- Audrey
Bonjour, moi c'est Audrey.
- Laure
Bonjour, moi c'est Laure.
- Audrey
Combien de fois avez-vous pensé « j'en ai marre de mon job » ?
- Laure
Combien de fois l'avez-vous dit ?
- Audrey
Nous, on l'a entendu plein de fois.
- Laure
Ce qu'on vous propose, c'est d'écouter ces personnes qui ont franchi le cap, celles et ceux qui ont entamé une reconversion professionnelle.
- Audrey
Pourquoi ? Comment ? Combien ? C'est ce qu'on a voulu savoir.
- Laure
Ici, vous entendrez des histoires de reconversion.
- Audrey
Bonne écoute !
- Sarah
Bonjour, moi c'est Sarah. A 30 ans, j'en ai eu marre et j'ai décidé de changer d'orientation professionnelle. Avant, j'étais audioprothésiste et aujourd'hui, je suis fondatrice du BOL.
- Laure
Bonjour Sarah, on est ravis de te recevoir dans notre podcast « J'en ai marre ! Histoires de reconversion ». Alors comme tu le sais Sarah, on commence toujours par la traditionnelle question : est-ce qu'il y avait un métier que tu rêvais de faire quand tu étais enfant ?
- Sarah
Alors moi quand j'étais petite, je rêvais d'être journaliste. J'ai rêvé, j'ai voulu être journaliste pendant très longtemps et au final je pense qu'à travers le Bol, j'ai retrouvé un de ces points qui me plaisaient dans le métier de journaliste.
- Laure
Ok, et au final quand tu as choisi tes études, ça s'est passé comment ?
- Sarah
J'ai choisi mes études par raison. Moi, j'ai eu plusieurs choix au niveau du bac, parce que j'étais quelqu'un qui était assez scolaire, donc j'aurais pu faire, je pense, une prépa Hypokhâgne, justement pour aller vers le journalisme. Et en fait, j'ai passé un examen pour devenir audioprothésite, que j'ai eu aussi. Donc là, ça a été un choix assez compliqué. Et j'ai choisi la raison qui m'a poussée vers un métier assez concret, assez facile à obtenir, qui était le métier d'audioprothésiste.
- Audrey
Et cette idée-là, du coup, d'audioprothésiste, tu l'as eue comment ?
- Sarah
Je l'ai eue parce que j'ai une sœur qui a commencé en étant opticienne et qui a aussi changé de métier. Et c'était assez connu, ce métier d'audioprothésiste, par les opticiens.
- Audrey
Ok. Et donc, début de carrière, qu'il se passe comment ?
- Sarah
Pendant longtemps, j'ai travaillé de manière assez disparate. C'est-à-dire qu'au début de ma carrière, je bossais, mais je bossais à mi-temps parce que je continuais à faire un master pour après me spécialiser dans les enfants sourds. Donc j'ai travaillé comme ça pendant assez longtemps, pendant deux ans. Et avec une amie, on a monté une association humanitaire pour les enfants sourds, donc on allait au Sénégal. Donc là aussi, ça me poussait à travailler de manière assez discontinue. Et vu que dans ce métier d'audioprothésiste, on avait la chance de ne pas manquer de travail, de pouvoir trouver des postes assez régulièrement, ça me permettait aussi, vu que moi-même, je n'avais pas d'enfant, j'étais libre, de pouvoir travailler quelques mois et d'aller voyager et de revenir.
- Laure
Et tu disais tout à l'heure que tu avais passé un examen, c'est ça ?
- Sarah
J'avais passé l'examen en fait au tout début. C'est un concours.
- Audrey
C'est un concours, ok. Et c'est quoi ? Tu passes ça après le bac ?
- Sarah
Je l'ai passé directement après mon bac, mais on peut le passer à tout moment de sa vie.
- Laure
Et après, tu intègres quoi ? C'est une école, une université ?
- Sarah
C'est une école en trois ans. C'est un peu comme une école infirmière.
- Audrey
Les enfants sourds, par contre, c'est une spécialisation que tu as faite en plus ?
- Sarah
C'est ça. En fait, au bout de trois ans, on a le diplôme d'audioprothésiste. C'est un diplôme général. Et après, on peut se spécialiser auprès des enfants sourds. Donc souvent, eux, ils sont implantés. Donc il faut arriver à détecter leur niveau de surdité. Ça, c'est plus compliqué. Et ça, c'est deux années supplémentaires.
- Laure
Donc finalement, tu démarres ta vie professionnelle. en parallèle de tes études au moment de ce master ?
- Sarah
Et oui, parce qu'il fallait bien que je paie mon master.
