- Speaker #0
Bienvenue dans Ils sont l'avenir de Nice, le premier podcast à vous faire découvrir l'histoire inspirante de ces commerçants et entrepreneurs qui façonnent notre quartier et le business de demain. Chaque semaine, Christophe Brémard part à la rencontre de ces niçoises et niçois passionnés et nous plonge dans leur univers.
- Speaker #1
Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Ils sont l'avenir de Nice. Aujourd'hui, nous allons parler de voyage, d'exotisme, de chapeau avec Anne Décredor. Bienvenue Anne.
- Speaker #2
Merci beaucoup de me recevoir.
- Speaker #1
Anne, ton magasin s'appelle Ecruador, situé rue de Flee à Nice, et tes clients te décrivent souvent comme une véritable invitation au voyage en Amérique latine. Est-ce que tu peux me dire ce qui se passe quand on pousse la porte de ta boutique ?
- Speaker #2
En fait, la plupart des clients ont l'impression effectivement de voyager en rentrant dans ma boutique parce qu'ils me disent tous « Ah, mais... » On ne peut pas deviner tout ce qu'il y a à l'intérieur en voyant juste les vitrines et c'est vrai qu'on a beaucoup beaucoup de choses, même si notre spécialité effectivement est le chapeau Panama fait à la main en Équateur d'où le nom Ecuador, Équateur en espagnol.
- Speaker #1
Et d'où devient cette passion spécifique pour l'Amérique latine et le Panama ?
- Speaker #2
En fait je suis partie vivre à l'âge de 1 an et demi en Amérique du Sud avec mes parents, où j'ai passé les 15 premières années de ma vie pratiquement. Et mon père a habité 50 ans l'Amérique du Sud, donc voilà pourquoi l'Amérique du Sud, dont 25 ans l'Équateur.
- Speaker #1
Et comment on arrive à Nice alors, en ayant passé autant de temps en Amérique du Sud ?
- Speaker #2
Parce que je suis originaire de Nice. D'accord,
- Speaker #1
à la base.
- Speaker #2
Oui, la base c'est quand même Nice où vivaient mes grands-parents, mes parents pendant un certain nombre d'années avant qu'ils repartent en Amérique du Sud.
- Speaker #1
Tu as un pied en Amérique du Sud et un pied à Nice. C'est ce qu'on retrouve quand on passe à la porte de ta boutique. Tu es aujourd'hui une des rares spécialistes dans le chapeau de paille authentique du Panama, notamment avec le Superfino et le Monte-Christi, si je ne dis pas de bêtises. Qu'est-ce qui fait la spécificité aujourd'hui de ces chapeaux ?
- Speaker #2
Ce sont des chapeaux qui sont faits entièrement à la main, ça c'est sûr. Après il y a une utilisation de presse, mais qui sont aussi manipulées à la main pour faire chaque chapeau, lui donner une forme. Il y a plusieurs étapes dans la fabrication du Panama. Il y a les tisserands qu'on trouve répartis dans la montagne ou dans la campagne environnante d'une ville qui s'appelle Cuenca et d'une ville qui s'appelle Montecristi en Équateur. Ce sont les deux villes où les Panamas sont fabriqués. Et donc voilà, il y a les tisserands qui sont dans la campagne. Après, ils vendent leurs chapeaux à d'autres personnes qui vont les manipuler, qui vont les former, qui vont faire des finitions, qui vont faire des teintures éventuellement. Et au final, on a le véritable Panama. Voilà, fait main.
- Speaker #1
Et totalement indémodable, parce que Panama...
- Speaker #2
Totalement indémodable. Et donc, il y a vraiment tous les prix dans les Panamas, en fait. Parce qu'il y a les super finaux Montécristi dont tu parles, c'est des chapeaux qui... qui peuvent nécessiter jusqu'à 6 mois de travail pour un seul chapeau. Ça veut dire que celui-là, il va être aux alentours de 5 ou 7 000 euros, ça dépend de la finesse. On prie de vente magasin.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Et on démarre à 110 euros pour les chapeaux qui ne nécessitent que 24 heures ou 48 heures de tissage au départ, parce qu'après, il y a tout un processus derrière.
