobre, donc la forêt commence à changer de couleur. On a des teintes de jaune, d'ocre, de brun. En fait, ici, c'est la meilleure période pour se balader en forêt. On pourrait penser que cette forêt-là est magnifique et qu'elle a tous les attributs d'une forêt naturelle. Visuellement, c'est le cas. Mais sur le plan sonore, c'est carrément autre chose.
- Speaker #3
On va aller écouter ça.
- Speaker #2
Oui. Moi, quand j'étais tout petit, je voulais être biologiste. J'avais 8 ans, puis j'attrapais des papillons, j'attrapais des insectes, puis c'était mon rêve de devenir biologiste. Moi, j'étais un enfant de la banlieue, mais derrière chez nous, il y avait un grand champ, puis c'était plein d'insectes, des fleurs, puis des insectes. Je passais mon temps dans le champ à attraper des insectes. C'est vraiment de là qu'est venue ma passion pour le milieu naturel. Après, je me suis intéressé aux oiseaux, puis c'est là où j'ai développé l'écoute, parce que quand on apprécie les oiseaux, 9 fois sur 10. on identifie les oiseaux avec nos oreilles et non pas à la vue. Donc, c'est comme ça que j'ai développé l'écoute. J'ai fait mes études universitaires en ornithologie. Je fais toujours des points d'écoute. Donc, en science, pour étudier les oiseaux, on fait ce qu'on appelle un point d'écoute normalisé. Mais là, j'amène avec moi un enregistreur et je capte les sons aigus que je ne suis pas capable de percevoir. C'est comme ça que je suis venu à la conservation. C'est vraiment à travers le son. Mais ça a développé aussi beaucoup mon acuité auditive et d'essayer de comprendre la structure des chants des oiseaux.
- Speaker #3
Un oiseau d'Amérique, là.
- Speaker #2
Exact, exact. C'est un oiseau qui... Ces oiseaux-là sont en migration. Donc, la plupart sont venus nicher ici, dans le nord-est de l'Amérique du Nord. Là, ils sont en train de, tranquillement, pas vite, se déplacer vers le centre de l'Amérique pour aller passer l'hiver. Il est nerveux parce qu'on l'indispose un peu. Où il y a un chat. Ça va arriver qu'ils vont migrer en grande nombre. Souvent, on va les attraper comme ça un dimanche matin où il y a un groupe de 20 et 30 qui est en train de se déplacer vers le sud. Donc, souvent, ces oiseaux-là migrent la nuit puis ils se reposent dans le jour. Donc, ils vont faire des forces dans le jour en mangeant tout ce qui reste de petits fruits ou de graines dans la forêt.
- Speaker #3
Il y a du vent aussi, on entend bien le vent dans les arbres.
- Speaker #2
Oui, un avion qui vient de décoller de l'aéroport. On voit très, très bien l'anthropophonie, c'est l'exemple parfait. d'une séquence anthropophonique.
- Speaker #3
En fait, un bruit, un son chasse l'autre. Le vent dans les érables, dans les feuilles, le bruit de l'avion au décollage.
- Speaker #2
Si on faisait la même balade en hiver, parce que les feuilles atténuent beaucoup le son qui vient de l'extérieur de la forêt, on serait dans un autre paysage complètement où là on aurait beaucoup plus de son humain. On entendrait beaucoup plus la circulation. L'avion aurait été encore plus perceptible qu'il l'était là. Justement parce qu'il n'y a plus de feuilles aux arbres. Puis là, son voyage très vite, aussi l'hiver. Surtout quand il fait très froid. On peut se projeter, reculer dans le temps. Disons qu'il y a centaines d'années environ. Ici, c'est une érablière. Donc, la forêt est exploitée par des agriculteurs pour récolter du sirop d'érable. On peut présumer que... Tous les sons qu'on entend, ces sons-là n'existaient pas à l'époque. Donc, l'environnement sonore a vraiment beaucoup changé ici.
- Speaker #3
Les sons humains, ce qu'on appelle l'anthropophonie, ce n'est pas forcément des sons hyper forts tout le temps.