- Audrey
Donc tu commences ta carrière, tu nous dis que tu travaillais un peu de manière sporadique, tu avais monté ton asso, et comment tu chemines après ? Combien de temps tu travailles comme audioprothésiste ? Est-ce qu'à un moment donné, tu travailles à plein temps ? Ou est-ce que tu as toujours ces deux casquettes un peu parallèles ? Comment ça se passe ?
- Sarah
Alors j'ai une très mauvaise mémoire des dates, mais après il y a eu un moment où j'ai commencé à... J'ai essayé de faire mon trou comme audioprothésiste spécialisée dans les enfants. Donc là, je travaillais de manière fixe dans un magasin sur Toulouse. Par contre, je n'ai jamais travaillé cinq jours par semaine. Je me suis toujours gardée une demi-journée pour mes loisirs, pour pratiquer ce qui me faisait aussi du bien à côté, pour mes idées de projets, d'associations. J'avais besoin de monter tous ces projets à côté, même si mon travail me plaisait.
- Laure
Donc, dès le départ, tu réduis ton temps de travail.
- Sarah
J'ai réduit mon temps de travail parce que j'ai beaucoup d'idées, parce que ce métier d'audioprothésiste permet aussi d'avoir une sécurité financière, d'être bien payée et de ne pas être obligée, en fait, de travailler cinq jours par semaine pour financer ta vie.
- Laure
Oui.
- Sarah
Et en fait, le fait de travailler un peu moins m'a permis de m'occuper de cette association au tout début. Ensuite, de monter un projet... Avant le Bol, j'avais monté un premier projet avec des amis, où on faisait une marketplace de bijoux de créateurs et c'est un projet qui n'a pas abouti. On a dû s'en occuper trois ans, à peu près, et ce n'était pas assez rentable, donc on a arrêté. Et en fait, cette alternance entre ces deux casquettes, finalement, m'a toujours beaucoup plu, et je pense que... Je pense qu'aujourd'hui, même avec le bol, j'ai toujours plein de casquettes différentes et c'est ce qui permet de ne pas m'ennuyer aussi dans mon travail.
- Laure
Et ce métier d'audioprothésiste, tu l'as choisi parce que tu savais d'ores et déjà qu'il te permettrait de te dégager du temps pour tes projets, pour tes activités annexes, ou tu avais quand même au départ un attrait pour la matière ?
- Sarah
Ce métier d'audioprothésiste, je ne l'ai pas vraiment choisi. Je pense qu'en fait, à 18 ans, j'ai aussi été influencée par mes parents qui voulaient cette stabilité. Je me suis dit quitte à faire ça, autant en profiter pour faire des choses après qui vont me plaire à côté, pour avoir justement cette possibilité d'avoir un métier bien rémunéré à côté et d'en profiter pour faire d'autres projets qui soient peu rémunérateurs.
- Audrey
Est-ce qu'il te plaisait ce métier ?
- Sarah
Ce qui m'a plu, c'était vraiment m'occuper des enfants malentendants. Et ça, c'est un métier que j'ai adoré. Et je pense que si j'étais restée sur Toulouse, je serais restée audioprothésiste et à m'occuper d'enfants malentendants. Le fait d'aider les autres, le fait d'accompagner les parents, les enfants dans la découverte de ce handicap, c'est vraiment quelque chose qui me portait. C'est vraiment quelque chose que j'aimais, comme cette association humanitaire, de m'occuper des gens et aider les gens. Après, à partir du moment où j'ai quitté Toulouse, où j'ai quitté ces grandes villes qui ont des CHU dans des grands hôpitaux et qui permettaient de pratiquer ce métier comme je l'aimais, et au moment où j'ai dû pratiquer ce métier différemment, là je ne m'y reconnaissais plus. C'était le moment où on a déménagé pour aller habiter sur Agen dans une ville plus petite. Ça a été aussi un moment où j'ai coupé de mon travail avec la maternité. Donc ça m'a permis aussi de réfléchir et de me poser d'autres questions. Mais on peut dire que oui, j'ai vraiment beaucoup aimé ce métier d'audioprothésiste. J'ai beaucoup aimé, on va dire, cette facette du métier d'audioprothésiste.
- Laure
Donc, tu déménages sur Agen et là, tu exerces ton métier différemment. C'est-à-dire que tu ne travailles plus avec des enfants à ce moment-là ?
- Sarah
Oui, arrivé sur Agen, déjà, il fallait que je travaille pour d'autres personnes. Et ça, je pense que je n'ai jamais trop aimé. J'aime bien être assez indépendante. Agen, en fait, c'est une ville plus petite, donc il n'y a pas de grands hôpitaux, et donc, je ne pouvais plus m'occuper d'enfants malentendants. Donc, je ne me retrouvais plus dans ce travail.
- Audrey
Ça veut dire quoi quand tu dis que là, tu as dû travailler pour d'autres personnes, alors qu'avant, tu étais indépendante ? Concrètement, ça se passait comment ?
