- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Inspiré. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Laurent Bernard. Salut Laurent. Salut. Tu es ancien para dans une unité spéciale, tu es conférencier et aussi chef d'entreprise aujourd'hui. Avant de revenir sur ton parcours et ce qui fait ce que tu es aujourd'hui, j'ai l'habitude de poser une question. à tous mes invités, qui est la première, c'est comment tu expliquerais ton métier de façon pédagogique à un enfant de 5 ans ? Si tu devais le faire, comment tu t'y prendrais ?
- Speaker #1
Alors du coup, ça va te réexpliquer mes métiers.
- Speaker #0
Tes métiers, c'est pour ça.
- Speaker #1
Donc militaire, c'est le passé, donc je ne vais pas expliquer celui-là. Mais il a un gros lien avec mes métiers d'aujourd'hui. Donc aujourd'hui, j'ai un organisme de formation et je suis conférencier dans cet ordre-là, dans l'ordre chronologique, comme ça. Le gros point commun, c'est que... que je suis là pour transmettre. Mon métier, c'est d'aider et de transmettre pour aider, que ce soit dans la formation, que ce soit dans les conférences.
- Speaker #0
Et avec une continuité de la transmission, avec l'écriture d'un livre qui est en train de se terminer.
- Speaker #1
Ah ouais, il est bien avancé. Après, il y a toujours des grosses phases de relecture, etc. Mais effectivement, l'étape d'après de transmission, c'est pour pouvoir s'adresser au maximum de monde, ça sera ce... Ce bouquin sur mon histoire est toujours dans le même but, en fait, qui est tourné vers la transmission et vers aider les autres.
- Speaker #0
On va commencer et revenir sur ton métier de militaire, puisque ça a occupé une grande partie de ta vie et avec un parcours assez atypique, on peut dire peut-être comme ça. Comment a été ton enfance et est-ce que tu as été de suite attiré par ça, par ce type de métier ?
- Speaker #1
Alors moi déjà, je ne suis pas du tout issu d'une famille de militaires. C'est-à-dire que chez moi, il n'y avait pas de militaires. Si je dois un petit peu même caricaturer un petit peu, mon père est plutôt style anti-militariste que pro-militaire.
- Speaker #0
Et il doit être sûr quand tu lui dis...
- Speaker #1
Ouais, je te parle là. On n'est pas en super bon terme, donc je te passerai certaines phrases auxquelles j'ai eu droit. Et en fait, j'ai eu à un moment donné un cousin qui a été militaire. C'était le copain de ma cousine, plus exactement. Et qui était au... qui était au Liban en fait, et alors bon c'est le hasard des dates mais on est en période d'anniversaire de certains événements et il était au Liban quand il y a eu l'attentat du Drakkar et ça a été un petit peu la bascule pour moi puisque ce jour là je suis devant la télé avec mes grands-parents, je suis chez mes grands-parents et j'assiste aux premières images de ça et là ce jour là je vois ma grand-mère s'effondrer, pleurer, on a 58 morts etc et puis en fait quand je regarde mon grand-père et lui il a une étude très différente, il est très fier Et je sens vraiment de la fierté, de la reconnaissance dans ses yeux. Et ce jour-là, je me dis, waouh, ces gars-là, c'est des héros. Ils sont morts, mais c'est des héros. Et en fait, c'est ça que je veux faire. Et je crois que c'est la première étape pour moi. Et après toute mon adolescence, je grandis milieu sportif. J'aime les armes, j'aime le métier des armes, etc. Je suis très attiré par police, gendarmerie, armée, etc. Mais je ne sais pas. Et j'ai un deuxième déclic, sorti de fac, j'ai 20 ans. Et comme beaucoup de monde, j'assiste à l'intervention du GIGN sur l'Airbus à Marigny-Arignan. Et là, ce jour-là, je me dis, c'est maintenant. C'est vraiment ça que je veux faire et c'est maintenant. Et dès le lendemain, je prends les renseignements pour aller devancer mon appel, puisque je n'avais pas encore fait mon service national. Il y avait encore le service national à l'époque. Et j'engage toutes les démarches pour devenir militaire.
- Speaker #0
Et comment tu as fait le choix de devenir militaire parmi tous les corps d'État ?
- Speaker #1
Alors il y a eu beaucoup de choses. C'est que d'une part, le service, il fallait le faire dans l'armée. Du coup, moi j'ai dit, vous m'envoyez là où c'est le plus dur. C'est vrai que j'étais assez élitiste, même dans le côté sportif. Je voulais toujours être le meilleur, être dans les trucs les plus tendances.
- Speaker #0
Très compétiteur.
- Speaker #1
Très compétiteur, oui. Mais toujours dans une notion de collectif. C'est ça qui était un petit peu bizarre. J'aimais bien être dans le collectif, mais... avoir un rôle à part dans ce collectif-là. Et du coup, je demande le plus coté, le plus costaud, etc. Et on m'explique au niveau du centre de recrutement que c'est les parachutistes, en fait, qu'il y en a très peu, etc. Donc je demande d'aller dans les parachutistes. À ce moment-là, pour moi, le top du top, c'est le 6e RPMA qui est à Mont-de-Marsan, parce que c'est le seul régiment d'appelé qui part en mission comme les engagés, etc. Donc je me dis, je veux aller là-bas, mais tu ne choisis pas ton régiment. Donc je postule. je fais une prépa parat, etc. Je sais que je vais aller chez un aller parachutiste, mais je ne sais pas où. Et quelques mois après, je reçois mon petit billet là, où on a l'affectation. Et quand je l'ouvre, je découvre 13e régiment de dragons parachutistes. Je n'en avais jamais entendu parler. J'ai même cru que c'était une blague pour te dire. C'est quand tu lis dragon sur un truc, au départ, tu ne connais pas trop. Je me disais, c'est quoi, c'est une blague ? Et puis je m'aperçois que c'est Dieuze, et Dieuze, il me faut... C'est où ? Il me faut un petit quart d'heure sur... Alors il n'y avait pas Internet comme maintenant, t'imagines bien. Donc j'ai sorti mon petit calendrier de la poste, avec la petite carte de France pour regarder où c'était le 57. Et je montais au fur et à mesure, et plus ça allait, plus je transpirais, jusqu'à trouver que c'était à côté de Metz. Et moi, je n'avais jamais quitté mon lotergaronne natal, donc quand j'ai lu ça, j'ai changé de couleur. Et du coup, je suis parti à Metz. Et en fait, l'histoire, c'est que j'ai eu la chance, parce que ça a vraiment été une réelle chance d'avoir été recruté pour servir en tant qu'appelé au sein de la DGSE. Et du coup, j'ai découvert des choses que je n'imaginais pas. Et j'ai vécu une année géniale.
- Speaker #0
Donc, tu as fait une année au service de la DGSE ? Oui,
- Speaker #1
j'étais appelé. Alors, on est en soutien, on n'est pas en opérationnel. Il n'y avait pas d'appelé qui partait sur des grosses missions, mais on était en soutien des opérationnels. On faisait beaucoup de choses et je ne me rendais pas compte à cette époque-là, mais j'avais déjà la chance de toucher à des choses que je ne reverrais pas dans l'armée régulière et que je ne retoucherais pas. Donc c'était vraiment chouette. Et parallèlement, j'avais fait différents concours. Donc le concours d'inspecteur de police, le concours des sous-officiers de l'armée de terre. J'avais fait plusieurs concours comme ça. Et j'ai été reçu à celui de l'armée de terre pour entrer en école de sous-officier. Donc à la fin de mon service, c'est posé la question, enfin même pas dans mon service en fait, c'est posé la question de dire, comme j'étais assez bien... ou côté, on va dire, afin que ça se passait bien au niveau du régiment où j'étais. J'avais le choix entre m'engager dans ce même régiment, donc rester au sein de la DGSE et tenter de faire la formation qu'on appelle le 5e commando, donc la formation d'équipier commando là-bas, ou le fait de quitter et de ne pas m'engager là-bas et de partir en école sous-officier, parce qu'en restant à la DGSE, je ne serais pas passé sous-officier, je restais militaire durant. Là, ma vision de l'époque, et je n'en ai pas tout le renseignement maintenant, fait que je me dis qu'une carrière de sous-officier, ça m'ouvre plus de portes. Donc, je vais basculer en école de sous-officier. Du coup, j'ai enchaîné avec ces médecins, l'école de sous-officier, etc.
- Speaker #0
Déjà, c'est pour expliquer.
- Speaker #1
Service secret français. Moi, j'étais au niveau du service action. Donc, c'est une des unités qui sont, on peut dire, le bras armé des services de renseignement et des services extérieurs.
- Speaker #0
Et donc, école de sous-officier, ça dure combien de temps, cette école-là ?
- Speaker #1
C'est 7 mois à Séméxan pour le tronc commun, pour devenir un sergent chef de groupe. Et derrière, en fonction des spécialités, tu pars en école spécialité. Et là, ça dépend vraiment de ta spécialité. Le mec qui est pilote hélico, il va avoir, je pense, à peu près 2 ans de formation. Celui qui est infanterie, il va avoir 2 mois, 3 mois, 4 mois peut-être. Moi, j'étais moniteur de sport, donc je suis parti pour 8 mois. à l'école intermédiaire des sports où tu passes le brevet d'état et tu deviens moniteur d'entraînement physique, militaire et sportif Et à quoi consiste ton parcours après sortie de cette école ? Alors après déjà de sortie de Saint-Mexent j'ai eu la chance de sortir major de promotion et on choisit en fait dans l'ordre du classement Donc tu as eu l'endroit du choix ? Mais dans ma spécialité, c'est à dire qu'on était 23 on avait 23 régiments euh... Je rêvais qu'il y ait une place au premier arpillement à Bayonne, et il n'y en avait pas. Mais j'ai eu la chance immense qu'il y ait une place au troisième arpillement à Carcassonne, et du coup j'ai pu continuer dans les parachutistes et être dans ce magnifique régiment qui est le troisième arpillement à Carcassonne. Donc à l'issue on part là-bas, et après je pars faire ma spécialité. Mais la particularité de l'armée de terre, c'est que tu as une spécialité, mais tu es avant tout un combattant. C'est-à-dire que tu dois être capable de partir en n'importe quel moment sur... la base de ton tronc commun sur une mission on appelait ProTerre ou TTA à l'époque un TTA on appelait nous et après je crois que c'est passé ProTerre c'est à dire pour appartenir chef de groupe de combat donc tu es d'abord un chef de groupe de combat et après tu prends une spécialité donc moi quand je suis arrivé au 3ème climat j'ai pas vu le bureau d'esport tout de suite si je l'ai vu pour faire les papiers je suis allé en unité combattante je suis allé à la 3ème compagnie chez les Cobras J'ai passé quelques années, j'ai fait l'instruction et avec la section que j'avais formée, je suis parti en unité de combat pendant quelques années. J'ai rejoint après en deuxième partie de carrière le bureau des sports. Et là, toujours pareil, on a la double spécialité, c'est-à-dire qu'on a la chance la majorité du temps de faire le sport aux sections, aux gars du régiment, de les préparer pour les examens, d'avoir quelques équipes élites qu'on entraîne. Donc c'est hyper riche, on va de la préparation physique, préparation mentale, à l'entraînement physique généralisé, on fait plein de choses, on s'occupe des équipes sportives du régime, etc. Mais toujours avec, régulièrement, tiens on a besoin d'un chef de groupe, donc boum tu pars sur le terrain, il y a un départ sur un camp, on t'y va, il y a un départ en opération, on t'y va. Moi, j'étais au bureau des sports. Quand dimanche après-midi, j'ai reçu un coup de fil pour me dire, tiens, alerte guépard est déclenché, tu pars au Kosovo, par exemple. Donc, il y a toujours cette double spécialité qui a été hyper riche et que j'ai eu la chance de connaître toute ma carrière.
- Speaker #0
Il y a beaucoup d'acronymes d'armée de terre, comme dans d'autres sphères. Beaucoup, beaucoup. RPIMA, est-ce que tu vas expliquer ce que c'est la particularité du troisième ?
- Speaker #1
Alors, Régiment de parachutistes d'infanterie de marine. Donc, régime en... Les troupes de marine, c'est ce qu'on appelle les marsouins, c'était ceux qui allaient sur les bateaux à une époque pour partir en mission. Mais ça fait partie de l'armée de terre, donc on est parachutiste, on est troupes de marine, mais on fait partie de l'armée de terre. Ça fait donc partie des quelques régiments de la brigade parachutiste. Aujourd'hui, ça a beaucoup évolué puisque tous les régiments sont très opérationnels. Quand je suis arrivé au 3e repériment en 1997, c'était un des seuls régiments pro. Et du coup, c'était le régiment qui partait en premier. t'avais le 3ème RPMA qui partait, t'avais le 8ème RPMA qui est le régiment frère qui est de l'autre côté de la montagne noire, donc le 3 est à Carcassonne le 8 est à Castres, c'est les mêmes missions c'est les mêmes gars, ça tourne, c'est deux super régiments, t'avais le REP, le régiment étranger parachutiste donc c'était le régiment parachutiste de la Légion et en fait c'était beaucoup ces régiments là qui partaient en premier avec le soutien qui sont pas loin ici, 35ème RAP donc artillerie parachutiste, pareil, qui est à Tarbes le RHP, les hussards parachutistes qui font la roco, etc. Et en fait, il y a des membres de ces personnels qui ont des spécialités qui vont venir avec le régiment, mais c'est toujours ces régiments-là qui partaient en premier. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de régiments opérationnels avec l'Afghan et le Mali qui se sont développés. Tant mieux, je pense que le niveau opérationnel de l'armée française a fait un bord en avant depuis le début de l'Afghanistan. De toute façon, c'est quand tu fais la guerre que tu progresses. Mais c'était les régiments qui partaient tout le temps, donc c'était vraiment les régiments qui étaient... qui était adulé par beaucoup de monde et c'était le régiment où tout le monde voulait aller, ça c'est clair.
- Speaker #0
Tu te souviens de ta première mission à l'étranger j'imagine ?
- Speaker #1
Alors première mission officielle, puisque la partie des GSE on n'en parlera pas, c'est le Kosovo en 1999 où j'ai eu la chance de faire l'entrée au Kosovo, c'est-à-dire qu'on a été appelé... Je me rappelle, j'étais sur une plage en Arbonne, et quand je suis rentré... Dimanche après-midi ? Ah, c'est ça, dimanche après-midi. Et en fait, quand je suis rentré, j'avais des messages partout, un message de ma mère, un message vocal de ma mère, qui me disait, écoute, je ne comprends rien, le régiment m'a appelé, tout ce qu'ils m'ont dit, c'est l'alerte a pété, il faut que tu rentres. Ouh là, je crois que ça urge. Et je suis arrivé au régiment, et en fait, on a été mis en alerte, on était en alerte qu'on appelle guépard, c'est une alerte qui tourne dans l'armée. Et tu as un... Tu as des membres en alerte 12h, 24 et 48h. Il y a des alertes 12h, c'est-à-dire qu'en moins de 12h, tu dois être dans l'avion et prêt à intervenir. Et on était en 12h. Et on est partis en Macédoine pour se préparer. Et de la Macédoine, en fait, on a reçu l'ordre de rentrer au Kosovo et d'accompagner le retrait des Serbes du Kosovo. Donc on est en juin 99. Et du coup, je fais partie des premiers Français à mettre les pieds. Sur le sol Kosovar. Là, justement, on est typiquement dans le double emploi que je t'évoquais tout à l'heure puisque je pars sur une mission opérationnelle comme ça. Mais pourquoi ? Parce que aussi, je suis moniteur de sport, je suis instructeur commando et du coup, je pars en protection du chef de corps. Tu vois, on allait prendre des spécialités pour pouvoir accompagner cette double compétence. Et j'avais passé en plus des diplômes de protection rapprochée quand j'étais à la DGSE et du coup...
- Speaker #0
Tout au long de ma carrière, je suis parti comme ça sur des missions de protection. D'accord. Ça a duré combien de temps au Kosovo ?
