- Speaker #0
Il était une fois Paris, une ville d'ombre et de lumière, une ville que l'on croit connaître et qui pourtant continue de surprendre. Derrière les façades haussmaniennes et les rues pavées, on trouve parfois des traces, gravées sur une plaque, écrites dans la pierre ou enfouies dans notre mémoire collective. Dans cette nouvelle saison, on vous emmène sur les traces de femmes qui ont marqué la scène et la ville. Comédiennes, actrices, elles ont donné leur nom à des passerelles du Canal Saint Martin. À travers leurs destins, découvrez comment elles ont façonné l’histoire culturelle et nourri la mémoire de la capitale. Bienvenue dans Il était une fois Paris, un podcast raconté par Dominique Boutel qui redonne voix au récit que la ville de Paris n'a jamais oublié. Bonne écoute !
- Speaker #1
J'ai pensé toujours qu'il fallait vivre. Dans la grandeur, si possible. C'est un mot très démodé, mais c'est si beau.
- Speaker #2
La grandeur, c'est beau.
- Speaker #1
Ça ne veut pas dire l'argent, ça ne veut pas dire la célébrité. On est là parce que l'homme est grand et qu'on a eu la chance d'être amoureux.
- Speaker #2
Tout ou presque, prédestinée Geneviève Hélène Duc, à sa rencontre avec les textes. Elle était fille d'institutrice et était née en 1917. Dans une région où le parler fleurit à chaque phrase, à Bergerac. Très vite, elle est habitée par la passion de la scène. Elle aime la déclamation, les grands classiques, en particulier Racine. Toi, dont ma mère osait se vanter d'être fille, peut-être rougie du trou d'où tu me vois. Soleil, je te viens voir pour la dernière fois. La jeune Périgourdine monte à Paris pour y suivre les cours de littérature de la Sorbonne et en profite pour aller au théâtre. En 1939, ses diplômes en poche, elle redescend à Bergerac et devient institutrice, puis professeure de français au collège Mène de Biron. L'une de ses élèves s'appelle Juliette Gréco. Elle se réveillait en cours de récitation, dira-t-elle de sa jeune élève. Mais les sirènes du théâtre appellent la jeune enseignante. Elle croise le Marseillais André Roussin, qui avec Louis Ducreux dirige la compagnie du Rideau Gris.
- Speaker #3
Moi j'avais qu'une passion, c'était quand nous avions 20 ans tous les deux, j'avais qu'une passion, c'était le théâtre, et je voulais faire du théâtre. Je ne savais pas que Ducreux avait la même passion et qu'il voulait aussi faire du théâtre.
- Speaker #2
Cette troupe de jeunes étudiants a pour désir de décentraliser le théâtre et d'apporter les grands textes en province.
- Speaker #3
Le rideau gris au début a été, comme tous les mouvements de jeunesse d'abord, a été boycotté comme toujours. Et puis petit à petit, il a pris de l'ampleur et nous avons atteint un public, un peu avant la guerre, qui était au gymnase, assez important, où on jouait régulièrement.
- Speaker #2
Hélène rejoint Marseille et intègre la compagnie théâtrale. En 1940, elle rencontre dans la compagnie du Rideau Gris celui qui deviendra un ami, Robert Marx, dit Robert Marcy, dont le destin devra beaucoup à Hélène, et qui s'est replié dans le Sud. Mon père, je vous salue bien humblement. Bonjour mon fils. Y a-t-il du nouveau ce matin ? Il y a Mgr Frère Mathieu Bourras qui ne veut plus être assesseur au procès. Pourquoi donc mon ami ? Son homme est fier mon maire. Lorsque la zone libre est occupée, Robert Marx entre en clandestinité pour échapper au STF. Il demande à son ami Hélène Duc de l'aide pour le protéger ainsi que sa famille des déportations qui frappent les juifs. Hélène et sa mère Jeanne les logent avant de leur trouver une cachette chez un couple, ce qui les sauvera. 1942. Hélène Duc est retournée à Paris. Elle intègre alors la compagnie théâtrale Grenier-Husneau. et poursuit la résistance. La mère de Juliette Gréco, amie de la mère d'Hélène, résistante active, est arrêtée par la Gestapo avec ses deux filles. Charlotte est déportée avec sa mère à Ravensbruck et Juliette, alors âgée de 16 ans, est incarcérée à Fresnes. En sortant, au bout de 6 mois, elle n'a aucune ressource et juste une adresse en poche.