- Speaker #1
Et le panama, le chapeau panama, on peut le garder toute une vie, j'ai entendu dire. Est-ce que c'est vrai ça ?
- Speaker #2
Alors oui, en partie oui et non, parce qu'en fait, il est évident que ça s'use, le panama, comme n'importe quel tissu. C'est comme un tissu, il est très très fin, on dirait qu'on touche de la soie pratiquement quand on les touche en fait. Donc c'est des chapeaux qu'on peut garder très longtemps, mais toute une vie, si on en prend un grand soin, oui, pourquoi pas.
- Speaker #1
Au-delà du Panama, tu as également un volet plus artisanal avec de la création de chapeaux, avec des pièces uniques pour des mariages ou des événements spécifiques. Oui, tout à fait. Qu'est-ce que tu fais à ce niveau-là exactement ?
- Speaker #2
On fait des finitions en fonction de ce que nous demandent les clients. C'est-à-dire qu'on prend une base de Panama et on peut l'habiller avec d'autres matières, du cisale, du lin, des rubans. de certaines couleurs, en fonction des tenues que nous apportent les clientes. Donc, on personnalise le chapeau pour chaque personne.
- Speaker #1
Donc, des Panamas très haut de gamme, personnalisables. C'est dans la boutique Ecuador, rue de Fli, que vous pouvez retrouver ça avec Anne. Mais aujourd'hui, quand on parle de Panama, on voit des chapeaux un peu partout, y compris en plastique, pour certains. Comment est-ce que tu arrives à te démarquer face à cette concurrence ?
- Speaker #2
Je crois que le Panama, malgré tout, reste un chapeau de luxe, on va dire, entre parenthèses, et qu'en général, les gens savent, en fait, ils font la différence entre un chapeau en plastique ou un chapeau en papier made in China, par exemple. Ils font quand même la différence. Ils voient que ces chapeaux-là vont durer quelques mois, le temps d'un été, alors que le Panama peut quand même durer plusieurs saisons, pas toute une vie. Voilà, et puis donc... C'est vrai que ce sont les gens qui connaissent déjà un petit peu le Panama, qui veulent un chapeau léger, qui veulent un chapeau qui soit fait en fibre naturelle. Le fait main aussi est important, je pense, pour la plupart des gens. Et donc ça reste, voilà, on se démarque par rapport à ça, parce que c'est un certain prix quand même le Panama. Même si on en trouve à partir de 110 euros, c'est quand même un prix. Mais voilà, en général, les gens sont souvent très contents de leur chapeau, parce qu'en plus... On leur permet de nous le ramener tous les ans pour changer les rubans intérieur-extérieur. Parce que c'est souvent avec la transpiration qu'il va se marquer. Donc on fait aussi un petit service après-vente. Et du coup, on fidélise quand même les clients. Mais c'est vrai que souvent, ce sont quand même des gens qui connaissent déjà un petit peu ce que c'est le Panama. Et s'ils ne connaissent pas, on leur apprend. On leur dit, on leur explique tout.
- Speaker #1
Toute l'histoire, effectivement, quand on sait qu'il faut au moins 24 heures. voire plusieurs semaines pour faire un vrai panama on comprend qu'effectivement c'est aussi une valeur c'est un coût dans la conception au delà des chapeaux et du panama tu proposes aussi dans ta boutique des robes d'été un certain nombre aussi d'idées
- Speaker #2
cadeaux divers et variés oui oui dans la boutique en fait on n'a pas que des panamas on n'est pas uniquement chapeliers on va dire on a aussi tout un planèle d'autres objets des robes d'été De très belles fabrications qui sont faites en Inde, mais c'est une créatrice française qui fait faire ça. Donc en 100% coton, des tissus imprimés au tampon, on reste un petit peu dans l'artisanat. Donc des tissus imprimés au tampon, ou des matières, des tissages qui sont faits en Indonésie, ou en Inde, ou dans d'autres pays asiatiques. On a aussi des choses qui viennent d'Équateur, mais beaucoup moins on va dire. On a surtout des produits qui sont faits en Inde, mais par des créatrices. française. Et donc ça, c'est vrai que c'est aussi quelque chose que les gens viennent rechercher, surtout le 100% coton. Beaucoup de clientes me disent maintenant qu'elles ne trouvent plus de 100% coton dans la plupart des magasins.
