- Speaker #0
Bienvenue chez Hormé, le podcast qui raconte votre histoire. Hormé, dans la mythologie grecque, est la déesse de l'élan, de l'impulsion, de l'énergie qui met en mouvement. C'est cette force intérieure qui vous a traversé lorsque cette idée a surgi dans votre esprit, une idée que vous avez su transformer en projet d'entreprise. Hormé, ce sont les esprits pensants, les esprits bâtissants, les esprits créateurs, ceux qui fabriquent l'histoire. Une histoire collective, puissante, pleine de passion. Le podcast est proposé par l'agence Hormé, spécialisée auprès des indépendants.
- Speaker #1
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- Speaker #0
Il y a des voix qui traversent les continents, des écritures capables de saisir l'air, la lumière, un parfum, une disparition. Celle de Ryoko Sekiguchi en fait partie. Née à Tokyo et installée à Paris depuis plus de 20 ans, Ryoko est poétesse et traductrice. Elle explore les territoires de l'intime à travers les sens, les saisons, les absences et les traces, mêlant mémoire, expérience et perception du monde. Aujourd'hui dans Hormé, racontez votre histoire, nous partons à la rencontre d'une autrice qui écrit comme on écoute, avec précision, délicatesse et attention. Ryoko, merci de nous faire l'honneur de votre présence, c'est avec beaucoup d'émotion que je vous reçois.
- Speaker #1
Merci, ravie.
- Speaker #0
Vous avez étudié à l'université de Vaseda, puis, et nous avons ce point en commun, l'histoire de l'art à la Sorbonne. Est-ce que vous pourriez nous en dire plus et comment ces différentes disciplines ont-elles au fil du temps nourri votre écriture ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que je m'intéresse à beaucoup de choses. C'est un défaut parce qu'on ne peut pas être spécialiste, mais il y a un atout aussi parce qu'à partir du moment où on est écrivain. tout devient la nourriture pour l'écriture. Donc, non seulement mes études, par exemple, des lettres françaises que j'ai faites à l'Université de Waseda, c'est là où j'ai appris, j'ai commencé à apprendre la langue française et à lire les différents français. Et ensuite, l'histoire de l'arbre, mais aussi, en fait, avant, par exemple, quand j'étais adolescente, j'aimais beaucoup lire, bien sûr, la littérature, mais aussi les mangas. À tel point qu'à un moment donné, ma mère m'a dit, « Pardonne-moi, Yoko, mais arrête de lire les mandats, ça ne sert à rien. »
- Speaker #0
C'est une autre culture.
- Speaker #1
Sauf que j'ai beaucoup traduit les mandats. J'ai traduit, je pense, plus de 200 titres. Enfin, titres dans son album. Donc finalement, en fait, ça m'a bien servi. Et donc, on ne sait pas, en fait, finalement, personne ne peut dire, à part votre pression, ce qui peut servir, enfin servir, ce qui peut nourrir un compagnon, en fait, dans la vie. Donc, c'est toujours équiter la voix intérieure qui est essentielle.
- Speaker #0
Oui, je suis d'accord avec vous. Et quel manga vous auriez envie de citer ? ici, de ce qui vous a particulièrement touché à l'époque, de ce que vous aimiez lire, plus que ce que vous aimiez traduire ?
- Speaker #1
Je savais que en fait, le manga, on a tendance à penser que c'est pour les enfants, ce qui est vrai, mais aussi il y a des mangas pour les adultes, c'est ancien, comme le cinéma, comme la musique, et donc il y a des mangas d'auteurs, il y a des mangas de jeunesse. Et quand j'étais jeune, il y avait tout un mouvement aussi des femmes dessinatrices qui voulaient aussi écrire leur propre histoire. Et donc le Coran, en fait, c'est plus ou moins féministe aussi. et que... Et il y en a une que j'ai... avoir la chance de traduire, par exemple, le Kyoko Kazaki ou bien la plus... enfin plus asiatique, d'une autre génération, mais qui est tout aussi... qui a beaucoup contribué aussi pour les ou les extra-pièces que nous étions, par exemple, à Hagiomoto. qui est à la fois considéré aussi en fait qui a ouvert La voix comme... En fait, pour le genre de manga d'auteur qui est en fait au confins du manga et de la littérature comme narration.
- Speaker #0
D'accord. Et ce sont des mangas qui ont été traduits en français par la suite, qu'on peut lire, non ? Le public français ?
- Speaker #1
J'ai eu la chance... De les traduire ? De les traduire.
- Speaker #0
Je me doute. Et donc, du coup, c'est plutôt des mangas qui vont travailler du sujet de société ?
- Speaker #1
Je n'ai pas de hilarité dans ce que je traduis, mais j'ai... J'ai juste quelques principes que je ne traduirai jamais. Quand il y a la violence, et surtout la violence faite aux femmes, ça, jamais.
- Speaker #0
Pour repartir un petit peu en littérature, vos textes naissent souvent d'impressions sensorielles très fines. Quelles sensations vous traversent le plus souvent quand vous écrivez ?