- Speaker #1
On est parti pour trois semaines à l'origine. On nous a dit on préparait ça pour trois semaines. C'est sur le papier. Voilà. Et on est rentré au bout de trois mois et demi. D'accord. En fait, une fois qu'on a eu accompagné les Serbes jusqu'au nord du Kosovo pour qu'ils rentrent en sablés, on nous a installés à la frontière pour éviter toute incursion, etc. Et la réalité, c'est qu'on devait être relevé par les Belges qui ont mis un peu de temps à arriver. Et du coup, on est resté trois mois, un peu plus de trois mois sur place. Donc, c'était un peu complexe pour les affaires et tout ça. Mais belle expérience, en tout cas.
- Speaker #0
Kosovo, qu'est-ce que tu as appris de ces premiers trois mois et demi dans cette première mission ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que j'ai appris ? J'ai appris, même si j'avais beaucoup vu en école, la vie en communauté, c'est très différent quand tu te retrouves sur un théâtre, où tu n'es pas chez toi. Les premiers mois au Kosovo, en fait, on avait... On avançait tous les jours. Il n'y avait pas de point fixe. On nous prenait en hélico, on faisait un bond de 2-3 km, on fouillait un village, on sécurisait. Quand c'était sécurisé, les blindés, le reste arrivait. On nous reprenait, on nous amenait, et on traversait comme ça tout le long. On ne savait pas ce que c'était de dormir dans un endroit fixe. Soit on dormait dehors, soit on dormait dans des bâtiments acquisitionnés. Donc j'ai découvert ce côté-là. Pour la première fois, je touche du doigt le fait d'être obligé de faire confiance à celui qui est avec toi. En résumé, il te confie sa vie et tu lui confies la tienne. Mais on va dire ce qui est, on n'a pas tiré un coup de feu au Kosovo. Donc il y a eu des croix de guerre, etc. Mais il n'y a pas eu de coup de feu. Donc par rapport à ce que j'ai pu vivre dans d'autres pays, c'était finalement assez calme. On ne va pas se voiler la face. Mais on n'a pas eu l'intention, la pression qu'on peut ressentir dans ce moment-là de se dire... tout moment, ça peut partir. Et il y en a qui ont vécu un peu après nous, sur le pont de Mitraux, etc., des événements qui étaient très compliqués, ils se sont fait tirer dessus, etc. Donc nous, on ne l'a pas vécu, mais on sentait cette pression-là. Donc compter sur l'autre, déjà, ça, ça a été la première expérience. La deuxième expérience que j'ai beaucoup appris, c'est que je me suis vraiment... c'est le premier conflit qui m'a vraiment remis un... remis à ma place, qui m'a appris un peu la relativité. C'est-à-dire que j'ai vu pour la première fois la misère qu'on peut rencontrer dans les états de guerre. J'ai vu une partie... Je pensais que c'était le pire qu'on pouvait voir de la part de l'humain. Je comprendrai un peu plus tard dans ma carrière que non, on peut voir bien pire. Mais j'ai vu des choses qui te marquent et qui te montrent que l'humain peut aller loin dans... Dans ma connerie et dans le côté horrible, de s'en prendre aux enfants, on a trouvé des charniers, j'ai vu la misère et ça te remet, en fait, quand tu rentres, tu te remets et tu te dis, ouais, on est pas mal là où on est. On est pas mal du tout et on va peut-être apprendre à se satisfaire de ce qu'on a et on va peut-être apprendre à relativiser les petits bobos de tous les jours et les petits soucis de tous les jours. Et ça m'a beaucoup servi, alors le Kosovo, mais beaucoup plus encore, l'Afga qui m'a marqué encore plus, plus tard. dans le milieu de l'entreprise, que tu évoquais tout à l'heure. C'est-à-dire que, en fait, toutes ces choses-là que j'ai apprises, c'est des choses que j'applique tous les jours dans l'entreprise.
- Speaker #0
Tu parles que ça te marque, mais est-ce qu'aussi tu as vécu ce dont on parle, malheureusement, qui n'est jamais gai, la partie post-traumatique ? À l'époque, déjà, peut-être qu'il n'existait pas aussi les sas, comme c'est plus le cas récemment.
- Speaker #1
Ouais, le... Oui, le Kosovo, en fait, on n'a pas parlé de choc post-traumatique. Mais tout ce qui est post-traumatique, on a commencé à en parler après l'Afghanistan. L'Afghanistan, c'est un théâtre très particulier, en fait, parce qu'il n'y a aucun moment où tu relâches. C'est-à-dire que quand tu es en opération, tu sais que tu risques ta vie tout le temps, entre les mines, les embuscades, les tirs. Tu n'as pas l'initiative du combat en Afghanistan, très rarement. Donc tu dois le subir. Tu ne sais pas quand c'est que ça va arriver. Tu sais que ça va arriver, mais tu ne sais pas quand ça va arriver. On n'avait pas cette pression au Kosovo, en fait. Je ne l'ai pas ressenti de la même façon, toujours. Quand on était au camp, au Kosovo, Quand on rentrait sur une base ou qu'on se mettait dans un bâtiment, on mettait en place une garde et on ne se sentait pas agressé. En Afghanistan, même au camp, tu pouvais prendre des mortiers, tu pouvais prendre des trucs sur la tronche. Donc ça, c'était très lourd. On ne parlait pas de choc post-traumatique à cette époque-là, mais comme on n'en parlait pas sur les conflits d'avant, moi, j'ai partagé beaucoup d'échanges avec des gens qui avaient fait, par exemple, le Rwanda en 92 ou en 93. Ces gens-là, on ne leur a jamais demandé comment ils allaient. Alors que le Rwanda, quand tu réfléchis avec un peu de recul, c'est de mémoire, je ne vais pas dire de bêtises, mais je crois que c'est 800 000 morts en trois semaines. La majorité à la machette. Autant te dire qu'ils ont vu des trucs. Les mêmes me disent qu'ils prenaient la route le matin dans le brouillard. Ils roulaient presque sur les corps. On n'en a pas parlé. Aujourd'hui, tu parles des sas. Moi-même, pour l'Afghanistan, on n'avait pas encore les sas. Les sas décompression ont été mis en place, je pense. après mon mandat, ils ont dû être mis en place en 2009 ou 2010, un truc comme ça. Nous, on n'avait pas ça. C'est d'ailleurs ce qui est hyper complexe. C'est-à-dire que moi, si je prends le cas de l'Afghanistan, le vendredi soir, je suis sur une montagne en opération. Le samedi, tu réintègres ton matériel. Le dimanche, tu es sur le canapé avec tes enfants. Complexe. Humainement complexe, complexe pour le cerveau, complexe pour beaucoup de choses. C'est pas le même. Parmi les rapproches, je sais que les sasses n'ont pas toujours été très bien vues par les gens qui le vivent, parce qu'ils ont l'impression qu'on leur enlève quelques jours avec leur famille, qu'on repousse, ce qui n'est quelque part pas le cas puisque ça fait partie du mandat. Mais je peux comprendre qu'on le vive comme ça par contre, moi je n'ai jamais vécu, mais je peux comprendre qu'on le vive comme ça. Mais je pense que ce sasse-là, il est pas mal du tout.
- Speaker #0
L'Afghanistan, ça a été ta seconde opération ?
- Speaker #1
Non, T'as fait quoi ? Entre temps, j'ai fait Djibouti. Après, j'ai fait des missions un peu moins compliquées, comme la Réunion, des choses comme ça. Après, il y a plein de pays en Afrique où on va, comme le Gabon, des choses comme ça, où c'était plus tranquille, on va dire ça comme ça. Mais après, par contre, c'est la deuxième grosse OPEX que je fais, une grosse opération. On dit OPEX, opération extérieure. J'ai pris le pis.
- Speaker #0
Je verrai.
- Speaker #1
Deuxième grosse opération extérieure.
- Speaker #0
Et l'Afghanistan, ça a démarré quand ?
- Speaker #1
L'Afghanistan, le conflit a démarré il y a longtemps. Les Français ont commencé, les premières missions ont commencé début 2000, mais c'était que les forces spéciales qui allaient pour la formation, etc. Moi, je suis allé en 2008. À partir de 2006, c'est monté un petit peu. peu en puissance et c'est vraiment on arrive moi je suis sur l'opération où elle met le thé en fait opérationnel mentoring les intimes c'est une opération avec un peu à part c'est à dire qu'on faisait par un parti des forces françaises c'est on dépendait il y avait les français américains qui faisait ça on était des petites équipes injectés dans l'armée afghane en fait carrément pour les mentorés pour les accompagner donc si tu faisais un mandat hiver tu avais de fortes chances de faire beaucoup de formations parce que avec la météo etc très peu de sorties Nous, on était sur un mandat été, donc en fait, tu fais un peu de formation et tu les accompagnes au combat. Le but, c'est de les mentorer. Donc, tu es dans ce qu'on appelle les Kandaks, c'est une section en afghan. Et puis, par exemple, moi, l'autorité que je protégeais, parce que c'est pareil, j'étais en protection d'une autorité, elle mentorait le chef de corps d'un régiment afghan. Après, on avait un spécialiste trans qui allait mentorer le responsable trans, un artilleur qui allait... Tu vois, ça fonctionnait comme ça, chacun allait mentorer. Mais ça veut dire que sur le terrain, tu pouvais avoir une section afghane de 30 ou 40 bonhommes ou une compagnie d'une centaine de bonhommes et tu allais être cinq Français au milieu.
- Speaker #0
C'est ce que je voulais te dire. C'est très particulier.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est très particulier. L'esprit de corps et de frère d'armes, il est encore plus fort.
- Speaker #1
Alors en fait, ce qui est un peu complexe, c'est que les Français qui sont avec toi, tu sais qu'ils sont formés de la même façon que toi. Tu ne sais jamais trop comment ils vont réagir au combat. Ta confiance, quoi. C'est des mecs avec qui t'as fait un an de préparation. Enfin, moi, j'avais 100% confiance dans tous les mecs qui étaient avec moi. Je vais dire, sauf peut-être mon chef, mais je vais pas le dire. Mais tous les autres, j'avais 100% confiance, tu vois. Quand t'es sur le terrain avec les Afghans, tu sais que c'est hyper infiltré par les talibans. Tu sais que les mecs, ils sont payés un mois sur cinq, ils n'ont pas d'argent, que si quelqu'un arrive, il est sous doigt, ils peuvent faire n'importe quoi. On avait eu plusieurs exemples d'Afghans qui s'étaient retournés contre les forces étrangères. Il y a eu plein de trucs comme ça, donc tu as moins confiance. Quand tu as ta première embuscade, tu sais qu'il y en a qui vont réagir et puis tu sais qu'il y en a qui partent derrière. Donc c'est particulier, mais c'est franchement... la plus belle mission que j'ai faite. Mais comme l'Afghanistan est le plus beau pays que j'ai vu, mais le pays aussi le plus exigeant, c'est le pays des extrêmes, l'Afghanistan. Mais dans tous les domaines, c'est incroyable. T'as des moins 40 ou des moins 30, pas moins 40, j'exagère, moins 30, sur les montagnes afghanes l'hiver, et moi je suis descendu à Kandahar, on avait des plus 50 à l'ombre. C'est des trucs, tu bois 12 litres d'eau, pour faire chauffer ton plat, t'as besoin de four à micro, tu le poses dehors, il chauffe tout seul. tu poses une bouteille en verre, tu remets 8 jours après, elle a fondu. Un peu comme à Djibouti. Les gens, on a des gens à nord, mais ils sont toujours dans l'extrême. Il n'y a pas de mesure, il n'y a pas comme en France. Il n'y a pas de retenue. Ils sont très différents parce qu'ils ne répondent pas aux mêmes codes que nous. C'est pas du tout péjoratif quand je dis ça, c'est juste que là où nous, on va répondre... à une loi, on va s'appuyer sur des lois, on va s'appuyer sur des hommes de loi, on va s'appuyer sur des choses comme ça. Eux, en fait, la seule chose qui compte, c'est le code Pashtoum. Donc c'est le code de la principale tribu d'Afghanistan et qui vont s'appuyer que là-dessus. Tu peux avoir toutes les règles que tu veux. Si le chef du village donne un ordre ou émet un souhait, les gens du village vont être prêts à mourir pour faire appliquer ce souhait. Par exemple, ça ressort très bien dans un film qui est très connu, qui est basé sur le livre « Lone Survivor » , qui est de l'équipe de névissiles américains qui s'est fait repérer, qui a été pris en gynambuscade. Ils étaient allés pour repérer un chef taliban. Sur les cinq, il y en a quatre qui sont morts. Et le dernier survivant, il a réussi à rejoindre celui qui a écrit le bouquin. Il s'appelle « Du sang et des larmes » , en français, le film. Et on le voit très bien dans ce film-là, où en fait, quand il arrive, il demande. Donc, on a une phrase qu'on avait tous appris en Afghanistan, qui est issue du Coran et du Code Pashtun, où en fait, tu demandes la protection du chef du village. Si le chef du village décide de te donner la protection, le village est prêt à mourir pour te protéger. Et dans ce film, on voit bien qu'en fait, le chef du village accorde sa protection américaine et le village se retrouve à s'opposer aux talibans. pour sauver l'Américain. Sachant que derrière, en fait, les Xenakes sont partis, ils vont ramasser. Donc, tu vois, ils résonnent très différemment et ils sont attachés à certaines valeurs très différentes des nôtres, mais qui font qu'ils sont prêts à beaucoup donner. Donc, c'est vraiment l'extrême.
- Speaker #0
Tu as fait plusieurs OPEX en Afghanistan ? Je suis allé qu'une fois. Qu'une fois ? Et... La matière est particulière. Mais effectivement, il t'est arrivé un drame absolu là-bas. Est-ce que tu peux expliquer cette journée ? Est-ce qu'il t'est arrivé à Afghanistan ?
