- Audrey
Bonjour, moi c'est Audrey.
- Laure
Bonjour, moi c'est Laure.
- Audrey
Combien de fois avez-vous pensé « j'en ai marre de mon job » ?
- Laure
Combien de fois l'avez-vous dit ?
- Audrey
Nous, on l'a entendu plein de fois.
- Laure
Ce qu'on vous propose, c'est d'écouter ces personnes qui ont franchi le cap, celles et ceux qui ont entamé une reconversion professionnelle.
- Audrey
Pourquoi ? Comment ? Combien ? C'est ce qu'on a voulu savoir.
- Laure
Ici, vous entendrez des histoires de reconversion.
- Audrey
Bonne écoute !
- Philippe
Bonjour, moi c'est Philippe. À l'âge de 35 ans, je me suis reconverti de préparateur physique à conducteur-receveur, puis de fil en aiguille jusqu'à responsable d'exploitation. Et là, depuis un an, je me suis reconverti sur la formation professionnelle pour adultes dans le domaine du transport de voyageurs.
- Laure
Bonjour Philippe !
- Philippe
Bonjour !
- Laure
On est ravies de t'accueillir sur notre podcast J'en marre ! Histoire de Reconversion. Nous, on se connaît puisqu'on travaille ensemble et on a en commun le métier de formateur.
- Philippe
Totalement !
- Laure
J'imagine qu'à 7 an, quand la maîtresse te demandait ce que tu voulais faire quand tu serais grand, tu ne disais pas formateur dans une école en transport de voyageurs ?
- Philippe
Non, je savais quel secteur m'attirait, mais je n'avais pas un métier en tête bien défini.
- Audrey
Alors, c'était quoi à l'époque ?
- Philippe
C'était soit le domaine des sports de combat, des arts martiaux, ou alors plutôt le domaine artistique : le dessin, la sculpture, la peinture.
- Audrey
Du coup, quand tu dois choisir ton orientation au niveau des études, comment tu te décides ? C'est toujours avec ces idées de domaines en tête ou pas du tout ?
- Philippe
Pas vraiment. C'est le côté sportif et le côté artistique. Ce sont des domaines où j'essaye d'évoluer, j'essaye de m'améliorer. Je suis moyen, je ne suis pas le meilleur, je ne suis pas le moins bon. Donc on se pose des questions, on se dit est-ce que je peux faire un métier dans l'un ou l'autre des domaines. Après, il y a aussi le côté de s'affirmer par rapport au milieu social où on évolue. Le côté où je pouvais m'affirmer, c'était vraiment le côté, sportif, arts martiaux. Mais bizarrement, j'ai rencontré en même temps le côté danse hip-hop. Danse hip-hop, ça ne veut rien dire et tout dire. Donc moi, j'étais spécialisé au sol. Et en fait, j'ai retrouvé l'idée des sports de combat, parce que c'est sous forme de défis, et le côté artistique, le côté créatif, le côté liberté créative. Et du coup, ça a bien matché, j'ai développé, et c'est là où j'ai commencé à me dire, j'aimerais bien en faire mon métier.
- Laure
Ok, donc la danse qui mêle tout ça, tout ce que tu aimes. Et qu'est-ce que tu en fais de la danse, alors ?
- Philippe
En parallèle, donc, déjà, au niveau des études, j'essaie de combiner ça, et je m'oriente sur STAPS pour être professeur d'éducation physique et sportive. Et dans mon idée, je me dis, je vais essayer d'évoluer en tant que danseur, voire danseur pro. Mais en tant que danseur hip-hop, surtout de ma génération, dans les années 90, c'était pas du tout reconnu. Donc, je me dis, le biais, ça va être devenir prof d'EPS, et peut-être d'avoir un poste stable. Et en même temps, peut-être, je pourrais aborder cette discipline et puis essayer de voir avec les lycées ou collèges où je travaillerai. Je me projette, en fait, déjà. Et je dis, est-ce que je ne pourrais pas proposer cette activité ?
- Laure
Donc, il y a quand même déjà le côté professeur, transmission, formation. Ça, ça t'a attiré ou c'était vraiment une façon d'exprimer la danse ou les arts martiaux, le côté sportif ?
- Philippe
En fait, très jeune, dès que j'ai fait des sports de combat, donc j'ai commencé par le judo, et dès que je suis rentré dans la préadolescence... J'étais toujours très investi dans ce que je faisais et donc mon prof de judo de l'époque m'a délégué déjà des petites missions d'encadrement sur les plus jeunes Donc je m'occupais des baby judo, c'est à dire des 4-6 ans Et donc beaucoup d'appréhension parce que je me dis bon bah voilà j'avais 11-12 ans, même 10-11 ans. Enfin, ça dépend même encore maintenant je pense peut-être des disciplines, où on responsabilise les aînés pour qu'ils s'occupent des plus jeunes. Très humblement, j'accompagnais mon prof sur les cours parce que dès que je sortais de l'école, j'allais au club de judo. C'était à côté de la maison, le prof était très bienveillant, donc il encourageait ce genre de choses. Je me suis dit, ça matche bien. Je voyais que j'avais un bon ressenti avec les plus petits et puis j'avais le retour des parents. Donc je commençais à avoir les parents qui venaient me voir, qui me disaient merci beaucoup, alors que moi j'étais tout jeune.
- Audrey
Donc finalement, un projet quand même assez construit, puisque tu as réalisé que tu avais des capacités pour encadrer. En même temps, tu te dis que ça donne une stabilité pour pouvoir essayer de développer le côté danse. Et donc, tu vas au bout de ces études de STAPS ?
- Philippe
Non, pas du tout. J'ai un contexte familial très compliqué. On va dire que j'étais soutien de famille. En parallèle des études, je travaillais déjà. Donc très jeune déjà je travaillais. Je travaillais sur les chantiers avec mon père qui était dans le bâtiment, après j'ai fait les marchés avant d'être majeur. Donc j'ai toujours travaillé en parallèle des études, pas spécialement des métiers qui me plaisaient, mais bon, il faut bien vivre. Et à un moment donné, le travail en parallèle des études et l'engagement au niveau de ma famille qui m'était demandé, faisaient en fait... Bon je me charge peut-être des excuses, mais en tout cas j'étais pas assez fort pour mener le tout de front.
- Audrey
Oui c'était des études quand même assez longues, non ? C'est 4 ans, j'imagine, voire 5.
- Philippe
Voilà, c'est ça. Alors déjà, il y avait un concours d'entrée pour entrer en STAPS. Donc j'avais réussi. Donc déjà, j'étais content. Et en fait, j'ai fait deux ans en première année. Donc j'ai redoublé ma première année. C'était compliqué. En plus, il y avait à l'époque des grèves. Il y a eu une grosse période de perturbations. Bref. Donc c'était compliqué. J'ai refait ma première année. Je pouvais passer en deuxième année. Et là, en fait, le côté personnel a fait que je ne pouvais pas. Donc j'ai pris un coup derrière la tête. J'ai pris un coup de massue parce que quelque part, c'est un peu ses rêves qui tombent. J'ai travaillé un peu plus pendant un an, donc dans les bureaux en fait. Après, je suis parti à l'armée.
- Laure
Et oui, tu fais partie d'une des dernières générations à avoir...
- Philippe
Oui, donc je suis parti à l'armée et en fait, comme j'étais sportif, je suis tombé dans les commandos para, donc j'ai fait mon armée. Et quand je suis sorti de l'armée, j'avais toujours cette idée de sport. Donc j'ai passé des épreuves de sélection pour rentrer dans une école de formation pour devenir préparateur physique. Donc là, du coup, j'ai réussi. J'ai été au bout et je suis devenu préparateur physique. C'était mon métier à temps plein. Mais donc j'avais une dizaine d'employeurs différents. Mes principaux employeurs, en fait, c'était des salles de sport. Et en fait, c'était un diplôme qui s'appelait à l'époque le brevet d'état des métiers de la forme. Et en fait, on faisait tout ce qui était lié à la préparation physique, donc tout public. Et on avait tout ce qui était cours collectif et tout ce qui est plus musculation. Et dans les cours collectifs, on avait tout ce qui était fitness, tout ce qui était activité dansée, et notamment la danse hip-hop. Et donc, du coup, j'ai pu, par ce biais-là, par ce diplôme-là, en parallèle, avoir entre guillemets une école de danse. J'étais rentré dans une association qui avait toute une partie danse et moi, j'ai développé toute la partie hip-hop au sein de cette association qui était dans le quartier des Sablons à Sevran à l'époque. Et en même temps, j'ai eu le statut aussi intermittent du spectacle. Et j'ai pu faire quelques spectacles, pareil, humblement, plusieurs scènes, plusieurs théâtres. Donc, je menais tout ça de front, en fait.
- Laure
Tu démarres comme ça, tu as plusieurs employeurs et tu mènes de front. Donc la vie finalement d'intermittent de spectacle et puis une vie classique de salarié.
- Philippe
Oui.
- Laure
Comment ça se passe le monde du travail à ce moment-là ?
