- Speaker #0
Vous écoutez Inky et Pete, ce livre, et plus précisément, vous écoutez les auteurices, ce livre. Une capsule mensuelle qui donne la parole à un auteur ou à une autrice. Je suis Mafalda Vidal, autrice et lectrice d'Imaginaire, l'humaine de Inky et Pete, et ce mois-ci, c'est Mina Jacobson, autrice de multiples récits courts, dont Éparpillé sur la mer, publié aux éditions 1115, Cendres et poussières d'étoiles, aux éditions Lavolte, et Radiophonie, apparaître aux éditions Lufthanger, qui se livrent. Donc déjà, je voulais te remercier, Mina, d'accepter de faire cette interview avec moi, de te prêter au jeu de l'interview. Avec plaisir. Je voulais commencer par une présentation de ta personne. Donc, est-ce qu'on peut dire que tu es psychologue le jour et... écrivaine la nuit ?
- Speaker #1
On peut. Je suis psychologue de métier et disons que c'est ça qui ramène de l'argent à la maison. Et c'est ça qui prend peut-être le plus de mon temps quand même. Et je suis écrivain sur tous les temps entre les interstices. Donc c'est parfois la nuit. C'est vrai qu'en plus, je suis quelqu'un qui écrit plutôt le soir. Je sais que j'en ai parlé avec d'autres auteurs complètement fous qui se lèvent à 6h du matin pour écrire avant leur journée. Je trouve ça complètement inenvisageable. Moi, c'est plutôt en journée et surtout le soir quand il n'y a plus rien d'autre à faire. Donc peut-être pas la nuit très tard parce que j'ai d'autres obligations qui font que je ne peux pas me permettre de me coucher à 2h du matin. Mais oui, je suis plus écrivain le soir que la journée.
- Speaker #0
Ça marche. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose dans ta présentation ? Est-ce que tu penses que c'est important qu'on sache autre chose ?
- Speaker #1
Je peux rajouter que peut-être j'ai été écrivain avant d'être psychologue finalement. En tout cas, j'ai été écrivante et quelqu'un qui écrit depuis... J'ai commencé quand j'avais 13 ans, donc en fait ça fait partie de ma vie depuis bien plus longtemps que mon métier actuel de psychologue, que j'aime beaucoup, mais qui est arrivé plus tard. Et qui finalement, ça a nourri mon écriture, mais je trouve aussi dans l'autre sens, le fait d'avoir été quelqu'un qui écrit et d'écrire de la fiction et de raconter des histoires, ça a probablement nourri qui je suis en tant que personne, qui je suis en tant qu'adulte, et aussi qui je suis en tant que professionnelle auprès de mes patients. Je pense que ça me donne... Une forme d'écoute un petit peu décalée peut-être d'autres psychologues qui ne sont pas écrivains, qui ont d'autres approches, etc.
- Speaker #0
C'est certain, je pense. La fiction donne des lunettes très particulières quand même pour voir la réalité et donc forcément te donne des oreilles aussi pour écouter les histoires des gens.
- Speaker #1
Oui, et puis j'ai un métier où les gens me racontent leurs histoires, ce que je trouve quand même assez fabuleux. Alors ils les racontent rarement dans l'ordre chronologique comme on pourrait lire dans un récit, quoique. Et ils le racontent de plein de formes différentes et avec toute leur subjectivité. Mais oui, c'est un métier où on entend de tas d'histoires, les histoires des patients, mais aussi les histoires qu'eux-mêmes, ils ont dans leur vie. C'est-à-dire que quand on raconte sa propre vie, on raconte les histoires des autres. On raconte l'histoire de ses parents, l'histoire de ses frères et sœurs, de ses amis. Et on combine toutes ces histoires pour raconter sa propre histoire. Et je trouve que c'est joli, ça fait une espèce de mise en abîme. des histoires à entremêler et le fait de moi-même en écrire et parfois ça résonne entre les patients que je reçois qui racontent des choses et c'est curieux comme ça résonne avec ce que je suis en train d'écrire moi-même en ce moment ou ce que j'ai lu parce que je suis aussi comme tous les auteurs lectrices et donc tout ça s'entremêle, je trouve ça chouette finalement tout ça.
- Speaker #0
Oui c'est génial, c'est génial. Cette interview elle va se dérouler un petit peu comme la lecture d'un livre Justement, tous les livres commencent par un incipit, un début. Et du coup, je voulais te poser des questions sur tes incipits à toi, mais aussi les incipits des autres. Et donc, ma première question, c'est quel est le premier incipit qui t'a marqué ?
- Speaker #1
Eh bien, c'est une question que je trouve compliquée, parce que j'essaie d'y réfléchir un petit peu en amont de l'interview. Et en fait, impossible de me rappeler du moindre incipit de livre. Je me rappelle les premières pages, mais incipit, c'est quand même, en théorie, plutôt les premières lignes. Si on le prend au sens strict, première ligne, je n'ai aucun souvenir d'aucun texte que j'ai lu dont les premières lignes m'ont marqué. Contrairement aux excipits, mais enfin, j'en parlerai plus tard parce que dans l'ordre de l'interview, ça arrivera plus tard.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Mais les excipits me marquent bien plus parce que c'est le moment où on sort du livre et je pense que c'est le moment de la séparation et ce moment-là me marque plus. Mais la rencontre, l'incipit pur, finalement, je n'en ai pas beaucoup de traces. J'ai des traces des premières pages. beaucoup aimé certains romans dont je me souviens du premier chapitre, comme un moment de « Ah, je rentre dans ce texte, je sens que ça va me plaire » . Un des romans que j'ai lus il n'y a pas si longtemps, c'était déracinée de Naomi Novik. Et j'aime beaucoup cette autrice depuis que je l'ai découverte, et notamment, je me souviens que ce bouquin, c'est le premier que j'ai lu d'elle, et le premier chapitre m'a attrapée. Je savais en lisant le premier chapitre, que j'allais lire le bouquin, j'allais pas l'abandonner en chemin comme je fais pour plein de livres qui m'ennuient. Et celui-là, j'allais aller au bout. Mais voilà, Inky Pit Pur, pour répondre précisément à la question, je n'ai aucun souvenir d'aucun. C'est tragique, mais c'est comme ça.
- Speaker #0
Mais non, mais c'est parfait. C'est parfait. Et du coup, je voulais savoir, est-ce que tu te souviens de ton premier incipit ?