- Speaker #1
On va en reprendre le contexte. Si tu veux bien, d'abord, ça fait quelques mois qu'on est là-bas. Mission OMLT, comme je te disais. Et donc, on est au mois d'août. Sauf que début août, là-bas, il y a la fameuse embuscade de la vallée d'Ouzbine. qui est la scène à la mémoire de tout le monde, où on perd 10 soldats du 8e Merpima dans une embuscade montée par talibans et soldats étrangers. À résumer, ils partent sur une reconnaissance de la vallée d'Ouzbine. Ils franchissent le Sperkoundouz et puis ils vont aller sur le mouvement de terrain. Et il y a 200 talibans qui leur tombent dessus, ils sont 30. Le chef de section de l'époque est un mec à qui j'étais chef de groupe au 3, qui avait basculé au 8, tu vois, quand on parle des... C'est exactement ça. Section de jeunes, il y a 10 qui meurent, 21 blessés, donc gros bilan, et c'est la première fois qu'on entend de mort en Afghanistan. Et c'est la première fois qu'on entend de mort depuis très longtemps même, d'ailleurs, pas que dans l'Afghanistan. derrière ça si tu veux l'armée décide de reprendre l'initiative ce qui est une très bonne chose c'est à dire qu'on reçoit pas mal d'ordres pour dire que maintenant il faut aller taper tous ceux qui ont monté ça qui ont monté cette opération là et qu'il faut reprendre l'initiative du terrain donc beaucoup d'opérations sont montées et du coup nous avec l'armée afghane on va aller monter pas mal d'opérations donc le but étant de neutraliser les gens qui ont fait cette opération là les américains, les français et les norvégiens avaient déjà fait pas mal de dégâts parce que On n'en parle pas trop, mais quand ils ont basculé de l'autre côté de la vallée, en bas, il y avait les Américains et les Norvégiens qui les attendaient, donc il y avait déjà eu pas mal de dégâts. Mais on mène plusieurs opérations pendant une quinzaine de jours, et on leur fait mal. C'est vrai qu'on les mentale, et on sait, on a du renseignement, qui dit qu'ils veulent reprendre l'initiative, et ils se sont aperçus qu'en tapant des Français, c'est beaucoup plus porteur qu'en tapant de l'Américain, si on peut dire. C'est-à-dire, quand ils tuent un Américain, deux Américains, dix Américains, ça passe comme ça, et voilà. Là, ils ont tué 10 Français. Il y a Président Sarkozy qui est venu. Il y a eu beaucoup de publicités. Ça nous fait une bonne pub. Ça a donné de l'importance à l'événement. Exactement. Donc, ils veulent retaper du français. Donc ça, on a le renseignement. On reçoit des messages qui nous disent « Attention, vous êtes ciblés. » On sait qu'il y a des attentats suicides de prévus. On sait qu'il va y avoir des attaques contre les Français, etc. Et nous, ce jour-là, en fait, on traite exactement la veille. Donc, logiquement, le 29 août, on doit aller à une réunion avec le général à Kaboul. Et comme il y a eu des événements sur la journée qui font qu'on n'a pas pu partir à l'horaire prévu, on prévoit de partir en fin d'après-midi. Et là, en dernière minute, le colonel dit, on va partir maintenant, c'est nuit dans une heure, c'est trop dangereux, on ne part pas maintenant. On n'aime pas trop se retrouver dehors à tomber dans la nuit. Donc on annule le départ. Là, on voit que l'interprète est un peu chamboulé, mais bon, on n'y règle. Et il n'arrête pas de venir en demander. Et on dit, on a tous un interprète. par mission, etc. Toujours un interprète pour faire le lien anglais-afghan ou français-afghan. Lui, en l'occurrence, c'est anglais plutôt. Et donc on le dit, on sait pas, on va voir quand est-ce qu'on part, c'est repoussé, etc. Et le lendemain matin, en fait, on dit, bon, on y va. Et au moment où on part, l'interprète dit, ah, j'ai un problème, ma fille va pas bien, elle est malade, il faut que j'aille la voir, j'y viens pas avec vous. On se dit, bon, on part au camp français, donc l'interprète, il y a pas de salaire, rien de choses, c'est pas grave, tu viens pas. Et on part, donc on part, on casse comme ça, on part en convoi. Donc il y a un véhicule de barre en ouverture, donc c'est un VBL, un véhicule bien délégé. Donc lui, généralement, il roule sur la route avec la mitrailleuse dans l'axe et il fait garer tous les véhicules et on fait stopper tous les véhicules quand c'est comme ça pour éviter les soucis. Nous, on est en deuxième position avec l'autorité que je protège et derrière nous, on a un véhicule d'avant-blindé qui est un véhicule un peu plus costaud, où ils sont quatre, où il y a énormément un peu plus lourd, une douceette, etc. et ils nous suivent, donc on a un convoi comme ça. On rentre sur Kaboul et à un moment donné sur la route, tous les véhicules sont garés et au moment où j'arrive, il y a un véhicule qui redémarre et qui avance vers nous. Donc moi par réflexe, on est en plus légèrement en pente, lui il est en montée.
- Speaker #0
Je mets un coup de volant pour éviter. Mais quand je dis pour éviter, c'est vraiment pour éviter l'accident. Je ne pense à rien d'autre à ce moment-là. Sauf qu'au moment où je l'évite, l'impensable se produit. On a une explosion monstrueuse. Un souffle qui est indescriptible. Une boule de feu immense qui se crée. Le véhicule est bâuté de tous les côtés. Le véhicule, c'est 4,5 tonnes. Et il est soulevé par le souffle. Donc j'essaie de garder le véhicule sur la route En fait c'est vraiment le chaos C'est une descriptif Quand tu demandes aux gens qui étaient avec moi ce jour là Ils te disent en fait tout d'un coup Tu passes du calme au chaos Ça part en tous les sens Il y a des trucs qui retombent de partout La boule de feu Et moi je sais pas l'expliquer Si aujourd'hui je sais l'expliquer justement Moi à ce moment là je le vis très différemment C'est à dire que moi tout ça je le vis au ralenti Et vraiment je le vis au ralenti Alors, les médecins m'ont expliqué plus tard, il y a deux noms là-dessus, ils appellent ça le phénomène de dissociation ou de distorsion. C'est qu'en fait, notre cerveau, quand il est en état de stress intense ou en état de danger, notamment quand il sent qu'il peut mourir, il va en fait dissocier les événements du temps. C'est-à-dire que lui, en fait, il va ralentir le temps de ce qu'on vit. Donc moi, quand je parle de cet événement-là... Je suis capable de décrire, j'allais dire seconde par seconde, oui et non parce que ça a duré quelques secondes, mais c'est même plus court que ça, mais je suis capable de tout décrire très en détail. Et ça m'a valu pas mal de soucis d'ailleurs quand il a fallu décrire ça auprès des gendarmes, parce que je leur ai donné tellement de détails qu'ils finissaient par plus me croire. Là où j'allais dire, en fait, quand on est arrivé, j'ai vu le véhicule approcher et j'ai commencé à voir le véhicule se soulever de l'arrière. Donc la charge était à l'arrière. Le véhicule a commencé à se soulever de l'arrière. Je vois le visage de celui qui conduit. Je l'ai décrit. J'ai expliqué que c'était un jeune, pour moi, moins de 25 ans, qui était rasé de près. Personne ne m'a cru. Tous les talivans. J'ai dit non, il était rasé de près. Non, ce n'est pas possible. Il était rasé de près. J'arriverai à prouver un peu plus tard. Je t'expliquerai que j'avais raison. J'ai mis à avoir raison. Le véhicule s'est soulevé de l'arrière. Je vois la boule de feu se créer. Et je vois cette boule de feu grossir, Et en fait, je la vois tellement grossir qu'elle va venir vers le véhicule. On roulait avec les trappes ouvertes. On a des trappes au-dessus. Il faisait tellement chaud qu'on était obligés. Donc, je vois cette boule de feu rentrer dans le véhicule. Je sens la chaleur augmenter, mais en une fraction de seconde, il fait une chaleur intenable dans le véhicule. Je commence à voir la fumée qui englobe, en plus de cette boule de feu, il y a une fumée noire. vraiment, quand on utilise le terme de pénètre, c'est exactement ça. C'est-à-dire que quand je la respire, je sens qu'elle rentre en moi, qu'elle me brûle les poumons. Je sens presque qu'elle passe à travers. C'est entre le mélange de feu, de fumée. Donc, je commence à avoir du mal à respirer. Par réflexe, j'ai la bouche ouverte. Alors, par réflexe, c'est aussi parce qu'on apprend à le faire pour éviter certains dégâts de surpression. Donc, j'ai la bouche ouverte. Donc, j'ai tout ça qui rentre. Je commence à avoir des bouts qui commencent à retomber à l'intérieur du véhicule. Donc, je prends des bouts de métal qui se plantent dans les avant-bras, etc. Et moi, à ce moment-là... Donc le véhicule est bailleté dans tous les sens avec le souffle. Je sens le véhicule bouger. Et moi, j'ai qu'une obsession, c'est garder ce putain de véhicule sur la route. Parce que je sais que de chaque côté de la route, il y a un grand fossé, pour ne pas dire un ravin. Et que si on part là-dedans, on va faire des tournois et c'est fini. Donc moi, j'ai qu'une obsession. Je me crispe sur le volant et je me dis qu'il faut rester tout droit. Et j'essaie de maintenir le véhicule dans l'axe. Mais il faut se dire que j'ai zéro visibilité. Je ne vois pas de mètre. La fumée est tellement noire, plus la boule de feu, plus tout ce que tu veux, plus le souffle, plus... En fait, je ne vois rien, mais je me dis qu'il faut que je garde. Donc, je me crispe et puis, au bout de quelques secondes pour moi, mais le temps réel, je ne sais pas, là, le jour revient. Parce que vraiment, j'ai cette sensation d'être passé avec la fumée noire de la nuit au jour. C'est-à-dire qu'en fait, je ne vois rien. J'ai juste cette sensation de chaleur, cette odeur qui m'est restée. J'allais dire des années, mais je l'ai encore en fait. Il m'arrive de me réveiller avec cette odeur-là. L'odeur du cramé, de l'huile, comme quand on fait brûler de l'huile, plus l'explosion, enfin, tout ça en fait a une odeur très particulière que j'ai gardée pendant des années, et il m'arrive encore de me réveiller avec. Et puis au bout d'un moment, le jour revient, et là je me dis, c'est bon, je peux arrêter le véhicule. Là j'appuie sur le frein, et là je me dis, mais en fait, il n'y a rien qui ne m'arrive pas, non ce n'est pas possible, avec ce qu'on vient de me prendre dans la tête, ce n'est pas possible. Et en fait, à ma grande surprise, oui, si, quand j'appuie dessus, en fait, le véhicule ralentit. je freine, on s'arrête et là je me dis ouf, on est toujours là là j'étais vous étiez quoi, 4 ? et dans le véhicule on est que 2 Il y a un véhicule devant avec deux personnes, un véhicule derrière avec quatre personnes, et dans mon véhicule, d'habitude, on est trois. C'est-à-dire l'autorité, moi, et l'interfaite. Et là, on n'est que deux. Et à ce moment-là, justement, je descends du véhicule. Alors là, on a un réflexe opérationnel qui s'appelle le 5-25. En fait, on apprend, quand on descend d'un véhicule, d'abord à regarder au sol s'il n'y a pas de mine. On fait le tour 5 mètres autour du véhicule. Et quand ces 5 mètres sont sécurisés... En fait, on fait un escargot jusqu'à 25 mètres pour sécuriser, pour être sûr qu'il n'y a rien autour. Donc, je commence à faire ça. Et au moment où je fais ça, je regarde l'autorité. Et en fait, je vois que ses lèvres bougent, mais que je ne l'entends pas, en fait. Et parce que juste avant de le regarder à lui, quand je sors de ce véhicule, ce qui me choque, ce qui me marque, c'est ce passage du chaos au calme. Mais un calme, en fait, c'est le silence complet. Il n'y a plus un bruit assourdissant. Ah ouais, mais presque divin, tu vois, j'allais dire. Presque divin. T'es là, tu viens de vivre un truc monstrueux, rien que de dire j'ai des frissons, quoi. Et là, t'arrives, et là, c'est le silence. Le jour qui est revenu, le soleil, donc on est au mois d'août en Afghanistan, donc autant te dire, c'est 50 degrés, grand soleil, machin, etc. Pas un bruit, un calme, je vois rien bouger, je vois... Et là, je me tourne et je vois donc l'autorité, je vois qu'elle parle, mais que moi j'entends rien. Et je comprends qu'en fait, c'est pas du tout calme. C'est toujours le chaos. Et là, je réalise, en fait, je commence à réentendre les bruits. Donc, j'entends que ça klaxonne, que les véhicules partent dans tous les sens. Il y a encore des bouts de métal qui retombent encore. Et puis là, je commence à entendre les bruits. Je comprends que lui, il est en train d'hurler, que tout le monde parle, etc. Et qu'en fait, c'est toujours le chaos. C'est juste que moi, ça m'a donné une petite parenthèse, si je peux dire, où je suis sorti de là et ces 2-3 secondes, moi, je vis vraiment presque comme un cygne, tu vois. J'ai vécu le truc... hyper intensivement. Et là, c'est, allez, je te donne 2-3 secondes. Tu vois, comme s'il y avait un truc au-dessus.
- Speaker #1
De plénitude.
- Speaker #0
Je te donne 2-3 secondes de calme. Je sais pas ce que derrière, il va falloir assurer. Et là, j'ai vécu ces quelques secondes. Et pour moi, si tu veux, ça a duré 2-3 minutes, ça. Et quand tu parles avec ceux qui ont fait derrière des témoignages et qui ont rempli les documents et qui racontent, les gars qui étaient avec moi, ça a duré 4-5 secondes, en fait. Mais moi, c'est... tout au ralenti. Mais en ralenti, j'étais capable de tout décrire. Quand j'ai dit aux gendarmes, quand j'ai décrit, je te parlais tout à l'heure, le visage du suicidaire, celui qui s'est fait sauter, ils ne me croyaient pas. Mais il se trouve qu'après un attentat comme ça, tu as une enquête. Et ils ont fait des photos de tout. Et le terroriste, c'est un terroriste, on a retrouvé deux choses de lui. Un bout de pied de 5 cm. Il avait toute la charge derrière, d'après l'enquête, bizarrement. Et en fait, le souffle l'a complètement pulvérisé. Il est resté un bout de pied de 5 cm. Et au souffle, en fait, son masque, c'est-à-dire son visage s'est décollé et est venu se coller sur le moteur. Et si tu veux, moi, j'ai vu le rapport d'expertise. Et il y a une photo où tu as le masque collé sur le moteur, comme si le mec avait imprimé une photo. Et là, on voit très bien qu'il est rasé de près. Donc, j'ai pu aller voir le gendarme en question et lui dire que ça serait bien quand il y a des gens comme ça qui les croient. Parce qu'il y a bien une chose dont on n'a pas envie et que je revivrai tout au long des années suivantes sur les expertises médicales, sur tout ça, c'est de mettre en doute la parole de celui qui a vécu un événement comme ça. Je pense que les gens ne se rendent pas compte de ce que ça peut amener et ce que ça peut briser chez la personne. qui racontent en fait, c'est généralement pas très facile de raconter. Et moi, il m'a fallu des années pour en parler sereinement. Le fait de ne pas être cru, en fait, c'est très compliqué. Et justement,
- Speaker #1
dans cette heure-là, les secondes qui ont suivi, qu'est-ce qui s'est passé ? Parce que tu avais les personnes à l'avant et à l'arrière, elles sont venues sur toi, et à quel moment toi, tu t'es analysé ? parce que tu regardais les autres autour de toi mais à quel moment tu t'occupais de toi ?
- Speaker #0
Moi j'ai mis longtemps à me regarder pourquoi ? Parce qu'en fait dans ces moments-là t'as les réflexes qui viennent et c'est là que tu comprends peut-être qu'à ce moment-là ou avec le recul je sais pas si j'ai compris sur le moment ou avec le recul peut-être que j'ai compris donc là je devais avoir 12 ans de service et j'ai peut-être compris les 12 ans que je venais de passer parce que là il se passe quoi ? Il se passe que la mission prime, la mission prime surtout Donc en fait ce qui se passe c'est que c'est tes réflexes qui prennent le dessus. Moi ma mission c'est la protection de l'autorité. Les autres ont leur mission. Donc moi la première chose c'est que je prends des infos sur la personne que je protège. Je vois qu'elle a été secouée. Alors qu'elle est un peu légèrement brûlée, elle est un peu brûlée au cou parce qu'elle était à l'extérieur en fait, elle était en trappe, elle était à l'armement extérieur. Et ça peut être une autorité dans ces cas-là, ils sont à l'armement comme les autres. Donc la trappe est ouverte, donc lui la boule de feu il l'a prise, moi j'étais dedans, moi elle est rentrée, lui il l'a prise. Alors du coup il a pris beaucoup moins le souffle que moi, puisque moi le souffle a créé une surpression à l'intérieur du véhicule que lui n'a pas vécu. Par contre lui il a pris la brûleur, donc il a été brûlé au cou etc. Au choc il est tombé à l'intérieur du véhicule. Et je vois qu'il est sonné et qu'il n'est pas forcément, j'allais dire, en capacité de décider. Il a été très, très, très secoué. Donc, dans ce cas-là, qu'est-ce que tu fais ? Tu fais un tour d'horizon. Moi, je fais un tour d'horizon et je vois que devant, les mecs ont sauté du véhicule, ils sont en train de sécuriser leur zone. Derrière, les mecs ont sauté du véhicule, ils sont en train de sécuriser leur zone. En résumé, chacun fait son job. Et là, c'est bien parce que tu te dis que les mecs ne se sont pas laissés submerger. C'est nickel, ils font leur job. Donc, parfait. Moi, le mien, c'est d'abord de rendre compte. de faire remonter l'information de ce qui vient de se passer. Sauf que mon véhicule a tellement pris le souffle que la radio ne marche plus, il y a pleuré, les antennes sont je ne sais pas où. Pour te donner un peu une ordre d'idée de la force de l'explosion, les experts vont évaluer à 80 kg la charge explosive dans le véhicule. C'est de quoi tomber un immeuble. C'est bon. Et pour te donner un ordre d'idée de ce que ça fait, il y a un trou dans la route. qui sera mesuré à 1m80 par 1m60 sur 40 cm de profondeur. Et ils vont retrouver le moteur et la carcasse à 47 et 62 mètres du lieu d'explosion. C'est-à-dire qu'en fait, le moteur à l'explosion est parti vers l'avant à taper le VAB, à découper le VAB sur le côté,
- Speaker #1
à crever les deux pneus de derrière,
- Speaker #0
celui qui était derrière moi, le gros véhicule. Parce que le véhicule était comme ça, moi j'avançais comme ça et lui était comme ça. Donc à l'explosion, tout est parti vers l'arrière. Le moteur a tapé le Vab, a découpé le Vab, il y a la trace sur tout le côté du Vab, a crevé les pneus et on le retrouve à 47 mètres. Et la carcasse à l'explosion passera, d'après les experts, au-dessus du Vab. C'est-à-dire que dans le Vab, il y avait un mec en trappe à l'extérieur, à la mitrailleuse, qui a fait ça pour se protéger. La carcasse est passée au-dessus de lui. Il a dit dans le témoignage qu'il avait entendu un truc siffler au-dessus de lui. C'était la carcasse du véhicule. La carcasse était retrouvée à 62 mètres.