- Speaker #2
Non, absolument pas. On peut penser au bruit des enfants qui jouent dans une cour d'école. C'est un bruit qui est agréable. Ce n'est pas trop fort, mais c'est un bruit qui reste agréable parce que c'est un son qui est... qui est sociale, qui nous rappelle la communauté, qui nous rappelle notre humanité. Par contre, il y en a d'autres qui sont vraiment beaucoup plus agressants. Les sons qui sont très forts et qui sont très soudains, comme un coup de feu, par exemple. Évidemment, ça déclenche chez nous des réactions physiologiques qui ne sont pas les mêmes du tout que les bruits d'enfants. Le son qui est le plus détestable, en tout cas, c'est mon avis bien personnel, c'est le bruit de la circulation. S'il y a des extraterrestres qui débarquaient sur la planète et qui promenaient avec un sonomètre, je suis certain que c'est le bruit de la circulation qui serait le plus dominant à l'échelle de toute la planète. Il faut que ça nous fasse réfléchir à toute notre organisation du transport, comment on a monté nos villes, comment on a... aménager le territoire, ça a un impact sonore considérable sur les écosystèmes parce qu'on a tout fragmenté, ces milieux-là naturels. Puis il nous reste des petites pochettes de milieux comme ici, mais qui sont assaillis par des bruits humains constamment.
- Speaker #3
Quand tu dis transport, en fait, moi je pense aux bateaux, aux portes-containers, aux avions, aux voitures. C'est tout ce qui concerne beaucoup le moteur, en fait, le moteur thermofossile.
- Speaker #2
Exactement. en habitant en zone périurbaine, donc dans une banlieue, je suis devenu pratiquement intolérant au son, principalement le son du trafic, qui a augmenté à une trentaine d'années. Moi, j'habite au même endroit depuis une trentaine d'années. J'ai vu le nombre de décibels augmenter, de la circulation, de façon incroyable, en quelques années seulement. Ça devient pour moi presque une maladie. Alors, j'essaie de... de me sortir de ça le plus souvent possible, d'aller en milieu naturel pour que le niveau de décibels diminue. J'ai l'avantage d'avoir un métier qui me permet d'être souvent en forêt. bénéficier quand même d'un milieu professionnel sain, on va dire.
- Speaker #3
Et ton livre, c'est quoi ? Tu veux quoi ? C'est quoi à travers ce livre ?
- Speaker #2
Le bouquin s'appelle Les champs perdus de la nature. L'objectif, le seul objectif de l'ouvrage, c'est de dire faisons attention à ce qu'on est en train de perdre. On est en train de perdre le patrimoine sonore de la planète, là, au fond, si on veut rendre ça très global. Le fait de perdre du patrimoine acoustique, c'est des choses qui reviendront pas. Donc, pour... Portons attention à ça avant qu'il soit trop tard. On continue dans la forêt. Progressivement, on commence à avoir des arbres avec des plus gros diamètres. Cet arbre-là qu'on voit ici, c'est un chêne rouge. C'est un arbre qui a été amené après la déglaciation du territoire, beaucoup par le jet bleu qui transportait les glands de chêne. C'est lui qui a recolonisé la forêt.
- Speaker #3
Alors justement, parce qu'une des conséquences de l'anthropophonie, des sons polluants de l'humain, il y a un impact sur les espèces animales et végétales peut-être. Par exemple, tu parles du jet bleu, on peut penser que le son aurait un impact sur sa distribution.
