- Audrey
Bonjour, moi c'est Audrey.
- Laure
Bonjour, moi c'est Laure.
- Audrey
Combien de fois avez-vous pensé « j'en ai marre de mon job » ?
- Laure
Combien de fois l'avez-vous dit ?
- Audrey
Nous, on l'a entendu plein de fois.
- Laure
Ce qu'on vous propose, c'est d'écouter ces personnes qui ont franchi le cap, celles et ceux qui ont entamé une reconversion professionnelle.
- Audrey
Pourquoi ? Comment ? Combien ? C'est ce qu'on a voulu savoir
- Laure
Ici, vous entendrez des histoires de reconversion.
- Audrey
Bonne écoute !
- Hasni
Bonjour, moi c'est Hasni. A 41 ans j'en ai eu marre et j'ai décidé de changer d'orientation pro. Avant j'étais graphiste et aujourd'hui je suis UX designer.
- Laure
Bonjour Hasni, on est très très heureuse de te recevoir aujourd'hui dans "J'en ai marre ! Histoires de reconversion". Alors pour commencer on va remonter un petit peu dans le temps et savoir ce que tu voulais faire quand tu étais petite.
- Hasni
En fait, je ne m'en souviens pas trop. Je pense que je n'avais pas un métier ou une envie particulière. Moi, j'ai grandi dans une grande fratrie et je me souviens très bien vouloir copier ma sœur. Elle voulait être médecin, moi je voulais être vétérinaire. Pour se différencier, mais en même temps, je voulais faire la même chose. Donc, je n'ai pas trop de souvenirs. Je sais que j'aimais bien dessiner, des petites choses comme ça, parce que je savais dessiner et j'aimais bien faire des petits cadeaux à mes copains de classe en leur faisant des petits dessins. Mais pas de métier réellement particulier que j'avais en tête. C'est plutôt à l'adolescence que c'est arrivé. Il y avait deux choses qui m'intéressaient. C'était la mode. J'aimais bien ça. Et le dessin aussi, quelque chose de créatif. Et aussi, je ne sais pas... pas comment, mais j'aimais bien aussi la biologie. Je trouvais fascinant la génétique. Donc, initialement, je m'étais orientée un petit peu dans cette direction. Sauf que j'ai vite compris que j'étais nulle dans les matières scientifiques. Donc, j'ai abandonné. Et donc, je suis allée plutôt vers la direction créative. Donc, au départ, c'était vraiment la mode. Sauf qu'en testant, en faisant des stages, en travaillant, des petits boulots comme ça, je me suis rendue compte que c'était un métier de requin. que je me serais fait manger, je suis trop gentille pour ce milieu, donc j'ai abandonné.
- Laure
Mais tu as choisi comment tes études ? C'est-à-dire que tu as passé un bac, après tu es allée à la fac, une école ? Oui,
- Hasni
Alors j'ai fait un lycée classique avec quand même une option art plastique au lycée et au bac. Et ensuite, je voulais rentrer dans une école parisienne qui est très connue, qui s'appelle Duperré, qui est spécialisée dans la mode. Parce qu'il y a d'autres écoles payantes très chères et mes parents n'avaient pas les moyens. Donc c'était celle-ci que je ciblais. Mais hélas, il y a beaucoup de candidatures et très peu de postes. J'ai fait trois ans de suite, je n'ai jamais été prise. Donc mon backup, on va dire, c'était la fac d'art plastique.
- Audrey
Et du coup à quel moment tu as fait ces stages, tu disais, dans la mode ? C'est quand tu étais dans l'école d'art plastique et que tu essayais de passer ?
- Hasni
Oui, voilà, des petits jobs d'été. Je suis quand même restée, je pense que j'ai eu une phase... J'ai quand même tenté trois ans de suite, donc le concours pour Duperré. Je n'ai pas été prise. J'avais des notes aussi très moyennes, mais je pense qu'il n'y avait pas que les notes qui étaient prises en compte. Donc, je suis restée, j'ai eu ma licence. Première année de master, j'ai vite compris qu'en fait, en art plastique, ça ne me plaisait pas du tout. Et c'est là où j'ai tenté de faire une alternance. Stylisme-modélisme. J'ai tenté ça, j'avais fait des petits boulots aussi pour travailler. J'avais travaillé chez Agnès B, j'avais fait un stage chez Isabelle Marant, ces choses là. Et en fait, le milieu ne me plaisait absolument pas. Et c'était intéressant de voir aussi, en faisant ces petits stages et ces petits boulots, de voir qu'en fait, le métier styliste n'était pas si passionnant. En fait... ce qui fonctionne, ce qui est super, c'est quand on est un super créateur, on a un super nom, mais souvent, styliste dans une marque, en fait, on fait souvent un copier-coller d'une précédente collection, on change peut-être de tissu, on ajoute une poche à une chemise. Voilà, je n'ai pas trouvé ça très sexy.
- Audrey
Ce n'est pas si créatif que ça.
- Hasni
Non, ce n'était pas si créatif que ça. Et surtout, le milieu, j'ai détesté. Je n'ai pas du tout aimé l'ambiance de requin, vraiment. Moi, en plus, j'étais très gentille, naïve, un petit peu. Voilà. Et surtout j'avais une amie qui était avec moi à la fac d'art plastique qui voulait aussi travailler dans la mode. Elle, elle avait commencé beaucoup plus tôt que moi. Elle avait eu un plan pour travailler chez un créateur, un jeune créateur, et elle s'est fait exploiter complètement. J'ai beaucoup d'amis en fait qui ont fait des études de mode et qui ont complètement abandonné parce que ou elles se sont fait exploiter ou le milieu ne leur convenait pas. Donc je me suis dit bon j'aime bien la mode mais non. En fait j'ai vite compris que c'était pas pour moi. Et ben j'ai un peu traîné. En fait, je ne savais plus trop quoi faire.
- Audrey
C'est marrant parce que par rapport à d'autres expériences qu'on a entendues, toi, tu avais quand même essayé de te projeter très tôt dans un métier en faisant des stages, etc. Alors qu'on a plus entendu des expériences de gens qui faisaient un peu des études par hasard. Mais finalement, tu t'es retrouvée à ce moment-là un peu bloquée parce que tu es dans les pistes mode et dessin. Finalement, tu te rendais compte que pour en faire un métier, ce n'était pas ça.
- Hasni
Bah oui, c'est comme, même pour la biologie en fait, il y avait un lycée technique spécialiste en biologie, physique et maths et chimie, qui n'était pas très loin de chez moi dans le 13e, j'ai oublié le nom. Et là aussi, il y avait un concours d'entrée. J'ai fait un stage en fait, j'ai fait vraiment l'effort, je me suis dit c'est vraiment un lycée dans lequel j'aimerais aller. Bon bah après, j'ai vite compris que j'avais pas le niveau en fait, que c'était même pas la peine d'essayer. Je ne comprenais absolument rien. Je n'avais pas le niveau par rapport à d'autres. Donc voilà, j'ai tendance, oui, il faut que je teste pour voir. Ça, c'est quelque chose que j'ai souvent fait. J'ai le sentiment d'avoir perdu mon temps quand même, surtout à la fac, parce que j'ai appris des choses, mais ce n'était pas vraiment ce que je faisais, ce que je voulais faire, pardon. J'y suis restée quand même presque quatre ans. La dernière année, on ne la compte pas trop. Mais voilà, j'étais studieuse, mais ce n'était pas très ambitieux. Ça ne m'intéressait pas tant que ça en fait.
- Laure
Donc, tu es dans tes études, tu fais ton test, ton expérience dans le monde de la mode. Tu vois que ça ne te correspond pas. Alors, qu'est-ce qui se passe à partir de ce moment-là ?
- Hasni
J'ai eu six mois de flottement où j'étais encore à la fac. Et en fait, j'y allais sans vraiment y aller. On fait des petits boulots, on ne sait pas ce qu'on veut. Je me suis dit, mais qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? Et puis surtout, à la fac, je n'arrivais pas à me projeter en fait. Parce que quand on fait des études d'art plastique, peut-être les seuls débouchés, c'est être prof.
- Laure
Oui.
- Hasni
Et clairement, je n'avais pas du tout envie de devenir prof. Peut-être s'orienter vers des études plus... Peut-être guide, mais ça aussi, ce n'est pas un plan de carrière. C'est souvent un à côté. J'avais vite compris que ce n'est pas ça qui allait me donner à manger. Enfin, payer le loyer. Donc, je me suis dit, qu'est-ce qui pourrait être intéressant, qui serait un peu créatif et qui rapporte de l'argent ? Faire des études. Alors, à l'époque, ça s'appelait en multimédia. Ça date. Donc j'ai fait une alternance pendant deux ans. C'était chouette.
- Audrey
Ça correspond à quoi ? Ça correspond plus au marketing digital ou plus au graphisme ?
- Hasni
Ouais, c'était graphisme. Ouais, c'était graphisme pur. C'était pas du tout marketing digital, même si on en faisait un petit peu, mais vraiment graphisme. Voilà, donc j'ai fait ça pendant deux ans. C'était chouette, sans plus. Je pense que comme j'aime la nouveauté... J'aimais bien apprendre de nouvelles choses. C'était sympa. J'étais souvent aussi avec des créatifs et j'aime bien cette mentalité. Donc, c'était sympa. Et puis, il a fallu ensuite trouver son premier job. Et la crise de 2008 est arrivée. Et là, les postes justement de créatifs, parce qu'à l'époque, ça se passait très, très bien. Et là, c'était 2008, c'était vraiment compliqué. J'ai eu de la chance. C'est que dans l'agence dans laquelle j'ai fait mon alternance. Ils ne pouvaient pas m'embaucher, mais par contre, ils avaient des contacts. Et j'ai travaillé en fait en binôme avec une directrice artistique qui était, et qui est d'ailleurs freelance. Et en fait, j'étais avec elle, je travaillais avec elle. Donc, ma première activité a été en freelance. Ok. Parce que je n'avais pas le choix, je n'avais aucune autre opportunité. Donc, j'ai appris avec elle. Elle avait tellement de travail qu'elle avait besoin de quelqu'un, une sorte d'assistante avec elle. Donc, on se divisait le travail et aussi les factures, on va dire.