- Speaker #1
Toujours de france pour lui aussi. Exactement.
- Speaker #0
Et du coup, moi, je descends et bon, pas de radio. Donc, je cours au véhicule de derrière, je suis au moins blindé pour prendre la radio. Et je rencontre du coup qu'on vient de vivre un attentat suicide. On appelle ça un SVBED. Qu'a priori, tout le monde va bien, qu'on n'a pas de blessés graves. Que les véhicules sont endommagés, mais que je pense qu'ils sont roulants, etc. Enfin, je donne les informations qu'on est censé donner. Et là, les autorités m'annoncent la... Donc QRF, Quick Reaction Force, en fait, c'est une section qui est d'alerte et qui est capable d'intervenir en renfort quand il y a un événement comme ça. Sauf que nous, à ce moment-là, QRF, elle est basée à Dobbs, qui est un camp un peu plus loin. Et c'est ce jour-là, c'est le hasard, mais ce jour-là, c'est une section de renfort qui doit être créée par l'état-major. Donc au moment de créer la section, il faut qu'ils aillent chercher les mecs dans tous les bureaux, etc. Donc ils m'annoncent un renfort à 40 minutes. Donc départ 40 minutes. plus le temps de venir, etc. À ce moment-là, je me dis, mais en fait...
- Speaker #1
Une éternité ?
- Speaker #0
Une quarte de minute ici, on ne peut pas rester là une quarte de minute. Pourquoi ? Parce qu'on sait que généralement, après un attentat comme ça, derrière, il y a une embuscade qui est montée pour finir le travail, si je peux dire. Soit sur le coup, soit après. Des fois, c'est juste après. Des fois, c'est qu'ils attendent que les renforts arrivent ou que les ambulances arrivent, etc. pour retaper quand il y a tout le monde, faire un plus gros bilan. On sait ça. Et à ce moment-là, il faut prendre des décisions. J'ai la sensation que l'autorité n'est pas capable de les prendre. Ce n'est pas une critique. Elle a pris un gros choc. Et donc, il faut prendre la décision. Donc là, moi, je prends la décision de faire repartir tout le monde. On a les roues crevées au Vab, mais on sait qu'il peut rouler avec les quatre pneus crevés. Là, il y en a un à deux. Donc, c'est bon. On sait qu'il peut rouler. On roulera doucement, mais il peut rouler. Moi, je pense que si on reste sur place, on n'a pas rien à busquer. Donc, il faut qu'on parte. Il faut partir, mais pour aller où ? Donc, on dit, soit on fait demi-tour, on retourne d'où on vient. Deux heures de route. pas la peine. Soit on va au camp français, il faut traverser tout Kaboul, trop dangereux. Et du coup j'ai décidé d'aller à Dobs, donc c'était la base arrière qu'on avait eu en arrivant nous et d'où devait partir la quick reaction force et je me dis bah si ils partent on va les croiser, on prendra du renfort. Et on repart pour aller donc à Dobs. Alors c'est vrai qu'avec le choc, cette route j'ai dû la faire 50 fois, 60 fois depuis qu'on est là-bas et en fait on arrive à se paumer quoi, on arrive à se perdre. À un moment donné, on a dû se tromper à un point. Tout le monde est assez stressé. Mais bon, au bout d'un moment, on a tourné, on est passé par des quartiers où on interdit, enfin bon bref. Et on arrive à revenir au camp et on arrive au camp, en fait, la section allait partir. Donc on a réussi à rejoindre le camp tout seul. Et l'enquête montrera qu'effectivement, il y avait une embuscade de montée, mais pas sur le chemin qu'on a pris. Le chemin était à la caboule ? Ah ouais. Il y avait des mines sur le bord, en fait. Donc si le véhicule était sorti pendant un temps ou après, on aurait pu... On aurait pu y rester. Et tout montre qu'en fait, on a pris des bonnes décisions. Et quand je disais tout à l'heure que j'ai appris ce jour-là, que j'ai compris les 12 ans de passé, c'est qu'en fait, tu comprends dans ces moments-là que tous tes process de décision, en fait, ils sont travaillés à l'armée. On a un process, on a des habitudes de formation à l'armée, on a des habitudes qui sont hyper importantes et qui sont hyper bien ficelées. Je vais te caricaturer un truc, mais c'est vraiment ça. Quand tu demandes aux gens, quand ils regardent un stage commando, ce qu'ils en pensent. quand tu regardes à la télé, etc. C'est quoi un stage commando pour les civils ? C'est on fait rouler le mec dans la boue, on l'empêche de dormir, etc. Et quand tu demandes, d'après vous, pourquoi on fait ça, on va te dire, limite, c'est de la brimade. C'est juste pour le plaisir de faire rouler le gars dans la merde. Sauf que la réalité, c'est que, oui, mais, ces choses-là sont hyper importantes. Et le fait que je connais à quel point je suis passionné par la formation et par la pédagogie, en fait... Je pense qu'on a tout compris. C'est-à-dire que ces phases qu'on met dans les sages-commandos, par exemple, on appelle ça des séquences, où on va pousser le mec à bout pendant deux jours, trois jours. On va l'empêcher de dormir, on va l'empêcher de manger, on va le faire boire très peu, on va mettre dans un état de fatigue extrême, mais ce n'est pas pour le plaisir. C'est qu'au bout de cette séquence, on va lui demander de réaliser quelque chose. Réaliser une opération, prendre une décision. Faire un calcul de maths, si tu veux, on s'en fout en fait. Mais le but, c'est de le mettre dans un état tel que ça va être compliqué pour lui. Pourquoi ? Parce qu'en fait, c'est la seule façon qu'on a d'amener les gens au plus près de ce qu'ils vont vivre quand ils seront dans un état de stress intense. C'est-à-dire qu'on est incapable de reproduire le stress tel qu'il va le vivre en situation réelle, mais par des choses plus physiques, on va l'amener à peu près dans le même état. Moi, ce jour-là, en fait, j'ai compris tout ce qu'on m'avait appris pendant deux ans. J'ai compris pourquoi pendant les stages qu'on m'a fait ramper dans la boucle, qu'on avait un mec qui me gueulait dessus pendant un quart d'heure, qui me mettait dans un état de fatigue quand on fait les parcours d'évasion. Tu es dans un état de fatigue, tu n'arrives même plus à marcher, etc. Et d'ailleurs, on te pose des questions, tu te dis, mais pourquoi il me demande ça ? Et en fait, tu arrives à répondre ou certains n'arrivent pas à répondre. Moi, c'est vrai que j'ai toujours arrivé à répondre. Donc, j'avais ce truc-là. Et ce jour-là, c'est exactement ce qui s'est passé. C'est que finalement, on avait tellement pris, on était tous en état de stress très intense, fatigué, plus le choc. plus les conséquences, parce que je ne me rends pas compte sur le coup, mais je comprendrai plus tard que ça avait quand même des grosses conséquences physiques aussi, mais il fallait prendre des décisions. Et ce qui fait que j'ai pu prendre des décisions, c'est que j'avais vécu tout ça, en fait. Et qu'on a des process, des habitudes qui nous permettent de prendre des bonnes décisions. Et ces choses-là, en fait, moi, c'est ce que j'applique et ce que je pousse à appliquer tout le temps. Et c'est ce que j'explique dans les conférences que je fais, en fait. C'est quand on parle de leadership, quand on parle de prise de décision, il y a des choses, j'allais dire, simples. ou du moins des choses à mettre en place dans les entreprises qui permettent, quand tu es dans une situation pas confortable, de prendre les bonnes décisions. Prendre les décisions quand tout va bien, c'est facile. C'est facile. On est tous capables de le faire, n'importe qui. Par contre, quand tu risques gros, alors gros, oui, dans le militaire, on risque gros. Il y a des moments où, moi, quand je décide de prendre cette route, il faut se remettre dans le contexte, c'est la vie de mes gars que je risque, en fait. C'est-à-dire que si je fais le mauvais choix, On peut ne pas s'en sortir. Ou peut-être qu'un de mes gars peut ne pas s'en sortir. Et c'est ce que des gars, moi je l'ai vécu ce jour-là, mais c'est ce que certains militaires, chefs d'équipe en équipe commando, des choses comme ça, vivent, pas dire quotidiennement, mais très régulièrement. Donc psychologiquement, il faut pouvoir s'engager. Donc tu es obligé de t'appuyer sur des choses qui t'aident. Ce qui nous a beaucoup aidé nous là, c'est quoi ? C'est ce qu'on appelle le drill d'armée. Le drill c'est... le fait de répéter en temps de paix les gestes basiques que tu sais que tu vas devoir faire et tu les répètes, Les japonais disaient qu'il faut répéter un geste 3000 fois pour pouvoir le maîtriser. C'est exactement ça. Tu vas répéter, répéter, répéter. Comme ça, le jour où tu as un souci, ce geste-là, ça va être un réflexe. Là, par exemple, quand je descends du véhicule, le 5.25, je le fais par réflexe. Et tous mes gars le font. Je n'ai pas à m'occuper d'eux. Mon esprit est libéré de ça parce qu'en levant la tête deux secondes, je sais qu'ils sont en train de faire le job. Donc, c'est parfait pour moi, je peux me concentrer sur mon boulot ça c'est le drill la deuxième chose qu'on apprend c'est à toujours étudier ce qu'on appelle les cas non conformes les cas non conformes c'est ok mais si ça se passe pas comme prévu Qu'est-ce qui peut se passer ? Ok, je dois aller à tel endroit, mais si je tombe en panne ? Je dois prendre le train pour aller... Ok, mais si je rate le train, ou si le train a du retard, comment je fais à l'arrivée, etc. Dans des cas très basiques, mais même dans l'entreprise, c'est valable. Là, par exemple, quand ma radio ne marche pas, je sais que j'ai deux solutions en tête de ce que je dois faire. Première solution, je sais que si la radio ne fonctionne pas, on ne pense pas forcément à l'attentat, mais on dit, j'ai un compte radio à faire, ma radio ne fonctionne plus. Parce que je sais que mon premier choix, c'est d'aller chercher une autre radio sur un autre véhicule. ce que je fais. Et si ça, ça ne marche pas, je sais que j'ai une deuxième radio dans la caisse, qui est elle satellitaire, et qu'il me faut 30 secondes pour la monter, pour pouvoir passer mes messages en satellitaire. Donc je ne me pose pas de questions, en fait. Mon esprit, il sait ce qu'il doit faire. Bim, je pars directement derrière. Donc, encore une fois, mon esprit est libéré sur le côté prise de décision. La troisième des choses, c'est de prendre l'habitude de s'habituer à... prendre l'habitude de s'habituer. Prendre l'habitude de s'appuyer sur les faits. Et j'ai toujours les faits, rien que les faits. C'est marrant parce qu'en revenant tout à l'heure, j'écoutais un podcast, je te disais, avec Carlos Ghosn. Et il disait que ce qui l'avait beaucoup aidé dans sa carrière, c'était d'avoir toujours réussi à prendre ses décisions en se basant que sur des faits. De ne pas laisser l'émotionnel rentrer. Et là, c'est ça. Tu ne dois pas prendre tes décisions... en fonction des faits. Et à ce moment-là, tu dois penser que ça. Parce que la prise de décision dans les cas critiques, c'est ça. C'est de dire où j'en suis et quelle est la situation. La situation, nous, par exemple, dans ce cas-là, c'est de dire on a été victime de l'attentat, mes véhicules sont roulants, oui, il a les pneus crevés, mais je sais que mon barbier roule, ça je connais, et ma QRF, elle est à 40 minutes. Donc, qu'est-ce que je fais ? Et là, rentre un autre fait qu'on utilise beaucoup dans l'armée, c'est ce qu'on appelle les rétextes, les retours d'expérience en fait. Donc, retour d'expérience, c'est quoi ? Nous, les rétextes, on savait que depuis trois mois, chaque fois qu'il y avait un attentat, derrière, il y avait une embuscade. Donc, si on restait là, on savait. Donc, ça, c'est l'effet. L'effet, tu prends ta décision. Quand je transcris la version entreprise, l'exemple que je prends souvent, c'est de dire, tu arrives à ma tête, ton entreprise, elle est complètement inondée. Ce que tu dois faire, c'est d'abord gérer ça. Donc, tu dois évacuer l'eau. C'est pas le moment de penser à dire, putain, mais quand est-ce que je pourrai prendre le boulot ? Qu'est-ce que je vais voir comme perte de production ? C'est quoi une perte d'exploitation ? Est-ce que je suis assuré ? Mais c'est exactement ça. Est-ce que je suis assuré ? Et puis des fois tu vas plus loin, tu dis, du plus tard que j'y vais, il faut que je cure ce fossé. Si je l'avais fait, peut-être qu'il n'y aurait pas... C'est pas le moment de faire ça, les gars. Là, on est dans la prise de décision. Et là, nous, c'est pareil. Tu peux vite basculer dans « Waouh, je m'en suis sorti, mais j'aurais pu mourir. Et qu'est-ce qui s'était passé si j'avais pris une autre route ? » Non, là, tu es dans l'effet, l'effet, rien que l'effet. Et là, tu prends tes décisions en fonction de ça.
- Speaker #1
Et est-ce que justement ces entraînements vous ont mis un peu en focus automatique ?
- Speaker #0
Oui, tu rentres sur… En fait, je pense que moi, je parle souvent de libérer l'esprit. C'est-à-dire qu'en fait, tout ce que tu as ancré en habitude, grâce au drill, à la répétition, etc. Pourquoi on fait du drill ? Quand je dis souvent en formation, c'est pourquoi un mec il répète, pour prendre un cas militaire, rentrer dans une pièce. Alors l'invex, le combat urbain, c'est plus compliqué. Rentrer dans une pièce, c'est compliqué. Pourquoi on va le répéter 3000 fois, 4000 fois, 5000 fois ? Mais parce qu'on sait que ça ne se passera pas comme ça en fait. On sait que ça ne se passera pas comme ça. On sait qu'il va forcément y avoir quelque chose qui ne va pas bien se passer. Donc si tout ce qui est entrée technique... Mes techniques d'armement, mes tenues d'armes, tout ça, si c'est devenu un réflexe, je ne vais pas le réfléchir et je libère ma part de cerveau pour qu'elle prenne les bonnes décisions pour gérer ce qui n'était pas prévu ou ce qui va se passer différemment.
- Speaker #1
Vraiment la bonne patente.
- Speaker #0
Exactement. Et du coup, c'est à ça que ça sert en fait. Et toutes ces habitudes-là deviennent des réflexes. Du coup, ce n'est plus vraiment ton cerveau qui réfléchit, c'est directement... On ne va pas faire un cours de notes, mais... C'est un acteur réflexe, du coup, tu n'as plus besoin de le réfléchir. Tu libères les bonnes parties du cerveau, notamment le néocortex, pour qu'il aille chercher. J'ai dit que je n'utiliserais pas de terme, mais il faut quand même aller chercher le néocortex pour aller synthétiser. Et lui, par contre, prendre les bonnes décisions.