- Philippe
C'est bien, je suis content, ça se passe bien. J'ai des bons retours vis-à-vis des adhérents, des salles où je travaille. J'ai des bons retours avec mes employeurs. J'ai des bons retours au niveau de la danse. Je n'étais pas dans l'élite, entre guillemets, mais j'étais assez bon pour que les gens prennent plaisir à me voir.
- Laure
Ce qui est quand même l'essentiel, c'est quand même de prendre du plaisir.
- Philippe
Voilà. Et par rapport à la scène donc ça c'était vraiment sympa tout ce que j'ai pu faire comme spectacles où aussi j'ai pu entraîner des personnes à un niveau assez sympa pour pouvoir faire des représentations avec ces personnes là, dont notamment ma propre épouse.
- Laure
Ah, comme quoi on rencontre sa moitié sur le lieu de travail !
- Philippe
Normalement on fait pas. Mais bon on passe sa vie au travail et du coup c'est venu par la force des choses et par un jeu de hasard, j'allais dire. Et puis du coup, j'ai pu aussi lui faire faire des scènes. Petite satisfaction, quoi.
- Laure
Et pas des moindres.
- Philippe
Mais c'est ça qui me plaît. C'est ce qui m'a toujours plu. C'est l'idée, au-delà de prendre plaisir soi-même, mais le plaisir pour moi vient du fait que je peux servir à quelque chose.
- Audrey
Oui, c'est aussi le partage, la transmission.
- Philippe
C'est ça.
- Laure
L'accompagnement, la montée en compétence.
- Philippe
C'est ça. Je vois, bon, ma partie, on va dire, vraiment, qui me tenait à cœur, c'était la partie danse hip-hop. Mais très jeune aussi, dès que j'ai eu déjà 17 ans, 18 ans, et puis après jeune adulte, je travaillais dans les MJC à titre bénévole et puis dans les quartiers difficiles. Donc, j'ai grandi dans un quartier, enfin, une partie de ma vie dans un quartier vraiment très difficile, sur Aulnay-sous-Bois. Et donc, dans les quartiers alentours, dans les MJC, j'ai entraîné des jeunes. Cette idée... des jeunes avec moi de les sortir un petit peu de leur univers, d'une famille aussi des fois compliquée... Pendant le temps une heure ou une heure et demie, ils oubliaient un petit peu. Et puis quelque part, je les mettais en valeur aussi. C'est-à-dire que je leur montrais qu'ils étaient capables de faire des choses, et des belles choses. Humblement, je me dis que peut-être ça peut leur donner confiance, et par ce biais-là, pouvoir psychologiquement peut-être faire un déclic et dire, voilà si je suis bon, si je suis capable de faire ça, peut-être que sur d'autres choses, je suis capable aussi d'être pas mal ou de progresser.
- Laure
T'impulsais une spirale de réussite. Tu les sortais de quelque chose.
- Philippe
Pour certains, oui. Après, on a des retours. Ça m'est arrivé, je m'entraînais, jétais encore dans la danse, je vois des personnes, des jeunes adultes avec la barbe, etc. « Ah, Philippe ! »
- Laure
Tu me donnais des cours quand j'avais 8 ans.
- Philippe
« Ben oui, tu m'entraînais, c'est Joris ou c'est Yohan » ah j'dis ok d'accord. Puis la marque qu'on a laissée, elle est positive Donc, quelque part, on se dit qu'on était un peu dans le droit chemin. Donc, rien que ça, c'est une satisfaction personnelle. Enfin, voilà, un épanouissement pour moi, c'est si j'ai pu être utile à la personne et puis avoir pu humblement l'aider à grandir, entre guillemets, moi, ça me va. Je suis heureux.
- Audrey
On entend que ça te plaisait ce que tu faisais. Et du coup, combien de temps tu restes dans cette première vie professionnelle et à quel moment il y a eu une rupture ?
- Philippe
Alors, jusqu'à l'âge de 35 ans. Donc, à 35 ans, je fais un virage à 180 degrés parce qu'en fait, on a une vie de famille, et ce milieu imposait des contraintes à ma famille, donc ma femme, ma fille, qui faisaient que je ne pouvais pas être autant présent qu'il le faudrait, en fait. Et donc après, voilà, c'est d'un commun accord. Et puis après, je voyais aussi que je vieillissais. Donc à 35 ans, on va dire, on n'est pas vieux, mais physiquement, je sentais que j'avais du mal à tenir la distance. Pour donner un exemple, dans la partie que je faisais, moi, je faisais largement 8 cours collectifs par jour, de trois quarts d'heure ou d'une heure, assez intenses. Plus le soir, j'allais m'entraîner. Après, il y avait des spectacles, etc. Je faisais quasiment ça 7 jours sur 7. Donc maintenant, j'en garde encore les séquelles physiquement. Je ne regrette pas du tout. Il faut savoir, par exemple, quand moi j'ai fait mon diplôme de préparateur physique, le formateur nous disait la durée de vie d'un prof dans ce domaine-là, dans le domaine du fitness, entre guillemets, c'est deux ans. Oui, au bout de deux ans, ils sont…
- Laure
Parce que le corps, il sature, c'est ça ?
- Philippe
Oui, psychologiquement et physiquement, les gens, ils sont séchés, en fait.
- Laure
D'accord. Donc toi, tu tiens beaucoup plus de 2 ans.
- Philippe
J'ai tenu un peu. Et puis après, je n'ai pas fait que préparateur physique. Sur la fin, j'ai été responsable d'une salle de sport, en plus de tout ce que je vous ai dit, donc c'était costaud. Et donc à 35 ans, je décide pour ma famille de voir autre chose. Et du coup, l'opportunité se fait dans le transport de voyageurs. En fait, tout simplement parce que les contacts avec les adhérents... J'avais un adhérent avec qui j'avais sympathisé, qui était conducteur de bus tout simplement, qui gagnait très bien sa vie. qui travaillait dans une entreprise qui était dans le même secteur géographique que moi. C'est important après parce que c'est un domaine aussi qui n'est pas idyllique au niveau notamment des horaires, dans le domaine du transport de voyageurs. Mais c'était beaucoup mieux que ce que je faisais moi, 7 sur 7, avec la danse, les employeurs différents, etc., le travail personnel aussi chez soi. Le travail des cours, ça on n'en parle pas. Mais quand on est dans la formation, même dans le domaine physique ou sportif, on n'arrive pas devant les gens sans avoir préparé le cours.
- Laure
Oui, il n'y a pas d'impro.
- Philippe
Voilà, donc il y a un gros travail personnel, toujours, donc déjà pour être physiquement soi-même, au top.
- Audrey
Oui, du coup, ça fait quand même beaucoup d'heures, effectivement.
- Philippe
C'est ça. Donc, entre la préparation des cours, la préparation physique personnelle pour toujours être en représentation, en phas avec l'image que la clientèle attend de soi, oui, c'est contraignant.
- Laure
Donc, pour retrouver un équilibre familial, en tout cas vie pro, vie perso, tu décides de devenir conducteur.
- Philippe
Conducteur-receveur. Je redémarre à zéro. Donc là, pareil, c'est des tests de sélection. À l'époque, c'était assez poussé. C'était une période où on n'était pas en manque de conducteurs. Et donc, le groupe Transdev recrutait. On était 350 à postuler et ils ne prenaient qu'une dizaine de personnes.
- Laure
Ok. Très sélectif. C'est quoi conducteur-receveur ?
- Philippe
C'est conducteur-receveur parce qu'on peut être juste conducteur. Receveur, c'est-à-dire qu'on vend des titres de transport.
- Laure
D'accord. Il y a une partie accueil.
- Philippe
Exactement. Et pour l'historique, il faut savoir qu'avant, dans un véhicule de transport en commun comme les bus à l'ancienne, il y avait le conducteur et le receveur.
- Audrey
D'accord, ok.
- Philippe
Il y avait deux personnes.
- Laure
Conducteur-receveur.
- Philippe
C'est ça. Et donc avec un titre professionnel qualitatif, ce n'est pas juste le permis.
- Laure
Donc en fait, tu suis une formation. Certifiante puisqu'on te délivre un titre professionnel.
- Philippe
Un titre professionnel de niveau CAP, de conducteur-receveur en transport de personnes.
- Audrey
Et combien de temps, du coup, de formation ?
- Philippe
Trois mois.
- Laure
Et c'est l'entreprise qui...
- Philippe
C'est l'entreprise qui finance. C'est pour ça que les tests de sélection sont assez poussés, parce que le prix de la formation est assez élevé. Et donc, du coup, voilà, c'est normal, ils ne veulent pas se tromper sur les candidats, entre guillemets.
- Laure
Bien sûr.
- Philippe
Donc, du coup, ça se passe bien. Là, pareil, c'est une aventure, parce que je tombe avec des personnes qui se reconvertissent aussi. Donc, je sympathise, parce que, pareil, on fait du covoiturage. On sympathise avec trois autres personnes avec qui on fait le covoiturage. Donc quelqu'un qui était comme moi dans le domaine sportif, mais en karting.
- Audrey
Ok. Un peu improbable, mais... En même temps, il y a du rapport avec le transport.