- Sarah
C'est un peu comme quand tu es associée sur un cabinet médical ou autre. En fait, moi, j'étais associée donc, après, je gérais ce centre comme je le voulais. J'avais ma propre communication, l'enseigne, ma propre façon de recevoir les gens. Je n'avais pas de codification comme ensuite il peut y avoir dans des grandes chaînes.
- Laure
Et alors le bol dans tout ça, à quel moment émerge cette idée ? Est-ce que la céramique, c'était déjà quelque chose que tu exerçais en parallèle de ton activité ?
- Sarah
Alors la céramique, je pratiquais déjà en loisir. Quand j'ai déménagé sur Agen, c'est aussi à ce moment-là où ma première entreprise a coulé, l'entreprise de bijourx sur Internet. Et je m'étais gardée une petite somme d'argent, au cas où il y aurait des choses à rembourser, que finalement j'ai pu garder pour moi. Donc là, à ce moment-là, c'est là où j'ai acheté mon premier tour de potier. C'est aussi à ce moment-là où j'avais mes enfants qui étaient tout petits et où je me suis installée le tour dans mon garage. Pourquoi est-ce que je m'y suis mis à fond ? À ce moment-là, je ne sais pas. Parce que j'avais plus de temps. Parce que, même si j'avais du temps pour mes enfants et que j'ai beaucoup aimé ça, je pense que, comme dans mon parcours, j'aime toujours faire plein de choses à la fois. Et donc pendant ce temps où j'étais en congé maternité et congé parental, j'ai pu prendre aussi du temps pour moi pour aller me former à différents endroits, suivre quelques petits stages dans l'année. J'allais suivre des stages. Et ensuite, je revenais chez moi pour pratiquer la poterie au tour.
- Audrey
Et du coup, comment t'es venue cette idée, à un moment donné, de fonder Le Bol. À partir de ton expérience personnelle ?
- Sarah
Je suis partie habiter sur Agen. Agen, ce n'est pas une grande ville. Et au tout début, ça fait quand même longtemps... Pour trouver des cours de poterie, il fallait aller à Toulouse ou à Bordeaux. Donc, j'ai commencé en étant sur Agen à essayer de prendre des cours du soir sur Toulouse. Mais en fait, ça faisait trop d'aller-retour. Ça faisait une heure et demie pour aller au cours, une heure et demie pour revenir. Franchement, c'était pas jouable et donc c'est pour ça que après j'ai choisi de me former en suivant des stages. Et Le Bol a commencé par un blog, par le blog du Bol. Par mon partage d'apprentissage autant au niveau de la terre, donc des techniques ou autres, et ce blog a débuté par le manque d'informations qu'il y avait à ce moment là sur Internet. Donc ça a été plus en partage de connaissances et ça a été plus dans l'option, comme mon travail d'audioprothésiste, comme mon implication dans une association, ça a été vraiment le fait d'aider les autres aussi à progresser dans la céramique.
- Audrey
Oui, du coup, ça te permettait aussi de renouer avec cette envie, enfant, d'être journaliste, avec l'écriture qui t'avais beaucoup animée, j'imagine.
- Sarah
Tu vois, ça, c'est quelque chose que j'ai réfléchi par la suite. Mais oui, après pour moi, le fait d'écrire, c'est quelque chose qui est simple. Il y a des personnes pour qui le fait de parler, ce sera un média qui leur sera plus facile. Moi, le fait d'écrire, ça ne me pose pas de problème. J'aime lire, j'aime écrire donc c'était le média qui me convenait.
- Laure
Donc là, tu es en congé maternité et tu poursuis par un congé parental, c'est ça ?
- Sarah
Oui, j'ai poursuivi. Alors, j'ai pris congé maternité, j'ai pris congé parental. Et ensuite, Le Bol, ça a pris beaucoup de temps avant d'être rentable, avant que je puisse aussi me payer. Donc, je travaillais en parallèle du Bol. Et j'ai pris deux congés pour création d'entreprise qui m'ont permis de travailler, je pense, trois jours par semaine.
- Laure
Donc, ça veut dire qu'à ce moment-là, tu avais déjà pris la décision de quitter ton métier d'audioprothésiste, c'est ça ?
- Sarah
Quand j'ai posé les congés pour création d'entreprise, oui. Au tout début, pas forcément. Mais ces congés pour création d'entreprise, j'aurais très bien pu redevenir audioprothésiste à la fin. En gros, c'est un droit qu'avaient les salariés et qui étaient obligés d'accepter les employeurs, de laisser ce temps à disposition des salariés. Et ensuite, à la fin de ces deux périodes, dans ce cas-là, soit on démissionne, soit on reprend le poste comme on l'avait auparavant.