- Speaker #1
Est-ce que c'est estimé, quand tu as 80 kg d'explosifs comme ça, qu'il pète à 20 cm ?
- Speaker #0
Le véhicule est à 20 cm de toi.
- Speaker #1
Est-ce que c'est estimé les chances de survie que tu avais sur cet incident-là ? Oui,
- Speaker #0
très précisément.
- Speaker #1
Très précisément.
- Speaker #0
Zéro.
- Speaker #1
Ah ok.
- Speaker #0
C'est ce qu'on m'a dit pendant... Les semaines qui ont suivi, c'est pas normal. C'est d'ailleurs très compliqué parce que je pense, moi, j'analyse maintenant avec le recul, que ça fait partie des choses sûrement qui ont contribué à l'installation chez moi du choc post-traumatique. C'est-à-dire que toutes les semaines qui ont suivi, on apparaît te dire, mais c'est pas normal que tu sois là, c'est pas normal que vous en soyez sorti. 80 kilos d'explosifs, c'est faire sauter un immeuble. Et si tu veux, 15 jours après, sur la même route, à peu près au même endroit, il y a un autre attentat, 8 kg, 4 morts. Les américains. Alors les 8 kg sont différents, c'est à dire qu'ils sont dans le sol par contre. Donc l'explosion est sous le véhicule, soulève le véhicule et... La grosse différence c'est qu'eux prennent l'onde de choc. Nous on prend le souffle, la boule de feu, l'effet de blast, ce qu'on appelle l'effet de blast etc. Mais on prend pas l'onde de choc. En fait le fait que je mette le coup de volant au moment où il veut me rentrer dedans, c'est que... Nos deux véhicules ne se sont pas touchés. Et que ces 20 cm d'air font qu'à l'explosion, on ne va pas prendre l'onde de choc de son véhicule sur notre véhicule. Sinon, on était complètement disloqués. On était morts. C'est sûr. Donc c'est ces 20 cm qui, a priori, nous sauvent la vie. C'est une microseconde. Ce fameux réflexe, que je ne vais pas attribuer à l'armée, mais que je vais peut-être attribuer à mon... à mon... comment on va dire ça ? Moniteur d'auto-école, peut-être ? Je ne sais pas à qui l'attribuer, mais ce petit réflexe, ce petit coup de volant qui fait que j'évite l'accident, c'est a priori ça. Et oui, en fait, nous, pendant des semaines, on nous a expliqué que ce n'était pas normal, que à 80 kg d'explosifs, personne ne pouvait s'en sortir.
- Speaker #1
Et toi, qu'est-ce qui t'est arrivé ? Parce qu'aussi bien sur les billes sûres, visibles qu'invisibles, qu'est-ce que tu as eu, toi ?
- Speaker #0
Moi, sur le coup, quand on arrive au camp, en fait, où là, tu as tout qui redescend. Oui,
- Speaker #1
tu sais que tu es sécure, tu as ramené tout le monde.
- Speaker #0
C'est ça. On rentre. dans le camp donc ils referment derrière nous rien qu'à la tête des deux soldats américains qui tenaient qui montaient la garde qui montaient la garde devant quand ils ont vu le véhicule passer rien qu'à leur tête je me réveillais longtemps et arrivé dedans en fait j'ai senti le véhicule et là moi je perds connaissance en fait sûrement tout qui relâche je perds quelques secondes quand je me réveille en fait j'ai le médecin américain qui est là donc comme c'est une base américaine c'est un médecin américain qui est autour de moi qui est en train de m'ausculter Merci. et qui me dit qu'il va nous amener à l'infirmarie pour examen un peu plus poussé, etc. Et avec lui, il y a un Américain, alors c'est marrant pour la petite histoire, c'est un fort spécial américain avec qui j'avais fait quelques missions avant, et ce gars-là, il me tend un téléphone, il me donne son téléphone satellitaire, il me dit « appelle ta femme » . Non, il me le dit en américain, mais il me dit « appelle ta femme » . Je lui dis « non, mais c'est bon, appelle ta femme » . « Est-ce que tu viens de vivre ? Tu appelles ta femme, tu la rassures » . Bon, je me dis… Moi je suis sonné, franchement je suis sonné. Je prends le téléphone, je tape le numéro de ma femme. Elle est militaire aussi, donc elle bosse, je vois. Non même pas parce qu'on est samedi, donc j'ai une bêtise. C'est un samedi matin, donc je ne pense pas l'avoir. En fait généralement on a du mal à savoir en direct. On a toujours l'air décalé. Et là elle décroche, donc c'est cool. Et là je lui dis, ouais c'est moi, parce qu'elle ne connaît pas le numéro évidemment. Je lui dis, quoi que tu entendes, tu ne t'inquiètes pas, je suis vivant. Et je raccroche. Le message super rassurant. Bien sûr, c'est tous les faits inverses. Qu'est-ce qui se passe ? Moi, dans ma tête, elle va être prévenue de suite. Et ce n'est pas le cas. Il y a eu un gros raté. Personne ne va la prévenir. Elle va passer le week-end comme ça. Elle va la prendre le nuit matin en couleur quand tout le monde est rassemblé. Là, le chef de corps va annoncer qu'on a eu deux blessés à un week-end, etc. Et elle, ça l'a très mal vécu. Elle a eu beaucoup de mal à s'en remettre, ce que je comprends. Moi aussi, d'ailleurs, parce qu'au retour, je suis entré avec beaucoup de colère pour aller régler mes comptes. Et du coup, pour revenir sur le truc, le médecin, du coup, m'amène à l'éphémorie. Et en plus,
- Speaker #1
pardon, je ne suis pas habitué de couper, et en plus, elle est militaire. Elle est militaire, ouais, c'est ça. Heureusement, elle apprend le jeudi, parce que ça se trouve. Elle n'était pas au couloir le matin.
- Speaker #0
Alors, c'est ça. En fait, puis... Comme tu dis, en plus, ça va être militaire. C'est pour ça que j'en ai longtemps voulu. Moi, j'en ai longtemps voulu à l'institution. Je me suis trompé. C'est-à-dire que moi, j'en voulais à l'armée. De ne pas avoir su gérer ça et le reste qui est arrivé derrière. Et j'ai vite compris qu'en fait, ce n'est pas du tout l'armée. C'est une question de personnes. C'est une partie. Là, ce jour-là, qu'est-ce qui s'est passé ? En fait, c'est que comme il y avait l'autorité qui était blessée avec moi, tout le monde s'est concentré sur l'autorité, tout simplement. C'est-à-dire qu'il y a des représentants par catégorie. Donc moi j'étais sous-officier, elle aussi. On a un président des sous-officiers, il est censé s'occuper de ses sous-officiers. Ce jour-là, le président des sous-officiers est allé au chevet.
- Speaker #1
Bonjour, bonjour.
- Speaker #0
Et personne. Et là, c'est le matin, en annonçant... Sur le week-end, il y a eu deux blessés. Et ils annonçaient non. Où là, tout le monde se tourne vers ma femme, évidemment, pour la regarder. Et elle leur dit, pourquoi tu ne nous l'as pas dit ? En fait, c'était plus tous les gens qui la connaissaient. Ils disaient, mais pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? Et elle, elle fait ça. Et on va dire, je n'étais pas au courant. Et là, le chef de corps comprend qu'ils ont oublié de la prévenir. Donc, il la convoque derrière. Et c'est ça. Mais il y a eu plein de trucs. Mais encore une fois, je ne veux pas m'étendre dans le sens où c'est vraiment une question de personnes, pas d'institutions, puisque j'en ai eu, moi, après, plein d'autres preuves plus tard, d'autres militaires qui ont été très présents. Et aujourd'hui encore, je suis très impliqué dans les associations qui aident les blessés. Et je vois tous les jours des gens qui passent leur vie à aider les militaires blessés, etc. J'ai plus d'a priori là-dessus, mais c'est vrai que j'en ai longtemps voulu à l'institution.
- Speaker #1
Et dans ma question d'il y a quelques minutes, qu'est-ce que tu as eu toi ?
- Speaker #0
Et moi derrière, ils me mettent à l'infirmerie. Et là, le médecin m'a expliqué que j'ai vécu ce qu'on appelle l'effet de blast. Donc gros différentiel de pression qui va peut-être n'avoir aucune conséquence, peut-être en avoir beaucoup. Mais la particularité du blast, c'est qu'on ne le sait pas. et qu'on ne sait pas et que ça pourra apparaître sur les années à venir. Alors sur le coup, il y a des gens qui vont se mettre à saigner du nez, des oreilles, etc. Ça fait peur, mais c'est plutôt bon signe. Ça veut dire qu'on a réussi avec la pression. Moi, je n'ai rien de tout ça. J'ai juste une saturation qui est très basse, en fait. Mais il me dit que c'est normal. Je suis à 93, je rentre comme ça, à 13%. Si tu veux, de 96 à 100%, c'est quand tout va bien. Quand tu commences à arriver à 96%, c'est qu'il y a un souci. et jusqu'à 93 ça a changé un peu j'ai pris ça chez les pompiers je crois que jusqu'à 93, bon tu sais qu'il y a un problème il se passe rien, à en dessous de 93 à partir de 93 c'est sous oxy, on te met sous oxy pour réoxygéner le corps, en fait c'est le pourcentage d'oxygène dans le sang moi ce jour là je suis à 93 donc il me met sous oxy un moment et après voilà c'est bon sauf que je suis toujours resté à 93 c'est à dire qu'aujourd'hui en fait t'as des petits appareils qui se mettent sur les doigts Moi, si je le mets, le truc passe son temps à sonner. Je ne peux même pas mettre ça. Mais ça a été conséquent. Quand j'ai eu le Covid, ça a été compliqué pour moi. Moi, je l'ai eu plusieurs fois. Et j'ai toujours eu une forme très grave parce que j'étais déjà en manque d'oxygène. Et j'ai fini sous oxy deux fois. En fait, j'ai gardé un taux d'oxygène très bas. Ça, je m'en suis aperçu sur des choses. En fait, j'ai perdu une capacité pulmonaire avec le recul lancé. Donc, j'ai eu une grosse perte de capacité pulmonaire. qui explique la baisse de saturation. Et je dis souvent, comme exemple, il y a un test qu'on fait à l'armée, sportif, qui s'appelle le Cooper. Tu cours pendant 12 minutes et tu dois faire la plus grande distance possible. Quand je suis parti en Afghanistan, je faisais entre 3200 et 3300 mètres en 12 minutes. Quand je suis rentré d'Afghanistan, je faisais 2600 mètres. Parce qu'en fait, je n'arrivais plus à respirer. Et ça, je mets des années et j'ai encore. Alors aujourd'hui, je refais beaucoup de sport. Je me suis vraiment reconstruit par le sport. Mais j'ai gardé aujourd'hui pour retrouver le niveau que j'ai eu. Il n'y a pas que là, chez moi, c'est qu'il y a eu cette perte. Donc j'ai eu ça. Et en fait, sur le coup, il n'y a rien de trop marqué. Après, je reste sur place. C'est-à-dire que je finis ma mission. Il me reste deux mois et demi de mission et je vais les finir. Et en fait, les conséquences physiques vont apparaître au roto. Elles vont commencer à apparaître et vont se succéder. La première chose que j'ai vécue, c'est que j'ai commencé à faire des calculs. des crises de colline néphritique donc des calculs rénaux régulièrement en fait le choc le blast m'a créé un dérèglement hormonal en fait donc j'ai du coup la cicatrice que tu vois là c'est une opération pour m'enlever les glandes parathyroidiennes en fait c'est des glandes qui gèrent le calcium elles étaient déréglées donc elles donnaient comme signal à mon corps que je manquais de calcium en permanence résultat mon corps stockait le calcium et je me retrouvais à faire des calculs pendant deux ans tous les trois mois j'ai été évacué par les pompiers avec des coliques néphritiques ce qui pour ceux des connaisseurs pas très agréable donc j'ai eu ça j'ai des vertiges qui sont apparus donc les pertes de capacité pulmonaire donc perte de difficulté respiratoire les vertiges bien sûr mais grosse perte d'audition en fait donc sur certaines fréquences jusqu'à 70 % de pertes donc j'ai certaines fréquences que je n'entends plus donc si tu as une alarme incendie incendie par exemple et qu'elle sonne Tu es prié de me le dire parce que moi je n'entendrai pas. Les sons très aigus, je ne les entends plus. Donc il arrive régulièrement que j'ai des alarmes qui se mettent en marche et que je n'entends pas. Donc j'ai là une chance, c'est que j'ai perdu sur les sons très graves et très aigus, et pas trop sur les fréquences parlées. Donc sur les fréquences parlées, j'ai une perte qui va devenir à 40%. C'est-à-dire qu'en fait, quand on est en tête-à-tête, j'ai quasiment aucun gêne pour compréhension, etc. Là où ça va devenir compliqué pour moi, c'est dès qu'il y a plusieurs personnes qui vont me parler. Donc ça, en fait, très régulièrement, je suis obligé de sortir s'il y a trop de monde qui parle ou si je parle avec quelqu'un et qu'il y a du monde qui parle à côté, je ne vais plus réussir à entendre ce que dit la personne en face.
- Speaker #1
Ça a été un long processus de reconstruction, que ce soit physique ou mental ?
- Speaker #0
Oui, il y a eu deux processus. Alors, processus physique, oui, parce que c'est l'acceptation qui est difficile. C'est-à-dire que moi, comme je disais, j'avais toujours été très dans la compétition, etc. Du jour au lendemain, je ne peux quasiment plus faire de sport. Je ne peux plus faire de parachutisme, je ne peux plus faire de moto, je ne peux plus faire de vélo. Sur le vélo, en fait, je suis tombé. J'avais perdu l'équilibre, je suis tombé. En moto, je n'ai plus touché ma moto pendant 10 ans. Enfin, j'ai racheté une moto au bout de 10 ans. Il m'a fallu 10 ans pour réussir à faire une rééducation et à réussir à partir là-dessus. Donc forcément, ça se porte sur le moral. Et puis surtout, en fait, moi, au retour, j'ai commencé à développer. Alors qu'aujourd'hui, j'identifie comme un choc post-traumatique, mais que je ne savais pas sur le coup. C'est-à-dire que, comme je te disais tout à l'heure... Le vendredi, tu es en opération. Le samedi, tu es dans l'avion. Le dimanche, tu es sur le canapé avec tes filles. Sauf que tu n'es pas prêt à ça. Tu n'es pas prêt à reprendre une vie normale. Tu n'es pas prêt à reprendre la vie telle qu'elle était quand tu l'as laissée. Et du coup, j'ai commencé à m'enfermer. Et avec quelque chose qui est très prégnant dans ces moments-là, c'est ce sentiment, je pense qu'on l'a tous, que les personnes qui sont autour ne peuvent pas comprendre. En fait, j'avais deux sentiments. J'avais ce sentiment que je ne pouvais pas me confier aux gens autour de moi. Pourtant, ma femme était militaire, déjà. Donc, elle, en fait, elle savait déjà beaucoup de choses. Elle avait déjà beaucoup d'infos de par son poste, etc. Donc, j'avais cette chance-là. Beaucoup ont caché des choses. Moi, je ne cachais pas. J'avais cette chance-là. Mais tu ne peux pas leur expliquer, pour un moment simple, c'est que dans ta tête, les seuls qui peuvent comprendre,
- Speaker #1
c'est ceux qui étaient avec toi.