- Philippe
Un cuistot, quelqu'un qui était dans la vente dans les magasins de prêt-à-porter.
- Laure
Complètement différent.
- Philippe
Tout le monde se reconvertit. Ça peut être comme moi par rapport au niveau des horaires.
- Audrey
C'est ça, cuistot et celui qui faisait du karting. J'imagine qu'on est un peu dans les mêmes logiques.
- Philippe
C'est un peu dans les mêmes logiques. Et puis prêt-à-porter, c'était un peu précaire. Il n'arrivait pas à se stabiliser. Donc du coup, quand on rentre dans des grands groupes, comme là, pour le coup, c'était Transdev, c'est une certaine sécurité de l'emploi, entre guillemets.
- Audrey
Mais alors, est-ce que ça te plaît ? Parce que là, il y a le côté lien humain. Je pense que ça te plaît. Peut-être la découverte d'un nouveau domaine, mais par contre, tu perds un peu ce côté transmission.
- Philippe
Oui, c'est vrai. Au départ, c'est dur. Après, avant de me lancer sur cette formation, je me suis intéressé. J'ai essayé de voir ce qui faisait les missions.
- Laure
L'attrait du job.
- Philippe
Voilà, exactement. Et le contact clientèle, ça, ça me plaisait. La conduite me plaît. J'aime bien tout ce qui est lié à la conduite. Mais c'est vrai que franchement, c'est un gros virage.
- Laure
Sans mauvais jeu de mots.
- Philippe
Oui, en plus, totalement, exactement.
- Laure
On aime les calembours ici.
- Philippe
C'est vrai, je suis friand.
- Laure
Ouais donc gros virage.
- Philippe
Grosse remise en question. Mais finalement je me suis pas trompé. La société où j'ai commencé à travailler, là où j'habitais à Lagny-sur-Marne, donc il y avait deux dépôts : un à Lagny et un à Bailly. Quand je suis arrivé il y avait un peu moins de 200 personnes tout cumulé, donc par exemple sur le dépôt de Lagny, on devait être moins d'une centaine de personnes. Donc en fait il y avait ce côté un peu familial quelque part. C'était à dimension humaine donc c'était plaisant. D'une manière générale, j'ai été très bien accueilli. Donc, du coup, ça m'a intégré aussi. Je suis tombé avec des personnes qui m'ont formé sur le métier, qui aimaient beaucoup ce qu'elles faisaient. Et donc, du coup, ça apprend aussi à aimer ce nouveau métier. Donc, franchement, vraiment, belle découverte. Puis, j'ai appris à aimer le métier. Et c'est un beau métier, la conduite. Et puis, pareil, cette notion d'être utile. Le transport de personnes, on est utile. On rend service aux personnes. On les emmène d'un point A à un point B. Soit les étudiants à l'école, soit la plupart au travail. ou des personnes qui ne sont pas véhiculées pour aller chercher des courses. Et quand on travaille bien, pareil, les gens vous le disent. « Ah, j'ai bien aimé, vous êtes toujours à l'heure, vous conduisez bien. »
- Audrey
Oui, ça, c'est important pour toi d'avoir le retour des gens sur ce que tu fais.
- Philippe
Oui, alors...
- Laure
Et sentir que tu es utile.
- Philippe
C'est ça. Ça, c'est un côté. Alors, je ne sais pas si c'est pour flatter mon égo, mais ce n'est pas dans ce sens-là.
- Audrey
Non, ce n'est pas dans ce sens-là que je l'entends non plus. C'est vraiment, effectivement, comme dit Laure, le côté utile. C'est important pour toi.
- Philippe
Oui, c'est bien d'avoir le retour, de savoir si on est dans le droit chemin.
- Audrey
Oui, et puis si ce qu'on fait, ça sert, si c'est bien.
- Laure
Est-ce que ça sert à quelque chose ? Et donc, ce métier, tu l'exerces pendant combien de temps ?
- Philippe
Jusqu'à il y a un an. À la conduite vraiment pure, pas si longtemps que ça, en fait. En fait, les responsabilités sont venues à moi sans que je les cherche. Moi, j'étais très satisfait à la conduite. On est autonome, on conduit, on transporte les personnes en sécurité. Et on pose le véhicule, on rentre chez soi, ça y est, c'est terminé. Pas de stress, ça se passe bien. Comme on donne de la valeur à son travail sans vouloir sortir du lot, et puis là, c'est pareil c'est en toute modestie, j'ai pas cherché à me démarquer, mais inconsciemment on se démarque en fait. Parce que malheureusement, beaucoup de personnes subissent leur travail. Et ça, on le voit dans tous les domaines d'activité. Même moi, quand j'étais préparateur physique, je voyais des collègues qui subissaient leur travail pour raison X ou Y, alors la peur du changement, diverses raisons, on va dire. Qui peut-être au départ, étaient contents de leur métier mais qui, les années passant, n'étaient plus satisfaits, éprouvaient une rancune, etc. et étaient en désaccord avec leur travail. Malheureusement, il y a quand même pas mal de personnes, qui ne sont peut-être pas à ce stade-là, mais... Ou alors qui font leur travail mais c'est purement alimentaire. Je ne donne pas de valeur à mon travail, je fais juste le minimum syndical, c'est le chiffre en bas de la page qui m'intéresse. Lorsqu'on a un élan, lorsqu'on a cette conscience professionnelle, lorsqu'on a toujours envie de bien faire. Et puis l'aspect positif, enfin c'est ma nature je force pas tellement, j'essaie toujours de voir le bon côté des choses. Et en fait, par ce biais, là on se démarque et du coup on m'a proposé différentes missions. On m'a dit, tu te débrouilles très bien sur de la ligne régulière, est-ce que tu voudrais devenir polyvalent ? En fait, polyvalent, ça veut dire qu'on doit maîtriser tout le réseau. En fait, on a juste ses jours de repos et d'une semaine sur l'autre, on ne sait pas comment on travaille.
- Audrey
Ça veut dire que tu travailles sur plusieurs lignes ?
- Philippe
Exactement.
- Audrey
D'accord.
- Philippe
Je dépanne. Du coup, je dis, oui, pourquoi pas ? Parce qu'en plus, c'était plus rémunérateur. Au passage, on gagne un peu plus d'argent, je ne vais pas me plaindre. Donc, du coup, j'y vais. Ça se passe très, très bien. On me donne des missions occasionnelles. Comme ils savaient que j'étais issu du sport, une fois, j'ai conduit l'équipe de France de handball.
- Audrey
C'est sympa.
- Philippe
Voilà, à leur entraînement, un gymnase. Donc, c'était super. Je suis resté pour l'entraînement. Je les ai vus s'entraîner, etc. Donc, c'est des petites choses comme ça. Puis, ça se passe bien, les retours sont bons. Du coup, après, je deviens l'adjoint de l'agent d'exploitation. La doublure de l'agent d'exploitation. C'est-à-dire qu'on est une sorte de conducteur plus. Il n'y a pas de statut bien défini. Mais je commence déjà à mettre un pied à l'encadrement. C'est-à-dire que, quand l'agent d'exploitation qui gère le réseau n'est pas là, donc c'est moi qui prends le lead, c'est moi qui le remplace.
- Laure
Donc ça veut dire qu'un agent d'exploitation, il encadre les conducteurs, etc.
- Philippe
Alors là, là pour l'instant, c'est juste la surveillance du réseau.
- Laure
D'accord.
- Philippe
Les constats, les réclamations clients. Après, ça dépend des missions, mais agent de maîtrise, on est au premier stade dans l'encadrement. On peut se permettre de faire des recadrages, des choses comme ça. On est le supérieur hiérarchique des conducteurs.
- Laure
D'accord, ok.
- Philippe
Donc là, c'est un premier stade et là, pareil, ça se passe très bien. Donc, la personne dont j'étais la doublure part à la retraite. Du coup...
- Laure
Naturellement,
- Audrey
tu prends sa place.
- Philippe
Ben oui. En fait, je...
- Laure
T'as l'air surpris.
- Philippe
Ouais, parce qu'en fait, je ne me projetais pas plus que ça et en fait, je reviens de vacances et on me dit, voilà, on t'a préparé ton contrat.
- Laure
Ok, oui, effectivement.
- Philippe
Donc du coup, je dis, "d'accord, je vais peut-être le dire pour..." "Ben oui, ben donc tu remplaces Jean-Marc" et "ah, ok, d'accord, je vais peut-être lire mon contrat quand même".
- Laure
Oui.
