- Speaker #0
Il était une fois Paris, une ville d'ombre et de lumière, une ville que l'on croit connaître et qui pourtant continue de surprendre. Derrière les façades haussmaniennes et les rues pavées, on trouve parfois des traces, gravées sur une plaque, écrites dans la pierre ou enfouies dans notre mémoire collective. Dans cette nouvelle saison, on vous emmène sur les traces de femmes qui ont marqué la Seine et la ville. Comédiennes, actrices, elles ont donné leur nom à des passerelles du canal Saint-Martin. À travers leur destin, Découvrez comment elles ont façonné l'histoire culturelle et nourri la mémoire de la capitale. Bienvenue dans Il était une fois Paris, un podcast raconté par Dominique Boutel qui redonne voix au récit que la ville de Paris n'a jamais oublié. Bonne écoute !
- Speaker #1
Est-ce que je peux te voir un peu, tu veux ? Entre deux bateaux, sur un pont, entre deux saisons, sans chapeau, en plein vent, tu veux ?
- Speaker #2
C'est dans les Vosges que naît en 1927 Paulette Riva, qui deviendra par la magie du grand écran et de la scène, l'actrice brillante connue sous le nom d'Emmanuel Riva.
- Speaker #3
Personne ne peut me couper de mes rêves, ni des images que j'ai dans la tête.
- Speaker #2
Très jeune, Paulette est attirée par le théâtre qu'elle pratique dans la troupe amateur locale. Et un séjour à Paris, chez une tante où elle fréquente assidûment les lieux de spectacle, ne fait que renforcer cet attrait pour la scène. Mais il lui faut attendre. Destinée contre son gré à devenir couturière, Emmanuelle Riva trouve dans sa passion pour le théâtre le courage de quitter sa ville natale de Chéniménil pour Paris. Elle entre au Centre d'art dramatique de la rue Blanche. Après son passage dans cette célèbre institution, elle monte sur la scène qu'elle ne quittera plus. portant haut des œuvres dans lesquelles le texte est roi.
- Speaker #3
Si vous prenez ce verre, moi je vous prends.
- Speaker #4
Et si je prenais ce verre sans que vous me preniez ?
- Speaker #3
Et si je vous prenais ? Tout simplement.
- Speaker #4
Vous plaisantez ?
- Speaker #2
C'est d'ailleurs sur une scène de théâtre qu'en 1959, le metteur en scène Alain Resnais la découvre et la choisit pour jouer le rôle qu'il a révèle au grand public dans Hiroshima, mon amour. Elle a 30 ans, son jeu intériorisé sert admirablement le texte de Marguerite Duras.
- Speaker #3
Tu y étais toi à Hiroshima ?
- Speaker #5
Non, bien sûr.
- Speaker #3
Oh c'est vrai, je suis bête.
- Speaker #2
Ce personnage lui colle à la peau.
- Speaker #6
Avant d'être à Hiroshima, où étais-tu ?
- Speaker #3
À Paris.
- Speaker #6
Avant d'être à Paris ?
- Speaker #3
Avant d'être à Paris, j'étais à Nevers. Nevers.
- Speaker #6
Nevers ?
- Speaker #3
C'est dans la Nièvre, tu ne connais pas.
- Speaker #2
Et l'actrice, exigeante dans ses choix, construit elle-même au cinéma le profil d'une femme que l'on désigne comme une intellectuelle, qui dit non aux rôles qu'elle ne sent pas, comme aux situations de la vie. Plusieurs des rôles qu'elle incarne décident l'image d'une femme passionnée. En 1961, dans Léon Morin, prêtre, de Jean-Pierre Melville.
- Speaker #3
Monsieur l'abbé, ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est comment Jésus est mort abandonné de Dieu.
- Speaker #7
Qu'est-ce que vous dites ?
- Speaker #3
Bien oui, cette phrase effrayante qu'il a dite avant de mourir. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?
- Speaker #7
Pas du tout.
- Speaker #2
En 1962, dans Thérèse d'Esquerou de Georges Franju, qui lui vote un prix au Festival international de Venise.
- Speaker #3
Après avoir réglé ce drame, Comme n'importe quelle autre affaire, Bernard était parti en voyage. Moi, dans la maison d'Escairou, je demeurais claustrée, condamnée à la solitude.
- Speaker #2
Et toujours avec Franju dans Thomas l'imposteur en 1964.
- Speaker #1
Mes amis, à ce qu'il paraît,
- Speaker #3
nos affaires vont assez mal. Mais ce soir, je refuse qu'on en parle. Ce soir, il y a bal chez la princesse de Borme.
- Speaker #2
A la fin d'une carrière cinématographique, Bien remplie, elle obtient un César en 2013 pour son rôle dans le film de Michel Haneke, Amour, où elle incarne la femme de Jean-Louis Trintignon, qui connaîtra une fin tragique. Mais le théâtre est son premier amour. Plus d'une trentaine de pièces, sur un registre élevé, variant entre des répertoires classiques et d'autres, résolument contemporains. Pour sa dernière apparition sur scène, Elle revient à Marguerite Duras au théâtre de l'Atelier où elle interprète Savannah Bay.
- Speaker #3
Ce que je peux t'aimer des fois, des fois je voudrais crier.
- Speaker #1
Car je n'ai jamais aimé, jamais aimé comme ça.
- Speaker #3
Comme ça je peux te le jurer, je n'ai jamais aimé.
- Speaker #2
Cette langue, qu'elle sait si bien traduire par sa diction, elle en joue de façon plus personnelle. en écrivant elle-même de la poésie.
- Speaker #3
J'ai eu besoin d'écrire des poèmes depuis l'adolescence. Je ne sais pas, c'était une catharsis qui accompagnait très bien d'ailleurs mon désir de faire ce métier, de faire du théâtre. Ce mi-demand de tous les clochers sur le ciel, guette à temps très doux les aéroplanes sur ton cœur, comme les hirondelles que tu apprivoises avec ton ombre.
- Speaker #2
Emmanuel Rivas est un à l'âge de 89 ans. emportée par un cancer qu'elle aurait eu la pudeur de cacher jusqu'au bout, masquant la maladie par un travail artistique qui ne s'arrêtera qu'avec elle. Emmanuel Riva incarnera à jamais, comme le dit un critique, le visage d'une humanité que l'amour semble promettre à la mort.
- Speaker #7
L'amour de l'amour, Hiroshima, toi et moi, mon amour, je crois toujours à l'amour de l'amour.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter Il était une fois Paris, une série écrite et racontée par Dominique Boutel. Réalisation Gilles Blanchard. Le générique a été composé par Fiona Verrier. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à en parler autour de vous, à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée et à nous laisser quelques étoiles. A très bientôt !