- Speaker #1
Oui. Alors, il est un peu particulier. Donc, j'ai commencé à écrire très tôt, ce que je disais tout à l'heure. J'avais 13 ans et j'ai commencé à écrire parce que... Bon, il y a certainement plein de raisons. Mais l'anecdote, en tout cas, ce qui s'est passé concrètement, c'est que je suis partie en vacances avec mes parents. On est allées faire une visite des châteaux de la Loire. C'était très chouette. J'avais donc 13 ans. Et on avait beaucoup de trajets en voiture entre les déplacements. à l'époque c'est un peu Je n'avais pas de téléphone, j'avais juste mes livres pour m'occuper pendant les temps où je m'ennuyais. Sauf que je suis quelqu'un qui ne peut pas lire en voiture, je n'ai jamais pu, ça a toujours été impossible, je suis malade à en mourir. Donc impossible d'ouvrir un livre, des heures de voiture à m'ennuyer. Donc j'étais beaucoup dans ma tête à retracer et refaire les histoires des livres que j'étais en train de lire ou que j'avais lus, que j'aimais bien. Je disais beaucoup la quête des Willans par exemple à l'époque de Pierre Bottero. C'est une de mes grandes références, je dis à tout le monde que c'est fabuleux. Je ne l'ai pas relu adulte, mais je suis sûre que ça n'a pas vieilli. Mais oui, c'est fabuleux. Donc voilà, j'avais ces histoires en tête. Et puis en fait, comme je les avais lues, je tournais un peu en rond sur des histoires qui étaient déjà finies, que j'avais déjà traversées. Et il y a eu un truc qui s'est passé de magique. C'est que je me suis dit, mais en fait, je peux inventer mes propres histoires. Bon, allons-y. Et donc, dans ma tête se déroule, pendant tous ces trajets de voiture, une nouvelle histoire qui était en fait une combinaison. C'est du plagiat, mais... Comme tous les débuts, je me pense, d'écriture, on plagie ce qu'on aime. Donc j'ai plagié tous les livres que j'aimais. J'en ai fait une espèce de mash-up. Et dans ma tête, ça tournait en boucle, cette histoire. Sauf qu'une semaine de vacances, je n'avais pas une feuille, pas un crayon, pas un ordi, rien pour poser trace de cette histoire-là. Et donc, pendant une semaine, comme j'avais pour projet d'écrire un livre à partir du moment où j'avais réalisé que je pouvais écrire une histoire, je me tourne en boucle ce premier paragraphe pour ne pas l'oublier. Parce qu'il ne fallait surtout pas que quand je rentre à la maison, j'oublie ce que j'avais bossé, quoi, j'avais travaillé. Et donc, j'avais tout un premier paragraphe d'un personnage qui arrive sur une falaise, sur un gros rocher dans la forêt, qui contemple l'horizon. C'est une scène un peu de contemplation. Et je ne me rappelle plus aujourd'hui des phrases exactes, mais je me rappelle quasiment de la sensation du paragraphe. Et je ne le relirai pas, parce qu'à mon avis, il est abominable. Mais je l'ai écrit quand je suis rentrée chez moi. Après, j'ai écrit ce truc-là et j'ai mis un an. Mais en un an, j'ai écrit le roman que j'avais rêvé pendant cette semaine de vacances. C'était le tout début de l'écriture de fiction pour moi.
- Speaker #0
Trop bien, il s'appelle comment ce roman ? Tu te souviens ?
- Speaker #1
Il s'appelle La Porte d'Oloma, parce que c'était un isekai, c'était un récit d'une jeune fille qui s'enfuit de son orphelinat, qui traverse à travers un arbre, elle passe dans une autre dimension, un autre monde, et elle vit des tas de voyages, des tas d'aventures. Et Oloma, ça devait être le nom de cet autre univers. On s'est très inspiré de la quête des Wylan, quand même, ça c'est assez évident. Premier moment.
- Speaker #0
C'est quand même très très chouette.
- Speaker #1
Oui, ça m'a appris plein de choses. J'ai appris énormément à écrire ce truc-là. Et puis je trouve que l'avantage d'avoir écrit jeune, parce que pour le coup j'en ai parlé avec des auteurs qui ont écrit plus tard, qui ont commencé plus tard, c'est que je n'avais pas tout un tas d'empêchements et d'autocensure qu'on peut avoir quand on est plus âgé et qu'on a un peu un regard critique sur ce qu'on fait. Moi j'écrivais... Avec du plaisir pur de « je sors cette histoire de ma tête, je ne me rendais pas compte que c'était mal écrit et que ce n'était pas grave. » Et c'est devenu grave plus tard, mais à l'époque, ça ne l'était pas du tout. J'étais à fond et j'ai tyrannisé mes parents, à qui j'ai fait lire chapitre après chapitre, jusqu'à ce que ma mère me dise quand même « t'es bien gentille, mais est-ce que tu ne pourrais pas attendre d'avoir écrit une dizaine de chapitres avant de nous faire lire ? » On ne lise pas tous les jours un truc. Progressivement, j'ai un peu mis de distance avec ça, mais au début, je les faisais lire tous les soirs. J'écrivais trois pages par jour, un truc comme ça, donc ça allait vite. C'était un peu boulimique comme écriture, mais c'était les débuts.
- Speaker #0
Trop bien, trop bien. Et quand tu commences une histoire, comment ça se passe ? Est-ce que ça commence par une envie, une idée, un thème, une ambiance, un personnage ? Ou bien est-ce que ça dépend complètement du projet ?
- Speaker #1
Ces dernières années, j'ai pas mal répondu à des appels à texte. Donc, il y a... un cadre externe qui se rajoute au processus d'écriture qui m'a bien aidée. Et donc, il est arrivé fréquemment que ce soit ce cadre externe qui détermine un peu le début de l'histoire, c'est-à-dire le thème imposé pour l'appel à texte va être mon début de réflexion et je vais construire à partir de là. Il y a aussi la question de la taille. Quand je réponds à un appel à texte pour un texte de 60 000 signes, ce n'est pas la même chose que pour 20 000 signes ou pour une novella, etc. Donc ça, c'est la première chose. Après, de plus en plus, je me représente l'écriture comme un processus de... Comment dire ça ? Où je cherche à entrer dans l'histoire et je ne sais pas par quels moyens je vais y arriver. Et donc, je teste des tas de trucs. Et je ne sais pas si je vais rentrer par la porte, par la fenêtre, par la cheminée. Donc en gros, je ne sais pas si je vais écrire à la première, deuxième ou troisième personne, du singulier, du pluriel, si je vais écrire au présent ou au passé, si je vais écrire dans l'ordre chronologique ou pas, si je vais écrire en prenant le personnage central de l'action ou le personnage qui est à côté, quel type de personnage, etc. Et je suis quelqu'un qui découvre le long de l'histoire au fur et à mesure. Je planifie très peu. Ce qui fait que la détermination de la forme, souvent, va permettre de modeler ensuite l'histoire. Ce n'est pas j'ai une histoire en tête et comment la raconter. C'est je cherche une forme. Une fois que j'ai une forme, l'histoire va se dérouler toute seule et je vais la trouver en chemin. J'ai vraiment l'impression de la trouver, qu'elle préexiste presque l'écriture. Je ne sais pas si c'est extrêmement clair.
- Speaker #0
Si, ça me fait penser à l'image du tailleur ou du sculpteur qui est persuadé que ce qu'il sculpte, ce qu'il crée, ça existait avant qu'il commence à sculpter. Et ça se découvre au fur et à mesure de son travail.
- Speaker #1
Oui. Moi, je me suis représentée ça souvent comme si j'allais faire de l'archéologie. J'allais retrouver des vestiges d'une histoire qui était déjà là avant, qui n'est plus visible, donc je cherche à la rendre visible, donc jardinage, etc. Mais au fond, elle était là avant moi. Et ce n'est pas tout à fait honnête, parce que la vérité, c'est que ça vient de ma tête, ça vient de moi. C'est moi qui l'ai créée. Mais ça me fait cet effet-là en l'écrivant. Ça me fait l'effet de découvrir quelque chose dont je n'avais plus souvenir, comme si je l'avais créé en arrière-plan. inconsciemment, il y avait eu le boulot, le boulot a été fait, et puis consciemment, il faut quand même que je repasse par tout ça et que je redécouvre l'histoire. Deux processus combinés. Mais voilà, inconsciemment, en tout cas, les histoires, elles nous arrivent d'abord par là, je pense, et ensuite, elles émergent. Je pense que c'est le cas même pour les plus grands architectes, parmi les auteurs. C'est juste que le processus prend un peu une forme différente, mais finalement, ça doit être quand même globalement similaire.
- Speaker #0
Tout à l'heure, tu viens juste de parler des contraintes de taille et de texte. Est-ce que tu sais dès le début que ça va être un texte court ou un texte long ? La réponse, c'est oui, si tu fonctionnes avec des appels à texte. Mais comment est-ce que tu sais au début de la création de l'histoire que ça va être un texte court ? Ou est-ce qu'il y a un moment où tu te dis « Oh là là, mais c'est en train de partir, finalement ça va être un texte long » .