- Philippe
Donc, voilà. Mais bon, je dis, super. Donc, je passe agent d'exploitation. Et là, pareil, je reste deux ans. Et en fait, il y a un nouveau directeur qui arrive. Ça matche bien. Et un jour, il vient me voir et il me dit, il y a un projet qui se monte. Ils vont activer une entité pour lutter contre la concurrence d'un autre opérateur pour le groupe Transdev. Et il faut un responsable d'exploitation. Et on a pensé à toi. Donc, le directeur du pôle qui gère 22 sociétés, en fait. Donc, j'ai rendez-vous avec lui. et il veut réactiver une 23ème société. Une petite entité pour du privé, pour des lignes régulières mais pour les hôtels puisque on était dans le secteur de Disneyland. Pour desservir 3 gros hôtels pour Disneyland et un autre projet qui était en contrat chapeau, c'est à dire qui était à l'essai, et, si ça se passe bien, de valider le contrat commercial pour un site qui était nouvellement créé à l'époque, qui s'appelle Village Nature et qui est géré à 50% par le groupe Pierre et Vacances et par le groupe Disneyland. Et donc, on me donne tout ça clé en main. Et on me dit maintenant, vas-y.
- Laure
Tu es responsable d'exploitation.
- Philippe
Oui, et je fais tout de A à Z.
- Laure
C'est quoi de A à Z ?
- Philippe
C'est-à-dire qu'en fait, normalement, j'avais des services d'assistance pour la partie RH, pour la partie maintenance, pour la partie commerciale. Et en fait, je me retrouve à tout faire. Les payes, le commercial, la maintenance, tout.
- Laure
Et là, tu as une formation, on t'accompagne ?
- Philippe
Au départ, je devais faire que la partie qu'on appelle exploitation. C'est-à-dire que gérer les conducteurs, les mails, le planning, vraiment l'opérationnel pur de la partie transport. Mais j'ai senti le coup venir. Donc, j'ai senti que j'allais devoir gérer les RH, que j'allais devoir gérer le commercial aussi, enfin, vraiment la relation clientèle avec les hôteliers. Et donc, du coup, j'ai anticipé. J'ai dit, moi, il me faut moi une formation sur des outils métiers pour maîtriser des outils métiers spécifiques. Donc au départ, on ne voulait pas. J'ai eu le nez fin et heureusement que je les ai faites, puisque je me suis retrouvé à tout faire. Les personnes qui devaient m'assister étaient débordées dans leur propre domaine. Elles ne pouvaient pas m'aider. On fait le boulot, mais j'étais tout seul. Donc en gros, je passe assimilé cadre sans être cadre, mais je suis quand même au forfait. Ça veut dire que je passe haute maîtrise. J'ai 151,67 heures à faire dans le mois, sauf que je peux faire un jour 10 heures. En gros, ce n'est pas 151,67 heures qu'on fait finalement dans le mois.
- Audrey
Oui, c'est beaucoup plus. Alors d'un côté, j'imagine que c'est hyper intéressant parce que tu apprends plein de choses, tu fais tout. Mais du coup, tu ne te retrouves pas un peu épuisé et débordé ?
- Philippe
J'en garde en même temps un très bon souvenir. J'ai tenu deux ans. Dans ces deux ans, à un moment donné, j'ai pu dégager un conducteur. Parce que j'étais tout seul et je faisais tout 7 sur 7.
- Audrey
Donc tu faisais aussi la conduite ?
- Philippe
Des fois, ça m'arrivait de conduire. Parce que des fois, il y avait un conducteur qui me plantait. Donc je n'avais personne, je n'avais pas de perm, c'est-à-dire que j'avais pas d'équipe de... Voilà, c'était une toute petite entité, en fait. Donc au départ, avec Village Nature, j'avais du monde, quand même. J'avais, allez, on va dire une cinquantaine de personnes, mais tout seul. Donc du coup, après, l'offre s'est un peu réduite, après, on va dire, j'avais, allez, une trentaine de personnes à gérer. En fait, tout le monde, à chaque fois, quand j'avais des... Parce qu'on a des réunions avec les autres directeurs d'exploitation qui ont des grosses entités, avec 300, 600, 800 personnes, sauf que ces personnes-là, elles ont des managers de proximité, elles sont staffées, elles ont un planning. Et moi, à chaque fois, on me disait "mais non, mais toi de toute façon t'es petit t'as pas besoin d'être outillé comme nous". Et du coup, j'ai pu dégager un conducteur de la conduite qui était vraiment très compétent et c'était mon bras droit. Donc, grâce à lui, on pouvait planifier/ Et lui, pareil, il montait en compétence, etc. Et à un moment donné, on me dit "non mais il coûte trop cher donc tu vas revenir tout seul et en plus tu vas passer sous la tutelle d'une autre société. Le directeur sera ton directeur." Le gars là arrive et il me dit, "vas continuer à faire ton boulot tout seul, et en plus, tu vas faire des missions pour moi."
- Laure
Oui, bien sûr. Et en plus, tu vas me servir un petit café tous les matins avec de sucre.
- Philippe
C'est presque ça. Donc moi, je suis resté toujours très positif.
- Audrey
J'imagine que ça a été un peu la goutte d'eau quand même.
- Philippe
Et j'ai dit, moi c'est très bien. Mais en fait, il faudra trouver quelqu'un d'autre.
- Laure
Voilà.
- Philippe
Voilà. puisque du coup entre temps, comme je vous disais, la personne que j'avais formé on m'a dit non c'est fini. Et pour la petite histoire, c'est pour ça que des fois il faut vraiment anticiper et bien analyser le milieu dans lequel on travaille, parce que j'avais senti le coup venir et du coup j'avais gardé son ancienne place de conducteur au sein de mon équipe. J'avais mis un intérimaire mais j'avais conservé cette place vacante parce que sinon quand on m'a dit c'est terminé...
- Laure
Il n'avait plus rien.
- Philippe
C'est ça et après j'ai pu le recaser dans l'entité d'où je venais. Parce que en fait, quand j'ai fait cette mission là, j'ai été détaché de mon entité première, pour gérer cette société là. Et après, c'est ça qui m'a sauvé. Donc du coup j'ai pu placer la personne. Bon déjà, je l'ai remis à la conduite, donc il a fallu lui expliquer. Humainement c'était compliqué. Mais comme j'ai toujours été franc, ça s'est bien passé. Et après, j'ai pu le placer en tant qu'agent d'exploitation dans la grosse société. Donc, on était bien. Et après, moi, quand on a voulu que je serve le café et que je fasse des massages, etc., j'ai dit, "bon, je ne masse pas bien, donc ça ne va pas".
- Laure
Je n'ai pas la compétence.
- Philippe
Je n'ai pas la compétence. Je suis désolé. Je peux faire un petit cours de step, éventuellement un cours de fitness, mais ça, ça va être compliqué. Donc, j'ai été voir le directeur de pôle qui, entre-temps avait changé, et je lui ai dit, "moi, j'arrête". Donc, il m'a dit, "non, non, mais c'est dommage. Vous êtes compétent. Je vous laisse 7 jours de réflexion." J'ai dit, "Ça sert à rien". "Non, mais prenez 7 jours". 7 jours après, je suis revenu, je dis "Il y a deux solutions. Soit vous me remettez sur mon entité, puisque j'étais détaché de cette entité, à mon ancien poste. Ce n'est pas grave. Je régresse, je redescends simple agent de maîtrise. Moi, ça me va très bien. Ou alors, je démissionne. Donc, il me dit "non mais vous inquiétez pas, on va s'arranger." Donc, en fait, on m'a remis sur mon ancien poste. Et heureusement, parce que j'ai pris mes vacances dans la foulée. C'était avant la rentrée de septembre. Et en fait, tout est retombé. Et j'ai senti que j'étais, en fait, on ne sent pas arriver... Et j'étais proche du burn-out. J'étais vraiment borderline. Et donc après, je me suis refait une santé.
- Laure
Les vacances, on suffit pour remettre les pendules à zéro ou pas ?
- Philippe
Ouais, si, si.
- Laure
Ouais, donc tu repars en septembre là-dedans.
- Philippe
Ouais, je repars en septembre.
- Laure
Toi, tu le vis comment ? Parce que ce passage, finalement, tu dis toi-même, "je reviens". Oui, compliqué. Compliqué parce qu'en fait, c'est perçu comme si je n'avais pas fait le boulot pour la plupart. Et même, c'est véhiculé par certaines personnes. Comme si j'étais mauvais. On m'avait viré et on m'avait remis à mon ancien poste.
- Audrey
Donc c'est plus le regard des autres finalement qui est difficile
- Philippe
Ceux qui sont mesquins en fait Ceux qui sont bienveillants, il n'y a aucun souci Et puis ça se passe bien parce que j'ai toujours été apprécié. C'est là aussi, le fait d'être bienveillant avec les autres, on a le retour
- Audrey
C'est peut-être ceux qui étaient un peu jaloux...
- Philippe
Il y a toujours une part de jalousie parce qu'en fait. Ça s'est passé très vite mon évolution, alors qu'il y a des personnes qui attendaient dans la société certains postes depuis très longtemps. Que moi, je passe devant certaines personnes... On n'a rien demandé, moi perso. C'est pas pareil quand je dis ça, c'est vraiment pas imbu de ma personne.
- Audrey
Non, non. Au contraire, je trouve que t'es justement hyper humble dans tout ce que tu dis parce que tu dis que c'est de la chance alors qu'en fait, pas du tout. Et après, ce que je trouve hyper admirable, c'est cette façon un peu de sentir les choses avant qu'elles se passent, de voir qu'effectivement, t'allais te retrouver tout seul et donc t'as demandé les formations, de voir que ça va mal tourner, de te dire ouh là là. Donc finalement, je pense de prendre un peu aussi de recul pour pas te faire complètement bouffer.