- Audrey
Et parce que du coup, ton blog que tu avais lancé, ça marchait super bien et tu voyais qu'il y avait quelque chose à faire là-dedans ?
- Sarah
On a commencé par le blog. Le blog a mis quand même du temps à se lancer. Après le blog, moi, le but, c'était de donner des cours. Tu vois, chez moi, j'ai commencé par donner des cours. Pour donner des cours, j'ai acheté du matériel. Et en achetant du matériel, j'ai commencé à louer ce matériel que j'avais acheté sur Leboncoin. Et c'est un système qui a commencé à fonctionner. Et par la suite, donc là, là c'était 2016... Et ensuite, en 2019, donc juste avant le Covid je pense, on a monté un système avec Julien qui s'appelle L'Aventure Poterie. L'Aventure Poterie, c'est un concept où les gens pouvaient recevoir du matériel chez eux, un tour et un cours. Et moi, je leur donnais les cours à distance pour pratiquer la céramique chez eux, comme moi j'ai fait.
- Audrey
Pour nos auditeurs, Julien, c'est ton conjoint. Donc, c'est ça, au début, tu as démarré l'aventure avec lui.
- Sarah
Oui, c'est lui qui a été un peu la clé de tout, qui m'a aidé à monter ce blog. Sinon, je n'aurais pas su monter le blog tel qu'il était aujourd'hui. C'est avec lui, après, qu'on a réfléchi toute cette logistique de gestion, d'envoi de matériel, de four à commander, tu vois, en pratique, comment tu fais pour créer un site de formation en ligne. En fait, il a été la clé de l'organisation de tout ça.
- Laure
Mais Julien, au départ, lui, il a une activité professionnelle. Donc, comment ça se passe ? Il vient en support ou il est vraiment partie prenante de l'aventure ? Comment ça se passe ?
- Sarah
Lui, il a un parcours assez varié aussi de reconversion. À ma différence, il n'était pas très scolaire, donc il a arrêté ses études. Il a commencé en tant que technicien dans une grande boîte qui s'appelle Airbus, vers Toulouse. Il a ensuite repris des études pour devenir audioprothésiste. Il est devenu audioprothésiste. Il a travaillé comme audioprothésiste. Il a ensuite revendu ses magasins pour venir m'aider sur Le Bol. Donc c'est lui en fait qui a passé le plus de temps au tout début pour justement mettre en place le site Internet, mettre en place les systèmes. Et ensuite Le Bol en fait c'était pas assez rentable, comme je vous ai dit c'est quand même quelque chose... On parle de céramique, on parle de passion... Il faut du temps en fait pour que les choses prennent, il faut des gens, du temps pour se faire connaître. C'est quand même une niche. Et même si tout le monde adore la céramique, c'est quand même un loisir. Et c'est vrai que ce n'est pas facile de vivre de tout ça. Et puis en plus, nous, on a des enfants. Donc faire tenir une famille sur un projet web, un projet qui peut être hypothétique où après on n'a pas d'autres rentrées financières, c'était quand même compliqué. Et donc c'est pour ça que lui, il a quitté le projet du Bol, même s'il est quand même toujours là mais de manière moins importante, pour repartir dans l'audioprothèse, remonter un centre et après il a développé ses idées. Mais il a été la clé de tout ça.
- Audrey
Et donc on est parti d'un blog où tu partageais ce que tu avais appris, donc là tu transmettais mais plus avec des articles, à aujourd'hui... Qu'est-ce que c'est Le Bol... C'est des formations en ligne et des formations en présentiel ? Tu peux nous expliquer un petit peu ?
- Sarah
Pour moi, c'est un peu un écosystème autour de la céramique. Il y a énormément de choses. Certains nous considéreront comme un média à travers le compte Instagram, les vidéos YouTube et le blog. Donc ça, c'est tout ce contenu qui a été créé. Le blog, c'est les formations en ligne. On a commencé par L'Aventure Poterie, donc la première pierre à l'édifice. Et ensuite, on a commencé par des formations en ligne filmées. Donc au début, moi, j'ai commencé à le faire. Et ensuite, on a pris des céramistes spécialisés dans leur domaine pour filmer ses formations en ligne. Le Bol, c'est la location de matériel, comme je vous disais. J'ai commencé moi au tout début à louer sur Leboncoin, et aujourd'hui on loue du matériel de tours et de fours de potier. Et ensuite, il y a maintenant trois ans de ça, Le Bol c'est aussi devenu un lieu. C'est devenu un studio de céramique, à l'intérieur duquel on propose des formations professionnelles à la céramique, donc pour préparer au CAP tournage. C'est le diplôme aujourd'hui qui est utilisé chez les potiers. Et des stages pro, des stages où il y a des céramistes qui viennent d'un peu partout en France ou à l'étranger.