- Speaker #1
Non seulement quand j'écris, je pense que je fais tous les jours une sorte de... d'entraînement qui lui permettra de relier les sensations et les mots. Par exemple, en venant ici, j'ai traversé tout le quartier de Marais et là on est dimanche mais il y a du monde, les boutiques sont vertes et il y a plusieurs odeurs de boutiques, à la fois par exemple de vêtements. mais aussi de falafel et de... Et chaque odeur a sa propre vitesse et sa propre, disons, qualité de texture. Parfois le message, parfois ça m'évoque quelque chose. J'essaie de donner le nom, j'essaie de relier à un autre lieu où j'ai senti pour la première fois.
- Speaker #0
Comme une cartographie ?
- Speaker #1
Comme cartographie sensorielle, c'est vrai. Et ça, c'est quelque chose que j'essaie de faire. Oui, j'essaie d'être consciente de ce qui nous entoure. Ce qu'un écrivain a des entraînements quotidiens. Mes amis écrivains, j'ai une amie romancière, par exemple, qui au lever essaie de décrire tous les jours ce qu'elle voit. Mais pour moi, c'est plutôt ce que je sens.
- Speaker #0
Ce que je sens. Ok. Sentir, donc au niveau des odeurs, ou ressentir aussi au niveau des émotions ? Beaucoup au niveau des odeurs ?
- Speaker #1
Il n'y a pas de sensation qui n'est pas dotée d'émotions.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Donc, c'est inséparable. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai. C'est vrai. Vous pensez qu'il y a une hiérarchie des sens, dans le sens où on est plus éduqué sur certains sens que d'autres, et que du coup, on doit s'entraîner ? pour améliorer justement peut-être cet odorat ?
- Speaker #1
Je ne dis pas qu'il faudrait, enfin qu'il faudrait, je veux conseil néanmoins, parce que ça enrichit votre vie tout simplement. Tout d'un coup, il y a un monde, la porte d'un autre monde qui est devant vous. C'est fascinant, je trouve.
- Speaker #0
Il y a un appel à l'imaginaire qui est puissant, ou au souvenir peut-être.
- Speaker #1
Alors, Les deux, parce que souvent on relie l'odeur au mémoire, au passé, ce qui est vrai. Parce que souvent on essaye de relier ce qu'on est en train de sentir à ce qu'on a senti. Mais moi je trouve qu'il est important aussi de penser qu'il y a des odeurs inconnues. Il y a beaucoup de choses qu'on n'a jamais senties et qu'on sent pour la première fois de la vie. Et donc, comparaison ne fait aucun sens, en fait.
- Speaker #0
Il y a ça, et il y a aussi parfois des odeurs qu'on a la sensation de connaître et qu'on redécouvre aussi en fonction de comment on se sent. Soit parce que c'est lié à quelque chose, un événement, une personne, ou parce que parfois on ne se sent pas bien et qu'on sent les choses différemment. À la cuisine, on est un des principaux révélateurs, puisque quand on... Quand il y a des odeurs qui sont liées directement à nos besoins vitaux, peut-être que ces sensations vont être décuplées et vont être un moment de plaisir. Au contraire, des moments où on ne va pas avoir ce besoin de se nourrir,
- Speaker #1
ce sont des odeurs qui vont peut-être nous être désagréables. J'ai organisé un workshop quand je suis allée au Japon la semaine dernière. J'ai demandé aux participants de t'apporter un aliment qui est lié à ton souvenir, par exemple, le plus triste. le plus l'émergent, le plus décevant. Et chacun devait raconter son histoire. Et donc tout le monde, en fait il y avait des dizaines de personnes, en écoutant l'histoire de chacun et chacune, goûter la même chose. Et souvent, les participants apportaient par exemple des gâteaux, des bonbons, plus ou moins industriels, qu'on a tous connus aussi à notre enfance. Mais avant et après l'écoute de l'histoire, ça change le goût.
- Speaker #0
Ah oui, c'est incroyable.
- Speaker #1
Et aussi, on était sûr que désormais, à chaque fois que, par exemple, on goûte ce même bonbon, on va penser à ce moment-là. Ah oui,
- Speaker #0
ça s'additionne dans le souvenir. Il y a chez vous une attention presque spirituelle au quotidien. Comment cultivez-vous cette présence ?
- Speaker #1
Là aussi, c'est comme l'histoire d'Invisible. Parce que souvent, on me demande comment... On peut écrire sur les fenêtres, sur ce qui est fiant, positif, ce qui est impalpable. Chacun sait que la présence, ce qui était autrefois dans ce monde, que ce qui soit une personne ou un objet, laisse une trace. Seulement chez les personnes, peut-être chez les animaux. Et tant qu'il y a ces restes, continue à exister dans ce monde, mais peut-être autrement que par la présence physique. C'est vrai que j'essaie de décrire ces présences-là, auxquelles on ne prête pas forcément attention, mais finalement qui constituent notre vie et notre monde, donc qui est très, je pense, important.
- Speaker #0
À la fois parce que ça enrichit notre quotidien, je pense. Et aussi parce que c'est une sorte de devoir de mémoire. Je crois savoir que vous voyagez beaucoup dans le cadre de votre travail, mais aussi par peut-être envie personnelle. Vous aimez beaucoup aller à la découverte des cultures, des paysages olfactifs et autres. Est-ce que vous avez un sentiment d'appartenance à un pays plus qu'un autre ? Et comment cette envie de voyage, comment ces moments d'itinérance façonnent votre regard sur le monde ?