- Speaker #1
Ça ne m'est pas arrivé souvent d'être surprise par la taille du texte. La plupart du temps, je sais que ça va faire à peu près telle taille et je pense que je calibre dans ma tête la place que je donne au personnage, la place que je donne à l'exposition et aux différentes scènes. C'est arrivé une seule fois que je commencerai un texte en me disant « Tiens, je vais répondre à cet appel à texte. » C'était SF et musique que Livret s'avait proposé à l'époque. Et je commence à écrire la nouvelle et en fait, je la trouve... Je ne sais pas, je tombe amoureuse de mon histoire. ça ne m'arrive pas toujours et j'aime vraiment cette histoire et je me dis en fait j'ai envie de prendre plus de place et donc je fais un virage à mi-chemin dans le texte et je commence à l'étaler davantage et ça s'est transformé en novella qui doit faire aujourd'hui 150 000 signes, quelque chose comme ça donc c'est beaucoup plus gros que ce que j'avais prévu j'avais prévu d'en écrire 50 000 signes et ça en fait 150 finalement, mais c'est assez exceptionnel par rapport à mon processus d'écriture habituel c'est sûr Là, pour le coup, j'étais surprise de la taille que ça a pris.
- Speaker #0
C'est une bonne surprise ?
- Speaker #1
Oui, j'étais contente. Oui, je suis très contente du texte. Il est en travail chez une éditrice et j'ai bon espoir qu'il voit le jour un jour quelque part dont je ne dirai pas le nom. Mais voilà, j'ai bon espoir qu'en plus, ça en valait la peine de faire ce choix-là parce que c'est un texte qui me tenait à cœur pour plein de raisons. Ça aurait été dommage de le réduire à une nouvelle. alors que j'avais clairement envie ou besoin d'en faire plus.
- Speaker #0
Et on va rester sur le format court, puisque là, en ce moment, tu sors une nouvelle dans la nouvelle collection des éditions Lufthanger, qui est la collection Flash Fiction. Et du coup, je voulais te demander, qu'est-ce que tu aimes, qu'est-ce qui te plaît dans le format court ?
- Speaker #1
J'aime beaucoup... C'est un truc que disent beaucoup d'auteurs, donc je me retrouve beaucoup là-dedans, c'est qu'on peut expérimenter tout un tas de choses. On peut enquêter. quelques pages, tester des choses qu'on n'a jamais testées avant. Par exemple, pour l'écriture à deuxième personne, c'est quelque chose que j'ai très peu fait, et je l'ai fait pour la première fois dans le match d'écriture des tranches grandes de l'année dernière, où on a participé toutes les deux. Et spontanément, je me suis mise à écrire « tu » parce que c'était plus simple d'adresser mon texte. Il fallait écrire vite pour le match d'écriture. C'est quand même... Moi, j'avais 1h45. Du coup, c'était extrêmement court. Moi, je n'écris pas d'habitude en 1h45. Je ne sais pas qui fait ça d'habitude hors match d'écriture. Personne. Personne n'est assez fou pour faire ça. Mais là, il fallait bien parce que quelqu'un m'avait traîné de force à ce match d'écriture. Et donc...
- Speaker #0
Je me demande qui.
- Speaker #1
Oui, moi aussi. Je ne sais plus. Heureusement qu'on ne se rappelle pas de ce genre de choses. Et j'écris « tu » spontanément. Et puis ça m'amuse bien finalement d'écrire ce texte. Et donc dans la foulée, j'ai écrit une nouvelle. Dans la semaine qui a suivi, j'ai commencé un autre texte à la forme « tu » . Et voilà, comme c'était une nouvelle, le niveau d'engagement, d'investissement n'était pas énorme parce que ça ne prend pas 50 ans d'écrire une nouvelle. Moi, j'ai mis environ un mois à l'écrire. Et ça m'a permis de tester quelque chose que je n'avais jamais testé, d'écrire sous cette forme-là. Je suis assez contente du résultat et c'est la nouvelle qui paraît là. Officiellement, ça sort le 30 octobre chez Bifrost. C'est ma toute dernière sortie. Là, ce n'est pas encore sorti pendant l'interview actuelle, mais je pense que le temps que l'interview sorte, ce sera officiellement sorti. Et donc, c'était un texte à la deuxième personne. Et il y a eu d'autres textes comme ça, où j'ai testé des choses, de textes qui sortent chez Lufthanger en janvier, donc qui inaugurent la collection Flash Fiction. C'est un texte aussi où j'ai testé des choses avec des... Bon, alors, on ne peut pas trop spoiler, mais ça s'appelle Radiophonie, donc on peut quand même au moins dire qu'il y a quand même des moments où c'est la radio qui parle. Et ça me permettait de rajouter d'autres voix en parallèle de la narration principale. Et ça, c'est des choses que j'aime bien faire et que peut-être je m'autoriserais moins à faire dans un roman ou dans un texte plus long, parce que l'engagement, du coup, est plus long sur la durée.
- Speaker #0
On va rentrer maintenant dans le gras du livre et on va parler de ton écriture en général. Je voulais savoir, pendant l'écriture, est-ce que tu as un moment préféré et un moment... que tu détestes ? Ou peut-être pas détester, mais que tu redoutes ?
- Speaker #1
Alors, pour citer des amis à moi à qui je donne raison souvent, écrire, c'est nul. Et écrire, c'est souvent nul et pénible. Et je sais qu'on en a déjà parlé et que tu n'es pas forcément de cet avis, mais... Pas du tout. Ouais, voilà. Bon, écrire, c'est quand même un peu nul, souvent, et à plein d'étapes. Et il y a plein d'étapes que je n'aime pas. Et en même temps que, si je suis entièrement honnête, il y a plein d'étapes que j'aime bien aussi, en même temps que je ne les aime pas. C'est-à-dire qu'il y a du plaisir et de la souffrance entremêlées à chaque... partie du processus. J'aime bien avoir les idées d'histoire en tête au début quand elles ne font qu'exiter dans ma tête et en même temps que c'est angoissant. Est-ce que je vais réussir à l'écrire ? Est-ce que ça va être à la hauteur de ce que j'ai dans mon imaginaire et qui pour l'instant est tout beau, tout protégé et quand ça va sortir, quand il va y avoir l'inévitable décalage entre mon imaginaire et la réalité du texte sur le papier, est-ce que ça ne va pas me faire souffrir de voir à quel point c'est différent ? Il faut renoncer à la perfection pour accepter et... le texte tel qu'il est, avec ses imperfections, ses loupés, mais aussi ses moments de justesse. Et donc tout ce processus-là est quand même assez pénible pour plein de raisons, en même temps qu'il est plaisant pour plein de raisons. Et voilà, les corrections, c'est pareil. Les corrections, c'est à la fois de la souffrance extrême quand on trouve un commentaire de bêta-lecture dans son texte et qu'on se dit « Oh là là, mais je vais jamais réussir à corriger ça » . Et en plus, la bêta-lectrice, elle a raison. C'est vraiment le pire. Si au moins la bêta-lectrice ou le bêta-lecteur avait dit n'importe quoi. Au moins, c'est facile, on passe à la suite. Mais non, des fois, les bêta-lecteurs, ils ont raison. Et des fois, ils disent des trucs hyper justes sur le texte. Et après, il faut s'en débrouiller, il faut trouver des solutions. C'est très pénible. Je suis en pleine correction d'un de mes textes qui a été bêta-lu, et donc je suis dans ces problématiques-là pile cette semaine. Après, il y a l'étape suivante, si tout va bien depuis l'éducation, etc. Donc il y a l'angoisse de, est-ce que les gens vont aimer, etc. Bon, je ne vais pas faire la liste de toutes les étapes et de toutes les souffrances qu'il peut y avoir. S'il y a un truc qui me plaît vraiment, c'est marrant parce que c'est vraiment hors écriture, c'est les rencontres qu'on fait via l'écriture. Ça, c'est un truc qui est vraiment purement chouette, qui n'est pas teinté de souffrance ou de douleur pour le coup. C'est quand on va en salon et qu'on rencontre d'autres auteurs, quand on peut parler de ce qu'on a écrit et surtout de ce que les autres ont écrit. Là, c'est sympa parce que ça devient vivant et ça fait des rencontres. Tout le reste, 50-50.