- Audrey
Le studio, il est où ? Il est à Agen ?
- Sarah
Le studio, il est sur Agen.
- Audrey
Et donc vous vous adressez à la fois à des particuliers qui veulent faire ça en loisir et à des gens qui voudraient faire ça professionnellement ?
- Sarah
Oui, pour les loisirs, on va plutôt s'adresser à la population d'Agen. Sinon après à ceux qui, comme moi, quand j'ai commencé en fait, veulent faire un loisir plus plus, qui aiment ça et qui veulent vraiment approfondir leur connaissance. Dans ce cas-là, ils viendront ici pour faire des stages en loisir, mais c'est quand même un loisir avancé, sinon ils ne feront pas ce trajet. Et aux professionnels, donc, qui veulent se former à la céramique, et après aux professionnels aussi qui veulent suivre des stages pro, parce qu'on a fait toutes ces démarches Qualiopi et tout, qui sont un peu des démarches cassse-tête. Et ces démarches Qualiopi après, permettent aussi d'avoir des financements quand on est professionnel pour pouvoir se faire financer certains stages. Aujourd'hui, Le Bol, c'est un petit écosystème dans la céramique. Et on a aussi créé depuis cet été, une communauté en ligne, de céramique. En fait, ça va être un espace, une communauté, où chacun peut poser des questions, où toutes les semaines il y a des masterclass sur des thèmes particuliers, donc soit autour de la céramique, ça peut être aussi sur les réseaux sociaux. Par exemple, début décembre, il y a @marion_entreprend_des_trucs qui est assez connue sur Instagram et qui est assez appréciée des céramistes et qui vient aussi partager sa connaissance d'Instagram pour les céramistes. Donc, on essaie de mettre en place différents biais pour que chacun puisse progresser dans la céramique et autour de la céramique.
- Audrey
Il y a combien de formateurs aujourd'hui, du coup ?
- Sarah
Beaucoup sont des freelances qui interviennent de manière assez sporadique. Donc, tout au long de l'année, au niveau des stages, on a à peu près deux stages par mois. Donc, je dirais qu'il y a à peu près entre 20 et 30 céramistes qui interviennent pour donner des stages. Et ensuite, au niveau des formations en ligne, il y a une quinzaine de formations en ligne, donc une dizaine de formateurs en ligne.
- Laure
Comment il a été vécu au sein de ta famille ce processus de reconversion professionnelle ? Parce que toi, tu as démarré pendant ton congé maternité, tu as poursuivi pendant ton congé parental. Julien, lui, il t'a suivi tout de suite dans ce projet. De ce qu'on entend, il a clairement et vraiment boosté le projet. Puis finalement, il a dû... Enfin, vous avez fait le choix peut-être ensemble, en tout cas qu'il reprenne une activité professionnelle. Ce moment-là où il repart dans son activité, comment tu l'as vécu ce moment ? Est-ce que c'était difficile ?
- Sarah
Ça a été difficile pour moi parce que ça m'a fait peur de me retrouver toute seule. Même s'il était là. J'exagère en disant que j'étais toute seule parce qu'il était quand même là. Mais c'est vrai que je me suis dit : je pouvais me reposer sur quelqu'un et maintenant, en fait, je me retrouve un petit peu seule dans ce bateau. Et moi, ça m'a fait quand même super peur. Après, on va quand même dire qu'au point de vue financier, c'était quand même une source de stress. Et ça, c'était quand même bénéfique. Et ensuite, au point de vue du couple, en fait, travailler ensemble sur un projet qui se lance, et en plus on travaillait de chez nous, franchement c'est quand même difficile. C'est quand même beau parce qu'on vit un début de projet ensemble. C'est un peu comme un nouveau bébé qu'on lance et dans ce cas-là, c'est un bébé entrepreneurial. Mais mettre des limites dans son couple pour ne pas parler tout le temps de travail, pour arriver à couper, c'est quand même pas facile. Donc cette séparation, on va dire, nous a permis de retrouver aussi un mode de fonctionnement qui était quand même plus équilibré. Et puis même quand on lance un projet, au début du projet, on est à fond dans ce projet. En fait, souvent on rêve, on vit ce projet. Mais il y a un moment où on ne peut pas passer non plus autant de temps que ce qu'on y a passé à nos débuts. Et le fait finalement de se dissocier, c'était peut-être pas plus mal. Et le dernier point, c'est que lui et moi, on n'a pas le même profil. Moi, je me suis formée à la céramique, c'est quelque chose qui me tient à cœur et en fait, c'est aussi une passion, cette céramique. Et c'est quelque chose que je transmets à travers Le Bol. Lui, Julien, il m'a accompagnée là-dessus parce qu'il a plein d'idées. Il a une logique qui permet de mettre en place plein, plein d'outils. Il aime lancer des projets. Et là, depuis la fin du Bol, il avait repris la voie de l'audioprothèse. Il a encore refait un nouveau projet. Et il me suit encore au niveau du Bol. Donc, je pense que lui, son moteur, c'est plus le fait de lancer des projets. Et après, il va se lasser plus vite. Alors que moi, c'est plus quelque chose sur la durée. C'était plus vraiment le fond qui m'intéressait.
