- Laure
Bonjour, moi c'est Laure.
- Audrey
Combien de fois avez-vous pensé « j'en ai marre de mon job » ?
- Laure
Combien de fois l'avez-vous dit ?
- Audrey
Nous, on l'a entendu plein de fois.
- Laure
Ce qu'on vous propose, c'est d'écouter ces personnes qui ont franchi le cap, celles et ceux qui ont entamé une reconversion professionnelle.
- Audrey
Pourquoi ? Comment ? Combien ? C'est ce qu'on a voulu savoir.
- Laure
Ici, vous entendrez des histoires de reconversion.
- Audrey
Bonne écoute !
- Nathan
Bonjour, je m'appelle Nathan. J'ai fait un parcours dans la restauration gastronomique et il y a deux ans, je suis devenu entrepreneur à mission et je vais vous raconter mon histoire.
- Laure
Bonjour Nathan.
- Nathan
Bonjour.
- Laure
Nous sommes très contentes de te recevoir aujourd'hui sur notre podcast "J'en ai marre ! Histoire de reconversion". Alors toi Nathan, le fil conducteur de ta vie pro en tout cas, peut-être perso, mais tu nous diras, c'est la cuisine. Au départ dans la restauration et puis après, tu as fait un petit virage vers l'entrepreneuriat. C'est le sujet du jour. Comment vas-tu ?
- Nathan
Je vais bien. J'ai un petit peu le trac parce que ce n'est pas un exercice auquel on se prête tous les jours de se laisser interviewer dans un podcast, mais ça va très bien.
- Audrey
Merci d'être venu jusqu'à nous parce que quand même, tu viens de Bretagne exprès pour nous rencontrer. Merci beaucoup. La traditionnelle question, on commence toujours par l'enfance. Quand tu étais petit, est-ce qu'il y avait déjà la cuisine ? Est-ce qu'il y avait d'autres choses que tu avais envie de faire quand tu serais grand comme métier ?
- Nathan
Non, la cuisine, ce n'était pas forcément quelque chose qui m'est tombé dessus avec une illumination dès le départ. Durant l'enfance, j'ai souhaité à différents moments faire plusieurs métiers. J'ai souhaité commencer par devenir écrivain ou poète. J'aimais beaucoup écrire des petites histoires etc. Être dans mon monde intérieur... Et puis, au fur et à mesure du temps, ça a changé. J'ai souhaité devenir professeur d'histoire-géo parce que ça me passionnait comme matière à l'école, de pouvoir connaître un petit peu son passé, sa culture. Et puis, j'ai aussi souhaité... Alors c'est un petit peu atypique dans toutes ces idées de métier... Mais j'ai aussi souhaité devenir chauffeur routier à un moment donné. Je collectionnais les revues des gros camions américains. J'avais des posters de Peterbilt 389 dans ma chambre un petit peu partout. Des gros camions rutilants et plein de couleurs. Et je me disais, partir sur la route et puis voir du paysage, ça me bottait bien. Mais ce n'est pas ça que j'ai choisi. Ce n'est pas ça que j'ai choisi. La cuisine est arrivée après.
- Laure
Alors, elle est arrivée à quel moment, justement, la cuisine ?
- Nathan
La cuisine, elle est arrivée au moment de choisir mon orientation professionnelle au collège, en classe de quatrième, troisième. Si, la petite anecdote quand même, c'est que mes parents me disaient que quand j'étais petit et un petit peu dans les premières phrases que j'ai pu articuler correctement, je leur disais « Quand je serai grand, je vous ferai à manger » . Donc peut-être que ça a été…
- Laure
Il y a peut-être déjà une petite idée.
- Nathan
Voilà, exactement. Et finalement, quatrième, troisième, je ne savais pas exactement et je questionnais tout ça. J'ai fait une première porte ouverte justement dans une école qui formait à devenir chauffeur routier. Je suis monté dans un camion pour vous voir un petit peu ce que ça faisait d'être un petit peu plus haut que quand on est dans sa voiture. Et puis, j'ai fait aussi la porte ouverte du lycée d'hôtellerie-restauration qui faisait partie du même ensemble scolaire que mon collège. Et voilà, j'ai fait cette porte ouverte et ça a été un petit peu comme un déclic de voir que, ben voilà, on pouvait réaliser quelque chose de très concret, de sensoriel et qui fait plaisir aux gens. Voilà. Et donc, c'est un petit peu comme ça que ça s'est amorcé mon déclic vers la cuisine.
- Audrey
Donc, quatrième, troisième. Et ça veut dire qu'après, seconde, là, tu t'orientes vers la cuisine ?
- Nathan
C'est ça. Sortie de troisième, j'ai commencé un bac professionnel cuisine. Donc, trois années à apprendre le métier de cuisinier, sa rigueur dans la technique, mais aussi dans l'organisation, et puis aussi dans tout le patrimoine culturel de recettes, du terroir, etc. Et puis... Pendant ces trois années, il y a aussi des stages qui permettent aussi de découvrir différents restaurants, styles de restauration et styles de cuisine, et qui m'ont aussi bien nourri.
- Laure
Et c'est des stages de combien de temps ?
- Nathan
Alors, c'est des stages qui varient en fonction de l'année du bac, mais de un mois à deux mois, à peu près.
- Laure
Donc, tu as bien le temps de te rendre compte.
- Nathan
Exactement.
- Audrey
Ça veut dire que tu es tout jeune parce que tu as 25 ans, mais que finalement, tu as déjà presque 10 ans de métier parce que dès l'âge de 15 ans, tu étais dans les cuisines.
- Nathan
Exactement, donc à être pendant ces périodes de stage, donc il y en avait à peu près deux par année du bac, et puis aussi en parallèle, je travaillais dans un restaurant à côté de chez moi qui s'appelle La Taupinière, qui a depuis fermé, mais dont je considère le chef comme mon mentor, donc Guy Guillou, et qui a été pour moi un vrai mentor au niveau de la cuisine parce que c'est avec lui que j'ai appris à fabriquer du beurre maison à la baratte en bois, faire des huiles de langoustine. faire mes premiers filets de poisson aussi. Et c'est un restaurant dans lequel j'ai énormément appris, où j'avais fait un stage justement, et où j'ai continué à travailler pendant mes week-ends et mes vacances scolaires, parce qu'en fait je kiffais être vraiment dans le concret, à cuisiner et à être en service avec le coup de feu.
- Laure
Ok, donc peu de repos pendant ces trois années.
- Nathan
Ouais, c'était assez intense, mais parce qu'en fait j'étais passionné par ce que je faisais... C'était un moment très intense, parce qu'autant il y avait l'apprentissage scolaire, mais en même temps, je collectionnais les bouquins de cuisine. J'avais toute une bibliothèque entière d'anciennes revues, et même des revues un peu cuisine ménagère, style Elle Magazine Cuisine, Cyril Lignac, etc., enfin les trucs un peu de base, mais qui en fait m'ont donné pas mal d'inspiration, d'idées, qui me permettaient de déjà commencer à faire mes premières recettes.
- Audrey
Oui, donc ça occupait tout l'espace en fait. C'était aussi bien la semaine que tes week-ends. C'était vraiment une passion.
- Nathan
Oui, j'étais à fond dedans. Et en fait, j'avais envie de me donner parce que c'était une sorte d'objectif à moi-même. J'avais un peu cette idée, un peu peut-être immature à l'époque, mais de vouloir être le meilleur en cuisine. Que ce soit à l'école, il y avait presque une petite compétition qui s'installait quand on était en atelier pratique avec les copains de classe à faire celui qui fait la meilleure présentation, la meilleure idée de recette, etc. En fait, cette compétition, quand même assez saine, elle me boostait, elle me poussait. Et puis, rapidement aussi, j'ai développé un rêve qui était celui d'ouvrir mon propre restaurant et d'aller en quête des étoiles au Guide Michelin. Ça faisait vraiment un peu mon focus.
- Laure
Ton focus. Et donc, justement, après, tu obtiens ton bac, ton bac cuisine.
- Nathan
Oui, c'est ça.
- Laure
Comment ça démarre à ce moment-là ? Donc tu as déjà cette idée en tête d'ouvrir ton resto, d'aller chercher des étoiles et comment tu démarres ta vie professionnelle ?
- Nathan
J'obtiens mon bac à l'âge de 17 ans et peu de temps avant, j'avais reçu l'invitation d'un de mes anciens chefs chez qui j'avais fait un stage, un restaurant deux étoiles Michelin dans le Loire-et-Cher, l'invitation de ce chef, Rémi Giraud, pour venir rejoindre l'équipe. Donc je n'ai pas eu trop de questions à me poser sur : oui, qu'est-ce que je vais faire, dans quel endroit je vais postuler ou autre chose. J'ai suivi l'intuition et la proposition qui m'était faite, surtout que c'était un lieu que j'aimais beaucoup. Et donc, j'ai rejoint l'équipe de ce restaurant et j'ai intégré l'équipe sur un poste qui s'appelle le poste de légumier. Donc, il faut s'imaginer en restaurant, notamment ce restaurant-là, c'est un restaurant deux étoiles Michelin, mais avec un hôtel aussi quatre étoiles, avec un bistrot, avec un spa... C'est un énorme lieu et une énorme fourmilière.
- Audrey
Donc, combien de personnes en cuisine, du coup ?
- Nathan
C'est ça. Encore que là, dans ce restaurant-là, ce n'était pas non plus énorme, mais on était quand même au moins une bonne quinzaine en cuisine. Donc, ça représente quand même déjà un bon petit monde. Et donc, l'organisation au niveau de la cuisine, elle est organisée par parties. C'est ce qui constitue la brigade de cuisine : donc la pâtisserie, le poste de la viande, le poste du poisson, le garde-manger qui s'occupe des entrées. Et donc moi, j'ai intégré l'équipe à 17 ans sur le poste de légumier. Et donc le légumier, c'est celui qui s'occupe des garnitures. Alors pas que des légumes, mais des garnitures, des farces de viande, des fonds de sauce, etc. Et qui, fait partie un peu du poste de la viande et du poisson, et qui crée les garnitures de tous les plats. Voilà.
- Audrey
Ok, et tu es resté combien de temps dans ce restaurant-là ?