- Speaker #0
Ça marche, je suis tout à fait d'accord avec toi. côté rencontre quand le texte est écrit et puis qu'il vit sa vie et qu'à côté, nous aussi, on vit notre vie, en fait. Le parallélisme qui existe entre ces deux vies-là et finalement qui se nourrit les uns des autres. Parce que le livre, on est d'accord, il ne va pas grandir une fois qu'il a été publié. Mais c'est les suivants qui seront nourris par tout ce qu'on échange et par tout ce qu'on partage avec les autres.
- Speaker #1
Le livre, il continue même à exister, je trouve, et à grandir une fois qu'il est sorti. Parce qu'en fait, c'est toujours un peu étrange, mais quand les gens viennent te raconter ce qu'ils ont lu dans ton texte et que ce n'est pas tout à fait ce que toi, tu avais pensé écrire, mais que ce n'est pas fou pour autant, et qu'ils ont trouvé autre chose que tu ne pensais pas avoir mis et qu'eux ont mis dans ton texte finalement, je trouve que c'est génial. Parce que ça, c'est vraiment le moment où le texte, lui, en effet, il continue à grandir à sa façon. Oui, c'est vrai. Parce qu'il continue à inventer d'autres histoires, les histoires des autres, etc. Mais ça, c'est vraiment surprenant. Parce que c'est au-delà de notre contrôle. Ça dépasse ce que nous, on peut gérer, contrôler et anticiper. Et c'est là où c'est vraiment... Quel mot ? Surprenant ? C'est vraiment... Je ne sais pas le mot.
- Speaker #0
C'est magique. On peut dire que c'est magique.
- Speaker #1
Exactement. C'est magique. C'est ça.
- Speaker #0
Génération de paillettes spontanées dans les yeux et la lecture des lecteurs. Voilà.
- Speaker #1
Exactement. C'est ça.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quelque chose ? que tu cherches à glisser sciemment dans chacun de tes écrits ? Ça peut être un truc assez profond, un message, un thème. Tu parles régulièrement de l'écologie, du voyage, de l'autre, de la famille aussi. Est-ce que c'est une intention qui est consciente ou bien est-ce que c'est une manifestation spontanée ?
- Speaker #1
On est plus de l'ordre de la manifestation spontanée non anticipée. Ces thèmes-là reviennent souvent, mais je les anticipe. pas forcément des masses. En même temps que je sais que ça m'intéresse, je sais que je suis très intéressée par la question du lien social et de comment le lien à l'autre donne du sens à l'existence. Et en fait, souvent face à des difficultés extérieures de type réchauffement climatique ou dérèglement climatique, ça c'est assez fréquent que ça revienne dans mes textes. Et sur une forme plus extrême... Il y a un truc qui revient souvent dans mes textes, c'est la grande fin du monde. Ça prend plein de formes différentes, mais il y a systématiquement... Allez, systématiquement, c'est un peu un désagrément. Il y a souvent des fins du monde. Bon, moi, je pense que c'est des fins du monde qui permettent des nouveaux mondes après, sauf dans certains cas. Mais il y a quand même cette notion-là qui revient souvent. Après, plus consciemment, j'ai tendance à faire revenir des choses. Il y a des motifs qui reviennent que je repère après coup, mais je pense que je le fais un peu volontairement quand même. Par exemple, je... Je mets beaucoup d'animaux dans mes textes. Il y a souvent au moins une ou deux figures animales qui reviennent. Alors le texte de Lufthanger dont on parlait tout à l'heure, c'est assez évident. Il y a la baleine qui est sur la couverture. J'adore cette couverture. Donc cette couverture rend hommage notamment à la baleine qui est très présente dans le texte. Mais j'ai d'autres textes dans d'autres univers où je fais souvent revenir des abeilles. Ça, c'est un motif récurrent. il y a pas mal de renards qui se baladent d'oiseaux ils sont pas forcément acteurs dans l'histoire au sens premier du terme mais ils font partie du décor je me rends compte que j'ai besoin d'avoir ces petits éléments familiers pour écrire une histoire comme si ça faisait partie d'un truc un peu en filigrane dans tous les textes qui se retrouvent les abeilles et les oiseaux sont assez fréquents est-ce que t'as un truc un peu plus euh
- Speaker #0
Un peu plus léger, par exemple, un jeu de mots, un mot spécifique que tu veux rajouter, ou une couleur, un lieu, ou quelque chose comme ça ?
- Speaker #1
Alors, éparpiller revient souvent. Depuis éparpiller sur la mer, c'est rigolo, parce que je me suis rendu compte que j'ai tendance à mettre ce mot-là assez régulièrement. Il y a des mots comme ça, myriade aussi. Myriade, je ne sais pas pourquoi je trouve ce mot génial. Alors, j'ai tendance à le mettre dans chacun de mes textes. Ce n'est pourtant pas un mot trop commun, donc il vaut mieux ne pas le mettre trois fois dans le texte. Mais je crois qu'il doit revenir quasiment une fois par texte. Et je me suis rendue compte, donc il n'y a pas si longtemps, que revient souvent la notion et le mot douceur dans mes textes. Et en fait, en y réfléchissant un peu, je me rends compte que j'écris de plus en plus des personnages qui ont une certaine douceur les uns avec les autres. Il se passe des tas de choses, il y a du conflit évidemment, sinon il n'y aurait pas d'histoire. Mais j'ai tendance à aller vers des récits où mes personnages... s'accordent une certaine bienveillance les uns aux autres et il y a de la douceur dans leur façon d'aborder le monde et de s'aborder les uns les autres, de s'approcher, d'être au contact les uns avec les autres. Et j'ai l'impression que c'est quand même quelque chose qui revient de plus en plus et que ça dit quelque chose de l'importance que ça a pour moi, probablement, cette douceur dans le contact humain, dans l'approche qu'on a de l'autre. Parce qu'après tout, on ne sait pas ce que vit l'autre, quand bien même on ne le comprend pas. on peut au moins lui accorder une certaine bienveillance à la première rencontre, au premier contact. Et puis même après, au-delà de la première rencontre. Et ça, probablement que c'est... quand même très en lien avec mon travail, mais aussi, je pense, avec qui je suis et ce que j'ai découvert, moi, en devenant adulte, en grandissant, en ayant mon fils aussi. Et je pense que, voilà, je trouve que c'est un mot qui revient et qui en dit long sur mon processus et d'écriture et de mon processus d'être vivant, d'être humain.
- Speaker #0
Le pouvoir de la gentillesse. Super pouvoir.
- Speaker #1
Oui, mais c'est très sous-côté, mais c'est hyper important, je trouve. Absolument. être plus gentils les uns avec les autres. Et vraiment gentils au sens noble du terme. Pas gentils bêtes, mais gentils avec intelligence. Tout à fait. Et donc avec douceur.
- Speaker #0
C'est très beau.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Pendant les corrections, est-ce qu'il y a un mot ou un tic qui revient tout le temps et où tu te dis, mais pourquoi je dis comme ça ?
- Speaker #1
Non. Enfin, oui. À chaque correction, son tic. Mais le tic évolue. Parce que c'est pas marrant, non. Donc non, en général, d'une correction à l'autre, je corrige le tic précédent et je m'en trouve un nouveau. Il y a des textes où je mettais alors constamment, je ne sais pas pourquoi, donc il a fallu supprimer plein de alors. Il y a des textes où il y avait beaucoup trop d'adverbes. Il y a des textes où je ne sais pas pourquoi je fais un nombre de fautes d'accord qui est démesuré par rapport à ce que j'écris d'habitude. Et voilà, c'est assez exaspérant. Le dernier texte que j'ai écrit, que je suis en train de corriger, qui a été bêta lu, mes bêta lectrices m'ont toutes fait remarquer que je mettais un S au poil. Le mot poil revient souvent parce que c'est... C'est un texte où il y a des animaux, pour le coup, qui sont assez importants dans l'histoire. Et je mettais des S partout, à tous les poils, quand bien même la phrase, c'était un poil.