- Philippe
C'est ça. Et donc, du coup, je reviens à mon ancien poste. Pour la majorité des conducteurs, ils étaient contents de me retrouver. Ils savent que je suis sérieux dans ce que je fais, mais je suis humain. C'est-à-dire que sur certaines situations, je ne vais pas embêter la personne parce qu'elle a envie d'aller aux toilettes et parce qu'il y a une course qui va être supprimée parce qu'elle a accumulé du retard. Je parle de choses bêtes.
- Laure
Mais c'est quand même le quotidien.
- Audrey
Mais c'est ça. D'un autre côté, par exemple, là, où on est intransigeant, c'est la personne qui veut changer de véhicule. Parce que les véhicules tournent suivant... Il y a des véhicules plus ou moins récents, par exemple, selon les services. Et la personne qui, voilà, veut toujours avoir le véhicule, dernier cri. Ben non, en fait. Ça va tourner parce qu'il n'y a pas que toi dans la société, en fait. Alors oui, je suis méchant. C'est pas grave. Oui, tu sais être juste et dire non quand il y a lieu de dire non.
- Philippe
C'est ce que je veux dire. Mais d'un autre côté, quand on a certaines situations où il faut avoir de la souplesse, ben, il faut juste se mettre à la place de la personne, en fait.
- Audrey
Et donc tu reviens et du coup tu restes toujours positif ?
- Philippe
Oui, du coup je me dis en fait l'expérience que j'ai eue, sur certains points, je n'avais pas la formation. J'étais responsable commercial, donc au niveau au managérial ou certains aspects, au niveau qu'on demande à un responsable quel que soit son secteur d'activité, j'avais quelques compétences que je pouvais utiliser. Mais dans le voyageur pur, à part mon titre professionnel conducteur-receveur, je n'avais pas eu les outils réels pour assurer ce poste-là. Et du coup, je me suis dit, il va falloir que je me forme. Donc déjà, je vais peut-être essayer de faire une VAE pour valider certaines compétences. Donc je me suis rapproché de l'AFTRAL, l'ISTELI, puisque c'était eux qui avaient ce diplôme qui est assez spécifique, du Bac +2 voyageurs, ce que j'ai fait à l'époque. Et donc du coup, j'ai financé cette formation. Donc j'avais quasiment l'ensemble sur mon CPF à l'époque, donc puis j'ai pu valider. Et pareil, toujours positif.
- Laure
Alors attends, attends, attends, petite parenthèse. Donc tu retournes sur les bancs de l'école. Donc là, tu fais le constat qu'il te manque des compétences et tu te dis : Validation des Acquis d'Expérience ?
- Philippe
Pour le Bac plus 2, mais dans l'idée tout de suite de valider un Bac +3 après.
- Laure
Ok, d'accord.
- Philippe
Voilà. En fait, déjà, ça paraît prétentieux.
- Laure
Mais non, tu passes super vite sur un truc important.
- Philippe
Dans l'idée, je me suis dit, il me faut le Bac +3 par rapport surtout au pilotage de l'activité qui, moi, m'intéressait, que je voulais obtenir où j'avais eu du mal à vraiment...
- Laure
Oui, tu avais un peu bataillé là-dessus.
- Philippe
C'est ça. J'avais eu du mal. J'avais cherché des infos. C'était difficile sur ce qu'on appelle le suivi des unités d'œuvre. Parce qu'en fait, on a affaire à des gens qui n'ont pas le temps. On traite avec des contrôleurs de gestion qui sont dans les chiffres en permanence.
- Laure
Oui et qui ne parlent pas ta langue.
- Philippe
C'est ça. Et qui ne prennent pas le temps d'expliquer en disant « Oui, si tu ne comprends pas, tu es bête. »
- Laure
C'est sympa. Charmant. Donc toi, tu fais cette VAE, Bac +2.
- Philippe
Oui.
- Laure
Et l'objectif, c'est d'aller en Bac +3.
- Audrey
C'est d'aller en Bac +3, mais vraiment sur les bancs de l'école. Ça te prend combien de temps, déjà la VAE ?
- Philippe
En fait, de 2017 à 2019, j'ai été responsable d'exploitation. Août 2019, j'arrête. 1er septembre 2019, en fait, je retourne à l'exploitation. Entre-temps, il y a le Covid qui va venir après.
- Laure
Exact.
- Philippe
Parce que je voulais enchaîner tout de suite cette démarche de formation.
- Audrey
Et du coup, ça se passe comment pour toi ? Tu travailles quand même pendant le Covid ?
- Philippe
Alors pareil, humainement, c'était compliqué. Dans le transport de personnes, personne ne s'est arrêté. On a été comme la partie médicale, les pompiers. On a assuré l'activité comme si de rien n'était. Et le souci, c'est qu'au niveau communication, il n'y avait pas de masques. Et on disait aux conducteurs, "non, non, mais de toute façon, il n'y a pas besoin de masque". Et c'est ce que nous, on nous demandait. de dire aux conducteurs. Et nous aussi, à l'exploitation, on n'avait pas de masque. On n'avait rien. Quand les masques sont arrivés, il fallait tenir l'autre discours en disant « mettez le masque ».
- Audrey
Compliqué. Et puis du coup, j'imagine, tu n'étais pas du tout aligné avec le management que tu devais porter.
- Philippe
En fait, à certains postes, on est entre le marteau et l'enclume. Et puis après, il faut faire ce qu'on appelle preuve de courage managérial. Donc après, si on estime qu'une décision n'est pas juste, honnêtement, je vais dire oui, mais je ne le ferai pas. Voilà, j'ai passé mes diplômes, etc. et même au niveau managérial, d'avoir ce côté humain ou quand on forme de nouveaux collègues, l'idée de leur donner cette fibre-là, c'est-à-dire de garder ce côté humain, mais dans le bon sens. Comme je disais tout à l'heure, il ne s'agit pas de se faire avoir ou de dire oui à tout, mais il faut traiter les autres comme on aimerait qu'on soit traités, surtout quand on a connaissance du métier.
- Audrey
Comment ça se passe ? Parce que du coup, cette période de Covid, je me disais, peut-être tu ne travailles pas et ça t'aide à bosser sur ta VAE, mais pas du tout. Est-ce qu'au contraire, ça freine le projet parce que tu ne peux pas te lancer ?
- Philippe
Oui, ça le bloque. Tant qu'il y a eu le Covid, il ne se passe rien. Je ne peux pas avancer de ce côté-là. Donc très frustrant parce que je sais que j'ai besoin de ça. En fait, j'ai fait un pas en arrière, j'ai reculé, mais dans ma tête, c'est pour...
- Laure
Après, passer un obstacle.
- Philippe
Exactement. Être respecté dans mon activité parce qu'au-delà de mes compétences sur le terrain, je pense avoir fait mes preuves. Je veux m'améliorer sur certains domaines, mais aussi avoir la reconnaissance.
- Laure
Donc on sort du Covid, tu fais cette VAE, tu as une vingtaine d'heures en accompagnement, tu présentes un dossier devant un jury de professionnels pour attester que tu as un niveau Bac +2.
- Audrey
C'est surtout que la difficulté sur ce Bac +2 voyageurs, encore maintenant, c'est toujours le même système, c'est que même en VAE, on a la preuve écrite. On n'a pas que le dossier à présenter, on n'a pas que la soutenance. En fait, dans notre métier, on a deux grandes catégories. On a ce qu'on appelle la production, le bureau études et méthodes, et l'exploitation. Moi, je suis un pur exploitant. J'ai touché un peu à la production quand j'ai été responsable d'exploitation, mais c'est un domaine que je ne maîtrise pas. Je n'ai pas été amené à réellement faire le graphiquage, l'habillage, toute la partie purement théorique.
- Laure
La conception d'offres de transport.
- Audrey
Oui, on en a parlé avec Isabelle dans l'épisode 10. Et donc, ce côté-là, c'est compliqué, parce qu'il va falloir le démontrer à l'écrit. Ouais, et ça veut dire qu'en plus, t'as pas de cours, c'est à toi tout seul d'aller comprendre et apprendre.
- Philippe
D'aller les chercher. C'est ça.
- Audrey
Ouais, c'est compliqué quand même. Et ça te prend combien de temps, du coup, de monter ce dossier et d'arriver jusqu'à la soutenance ?
- Philippe
Ouais, ça prend un peu moins d'un an.
- Audrey
Et derrière, tu dois enchaîner vers vraiment le fait de retourner, c'est ce que tu disais, sur les bancs de l'école pour avoir le Bac +3 ?
- Philippe
Ouais, alors après, je l'ai eu, donc déjà, j'étais satisfait. Et 2021, c'est le passage en concurrence, on va dire. pour toute l'Île de France. Ils ferment l'entité Marne-la-Vallée pour créer une nouvelle entité au ras des pâquerettes au niveau des salaires, etc. Donc, du coup, mouvement social. Pendant quatre mois. Moi, je suis un encadrant. C'est la guerre. Et donc, je suis en plein aussi...