- Nathan
J'y ai bossé pendant une année. Une année qui a été très très intense parce que j'ai intégré ce poste-là de légumier. Et puis... Je faisais quand même des horaires assez ouf. C'est une énorme amplitude horaire à commencer à 7h et à terminer parfois à 1h du matin, le temps que le service se termine et que le nettoyage de la cuisine ait été magnifiquement fait, bien briqué, etc. Donc c'est des amplitudes horaires assez énormes et on ne coupe pas toujours non plus. Surtout quand... On a aussi la curiosité et l'envie d'aller explorer un petit peu plus. Il se trouve que dans cette année, j'ai migré du poste de légumier au poste de chef du garde manger, donc chef de partie, où j'avais un poste à responsabilité avec déjà des premières personnes à pouvoir gérer. Et puis aussi déjà un aspect de création. Ça, c'était super chouette pour moi. C'est vraiment quelque chose qui me fait vibrer de pouvoir créer en cuisine. Et c'était donc mes premiers pas dans la création où j'avais une carte blanche sur les amuse-bouches, sur les petits salés en apéritif que recevaient les clients avant de commencer les festivités du repas. Et donc, c'était pour moi hyper stimulant et je le prenais super à cœur. Et donc, c'est pour ça que j'avais du mal à couper aussi sur l'après-midi parce que je voulais faire les choses vraiment parfaitement, etc. Donc, je m'y engageais et j'avais une sorte de niaque à pousser les choses.
- Laure
Ok, donc comment tu continues ton parcours après ça ?
- Nathan
J'arrive à un moment où j'ai besoin d'aller creuser, explorer autre chose, parce que j'ai l'impression d'avoir fait un petit peu le tour, même si je n'ai pas fait forcément tous les postes, mais j'y ai participé d'une certaine manière. Et en fait, je suis en recherche d'un autre restaurant dans lequel aller travailler. Et justement, Guy Guillou, mon mentor chez qui j'ai commencé et fait mes premières armes, Je discute avec lui parce que je le rappelle souvent pour prendre un peu des nouvelles : "Comment ça va ? Comment va l'équipe ? Comment ça se passe ? Est-ce qu'il y a du monde en ce moment au restaurant ?" Et au fur et à mesure de la discussion, je lui dis bah voilà, je suis un peu en questionnement. Là où je travaille, je commence un petit peu à m'ennuyer. J'ai besoin de prendre aussi d'autres responsabilités, d'évoluer encore un peu plus. Il me dit : "Bah, j'ai été manger il y a deux semaines avec Thierry, le chef sommelier de la Taupinière, dans un restaurant du Morbihan. Et c'est super sympa. Tu pourrais peut-être essayer de voir avec le chef. J'ai ses contacts, je te les partage, tu pourrais peut-être essayer de voir s'il y a quelque chose à faire et si tu peux les rejoindre." Et donc, c'est comme ça que je contacte ce chef-là du restaurant dans le Morbihan et que je pars pour ce restaurant. Je déménage du Loir-et-Cher pour aller dans le Morbihan et pour commencer une nouvelle expérience dans un autre restaurant étoilé, donc restaurant une étoile au Guide Michelin. Auréolé aussi d'une étoile verte qui récompense les restaurants pour leur éco-responsabilité notamment.
- Laure
Et ça, tu le savais en y allant, qu'il y avait cette étoile verte ?
- Nathan
Non, et à vrai dire, en fait, elle n'avait pas encore été décernée. Elle a été décernée quelques mois après.
- Laure
D'accord.
- Nathan
Quelques mois après.
- Audrey
Et là, tu y vas avec quel poste ?
- Nathan
Alors, j'intègre l'équipe en tant que chef de partie. Et en fait, au bout d'un mois, le chef m'a nommé sous-chef parce que je remplaçais le sous-chef, en fait. Donc, pendant ce mois-là, j'ai pu prendre un peu mes marques.
- Laure
Non, le sous-chef, pardon, je lève le doigt comme si on était à l'école pour te poser une question. C'est très visuel, c'est bien pour un podcast. Le sous-chef, c'est vraiment celui qui est l'adjoint ?
- Audrey
C'est vraiment celui qui est juste en dessous, oui.
- Nathan
C'est ce qu'on appelle aussi seconde cuisine, c'est celui qui seconde le chef dans ses opérations. Et qui chapote. Alors, tout dépend aussi de l'effectif de l'équipe de cuisine, mais qui a cette responsabilité de manager les différentes parties qu'il y a dans la cuisine, notamment dans une grande brigade... Et, oui, le supérieur des chefs de partie. Là, j'intègre une équipe qui est un peu plus, disons, à taille humaine et familiale, parce qu'on est cinq ans cuisine. Donc, ce n'est pas énorme.
- Audrey
Non, mais quand même, quel parcours ! Tu as quoi ? Tu as 19, 20 ans ?
- Nathan
18 ans, oui. Oui, c'est ça.
- Audrey
Tu es déjà chef dans un resto étoilé. C'est quand même...
- Nathan
Oui, je pense que dans chaque expérience que j'ai faite, j'ai aussi prouvé une certaine motivation, curiosité et rigueur dans mon travail et qui a fait que les gens, en tout cas mes chefs, mes patrons m'ont fait confiance pour me donner aussi des responsabilités.
- Audrey
Oui et puis même la capacité à manager, parce que ça, à 18-19 ans, c'est pas...
- Laure
T'avais des cours de management au lycée ?
- Nathan
Non, on n'avait pas de cours de management, mais disons que ça se fait un peu de manière naturelle aussi au fur et à mesure. Alors, on l'apprend un peu de manière... un peu sur le tas et pas forcément très bien. Et d'ailleurs, cette première expérience avec un poste à plus grande responsabilité en tant que sous-chef, elle ne s'est pas, disons, sur cette partie du management, ça ne s'est pas très bien fait. J'avais de l'immaturité sur le management qui ensuite s'est améliorée dans l'expérience qui a suivi. Mais donc, on l'apprend un petit peu sur le tas dans les restaurants parce qu'on est de toute façon constamment amené à gérer des nouvelles recrues. Parce qu'en fonction des restaurants, il peut y avoir un fort taux de de turnover. Donc, il y a de nouvelles personnes qui arrivent, qu'il faut former sur l'organisation, sur les recettes, etc. Et puis, on est amené aussi à recevoir dans les équipes des apprentis cuisiniers qui peuvent parfois rester plusieurs années. Donc, il y a déjà un petit peu des petites bases de management qu'on peut développer et qu'on peut mettre en pratique. Et donc, voilà. Donc, ça s'apprend sur le tas un petit peu au départ. J'ai suivi par la suite une formation de management qui m'a un petit peu aidé, mais disons que mon évolution dans le management, ça a été plus par une évolution personnelle de comprendre un petit peu là, voilà où c'est un peu plus aligné dans la façon de gérer.
- Audrey
Bon et donc cette deuxième expérience dans le resto étoilé, tu y restes combien de temps ?
- Nathan
Deux ans et demi, deux ans qui ont été très riches. Très, très riches. Je pense que c'est l'expérience où je suis resté le plus longtemps. D'ailleurs, deux ans et demi, pour autant, ce n'est pas énorme. Disons qu'il y a eu aussi, on le sait tous, la crise du Covid pendant ce temps-là. Voilà, ça en fait partie aussi dans ces deux ans et demi. Même si le restaurant continuait un petit peu à marcher. Mon chef avait eu la super idée d'acheter un camion food truck, de le mettre devant le restaurant et donc de proposer une offre en service à emporter avec des trucs un petit peu de la street food. Ça plaisait bien aux gens. Donc, continuer un petit peu à travailler, mais moins pendant le Covid. Deux ans et demi, de chouettes années, parce qu'en fait, j'avais cette responsabilité aussi en tant que sous-chef de cuisine que de participer à la création des menus. Et j'avais quand même pas mal d'autonomie, une certaine confiance aussi avec mon chef de l'époque. Je créais notamment les menus du jour. Moi, ça me stimulait. Ça m'a toujours stimulé que d'avoir cette responsabilité de la création et de pouvoir mettre les idées, de réfléchir, brainstormer autour des paniers de saison, des fruits et légumes qu'il y avait aussi dans le potager, parce qu'il y avait un potager juste en face de la salle du restaurant. Et puis ça a été l'occasion aussi, ça c'est un truc qui m'a beaucoup aussi marqué, c'est que j'ai pu mettre en place un protocole de pain au levain dans ce restaurant-là. C'est-à-dire qu'on travaillait avant Covid avec un boulanger de la ville où était le restaurant, et puis post-Covid, je montrais un petit peu pendant le confinement mes essais de pain au levain. C'était un peu pendant la folie... La super tendance de tout le monde qui se remet à faire du pain au levain, qui redécouvre la magie des micro-organismes, etc. Et moi, c'est vrai que pendant ce confinement, j'ai énormément bossé le sujet du pain de manière très empirique. Et donc, je montrais un petit peu mes photos à mon chef et il m'a dit « Tiens, ça peut être sympa qu'on reprenne un petit peu la production en interne du pain au levain qu'on sert à nos clients pour le bistrot et puis l'hôtel et le restaurant étoilé. » Et c'est ainsi que je me suis embarqué un petit peu dans ce process de création, où il fallait que ce soit adapté à nos horaires de service, aussi chercher des producteurs locaux qui faisaient des farines de terroir sur meule de pierre, bio, avec des valeurs, etc., qui rejoignaient celles de l'identité de cuisine de mon chef. Et puis voilà, ça a été deux ans où il y a eu pas mal de trucs où je pouvais avoir une certaine part d'autonomie, et ça, ça me... Ça me plaisait beaucoup.
- Audrey
Oui, et tu disais tout à l'heure que du coup, au cours des deux ans et demi, le restaurant a eu une étoile verte. C'est ça ? Donc c'est aussi là que tu as découvert ce côté éco-responsable, durabilité ?
- Nathan
Oui et non. Ça s'est renforcé, disons, par ça. Parce que j'avais, et j'étais d'ailleurs porteur sur ces idées dans ce restaurant sur l'éco-responsabilité, à essayer de gérer nos excédents, etc. de la meilleure manière possible, dans la sélection de nos fournisseurs, etc. Mais ça s'est renforcé effectivement, parce que mon chef avait une identité aussi à aller vers une cuisine un peu plus saine et responsable. On travaillait avec des producteurs locaux, avec Hélène qui produisait des fleurs comestibles dans un énorme jardin qui était juste magnifique. Elle avait des centaines et des centaines de fleurs comestibles. Ça m'a beaucoup éveillé, disons, ça a renforcé ce déclic que j'avais eu déjà quelques mois auparavant, quelques années même auparavant, sur les enjeux écologiques, et qui n'a fait que renforcer mon envie d'agir pour un bien manger, pour une alimentation qui respecte les gens, la santé des gens, le bien-être des gens, et puis aussi la planète, la biodiversité, le climat. Donc là, ça a déjà posé un premier déclic aussi sur ce que je comptais faire aussi par la suite.
- Laure
Justement, ce que tu comptais faire par la suite, tu restes un peu plus de deux ans dans ce restaurant-là. Donc, l'idée d'ouvrir toujours ton restaurant, tu l'as toujours en tête cette idée-là ? Comment tu chemines après ?