- Laure
Donc toi, tu as expérimenté le statut d'indépendant dès le départ.
- Hasni
Oui, dès le départ. Donc elle, elle m'a accompagnée. J'ai appris énormément de choses. J'ai appris la rigueur. Parce que ce qu'on apprend à l'école, c'est sympa. Mais ça n'avait rien à voir. J'étais complètement à la rue, en fait. Je me rendais compte. C'était chouette parce qu'en plus, elle, elle travaillait quasi exclusivement avec des maisons d'édition. Elle faisait beaucoup de livres pour enfants. donc elle travaillait comme elle avait énormément de contrats, beaucoup de projets. Elle avait besoin de quelqu'un qui l'aide pour, souvent, dans des collections pour enfants. On a, elle, travaillait sur la création du principal, du bouquin principal, et il fallait décliner. Donc, moi, je m'occupais de toutes les déclinaisons. C'était chouette parce que au fur et à mesure, j'étais de plus en plus indépendante. Et ça a duré quelques temps, en fait. Au début, l'argent, c'était pas fou. Mais assez rapidement, je m'y retrouvais. Le statut d'indépendant était chouette parce qu'en plus, au départ, je n'étais pas freelance comme on l'entend aujourd'hui. J'avais un statut, je ne me souviens plus comment ça s'appelait, mais c'était un peu comme un pigiste. Aujourd'hui, je crois que c'est l'équivalent d'une société de portage.
- Laure
D'accord.
- Hasni
En fait, je fournissais une facture et j'avais une fiche de paye.
- Laure
C'est ça.
- Hasni
Oui, effectivement. Donc, c'était la maison d'édition... Et j'avais tous les avantages. Pour moi, c'était super parce que... J'avais la fiche de paye, donc je n'avais pas toutes les déclarations à faire à côté. Je travaillais que quand il y avait du taf. Il y avait beaucoup de boulot. Et financièrement, je m'y retrouvais en fait.
- Audrey
Du coup, tu as commencé pas dans le salariat classique. Tu étais quand même très autonome. Oui. Ce qui est assez rare, j'imagine, quand on commence. Oui. Mais avec une « mentor » quand même pour t'accompagner et ne pas être toute seule.
- Hasni
Oui. J'ai expérimenté le monde du travail. J'ai expérimenté comme ça. Donc, apprendre à négocier ses tarifs, parce qu'au fur et à mesure, je commençais à être de plus en plus indépendante. Elle, elle me laissait complètement des collections entières. J'avais aussi certains, comment dire, quand elle avait trop de choses à faire, elle m'en laissait certains à créer même. Donc, ouais, j'arrivais à négocier assez bien. C'était chouette. Bon, après, ne nous voilons pas la face. Au bout de, je ne me souviens plus trop combien, peut-être trois ans. Au bout de trois ans, on se rend compte que le marché, ce n'est pas super bien payé, les maisons d'édition. Donc, j'ai décidé de me prendre un job à mi-temps. Ok. Et j'ai trouvé un boulot, je ne me souviens même pas quand j'ai trouvé. Je crois que j'ai envoyé une annonce. Et j'ai trouvé un job dans un journal. Je ne sais pas s'il existe encore. Je pense que oui, c'est l'Argus de l'automobile. Ils avaient besoin d'un graphiste pour trois jours par semaine pour les bouclages.
- Laure
D'accord.
- Hasni
C'était parfait. C'était la meilleure période de ma vie. C'est-à-dire que je travaillais trois jours par semaine. J'avais un CDI.
- Audrey
Et là, par contre, tu étais dans leur locaux.
- Hasni
Oui, j'étais dans leur locaux. Et deux jours par semaine, j'étais chez moi où je travaillais en freelance. Et c'était chouette parce qu'en fait, j'avais un peu ce CDI qui enlève un petit peu une épée de Damoclès qu'on a quand on est indépendant, de se dire est-ce que je vais avoir du travail, est-ce que je vais avoir des contrats, des choses comme ça. Ça me permettait en fait d'avoir cette tranquillité financière et aussi tous les avantages mine de rien qu'on peut avoir avec une entreprise. Et cette liberté qu'on peut avoir aussi de faire des choses un peu plus créatives à côté. et puis si je n'avais pas envie de travailler, je faisais d'autres trucs, donc c'est la période où j'avais passé mon permis, vu que je l'ai passé super tard. Enfin, voilà. C'était une... Ça a duré deux ans, mais c'était vraiment une période où... Enfin, j'avais vraiment adoré, quoi.
- Audrey
Et donc, un début de carrière plutôt... Qui, finalement, même si tu t'étais un peu dirigée vers là par hasard, ça avait plutôt bien commencé.
- Hasni
Oui. Dans le sens où c'est... Enfin, bien, je ne sais pas, mais en tout cas, j'ai... peut-être grandi peut-être plus vite que certains, le fait de commencer par un statut d'indépendant, de devoir chercher soi-même pas mal de choses, des contrats et choses comme ça.
- Audrey
Après, si on entend beaucoup que le rythme de travail, etc. te plaisait, est-ce que l'activité en elle-même te plaisait ?
- Hasni
Alors maintenant, avec du recul, j'ai 47 ans, donc maintenant je sais, je sais ce que je veux et je sais où je vais ou à peu près. Je sais qu'en fait, ce qui m'a fait tenir, le job en lui-même n'était pas forcément quelque chose d'hyper épanouissant. Mais ce que j'adorais, c'était la nouveauté. En fait, j'aime bien apprendre de nouvelles choses. Et le fait de travailler et dans l'édition et dans l'automobile, pour moi, c'était vraiment chouette. De travailler aussi, j'aime beaucoup travailler, en fait, comprendre un peu les organisations. J'aime bien voir comment les gens travaillent entre eux. Maintenant je le sais, mais à l'époque je ne me rendais pas compte. Donc c'était ce qui me faisait tenir en fait. Mais ça allait, je n'étais pas en déprime totale. J'étais contente d'aller au travail, sauf que je m'ennuie très très vite. Et ces boulots-là, je n'y suis pas restée très longtemps en fait.
Laure : Et tu en avais conscience déjà à ce moment-là, que tu t'ennuyais vite ?
Hasni : Oui. C'était quelque chose qui était... le côté redondant de la maison d'édition alors ce que j'adorais c'était travailler avec des illustrateurs avec les éditeurs, avec les auteurs ça c'était chouette et puis un livre est différent à chaque fois les nouvelles collections plus que les déclinaisons c'est exactement ça que j'aimais bien et vraiment travailler avec les auteurs les illustrateurs, vraiment un truc différent à chaque fois, ça c'était chouette après ça commençait un petit peu à tourner en rond alors à l'Argus de l'Automobile là aussi En fait, j'aimais bien aller voir mes collègues, on rigolait bien. Mais là aussi, dès que j'avais compris un peu les mécanismes, c'était pas...
- Laure
T'avais envie d'autre chose.
- Hasni
Voilà. Et puis, je commençais un petit peu à m'ennuyer aussi. Voilà. Donc, il se fait rester deux ans. Au bout de deux ans, je quitte mon job. Je quitte aussi le freelance, en tout cas avec ces maisons d'édition. Et je ne sais pas quoi faire.
- Laure
Donc, tu quittes sans avoir de projet.
- Hasni
Moi, j'ai souvent été comme ça. En fait, j'aime bien avoir cette liberté professionnelle. Il faut que je... Enfin, je pars, mais je ne pars pas n'importe comment. C'est-à-dire que tous les freelances le font. Et on me l'a appris assez vite. c'est toujours avoir Un an de salaire de côté. Donc ça, j'ai toujours économisé mes premiers salaires assez rapidement. J'achetais du matériel ou bien je m'étais de côté. Mais j'étais peu dépensière parce qu'on ne sait jamais ce que demain sera fait. Et quand on est indépendant, il faut toujours avoir une trésorerie. Donc quand je quitte une entreprise, je sais que j'ai un peu d'argent de côté et que je peux vivre correctement pendant un an.
- Laure
Est-ce que... Quand tu es indépendant, tu quittes, il ne se passe rien. En revanche, t'étais salariée, t'avais un CDI à l'Argus de l'Auto. Là, t'es partie. C'est quoi ? T'avais rien non plus parce que c'est une démission ?
- Hasni
Ouais, ouais, c'est ça. J'avais absolument rien. Je crois même que les ruptures conventionnelles, à l'époque, il n'y avait pas à moins de se faire virer ou une fin de CDD. Il n'y avait rien, en fait. Donc, je démissionnais.
- Audrey
Tu pars sans rien, mais avec ton filet de sécurité.
- Hasni
J'avais mon filet de sécurité. Je sais pas, j'avais confiance en moi. Et bah oui, j'avais confiance en moi parce qu'un mois plus tard, je ne sais pas comment. Donc, en général, je me dis, quand je quitte souvent, parce que ce n'est pas le premier job que je quitte comme ça, je me donne un mois de repos et après, je suis suffisamment motivée pour commencer à chercher. Et un mois plus tard, j'ai une petite agence, donc c'était une sorte de boîte d'intérim, agence, boîte d'intérim, qui me contacte. Je ne sais même pas comment ils ont fait pour avoir mon contact. Je ne sais pas, j'ai peut-être postulé un jour, je n'en sais rien, bref, je n'en souviens pas. Ils m'ont contactée pour me proposer des missions en tant que graphiste. Et c'était cool parce qu'en fait, la personne qui me contacte, c'était son premier job et j'étais sa première candidate.
- Laure
Une première pour les deux.
- Hasni
Voilà, une première pour les deux. Je passe leur petit test, tout se passe bien. Et en fait, ça se passait super bien parce que j'ai fait de l'intérim assez longtemps. En fait, je mixais, j'avais quand même le statut de freelance. Et le fait d'avoir des contacts aussi avec mon ancienne directrice artistique. Donc j'avais aussi des petits contrats en indépendante. Et je faisais des missions qui pouvaient être très courtes, mais aussi très très longues, en intérim. Et c'est vrai que c'est souvent dévalorisé l'intérim aujourd'hui. C'est souvent le bâtiment et tout ça. Mais c'était vraiment génial parce que je pouvais négocier les tarifs. Je pouvais choisir les missions que je voulais faire. Je pouvais ne pas y aller si je n'avais pas envie. Dès que ça ne se passait pas bien, j'avais un filet de sécurité. En fait, j'appelais justement la personne, mon contact dans l'agence. On s'entendait très bien. J'étais sa première cliente, on va dire. Donc, on se faisait confiance. Je lui parlais beaucoup de choses. Je leur ai ramené aussi beaucoup de business. C'est pour ça que ça allait bien.