- Speaker #0
Le poil était seul. Voilà,
- Speaker #1
le poil était seul. Mais visiblement, pour moi, les poils, ils sont au pluriel. Donc, c'était une faute qui revient dans tout le texte. Enfin, bon, c'était rigolo, finalement. Après coup, mais sur le moment, c'était exaspérant de me rendre compte que je m'étais plantée quasiment à chaque fois que j'avais écrit le mot. Bon, voilà. Au prochain texte, ça sera autre chose. Je ne sais pas ce que ça sera.
- Speaker #0
Très rigolo de penser aux tiques comme des Pokémon, finalement, qui évoluent d'un texte à l'autre.
- Speaker #1
Ouais, heureusement, ils ne grandissent pas trop. Les Pokémon évoluent dans le sens où, normalement, ils sont de plus en plus forts. J'espère que c'est pas de cet ordre-là. Moi, je pensais plus aux tiques, vraiment, en plus aux animaux. Les tiques qui sont des petites bestioles, qui sont des saletés de parasites, et qui se déplacent d'un autre en autre. Donc, à chaque fois, elles viennent se nourrir différemment. Voilà, c'est vraiment... L'éthique d'écriture, c'est purement ça. Et heureusement, les tics ne deviennent pas trop grosses et ne deviennent pas des cafards ou je ne sais quelles horreurs.
- Speaker #0
Et puis, on est tous équipés en tant qu'auteurs et autrices de tirs tics, n'est-ce pas ? Très, très important.
- Speaker #1
Essentiel.
- Speaker #0
Dans notre podcast Inky Pit, ce livre, nous, on adore la lecture à voix haute. Est-ce que c'est quelque chose que tu pratiques avant, pendant, après l'écriture ?
- Speaker #1
Peu fréquemment. Parfois, il m'arrive de relire des passages quand vraiment je suis d'humeur, où je suis bloquée, où j'ai besoin, mais assez peu. Je suis beaucoup dans ma tête quand j'écris, je mets de la musique et je suis dans une espèce d'ambiance. Mais récemment, cette année, j'ai écrit une adaptation théâtrale d'une de mes nouvelles. Et donc, je me suis retrouvée à écrire du théâtre pour la première fois. Et là, c'était autre chose. Le processus ne pouvait pas être le même. Et donc, j'ai beaucoup relu, re-re-relu les dialogues. que j'écrivais pour essayer d'entendre leur oralité. Ça reste encore très écrit et il y a encore du travail à faire dessus. Mais une partie déjà a été bossée comme ça. Et du coup, c'était intéressant parce que je n'avais jamais fait vraiment sous cette forme-là le travail d'écriture. Mais pour le coup, c'était lié au fait que le format va être très différent. Sa destination à ce texte, ce n'est pas d'être lu par un lecteur tout seul dans son coin, c'est d'être parlé par un comédien. Donc oui, l'écriture ne peut pas être la même, nécessairement.
- Speaker #0
Et est-ce que dans ce contexte-là, tu travailles avec un metteur en scène ? Parce que le texte, il est destiné à être oralisé, mais il est aussi destiné à être joué.
- Speaker #1
Oui. Ce projet, il est né d'une rencontre avec une metteuse en scène. Un ami commun nous a fait nous rencontrer. Elle, elle cherchait des pièces de science-fiction à monter. Moi, je rêvais un peu que l'un de mes textes, un jour, puisse être adapté au théâtre. donc on a discuté je vais proposer mon ma nouvelle qui est publiée dans le recueil Demain la ville, quartier libre, chez La Volte. Et elle a bien aimé le texte, on en a parlé, et je lui ai proposé ensuite, quelques mois plus tard, une écriture théâtrale de cette nouvelle. Donc ce n'est pas la nouvelle en elle-même, c'est vraiment une réécriture complète, mais en gardant l'histoire, et en prenant dans un moment de l'histoire, en la faisant sous forme de pièce de théâtre. Et là, on a retravaillé le texte. plusieurs fois et on a fait passer des auditions. On a trois comédiens qu'on a trouvés pour les trois rôles de cette pièce. C'est très très chouette. Ça s'annonce vraiment super. Les auditions, c'était vraiment des auditions de... Incroyable, il y avait plein de gens...
- Speaker #0
extrêmement doués et c'était extrêmement dur de choisir, puisqu'il fallait choisir seulement trois comédiens. Mais je pense qu'on a fait des super choix. On est hyper enthousiastes. Et là, on va retravailler encore le texte en écriture plateau. Alors moi, je découvre ce que ça veut dire, écriture plateau. Mais donc, en gros, on va le jouer. Enfin, eux vont le jouer, parce que moi, je ne vais pas jouer. Et le but, c'est d'utiliser un peu d'impro et de voir un peu ce que ça donne quand les comédiens s'emparent de leurs personnages et les font parler et d'adapter ensuite le texte à leur façon de parler eux pour que ça s'ajuste le plus précisément possible et je pense que à l'issue de ce travail-là, qu'on a planifié en novembre, on devrait avoir un texte plus ou moins final quand même et ensuite on va se lancer dans la question de chercher des théâtres, des partenariats, etc. Et Lisa, donc la metteuse en scène, Lisa Bretzner, elle a déjà plein d'idées de mise en scène dont on a discuté, ça a l'air... Ça va être très chouette, je ne peux pas en dire plus puisque pour l'instant ce n'est pas encore très concret la suite, mais ça va être très chouette.
- Speaker #1
Trop bien, c'est un projet qui a l'air effectivement incroyable et formidable.
- Speaker #0
C'est très différent des projets d'écriture, je trouve, de publications classiques telles que j'ai poursuivies pour l'instant, parce que ça m'a fait rencontrer plein de gens, et puis le texte va être vivant, donc il va être amené à être vu et discuté. Tout est beaucoup plus en mouvement, alors que l'écriture plus classique dans laquelle je m'inscrivais jusque-là... le but c'était d'aboutir à un texte le plus carré possible et qui ne bougera pas de la page alors ça amène plein de rencontres quand même parce que je me déplace en salon, parce que je fais en sorte que ça amène des rencontres mais j'aurais pu aussi publier depuis chez moi sans bouger de mon canapé et voilà le texte aurait existé quand même là le théâtre c'est pas possible il faut sortir de chez soi pour qu'il se passe des choses et ça c'est vraiment sympa je pense que c'est plus que sympa c'est
- Speaker #1
plus que sympa Merci. Encore une fois, ça doit être magique.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Parce qu'on voit en temps réel finalement ces retours lecteurs. C'est les acteurs qui réinterprètent le texte à leur façon, qui improvisent sur le texte, qui prennent possession des personnages, qui incarnent des personnages. Je pense que ça doit être très fort d'avoir imaginé ces personnages de façon très théorique finalement, et de les voir en vrai devant toi se produire. Ça doit être assez fou.