- Nathan
Ça reste toujours un peu comme une sorte de trame. Disons, au bout de ces deux ans et demi aussi, je sens que j'ai fait le tour et je commence vraiment à m'ennuyer. Et je ne vais plus forcément avec un grand moral en cuisine parce que je commence un peu à m'ennuyer. Aussi, au niveau relationnel, ça s'est dégradé un petit peu vers la fin de ce parcours dans ce restaurant. Donc j'y vais parfois avec un peu la boule au ventre, etc. Et je me dis en fait, j'ai envie de changer à nouveau, j'ai envie d'aller explorer encore d'autres horizons. Et j'ai envie de commencer à poser les premiers pas de ce projet de restaurant que je souhaite toujours avoir. Je suis toujours obnubilé par les étoiles, mais en même temps, ça commence à s'estomper. Disons que je pense qu'à ce moment-là, je commence à prendre conscience que c'est plus tant les étoiles Michelin et une notoriété ou quelque chose comme ça qui m'attire, mais plus le fait de donner du sens à mon métier. Un sens autour de valeurs qui tournent autour de l'éco-responsabilité. Je postule, j'envoie mon CV, ma candidature à plusieurs cabinets de recrutement, des cabinets de chasseurs de tête, etc. en France. Et je cherche en fait un poste de chef de cuisine dans un restaurant qui recruterait un restaurant plutôt gastronomique ou bistronomique. Donc j'envoie.
- Laure
C'est quoi ? La différence entre les deux, entre gastronomique et bistronomique ?
- Nathan
Ben disons que peut-être il y a un aspect un peu plus bonne franquette, on pourrait dire, dans le bistronomique, un peu plus bonne franquette, mais travaillé aussi avec les standards un peu du gastronomique. Mais avec, malgré tout... Ça va peut-être un peu plus à l'essentiel sur le produit, sur la manière de le cuisiner, dans un peu moins peut-être de superflu technique, mais c'est, disons une attention un peu plus particulière au produit, mais toujours à la bonne franquette. Voilà, je dirais, différence entre les deux. Je postule, j'attends de voir un petit peu ce qui retombe. Et puis, à ce moment-là, je travaille encore dans le restaurant du Morbihan.
- Laure
Mais t'es pas fatigué ?
- Nathan
De parler là, maintenant ?
- Laure
Non, non, non. Je me dis, mais c'est quand même des rythmes incroyables. Je veux dire, tu fais ton bac en trois ans. Tu travailles tous les week-ends, toutes les vacances. Tu enchaînes avec ta vie pro, etc. C'est quand même des rythmes aussi... Et tu dis, vers la fin, j'y allais avec moins d'entrain, un peu avec la boule au ventre, etc. Il n'y a pas un peu de fatigue aussi à ce moment-là ?
- Nathan
Il y a un peu de fatigue parce que aussi, la restauration, c'est un milieu qui est exigeant. Et surtout quand on a envie d'évoluer, c'est exigeant parce que c'est des horaires à rallonge. Je me souviens aussi, dans ce restaurant, des fois, à 2h du matin, j'avais mis en cuisson un lièvre à la royale. Vous voyez ce que c'est peut-être comme plat, non ? Le lièvre à la royale, c'est en fait, on va désosser un lièvre. C'est une préparation, une recette traditionnelle de gibier. Donc on désosse le lièvre et on va mettre une farce à partir de foie gras, de lard de colonnata, etc. On va tout enrouler un petit peu comme une sorte de saucisson qu'on va ficeler et qu'on va cuire dans un gros et bon bouillon de vin rouge, très aromatique. Et en fait, c'était la première fois que je lançais cette recette et j'y allais avec autonomie, etc. Parce que mon chef m'avait dit "Tiens, pour Noël, on pourrait proposer ça sur le menu." Je fais "Ouais, ouais, je gère, je gère". Donc, je ne sais pas encore comment faire la recette. Je ne l'ai jamais faite. Donc, bref, je me documente par des vidéos, etc. Je vais chercher le maximum de ressources possibles et je lance la préparation, tout ça. Je mets en cuisson, donc dans le bouillon, dans le four...
- Audrey
A deux heures du mat ?
- Nathan
Et en mijoté. Alors pas à 2h du mat, mais je lance, il doit être à peu près peut-être 23h, etc. et je suis le seul à être resté en cuisine, comme ça arrivait souvent. Puis tac, je rentre chez moi tranquillement. Et puis, je pense que je me suis mis dans mon lit, c'est à peu près ça. Et puis tac, il y a une sorte d'upercut qui me réveille d'un coup. Mince, mais est-ce que j'ai assez bien saucissonné les machins ? Est-ce que le torchon et le film dans lequel je les ai mis sont assez serrés, etc. ? Sinon, la farce va exploser à l'intérieur et donc, demain matin, ça sera fichu. Et sachant que c'est une préparation qui coûte cher, il y a du foie gras, il y a du lièvre, il y a du lard de colonnata, etc., je n'ai pas intérêt à me louper. Et sachant que c'est une préparation pour Noël qui arrive bientôt. Bon, voilà. Donc, tac, je reprends... J'ai les clés du restaurant, etc. Et je repars en cuisine, je sors le lièvre et machin... Et donc oui, effectivement pour revenir...
- Laure
Pardon, mais il était bien saucissonné ou pas ?
- Nathan
Il était bien saucissonné après. Le lendemain, il est sorti... Je l'ai mis au frais et je l'ai coupé, il était magnifique ! Non, mais je suis très fier de cette recette.
- Audrey
Oui,mais du coup tu ne décrochais jamais en fait.
- Nathan
J'étais passionné et investi à faire les choses avec une certaine rigueur et perfectionnisme. Donc oui, un petit peu de fatigue, mais pour autant, je suis toujours porté à ce moment-là... Dans ma recherche après cette expérience-là, je suis toujours porté par la passion et par l'envie d'évoluer et par toujours cette envie de créer mon propre restaurant. Donc, je commence à recevoir des propositions. Je me déplace, ça a pu être un petit peu à l'autre bout de la France, en Champagne-Ardenne notamment. Je me vois aller faire dans un château, une sorte de manoir qui recherchait un chef, je suis allé faire mon entretien là-bas. Et puis aussi un testing, c'est-à-dire que j'ai cuisiné...
- Audrey
Comment ça se passe ? Parce que nous, on ne connaît pas. Ce n'est pas que des entretiens ? Il faut aussi faire des essais, pour montrer un peu ce qu'on fait ?
- Nathan
Pas forcément tout le temps. Mais là, en tout cas, c'était bien le cas. La directrice du château qui m'avait dit, vous pourrez préparer un petit plat signature que vous avez. Et donc, je suis arrivé sur les lieux. Je suis arrivé sur les lieux vraiment avec, par contre, les pétoches. Après coup, je ne me serais pas senti vraiment dans l'expérience. Mais je crois que sur le moment, je fais tout mon possible pour paraître OK. Alors qu'à l'intérieur, je suis terrorisé, liquide. L'entretien d'embauche, sur la gestion, parce que je n'avais pas forcément encore bien les... C'est des choses qu'on apprend à l'école, mais c'est des choses aussi qu'on apprend sur le terrain et auxquelles j'ai pu être confronté, de la gestion des marchandises...
- Laure
Parce que tu gères tout quand tu es chef de cuisine. Tu es le patron de la cuisine.
- Nathan
Exactement. Et bon, il y a encore à ce moment-là quelques défaillances. Des choses que je n'avais pas expérimentées. Et bon, je fais mine de rien et j'y vais. L'entretien se passe, etc. Et donc, le testing arrive et je lui fais un plat dont je suis très content et qu'elle adore. Donc, c'est très, très chouette. Mais finalement, ça ne se fera pas parce que justement, au niveau de ces petits points, un petit peu de faiblesse sur la gestion globale, ça n'aura pas convenu pour ce poste-là.
- Audrey
Oui, ils prennent peut-être un profil un petit peu plus senior.
- Nathan
Oui, exactement. Mais voilà, c'est le premier entretien où je me déplace. Ensuite, je vais sur, je me souviens, sur Rennes. Et là, une cuisine un peu plus bistronomique. Et voilà, il y a des propositions pour lesquelles ça marche. Et on me dit, en fait, OK, venez.
- Laure
Mais il y a quand même beaucoup d'offres dans ce domaine ?
- Nathan
De chef de cuisine, pas forcément. Dans la cuisine, oui. C'est le secteur qui recrute le plus aujourd'hui. Et qui est le plus en mal aujourd'hui pour trouver du personnel.
- Audrey
Oui, du coup, c'est ce que tu disais tout à l'heure, il y a des chasseurs de tête dédiés au métier de la cuisine pour justement...
- Nathan
Exactement.
- Audrey
Parce que c'est pénurique, j'imagine.
- Nathan
Oui, c'est ça. Qui a besoin aussi sur certains postes clés, dans certains restaurants, justement, besoin d'avoir des personnes ressources pour trouver des bons profils. Et c'est justement un chasseur de tête qui m'a dégoté l'expérience qui allait suivre et qui n'était pas en fait ce que je souhaitais à la base, à savoir prendre un poste de chef dans un restaurant pour enfin prendre aussi cette expérience-là de gestion globale d'un restaurant, en tout cas de la cuisine. Et en fait, ce chasseur de tête me propose un poste qui, au niveau des valeurs, me botte pas mal. C'est un restaurant dans le Finistère Nord, restaurant étoilé, à nouveau étoilé Michelin, restaurant, spa, fournil, bistrot de la mer, etc. Et il m'explique un petit peu le truc : une grande brigade, des valeurs portées sur l'éco-responsabilité, la fermentation, des choses comme ça. Et moi, ça m'éveille totalement à ce moment-là. Je me dis, ok, c'est peut-être pas le poste de chef que je souhaitais, mais en tout cas, je prends en responsabilité aussi, en tant que sous-chef, par rapport à l'expérience dans le restaurant un petit peu plus à taille humaine et familiale dans lequel j'étais. Et je vais découvrir aussi autre chose de la cuisine saine. Et donc, c'est comme ça que je m'en vais et que je rejoins ce restaurant-là.
- Laure
Finistère Nord, sous-chef.
- Nathan
C'est ça. J'ai pris le poste dans ce restaurant. Au début, ce n'était pas forcément évident parce que je me confronte quand même à une équipe beaucoup plus importante et avec aussi le fait d'avoir à faire ses preuves rapidement. C'est plus d'une vingtaine de personnes qui travaillent en cuisine entre le restaurant étoilé gastronomique et le comptoir, qui est le bistrot de l'établissement. Et donc, il faut arriver sur un poste de gestion des parties, etc., qui demande pas mal d'attention, pas mal de technique aussi. Au départ, ce n'est pas forcément très évident. Ce n'est pas évident du tout.