- Speaker #0
C'est ceux qui l'ont vécu. Et ça... J'ai gardé ça des années. Je ne pouvais pas. Et du coup, tu as une notion d'enfermement et tu as une notion de culpabilité. Alors, beaucoup appellent ça le syndrome du survivant, mais ce que je sais, moi, c'est qu'aujourd'hui, on te dit, quand tu es passé près de la mort, les gens profitent à fond de la vie, vivent à 200%, etc. Ce n'est pas aussi simple. C'est loin d'être aussi simple. Alors oui, sûrement, dans un deuxième temps. Mais dans un premier temps, en fait, c'est tout le contraire. C'est-à-dire que tu ne comprends pas ce que tu fais dans la mort. D'une part, il y avait deux choses. D'une part, on m'a dit de suite, mais ce n'est pas normal que tu t'en sois sorti. Donc, je me voyais un peu comme une anomalie. Ce n'était pas normal que je sois là. À un point que j'en arrivais à dire, ça aurait été mieux si j'étais resté là-bas. Et ça, je suis arrivé à me le dire à mes enfants. Une fois, j'ai ma fille qui m'a dit, mais papa, tu es là, c'est super, tu es vivant. T'imagines, nous sinon, on serait orpheline, etc. Et j'en suis arrivé à leur dire, mais ça serait peut-être mieux pour vous, avec ce que je leur faisais vivre. Parce que... enfermement. Le deuxième sentiment, c'était la culpabilité parce que j'ai laissé des copains là-bas, et je parle pas de ceux qui sont morts, parce que ceux-là, bien sûr, tu t'en veux, mais en fait, quand tu rentres, t'as tellement vécu dans ce système que je te décris de l'Ocosso, mais qui a été multiplié par mille en Afghanistan. En Afghanistan, il n'y a pas une sortie où t'as pas un tic, où t'as pas une embuscade, où t'as pas un tir. Il n'y a pas une fois où tu sors, chaque fois que tu sors, tu sais que tu vas avoir quelque chose. Donc tu sais que tu es obligé de confier ta vie à celui qui est avec toi et qui confie ta vie. Donc quand tu rentres, tu as ce sentiment de dire, putain mais j'ai encore des copains qui sont là-bas. Moi quand je suis rentré, j'avais qu'un objectif, c'était de retourner. Pour deux choses, me venger, ça maintenant je le sais, sur le coup je ne savais pas mais maintenant je le sais. Me venger, parce qu'entre le moment où il y a eu l'attentat et le moment où je suis rentré, je n'en ai pas eu assez pour me venger. Pas assez de contacts, etc. Et puis... J'ai laissé des copains là-bas et moi, je suis tranquille sur mon canapé serein. Eux, ils sont toujours en danger. Et moi, je ne suis pas là-bas pour les protéger. Et ça, psychologiquement, c'est très, très lourd. Donc, je passais des heures à chercher ce qui se passait en Afghanistan. Ma fille m'a trouvé plusieurs fois devant la télé à 3h du matin. Mais qu'est-ce que tu fais ? Je ne dormais plus. Je ne dormais plus parce que tu revis les choses, parce que tu... Tu l'as réfléchi en permanence. Plusieurs fois, ma fille me trouvait devant la télé en train de regarder, chercher des renseignements sur Afghanistan, etc. Et je me souviens d'une fois qui m'avait vraiment marqué, où c'est que... Moi, j'ai des jumelles, et elles avaient à cette époque-là... 5 ans, 5-6 ans quoi. 6 ans, elle va voir. Et j'en ai une qui descend et qui me dit « Mais qu'est-ce que tu fais papa ? » Je lui dis « Mais t'inquiète, je regarde la télé. » Et elle me dit « Ouais papa, mais la télé elle est éteinte. » Et en fait, je regardais l'écran. Mais en fait, moi dans ma tête, je revivais toutes les images, je revivais ce que j'avais trouvé comme info, ce qui se passait, il y avait de nouveau un attentat ce jour-là, etc. Toutes ces choses-là en fait que tu vis et qui te bouffent et où tu ne peux pas avancer parce que... parce que t'as pas la personne ou t'as pas les personnes à qui te confier et t'as pas envie de te confier en fait parce qu'on t'inculque très tôt cette culture de l'homme fort, cette culture le militaire il est pas faible, il est fort le para encore plus toi t'es comme ça et du coup en fait Tu as l'impression que de te confier là-dessus, d'avouer ça, c'est un signe de faiblesse. Et puis il y a même un moment où c'était considéré comme ça, même dans l'armée. C'est-à-dire que le mec qui n'allait pas bien, la première chose, c'est qu'on te sort. Et d'ailleurs, moi, mes premiers soins, j'ai commencé à les faire dans le civil, en fait, pour pas que ça se sache. La première psy que je suis allé voir, c'était dans le civil. Le plus gros sévère de ma vie.
- Speaker #1
Elle n'avait pas les armes pour... Exactement.
- Speaker #0
Moi, quand il me dit qu'est-ce qui se passe, c'est que je lui dis, ben voilà, j'ai sauté sur 80 kilos d'explos, j'ai vécu ça, j'ai perdu 10 copains, j'ai eu ça, on a encore eu des morts à 8 jours de rentrée, machin, etc. Elle me dit, oui, mais je pense surtout que vous avez un problème avec votre mère. Je lui dis, bon, la discussion s'arrête là. Et je te jure que ce n'est pas une caricature et je te jure que ce n'est pas un bobard. C'est la première chose que m'a dit la psy d'avis d'un côté où j'habitais, cachée à la voix. Elle m'a dit, oui, mais je pense, on va d'abord régler le problème que vous avez avec votre mère.
- Speaker #1
J'ai deux questions. Comment on s'y prend quand on ne reconnaît plus rien de soi dans ces moments-là ? Très très bonne question ça. Merci, mais j'en ai une autre. Comme ça, ça te permet de réfléchir à la première. Comment tu tiens ? Qu'est-ce qui te fait tenir à ce moment-là ?
- Speaker #0
Ça va être dur de répondre d'une manière générale parce que je pense qu'on est tous...
- Speaker #1
Non mais toi personnellement.
- Speaker #0
Tous différents, ouais. Comment tu fais pour vivre quand tu ne te reconnais plus ? Tu n'as plus envie de vivre. Moi, je ne me reconnaissais plus. J'avais des excès de colère, j'avais de l'enfermement. Moi qui avais cette... Je ne sais pas, j'étais quelqu'un de toujours assez ouvert, qui a toujours été dans le collectif, tu vois, tout ce côté-là. Le jour où j'ai été arrêté de l'armée, je suis passé de serrer 200 paires de mains par jour à ne plus voir personne, à être chez moi. Et justement, tu ne te reconnais plus. C'est pour ça que j'ai essayé de te poser une question, parce que c'est vraiment un aspect, un facteur qui est très peu mis en avant et qu'on ne va pas toujours chercher. C'est-à-dire qu'on va toujours chercher comment tu as fait pour passer au-delà, mais aussi comment tu as fait avec les autres. Mais la première personne avec qui c'est difficile de vivre, c'est toi-même en fait, à ce moment-là. Parce que, comme je te disais, tu t'en veux. Tu t'en veux d'être là, tu comprends pas pourquoi t'es vivant, tu t'en veux de ce que tu fais vivre aux gens autour de toi. Parce qu'il y a un truc dont j'étais très conscient, c'est ce que je faisais vivre avec moi. Et ça j'en étais très conscient. Mais impossible de passer au-dessus quoi. Impossible. Déjà tu dors plus, donc t'es dans un état physique qui est lamentable. Je pense que pendant des années j'ai pas dormi plus de deux heures d'affilée. Donc tous les physiologistes diront que c'est...
- Speaker #1
C'est intenable.
- Speaker #0
Et puis tu t'en veux, en fait, tu t'en veux de ne pas avoir la force, parce qu'encore une fois, tu dis ça, moi, pour parler de moi, je l'avais vraiment vécu comme de la faiblesse, en fait. J'ai mis très longtemps à comprendre que le choc post-traumatique, c'était d'abord une blessure. Et ça, on a mis longtemps à le faire reconnaître, même par les armées, le terme blessure. Pas une maladie, c'est une blessure. Donc c'est la conséquence de quelque chose, c'est une blessure. Au même titre que tu prends une balle, c'est une blessure physique. Chapeau somatique est une blessure psychologique, mais c'est une blessure. Aujourd'hui c'est reconnu comme tel, c'est très important. Donc mille très longtemps à comprendre que c'était une blessure, et comprendre que c'est quelque chose qui est mesurable. C'est quelque chose que tu peux aujourd'hui, et je suis même très surpris que ça ne se fasse pas systématiquement, au départ tu te dis que c'est toi qui es faible, et que tu ne comprends pas pourquoi. Et tu comprends avec le temps... et moi c'est ça qui m'a fait répondre à ta deuxième question, c'est ça qui m'a fait avancer, comprendre qu'il se passe réellement quelque chose dans ton cerveau. C'est-à-dire que quand tu es en état de choc post-traumatique, ce n'est pas les mêmes zones du cerveau qui s'activent. Tu fais faire la même activité à un mec qui est vite en choc post-traumatique, de quelqu'un qui va bien, qui n'a jamais vécu de gros chocs, comme on a vécu de gros chocs, comme on a pu les vivre, pour la même action, ce n'est pas la même zone du cerveau. C'est-à-dire qu'il y a des zones du cerveau du choc post-traumatique, qui sont mortes, qui sont noires, qui ne s'activent plus sur les IRM. Et par contre, on a d'autres qui sont hyper actives. Et c'est très différent de la personne qui n'a pas vécu ça. Et du coup, il se passe vraiment quelque chose de physique. C'est-à-dire que ce que tu vis, toi, au départ, comme une faiblesse, un jour, tu comprends qu'en fait, c'est quelque chose que tu ne peux pas contrôler parce que c'est quelque chose qui se passe physiquement dans ton cerveau. Et moi, ce qui m'a fait aider, je te dirais qu'il y a deux choses dans la reconstruction. C'est d'abord comprendre. C'est très bête. mais comprendre. Comprendre justement ça, comprendre que c'est une blessure, comprendre ce qui se passe dans ton cerveau, comprendre que c'est normal, comprendre que ce n'est pas une honte. Comprendre les différentes étapes, notamment pour moi la révélation, ça a été une des révélations, ça a été de découvrir la courbe du deuil d'Elisabeth Kluber-Ross qui est une psychiatre amande qui a expliqué qu'on passe tous par les mêmes phases face à certains événements. Alors, je dis souvent, un gros choc ou un petit échec. On vise tous les différents temps.
- Speaker #1
C'est l'intensité qui peut être différente.
- Speaker #0
Exactement. Et le temps dans lequel tu vas rester. Mais il faut accepter de passer par toutes ces phases-là. La première des phases, c'est le déni. Et celle-là, elle peut durer longtemps. Moi, elle a duré des années. En disant, mais non, je ne suis pas dans cet état-là. Après, tu as une phase quand tu acceptes ça. Ou tu as une phase de négociation. Tu te dis, putain, ouais, bon. ok mais moi c'est pas vraiment ça ok alors c'est ça mais par contre je veux pas le vivre comme ça en fait tu crois que t'as encore du poids là-dessus et puis il y a 5 phases comme ça et bon je vais pas je vais pas rentrer dans le détail mais mais ces 4 premières phases qui sont assez négatives donc il y a le nid il y a la négociation il y a voilà et elle t'amène à une phase qui est hyper importante c'est la phase d'acceptation c'est ce que j'avais fait dire et cette phase d'acceptation en fait quand tu la vis tu comprends que les 4 autres phases elles étaient nécessaires pour t'aider à découvrir Merci. Et cette phase, elle est géniale parce que dans cette dernière phase, tu peux aller bien plus loin que où tu étais.
- Speaker #1
J'aime bien ton image des mers à décoller. Oui, c'est vrai. Tu lâches des poids quelque part.
- Speaker #0
Alors moi, pendant mon temps, et j'ai même pour te dire, dans la conférence, j'ai très peu d'images que je mets. Mais il y a deux images que je mets, que j'ai générées par l'intelligence artificielle, en expliquant à l'IA ce que je ressentais quand j'étais... en chapeau astromatique, ce que je ressentais quand j'ai commencé à sortir, quand je me reconstruisais, et ce que je ressens aujourd'hui. Et là, l'IA m'a généré trois images. La première image qu'elle m'a générée, c'est un mec qui est sous l'eau, avec des gros cailloux, avec des gros rochers, et il lève la tête pour essayer de sortir, mais il n'y arrive pas. Parce qu'en fait, tout ça, c'est un poids qui te tient au fond. Et à un moment donné, tu comprends qu'en les posant, ces cailloux, euh... tu vas pouvoir remonter. Et la troisième phase, c'est de comprendre que c'est caillou. Tu ne dois pas juste les poser, tu dois t'en servir. Et qu'en fait, si tu les poses, tu peux monter dessus. Et là, non seulement tu vas pouvoir sortir la tête de l'eau, mais tu vas pouvoir aller plus haut, parce qu'en fait, ils vont te servir à être au-dessus de l'eau. Et c'est exactement ces images-là, et j'ai trouvé génial quand ça m'a généré ça, parce que c'est exactement ça. Pour moi, dans la vie de tous les jours, on parle beaucoup de résilience. Alors, je t'avouerai qu'aujourd'hui, moi, j'ai entendu trop parler. et qu'on dise ce terme résilience à toutes les sauces. Pour moi, on a vraiment galvaudé le concept même. Je vais prendre un exemple très bête, mais que j'ai lu un jour dans un article et qui m'a fait mourir de rire. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le mec, il va à la boulangerie chercher des chocolatines, parce qu'on dit bien chocolatines. Il n'en a plus. Il va prendre un croissant, il va rentrer chez lui, il va dire, j'ai été résilient, j'ai accepté de ne pas prendre de chocolatines, j'ai pris un croissant. Aujourd'hui, on en est là, mais vraiment. Moi, je n'entends pas de résilience partout.
- Speaker #1
Comme la bienveillance.
- Speaker #0
Mais sans complaisance.
- Speaker #1
Voilà. Galvaudé aussi.
- Speaker #0
Exactement. Mais exactement ça. C'est pareil. On pourrait longtemps débattre là-dessus aussi, sur la bienveillance, et tu as entièrement raison. Donc, pour moi, la résilience, en fait, ça commence vraiment à... Je commence à me dire que c'est un principe qui est complètement galvaudé. Du coup, je suis allé chercher les définitions. Il y a eu une définition, il y en a eu plusieurs. Il y en a du père de la résilience et machin, mais moi, je vais te parler d'une qui a été... officialisé puisque c'est une commission de l'État qui a désigné ça. Et cette commission de l'État a dit la résilience c'est quoi ? Je ne parle pas de la vraie définition de la résilience qui est la capacité d'un matériau à reprendre sa forme d'origine après une déformation, etc. Moi je te parle chez l'humain. Il dit chez l'humain la résilience c'est la capacité de l'humain à retrouver une vie satisfaisante après un choc ou un échec. Moi quand j'ai lu cette définition, ça m'a fait sortir de mes gants. Je me suis énervé. J'ai dit, mais comment on peut penser que ça suffit, ça ? Comment on peut penser que retrouver une vie satisfaisante, ça soit suffisant ? Mais bien sûr que non.
- Speaker #1
Et où est le curseur de satisfaisance ?
- Speaker #0
En plus, c'est ce que je me suis dit. Mais satisfaisance, ça veut dire quoi ? Ça veut dire être capable de se lever le matin, de manger, d'avoir une vie, d'avoir un travail. Parce que c'est comme ça que c'est vécu. Oui, mais aujourd'hui, j'ai retrouvé un travail.
- Speaker #1
Il revient sur des besoins très primaires des fois. Exactement.