- Speaker #1
Je pense que c'est un rapport avec mon envie de toujours avoir la première fois, la première fois dans la vie. Il y a tellement de la première fois. Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Ça ne finit jamais. C'est éternel.
- Speaker #1
Je n'arrête pas d'apprendre. Et je suis ravie quand je suis face à, par exemple, je ne sais pas, la musique que j'écoute pour la première fois. Bien sûr, beaucoup de livres que je lis pour la première fois, mais aussi une ville que je visite. En fait, j'aime ce moment où je me sens pauvre. En fait, je me sens pauvre dans le sens, je ne sais pas, je suis quand même érudite. Et une érudition me fait un peu peur. Non pas dans le sens où on peut ne pas connaître des choses. Non, ce n'est pas juste ça. La première fois dans la vie, en fait. De penser que le monde est rempli de ce qu'on peut faire pour la première fois. Et ce constat nous rend humbles. Parce que chaque personne a quelque chose à nous apprendre. Je ne sais quel que soit le métier. Et donc, un appétiteur a autant de choses à m'apprendre. que peut-être que moi pour raconter des pleins d'histoire à lui par exemple et on est dans ce sens mais absolument égal et qu'on est dans ce sens absolument à la fois aussi riche aussi pauvre et donc aussi qui peut être aussi ouvert pour les échanges et c'est pareil pour les avec les avec les lieux j'ai une petite préférence pour les villes que pour les camps. C'est un peu contradictoire.
- Speaker #0
Il y a plus de possibilités de première fois, peut-être ?
- Speaker #1
Alors, c'est un peu contradictoire parce que je venais de dire sur la nature, mais aussi parce qu'une ville est faite à la fois de la nature. Une ville, même une grande ville, n'est pas séparée de la nature. Il y a la faune, il y a le flore. Et si on est attentif, Et on sent aussi la pensée des humains qui l'ont façonné autrefois. Et ceux qui y vivent encore. Et j'adore écrire aussi sur les villes, avec les villes.
- Speaker #0
Vous avez des villes préférées ? Ou est-ce que toutes, vous les avez d'une certaine manière ?
- Speaker #1
Nous, j'ai eu beaucoup de chance à rencontrer des villes comme des personnes qui sont magnifiques, qui sont... Qui racontent beaucoup de choses. Elles sont fin. Je pourrais avoir plusieurs vies pour cela. Beyrouth était une découverte incroyable. Quand j'ai eu l'invitation de la maison des écrivains à Beyrouth pour écrire un livre sur la ville, j'étais tellement émerveillée de ce séjour. Et je me suis dit, heureusement que j'ai connu ça. C'est comme quand vous rencontrez l'homme ou la femme de votre vie. Et je me suis dit, wow, pourquoi je ne l'avais pas. connue avant et aussi heureusement que je l'ai connue maintenant.
- Speaker #0
D'où cette idée d'avoir envie d'écrire encore davantage sur ces expériences.
- Speaker #1
Et aussi pour ça que l'appel des personnes, quand on a la disponibilité, il faut être ouvert. Il y a tellement de choses qu'on ne connaît pas et que les gens peuvent apprendre. Et aussi, lorsque quelqu'un par exemple nous propose alors que ça peut vous intéresser, il y a une forte chance que ça m'intéresse. Avant je n'étais bien sûr pas du tout aussi impactée que ça, parce que ça aussi, il faut l'entraînement. J'étais très timide, encore aujourd'hui je suis assez timide, je ne peux pas être dans un dîner un peu mondain. Mais j'ai compris que lorsqu'on arrive à vraiment rencontrer une personne où il y a un lieu, La richesse est tellement importante. comparable.
- Speaker #0
On en vient presque accro.
- Speaker #1
Voilà. Voilà, voilà, voilà. Non, mais c'est vrai, c'est vrai. Je suis dépendante. C'est vrai que je suis... Bien sûr, quand on est jeune, on a moins de livres. Et là, maintenant, nous, on avait proposé ce dialogue parce que vous m'avez lu. Donc, vous connaissez plein de choses, en fait, sur moi. Par exemple, si vous me proposez il y a une forte chance que ça m'intéresse. Quand on est jeune, on a plus de... on est plus en forme, on a plus d'énergie. Mais peut-être qu'on ne peut pas profiter pleinement de ces rencontres parce que les expériences nous manquent, l'audace nous manque, les confiances.
- Speaker #0
Je suis complètement d'accord. Quel souvenir d'enfance continue aujourd'hui d'alimenter votre sensibilité ?
- Speaker #1
J'ai beaucoup de chance dans mon enfance. L'enfance... C'est une période où il n'y a pas de livres à vite. Enfin, il y a très peu de livres à vite. Et on est vraiment dépendant de l'environnement. Donc ici, l'environnement n'est pas optimal, n'est pas entouré d'élections. C'est très difficile après de continuer. J'ai eu une famille, et surtout mon grand-père qui m'a beaucoup aimée. et qui m'a beaucoup protégée parce que j'ai une fille qui lisait beaucoup. Et dans le Japon des années 70, la société patriarcale était encore très présente et qu'il y avait très peu de filles encore qui allaient jusqu'à l'université. Même ceux qui sont de bonne faute, parce que les filles instruisent. éduquées auront de mal à trouver leur mari. C'était un choix ? Ça paraît dingue mais c'était le discours de l'époque. Mon grand-père a toujours, toujours, toujours soutenu, m'a encouragée. Alors que ce n'était pas le cas de mon père. Qui pourtant a fait de bonnes études.