- Laure
Qu'est-ce qui est difficile, justement ?
- Nathan
Ce qui est difficile, c'est d'une certaine manière de prouver que je suis bien là à ma place. À cette époque, j'ai 20 ans. J'ai encore une gueule d'enfant avec des joues, machin, etc.
- Audrey
Oui, et puis j'imagine qu'en face, tu manages des gens qui sont beaucoup plus âgés que toi.
- Nathan
Exactement.
- Laure
Et qui n'ont pas forcément eu le poste non plus...
- Nathan
Aussi, exactement. Mais ça, je commençais déjà à me défaire de ça, de cette peur du regard des autres par rapport à mon âge. Parce que dans les anciennes expériences que j'ai pu faire, parce que j'ai travaillé quand même aussi pendant mon bac, etc., dans plusieurs restaurants et pu voir différentes organisations, et pu prendre aussi des postes de responsabilité où j'étais déjà amené parfois à gérer, à organiser une petite équipe avec des personnes de peut-être 30 ans d'expérience de plus que moi. Donc, même si c'est inconfortable, je commençais à ce moment-là de cette nouvelle expérience à prendre confiance en moi là-dessus. Mais je ne veux pas dire que c'était pour autant facile. Je crois que ma meilleure arme ou mon meilleur outil, pendant ce temps-là et ces premiers mois où il a fallu faire ses preuves auprès de l'équipe, c'était de garder le sourire et d'être vraiment dans une sorte de vitalité tous les jours. Et même quand, il y a des moments où c'était un peu plus malaisant pour moi les situations au niveau de management, etc., je me souviens, j'allais dans l'économat, donc l'économat qui est la sorte de grande épicerie du restaurant, je me prenais un bon souffle, un bon shot d'inspiration. Je tremblais des fois, etc. mais je ne voulais pas laisser transparaître les émotions qu'auraient pu desservir justement mon poste et ma place que j'avais. Donc je prenais une grande inspiration et je repartais avec une grosse joie. Et en fait, au fur et à mesure, je... Je l'ai bien senti que ça s'est infusé aussi, que j'avais une sorte de management plus dans la bienveillance, etc. Et c'est d'ailleurs l'une de mes plus grandes fiertés. C'est mon patron et mon chef qui m'a dit "Mais tu apportes un calme à l'équipe, tu apportes une certaine bienveillance". Et c'est vrai que j'avais à cœur de mettre les gens à l'aise, d'avoir une écoute et de pouvoir, de cette manière-là, occuper mes fonctions.
- Laure
Tu l'avais vécu, toi, cette écoute en étant managé, cette bienveillance ou pas ? Parce qu'il y a aussi cette image de la cuisine avec une organisation très militaire, voire parfois un peu de violence. Il y a des gens qui dénoncent aussi ce qui se passe dans les cuisines avec certains comportements, notamment sexistes ou autre, une forme de violence, en tout cas. J'ai l'impression qu'il y a toute une nouvelle génération qui a envie de changer ces codes-là, qui a envie justement de faire preuve d'un management bienveillant, etc. Mais toi, tu avais eu quoi comme modèle de management ?
- Nathan
Je dirais, avec un peu de recul sur les expériences que j'ai pu avoir, un management plutôt classique, mais disons pas militaire au sens... Effectivement, ce que tu décris, ça peut être un peu plus ce qu'on retrouve en palace ou autre chose, mais même encore dans d'autres restaurants, ce côté de violence, etc. Mais moi, j'ai eu la chance quand même de tomber toujours sur... Mais peut-être parce qu'aussi, j'ai sélectionné les endroits dans lesquels j'allais travailler.
- Audrey
Oui.
- Nathan
et de m'informer un petit peu sur comment ça se passait et d'avoir un peu des échos avant d'y aller. Mais j'ai eu la chance de ne jamais tomber sur des gros cons ou grosses connes. Pardon. Vous allez rajouter des bips ? J'ai eu la chance quand même de tomber sur des chefs, des patrons, des supérieurs même aussi sur mes premières expériences, qui n'étaient pas dans le cliché justement de la violence dont on peut entendre parler et dont j'avais aussi des échos par mes copains de classe qui ont pu faire des expériences dans des restaurants où là ça n'allait pas du tout. Donc je suis reconnaissant de ça, d'être tombé dans des bons restaurants.
- Laure
Et puis toi à ton tour aussi de rendre ça...
- Nathan
D'une certaine manière, de rendre aussi la pareille vec ma patte.
- Laure
Avec ce que tu es toi.
- Nathan
Ouais.
- Laure
Alors, Finistère, ce poste de sous-chef, tout ce volet co-responsabilité qui te titille, en tout cas, que tu aimes.
- Nathan
Oui.
- Laure
Comment ça se transforme ? On va où, là, après ? Je sens qu'on chemine, on chemine.
- Audrey
Tu n'as que 20 ans.
- Nathan
Disons que... Aussi, je suis en questionnement à ce moment-là. En fait, il y a eu une sorte de déclic. J'en ai parlé un tout petit peu tout à l'heure, mais une sorte de déclic au niveau des enjeux écologiques et aussi au niveau de l'équilibre intérieur. Ce que je veux dire par là, c'est que pendant le confinement, malgré un petit peu le contexte, moi, je l'ai pris un peu comme un cadeau, ce temps-là, cet espace. Pour pouvoir se poser et pouvoir découvrir aussi de nouvelles choses, et notamment l'écoute de soi, la méditation pleine conscience... Ces choses là qui m'ont éveillé aussi à aller rechercher peut-être un alignement différent dans ma carrière pro. Et ça m'a beaucoup nourri, et par rapport à ce premier rêve que j'avais de créer mon restaurant et d'aller en quête des étoiles au Guide Michelin, etc., Finalement, ce truc-là, il s'est un petit peu perdu. J'avais envie, à la fois par rapport à ces valeurs d'éthique et de l'écologie, d'œuvrer pour être aligné avec mes valeurs, et œuvrer aussi pour être aligné avec qui je suis et comment je fonctionne. Et donc, comment ça s'est passé ? J'annonce en août de cette année-là à mon chef que je souhaite partir, etc.
- Audrey
Là, ça faisait quoi, ça une petite année que tu étais là ?
- Nathan
Ça faisait une année que j'étais là-bas. J'annonce que je souhaite partir. Je ne sais à ce moment-là pas ce que je veux faire.
- Laure
Ah oui, donc tu veux partir, mais tu ne sais pas pourquoi. Pourquoi ? Où ? Comment ? Ok.
- Nathan
Non. Alors, je sais que je souhaite entreprendre.
- Laure
Ok.
- Nathan
Ça, c'est une chose qui est certaine parce qu'en fait, je me dis aussi que ça m'a toujours animé que de prendre en responsabilité, etc., mais aussi que d'exprimer mon identité dans mes expériences, que d'exprimer quelque chose et d'être autonome sur l'aspect créatif notamment. Et donc, je sais que c'est vers l'entreprenariat que je me dirige. Je ne connais à ce moment-là absolument rien de ce monde... Encore pas toutes les péripéties qu'il m'arrivera dans ce domaine-là. Mais, à ce moment-là, en fait, j'y vais quand même assez avec confiance parce que je me laisse porter par l'intuition. Je démissionne. On le fait sous le format d'un licenciement parce qu'il ne voulait pas la rupture économique, mais pour que je puisse quand même toucher le pôle emploi et avoir une certaine sécurité. Parce que oui, je ne pars pas sans filet de sécurité et j'ai quand même malgré tout cette possibilité-là qui me rassure un peu. Comment ça se passe ? Les mois qui suivent ma démission, ça n'a pas été si long avant que je reprenne une activité professionnelle, mais ces mois-là ont été une sorte un peu d'introspection. Je me souviens qu'en septembre, je suis parti faire une semaine de retraite dans un temple bouddhiste. Alors, je ne suis pas bouddhiste, mais j'avais l'envie d'aller rechercher une sorte de recueillement et d'attention intérieure à travers une expérience comme celle-ci, dans le plus ancien temple bouddhiste d'Europe qui se trouve en France, à cinq minutes à peine d'un des restaurants dans lequel j'ai travaillé, dans le Loir-et-Cher. Donc, je connais cet endroit, etc. Et je trouvais, c'est dingue quand même... J'ai vécu là quand même pendant un an, plus les expériences de stage, etc. je dirais un an et demi, sans savoir qu'il y avait ça à côté. Bon, voilà, je fais cette expérience-là qui me permet aussi de poser un peu mes pensées. Après, bon, ben voilà, tu parlais tout à l'heure de fatigue, mais je pense que j'arrivais à un certain moment de fatigue par rapport à la restauration. Et je me disais, je ne retournerai pas en restauration. Je ne veux plus de ce rythme.
- Laure
C'était un dégoût ou juste envie d'autre chose ?
- Nathan
En fait, c'est pour plusieurs raisons. C'était autant pour l'envie d'aller créer mes projets, mais aussi je me sentais plus... Je me sentais toujours passionné par la cuisine, mais plus forcément par le cadre de la restauration.
- Audrey
Oui, avec le confinement, tu avais quand même un petit peu envie, non, d'avoir plus de temps pour toi, d'espace. Pour vivre plus tranquillement.
- Nathan
Exactement, et notamment parce que justement, pendant le confinement, j'ai pu découvrir que j'avais besoin d'aller nourrir mes curiosités et d'avoir plusieurs activités. Aujourd'hui, je suis passionné par plusieurs domaines et ça me donne du sens que de pouvoir justement y accorder un petit peu de temps à certaines périodes de vie et c'est ça qui me stimule. Effectivement, ça a été une prise de conscience pendant le confinement que j'avais besoin, au-delà de la restauration, où j'y étais tac, tac, tac, tac, à fond, la niaque, etc., j'avais besoin quand même de me ressourcer à travers d'autres domaines. Et c'est un peu bizarre parce que, enfin, quand j'ai commencé la restauration et notamment à la Taupinière, il y avait quelque chose, je disais "Je vais reprendre le restaurant. À la fin, quand vous serez en train de chercher quelqu'un, un chef pour reprendre le restaurant, je serai là". L'équipe me chambrait, "Ah c'est le petit chouchou de Guy et il va reprendre le restaurant". Effectivement, il est arrivé à un moment justement où j'étais dans cette transition, dans ces mois de questionnement après mon arrêt de la restauration, où Guy Guillou m'a rappelé pour me proposer le poste de chef du restaurant parce qu'il était à l'aube de la retraite après 50 ans en autodidacte de ce restaurant, ce qui est une carrière juste exceptionnelle parce qu'il est arrivé en autodidacte dans ce restaurant et puis il a géré cette maison pendant 50 ans. Il me propose le truc.
- Audrey
Dans l'absolu, à l'origine, c'était ton dream job, mais finalement...