- Speaker #2
Oui, curieusement, on ne peut pas faire la relation directe dans notre cerveau entre un bruit dans une forêt et la disparition. la reconstruction complètement de la forêt. Mais c'est le cas, par exemple, si le bruit devient tellement intense que des oiseaux disparaissent, ces oiseaux-là seront chargés de la dissémination des graines. Par exemple, on parle du chêne, c'est le cas de différentes espèces de jets qui sont, eux, responsables, entre guillemets, de la régénération de la forêt. Alors, plus de jets, plus de régénération, donc la forêt va avoir beaucoup de difficultés. à se régénérer, à leur changer de visage corrément, juste parce que le son est différent dans la forêt. En fait, la perte de biodiversité, peu importe qu'elle soit visuelle parce qu'on voit moins de choses quand on se promène en forêt ou qu'on entend moins de choses quand on se balade, ça a le même impact sur nous. Moi, personnellement, Me promener dans une forêt vide comme ici ce matin, ça ne me procure aucune satisfaction. À 40 kilomètres d'ici, dans un parc national, avec la même forêt, à la même latitude, on peut ajouter 15, 20, 25 espèces quand c'est la période de reproduction. Alors c'est un charme pour l'oreille d'entendre tout ça. Ça nous met dans une disposition mentale bien différente qu'une forêt comme celle-ci, où tout ce qu'on entend, c'est... Un peu de vent dans les arbres, de la circulation automobile et des avions qui passent. Juste pour le bien-être des humains, c'est important d'entendre des oiseaux encore. Alors, la forêt dans laquelle on marche, on peut extrapoler que localement, on assiste ici à des extinctions locales. Il y a des espèces qui auraient pu nicher dans cette forêt-ci, mais qui ne nichent pas parce qu'il y a trop de soleil qui rentre, il y a trop de bruit, les composantes de l'écosystème sont changées, alors on perd des espèces. Localement, il y a des espèces qui ont été extirpées de ce milieu-ci. si on multiplie ces extirpations. passion là, fragment forestier par fragment forestier, qu'est-ce que ça fait ? Ça fait plus une extinction locale, ça fait une extinction nationale, à la limite une extinction totale de l'espèce. C'est comme ça qu'on a perdu des espèces en Amérique du Nord. Beaucoup par... Dans les premiers temps, c'était vraiment l'exploitation directe des espèces. Donc on chassait, on les trappait, on les mangeait, mais de plus en plus maintenant, le tueur... Le rôle de la biodiversité, c'est la fragmentation. Et la fragmentation, on la perçoit même sonorement. C'est pour ça qu'on peut penser que l'écho-acoustique, c'est vraiment un outil intéressant pour pouvoir documenter la qualité ou la non-qualité d'un habitat naturel.
- Speaker #3
Qu'est-ce que tu entends par fragmentation du milieu naturel, par exemple ici dans l'espace québécois ?
- Speaker #2
Si on prend l'exemple de la colonisation, par exemple, depuis 400 ans, depuis l'arrivée des premiers Européens, On s'est installé dans la vallée du Saint-Laurent parce que, d'une part, le climat était plus propice, à la fois pour les humains et pour l'agriculture. Deuxièmement, parce que c'est ici que les terres sont les plus riches. On est dans les basses terres, donc des sols très, très fertiles qui sont issus, dans le fond, du retrait de la mer de Champlain. Donc, ces sols-là sont très riches. On s'est installé ici. Progressivement, au fil du développement, on a rétréci les milieux naturels parce qu'on s'est développé, on a étendu des villes, des réseaux routiers. des installations industrielles. Là, ce qu'on fait quand on fragmente, c'est qu'on morcelle des morceaux d'habitat petit à petit. C'est un mécanisme qui est insidieux parce qu'il se déroule sur une longue période de temps et il n'est pas perceptible parce qu'on n'est pas capable de le mesurer parce que c'est, ah, ici une nouvelle école, ah, ici un nouveau lotissement industriel, ah, un nouveau centre commercial. Mais tous ces petits impacts-là finissent par avoir un grand impact et ils fragmentent le milieu. Puis on le sait depuis... des décennies en biologie de la conservation que dans un petit habitat isolé, on n'est plus capable de maintenir des espèces parce que le milieu n'est pas capable de supporter.
- Speaker #3
Donc c'est des timbres postes au milieu naturel avec des espaces humains ?
- Speaker #2
Oui, j'aime beaucoup l'analogie des timbres postes, c'est exactement ça. On sait que par exemple, une forêt comme ici, en bas de 4 hectares, très difficile de maintenir la structure de l'écosystème. la fonctionnalité ou l'intégrité écologique n'est plus au rendez-vous en deçà de 4 hectares. On pourra faire tout ce qu'on veut comme un aménagement, ça ne marchera pas. Ça ne fonctionnera pas.
- Speaker #3
C'est-à-dire que tu veux dire qu'il y a même un seuil en pourcentage en deçà duquel l'écosystème n'est plus naturel.