- Speaker #0
Et voilà, on a eu des conflits habituels, enfin, un combat de beaucoup de femmes. Mais en tout cas, en fait, ce que je veux dire, c'est que cette confiance, je pense que c'était la chose la plus précieuse que j'ai reçue de ma famille dans ma vie. Et dans des moments difficiles, en fait, c'est ça qui me... encore aujourd'hui, qui me...
- Speaker #1
Qui donne la force.
- Speaker #0
C'est fou. En fait, ce sont quelques moments, quelques phrases que j'ai entendues, qu'on m'a dit quand j'avais 5 ans ou 6 ans, et qui restent. C'est incroyable.
- Speaker #1
Mais je pense que l'amour est très puissant, de toute façon. Donc, pour ceux qui ont la chance d'en avoir reçu ou d'en recevoir encore, il ne faut pas liger son pouvoir. je pense et parfois c'est vrai ça ne tient qu'à des mots et à des actions très simples pourtant et pourtant c'est d'une puissance incroyable et je pense que l'amour et ce qu'on transmet à un enfant c'est un petit peu la même chose qu'un écrivain un artiste ou un artisan va transmettre en fabriquant en créant quelque chose on met une petite partie après ça dépend de l'objectif parce que Dans l'art contemporain, par exemple, parfois le concept n'est pas de partager, ça peut être autre chose, etc. Mais quand l'objectif est de livrer l'essence de l'amour, ça devient très très très puissant et ça peut donner lieu à des choses incroyables dont on ne mesure pas parfois les faits. Parfois même, sans même parler d'artiste ou autre, juste dans les rapports humains très simples, simplement dire à quelqu'un félicitations. Simplement dire à quelqu'un ce que tu fais c'est bien peut avoir une puissance incroyable sur la suite de sa journée.
- Speaker #0
Oui, je suis entièrement d'accord. Par exemple, je sais que si peut-être j'ai un défaut en tant qu'écrivain, c'est que je n'arrive pas à écrire sur le mal. Ça, c'est pas possible. C'est pas possible. Enfin, peut-être oui. Je me dis qu'il faudrait que... qu'il faudrait explorer. Oui, que je sois face à ce problème. Mais si j'écris sur la catastrophe, par exemple, sur l'horreur, ce n'est pas pour...
- Speaker #1
Pour en faire l'apologie.
- Speaker #0
Pour la faire exister, mais c'est pour... Bien sûr, pour la faire disparaître. En tout cas, c'est... C'est possible. Dans ce sens-là, je ne peux pas, par exemple, écrire. Je peux écrire sur l'idée du mal de façon, disons, apostraire, mais je ne peux pas écrire une scène où le mal existe.
- Speaker #1
Ok, c'est très bon.
- Speaker #0
Parce qu'à partir du moment où j'écris une page, sur laquelle mon personnage rencontre le mal, ça veut dire que ça fait l'église.
- Speaker #1
Je suis d'accord.
- Speaker #0
J'ai une croyance presque en fait. J'arrive. Mais tout ce qu'on écrit existe.
- Speaker #1
Je comprends tout à fait. Il y a tellement le mal. Le mal est omniprésent. Après, il y a un équilibre sur Terre. Pour moi, il y a toujours un équilibre. Il faut que le mal soit là pour que le bien soit là aussi. Il y a plusieurs formes de mal. Après, le mal veut dire beaucoup de choses aussi. On va dire peut-être la part sombre. Elle existe tout comme la part de lumière en chacun de nous. On peut l'explorer, on peut essayer de la comprendre. Par contre, je suis d'accord que dans l'idée de partager, du partage et de l'existence, je crois encore aujourd'hui, on vit notre époque, c'est du coup ce qu'on ressent aujourd'hui. Mais je pense qu'à chaque époque, ça a été le même discours. Je pense que c'est très important, surtout quand on a eu la chance de recevoir l'amour et qu'on a cette capacité de la donner, de l'offrir le plus possible, justement pour contrebalancer ce que d'autres... vont créer en mal. C'est comme si on apporte de la lumière. Et je trouve que cette mission de vouloir apporter de la lumière est très, très importante.
- Speaker #0
Oui, je pense.
- Speaker #1
Et elle a besoin d'être soutenue. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui apportent de la lumière. Et aujourd'hui même, quand on parle de médias, beaucoup de médias, la facilité, c'est de parler du mal. C'est de faire peur. C'est de susciter des émotions qui vont interroger, qui vont choquer.
- Speaker #0
Pour faire réfléchir. C'est tout à fait autre chose. que de pour faire exister son allant en l'op parlance.
- Speaker #1
Je vous invite à écouter le monde, à remarquer les détails qui passent souvent inaperçus, à ressentir les saisons, les odeurs, les silences et les traces de la vie. Est-ce que vous travaillez vos textes un peu comme on polie un objet ? Ou est-ce que vous laissez une part d'imperfection volontaire, de respiration ?
- Speaker #0
Imperfection n'est pas volontaire. Je pense que c'est l'imperfection, par exemple, il y a... C'est que je suis imparfaite.
- Speaker #1
Mais du coup, vous êtes un être humain.