Audrey : Donc, tu pouvais demander à être sortie d'une mission.
Hasni : Voilà. Et c'était la liberté totale. Vraiment, c'était trop bien. Je trouve ça fou qu'aujourd'hui on dévalorise ce statut là alors que une succession de CDD c'était vraiment trop bien.
- Laure
C'est vrai qu'il y a beaucoup de gens qui voient mal l'intérim parce que comme tu disais, c'est dans les métiers du bâtiment, c'est des gens qui ne choisissent pas forcément alors que ça peut être aussi un choix.
- Audrey
Ca pourrait convenir aussi à des jeunes qui n'ont pas envie d'un CDI et qui préfèrent avoir plusieurs choses, avoir plusieurs expériences, plutôt que d'être dans une entreprise.
- Laure
Oui et qui veulent de la souplesse aussi, de pouvoir choisir quand même.
- Hasni
Et puis, il y avait des avantages. Alors certes, quand on ne travaille pas, on n'a pas de salaire. Par contre, il ne faut pas oublier qu'à l'issue d'un CDD, on a une prime de précarité. Donc financièrement, c'est intéressant. Alors en fonction, c'était cool parce qu'il y avait des postes plus exé(cution), plus créa(tion), ce n'étaient pas les mêmes tarifs. Il y avait des périodes où, quand j'étais plus ou moins fatiguée on va dire, j'aimais bien avoir pendant deux semaines, trois semaines bossé que sur de l'exé, et parfois j'avais envie d'être stimulée. Alors c'était vraiment super pour gérer ses humeurs, c'était génial, pour moi c'était trop bien. Le statut en soi était chouette et puis c'était une période aussi où il y avait du boulot, il y avait du taf.
- Laure
C'est ça. Après l'intérim aussi c'est difficile, pardon, je reviens dessus mais je trouve que c'est important parce que c'est aussi mal vu, parce que clairement tu veux... un bien immobilier.
- Audrey
Oui, c'était la question que je me posais aussi, parce qu'à l'époque, tu étais en location, tu avais un appart un toi ?
- Laure
Oui, mais tu vas chez ton banquier ou juste tu cherches un appart et tu dois présenter trois fiches de salaire. Je pense que c'est plus difficile.
- Hasni
Oui, en fait, le CDI, c'est encore le Graal. Même indépendant avec un bon revenu, c'est toujours compliqué. Le CDI reste le Graal. Moi, je n'avais pas dans l'optique d'acheter donc... J'étais célibataire.
- Laure
Donc, ça convenait. C'était un statut qui convenait parfaitement...
- Audrey
Tu avais réussi à trouver un appartement peut-être à l'époque où tu avais le CDI ? Donc tu n'avais pas ce souci-là, effectivement. Et c'était plutôt des missions très courtes ?
- Hasni
Il y avait de tout. En fait, je pouvais faire du très court comme du très long. Je suis restée une fois un an et demi dans une entreprise. Et souvent, en plus, c'est un très bon... Ce que je trouvais chouette aussi, c'est que j'ai eu énormément de propositions de CDI pendant ces missions.
- Laure
D'accord.
- Hasni
Parce qu'on fait ses preuves.
- Laure
C'est ta période d'essai, finalement.
- Hasni
C'est ta période d'essai, exactement. Alors, le revers de la médaille pour l'entreprise, c'est que moi, je voyais tous les travers. Donc, j'arrivais très bien à négocier. En tout cas, j'en ai accepté qu'un seul. Un seul poste dans toutes les missions que j'ai pu faire. Parce que les autres, ou l'entreprise ne me convenait pas, ou le poste ne me convenait pas, ou l'ambiance. Enfin, quelque chose qui ne me convenait pas, c'était trop loin de chez moi. C'est vrai que je faisais un peu la fine bouche, il faut l'avouer. Mais c'était quand même, cette flexibilité, je la trouvais génialissime. C'est vraiment quelque chose que j'aimerais refaire aujourd'hui. Mais aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué. L'intérim dans ces postes-là, je crois, n'existe plus.
- Audrey
Oui, c'est ça, il n'y a peut-être plus tellement d'intérim pour des métiers plus intellectuels, entre guillemets. Ce qui est effectivement dommage.
- Hasni
Non, non, il y a plus trop. Maintenant, on a des statuts de freelance, ce que, aussi, je trouve un peu limite. Aujourd'hui, on doit être freelance. On est freelance alors qu'on est sur une mission qui dure trois ans. C'est incroyable. Alors qu'être indépendant, normalement, c'est comme une entreprise. Il y a un petit peu des contournements.
- Laure
Il ne devrait pas y avoir de dépendance économique. Quand tu es sur trois ans, sur un contrat, ça s'apparente quand même à un engagement long.
- Audrey
Finalement, tu sors de l'intérim parce que tu te fais embaucher dans le cadre d'une de tes missions ?
- Hasni
C'est ça. Je me fais embaucher. Et là aussi, je pense que comme j'avais cette flexibilité, comme je vous le disais, j'avais pas d'impératif personnel. Donc pas d'enfant, pas de crédit. C'est mine de rien, ça permet d'être beaucoup plus libre dans ses choix de carrière, enfin... Carrière, non, mais en tout cas, de ses choix professionnels.
- Laure
Enfin, on s'autorise plus en tout cas.
- Hasni
Voilà, c'est ça.
- Laure
Peut-être.
- Hasni
Oui, on s'autorise plus, peut-être un peu trop.
- Laure
Peut-être.
- Hasni
Mais ça me permettait, moi, de bien négocier des postes ou des salaires. Par exemple, j'avais fait de l'intérim au laboratoire NUXE. Ils voulaient me proposer un CDI. Donc, au départ, un CDD, j'ai accepté. Et ensuite, à l'issue de ça, ils m'ont dit un CDI. J'ai dit non. j'ai dit non parce que le salaire ne convenait pas le poste non plus, moi je briguais un poste un peu plus important et finalement le fait qu'ils me faisaient confiance ils ont accepté j'ai eu un poste plus important et plus intéressant alors j'avais un poste de je travaillais, j'étais graphiste c'est des postes un peu bizarres graphiste dans le packaging et j'avais un poste de chef de projet aussi et de manager. C'était beaucoup plus large. Le premier poste que j'ai eu, un peu challengeant, en fait, où là c'était plus, je picorais en fait un petit peu dans le monde du travail, je m'amusais un peu créativement, ou si je n'avais pas envie, disons que je prenais ce que j'avais à prendre. Là, par contre, c'était un peu plus gros engagement, on va dire, personnel et professionnel.
- Laure
Et tu avais du management, là ?
- Hasni
Oui, là j'avais du management.
- Laure
Première expérience en management ?
- Hasni
Catastrophique !
- Laure
C'est dur.
- Hasni
C'était horrible. C'était horrible, mais j'étais consciente, en fait, quand j'ai accepté le poste, j'avais demandé à ce qu'on m'accompagne. Problème, c'est que mon manager lui-même n'était pas formé. J'avais demandé à être formée, et la formation est arrivée un peu trop tard, on va dire. Donc j'ai fait des erreurs. Comme tout le monde. Après,
- Audrey
T'étais peut-être jeune par rapport aux gens que tu manageais ?
- Hasni
Non, j'avais à peu près le même âge, j'avais une trentaine d'années, ça allait. Non, ça allait, on était tous à peu près, donc on était au sein de Nuxe sur chaque pôle, on était dans un studio graphique et il y avait en fait la manager du studio, on va dire, et des petits managers. Donc moi j'étais sur la partie... le packaging et ça a été très difficile. Mais la formation m'a beaucoup aidée.
Laure : Mais là, la diversité de tes tâches et tes missions, peut-être que tu t'ennuyais un peu moins. Alors, qu'est-ce qui a fait que t'as changé ? C'était quoi le déclencheur ?
Hasni : Niveau créatif, si. Je m'ennuyais pas mal. Mais par contre, comme toujours, c'était de la nouveauté. C'était un milieu que je ne connaissais pas. Je n'avais jamais travaillé dans le packaging. On bossait beaucoup avec la logistique, avec les labos, avec le marketing opérationnel. Toutes ces choses-là, marketing produit. Tout ça, c'était nouveau pour moi et ça, j'aimais bien. Dès que j'ai de la nouveauté, je m'amuse. Ça, c'est chouette. Management, ça a été très difficile parce que je ne comprenais pas ce qui n'allait pas. C'est après, quand j'ai eu une formation, que j'ai compris où j'avais fait des erreurs. Tant pis, il y avait des choses qui ont été faites.
- Audrey
Oui, mais tu as quand même eu la capacité de te remettre en question.
- Hasni
Oui, je le savais déjà que j'avais besoin d'aide parce que je ne savais pas comment gérer les situations. Mais voilà, donc j'y suis restée un an et demi. Bon, je ne veux pas trop cracher dans l'entreprise, mais j'ai tenu un an et demi. Et au bout d'un an et demi, en fait, j'ai quitté le poste. Là, je suis partie un petit peu en mode survie, on va dire. D'accord. Parce que le contexte de l'équipe ou du poste me convenait pas du tout. En fait, c'était, je pense, comme beaucoup de... C'était, je crois, une des premières expériences que j'avais dans une structure un peu grosse. Ben, c'est là que j'ai appris qu'en fait, peu importe que tu sois créatif ou que tu aies une expertise, c'est toujours le patron qui décide à ta place. Je ne l'ai pas très bien vécu.
- Laure
C'était quand même un grand écart de fonctionnement. Toi, tu étais très indépendante et qui choisissais tes missions, qui prenais, qui laissais, tu les choisissais. Et puis là, on t'imposait.
