Speaker #2Je vais t'en donner une qui est assez drôle. En fait, la créativité, il faut partir de l'idée qu'à la base, on a tous un potentiel créatif plus ou moins particulier, mais c'est en fait notre vie qui va faire que... on va plus ou moins le solliciter. Toi, un enfant de 4-5 ans, il voit une fourmi et des mouches, tu lui dis ça, c'est des insectes. Le lendemain, tu lui dis, alors, la fourmi et les mouches font partie de quelle catégorie ? Il va te dire, c'est une fourmouche. Parce que lui, fourmi et mouche, c'est fourmouche, il associe. Le principe de créativité, c'est la capacité à associer des connaissances pour en créer une nouvelle. Donc, c'est une notion de fluidité dans ton cerveau. Plus on va avancer dans l'âge, plus en fait, notre cerveau va se restreindre. va créer des autoroutes de la pensée, des mécanismes qui vont bloquer notre capacité créative. C'est ça qui va brider notre créativité. Et en fait, souvent, les gens, quand on parle de la créativité dans leur métier, il y a des biais cognitifs qui se mettent dans le cerveau, des autoroutes vont se fermer, d'autres vont s'ouvrir, mais ils vont s'empêcher d'être créatifs. Donc en fait, les outils, ça va débloquer ces situations-là. Et tout le monde connaît les principes d'analogie, tout le monde connaît la créativité basée sur le biomimétisme, copier la nature pour le transposer. Le biomimétisme, c'est ni plus ni moins qu'une approche de créativité par analogie. C'est-à-dire que par analogie, tu vas chercher la créativité ailleurs. D'ailleurs, les méthodes tristes de créativité fonctionnent un peu par analogie. Je ne sais pas si on en parlera, mais ils te permettent d'essayer de trouver une solution ailleurs, puis après le transposer chez toi. Et moi, je suis très friand de deux outils, pour les Français notamment, pour la culture française. Un, c'est l'analogie. Poser le problème ailleurs, trouver la solution ailleurs, puis le transposer chez toi. Et le deuxième outil, c'est l'inversion. Vu qu'on est plus apte à critiquer négativement les choses dans notre culture, utilisons-le pour créer. Je te donne l'exemple du premier, l'analogie. J'avais à trouver une solution pour les moyens de mesure fiables de l'usure des cathodes en bain à électrolyse. Donc tu vois le sujet de créativité. Comment trouver des moyens de mesure fiables de l'usure des cathodes ? Tu as Bac plus 50 dans la pièce, c'est que des docteurs. Ce n'est pas toi qui as l'idée. Et eux, ils l'ont. Ils ont le cerveau bien fait, ils connaissent leur sujet. S'ils ne trouvent pas, c'est qu'ils ont un point qui les bloque, qui est leur expertise métier. J'utilise donc l'outil Analogie, qui est dans un de mes bouquins, et je leur fais lister tout ce qui s'use dans la vie, autre que les cathodes. L'amour, les chaussures, la santé. Ensuite, je les fais lister, comment on mesure l'usure de l'amour, puisque le nombre de fleurs par mois, 1 sur le nombre de fleurs... Tu vois qu'ils libèrent leur potentiel créatif, ils ne sont pas dans leur métier. Et après, je leur dis, trouvez-moi des moyens de mesure fiable de l'usure d'une chaussure, puisque vous m'avez dit qu'une chaussure, ça s'use. Une chaussure s'use parce qu'il y a le talon qu'elle usait, l'odeur, et ainsi de suite. Donc, développez-moi un moyen créatif de mesure, de moyen de mesurer l'usure d'une chaussure. Et là, tu as quelqu'un qui te sort dans la séance, et moi j'ai une idée, on va faire une chaussure. Et à trois hauteurs différentes du talon, on va mettre trois boules puantes à trois hauteurs différentes. Et quand le talon de la chaussure va se user à 30%, tu sais que gouffre en bois, c'est à 30% d'usure de la chaussure. Waouh ! Hyper créatif ! Et là, tu as une autre personne qui dit « Ah, mais ça me donne une super idée ! » On va faire des cathodes surmoulées, les unes sur les autres. Et donc, avec trois métaux différents, à 30% d'usure de la cathode, au contact de l'alu, le dégagement gazeux sera modifié. Et quand on analyse les gaz en temps réel, on saura qu'on a à 30% d'usure de la cathode. Boom, brevet. En fait, tu vois, j'ai utilisé, j'ai contourné leur univers. Ils ont été créatifs pour trouver un procédé de mesure fiable de l'usure de quelque chose et on l'a transposé chez eux. Ça, c'est des outils hyper efficaces qui permettent vraiment de sortir les personnes des biais cognitifs qui les bloquent. Et l'inversion, deuxième outil que j'aime bien. Bon, tu vois, j'avais travaillé sur le coupé cabriolet confortable. Donc, les gens vont te donner quelques items. Et si tu leur dis, c'est quoi un coupé cabriolet inconfortable ? Alors là, tu vas multiplier par 10 le nombre de critères. C'est intéressant parce que tu fais l'inverse de ce qu'il te donne et tu peux sortir un coupé cabriolet confortable. Pour la petite histoire, un des critères qui sortait le plus, c'était un coupé cabriolet inconfortable. C'est un coupé cabriolet avec un petit coffre. Toi, à l'inverse, tu n'as personne qui te dit un beau cabriolet, c'est avec un grand coffre. Ce n'est pas une donnée qui sort positivement, elle sort négativement. Donc, tu vois, les outils de créativité servent à débloquer ces situations. Donc là, on te demande d'être innovant quand tu manages la créativité sur la question que tu poses et l'outil que tu vas utiliser. Et c'est bien les personnes, experts de métier qui vont produire la vraie valeur ajoutée en répondant à tes questions, en fait.