- Speaker #0
Disons que je ne suis pas un gros styliste. J'adore le travail de la langue, pour autant. Mais à partir du moment où on a affaire avec deux langues, deux langues d'écriture, on ne peut pas être parfait. Je fais plein de fautes en français. Les japonais aussi, bien sûr, comme beaucoup de des clients finalement, en fait, qui écrivent même dans leur langue maternelle. Les colecteurs sont là pour ça aussi, qui nous aident à regarder de nouveau nos propres textes.
- Speaker #1
Mais je trouve ce constat qu'on est toujours imparfait est assez sain,
- Speaker #0
parce qu'encore une fois, ça nous rend humble. Et on est toujours pauvres par rapport à la langue. Ça ne veut pas dire qu'on peut les laisser. Je pense que c'est assez maniaque aussi pour relire, encore corriger des petits détails de rien du tout.
- Speaker #1
Mais est-ce que dans ces cas-là, la recherche de la « perfection » , elle n'est pas plutôt de l'ordre de faire en sorte que la personne qui y ressent ? Je trouve au contraire. que votre écriture est une des plus précises, justes et parfaites, si je puis dire, dans le sens où elle est très suggestive quand on vous lit. Quand on vous lit, on voit, on sent, on ressent les choses que vous décrivez et je pense que c'est le plus important.
- Speaker #0
Je comprends. On m'a toujours posé la question et ça va, je parle. quels mots on peut utiliser pour décrire les odeurs, parce que les mots nous manquent.
- Speaker #1
Vous êtes un dictionnaire sensoriel pour les autres.
- Speaker #0
Mais en fait, je dis toujours, il n'est pas du tout interdit d'utiliser tous les mots qu'on dispose pour qualifier une odeur. Et si on pense que les mots nous manquent, c'est plutôt la paresse de la littérature. Et nous, des écrivains qui n'avons pas fait des efforts...
- Speaker #1
Pour enrichir.
- Speaker #0
Oui, pour écrire sur les odeurs, sur les sensations, sur les goûts, sur la texture, sur le toucher. Il suffit de lire, par exemple, cinq livres, cinq romans, n'importe lequel, et de noter toutes les phrases, toutes les expressions sur la vue, sur le poucet, sur le... Voilà, comme ça, sur les cinq sens, vous verrez que pour la plupart du cas, c'est sur la vue. Et donc, même nous, en tant que lecteurs... on n'est pas très, très habitué à lire, si on le fera. Mais ça, encore une fois, c'est l'histoire, c'est la question de quantité et des efforts qu'on peut toujours faire et qu'on peut toujours rectifier. Et c'est vrai que ça, j'essaie de réfléchir à chaque fois que je suis face à une scène où il y a des odeurs, il y a l'ambiance, il y a... J'essaie de décrire, j'essaie d'être le plus, disons, proche de ce que les personnels sentent. Ça, c'est vrai. Et de décrire plus justement sur ce qu'ils ressentent que ce qu'ils voient. Disons, de donner une sorte d'équilibre.
- Speaker #1
Entre tous les sens. Mais je trouve, de manière générale, quand même, alors je ne suis pas spécialiste de littérature japonaise, mais tout de même, la littérature japonaise... La scoponaise en France est beaucoup plus concentrée sur les sensations que la littérature française contemporaine, et sur des romans souvent qui sont très descriptifs et très sensoriels, de manière générale.
- Speaker #0
Et puis, bien sûr, je ne veux pas résumer grossièrement la situation, mais c'est un fait, si on fait la... La philosophie occidentale a surtout donné de l'importance à la vue par rapport aux autres. Je pense que ça reflète aussi dans la description, dans les écrits littéraires.
- Speaker #1
Quel lien entretenez-vous avec les autres formes artistiques ? Photographie, cinéma, sculpture ?
- Speaker #0
Hier, dans le cadre d'une exposition d'un artiste d'origine iranienne, Bouya Bassian, et on m'a proposé de... Enfin, on m'a donné la location de Perpe Blanche et je leur ai proposé de faire une sorte de lecture visibilisée et la performance, c'est-à-dire que j'ai écrit un texte qui mène à la fois l'histoire du lieu, qui est un pavillon carré. de Baudouin qui était avant la folie en fait ce terme qui désigne les demeures bourgeoises de 18e siècle et ensuite l'orphelinat avant de devenir la salle d'exposition aujourd'hui et l'artiste lui-même qui est en Élysée en France et qui travaille beaucoup sur les mémoires de Lull on essaie d'imaginer ce que c'était L'odeur, par exemple, les odeurs à l'époque de l'orphelinat, à l'époque de la folie. J'ai lu que dans les années 70, par exemple, sur la pente de Ménimenton, on cultivait beaucoup les asperges. Ah,
- Speaker #1
c'est rigolo !
- Speaker #0
Oui, c'est rigolo ! Et que les asperges étaient de Ménimenton et étaient connues, voilà. Et probablement servies, du coup, et mangées là-bas. Et c'est drôle. Et donc, oui, tout ça pour vous dire que moi, j'aime beaucoup travailler avec surtout les artistes plasticiens. Et sur, écrire, sur, écrire avec.
- Speaker #1
Composer ensemble aussi.