- Audrey
Oui, et puis on en parlait tout à l'heure des fois dans le graphisme c'est simplement que la personne n'aime pas la couleur ou la forme et il n'y a aucune raison raison réelle et aucune argumentation, c'est juste j'aime pas et en fait t'es obligée de te plier à ton client...
- Hasni
Jusque-là, j'arrivais à gérer parce que en fait c'était du pur graphisme et je savais enfin on s'adapte en fait quand on est graphiste on est créatif mais on n'est pas des artistes il y a très peu de designers graphiques qui ont une notoriété et qui peuvent imposer leur style, mais c'est souvent quand on est indépendant, quand on fait nos propres projets, qu'on fait vraiment de la pure créativité, la pure création, pardon, mais souvent, quand on est en agence ou quand on est dans un studio...
- Laure
On rentre dans un cadre qui est imposé.
- Hasni
On connaît les codes, donc en termes de créativité, c'est un peu limité. Donc voilà, on sait un petit peu... peu, c'est rare qu'on soit hors sujet ou quand on a un client qui dit qu'il aime pas. Bon, on sait pourquoi, en fait. Sauf que là, c'était un step au-dessus. C'est que ça dénigrait vraiment la compétence, en fait. La personne. Et j'étais pas la seule. C'était l'expertise même, en fait, qui était difficile.
- Audrey
Là, on était peut-être un peu plus dans du management toxique.
- Hasni
Oui. C'était du management toxique. Je n'étais pas la seule en studio à le vivre. Donc, ouais.
Laure : Mal-être au travail, quoi.
Hasni : Ouais, là je pars en mode survie. Là, je pense que si j'étais restée. J'aurais fait un burn-out. Je faisais aussi des horaires de dingue. On finissait très tard. On était en sous-effectif. Il y avait tous les problèmes d'entreprise. C'était vraiment... C'est là où j'ai compris que j'étais un peu dans le mal parce qu'il m'a fallu quand même deux mois pour m'en remettre. J'avais beaucoup perdu en confiance en moi. Et ce qui a fait que je suis ressortie, c'est mes anciens contacts. Donc du freelance, de l'intérim. Je me souviens, la première mission que j'ai acceptée après ce poste-là, j'avais perdu complètement confiance en moi.
- Laure
T'avais peur d'échouer, non ?
- Hasni
Ouais, j'avais vraiment peur et j'avais perdu confiance en moi. Et je me souviens, au bout de deux jours, la personne qui m'a recrutée m'a dit « Hasni, c'est super, t'es super, mais en fait, ton CV, il ne reflète pas du tout tes compétences et tout. » Sorti de là, j'ai chialé, quoi. Je me suis dit « Mais c'est pas possible, j'ai perdu confiance en moi, je ne refais plus jamais ça. » Plus jamais des gens m'ont rabaissée au travail. Je sais de quoi je suis capable. Non. Ça arrive de manière sournoise, mais ça m'est arrivé. Donc j'ai repris encore ma petite vie...
- Laure
D'indépendante, de choix de poste ?
- Hasni
Et là, j'ai eu un autre poste où j'avais fait aussi de l'intérim, on va dire. Et j'ai été prise en CDI. C'est chez Monoprix. C'était à peu près la même chose que chez Nuxe. C'était du packaging. Là aussi, nouveauté, c'était chouette.
- Audrey
Nouveaux collègues, nouvelle entreprise... Nouveau secteur aussi ?
- Hasni
Nouveaux collègues, nouvelle entreprise, l'agroalimentaire, une marque que j'aime bien. Nouveau secteur, voilà. Parce que bon, avant ça aussi, même dans l'intérim, j'ai fait beaucoup de secteurs. J'avais bossé dans beaucoup de... Pas que des agences, mais aussi dans des entreprises avec des secteurs d'activités différents. Donc c'était chouette aussi de découvrir ça. Et là, j'y suis restée. C'est le CDI où je suis restée le plus longtemps, trois ans. C'est la période où j'étais plus stable niveau personnel, je me suis mariée, j'ai essayé d'avoir un enfant, donc j'avais besoin de stabilité. J'avais besoin de stabilité professionnelle, même si le job... Au bout de quelques temps, bon, c'était pas funky... Mais bon, je tenais, en fait, juste là. Et donc, ouais, il fallait que ce soit stable niveau personnel. Pas de bol, j'ai pas réussi à avoir un enfant. J'ai fait un parcours PMA qui a échoué. Alors, je me souviens très bien. Donc, j'avais 40 ans. Je fais en simultané mon parcours PMA et une sorte de bilan de compétences.
- Laure
Ça fait deux travails introspectifs, mais très profonds.
- Audrey
Plus la crise de la quarantaine...
- Laure
Et si je ne faisais pas les choses à moitié ?
- Hasni
En fait, ça faisait un moment. Je savais que ce que je faisais, j'avançais un petit peu sans réfléchir. Souvent, c'est je saisis les opportunités, les gens m'appellent, on te fait confiance... Je ne me suis jamais posée en fait.
- Laure
Tu n'avais pas de plan de carrière ?
- Hasni
Non, je n'en ai jamais eu. Et je ne me suis jamais posée pour me dire qu'est-ce que je veux faire, qu'est-ce qui me plaît en fait. Et là, le fait d'essayer d'avoir une vie perso un peu plus stable, c'est là où je me suis dit le taf, en fait, ça ne m'intéresse pas trop. Et j'ai fait donc le bilan de compétences. À quelques semaines près, ce n'était pas vraiment... Mais bon, on va dire que c'était dans la même période. Et j'ai fait un bilan de compétences... assez particulier, ce n'était pas avec une conseillère, c'était en groupe.
- Laure
Oui, ça avait été expérimenté. Maintenant, je crois même qu'on est beaucoup revenus là-dessus et que le bilan de compétences doit se faire de façon vraiment individuelle.
- Hasni
Oui, alors le bilan, ça m'a aidée quand même un petit peu. Je pense que j'avais besoin de voir certaines choses. Alors, globalement, aujourd'hui, le bilan que j'en fais, c'est que je ressors peut-être avec une information qui m'aide encore aujourd'hui. Savoir qu'en fait, on fait pas mal d'exercices et de savoir... Comment dire ?
- Laure
Connaître sa personnalité profonde, ses compétences.
- Hasni
Oui, mais c'est surtout les choses sur lesquelles je ne veux pas...
- Audrey
Oui, toi tu fonctionnes pas mal comme ça. Là où je vais pas aller et ce que je ne veux pas faire.
- Hasni
Oui, c'est plutôt ça. C'est plutôt ça. Et parfois, j'oublie, en fait, comme j'ai tendance à saisir toujours les opportunités. On a besoin de moi. Vas-y, j'y vais. Donc, je le garde. J'ai mon petit tableau. Je l'ai tout le temps, celui-là. C'est le seul truc que j'ai gardé. Mais en fait, moi, c'était plutôt l'impulsion du groupe. qui m'a aidée, en fait, et comme toujours, je suis toujours très enthousiaste quand je rencontre des nouvelles personnes qui me racontent leur expérience, des nouveaux métiers, donc ça, c'était chouette. C'est plutôt ça qui m'a aidée, en soi. Et en fait, à l'issue de cette période, donc PMA qui ont échoué, bilan de compétences terminé, je dépose ma démission, comme d'habitude.
- Laure
Ben oui, tiens, alors qu'est-ce qu'on fait ? Une démission.
- Hasni
Voilà, comme d'habitude, je dépose ma démission, sauf que là, je me suis dit... je ne vais pas reprendre le travail. Là, je ne vais pas faire la même erreur. J'ai quand même pris mon mois, un mois et demi. Alors non, j'ai déposé ma démission, je dis des bêtises. J'ai fait un bilan, non, j'ai fait une rupture conventionnelle. Non, là, j'ai... Voilà, j'ai négocié une rupture conventionnelle que j'ai obtenue, et là, c'était beaucoup plus confortable. Et les deux premiers mois, je me suis reposée, comme toujours, et puis un matin, je me suis dit, bon, allez.
Laure : Ça part.
- Audrey
Mais ça part vers où ?
- Hasni
Ça part vers où ? Je ne savais absolument pas. Et ça, c'est une chose, justement, pendant le bilan de compétences qui était intéressant, c'est de dire toujours tester des choses avant de vous lancer. Oui. Et je le faisais en fait avant avec l'intérim, le fait de tester des postes.
- Laure
Tu en as expérimenté.
- Hasni
J'en ai expérimenté des choses. Et là, j'ai dit je vais faire les choses bien. En fait, ce que j'ai fait, c'est qu'il y avait des domaines qui m'intéressaient. je dis bah allons au culot. Et là, c'est là où j'ai découvert que le travail gratuit, ça plaît à toutes les entreprises. Parce que quand on arrive et qu'on a 40 ans avec un gros bagage... et qu'on est quand même compétents sur pas mal de choses, les gens adorent. Mais venez, venez, venez, il y a du travail. Bien sûr qu'il y a du travail. Bon, après, c'était un échange de bons procédés. Je faisais des mini-stages. Ils avaient besoin de moi, donc j'ai fait du bénévolat. Je faisais des choses comme ça. J'ai testé pas mal de choses. Je suis allée voir des professionnels. J'échangeais avec eux. Donc, j'ai fait plein de trucs. Les Fab Labs m'intéressaient. Je ne sais pas si vous voyez ce que c'est un petit peu. Les Fab Labs, en fait, ce sont des laboratoires d'innovation dans lesquels on a des outils qui sont mis à disposition pour créer des prototypes. Donc il y a beaucoup de designers, d'ingénieurs, même d'entrepreneurs qui sont là pour tester des choses.
- Laure
Donc il y a des imprimantes 3D, ce genre de choses ?
- Hasni
Des imprimantes 3D, découpe laser, des choses comme ça. Ça, ça m'intéressait beaucoup parce que c'était le côté innovation, créatif. C'est une manière aussi d'être créative. Ça rejoint aussi le côté hyper technique. Enfin, tous ces trucs-là que j'adore.
- Audrey
C'est assez dynamique, innovant et ça bouge.
- Laure
Ça te rappelait un peu l'ambiance stylisme ou pas ? En fait, d'extérieur, tu vois, j'ai l'impression que c'est le lien un peu dans les compétences de créer, faire, fabriquer.