Speaker #2En fait, il faut savoir que la culture française, qui est beaucoup critiquée, elle est quand même très favorable à la créativité et l'innovation. C'est vrai qu'on a un système scolaire qui est basé sur le refus de la droits à l'erreur, que le droit à l'erreur est indispensable en créat, donc ça c'est un des points négatifs. A l'inverse, on a une population qui, en séance de créativité, va se donner le droit rapidement de le faire. J'ai vu d'autres pays dans lesquels, quand tu demandes aux gens d'être créatifs, ils te trouvent une idée dans la journée, c'est presque un brevet, mais une seule. Donc tu vois qu'on a quand même cette appétence à être capable collectivement, l'intelligence collective, à réinventer le monde. Donc c'est le point positif. Le point négatif, c'est que notre éducation, très rapidement, empêche nos jeunes diplômés à se donner le droit d'inventer des nouvelles choses, d'être original et se donner le droit à l'erreur. Ça, c'est les deux éléments. Donc en termes culturels, notre... Notre culture n'est pas si déconnante, elle n'est pas si inadaptée, elle est même plutôt favorable à l'émergence de l'innovation. Ensuite, il y a d'autres facteurs qui vont rentrer en ligne de compte. Moi, j'ai fait un tour du monde de deux ans pour voir un peu ce qui se passe dans différents pays. Si tu vas en Chine, on a une capacité à expérimenter et le droit à l'erreur qui est beaucoup plus rapide. Parce que l'appréhension du risque n'est pas la même. C'est-à-dire qu'on va rapidement expérimenter, rapidement tester dans le réel. Donc, ils vont rapidement... transformer leurs idées en solutions, en inventions, puis en innovations, puis avancer. Ils ont des cycles très courts qui sont basés sur leur appétence à prendre des risques plus facilement que nous. Tu vas avoir sinon d'autres pays comme les Etats-Unis qui nous paraissent comme très innovants en fait. Mais si tu grattes bien, ils ont une approche d'innovation qui est très centrée sur le développement de nouvelles technologies ou de connaissances ou l'acquisition de talents qui viennent de l'étranger. C'est ça qui est intéressant, c'est que la richesse de la diversité qui peut faire la performance des entreprises américaines, elle vient aussi de leur... à l'époque, je te parle, puisque là c'est en train de changer, du recrutement de gens qui viennent de cultures et de formations différentes. Aujourd'hui, on sait qu'un de leurs enjeux, c'est que tous ces gens qui sont arrivés il y a 10, 15 ou 20 ans ont été assimilés, en fait. Ils se sont américanisés, donc ils n'apportent plus ce regard différent. Donc il y a vraiment, et je parle de la France notamment, quelque chose qui nous caractérise. qui amène l'innovation. Un, tu vois, on en parlait, mais cette capacité à remettre en question sans arrêt l'ordre établi. C'est une des particularités de notre culture. Et ça, il faut qu'on arrive à le sauver. Le français qui vient challenger, ne pas être d'accord, débattre, c'est une force. C'est là-dessus qu'on conçoit les innovations de demain. Donc, il faut tout faire pour garder cet esprit critique, cet esprit de remise en question, de débat. Il faut justement réapprendre à tout le monde à débattre, à ne pas être d'accord. Moi, je rêve qu'on puisse refaire des antithèses de doctorat. On ne peut plus. Il y a 20 ans, tu pouvais faire une anti-thèse de doctorat. Tu étais financé pour démonter la thèse de doctorat de quelqu'un d'autre. Aujourd'hui, ça montre très bien qu'on a peur de ça. Mais non, c'est ce qui nous caractérise et ce qui fait qu'on a dessiné le monde d'aujourd'hui. Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, dans beaucoup d'entreprises, même allemandes ou autres, on va embaucher des Français pour cette capacité à remettre en question l'ordre établi. Ce qui va nous manquer, c'est le rapport à l'échec. Et c'est pour ça que sur l'innovation technologique, on est très fort en avance. Mais sur la transposition... la transformation en innovation, on est un peu moins fort parce qu'on n'a plus cette capacité à se donner le droit à l'erreur, parce qu'on nous a mis en place dans notre éducation, dans la réglementation du travail, des éléments qui nous empêchent de le faire.