- Speaker #4
J'étais là et je ne savais... Vraiment pas que faire de ma liberté. Et ce visage de femme s'éclaira comme ça et se précisa peu à peu. C'était celui d'une femme qui s'est... J'ai appelé Hélène Duc et qui avait été mon professeur de français au collège de Bergerac.
- Speaker #2
Hélène Duc, la loge rue Servandoni, près de l'église Saint-Sulpice, dans la pension où elle-même habite. Elle la prend en charge, matériellement et moralement. Elles deviennent amies et Hélène Duc restera la mère adoptive de Gréco. C'est vraiment après-guerre que la carrière d'Hélène Duc prend de l'essor. D'abord simple figurante dans Falbala, le film de Jacques Becker, Merci. Celui-ci lui confiait ensuite un premier rôle comique au cinéma, la mélomane d'Edouard et Caroline. Les films s'enchaînent. Hélène devient une familière de l'écran, côtoie les plus grands interprètes de son époque, les monstres sacrés. Fernandelle. Elle est partie chez l'oncle Rodrigue, à Rognac. Blier.
- Speaker #3
J'ai dit on emballe, faut peut-être que je rédige une note de service,
- Speaker #2
non ? Belmondo. Alors George, un steak frites. De Neuve.
- Speaker #4
Quels sont vos projets ? Vous fumez d'abord et vous m'embrassez par la suite ?
- Speaker #2
Mais le personnage de grande bourgeoise, souvent outrancière, lui colle toujours à la peau. Un personnage le plus souvent comique, un peu peint sans rire.
- Speaker #1
Je pars pour l'Allemagne stimuler la vente des champagnes cornubules. Je laisse un pays serein, besogneux. Arrivé là-bas, j'apprends qu'avant le folie souffle sur le pays. Je ne m'inquiète pas autre mesure. Paris n'est pas mon pays, que diable !
- Speaker #2
Il lui faudra attendre les années 70 et des réalisateurs qui auront perçu sa personnalité complexe d'actrice, son incroyable prestance. sa diction impeccable et sa malice. « Voulez-vous me reprendre la dernière phrase ? »
- Speaker #1
« Et doit être confiée à des spécialistes. »
- Speaker #2
« Un point. » Pour qu'elle interprète des rôles beaucoup moins univoques. C'est la télévision qui la rend célèbre auprès du grand public et dévoile ses talents de tragédienne. Dans la série Les Rois Maudits de Claude Barmin, où elle joue la terrible Mao d'Artois.
- Speaker #1
Tout ça parce que depuis 300 ans qu'ils sont assis sur leur trône, ils ont eu pour la première fois un roi de leur famille incapable de faire un mal. Et qui a saigné pour se déclarer cocu, nous laisse aujourd'hui une bâtarde comme future reine de France.
- Speaker #2
Au théâtre, l'émetteur en scène, Jacques Mocler en particulier, lui confie des rôles à sa mesure. Mère Courage et ses enfants, de Bertolt Brecht. Où sont vos papiers ? Les papiers ! Mais ses mères Courage, jamais entendues parler. Ou la création de l'unique pièce de Patrick Modiano, Polka. Ou encore celle de Sagan, Le cheval évanoui. En 2005, Hélène Duc et sa mère Jeanne reçoivent le titre de Juste parmi les nations, par Yad Vashem, l'Institut international pour la mémoire de la Shoah.
- Speaker #1
J'ai fait ce que je devais faire, sauver la vie. C'était quand même drôle des choses. En 2009,
- Speaker #2
elle devient officier de la Légion d'honneur. Une trentaine de films et une quarantaine de pièces de théâtre plus tard. Ainsi que de très nombreuses apparitions sur le petit écran et à la radio. Hélène Duc, devenue à la ville Hélène Catroux, disparaît en 2014 à l'âge de 97 ans, un an après sa fille, la comédienne Elisabeth Catroux. Ainsi disparaît... Une grande dame de la scène, courageuse et discrète. Rideau.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter Il était une fois Paris, une série écrite et racontée par Dominique Boutel. Réalisation, Gilles Blanchard. Le générique a été composé par Fiona Verrier. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à en parler autour de vous. à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée et à nous laisser quelques étoiles. A très bientôt !