- Speaker #0
Mais franchement, je vais être honnête avec toi. Moi, si c'est avoir vécu ce que j'ai vécu, avoir vécu les dix ans de reconstruction. 8 ans de reconstruction. Si c'est pour arriver au même niveau qu'en partant, ça ne vaut pas le coup. Franchement, ça n'avait pas le coup de le faire. Il valait mieux s'arrêter en cours de route. Et j'ai pensé. Le nombre de fois où j'ai pensé arrêter parce que je n'étais plus à ma place, parce que je me suis dit que j'étais du mal aux autres, moi, quand je dis que j'y ai pensé, je me suis mis un canon dans la bouche. Donc, quand je dis que je l'ai envisagé, ce n'est pas que je l'ai envisagé un matin. Je l'ai envisagé de le faire, en fait. Et je vais aussi répondre à ta question tout à l'heure. Ce qui m'a empêché de le faire, c'est mes proches. C'est ce que j'appelle dans la conférence le petit ressource. Moi, j'ai eu la chance d'avoir ma femme qui a tenu le coup jusqu'à ce que je me reconstruise. Et mes filles, en fait, qui étaient tout pour moi. Et que je ne pouvais pas me résoudre de les laisser là. Mais tu vois, j'ai plein de monde autour de moi qui ont divorcé pendant cette phase-là. Et chacun a le même discours. C'est de dire, je ne peux même pas en vouloir mon examen. Parce que ce que je tenais à vivre, ce n'était pas possible. Moi, elle a tenu.
- Speaker #1
Elle t'a tenu ?
- Speaker #0
Elle m'a tenu. Mais clairement, c'est elle qui a tenu le foyer pendant des années, etc., tant que je me reconstruis. Donc, si tu veux aussi, c'est vivre ça, faire vivre ça, pour retourner au point de départ, zéro intérêt. Pour moi, la résilience, ça ne suffit absolument pas. On doit aller plus loin. Tout ce qu'on vit, ça doit te servir à devenir plus fort. Ça doit te servir à devenir meilleur. Et là, je ne parle même pas que des grosses choses comme on a pu vivre, moi ou d'autres. Je te parle des échecs. Je te parle de, je ne sais pas, dans l'entreprise, tu cas un produit, il ne marche pas. Ok, est-ce que tu dois te satisfaire de dire, ok, il n'a pas marché. Ok, j'arrive à le mettre de côté et je repars. Non, tu dois apprendre en fait. Pourquoi ça n'a pas marché ? Et tout ton échec là, il doit servir à quoi ? Être meilleur sur le prochain produit que tu vas créer ou que tu vas lancer ou la prochaine activité que tu vas faire, etc. Tu ne peux pas te satisfaire. Et c'est ça que j'aime dans la courbe d'Elisabeth Kuberos, c'est que c'est une sorte d'escargot, si tu veux. Et quand tu la regardes, tu pars du choc. On voit que tu descends. Donc ça, c'est les phases qui sont compliquées. Avec notamment, il y a une phase qui est toujours très compliquée, c'est celle où il y a le plus de passage à l'acte. C'est le jour où la personne comprend que ce qu'elle a vécu, en fait, c'est... Elle l'a bien vécu. C'est là. Elle n'a pas le choix. Donc elle commence à l'accepter. mais cette phase, c'est le début de l'acceptation, celle qui va permettre vraiment le trampagne d'aller plus haut, comme on disait tout à l'heure, mais c'est la phase où la personne accepte que c'est comme ça, elle l'a vécu, et elle ne sera plus jamais la même. Et ça, c'est vécu d'une façon très négative, et c'est présenté d'une façon très négative dans beaucoup de bouquins. C'est-à-dire qu'on te dit, acceptez que vous ne serez plus le même. Mais moi, j'ai des psychiatres qui me l'ont dit, j'ai des psychologues qui me l'ont dit. Il dit, monsieur Arat, il faut accepter que vous ne soyez plus le même. Oui, je suis entièrement d'accord. Mais la façon dont vous le présentez, c'est négatif. C'est-à-dire que je ne pourrai plus revenir à mon point de départ. Il faut que j'accepte. Plutôt que de me dire ça, expliquez-moi que ton point de départ, il est là, néné. Tu es descendu là. Mais maintenant, moi, je ne te propose pas de revenir là. Moi, je te propose de revenir au-dessus. Et là, vous verrez peut-être que les gens réagiront très différemment. Et cette phase-là, elle est compliquée parce que quand les gens comprennent qu'ils ne peuvent pas changer les choses. qu'ils doivent accepter et qu'ils ne retrouveront plus leur point de départ, c'est le moment où on a le plus de passage à l'acte, où il faut être très vigilant avec les personnes.
- Speaker #1
Ta vision de la résilience, quelque part, c'est bonifier son expérience, quelle qu'elle soit, pour la mettre au service de quelque chose de plus fort ?
- Speaker #0
Ma vision de la résilience, c'est que la résilience ne suffit pas. Et tu m'as posé la question tout à l'heure, c'est d'ailleurs une partie du titre de mon livre. Mon bouquin s'appellera « J'ai survécu et alors ? » car la résilience ne suffit pas. La résilience qu'on avait définie aujourd'hui, je ne peux pas la redéfinir. Je ne peux pas la redéfinir, c'est écrit, l'État l'a définie. Pour eux, c'est revenir au point de départ. Et encore, peut-être même un peu en dessous, ce n'est pas grave. Satisfaisant, ça ira.
- Speaker #1
Tu peux créer autre chose.
- Speaker #0
C'est ce que j'ai fait. Et pour moi, en fait, les épreuves, les échecs, tout ce qu'on vit, on ne peut pas se satisfaire justement de la résilience. On doit aller bien au-delà. On doit aller au-dessus et on doit devenir plus fort, on doit devenir meilleur. Moi, aujourd'hui, ça peut paraître... Pas très humble de dire ça, mais c'est ce que je pense profondément et intimement. Je pense qu'aujourd'hui, je suis... quelqu'un de meilleur qu'Avalatanta, concrètement. Je suis aujourd'hui capable d'empathie sur des choses dont je n'étais pas capable à l'époque. Je suis capable d'une certaine compréhension vis-à-vis de plein d'événements que je n'étais pas capable à l'époque. Je suis aujourd'hui capable de vivre dans mon entreprise des choses d'une manière beaucoup plus sereine. Je vois les choses différemment. Alors oui, j'en reviens un peu, oui, on profite de la vie, mais pas que. On profite de la vie, mais on sait aussi vivre les moments difficiles, les moments, et on continue d'en vivre. On ne peut pas rêver. Moi, le négatif ne s'est pas arrêté ce jour-là. T'imagines bien, on a tous nos événements dans la vie. Je vis actuellement des choses très compliquées au niveau perso. Je sais que je vivrai très différemment si je n'avais pas cette expérience-là, si je n'avais pas ce vécu-là, c'est certain. Et de ce côté-là... Si j'avais le choix, je ne sais même pas si je changerais les choses.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui, tu ne vois pas cette situation aussi, ce qui t'est arrivé, dans certains cas, comme une force ? Même si c'est dur de se dire ça, tu vois. Après, c'est une période de reconstruction. Comme tu l'as dit, ça t'a desservi à certains moments.
- Speaker #0
Peut-être que le mot est mal choisi.
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
mais je comprends très bien ce que tu veux dire. Et je me suis souvent posé la question. Je me suis dit, si je devais revivre, est-ce que je changerais les choses ? Un moment donné, je me suis vu dire dans une discussion, en fait, c'est vachement bien ce qui m'est arrivé. Quelque part, ce qui m'est arrivé, c'est une force. Et je ne crois pas. Je ne peux pas aller jusque-là juste parce que, comment je peux dire ça ? Juste parce que rien ne méritait le mal que j'ai fait à mes proches. Et juste pour ça, je ne peux pas voir ça d'une façon positive. Maintenant, si je regarde les conséquences, si je me regarde, si je regarde ce que j'ai fait aujourd'hui, oui, c'est une force dans le sens où je me suis reconstruit plus fort, où j'ai fait des choses que je ne serais pas allé chercher, où des moments j'avais des hésitations, aujourd'hui je fais. Oui, juste que je n'arrive pas à le voir d'une façon que positive parce que forcément j'ai fait du mal. C'est une force aussi pour mes enfants. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, moi, je suis hyper fier de ce qu'elles font aujourd'hui. Je suis hyper fier de ce que fait ma femme aujourd'hui. Et je sais que ça fait partie, c'est ces épreuves aussi qui les ont construites. Mais j'aurais préféré qu'elles se construisent sans ce que je leur ai imposé. Ça, c'est sûr. Ça, ça restera toujours, par contre. Elles n'avaient pas choisi. Moi, j'avais choisi mon métier. Je connaissais les risques. Elles avaient 5 ans. arriver le lendemain matin à l'école et que les autres enfants te disent, il paraît que ton père est mort ce week-end en Afghanistan. Aucun gamin mérite de vivre ça. De passer la journée à pleurer sans que personne comprenne pourquoi et que les instituts se posent la question.
- Speaker #1
Tu parles de construction. Tu as réussi aussi à te reconstruire, à être nouveau Laurent, je ne sais pas si on peut l'appeler comme ça. mais à faire plein de choses donc aujourd'hui tu es chef d'entreprise depuis plusieurs années dans la transmission c'est le lien entre on l'a dit en début d'interview c'est le lien entre chacune de tes activités quel sens tu trouves à cela ?
- Speaker #0
quand j'ai commencé à aller mieux quand j'ai commencé j'ai eu des déclics en fait il y a des choses qui m'ont aidé la reconstruction ça a été long J'ai eu des événements qui m'ont dit, hop là maintenant ça suffit. Donc là j'ai décidé de me reconstruire, ça c'est le premier pas aussi, c'était la construction, j'ai décidé de le faire, j'ai décidé, et après j'ai fonctionné objectif par objectif. Je me suis imposé tous les jours un objectif positif. Des petits trucs, et puis au fur et à mesure qu'ils ont grossi, quand je dis des petits trucs, c'est que le premier objectif, c'était vis-à-vis de mes filles, c'était de me lever en même temps qu'elles pour prendre un petit déjeuner avec elles, tu vois, c'est basique. Après ça a été des années à l'école, après ça a été très très pas dans le truc. J'ai fini par refaire des maisons, parce que je voyais ce que je faisais. Et puis est arrivé le moment où j'ai continué à évoluer et de dire, maintenant j'ai envie de créer mon entreprise. La première chose ça a été de dire, on va le créer ensemble avec ma femme, parce que c'était important pour nous. Qu'est-ce qu'on va faire ? On a envisagé plein de trucs. Et puis j'ai fini par me dire, mais en fait, dans l'armée, j'étais moniteur de sport, j'étais toujours dans la formation. Et là je me suis dit, mais en fait... Transmettre, c'est vraiment ce qui me plaît. Et transmettre dans le sens, c'est de permettre aux gens d'aller plus vite que moi. de ne pas mettre le même temps. On passe tous par la même phase, je te l'ai dit tout à l'heure. Mais à un moment donné, moi j'ai des phases qu'avec le recul, je me dis, cette phase, je suis resté 4 ans. Peut-être que si j'avais eu les bonnes infos et tout ça, je serais peut-être resté 4 mois. Donc aujourd'hui, c'est ça. J'ai commencé par la formation. Les domaines que je connaissais, que j'aimais, etc. Il y a eu deux choses. Le côté risque physique, parce que... Donc, j'étais pas sûr, etc. Pourquoi ? Parce qu'après, j'ai eu beaucoup de problèmes physiques qui ont fait que je réapprenais à faire les choses à l'économie, pour mon corps. Je pouvais plus tenir debout longtemps, j'avais perdu l'équilibre, j'avais tout ça. En fait, il a fallu que tout ça, je réapprenne à le faire. Donc, je transmets aujourd'hui comment s'économiser. Le secourisme, c'était très important et aujourd'hui, ça reste encore mon cheval de bataille, de former tout le monde en secourisme, etc. Donc, j'ai monté cet organisme qui a 10 ans. Et en fait, au fur et à mesure, moi, j'ai fini de me reconstruire aussi. Et puis, au travers de tout ça, j'ai commencé un jour à faire un autre podcast assez connu.
- Speaker #1
Tu veux dire, il n'y a pas de sujet, je trouve.
- Speaker #0
Non, mais en fait, c'est vrai que j'ai eu un autre déclic quand j'ai fait les jambes. Quand j'ai fait les jambes, pourquoi ? Parce qu'en fait, je les refusais au départ. Parfois, quand ils m'ont contacté, je les refusais. Et puis, quand j'ai accepté, en fait, c'était compliqué pour moi de mettre... ma vie privée dans le public. Très compliqué. Peut-être peur du jugement, on va dire ce qui est. Mais surtout, c'est difficile parce que tu perds le contrôle. Et moi, c'est compliqué de perdre le contrôle. Puis on t'a appris de garder le contrôle. Exactement, tu as tout compris. Quand tu as passé 20 ans militaire à apprendre à garder le contrôle, c'est compliqué. Et en fait, les retours que j'ai eus après ce podcast... ont tellement été riches en fait d'échanges, des gens qui m'ont appelé, qui m'ont envoyé des messages, qui ont réussi à trouver mon numéro, pour me dire, vous m'avez aidé en fait, j'ai compris, merci, j'ai compris, j'ai compris ce que je vivais, etc. Je me suis dit, tu ne peux pas rester là-dessus en fait, il faut que ce que tu as appris toi en disant, tu puisses en fait aider les gens à aller plus vite. Et c'est là que du coup, ça faisait maintenant quelques années que j'avais ma boîte, elle était structurée, elle pouvait se passer un peu de moi, etc. Et puis elle a été menée de main de maître par ma femme. Donc pas de souci. J'avais entièrement confiance. Et du coup, j'ai dit, maintenant, je vais commencer les conférences. Parce qu'en fait, on m'a demandé plusieurs fois. J'ai commencé à le faire. Et en fait, j'ai pris un plaisir immense dans les conférences. Alors quand on parle de transmettre, c'est pas sur le côté descendement. Parce que ça, ça me plaît pas. Je vais dire ce qui est. Tu es pas là pour donner. Ouais, c'est ça. Je suis pas là pour donner des leçons. Je suis surtout pas là. Et c'est pour ça que je disais tout à l'heure, je peux pas parler pour tout le monde. Moi, je suis pas là pour dire aux gens comment il faut faire. Par contre, ce que je peux dire, c'est comment j'ai fait moi et ce que j'en ai appris. Et les quelques outils, j'ai même fini par créer une méthode, si on peut appeler ça comme ça, pour dire genre voilà, un petit moyen mnémotechnique, voilà. Et cette petite méthode, un peu ce qu'on a évoqué ensemble, je parle juste du côté acceptation, de passer par toutes ces phases-là, d'avoir son key ressource, de fonctionner par objectif, etc. Toutes ces choses-là, en fait, je me les applique tous les jours. Je me dis en fait tu n'as pas de honte à le transmettre, au contraire puisque toi c'est ce que tu fais tous les jours et c'est grâce à ça qu'aujourd'hui tu en es où tu en es. Et du coup j'en suis arrivé aux conférences comme ça après le podcast, à arriver sur les conférences et de dire en fait je vais continuer à transmettre parce que ça va me permettre de toucher encore plus de monde. Tu fais une conférence, que tu aies 50 personnes en face, je crois que la dernière que j'ai fait il y avait 70 personnes, une boîte, une entreprise de 70 personnes. J'en ai eu un où il y avait entre 5 et 600 personnes, par exemple. Et bien, il n'y a pas une fois, je dis bien, il n'y a pas une fois où à la fin, il n'y a pas quelqu'un qui est venu me voir pour me dire, j'ai réalisé, j'ai réalisé ça. Ou des fois, ce n'est pas sur le coup, tu reçois un message après, sur LinkedIn, etc. Il n'y a pas une fois. Et à chaque fois, je me dis, mais même sur les 500 personnes, si tu n'en es qu'une, en fait,
- Speaker #1
tu as gagné. C'est ce que j'ai habitué de dire sur un podcast.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
quelle que soit l'ambition qu'on veut mettre ou quoi que ce soit derrière c'est l'intention de bien faire et même si cet épisode ne touche qu'une personne tout le travail qui a été fait c'est gagné c'est juste apporter notre pierre là-dessus et la suite du coup c'est quand tu parlais du bouquin tout à l'heure c'est ça en fait c'est que je me dis voilà le bouquin c'est
- Speaker #0
bête ce que je vais dire mais j'allais dire je ne fais pas pour le vendre du moins ce n'est pas pour le côté financier il va être content ton éditeur Oui. Non mais je veux dire, je ne vise pas, je ne peux pas dire que je vise, s'il y en a qui écrivent un bouquin en disant, voilà, je vise de vendre 4000 exemplaires, 100 000 exemplaires, etc. Moi, je ne vise pas les 100 000 exemplaires. Pourquoi je veux qu'ils se vendent ? Pourquoi je veux qu'il se vende beaucoup ? C'est parce que plus il va se vendre, plus il va toucher des gens. Parce qu'il y a celui qui achète, mais il le recommande, il le fait lire, il le pose. Et je me dis, en fait, c'est une force incroyable, en fait, le bouquin. Et aller aux conférences, tu vas à une conférence, les gens achètent ton bouquin derrière, ils achètent ton bouquin, ils vont le montrer à leurs collègues. Et je me dis, en fait, c'est surtout un moyen de toucher un maximum de monde.