- Speaker #0
Oui, et il m'arrive souvent de décrire dans les catalogues. d'artistes, donc une sorte à la fois de lecture ou de travail de l'artiste. Une interprétation ? Une interprétation, mais aussi un texte.
- Speaker #1
Ça doit être extrêmement intéressant à faire comme exercice.
- Speaker #0
C'est réjouissant. C'est tout ça au moment.
- Speaker #1
C'est une vraie expérience.
- Speaker #0
Ce n'est que le plaisir. Et justement, ça c'est chaque fois la première fois. Oui,
- Speaker #1
encore une fois.
- Speaker #0
Le cinéma, non. Le cinéma, je suis vraiment inculte.
- Speaker #1
On est sur un art visuel et vous voulez combattre le fait qu'il y en a trop de vues.
- Speaker #0
Mais ce qui est assez drôle, c'est que j'ai une déficience cérébrale qui fait que je ne peux pas mémoriser les visages des gens.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et ce n'est pas que je ne me souviens pas. C'est comme si il n'y avait pas de visage. pas de tiroirs. Le tiroir est déjà condamné et donc je ne les mémorise pas.
- Speaker #1
Vous pensez qu'il y a peut-être un équilibre des sens et que vous stimulez tellement les autres que celui-ci est moins présent ?
- Speaker #0
C'est trop scientifique, on ne saura pas. Quelle que soit la raison, c'est assez handicapant et le jour de dédicace par exemple je dis je dis tu vois pas C'est pas personnel. C'est pas personnel. Et les gens me disent, ah oui, c'est parce que vous rencontrez beaucoup de gens. Non, non, j'avais ce problème-là déjà quand j'avais 15 ans, par exemple. Je posais déjà des problèmes au collège, au lycée, parce que je ne savais pas les bonnes personnes.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a d'autres artistes avec lesquels vous avez eu des échanges ? Vous avez pu composer ensemble, que vous aimeriez aujourd'hui nous parler ?
- Speaker #0
Oui, j'ai eu la chance de connaître Christian Wolotowski, pour moi, qui est une sorte de père spirituel. Et en fait, même cette année... Je travaillais pour l'exposition de Pompidou-Metz en collaboration avec l'Ouvre sur l'idée de copiste. Je suis en train d'écrire un texte pour CUNAP. En fait, chaque année, j'ai quatre ou cinq textes sur l'art. Et c'est un peu comme pour revenir à votre première question. ça sert parce que finalement bien sûr je ne suis pas devenue l'historienne de l'art mais j'avais toujours j'allais toujours aux expositions ça ça fait partie vraiment de mes quotidiens je sais pas j'ai une dizaine d'expositions par semaine voire plus et en fait finalement mine de rien ça
- Speaker #1
Ça continue de nourrir.
- Speaker #0
J'aime pas le mot servir, mais ça m'a servi, en fait, à travailler ce travail de déculiture avec l'art.
- Speaker #1
À tort, on attribue l'histoire de l'art. Souvent, on réduit l'histoire de l'art à l'histoire plastique. C'est-à-dire, ce qu'on produit comme œuvre. L'histoire de l'art, c'est avant tout comprendre l'histoire de l'homme avec un grand H. Quand on étudie l'histoire de l'art, Je ne sais pas quelle matière précisément vous aviez choisie au moment où vous étiez étudiante, mais il y a beaucoup d'explorations sur comment certaines questions qu'on se pose, qui sont parfois philosophiques, ont été traduites par les artistes à travers des œuvres. L'histoire de l'art, c'est une science humaine. C'est comprendre dans quel environnement les hommes ont évolué, dans quel environnement on évolue. Donc, sans soi, ça fait sens. Je pense que tout le monde pourrait étudier l'histoire de l'art. pour justement appréhender le monde.
- Speaker #0
Bien sûr. En fait,
- Speaker #1
c'est un enseignement qui est tellement complet.
- Speaker #0
On est totalement d'accord.
- Speaker #1
Je pense que c'est pour une personne curieuse qui n'a pas beaucoup de temps sur Terre, l'histoire de l'art permet d'explorer un maximum de choses.
- Speaker #0
Ah, c'est bien dit. Je pense.
- Speaker #1
S'il fallait choisir une discipline, si on est très curieux... L'histoire de l'art permet de vraiment visiter beaucoup de choses. En science, en philosophie, etc. En histoire, ça concentre tout.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
On a parlé d'art. Alors bien sûr, maintenant, on va parler cuisine. Même si vous, sans doute, vous en parlez très souvent. Donc, vous avez effectivement créé des projets avec des artistes. Mais vous avez aussi créé et continuez de créer des projets avec des personnes qui travaillent autour de la cuisine, des aliments. Comment vous la cuisine ? elle nourrit votre littérature et inversement et est-ce que parfois vous prêtez vos talents à des chefs justement pour les aider à parler de ce qu'ils réalisent et des goûts qu'ils travaillent ?