- Speaker #2
Exactement. Puis le seuil, on l'identifie depuis les années 90. Ce ne sont pas des choses qui sont nouvelles. C'est un chercheur scandinave qui est arrivé avec le chiffre de 30 % de milieux naturels à conserver. peu importe l'échelle, pour être capable de maintenir la biodiversité. 30 %, c'est le seuil minimum. Ce que le chercheur disait à l'époque, c'est entre 30 et 50 %. Donc, 30 %, quand on essaie de s'entendre à l'échelle internationale, sur le plan politique, pour dire on va conserver 30 %, on est dans la fourchette critique. Il faut comprendre que si on est capable d'aller au-dessus de 30 %, c'est encore mieux. Mais c'est ce qui nous permet justement de faire circuler les espèces dans un... dans un système qui est quand même connecté écologiquement. On fait passer les espèces, on fait passer la génétique de ces espèces-là aussi. Parce que c'est important que les populations se mélangent. Plus elles sont fragmentées, plus il y a une dérive génétique puis on perd la qualité d'un patrimoine génétique d'une espèce. Je commence à être pas mal professeur d'université. On rentre dans le menu de détails, mais c'est des questions qui sont importantes. C'est le cœur du barcellonaire des habitants.
- Speaker #3
En fait, il fait quand même vraiment chaud pour la saison. Donc, il y a aussi un facteur climat qui explique aussi une baisse de biodiversité.
- Speaker #2
C'est vrai que des menaces qui s'attaquent à la biodiversité, sur les menaces, les périls à la demeure, comme on pourrait dire, la fragmentation, la perte d'habitats de la fragmentation, c'est le tueur numéro un. Mais il y a aussi d'autres facteurs comme le changement climatique ou l'introduction d'espèces exotiques envahissantes. En Amérique du Nord, on a beaucoup de problèmes avec des espèces exotiques envahissantes qui arrivent de partout dans le monde. Puis ça s'accélère avec l'accélération du commerce mondial. Il faut vivre avec ça. Puis ça, ce sont deux facteurs, le changement climatique puis les espèces exotiques envahissantes qui viennent exacerber l'effet de la fragmentation, de la perte d'habitants. Donc, tous ces facteurs-là interagissent entre eux pour faire un joyeux méli-mélo. Ça devient difficile d'intervenir. dans des écosystèmes qui sont dégradés. Ce qu'on essaie de dire toujours aux politiques quand il vient le temps de protéger de l'habitat ou quand ils nous posent des questions sur ça, c'est que l'essentiel, c'est de ne pas perdre des habitats. Parce que quand on vient être obligé de les restaurer, un, les coûts explosent, puis deuxièmement, on n'est pas sûr du résultat ultime parce qu'on joue à Dieu le Père. Des fois, on avance, puis d'autres fois, on recule.
- Speaker #3
Donc, l'éco-acoustique, en fait, c'est un outil pour l'étude de la biodiversité des écosystèmes ici ?
- Speaker #2
Absolument. Puis, c'est un des outils qui est le plus facile d'accès en science, non seulement pour des chercheurs universitaires, mais aussi pour des groupes de conservation comme nous, parce que c'est facile, c'est rapide et c'est peu onéreux de faire ça. Puis, je pourrais faire l'exercice, on pourrait... l'avoir fait ensemble, d'installer ici des enregistreurs acoustiques sur une période de six mois, par exemple, durant toute la période de reproduction des oiseaux, mais aussi des chauves-souris et des petits mammifères, et puis faire le même exercice avec une forêt intègre à 40 kilomètres d'ici dans un parc national. Structure de forêt essentiellement la même, mais on arriverait à des résultats complètement différents. On n'aura pas besoin de multiplier ces études-là pendant des décennies. pour faire la démonstration qu'effectivement l'écho-acoustique nous permet d'aller chercher beaucoup d'informations en très peu de temps, à coups très, très raisonnables. Même le fait qu'on marche dans une forêt où les feuilles sont en train de tomber parce que c'est l'automne, juste le bruit de marcher dans des feuilles morts, pour moi, ça évoque plein de souvenirs. Ça évoque une période d'année où on commence à penser à l'hiver, à ce qu'on va bientôt faire du ski de randonnée, on va faire de la raquette, on va avoir d'autres préoccupations hivernales que celles de l'été. Puis la saison hivernale, c'est aussi la saison où on s'encabane chez nous, on se fait un feu, puis on se met les deux pieds sur le poêle, puis on lit, ou on écoute de la musique. Le grand-pé qui reste à l'année dans des forêts comme ici, donc qui passe 365 jours sur son territoire, et mort et familleuse, ça coupe pour la vie, il reste ensemble pour la vie. Tant qu'on lui garde des grands diamants, il est capable de tolérer une certaine présence humaine. On va le trouver même dans les grands packs sur l'île de Montréal, dans des quartiers qui sont relativement denses, il est capable de tirer son... Ils sont très sapitants, ils mangent beaucoup de fourmis. Donc, la minute que des grands arbres, ils sont capables de survivre. peut-être faire venir le pic en question aussi. Si on était dans une forêt de grande tenue, si on n'était pas dans un petit boisier fragmenté comme ici ce matin, c'est sûr qu'il serait venu des oiseaux en imitant le prédateur ou en faisant ce que je viens de faire. L'exemple par l'absurde que ces boisées sont tellement pauvres, un peu décourageants.