- Hasni
C'est ça. Bah oui, l'ambiance me plaisait beaucoup, j'ai été bénévole à un événement, j'ai fait un stage aussi dans un Fab Lab, et bon, le stage, il m'a un peu déplu. Parce qu'en fait, j'ai vu qu'en fait, c'était un job à faire en one shot, c'est-à-dire on fait ça un an et demi, deux ans, il n'y a pas de perspective d'évolution, les salaires ne sont pas mirobolants.
- Audrey
Ouais, tu travailles sur un projet et après c'est fini quoi.
- Hasni
Pas forcément. En fait, on est là, on gère un Fab Lab. Des gens viennent nous voir, on les accompagne. On peut créer parfois certaines choses, mais on reste au stade du prototype. Ce n'est pas grave. Je me suis dit, ce n'est pas grave. Ensuite, je teste les incubateurs. Là aussi, je fais un stage chez un incubateur. Ils avaient trop besoin de quelqu'un parce qu'ils faisaient des hackathons et tout.
- Laure
C'est quoi, les incubateurs de start-up comme Paris & Co ?
- Hasni
Ouais, voilà, incubateur de start-up. Alors là, ils faisaient aussi un lieu où ils faisaient de la facilitation, donc où ils intégraient de l'intelligence collective et tout ça. Donc là aussi, j'ai testé. J'ai rencontré des gens... Alors là, ce qui est cool, c'est que dans tous ces trucs-là, j'ai rencontré des gens super. J'ai vu beaucoup de gens paumés. C'est incroyable. Beaucoup de jeunes complètement paumés qui... qui eux débutaient leur carrière, qui sortaient souvent d'écoles de commerce, très très diplômés, hyper brillants, qui parlent quatre langues.
- Audrey
Mais qui arrivaient là comment ? Parce qu'ils étaient censés avoir une idée de start-up ?
- Hasni
Alors pas ceux qui avaient des start-ups, ceux qui... travaillaient, qui étaient freelance ou qui faisaient un peu de facilitation. En fait, ils étaient perdus pour la plupart.
- Audrey
Ils avaient atterri un peu par hasard parce qu'ils ne savaient pas trop où aller.
- Hasni
Voilà. Il y a beaucoup d'initiatives aussi qui existent aujourd'hui, qui font incubateurs. C'est connu, ça s'appelle Make Sense. Ou aussi où ils accompagnent des startups à Impact. Ils font aussi beaucoup d'événements et des choses comme ça. Donc c'était chouette. Sauf que moi, il n'y avait rien de concret. Et je pense que j'étais peut-être aussi un peu âgée. C'est normal, quand on a 20 ans, c'est plus compliqué. On est complètement perdu. Moi, c'est vrai qu'à 20 ans, même si j'étais perdue, j'ai été quand même beaucoup accompagnée. J'ai pris ce qu'on m'a donné. Il y a des gens, j'ai eu des mentors. Donc, j'étais accompagnée. Eux, ils étaient complètement perdus.
- Laure
C'est vrai que quand on avance en âge, quand on va quelque part, on peut, à défaut de se dire on aime, on peut dire non, ça, c'est pas pour moi. On a peut-être plus cette capacité à dire ce qui nous correspond moins.
- Hasni
En tout cas, moi, j'ai beaucoup apprécié. J'ai rencontré des gens super, mais c'était clairement pas...
- Audrey
C'était enrichissant intellectuellement, mais c'était pas une voie professionnelle durable.
- Hasni
Voilà. Donc là, au fur et à mesure, je me dis, bon, j'ai besoin de concret, en fait. J'ai aussi... Je me suis même tentée en disant, je vais peut-être reprendre mes études. Donc, j'avais commencé à prendre des cours au CNAM pour faire un master en innovation. Là aussi, je trouvais intéressant aussi ce vivier créatif. Là, les gens, ils réfléchissent pour créer des nouvelles choses. Ça m'a complètement déplu. Peut-être deux, trois cours, parce qu'en fait, c'était trop théorique.
- Audrey
Oui, c'est ce que tu dis, à chaque fois, tu as quand même besoin de concret.
- Hasni
Oui, beaucoup trop théorique. Là aussi, des gens super... Moi, je ne comprenais pas. Je sais, je ne suis pas une théoricienne. Je suis plus une faiseuse, on va appeler ça. Mais je ne me comprenais pas. Je dis, ça, c'est cool quand je serai à la retraite. peut-être. Pour s'occuper. Voilà, pour s'occuper. Mais moi, pour moi, ça ne me parlait absolument pas parce que ça ne débouchait sur rien derrière. Enfin, si. Ça débouche, en fait, c'est des masters qui sont créés pour que, souvent, dans des grands groupes, on a des pôles innovation pour que, un peu, ça justifie les, comment dire, les mobilités internes pour créer un pôle, en fait. Et, en fait, et pour aider un petit peu à créer une nouvelle manière de penser. En tout cas, moi, ce que j'en ai déduit de ce master, même si je ne suis pas allée jusqu'au bout, j'ai pris quelques cours et j'ai arrêté, c'était vraiment aussi pour... Parce que souvent, les pôles d'innovation dans les grands groupes sont là pour identifier les tendances, éventuellement, si on peut racheter quelques startups concurrentielles au passage, on peut le faire et pouvoir se les approprier et essayer d'innover en interne. Pas du tout, je dis, ok, ça c'est hors sujet, pas pour moi. Donc, pendant ce master, j'ai rencontré une étudiante, qui n'était pas vraiment étudiante, qui n'est plus aujourd'hui d'ailleurs, qui était Head of Design à la BNP. Et moi, comme j'étais encore en phase de test, Elle me dit, viens passer une journée avec mon équipe. Et j'ai adoré.
- Laure
Ah oui ?
- Hasni
Ça, c'était super. Il y avait des UX designers, des UI designers, il y avait des développeurs. Franchement, c'était trop stylé.
- Laure
Et c'est quoi, Head of Design ? C'est-à-dire qu'elle gère des graphistes ? Des créas ?
- Hasni
Pas du tout. Elle était responsable d'un pôle design au sein de BNP, une sorte d'agence interne. Donc, c'était une des seules qui était en CDI. Le reste, c'était des prestataires qui venaient travailler. Et en fait, non, c'est surtout pour faire du design d'interface.
- Laure
Donc, sur des sites internet ?
- Hasni
Voilà sites, applications. Il pouvait y avoir aussi du service design. Donc, comme on appelle ça aujourd'hui. Enfin, on appelle ça aujourd'hui du service design, mais c'est globalement imaginer en fait des services dans des entreprises et des organisations et organiser un peu les méthodes de travail internes. Il y a plusieurs manières d'aborder tout ça. Et j'ai trouvé ça super parce qu'en fait, il y avait différents profils, des créatifs, mais pas que. Il y avait aussi des thésards, des gens qui travaillaient, qui venaient des sciences cognitives. D'ailleurs, elle aussi venait des sciences cognitives, de la psychologie. Je trouvais ça trop bien, en fait, ce vivier où il y avait différents profils qui travaillaient ensemble. Et surtout, il y avait du concret derrière.
- Audrey
C'est ce que j'allais dire, ils travaillaient quand même sur un truc concret, faire un parcours utilisateur.
- Hasni
Exactement. Mais j'ai trouvé ça trop, trop bien. Et j'ai dit, mais c'est trop ça que je veux faire. Et là, bim, j'ai eu un déclic. Le déclic. Je me suis dit, c'est ça que je veux faire, en fait. Et j'ai commencé à chercher des formations. J'ai eu de la chance, j'ai été prise dans l'école que je voulais, l'école des Gobelins.
- Laure
Ah oui. Et tu as cherché comment, concrètement, ta formation ?
- Hasni
Sur Internet.
- Laure
Sur Internet ? Tu as fait ton petit benchmark ?
- Hasni
Oui, j'ai fait plusieurs écoles. J'ai hésité, je me suis dit, qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je paye ma formation ? Et mine de rien elles sont chères.
- Laure
Oui.
- Hasni
Je commençais à regarder aussi le temps qui passe, voir avec mes indemnités de chômage.
- Audrey
À ce moment-là, tu avais 41 ans, c'est ça à peu près ?
- Hasni
Oui, j'avais 41 ans. Donc là, j'ai jaugé le salaire, qu'est-ce qui est mieux. Est-ce que je me lance dans l'alternance ou pas ? Je reviens à l'alternance, je trouve ça cool parce que je sais que faire de la théorie pure, ça me saoule. Être dans une entreprise, c'est mieux. Oui, puis dans ce cas-là, c'est l'entreprise qui prend en charge. C'est ça. Donc, je me suis dit, go pour faire de l'alternance. J'ai galéré à trouver quand même une entreprise. Très, très compliqué. Alors, c'est là où j'ai pris conscience que j'avais 41 ans.
- Laure
De l'âge, oui. Parce qu'il y a des aides pour les entreprises.
- Hasni
Que j'étais une femme aussi. Une femme de 41 ans. Mais ça va. En fait, j'ai finalement réussi à trouver une entreprise. Et surtout, j'étais tellement contente d'être acceptée aux Gobelins. Je ne pensais pas être prise.
- Laure
C'est prestigieux comme école, c'est un nom qui résonne.
- Hasni
Oui, c'est une très bonne école. C'est une très bonne école. J'ai passé le concours.
- Laure
Ah, c'est un concours ?