- Speaker #0
C'était fou en audition. Tout n'était pas parfait. Il y avait plein de choses à ajuster. On a donné quelques consignes pour leur proposer d'essayer plusieurs façons de faire. Mais il y avait des moments où certains comédiens avaient appris le texte, en plus pour la plupart. C'était super. Il y a des moments où ils se mettent à jouer et je vois pour la première fois sous mes yeux mon personnage prendre vie. Complètement dingue. Ça a l'air... personne, la comédienne ou le comédien, n'avait pas forcément la tête que j'avais imaginée, mais comme je n'imagine pas forcément très visuellement mes personnages, ce n'est pas ça qui compte, c'est leur intensité, leur présence, leur façon de parler. Et il y a eu des moments où vraiment j'étais « Ah ouais, ça c'est Tarine ! » Et c'est un de mes personnages, c'est Tarine, et il y a des moments où je l'ai vue. Et d'ailleurs, celle qui a joué Tarine le plus justement, enfin l'une de celles, parce qu'il y en avait plusieurs qui étaient vraiment très très bien, donc il y en a une qu'on a choisie, et je me rappelle de son audition, je me rappelle d'avoir été prise par « Oh ! Waouh ! » Je ne savais pas que j'allais la rencontrer aujourd'hui, mais je l'ai rencontrée. Et ça, c'est fou, parce que c'était que dans ma tête jusque-là. Et je savais que ça allait prendre vie au bout d'un moment, parce que c'était le projet quand même, on en parlait depuis quelques mois. Mais oui, là, pour le coup, il n'y a pas d'autres mots que magique. C'était vraiment incroyable. Mais ce n'était que des auditions. Qu'est-ce que ça va être quand on va réussir à monter les pièces et que ça sera vraiment ficelé ?
- Speaker #1
Je voudrais que tu me réserves une place VIP, s'il te plaît.
- Speaker #0
VIP, je ne sais même pas si on aura des places VIP, mais s'il y en a, ce sera pour toi.
- Speaker #1
Super génial. On passe maintenant à la fin du livre. Donc, on passe à l'excipit. Donc, tu m'as déjà dit au début que toi, les excipits, c'était très, très important. Mais avant de passer à la question précise sur l'excipit qui t'obsède, je voulais savoir si, et donc j'ai déjà un peu la réponse. Si tu connaissais déjà à peu près la fin de ton histoire, quand tu commences à l'écrire ? Donc la réponse est normalement non, puisque tu m'as dit que tu te laissais surprendre et que tu découvrais au fur et à mesure les choses.
- Speaker #0
Sauf qu'en fait, je sais la fin. Alors, comment ? Il va falloir m'expliquer. Voilà, pour que ça semble cohérent. Mais c'est un peu difficile à expliquer, mais en même temps, c'est comme ça que ça se présente. J'ai souvent la couleur, la teinte, la substance de la fin. avant tout le reste. Et comme une direction dans laquelle je dois aller. Je ne sais pas qui va dire quoi, à quel moment, je ne sais pas exactement ce qui s'y passe, mais je sais quelque chose d'une intuition de la fin à partir du moment où je vais commencer à écrire et où j'ai trouvé la forme par laquelle je veux écrire le texte. Tout le reste, tout ce qui est en chemin pour aller jusqu'à la fin m'est inconnu. Mais la fin, je sais à peu près. Et je ne le choisis pas. J'ai l'impression que là encore, c'est quelque chose qui me dépasse et que je dois aller dans cette direction-là. Et c'est ça qu'il dit de toute l'écriture. C'est aussi probablement pour ça que je sais la taille que va prendre le texte et que je sais un certain nombre de choses sur le texte instinctivement. Parce que comme je sais où je vais, je sais à peu près la distance qui me reste pour y aller, quoi. La distance à parcourir. Et le dernier texte que j'ai écrit, c'était encore plus fort parce que j'avais la phrase. Là, c'est la première fois que ça m'arrive. J'avais la phrase de fin. Je savais ce que c'était. cette phrase et je ne savais pas comment j'allais y arriver, mais je savais qu'il fallait que j'aille là. Et donc ça a pris à peu près 100 000 signes pour arriver jusqu'à cette fin. Et à la fin, ça s'est emboîté parfaitement parce que c'était ça qui était prévu depuis le début. Alors parfaitement, c'est un peu ambitieux. C'est emboîté en tout cas. On travaille sur le parfaitement en ce moment. Mais oui, c'est un peu étrange comme processus, mais j'ai quand même un peu l'intuition. Je dirais que j'ai la couleur ou la teinte de la fin. Sa forme exacte, non. mais sa couleur, oui. On va dire que ça fait sens.
- Speaker #1
Oui, ça fait tout à fait sens. Est-ce que les fins de nouvelles s'écrivent différemment des fins de romans ? J'ai ma réponse en tant qu'autrice, mais je voudrais savoir pour toi, est-ce que c'est quelque chose que tu envisages de manière très différente et quelque chose que peut-être tu vas retravailler aussi après avoir écrit le premier jet ?
- Speaker #0
Je crois que je les écris plus ou moins de la même façon. Si ce n'est que plus le texte est long, plus je m'accorde un peu de respiration à la fin. Mais quoi que, si j'y réfléchis, pas des masses. Je trouve que le processus est globalement le même et c'est juste la longueur du temps qu'il y a entre le début et la fin qui change. Mais j'ai plutôt des fins qui s'arrêtent au moment où c'est résolu et qui ne s'attardent pas. J'aime pas trop les épilogues qui durent des plombes, qui racontent comment tous les personnages vivent heureux après la fin. Ça m'intéresse pas des masses, ni en tant que lectrice, ni en tant qu'autrice. Je pense que j'arrête souvent mes fins à peu près au même moment, quelle que soit la taille du texte. Ça prend deux pages pour un texte long, ça prend deux paragraphes pour un texte court, mais la dynamique de fin est la même, je pense.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui, il y a encore une fin qui t'obsède, à laquelle tu penses la nuit ? Ou pas ? Ça peut être une des tiennes.
- Speaker #0
Mes fins, non, parce qu'une fois que je les ai écrites, j'arrive à passer à autre chose quand même. une fois que j'ai réussi à finir le travail de texte. Mais une fin d'un livre qui m'a marquée très fortement et que je ne peux pas oublier, c'est la fin du roman 93 de Victor Hugo que j'ai lu quand j'étais en première. C'était au programme. Lecture obligatoire, c'est quand même pas à gagner que ça plaise parce qu'on aime rarement être dicté ce qu'on doit aimer lire, etc. Mais enfin, j'étais quand même une élève qui aimait bien les devoirs. Donc, ça a fonctionné pour moi. Et puis, je me souviens, c'était un scandale à l'époque. Moi, ça m'avait scandalisé. En première, il nous avait fait lire 93, mais comme le livre était un peu long et un peu costaud, il nous avait mis au programme la version abrégée. Et alors, scandale. Moi, je trouvais ça terrible. Donc, rébellion à mon échelle, je m'achète le bouquin version intégrale et je lis le truc en version intégrale. Et je pars en vacances pendant que je lis le bouquin. Je finis le bouquin et je me souviens très bien de ces dernières pages, de ces dernières lignes. Alors, je ne sais pas si je peux spoiler, mais c'est un livre qui a... quand même quelques années, dirons-nous. Pour ceux qui ne veulent pas être spoilés, zappez de une minute. À la toute fin, les deux personnages principaux du texte meurent, l'un en étant guillotiné, il me semble, et l'autre en se tirant une balle, au même moment. La phrase de fin, c'est leurs deux âmes s'envolent en même temps. Il y a un truc bien mieux dit, parce que c'est Victor Hugo, que j'aime beaucoup, par ailleurs. J'aime beaucoup tous les textes que j'ai lus de lui. Et ce moment-là du texte, où l'histoire se termine... Le personnage meurt de façon un peu tragique. Et puis, j'avais 15 ans. Il faut se dire que quand même à cet âge-là, on vit des choses avec une certaine intensité. Ça m'a coupé le souffle. Et après, je me suis effondrée. Je me suis effondrée en larmes. J'ai pleuré 15 minutes non-stop sur des personnages que j'avais juste rencontrés dans un livre. Mais c'était tragique. C'était vraiment un deuil très fort, ce moment-là. Donc, je m'en rappelle encore parce que c'est très marquant. Et c'est probablement l'excipit le plus marquant que j'ai lu de ma vie de lectrice. Il y en a eu d'autres, mais qui m'émissent dans un état physique tel. Oui, c'est le plus fort. Je recommande par ailleurs la lecture de ce roman qui est très beau. Je ne sais pas s'il y a des gens qui lisent les versions abrégées avec plaisir, mais lisez la version intégrale, c'est clairement... Voilà, il faut lire la version intégrale.