- Nathan
Mais carrément. Pour vous dire, je lui avais même écrit une lettre de 3-4 pages que je lui ai jamais envoyée, qui était justement avant que je prenne l'expérience dans le Finistère Nord, que je souhaitais lui envoyer pour lui expliquer : je sens qu'il y a quelque chose à faire, je suis attaché à la taupinière, j'ai eu plein d'expériences là-dedans, je sens qu'il y a la maturité aujourd'hui pour reprendre le restaurant, conjointement au départ, et puis me laisser un petit peu au fur et à mesure les rênes. Et c'est une lettre que je lui ai jamais envoyée... Et il se trouve qu'au bout d'un moment, mais c'était vraiment, comme tu dis, mon truc de rêve, quoi. Le restaurant, il est dans un écrin de verdure et je me voyais totalement depuis des années. Et bah, finalement, j'ai dit non.
- Laure
Déjà, tu lui as pas envoyé la lettre.
- Nathan
Oui, je lui ai pas envoyé la lettre. Exactement.
- Laure
Mais il t'appelle quand même pour te dire c'est l'heure, tu peux prendre le resto. Et là, tu lui dis non.
- Nathan
Ouais.
- Laure
Et t'es comment quand tu lui dis non ? Tu te sens comment ? Soulagé, finalement ?
- Nathan
Ouais, en fait, je lui explique, avec une certaine confiance dans ce que je suis en train d'entreprendre là, que non, ce n'est plus la voie que je souhaite prendre. C'est ces fameux mois d'introspection. Aussi cette année-là, je me suis découvert quelque chose aussi qui a continué à me nourrir et qui aujourd'hui continue à me nourrir, et qui a servi mon introspection : c'est le fait de partir en nature à la belle étoile avec mon sac à dos et ma tente, de partir faire des bivouacs. En fait, il se trouve que cette même année-là, j'ai fait mon premier bivouac dans la neige, en partant dans les Alpes pendant mes congés annuels dans le restaurant où je travaillais. Voilà, je commençais à m'éveiller à la nature, en fait, d'une manière un petit peu différente. C'est aujourd'hui quelque chose qui me ressource énormément. Et donc pendant ces mois d'introspection, suite à ma démission de la restauration, je vais sur les côtes bretonnes, je vais dans les monts d'Arrée, qui sont, pour ceux qui ne connaissent pas forcément la Bretagne, le point culminant, les petites montagnes qui culminent à 389 mètres en Bretagne. Je vais me ressourcer au contact de la nature, dans le silence, ou plutôt dans la vie de ce qui m'entoure. Et ça m'aide, pendant ces mois-là, à faire maturer aussi le prochain projet qui arrivera. Ça m'aide à me retrouver, à comprendre un petit peu ce dont j'ai besoin.
- Audrey
Et à ce moment-là, tu as quand même déjà des petites idées ?
- Nathan
À ce moment-là, c'est encore le chaos total, le brouillard. Et en fait, je commence à me renseigner pour me faire accompagner sur la suite. Je cherche sur Internet ce qui est à disposition. J'entends parler du bilan de compétences, chose que je n'avais encore pour l'instant, pas eu à réfléchir. Il y a quelque chose qui me parle énormément, sur lequel je tombe, qui s'appelle le Programme Chance. Et le Programme Chance, c'est une sorte de bilan de compétences avec coaching. Je vous vois sourire, vous connaissez ?
- Audrey
Oui, parce que moi, je l'ai fait. Et parce que Sarah, qu'on a eu dans l'épisode 8, Sarah venait aussi de Chance.
- Nathan
Moi, ça a été un. bon déclic et un bon boost. Donc pour expliquer un petit peu comment se passe ce programme-là, c'est un programme en trois mois pendant lesquels on a une sorte de bilan de compétences, mais on est à la fois en auto-coaching derrière des petits exercices, des tests, etc. et autant, on est aussi accompagné avec un coach en visioconférence et donc qui nous guide pendant notre cheminement et notre introspection professionnelle, et personnelle aussi par la même occasion.
- Laure
C'est un bilan de compétences. Ca s'appelle Programme Chance, mais c'est quand même un bilan de compétences, donc ça répond à des exigences du Code du travail, avec les phases d'introduction, d'introspection, etc., de conclusion. Donc ça respecte le cadre du bilan de compétences, qui est réglementaire, puisque c'est un des outils qui peut être financé par le CPF, Compte Personnel de Formation.
- Nathan
Oui.
- Laure
Encore à l'heure où on parle aujourd'hui, 10 novembre, c'est encore financé par le CPF, mais peut-être bientôt ça ne le sera plus. Il y a des grandes discussions là-dessus. Donc voilà, c'est très réglementé effectivement après, avec un accompagnement avec un coach et l'idée c'est de dessiner un projet d'évolution professionnelle. Et Chance en fait, ils font tout en distanciel là où d'autres proposent des versions hybrides, des versions en présenciel, etc.
- Nathan
Comme ça t'as super bien résumé pour l'audience. Et moi, ce qui me touche aussi dans leur démarche, c'est les valeurs qu'ils portent. Avec cette phrase un petit peu clé, que votre passé ne dicte pas votre futur, qui me parle énormément à ce moment-là. Je ne sais plus s'il s'est posé dans leur statut, mais je crois qu'ils se définissent comme entreprise à mission. En tout cas, ils ont l'agrément ESUS, entreprise d'utilité sociale ou... Je n'ai plus exactement la définition du sigle. Mais moi, ce qui me parle, c'est les valeurs aussi qu'il y a derrière. Et donc, ce programme-là va m'aider à lancer le projet qui suivra.
- Laure
Donc ça, pardon, je te coupe, mais ça t'aide vraiment à structurer ta réflexion. Tu sais que tu es dans un moment de chaos. Donc, c'est vraiment l'outil qui t'aide à structurer ta réflexion et à sortir avec un projet, un plan d'action, c'est ça ?
- Nathan
Oui, exactement. Alors, même si au terme de ce programme, je ne suis pas encore sûr de ce que je vais lancer et vraiment ce qui m'animera sur les prochaines années. Mais il me donne ce programme, un coup de pied et une sorte de « vas-y, bouge, commence à agir parce que je ne vais pas rester dans la réflexion, dans le brouillard pendant des mois et des mois. Au bout d'un moment, il faut se lancer. » Et puis aussi, j'étais dans une période où, malgré tout, ça me faisait du mal que de ne rien faire. D'une certaine manière, je n'étais pas en train de rien faire. Justement, je me ressourçais à travers la lecture, à travers la méditation, les bivouacs, à travers mes activités, etc. Et j'étais dans cette introspection, donc ça me donnait quand même de la matière, ça me nourrissait. Par contre, j'avais l'impression de ne plus être acteur dans la société, j'avais l'impression de... Ouais, j'avais besoin de retourner au concret. Et donc, c'est pour ça que en janvier... Donc il s'est passé de septembre à décembre... Quatre, cinq mois, c'est pas non plus énorme, j'ai pas fait une année de...
- Audrey
Oui, et puis tu avais eu un rythme quand même effréné avant, donc se poser un peu, c'était pas non plus un luxe.
- Laure
Oui, et ralentir aussi, ces moments aussi où, entre guillemets, je dis bien entre guillemets, on ne fait rien, c'est-à-dire... On ne se fait rien, tu vois, comme on est conditionné ? Ou en tout cas, on n'a pas d'activité professionnelle. La plupart des gens ont du mal à l'accepter, en fait, en se disant, je ralentis, je fais autre chose. mais cet autre chose, ce temps que je me donne, nourrit ma réflexion aussi. Ça te ressources aussi, ça t'alimente, et puis... Pour partir après sur autre chose. Mais quand on décide comme ça, dans des moments, d'avoir des moments de transition, de dire ce que j'ai fait avant, je ne le referai plus parce que ça ne me correspond plus... Je veux dire, se prendre trois mois dans une vie pour partir sur autre chose, avec pour objectif d'être aligné avec ses valeurs. Ma foi, trois mois, c'est peu et tellement essentiel à la fois.
- Nathan
Je ne le voyais pas comme ça au départ. C'était vraiment plus l'impression de malaise. Et avec du recul aujourd'hui, je me dis que c'est tellement important. C'est ce concept du "vide fertile". Je l'ai appris ce concept-là. C'est Matthieu Dardaillon, le fondateur de Ticket for Change qui accompagne les entrepreneurs sur une sorte d'incubateur pour entrepreneurs à impact, qui dans son dernier livre, justement, "Anti-chaos", développe un peu ce concept du vide fertile qui...
- Laure
La jachère !
- Nathan
justement, nous apporte tellement de ressources en mettant un peu notre rythme au repos.
- Laure
C'est vraiment un temps de jachère. Je ne vais pas faire des métaphores agricoles un peu vaseuses, mais c'est quand même de la jachère. On se pose et puis après... Quoi, ce n'est pas beau ce que je dis ? Audrey, elle me regarde avec des gros yeux en disant mais qu'est-ce que...
- Audrey
Bon, et donc pendant ce temps de "jachère"... Quand même, tu sais toujours que ça restera dans la cuisine ?
- Nathan
Moi, à ce moment-là, je suis toujours passionné par la cuisine, ouais. Ah ouais. Et de toute façon, je le suis encore toujours aujourd'hui. La cuisine et l'alimentation, de manière générale, quoi. Durant toutes mes expériences, etc., j'avais la curiosité d'aller voir dans les autres, disons, axes de l'alimentation. Ça peut être autant la pâtisserie, la chocolaterie, etc. Mais ça peut être aussi la fermentation, la chimie culinaire, la notion de santé par l'alimentation. Justement, l'alimentation et l'empreinte qu'elle peut avoir sur la biodiversité et le climat. L'alimentation me passionne. Comment on se nourrit, comment on fait pour nourrir tout le monde sur cette planète. Ça me passionne.
- Audrey
Alors ? À quel moment, du coup, tout fait tilt ?