- Speaker #0
C'était le cas de livre que j'ai fait avec Hugo Rolandier et donc c'est le chef Kankal Kankal qui a un rassemblement qui s'appelle Coquillage et qui Et donc... Cette fois-là, c'était une expérience... Elle est très enrichissante parce que contrairement à la plupart des livres de chefs qui se font d'une manière très triste, pour ne pas dire commerciale, excusez-moi pour l'expression, mais à la fois avant les chefs n'ont pas de temps, c'est la cause principale.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et je les comprends aussi tout à fait. Ils essayent aussi, les éditeurs, de maximiser dans le temps qui est très limité, de faire le maximum de choses, ce qui est tout à fait compréhensible. Mais Hugo Rolandier a pris un an et demi pour faire ce livre. On a fait, je ne sais combien de dizaines d'heures d'interviews. J'ai goûté 80 plats, deux fois. Chaque fois, d'abord, j'ai goûté et ensuite, je fais part de mes impressions au chef. Ensuite, on discute sur ce plat. Il me raconte tout sur ce plat, les inspirations, l'histoire, l'anecdote, les ingrédients, les sens symboliques. et moi, j'ai... écrit en tant que celle qui a goûté ce plat elle a des sensations pour que ça fasse les archives sensorielles de ce plat ça devait être absolument fantastique c'est assez fier on est assez fier de ce livre qui est pour le coup on peut dire qui n'est de ce nul part de cette façon là est-ce que d'autres chefs vous ont contacté depuis ?
- Speaker #1
Parce que ça a réveillé en eux quelque chose qui pourrait aussi leur plaire ?
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Ça peut être un travail comme complet, comme un livre, mais est-ce que, par exemple, vous offrez votre regard parfois plutôt avec des articles qui peuvent être plutôt associés à du journalisme pour décrire des expériences culinaires que vous vivez ?
- Speaker #0
Oui, et j'aime beaucoup ça. Là, par exemple, je prépare un double portrait de deux chefs, un japonais, un français, qui étaient tous les deux, deux chefs japonais qui étaient formés à la cuisine française traditionnelle. Et qui s'est mis à faire la cuisine traditionnelle, ah non, oui, traditionnelle japonaise, mais... en passant les codes. Et un chef français qui a été formé à la cuisine traditionnelle japonaise et qui a ouvert un restaurant et qui fait la cuisine traditionnelle japonaise.
- Speaker #1
Ça doit être fantastique. Il y a tellement de choses à raconter.
- Speaker #0
Surtout que le monde de la cuisine traditionnelle japonaise est très, très, très, très fermé. Et donc... Donc, j'ai pensé que ça a un sens, surtout, d'encourager les autres à suivre ces cas, ces exemples. Je pense qu'ils ont beaucoup d'audace, qu'ils ont beaucoup de courage, parce que je pense qu'il y a toujours des détracteurs aussi. Il y a toujours des gens qui disent « Non, mais la cuisine traditionnelle, elle n'est pas comme ça » . Et surtout... surtout ces deux personnes qui viennent d'ailleurs mais qui apportent de nouveaux regards je trouve ça formidable c'est encore une première fois voilà voilà voilà donc j'essaie de de trouver ce que parce qu'il y a des ce que les autres journalistes ne font pas forcément ça ne veut pas dire que je suis plus originelle que les autres non Le monde du journalisme est quelque chose de qui a part, bien sûr, et que les journalistes comme Médier le font bien mieux que moi. Je travaille lorsque qu'il y a des sujets comme ça qui peut-être apportent un regard que peut-être les autres ne n'apportent pas forcément.
- Speaker #1
Je trouve ça fantastique, ça crée de nouvelles choses. Dans un monde où tout s'accélère, que signifie pour vous... prendre le temps d'écrire et faire sentir ce temps au lecteur ?
- Speaker #0
Prendre le temps, c'est une chose. Ralentir, c'est une autre chose. J'ai pris le temps de... Disons que je me suis... C'est investi. Je me suis dit que ça, c'est un livre important. Donc, je prépare bien. Et c'est pour ça que je suis allée. C'est sur Venise, c'est avec l'UNIS. Donc, je suis allée beaucoup. J'ai fait beaucoup d'aller-retour à Venise. J'ai lu beaucoup de livres. Et la plupart de ce que j'ai vu, la plupart de ce que j'ai lu ne sont pas dans le livre parce qu'on ne peut pas te mettre. Et puis, ça n'a pas de sens. C'est comme une sorte de banquise. Et je me suis rendue compte que, bien sûr, tous ces matériaux que je n'ai pas forcément utilisés, ça crée une épaisseur, ça crée une profondeur, disons relative, mais au texte. Mais ça, c'est un luxe que je ne pouvais pas toujours donner au cours de ma vie. donc c'est C'est extraordinaire. Prendre du temps. Un connu fan ne veut pas dire. Ralentir. Vous le savez, je n'aime pas de tout cette tendance actuelle. D'où, sur les réseaux sociaux, pas besoin de me dire « Oui, alors respirez. »
- Speaker #1
J'ai manie. Non, non, non. Pas du tout.