- Audrey
Oui, toi, c'est une vraie reconversion passion.
- Sarah
C'est ça. Oui, c'est ça.
- Audrey
Quel lien tu fais entre ton ancien travail et le Bol ? Est-ce qu'il y a des compétences que tu as pu transférer ?
- Sarah
Je pense que le lien que je fais, c'est vraiment le fait d'aider les autres. C'est le fait d'accompagner les personnes. Dans mon ancien travail, ça a été d'accompagner les personnes dans l'apprentissage de ce handicap. Là, ça a été d'accompagner des personnes dans l'apprentissage de la céramique. Ces formations, ça m'a aussi donné un esprit assez peut-être... analytique. Tu vois, essayer de comprendre, le fait d'aimer comprendre, le fait de pousser les recherches et d'aller assez loin. Et c'est ça qui fait un peu la distinction du Bol, c'est des articles qui sont souvent poussés et c'est ce que je pense que j'ai appris au niveau de mes études.
- Laure
Et alors, qu'est-ce qu'elle t'aura appris sur toi cette reconversion ?
- Sarah
J'ai appris trop de choses. Le fait de se reconvertir dans la céramique, ça te met... Et le fait après de me reconvertir aussi comme chef d'entreprise, ça me met dans des situations toujours assez incroyables et où je dois toujours me remettre en question. Donc, qu'est-ce que j'ai appris sur moi ? Je pense que je suis vraiment quelqu'un d'assez créatif qui a toujours plein d'idées et qui en aura toujours plein. Je pense que je suis quelqu'un qui est clair dans ma tête, mais qui peut être assez brouillon pour les autres... Parce qu'en fait, toutes ces idées, moi, me paraissent logiques, mais ne paraîtront pas forcément logiques pour les autres. Et donc, ce que j'apprends, en fait, c'est à expliquer. Tout ce processus d'explication des idées qu'on a dans la tête et de se dire que c'est une clé et que même dans notre vie, si on veut être compris des autres, il faut essayer de leur expliquer ce qu'on pense vraiment parce qu'ils ne sont pas nous. Et ça, ça m'a quand même joué souvent des tours. Ça m'a appris en fait que je suis aussi quelqu'un qui suis beaucoup devant l'écran pour faire des vidéos, pour faire des réels Instagram. Mais en fait, ce qui m'a un peu sauvée, c'est que je suis vraiment détachée de ça, que je fais ça parce que j'aime transmettre, mais qu'après l'image qui en ressort, que je sois bien coiffée, pas bien coiffée ou autre, en fait, j'en suis tellement détachée qu'au final, je pense que c'est plutôt le message qui est entendu. Et c'est ça qui a aidé sur Le Bol. Et je pense que je suis quand même quelqu'un de persévérante et d'assez résiliente. Et qu'en fait, même quand j'ai des problèmes, et il y en aura toujours des problèmes, il y en aura ! Pour moi, l'entrepreneuriat, c'est un roulement : il y a des moments où tout va bien et puis après, tout va mal. Et bien, j'arrive quand même à me relever assez facilement et à continuer. Et puis à me dire, ça, ça n'a pas marché, ce n'est pas grave. Tant pis, on continue.
Laure : Et il n'y a pas un moment où tu as eu envie d'abandonner ?
Sarah : Eh bien, bizarrement, pas trop. Parce qu'en fait, je pense que je suis vraiment quelqu'un qui est hyper persévérante, qui est impliquée et qui est quand même droite. Et je pense qu'au contraire, c'est peut-être quelque chose qui me desservirait parce que pour moi, tenir des engagements et m'engager envers les autres, c'est quand même important et je pourrais m'oublier pour ça.
- Audrey
Aujourd'hui, qu'est-ce que ce job t'apporte de plus que ton ancienne vie ? Est-ce que c'est du bien-être ? Est-ce que c'est un alignement avec tes valeurs ? Est-ce que c'est l'équilibre aussi avec ta famille ?