- Speaker #1
Donc aujourd'hui, vraiment de l'artisanat, des choses qui font du bien à la planète, qui sont éco-responsables, mais parce que tu l'as toujours été, c'est pas un effet de mode comme on peut l'entendre aujourd'hui. Aujourd'hui, en plus, tu es totalement indépendante. Tu es une commerçante indépendante, tu ne fais pas partie d'une chaîne, d'un grand groupe. Comment est-ce que tu visualises aussi l'avenir du commerce indépendant dans le centre-ville comme Nice ?
- Speaker #2
Je pense que ça devient quand même un petit peu difficile pour les commerçants indépendants parce que justement, on est tellement en concurrence avec les grandes chaînes qui font beaucoup de publicité. Alors oui, on essaye un petit peu d'être sur les réseaux sociaux pour faire connaître le magasin, mais bon, c'est encore très limité par rapport...
- Speaker #1
À la force de frappe de grands groupes.
- Speaker #2
C'est ça, tout à fait. Alors, on a quand même le bouche à oreille qui fonctionne très bien. Alors, j'inclus aussi Google, puisque, en fait, si tu veux, la majorité des clients, surtout des clients étrangers, laissent des commentaires élogieux, souvent, sur le magasin, je dois dire. Et donc, voilà, je trouve que ça fait partie aussi du bouche à oreille, en fait.
- Speaker #1
C'est le bouche à oreille d'aujourd'hui.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #2
On a le bouche à oreille. traditionnel, avec beaucoup de clients qui en parlent à d'autres et qui conseillent le magasin, et le bouche-à-oreille d'aujourd'hui.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, tu es une des seules boutiques à apporter cette offre-là de Panama, avec cette diversité, avec cette logique de surmesure de services après-vendredi ?
- Speaker #2
Oui, je pense que oui. Il y a aussi d'autres chapelleries qui proposent du Panama, mais qui ont ce service de surmesure comme le nôtre, non.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Non, je pense qu'on est vraiment les seules. Anis, en tout cas, c'est sûr. Après, il y a aussi beaucoup de modistes qui travaillent les panamens et qui peuvent aussi apporter un peu du sur-mesure, mais elles n'ont pas le choix quand même que nous pouvons offrir à nos clients.
- Speaker #1
Si nos auditeurs pouvaient faire quelque chose pour toi, qu'est-ce que voudrais-tu qu'ils fassent ?
- Speaker #2
Alors là, c'est une question à laquelle je n'ai pas du tout réfléchi. À part parler du magasin et venir nous rendre une petite visite. ne serait-ce que découvrir ce que c'est que le Panama Fema, puisqu'il y a beaucoup de gens qui ne savent pas, qui ne connaissent pas le Panama. Donc voilà, ça peut être intéressant pour eux de venir découvrir comment sont faits les Panamas. Il y a un très beau livre là-dessus qu'on appelle Panama Chapeau de Légende, qu'on a à disposition de nos clients, qui peuvent le consulter aussi.
- Speaker #1
Donc, venir dans ta boutique, c'est finalement un peu d'histoire de l'Amérique du Sud qu'on le rencontre.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Et on part voyager avec toi à chaque fois qu'on pousse la porte.
- Speaker #2
C'est ça, parce qu'on a quand même encore beaucoup d'artisanat sud-américain. On a aussi un peu orienté vers de l'artisanat d'Asie, puisque ces dernières années, c'était plus demandé par les clients, tout ce qui venait d'Asie. Donc, on a aussi des boudins anciens, on a des choses comme ça aussi. On a un petit mélange, donc beaucoup de gens décrivent le magasin comme une caverne d'Ali Baba aussi, tu vois.
- Speaker #1
D'accord, une caverne d'Ali Baba.