- Speaker #1
Et je pense qu'on pourrait presque dire que cette fin tragique, c'est peut-être ça qui fait qu'aujourd'hui, tu écris des fins du monde avec autant de sensibilité et de talent.
- Speaker #0
Je ne sais pas quoi dire au compliment, donc je ne vais pas répondre à cette partie-là. Mais est-ce que j'écris des fins du monde à cause de Victor Hugo ? Ça, c'est possible, il faut que je travaille la question. En tout cas, Victor Hugo fait partie de mes auteurs de référence. la lecture des textes de Victor Hugo celui-là, Les Travailleurs de la Mer que j'ai lu beaucoup plus récemment qui m'a vraiment soufflé aussi ou Notre-Dame de Paris c'est des lectures marquantes dans ma vie ou Les Derniers Jours Non,
- Speaker #1
Les Derniers Jours d'un Condamné ça c'est le premier que j'ai lu de Victor Hugo celui-là il est extrêmement fort je suis en train de le relire je recommande tous les textes de Victor Hugo,
- Speaker #0
c'est facile comme recommandation
- Speaker #1
On n'est pas encore aux recommandations. Oui, pardon. Ça va venir. Donc là, on arrive au moment de l'épilogue. Et c'est un moment où j'ai décidé de parler des teams et des recommandations. Donc, justement. Donc, j'ai presque envie de sauter la question. Est-ce que tu es team Incipit ou team Excipit ? Parce que la réponse, je pense, va être team Excipit.
- Speaker #0
Oui, évidemment.
- Speaker #1
J'ai une question qui est... encore plus importante que celle-là, est-ce que tu es plutôt team chat ou team chien ? Et ça peut être, j'accepte, que tu prennes un autre animal. Ça peut être team baleine, team abeille.
- Speaker #0
Alors, j'ai un chat et un chien à la maison. Et donc, si je choisis, ça serait un crève-cœur. Je ne peux pas faire ça. Je les aime d'amour toutes les deux, autant l'une que l'autre, même s'il y en a une des deux qui me pose plus de difficultés que l'autre. Et je ne dirai pas laquelle. Donc, je ne peux pas être team chien ou chat. j'ai réfléchi parce que c'était une question quand même importante il fallait que j'anticipe et je pense que je suis team loutre tu peux expliquer pourquoi ? explique pourquoi parce que ça me semble important quand même team loutre parce que déjà de 1 c'est adorable vraiment argument numéro 1 toute personne qui a déjà vu une loutre peut le constater c'est vraiment adorable argument numéro 2 c'est hyper drôle ça joue tout le temps c'est génial argument numéro 3 quand j'ai appris à lire quand j'étais petite, quand j'étais en CP j'avais un livre à la maison Merci. pour apprendre à lire et remplir, apprendre à écrire aussi. Et c'était des loutres qui vivaient des tas d'aventures. Et donc, voilà, ça a marqué mon entrée dans la lecture. Et argument numéro, je pense que j'en suis au quatrième, les découvertes, comme plein de gens sur Internet. Un truc fabuleux, c'est que les loutres, quand elles dorment, pour pas se perdre l'une et l'autre, parce que c'est des animaux sociaux, elles dorment accrochées, leurs petits bras l'un sur l'autre, sur le dos, comme ça. J'imite la loutre, ça ne se voit pas à l'audio, mais vous pouvez imaginer comme vous voulez. Et s'il n'y a pas un truc extrêmement craquant, c'est vraiment... C'est adorable. Et en plus d'être adorable, c'est quand même symboliquement trop chouette, parce que ça veut dire que c'est des animaux qui savent que c'est hyper important d'être les uns avec les autres et qu'on ne survit pas quand on est tout seul. Et donc, même quand on dort, il faut rester accroché à ses copains. Et ça, quand même, voilà. Je ne peux pas ne pas aimer ça.
- Speaker #1
Je suis d'accord, ce sont des bons arguments. Ce sont des bons arguments. Est-ce que tu aurais une recommandation de lecture pour la team Loutre ?
- Speaker #0
Eh bien oui, pour la team Loutre, je recommande Le rivage des intouchables de Francis Berthelot, qui est un superbe roman de science-fiction ou fantaisie, je ne saurais même pas dans quelle catégorie on le met, que j'ai lu il y a quelques années, et qui parle quand même de la question de l'altérité et de comment on est les uns avec les autres et comment c'est important de tenir la main de sa copine ou de son copain Loutre à travers les difficultés. C'est ma recommandation pour les loutres. Et puis pour tous les autres, parce que quand même, c'est un super roman.
- Speaker #1
Ça marche. Et est-ce que tu aurais d'autres recommandations ?
- Speaker #0
J'ai une recommandation pour les gens qui veulent faire des insomnies. Parce qu'il y a des gens qui, peut-être, ont envie de faire une insomnie. Ça se programme, on ne sait jamais.
- Speaker #1
Des gens qui n'ont pas d'enfants ?
- Speaker #0
Ah oui, ceux-là, les chanceux, ils peuvent faire des insomnies. Souvent, ils ont un travail, donc ils ne peuvent pas. Dans ce cas, je recommande Scolomance, la trilogie de Naomi Novik. Je parlais de l'autrice tout à l'heure, J'ai adoré... Moi, ça fait partie des lectures récentes qui m'ont happée. Donc, de les premières pages, c'est une trilogie, c'est une série de romans. J'aurais probablement adoré aussi à l'adolescence. Donc, je pense que ça se prête à des lectures de probablement 15 à 99 ans et plus. Et je ne sais pas ce qui est si fort dans son écriture, mais voilà, on se retrouve happée dans cette histoire d'une nana qui va dans une école pour apprendre la magie. Mais on n'est pas du tout dans une école de magie où tout est beau. On est dans une école de magie où, en fait, il y a des monstres à tous les coins du placard et on est en danger tout le temps. Et c'est fabuleux, c'est plein d'humour noir et c'est hyper prenant. C'est ma recommandation. Si quelqu'un veut lire un livre au début de sa soirée et ne pas le lâcher jusqu'au lendemain matin, il peut lire Scolomance.
- Speaker #1
Ça marche.
- Speaker #0
J'ai une autre recommandation. Ce serait pour quelqu'un qui voudrait découvrir la lecture audio. Parce que quand même, la lecture audio, c'est trop chouette. Moi, j'ai découvert depuis que je prends la voiture... nombreuses heures, notamment sur mes trajets travail, et où je ne peux pas faire grand-chose d'autre que d'écouter soit la radio, soit autre chose, et bien autre chose, c'est devenu les micro-audios. Et j'ai découvert sur le tard Germinal de Emile Zola. Je ne l'avais pas lu avant, pour plein de raisons différentes, je t'ai passé à côté. Et en fait, en livre audio, c'est super. C'est incroyable. On est pris dans les mines. On est à fond dans les mines. Je ne saurais pas rendre justice au texte en en parlant plus que ça. Si vous n'avez pas déjà lu Germinal en papier, vous pouvez le lire en audio-livre. C'est extraordinaire.
- Speaker #1
Et c'est quel narrateur, du coup ? Je pense qu'il doit y avoir beaucoup de narrateurs sur ce livre qui, aujourd'hui, est dans le domaine public.
- Speaker #0
Je peux retrouver...
- Speaker #1
Je pense que toutes les interprétations de Germinal ne se valent pas.
- Speaker #0
C'est possible. Là, c'est lu par... Lui par Eric Erson Macarelle. J'espère que je le prononce bien. En tout cas, moi, j'ai adoré sa lecture du texte. Après, j'écoute en lecture accélérée. Donc, je n'ai pas sa voix avec sa prose audio habituelle en vitesse 1. Mais en accélérée, ça marche très bien.