- Sarah
Alors, je dirais qu'aujourd'hui, ce job ne m'apporte pas du tout un équilibre personnel plus que ce que j'avais auparavant. Parce qu'auparavant, je travaillais moins et c'était aussi un choix de vie. Aujourd'hui, je travaille plus. Donc moi, ça, c'est vraiment... On va dire que si en 2026, je dois essayer de réguler quelque chose, ça va être ça, ça va être d'essayer, en fait, de retrouver cet équilibre qui était beaucoup mieux auparavant qu'aujourd'hui, avant que je me mette vraiment dans l'entrepreneuriat. Parce que moi, je ne sais pas comment vous faites, mais moi, je n'y suis pas arrivée à bien réguler ma vie de famille, ma vie d'entrepreneur et toutes ces casquettes.
- Audrey
Après, c'est quelque chose qu'on entend beaucoup dans les témoignages qu'on a pu avoir. C'est vrai que l'entrepreneuriat a la cote, mais on se rend compte qu'effectivement, c'est beaucoup, beaucoup d'heures de travail et souvent beaucoup plus que le métier que faisaient les gens avant. Et effectivement, je me souviens des Garçons dans l'épisode 6, qui eux sont bouchers aujourd'hui, et ils disaient que leur gros sujet, c'était justement comment rendre du temps à leur famille.
- Sarah
Oui, c'est ça. C'est vrai. Je pense que c'est quelque chose dont on ne parle pas assez, dont on ne se rend pas assez compte au tout début. Parce qu'au début, en fait, on est tout feu, tout flamme pour ses projets. Et après, l'autre problème, c'est aussi que la société française prend tellement d'impôts et tout que, des fois, c'est trop compliqué, en fait, de vivre bien de l'entrepreneuriat. Parce que même si on fait du chiffre d'affaires, on reverse tellement, quoi. Après, ça, c'est un autre sujet, mais ça veut dire que ça n'aide pas, quoi. Ça n'aide pas justement, à embaucher, à avoir plusieurs personnes et à déléguer plus facilement et tout. Donc, on va dire que je n'ai pas gagné sur cette partie. Par contre, j'ai gagné la diversité de mon travail. Aujourd'hui, une grande chance, qui peut aussi finalement me fatiguer alors que j'adore ça, c'est d'avoir un quotidien qui change tout le temps et de ne pas forcément avoir l'impression de travailler. Mon quotidien est varié. Je peux autant travailler sur des sujets pointus pour préparer une formation en ligne, tu vois, qu'après faire une interview avec vous, qu'après réfléchir à une programmation pour l'année prochaine pour les stages... En fait, il y a énormément de casquettes possibles. Après, aujourd'hui, je suis toujours prof donc j'enseigne aussi toujours à mes élèves de CAP. Donc, c'est le fait de ne pas m'ennuyer, de franchement de ne jamais m'ennuyer.
- Audrey
Mais ce qui du coup rend moins facile le fait de lever le pied parce qu'effectivement c'est une passion et du coup, t'as envie, j'imagine, de développer tout le temps, t'as des nouvelles idées. Et donc c'est encore moins facile de rendre du temps à la famille.
- Sarah
Oui, mais aujourd'hui, tu vois, même si c'est un métier passion, je le remets quand même dans la case métier. Et justement, la question se posait de, tu vois, si moi je dois reprendre le fait de créer des pièces. J'ai arrêté ça il y a deux ans parce que je ne m'en sortais plus au niveau du temps. Là, tu vois, je n'ai pas envie de retomber peut-être dans le fait de vendre ou de m'imposer quelque chose justement pour garder ça en passion. Parce que tu vois moi Le Bol comme on dit ça va faire bientôt 10 ans et tu vois avoir un métier vraiment passion en ayant deux enfants, en ayant en fait une vie à côté qu'on veut continuer à faire tourner... Et en fait finalement qu'est-ce qui est le plus important à la fin de notre vie, c'est peut-être je sais pas, c'est notre vie personnelle donc ça ça me paraît quand même hyper important. Donc oui aujourd'hui on va dire que même si ça a débuté en métier passion, aujourd'hui pour moi c'est un métier que j'adore, mais qui doit rester un métier. Et la passion, il faut que je la retrouve à côté.
- Laure
Alors ça serait quoi maintenant tes projets ? Comment tu te vois évoluer ? Tu dis que tu as encore envie de continuer Le Bol ? Tu penses que tu vas basculer dans autre chose ?
- Sarah
Aujourd'hui au Bol, il y a moi plus 4 personnes. Donc moi, le but en fait, c'est de structurer aussi cette équipe. C'est de me détacher de certains points, mais de continuer, tu vois, à développer ces projets, apporter ma connaissance de la céramique. Moi, ce que j'aimerais, ce serait aussi homogénéiser un peu les savoirs entre pays au niveau de la céramique, au niveau de l'apprentissage. Ce serait aussi mettre en avant les talents français de la céramique à l'étranger parce qu'on a énormément de pépites qui manquent de visibilité. Donc, ce serait ça que j'aimerais porter peut-être en 2026.