- Nathan
À quel moment tout fait tilt ? Le programme de coaching passe et j'ai réussi à définir à travers ce programme mes valeurs, mes moteurs et un petit peu mes phrases boussole. Ils appellent ça l'étoile du nord dans le Programme Chance qui sert de fil conducteur et de dire, ça ne donne pas forcément un cahier des charges très précis, mais ça donne un sens, un cap, une boussole. Donc, je ne sais plus comment je l'ai défini. En tout cas, les mots qui revenaient et les moteurs qui revenaient, c'était de transmettre, d'inspirer, d'agir pour une alimentation saine et durable. Je lance mon projet de création d'entreprise, entreprise qui s'appellera Sourced. Pour l'explication, Sourced, parce que Sourced, c'est la racine grammaticale du vieux français suri, qui signifie "effervescence de saveurs fermentées". Et CED, c'est le sigle de cuisine éthique et durable. Voilà comment je construis un peu le nom de ma boîte. Et donc, je lance... À ce moment-là, je suis, on pourrait dire, porteur de projet. Et ce n'est que six mois plus tard, que je lancerai l'activité. Et il aura fallu que je passe par une activité professionnelle avant de m'y matriculer, de créer formellement l'entreprise et donc je passerai dans un centre de formation tant que formateur pour adultes. Pour animer des formations et être référent pédagogique d'adultes en reconversion, justement, qui se trouvent aussi un petit peu finalement dans le parcours dans lequel je suis, reconversion ou plutôt transition. Qui me nourrit énormément et qui aussi me nourrit sur l'aspect retourner au concret, ce dont j'avais besoin par rapport à ce fameux malaise, mais qui me nourrit aussi parce que je suis déjà un pied dans la transmission, puisque c'est le quotidien en tant que formateur. Donc je suis déjà un pied dans la transmission et je commence à découvrir le secteur de la formation professionnelle, avec tous ses subtilités.
- Audrey
Oui ça tu n'avais jamais fait dans ton parcours très riche. Ça, c'est quelque chose que tu n'avais pas encore fait.
- Nathan
Non, alors transmettre, oui, et c'était déjà quelque chose qui m'animait, en fait, de transmettre, et c'est pour ça que je l'avais défini comme l'un de mes moteurs, parce que... Transmettre, c'était dans les équipes de restaurant, aux nouvelles recrues, etc.
- Laure
Tu disais que tu accueillais des apprentis, tu formais les nouveaux venus.
- Nathan
Exactement, et transmettre par les réseaux sociaux parce que j'animais un compte sur Instagram où je partageais les recettes, où je partageais des petits tutos. Salut les loulous !
- Laure
Salut la commu !
- Nathan
Voilà. Mais en fait, ça fait d'ailleurs partie de mon ikigai, comme je l'ai défini aujourd'hui, de transmettre.
- Audrey
Tu lances ton entreprise donc, qui s'appelle Sourced, et qu'est-ce que tu fais dans cette entreprise ?
- Nathan
Je lance l'activité sur le constat de comment faire en sorte que notre alimentation au quotidien, pour les particuliers, mais aussi dans la dimension pro, comment faire en sorte qu'on ait accès à une nourriture un petit peu plus de qualité. Par quels moyens, à travers quelles recettes, etc., on peut amorcer une sorte de transition écologique à travers son alimentation. Parce qu'en fait, je pars du constat que notre alimentation, c'est un quart de notre empreinte carbone, mais que c'est aussi dans notre empreinte carbone qui représente en moyenne 10 tonnes par personne et par an, c'est l'une des manières les plus, je trouve, sexy, accessible pour agir à son échelle personnelle. Parce que c'est quelque chose qu'on fait tous les jours, que de se nourrir. Voilà, on mange au moins normalement une fois par jour. Et c'est aussi quelque chose qui nous rassemble tous, qui nous fait du bien. Et que, quand on regarde justement par rapport à son empreinte carbone, sur un peu les clés de transition, je trouve que c'est un petit peu la porte d'entrée pour agir facilement et de manière accessible. Parce que quand on nous dit, bah oui, le logement, etc., ça a telle empreinte, etc., c'est pas forcément les choses les plus actionnables, quoi, et les plus faciles à changer. On n'est pas forcément tous propriétaires de notre logement, on n'est pas... Enfin, voilà. Et puis, il y a des choses aussi pour lesquelles on n'est pas... Enfin, on paye une sorte d'impôt carbone à travers, ben, juste notre vie en société, dans cette fameuse empreinte carbone. Mais par contre, l'alimentation, on peut avoir un vrai et sans forcément de gros, gros... de grosses complications, réussir à amorcer une transition qui fasse en sorte que notre alimentation soit à la fois meilleure pour nous et aussi pour la planète, pour la biodiversité, pour le climat. Donc je pars de ce constat-là et donc je lance Sourced. Je me donne la mission d'accompagner les professionnels de la restauration à améliorer leurs pratiques au niveau de l'alimentation et des recettes, des pratiques pro, et puis de les former sur les techniques justement de bon sens, les savoir-faire de l'alimentation qui sont intéressants pour une alimentation plus saine et durable, à savoir la fermentation, la cuisine du végétal, la cuisine végétarienne. Et puis au niveau des particuliers, je me donne la mission de faire passer du bon temps aux gens à travers des ateliers culinaires et en même temps de se former à la cuisine végétarienne notamment.
- Audrey
Là, du coup, c'est des particuliers particuliers ou c'est aussi des entreprises qui font des espèces d'ateliers de cohésion, d'équipe, du coup, où ils viennent cuisiner avec toi ?
- Nathan
Au départ, comment je lance Sourced, c'est que je définis la vision comme rendre accessible mais aussi désirable la transition vers une alimentation saine et durable. Et au départ, je pars sur un concept d'atelier pour les particuliers, à domicile. Donc je me déplace directement chez les gens avec un panier de fruits et légumes, avec produits locaux, avec du matériel sain et éco-responsable. Parce qu'en fait, c'est comme ça aussi que j'ai créé l'activité et l'entreprise. C'est une entreprise engagée à deux niveaux, c'est-à-dire autant dans son cœur de mission que dans ses fondations. Parce que j'essaye d'avoir une cohérence, une éthique globale sur le choix de la banque, sur le choix de l'hébergeur de mon site web, sur le choix de mes fournisseurs, à choisir des fournisseurs 100% bio, etc.
- Laure
Donc dans tous les aspects.
- Nathan
Dans tous les aspects, oui, exactement. Et donc au départ, ce sont ces ateliers culinaires pour les particuliers à domicile avec de la formation professionnelle où je décroche déjà un beau contrat. Et il n'y a pas encore pour les entreprises. Et ce n'est qu'une année après, c'est-à-dire en ce début d'année, fin d'année dernière, que j'ai lancé l'offre de team buildings pour les entreprises du Finistère Nord qui souhaitent faire de la cohésion d'équipe, de la RSE et en même temps passer un bon moment entre équipes autour de la nourriture, de la bonne bouffe.
- Audrey
Et tu as une idée de combien de personnes tu as formées en deux ans ?
- Nathan
En deux ans, ça fait un peu plus de 300 personnes formées à l'alimentation saine et durable.
- Laure
Ok, donc tu as créé ton entreprise. Est-ce que c'était difficile de créer ton entreprise ? Est-ce que tu as été accompagné ? Comment ça s'est passé concrètement ?
- Nathan
En fait, j'ai commencé à poser les bases de mon projet et donc de mon entreprise durant cette année où j'étais aussi formateur en centre de formation. En octobre, je me souviens très, très bien, j'étais à ce moment-là de ce côté-là, en région parisienne, pour un événement où j'avais été invité pour une conférence sur l'alimentation durable, justement. Et je me vois encore, on était avec ma copine chez sa famille, et je me vois encore m'immatriculer sur le site de l'URSSAF, le site de l'INPI, mes premiers identifiants de l'URSSAF, etc. Donc voilà, voilà comment on commence.
- Laure
Non, je disais, en fait, ça se fait assez facilement quand on est en micro-entreprise.
- Audrey
Oui, du coup, au niveau format, là, tu étais micro-entrepreneur.
- Nathan
Exactement. J'ai choisi de me lancer sous le statut de la micro-entreprise pour y aller avec un peu plus de simplicité.
- Laure
De souplesse dans le statut, etc.
- Nathan
Exactement.
- Laure
Et les difficultés, c'est quoi pour toi ? Qu'est-ce qui a été compliqué pour toi pendant ce processus de reconversion ? Parce que le fil conducteur, ça reste la cuisine, certes, mais là, tu changes complètement d'activité. Tu n'es plus du tout salarié, tu es chef d'entreprise, tu vas chercher des clients, etc. C'était quoi les vraies difficultés ?
- Nathan
Les vraies difficultés, les principaux défis que j'ai rencontrés au départ, c'était d'investir chaque casquette que représente le métier d'entrepreneur. Parce qu'en fait, on peut le considérer comme un métier à part entière, être entrepreneur. Et c'est découvrir différents domaines, différents secteurs, à savoir la communication, la prospection, l'aspect commercial, l'aspect administratif. Surtout aussi parce que j'ai lancé une activité de formation, donc, c'est aussi comprendre les critères de la formation, ce qui a fait aussi que j'ai pu certifier mon activité de formation Qualiopi. Ça a été l'un de mes principaux défis que d'apprendre, en fait, ce que ça représente que d'être entrepreneur, ce que je n'avais pas encore expérimenté. Et c'était génial, enfin c'est génial. Je suis super heureux d'avoir réalisé ça.
- Audrey
Est-ce qu'il y a des gens qui t'ont aidé, qui t'ont accompagné ?
- Nathan
Il y a eu un organisme par une sorte de plan de financement de la région qui, pour les entrepreneurs, que ce soit en micro ou autre statut, qui permet d'avoir un accompagnement par la BGE, ça s'appelle le "Pass Création" en Bretagne, et donc qui permet d'être accompagné par un conseiller. Ça vous parle ? Je vous vois hocher la tête.
- Audrey
Non, mais Sarah n'a pas parlé de quelque chose de similaire dans l'épisode 8 ? Je crois qu'elle a parlé effectivement de quelque chose comme ça.
- Laure
En tout cas, Sarah disait, effectivement, et tu rejoins un petit peu son propos : si vous souhaitez être accompagné, de se rapprocher de sa région, de son département, de sa mairie, d'associations, etc., on peut trouver du support.
- Audrey
Oui, et puis parfois, les réseaux aussi d'entrepreneurs, les Garçons, on avait parlé dans l'épisode 6, effectivement.
- Nathan
En tout cas, ça m'a donné un bon coup de pied sur le fait que j'étais en train de prendre trop de temps pour finir mon projet, etc., avant de m'immatriculer. J'étais en train de...
- Audrey
Tu voulais que ce soit parfait. On en parlait hors micro du côté... Parfois, quand on est trop perfectionniste et qu'on veut trop bien faire, on ne se lance jamais.