- Audrey
Oui, c'est le moment où tu fais ta VAE. En menant les deux de front.
- Philippe
Exactement. Et donc, du coup, c'est là où on voit que quand on a traité les autres avec du respect, en étant le plus juste possible...
- Laure
Ils te le rendent.
- Philippe
Ils te le rendent.
- Laure
Oui.
- Philippe
Même en état...
- Laure
Dans un climat social dégradé.
- Philippe
J'ai jamais eu de problème. Donc ça se débouche, on arrive à rebondir, bon an, mal an. Et donc du coup, par la suite, je fais la démarche de faire un contrat de professionnalisation. Je demande, je vois que ça aboutit pas trop, donc je vais voir ma directrice. Et la directrice, donc je lui explique, je lui dis ça fait X temps que je prépare un peu le terrain pour la formation, là j'ai mon bac +2. Là, je vais sûrement partir et chercher un autre opérateur qui pourra me prendre, à mon âge, j'avais 46 ans, pour faire un contrat pro.
- Laure
Donc, c'est l'alternance pour des personnes qui ont plus de 30 ans.
- Philippe
Oui, qui ont plus de 30 ans. Totalement. Avant, c'est un contrat d'apprentissage. Et c'est plus simple parce qu'une grosse partie est prise en charge par l'État. Pour le contrat pro, c'est vraiment 100% l'entreprise qui finance et qui mise vraiment sur le salarié.
- Laure
OK. Et donc, qu'est-ce qu'elle te dit, ta directrice ?
- Philippe
Elle me dit, "non, non, mais ne pars pas, parce que tu tombes très bien, j'avais besoin d'aide. J'avais déjà vu quelqu'un en alternance pour, justement, la licence". Je dis, "écoute, je ne savais pas, moi, je n'en ai pas entendu parler, personne ne me dit. Donc, si tu penses que je peux te convenir, au contraire, ça m'évite de partir. Parce que j'étais décidé, je n'allais pas continuer à traîner, donc je partais sinon. Et donc, du coup, je deviens adjoint d'exploitation. C'est-à-dire, en fait, je suis bras droit de la directrice d'exploitation. En même temps, j'ai rentrer à l'AFRTRAL, vraiment à l'école. Donc c'était super, parce que je me suis retrouvé avec des jeunes qui avaient l'âge de ma fille.
- Audrey
Et c'était quoi ton rythme d'alternance ?
- Philippe
Alors c'est : une semaine en entreprise, une semaine en formation. Schématiquement. Des fois ça pouvait être deux.
- Audrey
Et pendant un an ?
- Philippe
Vraiment pendant un an. Donc mon vieux cerveau, c'était très enrichissant, mais ce n'était pas évident. Donc je me suis appuyé sur les plus jeunes. C'était tout âge, donc ça partait d'une vingtaine d'années jusqu'à moi, j'étais le plus vieux, 46 ans. Et puis, franchement, c'était un bon groupe. Les formateurs et les formatrices étaient de qualité. C'était vraiment bienveillant. Et puis, vraiment ancré dans le monde professionnel. C'est-à-dire que ce qu'on apprend dans le cadre de ses diplômes pro, on peut l'appliquer en entreprise. Même s'il y a toujours un décalage.
- Laure
Oui, c'est très professionnalisant. D'ailleurs, c'est un titre professionnel.
- Philippe
Voilà. Donc, on y voit la plus-value. Et surtout quand on a du vécu, c'est d'autant plus satisfaisant parce que les questions qu'on a pu avoir, on peut les poser réellement avec...
- Laure
Et puis tu fais vraiment le lien entre études...
- Philippe
Donc du coup, ça se passe bien, je valide.
- Laure
Bac +3 en poche.
- Philippe
Bac +3 en poche, oui.
- Laure
Et alors, qu'est-ce que tu en fais ?
- Philippe
Alors normalement, je devais devenir adjoint d'exploitation officiel, sauf qu'il n'y a pas le financement. On crée un poste quand même pour moi, donc c'est sympa, dans un premier temps. Donc une sorte de manager de proximité plus. C'est-à-dire que je suis un manager de proximité, mais avec des missions supplémentaires, mais pour le même prix.
- Audrey
Ouais, c'est un peu moins sympa.
- Philippe
Voilà, après, en gros, dans l'idée, je devais les titiller. Je devais être là pour les...
- Laure
Les challenger, c'est le mot gentil.
- Philippe
C'est ça, on va dire ça. J'étais là pour les challenger, pour les bousculer. Et moi, j'étais honnête avec eux. J'ai dit, voilà, on va travailler ensemble. Et ça s'est super bien passé. Et j'ai fait ça un an. Mais pendant cette année, j'ai postulé sur d'autres postes. Et je cherchais un poste de direction.
- Laure
Donc tu continues dans ton entreprise.
- Philippe
Oui.
- Laure
Est-ce que finalement, tu occupes un poste qui correspond à ce que tu souhaites ?
- Philippe
Déjà, c'était plus satisfaisant. Parce qu'entre-temps, j'étais passé à la régulation pure. J'étais agent de régulation, agent PCC. Donc là, agent d'exploitation c'était bien parce que les missions étaient quand même valorisantes
Laure : ça manquait peut-être d'envergure par rapport à ce que tu avais fait avant
Philippe : ouais c'est ça donc c'était un peu la punition on va dire puis qu'on m'ait pas proposé un poste de manager alors que le parcours que j'avais fait.
Laure : oui ça te menait à ça, donc comment tu rebondis ?
Philippe : déjà comme j'ai le bac +3 on me fait confiance donc déjà quand je reprends, là les visages changent. Je retrouve des comportements qu'on avait avec moi quand j'étais responsable d'exploitation
- Laure
T'as réactivé un truc quoi.
- Audrey
Donc ça fait rire. Donc là on se rend compte du visage des personnes aussi. Ce qu'on voit, ce qu'on se dit "Ah peut-être je me fais des idées." Là finalement on sait que c'est bon, c'est validé. Je sais à quoi maintenir sur telle ou telle personne . Faut faire attention. Et du coup, après quand je valide, malheureusement le poste d'adjoint n'est pas réalisé, mais il y a le poste de manager qui se crée avec ses missions. Et après j'accepte. Et du coup, on me donne des délégations, par exemple pour représenter ma directrice de centre et ma directrice d'exploitation a des commissions, par exemple, sécurité pour Val d'Europe Agglomération, où là j'ai affaire aux maires des communautés de communes, des représentants des grands hôtels du Val d'Europe, qui travaillent avec Disneyland, des représentants des forces de l'ordre, soit nationales ou municipales. Donc là, on a le micro exactement comme là, sauf que là, on a une salle immense. Quand c'est à son tour de parler pour justifier des actions qu'on a menées au niveau sécurité sur les transports de personnes au sein de son entreprise, bon là, il ne faut pas se tromper. C'est une fierté de pouvoir représenter quand même la direction.
- Laure
Comment on passe à la formation ?
- Philippe
L'AFTRAL, une fois que j'ai été diplômé, m'a proposé d'être juré d'examen. Donc du coup, c'est ce que j'ai accepté. J'ai fait juré d'examen pour les Bac +2, je suis aussi intervenu pour les Bac +3. Donc déjà, c'était intéressant de pouvoir aider de futurs collègues à valider leur parcours, quelque part, et puis rencontrer ses pairs aussi, donc d'autres responsables d'autres entités. Donc c'était bien. Et puis finalement, de fil en aiguille, j'étais toujours en lien avec le pilote de formation des Bac +2 et des Bac +3. Puis bon, ben voilà, on échangeait toujours. Comme je venais en tant que juré, on s'entendait très bien. Et en fait, il me parle que l'AFTRAL cherche un pilote de formation pour le Bac +3. Donc je dis, ben... Pourquoi pas ? Je dis, "est-ce que j'aurais le profil ?" Il me dit, "écoute, donne ta candidature et puis tu verras bien." Donc, je lui ai donné ma candidature. J'ai eu des entretiens avec la directrice de centre actuelle, Madame Terranti. Puis, ça s'est très bien passé. Déjà, le feeling passait très bien quand je venais au centre en tant que jury d'examen. C'est une personne qui est attentive aux qualités humaines, qui a de grosses qualités humaines. Donc, du coup, je me suis retrouvé. Donc, ça m'a donné envie. Puis, l'équipe pédagogique vraiment, je trouve à cette fibre... Ils ne sont pas là par hasard, ils ne sont pas là juste pour faire leur boulot et puis rentrer chez eux. Donc du coup, on se dit pourquoi pas ? Et puis le côté que j'avais de formateur du côté sportif, je me dis je peux le retrouver, le transférer sur mon métier quelque part.
- Laure
Donc il y a eu un vrai transfert de compétences à la fois dans ta première partie de vie pro, quand tu étais coach sportif, préparateur sportif, et puis le côté aussi exploitation, transport. Et là, ça mêlait vraiment les deux.