- Speaker #1
C'est un cercle vertueux, continue à transformer. Complètement,
- Speaker #0
mais complètement. Moi, tout est fait comme ça aujourd'hui.
- Speaker #1
Et est-ce qu'aujourd'hui, parler de Tony Store, c'est encore douloureux ou c'est devenu une force apaisée quelque part ? Ou tu as trouvé un équilibre ?
- Speaker #0
Quand je suis allé à Légende, je me suis dit je peux y aller parce que je suis guéri. C'est-à-dire qu'au moment où ils me contactent, enfin au moment où je vais tourner, ils me l'auraient demandé un an avant, je n'aurais pas été capable. Parce que émotionnellement, c'est trop compliqué. Et d'ailleurs, je crois qu'il y a eu un moment dans le podcast où ça remonte trop, parce qu'on attaque le sujet de mes filles. Et j'avoue que ce sujet-là reste toujours plus compliqué. Mais en fait, en faisant ça, je me suis aperçu que ça m'avait encore aidé à avancer. Et du coup, j'avance toujours. Chaque fois, je crois que je suis arrivé, mais j'avance toujours. Mais aujourd'hui, c'est vrai qu'évoquer l'accident, l'attentat, évoquer le choc post-traumatique, évoquer la reconstruction, etc. C'est des choses que je n'aurais pas pu... pu faire il y a 3-4 ans de ça. Je n'aurais pas pu l'évoquer. Du moins, pas dans la galantie, pas sans émotion, ou du moins sans émotion qui se voit comme là. Mais je pense qu'il y a encore du boulot sur certains sujets.
- Speaker #1
On n'a jamais fini d'arriver.
- Speaker #0
Tant mieux. Si on ne progressait plus, il n'y aurait plus d'intérêt à faire les choses. Moi, je reste persuadé que chacun...
- Speaker #1
chaque chose qu'on fait nous amène à quelque chose et c'est intérêt si tu pourrais parler laurent de 2008 la veille de cet attentat vous décidez de ne pas partir parce que la nuit arrive qu'est
- Speaker #0
ce que tu lui dirais je sais pas ce que je dirais parce que j'ai un côté de moi qui pense que J'allais dire que tout est écrit. C'est pas religieux quand je dis ça.
- Speaker #1
Non, il y a quelque chose au-dessus de...
- Speaker #0
Ouais, je...
- Speaker #1
Pardon, je veux pas prendre tes mots.
- Speaker #0
Non, non, c'est ça. Non, non, t'as raison. Ce que je veux dire, c'est que je vais le remettre à mon niveau. Pendant des années, je me suis dit, mais... Pourquoi moi, quoi, on va dire ? C'est pourquoi il m'est arrivé ça. Pourquoi je suis vivant ? Mais pourquoi dans le sens, ça ne devrait pas être le cas ? Je me suis dit ça, pourquoi je suis vivant, c'est pas normal, etc. Après, j'ai commencé à me reconstruire et j'ai accepté que ça soit comme ça. C'est OK, je suis vivant, c'est bien. Et du coup, là, je suis passé à la phase où maintenant, je vais le mettre à profit. Et en fait, j'ai continué d'évoluer quand on parle d'évolution permanente. Et en fait, ça, c'est assez récent. J'ai eu des échanges avec des personnes que certains appelleraient perchés. J'ai eu des échanges avec des gens très terre à terre, mais qui m'ont très surpris sur ce plan-là. Et si tu veux, je pense qu'aujourd'hui, la phase suivante, c'est d'avoir compris que ce n'est pas arrivé pour rien. Et qu'au départ, je me disais, je n'aurais pas voulu que ça m'arrive. Après, je suis arrivé sur, maintenant, j'accepte, ça m'est arrivé. Après, il y a la phase, maintenant, qu'est-ce que j'en fais ? la reconstruction et la transmission qu'on évoquait. Et je pense qu'aujourd'hui, je suis encore plus loin. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, je pense que c'est ma mission de transmettre, en fait. Et je pense que tout ça n'est pas arrivé que si on, après chacun voit qui veut, certains croient dans des dieux, d'autres en l'univers, d'autres en tout ce que tu veux, si on m'a laissé là, c'est pas un cadeau. C'est parce que j'ai quelque chose à faire. Et ce quelque chose à faire, j'ai compris aujourd'hui que c'est transmettre. Transmettre quand tu parles. que ce fil-là, aujourd'hui, ma mission, c'est ça. C'est tout faire pour transmettre. Donc ça passe par ma boîte, ça passe par les conférences, ça passe par le bouquin, ça passe, aujourd'hui, je suis très investi dans les associations de blessés, notamment, je suis à la fois pour Drapeau et très investi dans les gueules cassées, qui est l'association, le vrai nom, c'est l'Union des blessés de la face et de la tête, qui est la première association en France, officielle, qui... Avant, l'UBFT, ça a été créé après la Première Guerre mondiale, en fait, pour les gens qui avaient des blessures à la tête, au visage, qui, du coup, étaient déformés et que la société laissait de côté. Et le colonel qui a créé ça, enfin, des trois, mais il y en a un qui est... considéré comme le père de l'UBSD, est allé déclencher la solidarité nationale pour dire, en fait, arrêtez de les mettre de côté, aidez-les. C'est comme ça qu'a été créée la Loterie Nationale et qu'il y a aujourd'hui le loto. C'est les créateurs du loto. L'État a récupéré après, mais à l'origine, c'est eux qui ont créé cette fameuse Loterie Nationale. Et en fait, on ne se basait que sur les blessés physiques. Et il y a quelques années, ils ont dit, mais en fait, les blessés de la face et de la tête, c'est aussi ce qui se passe dans la tête. Et du coup, on a commencé à prendre en charge et considérer comme possible adhérent de l'UGLC, les gens qui étaient en choc post-traumatique. Et aujourd'hui, tu ne peux pas imaginer tout ce qui est fait. Parce qu'on aide financièrement, bien sûr, mais il y a beaucoup de recherches. Il y a carrément une section qui a été créée à Ligny aux Invalides pour un hôpital de jour, pour les gens qui puissent avoir accès à des médecins, etc. Et du coup, aujourd'hui, la façon de transmettre aussi, c'est d'aider mes frères d'armes ou mes anciens frères d'armes. sur la reconstruction pour leur dire en plus on a un peu plus de poids parce qu'on l'a vécu c'est de dire moi aussi je l'ai vécu et voilà, je ne vais pas te dire comment il faut faire mais je peux te dire ce que j'ai fait moi et donner quelques éléments etc et en fait tout est toujours dans ce truc là aujourd'hui c'est vrai que je considère que c'est un peu ma mission
- Speaker #1
On arrive bientôt vers la fin de cet épisode Laurent, qu'est-ce que tu aimerais que l'on retienne de toi, de ton parcours ?
- Speaker #0
Waouh ! Ce qui me rassure le moins ? Si c'est dans la version souvenir, on va dire, si je devais mourir demain, je voudrais juste, surtout pour mes proches je dirais, mais qu'on se souvienne de moi tout simplement comme quelqu'un de bien. Parce que je ne suis pas parfait, j'ai fait des conneries à tout le niveau, j'ai pas toujours, sûrement fait ce qu'il fallait. Mais aujourd'hui, je pense que tout ce que je fais, je le fais, j'allais dire, pour servir. Et quand on parlait de fil conducteur, ça fait partie des choses aussi. Je pense que je suis aussi là pour servir. Et juste qu'on se rappelle de moi d'une façon positive, comme quelqu'un de bien, ça me suffira.
- Speaker #1
Le nom de ce podcast, c'est Inspiré. Qu'est-ce qui t'inspire, toi, encore aujourd'hui ? Les gens, je crois. Le plus,
- Speaker #0
c'est les gens. Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, entre les conférences que je peux faire ou auxquelles j'assiste, etc., j'ai la chance de croiser, de rencontrer des gens très différents, d'horizons très différents, avec des parcours très différents et tellement de gens inspirants. On en parlait avant le début du tournage, mais tu en as reçu ici. Je kiffe ma vie pour ça. Donc j'apprends. Pour moi, quand je dis qu'il faut être au-delà de la résilience et pour devenir meilleur, c'est en apprenant. Donc j'apprends souvent. Et ce partage de parcours inspirant, moi, c'est les gens. C'est les gens qui m'inspirent, les gens que j'ai la chance de croiser régulièrement, de connaître. Et puis... Je pense que dans les gens inspirants, il ne faut peut-être pas oublier qu'on ne parle pas assez souvent. C'est notre jeunesse, en fait. Je pense qu'on a beaucoup à apprendre à nos jeunes, mais on a beaucoup à apprendre de nos jeunes. Et moi, je suis par moments en admiration de certains jeunes qui font les choses bien plus tôt que nous. Même mes filles, quand je vois les ambitions qu'elles ont, ce qu'elles peuvent faire, tu vois, je me dis, mais moi, à cet âge-là, je ne pensais pas à ça, en fait. Et quand je regarde un peu mon parcours de vie aujourd'hui, je me dis, déjà, je ne pensais pas à ça et j'ai fait beaucoup de choses. Alors je me dis, mais en fait, inspirons-nous des jeunes et poussons-les, aidons-les à réaliser beaucoup de choses, je pense, qui peuvent nous inspirer beaucoup de choses.
- Speaker #1
Ta dernière rencontre inspirante, puisque tu parles des gens.
- Speaker #0
Ah ! La dernière, dernière...
- Speaker #1
Je dis la dernière parce que c'est... Des fois, je vais poser la question la plus marquante,
- Speaker #0
mais c'est toujours difficile. Oui, c'est toujours compliqué de choisir une personne. Je t'ai fait la version facile. J'en ai vu beaucoup. J'aimerais réfléchir de ne pas te dire de bêtise. C'est un nom qui m'est venu de suite, mais c'était parce qu'on en a parlé un petit peu tout à l'heure. Non, mais je vais revenir sur elle. En fait, c'est Virginie de l'Inde, mais que tu as déjà reçu ici, que j'ai croisée de par nos métiers et que je trouve humainement... formidable, déjà dans son parcours et de ce qu'elle a fait jusqu'à maintenant. Et là, elle vient de lancer, du coup, elle ne l'avait pas encore lancé quand tu l'as reçu, mais elle vient d'écrire un nouveau bouquin qui s'appelle « Kiffe ton handicap » . Et donc, elle parle du handicap invisible notamment, beaucoup. Forcément, ça me touche parce que le show post-traumatique, en fait, en fait partie. Et 80% des handicaps sont invisibles. T'as d'autres personnes, comme l'ancienne skieuse, je ne me rappelle plus son prénom, mais c'est Madame Hernandez ou Fernandez.
- Speaker #1
Cécile Hernandez.
- Speaker #0
Cécile Hernandez, pardon, c'est ça. Cécile Hernandez, pareil, qui se bat beaucoup pour ça. Malheureusement pour elle, en plus, elle a subi certaines agressions sur les réseaux, etc. Et c'est bien dommage, parce que c'est quelqu'un qui se bat pour une belle cause. Et en fait, aujourd'hui, Virginie va plus loin. il n'y a pas que le bouquin, c'est-à-dire qu'en fait elle est en train de créer un vrai mouvement et qui va, je pense, avoir beaucoup de poids. Et ça, c'est top. Donc moi, elle n'a pas de limite, cette dame-là. Elle est en plus très bien entourée et je pense que c'est une personne qui m'insure beaucoup parce qu'elle est arrivée depuis un moment à s'enlever les barrières qu'on peut tous se mettre. On dit que nos pensées limitantes, c'est nos principales barrières. Je pense qu'elle a réussi à les faire sauter. Du coup, elle a plein de projets. Le dernier, du coup, Kiff ton handicap, que j'ai vu naître un peu avant qu'il sorte là. Je me dis, voilà, ça a bougé les lignes. Et je trouve ça hyper inspirant.
- Speaker #1
Oui, vous pourrez retrouver cet épisode. C'est en saison 2, je crois, au mois d'avril-mai. Ça a été diffusé. Effectivement, vous pourrez vous reprendre un shoot inspirationnel à travers elle. J'ai des dernières questions. On va clôturer là parce que l'épisode dépasse la parole. Mais c'est très bien. Quel est le meilleur conseil que l'on t'ait donné dans la vie ? Celui qui pique et qui, avec le recul, tu t'es dit, celui-là, heureusement que je l'ai eu.
- Speaker #0
C'est un récent, peut-être. C'est juste... quelqu'un que j'ai croisé pareil et qui m'a dit mais arrête de te poser des questions écoute toi et je pense que si on s'écoutait un petit peu plus on avancerait plus vite et telle
- Speaker #1
question tu aimerais que l'on te pose et qu'on n'était jamais posé La question qu'on ne t'a jamais posée et que tu aurais aimé que l'on te pose. Et je te mets à l'aise, je n'attends pas forcément la réponse derrière.
- Speaker #0
Non, je ne l'aurai pas. Alors, je vais un peu... Je vais faire mon politicien. Je vais passer un peu à côté. Une fois que j'ai commencé à vraiment me parler de ce qui m'est arrivé, etc. On m'a très, très souvent posé la question à moi de comment j'allais maintenant, comment j'avais vécu les choses, etc. Mais aujourd'hui, comment je vais, etc. On a souvent oublié de me demander comment allaient les personnes qui allaient autour de moi. Donc, notamment, comment allait ma femme, comment allaient les aidants. Je pense que très souvent, chez les gens qui ont des parcours particuliers comme moi, on a trop souvent tendance à oublier les aidants et je pense qu'il y a un gros travail à faire là-dessus, dans tous les domaines, de beaucoup plus s'intéresser aux aidants. Et donc la question qu'on ne m'a jamais posée, ni en interview, ni dans les conférences, etc., c'est de me dire, et ta femme, comment elle va ?
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Un plaisir.
- Speaker #1
Merci à toi. Merci à toi pour ton authenticité. pour avoir accepté de nous partager tout ça. On peut te retrouver sur les réseaux. On a aussi le livre qui est de sortie imminente. On ne sait pas là s'il est sorti ou s'il est sorti.
- Speaker #0
On va dire 2026.
- Speaker #1
Entre la date de tournage et la date de diffusion du podcast. Je ne pense pas dans le cas.
- Speaker #0
Mais oui, 2026.
- Speaker #1
On mettra le lien et puis on en parlera à ce moment-là. Merci Laurent, à toi. Est-ce qu'on a abordé tous les sujets ? Je clôture toujours comme ça, ou est-ce qu'il y a une question ?
- Speaker #0
En tout cas, c'était un plaisir. J'ai répondu à tes questions avec plaisir. Et pour moi, c'était top. Je te l'ai dit avant de commencer, pour moi, il n'y a aucun tabou, il n'y a aucun sujet interdit. Et du coup, j'espère juste qu'encore une fois, on aura réussi à aider un petit peu. Au moins une personne, comme on l'a dit.
- Speaker #1
C'est notre point commun parmi tant d'autres. Merci à toi, Laurent. Merci à vous d'avoir écouté ou regardé cet épisode que vous pouvez retrouver sur YouTube, sur LinkedIn, sur Instagram, en vidéo. Vous avez également la version audio sur Spotify, Apple, Deezer et Amazon. Et on se dit à très bientôt pour un prochain épisode de D'Inspirer. Salut !