- Nathan
C'est ça. Et notamment, le truc sur lequel je tiquais, c'était le business plan. Et je me disais, il va falloir faire un dossier, tout ça. Et en fait, avec un rendez-vous justement à la BGE, avec ma conseillère, ça a été une sorte d'upercut parce que mon business plan, on l'a fait en deux-deux sur son ordinateur. Elle m'a montré, elle m'a dit, c'est quoi vos principales dépenses à venir, etc. Et finalement, ça s'est fait. Et en fait, ça a acté le fait d'agir et de se mettre enfin dans le mouvement. Donc, ça a été un petit peu ma principale aide pour commencer. Et puis, je pourrais peut-être parler d'autre chose avant le mentorat, c'est la formation. La formation, elle est essentielle quand on se lance en tant qu'entrepreneur, de toujours continuer... Enfin, même pas qu'en tant qu'entrepreneur, mais continuer à se former. Je me souviens qu'il y a un organisme qui s'appelle Live Mentor qui propose pour notamment les entrepreneurs des formations, formations réseaux sociaux, formations LinkedIn, mais qui est super intéressant. Et je me souviens qu'à Noël, ils faisaient une offre pour 750 euros, toutes leurs formations à vie. 20 formations en ligne. Et autant dedans, il y avait la gestion d'un site WordPress, il y avait l'aspect communication, prospection, etc. Et je me suis dit, je prends quoi, banco, j'investis dans la connaissance. J'ai pu avoir comme ça des ressources qui m'ont servi d'être dans mes questionnements au fur et à mesure de mon avancée en tant qu'entrepreneur.
- Laure
Et du mentorat aussi, tu disais, alors.
- Nathan
Et donc le mentorat, ça c'est l'année dernière. J'avais besoin de confronter mes idées, mes réflexions et j'avais l'impression d'avancer tout seul. Parce que, quand on partage aussi des fois un petit peu ses défis à son entourage, ils ont l'écoute mais ils n'ont pas forcément les clés pour débloquer certains points sur lesquels on est en train de ramer et de s'exploser en fatigue. Il arrivait un moment où je me disais : il faut que je me fasse accompagner. Je ne savais pas par quels moyens. J'ai exploré plusieurs pistes, le coach business, le consultant, etc. Et finalement, j'ai découvert le mentorat. Je ne connaissais pas encore tout à fait ça. Donc, j'ai rejoint le mouvement Moovjee, qui permet aux jeunes de moins de 30 ans, ils ont d'autres programmes de coaching pour les personnes un peu plus âgées, mais qui permet de se faire accompagner pendant six mois par un mentor, c'est-à-dire un entrepreneur expérimenté qui a plusieurs années d'expérience dans le domaine et qui est dans un secteur différent du nôtre et qui va nous permettre de nous stimuler.
- Audrey
Débloquer peut-être certaines choses. Partage d'expérience aussi.
- Nathan
Et donc Patrick, mon mentor, avec qui je continue aujourd'hui d'échanger malgré la fin du parcours Moovjee, est beaucoup ressource pour moi et m'a beaucoup aidé.
- Audrey
C'était à quelle fréquence du coup ?
- Nathan
C'était de l'ordre d'au moins une fois par mois. Alors ça, c'est dans le cahier des charges, mais il y a une certaine liberté qui fait qu'on peut s'avoir au téléphone si besoin, s'il y a une petite question ou autre chose.
- Laure
Après, le mentorat, c'est vraiment dans les deux sens. Le mentoré, bien sûr, bénéficie au premier titre des conseils et de l'expérience de son mentor. Mais le mentor, lui aussi, pour lui, c'est extrêmement bénéfique parce que ça lui permet aussi de savoir ce qui se fait aujourd'hui, de se tenir au courant. Et puis aussi de connaître les questionnements d'autres personnes. C'est vraiment dans les deux sens
- Nathan
Et de transmettre, d'inspirer.
- Laure
Qu'est-ce que ça t'a appris, cette reconversion, finalement, sur toi ?
- Nathan
De se faire confiance. De se faire confiance quand on est porté par des valeurs, une intuition et l'envie d'agir, de s'écouter. Et je pense que ça, c'est quelque chose qui a de toute façon tout le temps guidé mon parcours. C'est de rester accroché à mes valeurs, notamment ces valeurs d'éthique, d'éco-responsabilité, mais aussi ces valeurs de liberté. Cette valeur de la liberté, j'ai besoin de ça. Je le sais aujourd'hui. Donc, ça m'a permis de confirmer ça et de mieux comprendre un petit peu comment je fonctionne. Qu'est-ce que ça m'a apporté d'autre ? Ça m'a apporté justement cette stimulation dont j'avais besoin depuis tant de temps, à travers justement ces différents secteurs et casquettes que j'ai pu prendre par le passé, mais c'est encore le cas aujourd'hui. Ça, ça me fait un bien de fou, de ne pas être que dans l'opérationnel, de pouvoir gérer une activité, gérer une entreprise, comme une sorte d'écosystème. Ça me fait kiffer. Ça va nourrir un peu ma soif de créativité parce qu'en fait, c'est plus uniquement dans la cuisine aujourd'hui que je peux être créatif. C'est aussi dans ma communication. Et comme j'ai à cœur aussi de tout faire, sauf s'il y a vraiment besoin de déléguer, mais j'ai créé mon propre site web. Sur chaque petit truc comme ça, c'est la possibilité pour moi d'avoir ma touche, ma patte. Et c'est ça que je souhaitais aussi en créant mon activité, c'était d'exprimer mon identité, d'exprimer mon... ma créativité. Et je trouve que j'ai réussi aujourd'hui à travers le projet que j'ai créé. Donc, je suis content.
- Laure
Ça s'entend et ça fait du bien d'entendre ça.
- Audrey
Et quand tu disais s'écouter, moi, j'ai l'impression que même quand tu disais que c'était le chaos, que tu ne savais pas où tu allais, tu avais quand même confiance dans le fait que ça allait venir et que tu allais trouver vers quoi aller.
- Nathan
Je ne veux pas dire que c'est aussi simple que ça, parce que c'est aussi des gros moments de solitude, de crise existentielle aussi, de crise d'angoisse aussi. Et même encore aujourd'hui, parce qu'on va en causer j'imagine juste après, de ce moment de transition que je suis à nouveau en train de vivre, c'est aussi lourd. Donc, ce n'est pas si simple que ça. Mais oui, effectivement, je pense que ces notions de curiosité, de rester accroché à mes valeurs, ça a toujours été un petit peu ma boussole et ce qui m'a aidé à m'en sortir et qui m'aide encore aujourd'hui à m'en sortir pour avancer sans s'enfoncer au fond du gouffre.
- Laure
Mais c'est vrai que quand ça touche aux valeurs, ça... On voit toujours les reconversions dans le parcours professionnel. Mais le pro, le perso s'imbriquent tellement. Et puis quand ça touche aux valeurs, ça remue intérieurement et ça a aussi des impacts dans sa vie perso. Donc tu parles de crise existentielle, etc. Ben oui. C'est : qu'est-ce que j'ai envie de faire, comment je peux être aligné.e avec moi-même. Ok, j'ai besoin de payer mon loyer et mes factures, mais comment je peux faire ça différemment pour que ça me ressemble et que ce ne soit pas une souffrance. Parce qu'on ne s'est pas forcément toujours posé la question de ce qu'on voulait vraiment faire. Et puis on change aussi.
- Nathan
Oui, et puis il y a ça, ce dont tu parles aussi, cette notion de piliers aussi. d'équilibre de vie pro, de vie perso. Et c'est notamment quelque chose que j'aimais bien du Programme Chance, mais qu'on trouve aussi dans le concept de la roue de la vie, qui consiste un peu à évaluer les différents domaines qui constituent notre vie, à savoir nos relations sociales, notre sécurité financière, notre job, notre mission, etc., notre place, un petit peu, ce qui nous donne du sens. Oui, c'est important de pouvoir se questionner là-dessus.
- Laure
Et à tout âge. Et en tout cas, quand ça vient, en tout cas. traiter la question, je pense. Sinon, je pense que ça revient et ça revient plus fort. Et après, ça s'impose.
- Nathan
Ça peut être encore plus douloureux.
- Laure
Oui, encore plus tonique.
- Audrey
Il y a une chose dont on n'a pas parlé, c'est : pendant justement tous ces questionnements et cette reconversion, est-ce que tu as été soutenu par ton entourage ?
- Nathan
Dans l'ensemble oui. Mon entourage amis. Ma copine, qui me supporte au quotidien.
- Audrey
Dans le sens anglais du terme ? On lui fait un petit coucou, une petite dédicace.
- Nathan
Ah oui, mais vraiment. Donc ça, c'est vrai que sur ce point-là, je dois dire que c'est plutôt chouette. Pouvoir avancer et pas être dans des questionnements de "Oui, est-ce que ça convient à mon entourage", etc. Au bout d'un moment aussi, parfois de se dire, j'arrête certaines relations parce que finalement, par rapport à mon cheminement, je sens que c'est un peu toxique. Donc voilà, on avance. Il faut prendre soin de soi. Tous les avis sont bons à prendre, mais certains des fois font un peu plus mal que d'autres. Ils ne sont pas forcément très bienveillants. Donc on avance.
- Laure
C'est ce qu'on dit souvent aussi dans les bilans de compétences, que les changements, ça remue. Et donc de choisir des sponsors ou, en tout cas, trouver dans son entourage des personnes ressources avec qui on peut échanger positivement, et j'insiste sur le positivement, sur le projet. Et peut-être parfois tenir à distance certaines personnes qui vous font douter. Alors, non pas que le doute ne soit pas nécessaire dans ce type de questionnement, il y en a déjà qui arrive suffisamment, mais en tout cas, des personnes qui soient positives et qui vous soutiennent dans cette démarche de réflexion et qui vous encouragent. Alors maintenant, aujourd'hui, comment tu te vois évoluer ? Est-ce que tu te dis que tu vas rester encore dans ton activité, dans ton rôle d'entrepreneur, dans cette situation-là ? C'est quoi les projets ?
- Nathan
Disons que je me trouve un petit peu à un moment charnière, à un moment de bascule. Ça fait deux ans que j'ai créé Sourced. Je souhaite arrêter l'activité et je suis en ce moment en train de chercher un repreneur. Ça avance d'ailleurs plutôt bien ce projet-là. Et en fait, peut-être expliquer pourquoi je...
- Laure
J'ai bien compris qu'il y avait des cycles de deux ans et qu'au bout de deux ans, il fallait remettre des pièces dans la machine.
- Nathan
Je pense que je vais me fatiguer. Il est temps de m'ancrer, mais je sens justement là, que ça y est, ça commence à se clarifier un petit peu dans mon esprit. Ça fait deux ans que je suis dans la formation, dans l'événementiel aussi, parce qu'animer des team buildings, c'est lors de l'événementiel, dans l'animation, pour les particuliers, à travers des stages, des ateliers, etc. C'est quelque chose qui me stimule beaucoup d'être en face-à-face avec les gens. C'est juste un grand kiff pour moi de cultiver les sourires, de cultiver les yeux qui pétillent chez les gens qui viennent chercher des clés pour une meilleure alimentation, chercher des astuces pour diversifier un peu les repas au quotidien. C'est super nourrissant pour moi... Toujours de l'ordre de la bouffe, "nourrissant" ! Mais par contre, je ne m'y retrouve pas aujourd'hui dans le fait que tout ça, ça demande quand même beaucoup de temps de préparation et de logistique. préparer un atelier, une formation, c'est beaucoup, beaucoup de temps de travail au préalable. Si on prend un peu la chaîne d'une prestation, de l'analyse de besoins, de la prospection, si ce n'est pas le client qui est venu vous chercher, de la conception un peu sur mesure, de toute l'étape de logistique aussi, rien que même pour animer un atelier, de préparer des caisses. À chaque fois, c'est une sorte de Tetris pour mettre mon matériel parce qu'en fait, je suis en nomade aujourd'hui.