- Audrey
Et du coup, tu te vois finir ta carrière avec Le Bol ?
- Sarah
Je ne sais pas. Les temps actuels sont tellement mouvants. L'IA prend un tel essor et tout... Est-ce que les entreprises sur Internet continueront ? Est-ce que les fonds de formation continueront pour que les organismes de formation puissent continuer à exister ? Franchement, j'aimerais. Mais tu vois, j'ai toujours en tête que si un jour je dois arrêter, en tout cas, c'est une belle expérience que j'adore. Et je n'ai pas choisi ce métier pour la stabilité. J'ai choisi ce métier pour, comme tu disais, par passion et pour toute la découverte que ça m'amène.
- Laure
Et si c'était à refaire, est-ce que tu changerais quelque chose ?
- Sarah
Non. En fait, je ne changerais pas les choses parce que, comme je vous disais, je rebondis assez facilement. Et que même s'il y a des échecs... Je ne vois pas forcément ça comme des échecs, mais je vois plutôt ça comme des apprentissages qui me permettent aujourd'hui de connaître plus de choses et finalement de voir aussi les choses différemment. Je pense que je referai la même chose parce qu'en fait, mon parcours est tellement lié à moi, à ma passion, que... Si je devais le refaire, pour être plus efficace et moins perdre de temps au début on va dire, pour pouvoir en vivre plus rapidement, en fait ça serait ce côté passion que j'aurais mis de côté pour aller directement dans la céramique avec un côté business, financier. Et c'est justement ça, je pense, qui m'a portée, ça qui fait la force du Bol aujourd'hui. C'est ça qui m'a plu et c'est dans ça que je suis bonne, tu vois. C'est connaître la céramique, transmettre la céramique. Donc, je pense que j'aurais pu faire mieux plus rapidement, mais que ça aurait changé l'ADN du Bol.
- Audrey
Est-ce que finalement, si tu avais pu continuer à exercer ton métier d'audioprothésiste tel que tu l'aimais, c'est-à-dire auprès des enfants sourds, est-ce que tu crois que tu aurais continué ta carrière là-dedans ou que tu aurais quand même fini par changer à un moment donné et arriver quand même là ?
- Sarah
Je pense que je ne serais peut-être pas forcément arrivée là parce que j'aurais fait de la céramique en parallèle et j'aurais gardé la céramique en loisir. Je pense que si j'avais continué ce métier, par contre, j'aurais fait des bifurcations. C'est-à-dire que je serais allée travailler dans des hôpitaux. Je m'étais formée aussi à la musicothérapie pour les malentendants. Donc en fait, j'aurais creusé ce domaine comme aujourd'hui je creuse la céramique. Je pense que j'aurais creusé l'audition. Et que j'aurais gardé la céramique en loisir.
- Laure
Et pour finir, Sarah, est-ce que tu aurais un conseil ou une ressource à partager à celles et ceux qui envisagent une reconversion ?
- Sarah
Alors moi, un livre qui m'a vraiment marquée à mes débuts, c'est le livre « Comme par magie » d'Elisabeth Gilbert. C'est un livre qui dédramatise le fait de se reconvertir, qui vous laisse le droit à l'erreur, qui vous permet aussi d'assumer qui vous êtes, qui permet d'assumer aussi sa créativité, qui dit qu'on peut commencer à se lancer, garder un second job à côté et que ça aussi c'est très bien. Voilà, qu'il n'y a pas de règles préétablies et que c'est à vous de mettre vos propres codes quand vous vous lancez. Voilà, moi par exemple, le fait d'avoir gardé un deuxième travail pendant longtemps, en fait, ça m'a beaucoup aidée. D'autres personnes aimeront se lancer directement et tout bazarder et changer de vie directement. Donc moi, je vous conseille de lire ce livre.
- Laure
Merci beaucoup. Eh bien merci, on l'ajoutera à la liste des ressources à partager. Merci beaucoup pour ce partage, Sarah.
- Sarah
Merci à toutes les deux de m'avoir donné aussi la possibilité de parler, parce que ce n'est pas toujours le cas et c'est super de partager mon vécu.
- Audrey
Et bien sûr, pour tous ceux qui veulent se lancer dans la céramique, on mettra le lien du Bol dans le descriptif de l'épisode.
- Sarah
Eh bien super, merci beaucoup.
- Laure
Nous espérons que vous avez apprécié ce moment autant que nous.
- Audrey
Si vous avez aimé l'épisode, abonnez-vous sur votre plateforme d'écoute préférée et laissez une note positive et un commentaire.
- Laure
Et parlez-en autour de vous.
- Audrey
Et si vous souhaitez partager votre histoire de reconversion, écrivez-nous.
- Laure
Merci pour votre écoute et à très bientôt pour un nouvel épisode.