- Speaker #3
Donc le sens, ça peut être aussi un moyen d'être en fameuse connexion, comme on dit, avec l'espace naturel.
- Speaker #2
Moi, je pense que c'est probablement le sens qui nous permet de se connecter. La vue, l'œil, c'est le sens de la raison. C'est notre sens intellectuel. L'oreille, c'est l'organe de la peur, l'organe des sentiments. Quand on était inféodé à la forêt comme tel, il fallait qu'on écoute, soit pour aller chasser, qu'est-ce qu'on avait besoin de chasser, soit pour éviter de se faire manger soi-même. Donc c'est vraiment l'organe qui compense ce qu'on ne voit pas. C'est pas rationnel du tout, l'oreille. Dans le bouquin que j'ai écrit, l'analogie que j'ai apportée, c'était comme, imaginons que les milieux naturels sont un orchestre symphonique où chaque espèce... à peu près, a son thème, sa hauteur, sa partition à jouer. Puis il joue à la partition que la sélection naturelle lui a donnée depuis des années. L'humain, c'est comme le musicien qui ne suit pas le chef. Il joue de la timbale alors qu'il était supposé jouer du triangle. Puis là, il joue sans écouter les autres. Il enterre tout le monde en jouant le plus fort possible de la timbale. Ça ne peut pas être l'image C'est l'image la plus simple qu'on peut faire avec l'impact de l'humain sur le milieu sonore.
- Speaker #3
On appelle la pollution sonore, en fait.
- Speaker #2
Et voilà. Et voilà. On joue trop fort. On est trop bruyant. En fait, pour sauver les meubles, c'est là où est-ce qu'on en est. On est presque comme... à l'étape où il faut qu'on sauve les meubles, il faut qu'on garantisse un minimum de biodiversité. Le 30% nous amène à un seuil minimum à conserver. Et ça, à la fois dans les milieux agricoles, les milieux forestiers. C'est sûr que ça va être difficile dans les grandes villes, les grandes agglomérations. C'est une vue de l'esprit, de la science-fiction, de penser qu'on va retourner à 30% d'habitats. Montréal, par exemple, on est en bas de 10%. On n'enlèvera pas le béton. Il ne faudra pas disparaître les milieux, les quartiers industriels. Par contre... un peu plus dans la couronne métropolitaine où est-ce qu'on se trouve actuellement. On est capable d'atteindre 30 %. On est encore près de ce seuil-là. Donc, si on le protège, on réussit à maintenir la biodiversité régionale à tout le monde. Il faut se rappeler que la biodiversité, les écosystèmes, c'est notre système de survie. C'est, comme on dit en anglais, notre life support system. On perd les écosystèmes, on perd... la filtration de l'eau, on perd la filtration de l'air, on perd la recherche d'inappriatifs. Il y a plein de services écosystémiques que la nature nous offre, on le sait, à coût zéro, mais tous ces services-là vont disparaître avec les milieux qui disparaissent. C'est ça, l'éco-acoustique, se préoccuper de l'environnement sonore, ça nous permet justement de dire, ça c'est important de conserver ce milieu-là, parce qu'il y a une richesse, et on est capable de l'écouter, la richesse.
- Speaker #1
L'écoute des sons de la nature, c'est donc à la fois un outil diagnostique de l'état de la biodiversité et une approche poétique et sensible. C'est une clé de la perception de l'espace naturel qui mène à l'engagement pour sa protection. Merci sincèrement à Michel Lebeu pour son accueil et pour nous avoir guidés sur le terrain. Son livre « Les champs perdus de la nature » est édité aux éditions Multimonde. Merci à Thibaut Quinchon et à Christelle Bideau-Bruyère pour ces reportages photographiques. Une réalisation de Laurent Sistac avec la voix de Zohra D'Ecrivel. Production, la belle échappée, sonore et visuelle. Ne manquez pas le prochain épisode du Voyage au Québec, les oiseaux migrateurs de Tadoussac.