- Philippe
c'est ça, c'était bien, après il faut savoir qu'à titre bénévole j'ai jamais lâché le côté coaching. J'ai toujours continué à entraîner, même encore maintenant. Bon voilà, j'y vais comme je peux parce que la formation, pareil il y a un gros travail de préparation. En plus, moi je suis tout jeune dans ce rôle de pilote de formation et de formateur dans ce domaine. D'ailleurs je suis en train de me former. L'AFTRAL me fait passer un titre pro de formateur animateur, en même temps que je suis en activité. C'est vraiment très très bien aussi, mais c'est du travail et donc je peux moins m'impliquer au niveau sportif. Mais sinon je continue toujours de garder cette fibre où je renouvelle ma carte professionnelle régulièrement d'éducateur sportif et je continue, là à titre bénévole.
- Laure
Quand tu avais fait le premier changement et que tu étais devenu conducteur-receveur, l'objectif premier, c'était de retrouver un équilibre vie pro vie perso. Là, en t'entendant parler, on se dit : mais le gars ne s'arrête jamais ! Est-ce que c'est quelque chose que tu as finalement gagné, quand t'as fait ce premier virage et que tu as maintenu ? Tu dis que tu avais ta femme, ta fille, est-ce que t'as eu du soutien quand t'as fait tous ces changements de travail, comment ça s'est passé ?
- Philippe
Alors, je vais dire, j'ai toujours été soutenu. J'ai une très bonne entente avec ma femme et avec ma fille. C'est-à-dire ma famille, c'est ma richesse, c'est ce que j'ai de plus précieux, je ferais n'importe quoi pour ma famille. Il y a toujours eu cette communication, justement. Le but du jeu, c'est d'avancer ensemble. On décide, en tout cas entre mon épouse et moi, et puis même ma fille aussi... Après, elle est indépendante, et voilà, j'allais dire, on l'accompagne dans sa démarche. Mais au sein du couple, quand une décision va être importante et peut perturber l'équilibre du foyer, de la famille, il faut en parler avant. Chaque moment de reconversion, même la première fois, ça a été vraiment un échange, un dialogue, avec mon épouse. Et puis là, quand j'ai pris ce rôle de formateur, j'en ai parlé. Et donc là, j'ai repris beaucoup d'activités. Voilà, c'est un gros investissement aussi personnel. Mais c'est des moments de vie, en fait. C'est-à-dire, au moment où je me suis reconverti la première fois, ma femme était agent de maîtrise. Elle ne comprenait pas qu'on puisse travailler chez soi. Elle me disait, "tu es un travailleur bénévole". Parce que moi, quand j'étais, comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure...
- Audrey
Oui, c'est ce que tu disais que tu faisais toute la préparation et l'entretien. Toute cette partie, entre guillemets, non rémunérée.
- Philippe
Exactement, qui n'est pas payée. Le travail des cours collectifs. Enfin, voilà, tout le travail de préparation de cours qu'on amène, plus la danse, tout le travail chorégraphique, la mise en place des spectacles, tout ce qui est scénographie, bon bref, et tout ça n'est pas rémunéré en fait.
- Audrey
Oui, puis j'imagine que c'est un moment où ta fille était petite, et où du coup il y avait aussi besoin de présence, et voilà, tout ce travail un peu bénévole...
- Philippe
C'est un ensemble en fait. Ma femme a toujours travaillé plus ou moins dans la pub, et elle, elle travaille pour le catalogue de la société. Pendant très longtemps, c'était un catalogue papier. Et elle était, elle travaillait au catalogue en tant qu'agent de maîtrise, en fait. Elle dirigeait des infographistes, etc. Mais son poste était amené à disparaître avec le numérique. Et en fait, elle vient me voir et puis elle me dit, "ma responsable m'a suggéré que ce serait bien que je fasse une formation pour passer un cran au-dessus et devenir cadre sur l'aspect numérique." Et je lui dis, "écoute, ce n'est pas un conseil, c'est entre guillemets..."
- Laure
Une nécessité, là, sinon le métier disparaît.
- Philippe
C'est ça. "Déjà qu'on vienne te voir et qu'on te propose ça, ce n'est pas anodin. Fais-le."
- Audrey
Et puis toi, avec cette espèce de flair entre guillemets.
- Philippe
Et je lui ai dit, "tu saisis la perche et tu y vas." Donc, elle a saisi la perche. Elle est passée cadre. Plus de responsabilité, elle devait travailler à la maison. Donc, ça m'a fait rire.
- Audrey
Ça, c'est le moment où toi, tu étais à fond ? Dans les deux ans ?
- Philippe
Oui, c'est ça.
- Audrey
Ta fille avait quel âge ?
- Philippe
Là, maintenant, elle a 22 ans.
- Audrey
Oui, elle commençait à être un peu ado. .
- Philippe
Donc, elle commençait à être autonome. Voilà. C'était le bon moment. C'était le bon moment, en fait. C'était le bon moment pour évoluer. Et du coup, quelques mois après... son ancienne N+1 ferme le service, c'est à dire que tous les agents catalogues qui n'ont pas passé le cap partent dans un plan de reconversion ou au revoir. Donc elle avait su prendre effectivement le bon chemin au bon moment. Je lui ai dit "tu vois j'ai dit là t'as bien fait" et donc du coup on s'est retrouvé à un moment donné où là elle comprenait ce que je vivais des années auparavant, ce qui a facilité ma nouvelle reconversion. C'est à dire que là maintenant elle bosse plus que moi des fois c'est moi qui lui dis Merci.
- Laure
Travailleur bénévole
- Philippe
Ouais c'est tentant. Mais du coup là maintenant on est plus en phase. Et puis, maintenant ma fille est grande. Donc voilà, là y'a plus de débat. C'est une phase de vie où on peut s'investir un peu plus dans le travail, que ce soit elle ou moi. On se soutient Et puis maintenant, on a les mêmes références. J'allais dire, on parle la même langue. Alors juste tout à l'heure, on a été un peu vite parce que tu postulais. Donc j'imagine, du coup, tu as le job. Et ça, c'était il y a combien de temps ? Et donc, c'était en février 2025.
- Audrey
Ah oui, donc c'est assez récent.
- Philippe
Oui.
- Audrey
Et donc là, tu lâches ta précédente activité et tu changes...
- Philippe
C'est ça.
- Audrey
De manière un peu fortuite, c'est l'occasion qui, j'imagine, a fait cette nouvelle bifurcation.
- Philippe
C'est ça, et je pensais vraiment rester, comme je le disais, à un poste de direction, parce que j'avais postulé sur...
- Audrey
Oui, ce n'était pas le chemin que tu avais imaginé.
- Philippe
Oui, le chemin que j'avais en tête, c'était vraiment de reprendre un poste à responsabilité dans des conditions, j'allais dire, « acceptables » .
- Audrey
Oui, et puis finalement, cette opportunité arrive à toi et elle fait complètement sens, puisque comme disait Laure, tu rejoins la formation de ton premier métier et tu gardes toute la partie transport que tu as appris.
- Philippe
C'est ça, il y a un fil conducteur, la boucle est bouclée, je vois ça comme ça.
- Audrey
Et du coup, qu'est-ce que tout ce processus de reconversion et ces bifurcations t'ont appris sur toi ?
- Philippe
On est capable de s'adapter, on est capable de rebondir, on se mésestime souvent. Et ça, je le vois, je vois beaucoup de collègues pas satisfaits de leur position, mais qui ont cette frayeur, qui n'ont pas assez confiance en eux, en fait. Je prends l'exemple, dont je suis assez fier, d'une collègue qui était conductrice et qui avait évolué en tant qu'agent d'exploitation. Je lui disais, il faut que tu fasses comme moi. Je sentais qu'elle était dans un mal-être parce qu'elle aspirait à plus, et à juste titre. Mais pour moi, elle ne se donnait pas les moyens ou elle allait vers des moyens, des formations internes, qui ne sont pas valorisées. Bref. Et je lui disais, écoute, il faut que tu fasses comme moi. Il faut que tu sortes de ta zone de confort, fais le RTRV. Sauf que là, elle ne pouvait pas le valider par la VAE, parce qu'elle n'avait pas eu un poste à responsabilité comme moi j'ai eu en tant que REX. Donc du coup, je lui dis, là, fais la formation, ça va être une plus-value, tente, fais la transition pro, etc. Elle l'a fait, il y a un peu plus d'un an maintenant, et du coup, elle a eu son titre pro, brillamment, donc elle a son Bac +2. Et là, bon, pour l'instant, elle est encore à son ancien poste, elle postule, je pense qu'elle va trouver. Mais au moins déjà, je suis fier qu'elle se soit fait confiance, parce qu'elle ne se jugeait pas capable d'avoir ce Bac +2, et d'avoir été moteur du fait de l'avoir sorti de sa zone de confort. Je suis fier et je pense que beaucoup de personnes ne se donnent pas la chance d'aller au bout. C'est quelque chose qui peut même jouer sur sa vie de famille, si on en a une. Le fait d'avoir cette amertume, de perdre cette flamme au fond de soi-même, de se dire qu'on ne s'est pas donné la chance de. Et d'avoir toujours ce regret.