- Speaker #0
Non, rien pour ces gays. je ne sais pas c'est un nouvel ordre c'est pas en vidant la tête que vous allez comprendre quelque chose mais ce n'est pas pour vous contredire c'est pour c'est plus alors dans ces cas là je profite de votre question très bien
- Speaker #1
parce que ça m'énerve ça m'énerve mais je pense dans ces cas là alors plutôt que de ralentir c'est d'occuper son temps et son espace avec de belles choses être entier être entier dans la vie c'est
- Speaker #0
un miracle d'être moi dans ce monde et c'est dommage en fait de disons que de ne pas être entier en fait quand on est entier ça ne veut pas dire que quand on Merci. produit quelque chose, mais quand on est hanté, forcément, vous êtes attentif. Ça veut dire peut-être justement être attentif à humer l'odeur de ce qui vous entoure, d'être attentif à des présences qui vous entourent aussi, être attentif à la page. sur lequel votre regard est attentif à chaque mot que vous lisez. C'est... Parfois, ça... En faisant cela, peut-être que vous lisez plus lentement, mais pas forcément, peut-être. C'est pas... En fait, ce n'est pas la question de vitesse. Ce n'est pas la question de vitesse, mais c'est la question d'être fidèle au monde, je trouve. La fidélité est un mot un peu démondé et surtout qu'il ne faut pas l'utiliser pour la personne parce que ça ne sert à rien. Mais s'il y a une chose à laquelle il faut toujours être fidèle, c'est au monde. Et c'est pour ça que ça veut dire être toujours motivé.
- Speaker #1
Il y a des gens pour qui ce n'est pas facile d'être entier. Ça demande beaucoup de courage. Je partage votre sentiment. Je ne pourrais pas vivre autrement que d'être entière. Mais j'ai remarqué, et peut-être que vous aussi, que ça fait peur à beaucoup de gens d'être entier.
- Speaker #0
Oui, ça je comprends.
- Speaker #1
Parce qu'être entier, c'est prendre tout. C'est prendre ce qu'on considérera comme être un nourricier positif et dans la lumière, comme le reste. Vivre et explorer aussi les sensations qui vous sont moins agréables.
- Speaker #0
Être entier, c'est risqué aussi. C'est vrai, ça je suis d'accord. Et c'est une condition pour aussi, par exemple, écrire sur une ville qu'on ne connaît pas.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce que sinon, la ville ne vous donnera rien. Et c'est risqué aussi parce que vous commencez par exemple à... à ces journées dans une vie, peut-être sur lesquelles vous ne trouverez rien. C'est aussi possible. Peut-être que ça ne résonnera pas à ce moment-là aussi. Mais on ne... On ne compte pas. On ne compte. Et on se planche comme si on croit à la réponse de la part des villes, des objets, de la personne.
- Speaker #1
Finalement, qu'aimeriez-vous que vos lecteurs retiennent profondément après la lecture de vos ouvrages ?
- Speaker #0
Alors, vous savez, l'impression de la lecture, c'est un peu comme l'impression de... d'un plat, de dégustation. Bien sûr, tout le monde sait que justement quand on parle de goût, tout de suite, on ajoute, oui, le goût est une affaire personnelle, subjective. La lecture aussi, bien sûr. Donc, c'est différent selon les personnes, selon la période, selon l'humeur. On peut bien sûr ne pas aimer, on peut détester, mais plutôt, s'il y a une chose que j'aimerais, c'est Merci. J'aimerais donner plus de liberté à sentir les choses de plus variées possible. Par exemple, le livre de Sourouk Bakout est composé de 321 petits chapitres. C'était un peu ça aussi, donc c'est donner la liberté de lire. Comment on peut lire d'abord la page 32 et ensuite 46 ? et revenir à la page 12. On peut lire juste 12 chapitres. On peut lire aussi de début à la fin. Un livre doit avoir cette liberté, offrir cette liberté-là. Donc, s'il y a une chose que j'aimerais, c'est de donner à la liberté.
- Speaker #1
Pour terminer, est-ce que vous avez la sensation d'avoir un message à transmettre Merci. Depuis toujours, même inconsciemment.
- Speaker #0
Je pense que pour moi, la littérature, c'est créer une machine pour vivre. Tout ce qui est écrit continue à vivre. Une fois que c'est écrit, même si les personnes, les arbres, les objets qui sont écrits ne le sont plus. Il suffit de dévouer la page pour que de nouveau ces choses-là, ces personnes-là, ce monde-là réapparaissent de nouveau comme si ça venait de naître. C'est vraiment pour cela que j'ai de plus en plus de confiance en moi, confiance à la littérature. C'est presque une sorte de foi, si j'ose dire. comme ça, c'est comme un souhait vraiment content d'une petite fille qui a peur que Lucien de la famille meurt un jour. Et de dire, ouais, non mais je ne veux pas qu'elle meure. Je veux que tout le monde continue à vivre. Mais ce n'est pas possible, bien sûr, pour laisser la place aux autres. enfin à ce qui vient mais l'écriture permet ce miracle non pas seulement ceux qui ont été le modèle aussi pour ceux qui lisent, ceux qui s'identifient ça devient une machine à vivre et survivre donc c'est ça,
- Speaker #1
c'est le message Merci Ryoko pour votre générosité, pour la douceur précise de votre pensée Pour cette manière unique de relier l'intime et le lointain, le visible, l'infime, merci d'avoir partagé avec nous vos gestes d'écriture, vos souvenirs, vos sensations, et cette manière de tenir ensemble l'art, l'écriture, la poésie et la vie. A vous qui nous écoutez, puissiez-vous emporter avec vous une part de cette attention au réel, une odeur, un détail, un souffle, et continuer à cultiver cette écoute délicate du monde que Ryoko nous invite à retrouver. Vous étiez chez Hormé, racontez votre histoire. A très bientôt pour une nouvelle rencontre, une nouvelle voix, un nouvel éclat de vie.
- Speaker #0
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