- Speaker #1
Ça marche assez bien noté. Donc, on arrive au mot de la fin. Et pour ne pas se quitter trop abruptement, Pour recréer justement cet épilogue très long sur la fin des personnages, leurs histoires, etc. Je voulais savoir s'il y avait quelque chose qui t'accompagnait en ce moment, un truc. Ça peut vraiment être n'importe quoi, ça peut être une citation littéraire, ça peut être une chanson, une série, une réplique de film, vraiment n'importe quoi.
- Speaker #0
Il y a un truc qui m'a bien marquée ces derniers temps et qui m'accompagne beaucoup. J'ai écouté une interview de Patrick Chamoiseau sur France Culture il y a quelques mois. Alors il y en a plusieurs, je ne sais plus laquelle c'était. Et je pense que peut-être qu'il répète ces propos-là dans d'autres interviews. Et puis, il est très intéressant à écouter de toute façon. Et dans cette interview, il parlait de la différence entre le récit et la narration. Et lui, il disait qu'il fallait sortir du récit pour aller vers la narration. Et moi, ça, ça m'a parlé. Donc, sortir du récit pour aller vers la narration, lui, il parle d'offrir la puissance des complexités face au récit simpliste. Alors, il en parlait dans un cadre un peu politique. Sortir de la... de la façon dont on a de raconter l'histoire sous un seul angle, un seul récit, et offrir quelque chose de plus large, de plus complexe, de plus nuancé, en faisant le lien avec la poésie et l'ouverture que ça peut représenter au monde. Ce n'est pas tout à fait une citation, mais c'est quelque chose qui était dans cette interview, d'une idée, d'une façon de voir le monde qui m'a bien marquée, et je pense qui a influencé en partie. mon rapport à l'écriture ces derniers mois et je pense qu'il la sera trace. Donc voilà.
- Speaker #1
Ok, je note. C'est rigolo parce que cette citation, je trouve que ça reflète aussi plutôt bien ton métier et ce que tu fais au quotidien, d'écouter les histoires des gens et puis en fait de sortir de cette simple histoire pour la transformer et la donner à voir d'une manière différente.
- Speaker #0
Oui, mais probablement que ça résonne à plusieurs niveaux chez moi, cette question-là. Avec l'idée, je trouvais que je ne m'étais jamais posé la question de ce que ça représente la différence entre récit et narration. Et le fait qu'il propose comme ça de distinguer les choses et d'ouvrir plutôt vers la narration, sortir du récit linéaire et uniforme, ça, je trouvais que c'était hyper enrichissant comme idée. Et donc, ça résonne avec mon travail, ça résonne avec mon travail de psychologue, mais aussi d'autrice, et puis aussi avec ce que c'est d'être... un être humain de la société, enfin, aussi.
- Speaker #1
Tout à fait. Est-ce que tu as quelque chose que tu voudrais rajouter, quelque chose que tu voudrais dire aux poditeuristes ?
- Speaker #0
Oui. On a parlé tout à l'heure du fait que j'écris depuis longtemps, j'écris depuis mes 13 ans, je publie depuis seulement quelques années, depuis 2020, et moi j'écoutais beaucoup les interviews d'auteurs, j'écoutais beaucoup les parcours d'auteurs quand j'étais jeune, et je les écoute encore aujourd'hui, en fait, si je suis tout à fait honnête. Ça m'intéresse. Et je me suis beaucoup dit que j'étais en retard, que je n'arriverais jamais, que publier, c'était un truc dont je rêvais depuis longtemps et que ça me semblait presque inaccessible tellement c'était une succession d'échecs. Parce qu'il faut quand même le dire, j'ai envoyé mes manuscrits à partir de mes 13-14 ans. Autant vous dire que Flammarion m'a dit non. C'était une grande tragédie. Et Flammarion, entre autres. Et voilà, j'ai beaucoup échoué, en fait, avant de réussir à faire deux, trois trucs dont je peux être plutôt fière aujourd'hui. Et donc, je me dis que s'il y a des gens qui nous écoutent, qui sont dans ce processus-là, qui en sont à des étapes où ils ont l'impression qu'ils sont loin du but, j'ai envie de rappeler que ça prend du temps. Parce que voilà, moi, j'ai plus de 20 ans d'écriture derrière moi et j'espère que j'ai encore plus de 20 ans d'écriture devant moi. Et je peux dire que je suis contente de ce que j'ai fait pour l'instant parce que vraiment, il y a des textes dont je suis fière et je trouve que l'écriture de nouvelles, c'est hyper épanouissant et que ça m'a apporté plein de choses et qu'il me reste plein de choses encore à écrire et à publier, j'espère. Mais ouais, j'aurais envie de dire ça, que c'est long et qu'il ne faut pas désespérer. En fait, c'est le fait de travailler et de continuer à s'y mettre qui fait que ça finit par fonctionner et qu'on finit par trouver son chemin. Ce n'est pas immédiat, ce n'est pas rapide. Alors, il y en a un pour qui c'est plus rapide que pour d'autres, mais ceux-là, ils sont exaspérants et on n'a qu'à ne pas leur parler. Je veux dire, c'est plus simple. Ce qui est terrible, c'est qu'il y en a qui sont sympas dans ces gens-là. Donc, il faut leur pardonner le fait qu'ils aient réussi facilement. Mais pour tous les autres, pour tous ceux pour qui ça prend du temps, je trouve qu'il faut se rappeler que ce n'est pas grave. En plus, c'est enrichissant que ça prenne du temps. Parce que, heureusement que personne n'a publié mon roman de mes 14 ans, et heureusement que personne n'a publié celui que j'ai écrit juste après, qui était mieux, mais qui n'était pas encore top. Heureusement qu'on a refusé de publier des choses qui n'étaient pas prêtes à être publiées, et heureusement que ça m'a poussée à améliorer, et heureusement qu'on continue à me dire quand j'écris des trucs nuls, pour que j'écrive des trucs un peu moins nuls, et que ce soit de moins en moins nul, et de mieux en mieux, j'espère.
- Speaker #1
Pour reprendre l'image de l'archéologue dont tu nous parlais tout à l'heure, je trouve que l'image colle tout à fait à ça. Un archéologue, en fait, ça cherche, ça cherche et ça n'arrête pas de chercher. Et ça ne s'arrête pas au milieu d'une fouille. Parce qu'en fait, si ça se trouve, l'objet, le Graal que cherche l'archéologue, se trouve juste en dessous, à deux coups de pinceau. Et un dommage. On s'est arrêté juste avant.
- Speaker #0
Ça serait dommage quand même. Il ne faut pas s'arrêter du coup.
- Speaker #1
Voilà, le tips, ne jamais s'arrêter.
- Speaker #0
Même si ça fait mal et si c'est pénible, on a le droit de dire qu'écrire, c'est nul. Ce n'est pas parce qu'écrire, c'est nul qu'écrire, ce n'est pas cool aussi.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour ce joli mot final, pour tout cet échange. J'ai vraiment passé un super moment.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Et ce n'est pas tout à fait terminé puisque j'ai d'autres questions à te poser, mais des questions plus axées sur, en particulier, ta dernière nouvelle. La nouvelle qui va sortir dans la collection Flash Fiction de Lufthanger. Donc ça spoilera un tout petit peu. Rendez-vous dans le lien en description du podcast. Ou alors vous pouvez nous demander le lien à Mina ou à moi sur les réseaux, l'Internet en général. Et on vous le donnera avec plaisir. Donc Mina, je te dis à tout de suite, pas très vite. À tous les autres, à très bientôt également ou à la semaine prochaine. Merci beaucoup de nous avoir écoutés jusqu'au bout. Pour celles et ceux qui en veulent plus, je vous donne rendez-vous sur le site internet d'Inky & Pit ou sur les réseaux en message privé pour récupérer le lien de l'épisode spécial Mina Jacobson se livre encore plus. Je mettrai aussi le lien dans la description du podcast. Si cet échange vous a plu, n'hésitez pas à partager ce podcast autour de vous et à laisser une note ou un commentaire. A très vite !