- Speaker #2
Oui, carrément.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est une véritable expérience quand on pousse la porte. Il y a mille saveurs, mille couleurs, mille odeurs. Et c'est vrai qu'on a l'impression d'être totalement ailleurs et de ne pas être dans une rue de Nice. Et c'est ça qui est vraiment intéressant. Et je trouve qu'aujourd'hui, la rue de Fli prend un véritable tournant quand même artisanal. Elle l'avait un petit peu perdue et on revient effectivement quand même sur une logique artisanale d'art. Et je pense que ça devrait pouvoir être une très belle rue dans les années qui viennent.
- Speaker #2
J'espère aussi. J'espère juste que moi, comme ça fait quand même 34 ans que je suis là, j'espère qu'un jour peut-être qu'il y aura quelqu'un qui pourra reprendre cette artisanat-là. Parce que c'est vrai que j'ai beaucoup de clients qui me disent « J'espère que vous n'allez pas partir, j'espère que vous n'allez pas partir. » Mais bon, à un moment donné...
- Speaker #1
Comme tout à chacun, il faut passer la main.
- Speaker #2
C'est ça, il faut passer la main. Et ça serait sympathique ça, de trouver quelqu'un qui puisse reprendre cette activité, je trouve. Ça serait quelque chose d'assez intéressant. Je suis prête à faire découvrir tout.
- Speaker #1
Donc avis aux auditeurs, n'hésitez pas si vous voulez vous lancer dans le Panama et ouvrir une boutique sur l'artisanat d'Amérique du Sud.
- Speaker #2
L'artisanat d'Amérique du Sud et d'ailleurs,
- Speaker #1
on n'est pas limité. Poussez la porte. de chez Anne et d'aller en discuter avec elle. Merci, Anne, pour tout cet échange. Est-ce que tu voudrais rajouter un dernier mot, Anne ?
- Speaker #2
Écoute, comme tu disais, la rue des Filles, en fait, est une rue qui est en train de remonter, parce qu'en fait, elle a été une rue des arts pendant longtemps. Il y avait beaucoup de boutiques d'art, etc. Et c'est vrai qu'elle est en train de reprendre un petit peu cet aspect de rue d'art, en fait. Donc, voilà, je trouve que ça serait... de pouvoir continuer ça.
- Speaker #1
C'est vrai que ce serait intéressant et opportun que sur Nice, les rues ou des quartiers puissent avoir une identité forte. On avait le quartier des Antiquaires, on avait le quartier de l'Ameublement, et comme ça, il y ait effectivement des quartiers avec une âme forte, une identité forte, pour que les gens sachent aussi où aller plus facilement et se dire, chaque fois que je me déplace dans un quartier, je vis une expérience particulière et chaque fois que je pousse une porte. et d'une boutique, je vis encore une expérience encore plus spécifique. Je pense que c'est ça qui va permettre de sauver le commerce de proximité.
- Speaker #2
Moi, je crois aussi, si tu veux, parce que les gens, je vois mes clients, la plupart, viennent chez nous aussi pour trouver des choses qu'ils ne trouvent pas ailleurs, dans les grandes chaînes, où tout est semblable, où on trouve ça dans tous les pays du monde. On retrouve dans tous les pays du monde exactement la même chose et beaucoup de gens, finalement, apprécient de trouver des choses un petit peu... plus originales et moins vues, en fait. Voilà. Et je crois que...
- Speaker #1
Et plus authentiques.
- Speaker #2
Et plus authentiques. Absolument.
- Speaker #1
Merci, Anne, pour ce partage. Merci pour tout. J'invite nos auditeurs à pousser la porte d'Equador, rue de Flis, à Nice, et d'aller à la rencontre d'Anne et de son univers. Et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour des histoires toujours plus inspirantes des commerçants et des entrepreneurs niçois. Et bien entendu, je vous invite à consommer en bas de chez vous, à côté de chez vous, à consommer niçois et à consommer local. Merci, à la semaine prochaine.
- Speaker #2
Merci beaucoup pour cette entrevue. Générique