- Hasni
Oui, il y a un concours. Quand je suis arrivée dans la salle, je me disais, mais où je suis ? Je ne savais pas que je... Je ne pensais pas qu'on serait... Je crois qu'on était 150, plus d'une centaine, en fait. On était hyper nombreux. Ensuite, il y a une présélection. On fait le concours et ensuite, il y a un entretien. Et à l'issue de l'entretien, on est... Combien on était ? Je crois qu'on était une vingtaine. Un parcours très sélectif et je pensais pas être prise. Et là j'étais tellement contente, j'étais super contente donc là on réapprend. Moi j'adore ! C'était combien de temps du coup ? C'était un an je voulais pas faire plus. Deux ans c'est long. Moi c'était parfait pour moi. Je sais qu'après il y a des élèves pour eux c'était pas suffisamment concret. Mais je pense que j'étais pas surprise parce qu'en fait, dans la formation, en un an, on n'a pas le temps de tout voir. Ce n'est pas possible. Moi, j'avais un bagage graphique. Ça allait, en fait. La gestion de projet, le management, j'avais déjà expérimenté. Et dans la formation, ils disent qu'en fait, les profs arrivent avec leur expertise. Ils arrivent avec des informations. Mais c'est à nous de creuser derrière. Et ça, je le savais qu'il y avait énormément de travail à réaliser derrière. Et moi, en tout cas, ce que j'en ressors de cette formation... Il n'y avait pas forcément beaucoup de savoir-faire. En revanche, l'état d'esprit design que je n'avais pas, je l'ai acquis pendant cette formation. Et c'est ce qui, moi, m'a beaucoup aidée. Pour d'autres, c'était peut-être moins parfait.
- Laure
Et alors, c'est quoi l'UX ? L'UX design, c'est quoi ?
- Hasni
L'UX vient de User Experience, donc expérience utilisateur. C'est à partir de besoins... Alors, on parle plutôt utilisateur, parce qu'un utilisateur a une interaction avec une interface.
- Laure
D'accord.
- Hasni
Souvent, c'est plutôt lié à ça. Mais pas que. Ça peut être un objet, quel qu'il soit. Ça peut être dans un magasin. Donc, c'est l'expérience d'un utilisateur. Mon job, en fait, c'est d'aller comprendre ses besoins, ses problèmes au quotidien, pour les résoudre de manière tangible. Alors, le résultat peut être complètement différent. Ce n'est pas forcément faire une application mobile. Ça peut être différent, ça peut être l'expérience d'un utilisateur dans un magasin. Il se balade.
- Audrey
Il faut penser les espaces.
- Hasni
Penser les espaces, c'est quoi les problèmes qu'il rencontre avec son caddie, les gens qu'il rencontre, les couleurs qu'il voit, la lumière qu'il voit. Il y a énormément de choses. Ça peut être intégré dans énormément de métiers. C'est une nouvelle appellation parce que ça existait déjà avant. On appelait ça Ergonome.
- Audrey
D'accord, c'est ça, mais alors avec des formations peut-être de base complètement différentes, non ?
- Hasni
Oui, alors ça s'est vulgarisé beaucoup aujourd'hui, mais à la base, c'est très scientifique, donc c'est pour ça qu'il y a les sciences cognitives aussi, l'ergonomie...
- Audrey
Je connais quelqu'un, mais qui a un profil de psy, et qui est devenu ergonome en entreprise... Une approche... Un parcours complètement différent.
- Hasni
Et alors, c'est là la difficulté du métier. C'est qu'aujourd'hui, c'est des nouveaux métiers, en fait, qui existent depuis pas très longtemps. Beaucoup d'influence anglo-saxonne. Donc, évidemment, UX designer, ça a été... En tout cas, le terme de designer a été initialement imaginé par une agence aux Etats-Unis. Les agences qui bossaient avec Apple, ces choses là. Et le temps que ça arrive en Europe, c'est un peu dilué. C'est aussi des méthodes de travail qui sont différentes, adaptées aussi à des environnements d'entreprise qui sont différents. Aujourd'hui, c'est vrai, que quand on est plutôt UX designer, c'est plutôt sur du design d'interface. Mais il y a aussi notre métier pour imaginer des organisations différentes, des services différents. C'est très, très complet, en fait. Moi, je trouve que c'est un boulot super. Pas forcément très valorisé aujourd'hui.
- Laure
Oui, tu apportes des solutions aux besoins des gens. Bon, c'est pas mal quand même, en termes d'utilité.
- Hasni
En fait, c'est ça. Et ce que je trouve génial, c'est répondre à un besoin, un problème. C'est créer quelque chose, parfois, qui peut être... Parfois, rien faire, ou juste créer une petite chose, et pas répondre à un cahier des charges, en fait, qui a été imaginé par un boss dans son coin, derrière son bureau.
- Audrey
On part vraiment des besoins. Voilà, c'est beaucoup plus concret et toi qui aimes la diversité tu peux faire ça finalement dans des domaines hyper différents.
- Hasni
C'est ça et en fait c'est ce que j'aime bien dans mon métier, c'est ça. A l'issue de la formation en fait moi c'est ça que, même si j'avais encore énormément de choses à apprendre, je sais que l'état d'esprit la manière de penser, à l'issue de la formation aux Gobelins ça m'avait permis de comprendre en fait et surtout de m'adapter. Ce que je trouve génial aussi c'est que la méthode, les méthodes, c'est une sorte de boîte à outils dont on se sert, on pioche pour résoudre un problème. C'est une méthode qu'on intègre dans une situation particulière. C'est jamais deux fois la même chose. Donc tu n'y t'ennuies pas.
- Audrey
Les gens qui faisaient la formation avec toi, ils avaient plutôt quel profil ? C'était plutôt des gens qui étaient en reconversion ou qui rajoutaient une corde à leur arc avec une compétence ? Ou c'était des jeunes ?
- Hasni
Il y avait les deux. Alors, il y avait les deux. Et c'était marrant de voir ça. Ceux qui étaient en reconversion étaient beaucoup plus impliqués, beaucoup plus stressés.
- Laure
Il y a un enjeu.
- Hasni
Il y a un enjeu. Contrairement aux jeunes où souvent, c'était après leur bachelor ou parfois un deuxième master ou peu importe. Moins de pression. Voilà, moins de pression. Mais je voyais quand même la différence. Je voyais aussi la différence sur le monde du travail parce que là après il a fallu trouver trouver un job.
- Laure
Alors comment t'as fait,toi ?
- Hasni
J'ai un peu galéré parce que au moment où je quitte l'entreprise dans laquelle j'étais, en alternance, c'était un poste où ça ne me convenait pas, donc je ne suis pas restée. Le Covid est arrivé. Pas de bol ! Entrée sur le marché du travail, crise ! Deuxième retour sur le marché du travail : covid ! Ouais. Covid. C'était vraiment chiant, horrible, parce qu'en fait, c'est là où j'ai compris, donc là, j'avais 42 ans, que j'étais une femme de 42 ans en concurrence avec des petits jeunes qui sortent de...
- Laure
Ah bah oui, qui n'ont pas les mêmes exigences, qui n'ont pas le même parcours, qui n'ont pas la même malléabilité.
- Hasni
C'est sûr qu'ils coûtent moins cher. Bah oui. Et plutôt dociles, plus malléables. Moi, je sais qu'en entretien, j'arrivais avec des convictions.
- Laure
Et des exigences aussi, j'imagine. Oui, des exigences. En général, j'arrivais jusqu'au bout du parcours. Et bon, on jaugeait. Je n'étais pas prise. J'étais souvent dans les top 3 ou top 2. Et je n'étais pas prise. Donc, c'était chouette, mais à un moment, j'étais saoulée, en fait. J'ai compris après, c'est que dès qu'ils... Enfin, c'était le... Non, c'était le deuxième confinement. Ce n'était pas le premier. Parce que le premier confinement, c'était quand j'étais en alternance. Deuxième confinement. Dès qu'ils ont annoncé la fin du deuxième confinement, j'ai eu trois propositions d'embauche. Bon. J'aurais dû peut-être se moins stresser. C'est plus que je n'avais plus trop d'argent. Après, je suis en couple, ça allait. Mais niveau financier, ce n'était pas fifou. Je fais une parenthèse là-dessus. Donc toi, ton mari, comment il s'inscrit dans cette reconversion ? Est-ce que ça a été compliqué ? Est-ce que c'était un choix familial ? Est-ce qu'il avait des appréhensions ?
- Hasni
Oui, il avait des appréhensions. Alors, ce n'est pas forcément des appréhensions... A chaque fois que je fais quelque chose, il revient vers moi pour me dire tu es sûre, si tu t'engages... Je lui dis "Non mais c'est mal me connaître monsieur, oui quand je m'engage quelque part, je vais jusqu'au bout". Mais en fait ça a été un soutien. En fait, tous les deux on vit nos carrières un peu de manière indépendante.
- Laure
Tu vois parce qu'on imagine toujours ça effectivement le conjoint,la conjointe, c'est un soutien. Mais quand il arrive un moment où à la fin du mois, tu vois, il y a un salaire qui ne rentre pas, il y a quand même d'autres...
- Hasni
Moi j'ai de la chance, mon mari gagne très bien sa vie. Donc...
- Laure
Il y avait ce soutien là aussi.
- Hasni
Même si à la fin du mois, c'est vrai qu'à la fin, ça faisait presque deux ans, en tout, ça faisait deux ans et demi. À la fin, j'avais des indemnités chômage ridicules. Il a fallu que je pioche dans mes économies. J'avais des économies et puis bon j'ai un peu une fierté mal placée donc je demandais pas vraiment à mon mari, même si par exemple il prenait un peu plus en charge le loyer ou des choses comme ça. Mais financièrement ça allait, c'était plus moi où je dis "Ces économies j'y touche vraiment en cas de galère". Donc là quand je commence à y toucher c'est là où...
- Audrey
Oui tu sais que tu commences à avoir une pression. Parce que ça, c'est quand même un truc que j'entends. Comme ça, tu dis, tu as souvent claqué ta dém(ission), etc. Mais quand même, on sent qu'il y avait une part qui avait toujours un peu sécurisé le truc. Il y avait toujours de l'argent de côté. Voilà, c'était quand même assez carré.
- Hasni
Oui, et puis ça, je ne l'ai pas mentionné, mais à chaque fois que je démissionnais, avant même de démissionner, je regarde toutes mes dépenses et je coupe ce qui est inutile. Je fais hyper attention. Par exemple, je sais pas, une assurance qui est un peu hors sol, bim. Une mutuelle qui était beaucoup trop chère ou des choses comme ça, bim, je coupe. J'avais vendu ma voiture à l'époque. Il y a plein de trucs comme ça.
- Audrey
C'est quand même très réfléchi et très raisonnable aussi.
- Hasni
Oui parce que...
- Audrey
Tu as une capacité je pense à faire attention, effectivement, que tout le monde n'a peut-être pas non plus.