- Laure
On ne fait pas que pour soi finalement, quand on change. Donc maintenant, pilote de formation, les prochaines étapes, c'est quoi ? Comment tu te vois évoluer ? Là, c'est tout récent, tu viens de souffler ta première bougie, mais...
- Philippe
Déjà, je suis content parce que je suis arrivé aussi, c'était compliqué. Je suis arrivé en plein milieu d'année, enfin en plein milieu de session, en février. Et c'était un contexte particulier parce que le diplôme venait de changer. La session était peu nombreuse. Elle était mutualisée avec une autre session en distanciel à Nantes. Il y avait tout un contexte particulier. La formatrice principale, qui était une intervenante extérieure, des fois n'avait pas toutes les infos dont elle avait besoin pour mener son action pédagogique. C'était très compliqué. Je suis arrivé en cours de route. J'ai pris le chemin...
- Laure
Le train en marche.
- Philippe
J'ai essayé de réconforter tout le monde. J'ai accompagné tout le monde. 100% des apprenants ont eu leur titre. Je suis assez content. Et du coup, j'ai repris vraiment la main sur le titre avec toutes les matières qui correspondent au métier et je suis assez heureux de voir que j'ai repris la main sur ce titre au delà de l'aspect juste pilotage, mais même sur les matières et sur le contenu et sur la direction que j'ai envie de donner à ces apports de savoir. Pour en parlr maintenant je prends les termes un peu de formateur : tout ce qu'on appelle le descendant, c'est à dire où l'apprenant doit...
- Laure
subir, engranger. Je dis subir, mais en fait c'est juste absorber.
- Philippe
Voilà c'est ça et il doit être acteur et manipuler son savoir, surtout sur des titres professionnels comme le nôtre donc en essayant de trouver des idées ludiques, ludopédagogiques etc. Donc je teste des choses et je vois que le retour est plutôt positif. Donc ça c'est sympa. Donc je vais aller dans ce sens là, je vais essayer vraiment de m'approprier encore plus le côté pilotage et surtout le côté, ce qui me plaît le plus c'est vraiment les actions de formation, donc le face-à-face pédagogique. Donc c'est vraiment ce côté-là qui m'intéresse, c'est-à-dire l'interaction avec les apprenants, avec toujours cette idée de les faire évoluer. OK, à la fin, ils vont avoir un titre professionnel qui va leur donner une certaine légitimité. Mais le plus important, ce que je leur dis, c'est leur trousse à outils, quelque part. C'est-à-dire que pendant cette période de formation, il faut qu'ils soient curieux, qu'ils se challengent, qu'ils profitent du groupe avec tous les horizons différents, les différents formateurs qu'ils peuvent avoir, qu'ils aillent chercher le maximum pour qu'en fait, à la fin de la formation, ils aient une trousse à outils la plus fournie possible. Ce qui fait que quand ils vont se confronter à certaines situations dans le monde professionnel, ils vont être capables de répondre, en tout cas plus facilement. Ce qui, moi, par exemple, a pu me manquer à un certain moment donné de ma carrière.
- Audrey
Et si c'était à refaire, est-ce que tu changerais des choses dans ton parcours ?
- Philippe
Honnêtement non parce qu'on peut toujours mieux faire mais honnêtement je pense que avec la situation qui m'était donnée à un moment T je pense avoir fait les choix pour moi les plus judicieux qui m'ont amené là où je suis maintenant et puis qui m'ont enrichi. C'est comme aussi les erreurs qu'on peut faire, que ce soit dans le monde professionnel ou personnel. Quelque part c'est les erreurs qui font grandir comme j'ai dit tout à l'heure j'ai vécu un contexte familial très très compliqué. Je pense que si je n'avais pas vécu ce contexte familial, peut-être que je ne serais pas la personne que je suis maintenant. En essayant de développer certaines qualités, notamment de résilience, que j'ai pu développer parce que j'ai été confronté très jeune à un milieu très très compliqué au niveau familial et puis au niveau social, on va dire défavorisé. Et donc du coup, ça donne une force au niveau capacité d'adaptation, de réaction, d'endurance, comme je disais, de résilience, d'être capable de supporter des contraintes de stress assez élevées, peut-être que je n'aurais pas eu si je n'avais pas vécu ces choses-là. Et en fait, pour revenir sur le parcours professionnel, d'avoir connu quelque part, si on peut appeler ça des échecs ou des changements radicaux, d'avoir été en capacité de les faire, fait que, j'espère en tout cas, ça m'a permis d'évoluer en tant qu'être humain. Et en fait, c'est ce que je souhaite. Je me projette sur des améliorations, donc certes par le secteur d'activité que j'occupe, mais en tant qu'être humain, sur tous les plans en fait, que ce soit professionnel ou personnel. Tant que je serai vaillant sur cette terre, je vais essayer de m'améliorer de tous les points pour que je sois utile aux autres. Ce n'est pas pour moi ma petite personne pour me regarder le nombril. C'est évoluer pour que ce que j'apporte au niveau privé et au niveau professionnel soit de qualité. Et à la fin de ma vie, que je me dise que ma vie a servi à quelque chose. Pour donner un sens à ce qu'on est. C'est ce qui me motive. Quand on n'a pas ce sens, cette motivation, quand on est fatigué, quand on subit certaines choses terribles dans sa vie... Si on n'a pas...
- Laure
Ce fil rouge cette valeur directionnelle qui te dit "voilà pourquoi je fais les choses"...
- Philippe
Je pense que c'est là où des fois on peut lâcher prise. Et donc de ce côté là, moi, j'ai ça dans ma tête, c'est mon cap. Quoi qu'il arrive, quoi qu'il puisse se passer dans ma vie...
- Laure
Faire les choses bien et être utile.
- Philippe
Ouais, et voilà. Faire les choses bien et être utile et pouvoir être une plus-value, que ce soit pour mes proches ou pour les gens que je côtoie. Pour la société, en fait, quelque part.
- Laure
Pour te connaître un petit peu, ça se sent dans ton mode de fonctionnement. Que tu as à cœur de faire bien les choses, que ça ait du sens, que ce soit utile. Ça se voit, en fait. Et c'est hyper agréable au quotidien.
- Philippe
Merci beaucoup. C'est un beau compliment. J'espère que je le mérite. J'essaye de faire en sorte.
- Laure
Absolument, tu le mérites. Et pour conclure si tu avais un conseil à partager ça serait quoi ?
- Philippe
Que ce soit sur le côté privé professionnel, c'est cette capacité à s'adapter à l'autre en fait. C'est pour ça que la partie managériale c'est vraiment la partie que je préfère enseigner avec le système de roleplay et d'interaction. Parce qu'en fait, dans le monde du travail, quel que soit son savoir, son savoir-faire, si on n'a pas cette intelligence de relation humaine, en fait, ça ne sert à rien. On n'avance pas. Pour moi, c'est ce côté-là. Si j'ai un conseil à donner, c'est OK, soyez persévérant, essayez de vous améliorer, mais vous ne pourrez pas vous améliorer si vous restez dans votre bulle, si vous restez seul ou en vous croyant mieux que les autres, en disant "oui, c'est moi qui aie la réponse". Non, en fait, la réponse, vous allez la trouver avec les autres. Et de vous comporter aussi avec les autres comme vous aimeriez qu'on se comporte avec vous. Ça, vous le retrouvez quand vous avez des alertes sociales, des mouvements sociaux ou des phases dans votre entreprise où le climat social est dégradé. Mais vous, ça va bien se passer avec vos collègues si vous avez toujours eu cette intelligence relationnelle, on va dire. Il n'y aura pas de souci. Et dans le privé, je pense que c'est raccord. Donc OK, il faut essayer de monter en compétence, il faut se former, sortir de sa zone de confort. Mais surtout, l'intelligence relationnelle, essayer de s'appuyer, de créer un réseau, de s'appuyer sur des bonnes personnes. Puis quand vous voyez des bonnes personnes, si vous êtes à un poste où vous pouvez les mettre en valeur et les faire grandir, allez-y. Puis après, ça reviendra. C'est un échange. C'est vraiment ce côté-là sur lequel j'aimerais que les gens essaient de s'attacher.
- Laure
Un grand merci, Philippe, pour ce partage, c'était top. J'en ai encore appris plein, même si je connaissais quelques bribes comme ça de ton parcours. Donc, un grand merci.
- Philippe
Merci de m'avoir donné l'opportunité de m'exprimer. J'espère que ça a été utile, que ça servira. C'était un plaisir d'échanger avec vous.
- Audrey
Merci, parce que moi, j'ai découvert et vraiment beaucoup apprécié ce côté humble, ces belles valeurs humaines et cette envie d'être utile à la société. Et vraiment, c'était un beau moment.
- Philippe
Merci beaucoup.
- Laure
Nous espérons que vous avez apprécié ce moment autant que nous.
- Audrey
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- Laure
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- Audrey
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- Laure
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- Audrey
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- Laure
Et à très bientôt pour un nouvel épisode.