- Hasni
Parce que, bon, après, j'ai grandi dans une famille où je suis la deuxième, avec ma grande sœur. Enfin, je me suis occupée aussi beaucoup de ma famille. Mes parents, je les ai aidés financièrement. Donc, même si je n'avais pas d'enfants à charge et pas de crédit, J'ai quand même...
- Laure
Tu étais en soutien.
- Hasni
J'étais quand même en soutien. J'étais en soutien, enfin...
- Audrey
Oui, tu avais quand même cette responsabilité. Je ne peux pas faire n'importe quoi. Il me faut une sécurité financière.
- Hasni
Exactement. Et puis, je ne suis pas dupe aussi. Le fait de quitter un poste, j'avais suffisamment d'argent pour vivre un an, mais aussi pour un petit peu partir en vacances. Ce n'était pas non plus la disette pendant un an. Donc, je faisais quand même très attention. Je ne suis pas une grande dépensière. J'arrive à faire la part des choses. Par exemple, je sais que dans ces périodes-là, quand je quitte un poste avant de me retrouver un petit peu plus stable, je ne fais pas de folie, je n'achète pas de vêtements. Je fais le minimum, je vis bien, je me fais plaisir. Je garde les choses que je garde. Par exemple, j'adore le cinéma, j'ai toujours mon abonnement cinéma, je ne l'ai jamais arrêté. Ça, je le garde. Voilà, des petites choses comme ça. Voilà, donc je suis quand même très raisonnée. Oui, oui, ça, pour ça.
- Audrey
Et après, par rapport à ton mari, jusque-là, tu étais toujours retombée sur tes pieds. Donc, A) tu étais raisonnable financièrement. B) il ne t'avait quand même jamais vu être vraiment en difficulté longue. Donc, je pense qu'il ne s'inquiétait pas non plus.
- Laure
Oui, ou de rien faire, parce que tu as toujours fait. Même si tu dis que tu as un mois de repos. On prend des vacances, c'est normal, ça ne me semble pas anormal. Tu as toujours fait.
- Hasni
Oui, j'ai toujours fait quelque chose. C'est vrai que je pense que je n'aurais jamais pu rester six mois à ne rien faire. Et même rien faire, quoi rien faire ? Moi, rien faire, je ne sais pas ce que c'est. Rien faire, c'est quoi ? Pour moi, déjà, juste aller au musée, aller au cinéma, aller voir des amis, ce n'est pas rien faire. C'est faire.
- Laure
Oui.
- Hasni
C'est faire quelque chose. Au contraire, je trouve que... Aujourd'hui, dans le monde du travail, on n'inclut pas ce genre de phase de respiration qui stimule la créativité. Et même la cohésion d'équipe, c'est hyper important. C'est pour ça aussi, maintenant, avec le recul, je me rends compte que les périodes où j'avais... Je bossais en 3/5e ou des choses comme ça. C'était des périodes où j'allais faire des choses en dehors. J'allais à des conférences. Je fais des choses. J'ai la chance de vivre à Paris. C'est un vivier créatif et culturel assez fou. C'est dommage de ne pas en profiter.
- Laure
Donc, on sort du Covid, trois propositions d'embauche.
- Hasni
Non. Alors, avant d'accepter cette proposition d'embauche, j'ai accepté un boulot en freelance pendant trois mois. Alors, c'était juste trois mois parce qu'en fait, alors moi, je suis beaucoup au feeling. J'avais passé des entretiens. C'était les premiers qui m'avaient proposé une mission avant même que les autres en CDI me proposent quelque chose. Et puis, c'était un bon terrain pour tester ma première vraie expérience, en fait. J'ai dit, ça a l'air faisable. J'ai un peu stressé, mais je me dis, allez, ça a l'air faisable. Et c'est vrai que j'aime bien, comment dire, me tester, voir ce dont je suis capable avant de me lancer la tête la première, quelque part. Et donc, j'ai pris pendant trois mois en freelance, assez bien payés en plus, avec une initiative du gouvernement qui s'appelle Beta.gouv. En fait ce sont alors des incubateurs associés à des ministères dans lesquels, en fait, il y a des projets internes initiés par des fonctionnaires. Mais c'était super. J'ai vraiment... J'ai adoré parce que je ne connaissais pas cette initiative. Donc, en fait, c'est un fonctionnaire, il a une problématique dans son périmètre, il dépose un dossier et s'il est retenu, en fait, on lui met à disposition une équipe et il faut qu'au bout de six mois, on puisse apporter des chiffres tangibles pour montrer la viabilité du projet ou pas.
- Laure
C'est très concret en plus.
- Hasni
Hyper concret, super bien. Et j'ai adoré, j'ai bossé sur trois projets. Ils m'ont pris justement parce que j'étais senior. Et là aussi ça avait un peu... J'dis "Ah des gens qui me font confiance". Ça booste l'ego un peu. Je me dis bah allez j'en ai marre de devoir justifier qui je suis et tout. Franchement c'est cool, allez on y va. Et vraiment les sujets étaient mais passionnants, ça englobait absolument tout. Il y avait un sujet avec... Un conservateur. Oui, voilà, en fait, il travaillait avec tout le patrimoine culturel mobilier, donc beaucoup dans des églises. Et aujourd'hui, la problématique, c'est qu'il y a énormément de mobiliers qui sont inscrits au patrimoine national, qui sont dans un état de dégradation assez avancé. Et en fait, il n'y a pas suffisamment d'experts pour aller dans toutes les églises de France, toutes les communes de France. pour aller identifier et faire une expertise d'un objet, d'une statue, d'un meuble, peu importe. Parce que, en fait, l'État peut aider ces communes. Donc, on avait essayé de trouver une solution pour aider les communes, pour qu'elles soient autonomes et faire leur première expertise, pour pouvoir les soumettre à l'État et éventuellement avoir une subvention.
- Laure
Un financement,
- Hasni
Oui. Donc ça, c'était un des projets. Il y en avait un autre aussi sur les archives nationales, c'était trop bien. Et un autre que j'ai ultra aimé. Et ça, encore, c'était avec des scientifiques de l'accélérateur de particules du Louvre. J'ai trop kiffé.
- Laure
La biologie est restée quelque part.
- Hasni
C'était trop bien. Je ne comprenais rien à ce qu'ils faisaient, mais c'était passionnant. C'était trop bien. C'était en fait... Je ne savais pas, donc j'ai découvert qu'il y avait un accélérateur de particules dans les sous-sols du Louvre, exclusivement dédié à l'analyse des œuvres d'art. C'est le seul en Europe, je crois. Et donc, il fallait... créer un outil, une interface dédiée pour les chercheurs, pour qu'ils puissent analyser les données brutes. Et j'ai adoré. J'ai adoré parce qu'en fait, ce que j'ai trouvé génial, c'est que je ne comprenais pas ce qu'ils faisaient. Ils ne comprenaient pas ce que je faisais. Donc en fait, chacun arrivait avec son expertise. On a réussi à trouver, à créer un langage commun pour essayer de pondre un truc que tout le monde pourrait utiliser. Le pouvoir du design, c'était incroyable. J'ai adoré. J'ai vraiment kiffé. Et à l'issue des trois mois, je m'étais déjà engagée en CDI. Donc, j'ai dû quitter ce freelance.
- Audrey
Ah oui, tu n'as pas pu rester à cause de ça.
- Hasni
Je regrette un petit peu, mais pas complètement. J'avais envie d'un CDI pour stabiliser un petit peu. Et j'ai travaillé pendant presque deux ans chez Orange. Là, c'était plus un poste de consultant, donc c'était bien aussi, ça rejoignait un petit peu l'intérim. On travaille avec différents clients, on travaille sur différents projets. Donc ça, c'était chouette. J'ai aussi beaucoup, beaucoup appris. C'était une très, très bonne école. Et aujourd'hui, je travaille chez le compte Nickel. Alors aujourd'hui, ça s'appelle Product Designer parce que je travaille sur un produit. Mais je fais quasi exclusivement du design d'interface aujourd'hui.
- Audrey
Et du coup, comment tu vois l'avenir ? Est-ce que tu te vois rester dans ce métier ? Mais j'imagine, pas forcément toujours au même endroit.
- Hasni
Ouais, alors je ne sais pas trop. Je sais... Alors initialement, quand j'avais accepté le premier CDI chez Orange, le CDI en tant que designer UX, je m'étais dit, je vais être en CDI pendant cinq ans et je vais faire du freelance. Comme ça, j'aurai suffisamment de bagages. Peut-être que je me ferai un petit début de réseau. Ça peut fonctionner. Bon, aujourd'hui, la conjoncture fait que ça ne se passe pas super bien. J'ai beaucoup de potes freelance, c'est un peu galère pour eux en ce moment. Et puis, globalement, je ne sais pas si j'ai envie de continuer. En fait, le job est super. Mais c'est plutôt les environnements professionnels qui ne sont pas forcément super adaptés au métier. Comme je disais tout à l'heure, c'est quand même un métier qui a été créé, si on veut, aux États-Unis, dans des agences d'innovation assez poussées, où on a des expertises très poussées. Ça s'est un peu dilué dans le reste du monde. Et en France, on a aussi une particularité. En France, on n'est pas complètement comme aux États-Unis. Moi je me souviens quand, j'ai oublié de vous le mentionner, mais quand j'avais initialement voulu travailler dans la mode. J'ai vu qu'en France, c'était saturé. J'avais envoyé des candidatures à l'étranger. Personne en France m'a répondu. Il n'y a qu'à l'étranger qu'on m'a répondu. Je ne voulais pas, finalement, ça ne s'est pas fait. Mais c'est là où j'ai compris qu'on a un petit peu de mal en France à faire confiance aux plus jeunes ou à des gens qui ont une expertise. Je ne veux pas faire une généralité. Je sais que ce n'est pas partout pareil. Mais en tout cas, ça, ça m'avait marquée parce que j'étais jeune, inexpérimentée, mais j'avais un peu de bagout et ça avait plu à d'autres personnes qu'en France. Et aujourd'hui, dans le monde du travail, ce que je constate dans mon métier, c'est que, alors pas tout le monde, évidemment, puisque chez Betagouv, ça s'est super bien passé, mais dans les entreprises dans lesquelles j'ai travaillé, c'est quand même aussi, comment dire, on a beaucoup de mal... En fait, c'est des métiers qui ont beaucoup de mal à se... à être valorisés en interne, alors que ce sont des métiers... Enfin, on n'est pas juste des graphistes. Ils peuvent vraiment avoir un impact sur le business, sur l'entreprise et les produits sur lesquels ils travaillent.
- Audrey
La valeur ajoutée n'est pas encore vraiment reconnue en France.
- Hasni
Alors, je ne veux pas faire une généralité, mais je sais que les chiffres ne sont pas super sexy. Je sais qu'il y en a, qu'il y a énormément de boîtes avec qui ça se passe bien, mais il n'y en a pas beaucoup. Et puis, je ne suis pas dupe. Je ne fais pas partie des top designers français. Je travaille correctement. Je suis bien, moyenne on va dire. Donc, mon inquiétude, c'est de retomber dans les mêmes patterns, parce que je le vois déjà, de ces milieux professionnels, pas forcément très matures, pas très ouverts à la nouveauté, à la créativité, à l'intelligence collective, toutes ces choses-là, qu'en fait j'avais déjà expérimenté avant, mais que je vois mieux maintenant, que j'arrive à identifier.
- Laure
Donc c'est pas tant le métier en lui-même, mais plutôt l'environnement ?
- Audrey
Oui et le fait que toutes les possibilités finalement du métier n'ont pas l'air d'être exploitées.
- Hasni
Exactement ça, c'est tout à fait ça. Aujourd'hui... Je ne sais pas trop. Je ne sais pas trop. Aujourd'hui, j'ai 47 ans.
- Laure
Ca arrive à des gens bien, tu sais.
- Hasni
Ah non, mais je le vis très, très bien. C'est juste qu'en fait, c'est juste qu'aujourd'hui, c'est des métiers aussi, donc comme ce sont des métiers jeunes, il y a très peu de personnes... C'est un peu comme les métiers de graphiste, on dit toujours, ils sont où les DA et les graphistes après 50 ans, 45-50 ans, ils ont disparu...
- Laure
Oui, c'est vrai.
- Audrey
Tout simplement, c'est ou certains restent des directeurs d'agence, ou ils bossent, ils deviennent lead je ne sais pas quoi, il y en a très peu. Ou bien, ils changent de métier. Ils changent complètement de métier. Ils bossent dans l'immobilier. Ils viennent, je ne sais pas, ils changent de métier. Beaucoup de gens que je connais qui ont eu plus de 50 ans... Ils changent parce que ça ne recrute plus à cet âge-là. Parce que c'est des métiers... On arrive à un niveau d'expertise tellement élevé qu'on devient trop cher. Des secteurs d'activité qui...
Audrey : On entend aussi dans tout ton parcours, effectivement, tous les écueils. T'es trop jeune, on te reproche de ne pas avoir d'expérience. T'es une femme, ah oui, mais alors si tu veux des enfants... C'est problématique. T'as 40 ans, ah bah oui, tu commences à vieillir. T'as 47, ah bah oui, mais bon, pour ce métier-là, finalement on ne prend plus des gens de cet âge.
- Hasni
Après, je triche beaucoup sur mon âge. C'est-à-dire que je ne dis pas que j'ai 47 ans. Je ne dis pas non plus... Je laisse le truc planer volontairement. Parce que je vois en fait, ce secteur d'activité, c'est un secteur jeune, mine de rien. Beaucoup de jeunes, je sais que... Enfin, moi, je n'ai aucun problème. Mes collègues, ils sont tous plus jeunes que moi. Ma manager, elle a 30 ans. Ils ont tous quasi moins de 30 ans. J'ai aucun problème avec ça. Je le vis très, très bien. Ça se passe très bien. Mais tout le monde n'a pas cet... Tout le monde n'est pas aussi épanoui avec ça. Il y a quand même beaucoup de jugements qui restent autant sur les jeunes que les personnes les plus âgées. Mais c'est intéressant de l'expérimenter aujourd'hui, d'être une femme de 47 ans, qui peut-être va devenir de moins en moins embauchable. Je ne veux surtout pas justement tomber dans ces travers de me dire "Je vais me trouver une planque". Ca me fait flipper. Je le ferai peut-être ç effectivement les 5 dernières années avant la retraite mais pas maintenant, surtout pas. Je veux pas du tout
Laure : il te reste encore un paquet d'années à travailler Hasni. Je veux pas te faire peur.
Hasni : je pense que je vais déperir ça s'est certain. Donc aujourd'hui en fait ce que je fais c'est que moi ce que j'ai compris c'est que tant qu'on est proactif employable, avoir une expertise quelle qu'elle soit ... Et débrouillard.
- Audrey
Oui, on arrive à trouver.
- Hasni
Et puis bon, je ne vais pas... Je sais que quand on est... Enfin, on a fait des études. C'est un peu plus facile. On a du réseau. En fait, je ne m'inquiète pas trop. C'est plus me dire vraiment... Il faut juste que j'accepte que je ne ferai peut-être jamais le même job plus de cinq ans.
- Laure
Oui. Mais alors, Hasni, si c'était à refaire ?
- Hasni
Je ne changerais rien. Je ne changerais rien. Je pense que je ne changerais pas grand-chose. J'ai fait des erreurs, mais...
Laure : Tu as appris quelque chose de ça.
Hasni : Oui, oui. Si, peut-être, j'aurais changé. J'aurais peut-être fait une autre formation plus jeune. J'aurais peut-être pas fait la fac. De courir après un rêve qui, finalement, ne me correspondait pas. Peut-être là-dessus, j'aurais peut-être fait une autre école qui était peut-être plus accessible.
- Laure
Et pour conclure, est-ce que tu aurais un conseil, une ressource à partager ?
- Hasni
Alors, le conseil que je dis et qui m'aide encore aujourd'hui, et je l'ai mentionné : si vous voulez changer, pas forcément faire une reconversion, parce que la mienne, elle n'a pas été complètement radicale. Je ne suis pas devenue boulangère, par exemple. Mais j'ai quand même repris des études. Et je suis contente, parce que je sais que demain, si j'ai envie de reprendre des études, j'aurai pas peur.
- Laure
Tu en es capable.
- Hasni
Je peux le refaire, il n'y a aucun problème. En plus, j'adore apprendre, donc c'est chouette. En fait, testez, vraiment testez, c'est trop bien. C'est le meilleur moyen de se rendre compte, mais super rapidement en plus. Il n'y a pas besoin d'y passer trois plombes. Avec Pôle emploi, c'était bien, enfin, à l'époque, Pôle emploi, maintenant France travail. On a la possibilité de faire une sorte de stage d'immersion.
- Laure
Oui, d'avoir des conventions de stage.
- Hasni
Et moi, je les ai utilisées. Une semaine par-ci, deux semaines par-là. Ça m'a permis de gagner un temps incroyable et pas de me lancer dans une carrière qui, au bout de six mois...
- Audrey
Oui, pour finalement te rendre compte que ce n'était pas ça. Et puis, c'est ce que tu disais qui est hyper intéressant, c'est effectivement, il faut oser demander, puisque finalement, l'entreprise on lui propose du travail gratuit, elle est très contente.
- Hasni
Ah ben là, oui. Alors oui, tant que tu arrives gratuit, bénévole, il y a du monde. Alors bien sûr, c'est encadré. Moi, à chaque fois que je suis allée voir en disant j'aimerais bien découvrir ton métier, voilà, je peux faire un stage. Alors là, c'est... C'était, ils m'ont accueilli à bras ouverts et c'est super. Alors, il ne faut pas y passer trop de temps pour pas se faire exploiter, mais il faut trouver un bon, enfin, tu vois, un échange de bons procédés. J'ai besoin de toi, tu as besoin de moi, faisons-le, c'est parfait. Donc, oui, tester et c'est quelque chose que je compte refaire parce que j'ai quand même des projets en tête, notamment moins travailler. J'aimerais beaucoup revenir au modèle du 3/5ème. compliqué dans une entreprise. Donc, quitte à rester peut-être dans l'entreprise dans laquelle je suis, mais travailler moins, ça me plairait beaucoup. Donc, j'essaie de voir comment financièrement ça convient et en négociation, parce que je pense que c'est faisable, pour préparer la suite. Préparer la suite, moi, j'aimerais bien faire... J'aime bien travailler dans le bois. J'aimerais bien faire une formation. Mais en plus, ce n'est même pas une formation pour pouvoir changer de carrière, c'est juste pour avoir quelque chose.
- Laure
Pour apprendre, tester, faire une idée.
- Hasni
Oui, pour apprendre, tester.
- Audrey
Oui, ça aussi, on l'a pas mal entendu dans ton parcours, que tu as quand même besoin de te nourrir par ailleurs, en dehors du travail.
- Hasni
Oui, dommage, on n'est pas payé pour apprendre. Mais voilà, c'est des choses qui me stimulent. Et c'est peut-être aussi pour ça que je ne peux pas rester trop longtemps dans une autre entreprise. Parce qu'il y a très peu d'entreprises qui te permettent de gravir les échelons, parfois rapidement, ou en tout cas d'être stimulée ou des choses comme ça. Ce n'est pas l'entreprise en elle-même, c'est juste ce qu'elle m'offre qui ne me convient pas. Donc voilà.
- Laure
Tester, expérimenter.
- Hasni
C'est ça.
- Audrey
C'est un super conseil. Même pour les étudiants, d'ailleurs.
- Laure
Pour tout le monde, je crois. Un grand merci, Hasni.
- Hasni
Merci.
- Laure
D'avoir partagé ton parcours avec nous.
- Audrey
Merci beaucoup.
- Laure
Nous espérons que vous avez apprécié ce moment autant que nous.
- Audrey
Si vous avez aimé l'épisode, n'hésitez pas à laisser une note positive et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée.
- Laure
Et parlez-en autour de vous.
- Audrey
Et si vous souhaitez partager votre histoire de reconversion,
- Laure
écrivez-nous.
- Audrey
Merci pour votre écoute.
- Laure
A très bientôt pour un nouvel épisode.