- Audrey
C'est ça, c'est toujours toi qui te déplaces encore aujourd'hui ?
- Nathan
En fait, c'était une nécessité pour moi que de trouver des lieux partenaires dans lesquels je puisse animer ces ateliers, justement pour ne pas avoir de local. Tout simplement parce que je n'avais pas envie d'investir dans un lieu au départ. Et donc, j'ai trouvé ces lieux partenaires. Malgré tout, il faut que je déplace du matériel, beaucoup de matériel, parce que justement, j'ai à cœur d'amener du matériel qui prend soin des gens aussi, du matériel éco-responsable et qui valorise aussi l'artisanat. C'est du temps de courses, etc. Bref, c'est beaucoup de temps de conception que... Voilà, je ne me sens plus trop au raccord avec ça et j'ai besoin donc aujourd'hui de me réancrer dans le quotidien de l'artisanat. Un petit peu comme lorsque j'étais dans la restauration, où au quotidien j'étais réellement dans le concret à produire. J'ai besoin de retrouver ça au quotidien. Et puis je pense que je suis aussi un petit peu fatigué après ces deux années qui ont été quand même très riches. J'ai lancé beaucoup de projets, 9 offres de services.
- Audrey
Oui, tu es quand même un peu un bourreau de travail. C'est toujours...
- Nathan
Oui.
- Audrey
Tu fais les choses toujours de manière toujours hyper intense.
- Nathan
Oui, de manière intense, même si c'était toujours important pour moi quand même de garder une sorte d'équilibre personnel. J'étais très à l'écoute de mes émotions sur ces deux années d'entrepreneuriat pour me dire les moments où ça passe, où là au niveau émotionnel c'est trop lourd, eh bien, je ralentis un petit peu. Et c'est ça aussi ce qui est chouette dans l'entrereneuriat, c'est de pouvoir aussi designer sa vie en fonction de son état, sa singularité. Même si au bout d'un moment, il faut quand même ramener de la thune pour pouvoir vivre de tout ça. Mais de pouvoir un peu designer, ça, c'est quelque chose qui est très important. Ça se rapporte un petit peu à la liberté, etc. Mais pouvoir designer, d'avoir de la créativité aussi sur comment on gère sa vie à travers l'entrereneuriat. Et donc voilà, un peu fatigué de tout ça... Je suis un peu dans une sorte de brouillard en ce moment, même si j'ai posé les bases du prochain projet. Il n'y a rien qui est défini, mais je sais que je souhaite continuer à entreprendre, et je sais que ça se fera dans l'artisanat.
- Audrey
Avec un lien avec la cuisine ou pas forcément ?
- Nathan
Pas forcément. Je m'autorise à ouvrir d'autres possibilités. A plusieurs moments, ces derniers mois, je me suis pris une feuille et noté un peu les idées de métiers que j'avais envie d'expérimenter si je faisais un total virage à 180 degrés. Dedans, reviennent charpentier, menuisier, céramiste, web designer aussi, infographiste.
- Audrey
Des choses assez différentes, mais toujours avec le côté créatif et un peu concret.
- Nathan
Et dans le faire. Malgré tout, même si rien n'est encore posé, j'ai quand même une piste parce que... C'est travailler en tant que boulanger, être boulanger et donc ouvrir un fournil au levain, un fournil bio au levain, et pourquoi pas au four à bois. Mais malgré le fait que ce ne soit pas encore tout à fait bien dessiné mon plan de carrière à suivre, j'ai une sorte de boussole aujourd'hui qui est mon ikigai que j'ai réussi à définir. Peut-être pour préciser un petit peu ce qu'est l'ikigai, c'est un concept japonais qui signifie un petit peu le sens de la vie, qui nous aide un petit peu à traverser justement notre vie avec sens et avec : qu'est-ce que je fais, pourquoi je le fais et quel sens ça a. Et en fait, concrètement, ça consiste à repérer ce dans quoi on est doué, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi je peux être rémunéré et ce que j'aime. Et à faire un petit peu le croisement de tout ça et à définir un petit peu... Ça peut être une phrase, un petit peu, qui serve de boussole, mais ça peut être aussi des mots-clés. Je peux peut-être partager le mien un petit peu. Parce que j'ai travaillé un petit peu sur le fait de définir cette phrase. C'était important pour moi pour qu'elle me guide vraiment pour que je me sente aligné. Mon ikigai, c'est explorer et pratiquer les activités qui nourrissent ma connexion au corps et à l'esprit et prendre soin du vivant à travers l'artisanat et la transmission.
- Audrey
C'est ce que j'allais te demander, il y a toujours cette notion de transmission. Pour le coup, ça aussi, comme l'entrepreneuriat, c'est quelque chose que tu gardes dans ton futur projet.
- Nathan
C'est totalement ça. Je sais que c'est un de mes principaux moteurs. Aujourd'hui j'y prends beaucoup de plaisir et je sais qu'il faudra que je garde cette patte-là à venir, parce que j'ai un tel plaisir à être avec les gens.
- Audrey
Oui c'est ça, parce que vous, vous ne le voyez pas, mais je pense que ça s'entend dans la voix de Nathan : il a le sourire tout le temps et du coup, il transmet forcément. Nous, en face, on a les yeux qui pétillent, on a le sourire forcément parce que c'est communicatif. J'espère que tu nous feras un petit update quand tu auras lancé ton futur projet pour nous dire ce que tu as choisi finalement.
- Nathan
Disons que là, euh... Donc je suis dans ce processus de revente de l'activité. Aujourd'hui, avec ma compagne Emma, on est en train de se projeter sur un déménagement l'année prochaine dans les Hautes-Alpes. Donc on passe du Finistère, de la Bretagne, des embruns à l'air montagnard. Et là, c'est l'envie aussi, mais c'est très important par rapport au côté professionnel, c'est que sur mes précédents choix professionnels, ça a été beaucoup guidé par la carrière, par le fait de gagner en responsabilité, etc. Et donc de choisir aussi les lieux de travail en fonction des opportunités, plus qu'en fonction de : est-ce que je me sentirais bien dans cet environnement. Et aujourd'hui, j'ai besoin, et je l'ai compris, d'être bien dans mon environnement. La Bretagne, c'est très très beau, mais j'ai besoin d'un peu plus d'espace, d'auteur, de pouvoir... Justement ces fameux bivouacs qui me ressourcent, de pouvoir aller les faire avec un peu plus d'isolement, etc. Là où la Bretagne, parfois, c'est un peu compliqué, même sur la côte, à trouver l'isolement. Donc voilà, en fait, ce projet professionnel, il va s'articuler à partir de la base personnelle. Je sais qu'il faut rééquilibrer l'environnement pour pouvoir me sentir aligné et progresser dans ma réflexion du prochain projet pro. Voilà.
- Laure
Si c'était à refaire, Nathan, est-ce que tu referais ?
- Nathan
Carrément. Oui, mais carrément, avec grande conviction. Et notamment ce passage à l'entrepreneuriat, ça a été un déclic pour moi. Je sais que ça continuera dans cette voie-là, dans cet axe-là. C'est sûr et certain. Oui. Enfin, en tout cas, à ce stade de vie, parce qu'on ne peut jamais...
- Laure
On verra de quoi demain sera fait.
- Nathan
se protéger à travers les aléas de la vie. Mais aujourd'hui, je me sens carrément ancré là-dedans. Je ne sais pas ce que je vais faire, mais... Mais je vais le faire.
- Audrey
Et pour finir, si tu avais un conseil ou une ressource à partager, ce serait quoi ?
- Nathan
Il y a un truc qui me touche énormément, c'est deux émissions qui me tiennent beaucoup à cœur et qui m'inspirent. C'est l'émission « Nus et culottés", où on a Nans et Mouts qui vont à la rencontre de personnes, comme ça, et qui partent sans argent, tout nus, et qui vont faire des rencontres et récolter des récits de vie qui sont poignants et touchants. Qui permet de faire ressortir aussi un petit peu comment les gens ont navigué dans leur vie, quels ont été leurs choix, même aussi au niveau professionnel, etc. Moi, ça m'inspire beaucoup là-dessus. Il y a une autre émission que j'ai découverte, il y a quelques mois de ça. C'est une émission suisse qui passe sur la chaîne RTS. Ils ont une chaîne YouTube aussi. C'est l'émission « Pas jus » ou « Passe-moi les jumelles ». C'est des sortes de mini-reportages qui peuvent durer autant 15 minutes que 1h30 et qui vont à la rencontre de gens qui font quelque chose avec leurs tripes, en fait, que ce soit justement le forgeron, que ce soit l'écrivaine de contes. Et moi, ce qui m'inspire là-dedans, c'est de pouvoir voir un petit peu, des fois, justement, les écarts de vie qu'ont pu faire certaines personnes. Des fois aussi, comment on fait les personnes pour trouver le sens et être alignées aujourd'hui après X années. Tout ça, c'est beaucoup de ressources pour moi dans mon questionnement et dans ma réflexion future. Et ça me nourrit beaucoup ces émissions, « Passe-moi les jumelles » et « Nus et culottés ».
- Laure
Merci beaucoup Nathan. Merci d'avoir partagé ton histoire, merci pour ton sourire et merci pour ces good vibes. Ça fait du bien d'entendre tous ces parcours et de se dire que, tu ne sais pas ce que tu feras demain mais tu vas le faire. Ça j'aime bien.
- Nathan
Merci à vous pour l'invitation. C'est super sympa d'avoir pu discuter comme ça. Et je le disais aussi, c'était autant dans un but de pouvoir inspirer à travers le parcours, mais aussi un peu thérapeutique, de peut-être déceler quelques clés pour moi aussi. Vous m'apportez aussi beaucoup de bien aujourd'hui à travers cette discussion. Merci à vous.
- Laure
Nous espérons que vous avez apprécié ce moment autant que nous.
- Audrey
Si vous avez aimé l'épisode, abonnez-vous. Et n'hésitez pas à laisser une note positive et un commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée.
- Laure
Et parlez-en autour de vous.
- Audrey
Et si vous souhaitez partager votre histoire de reconversion,
- Laure
écrivez-nous.
- Audrey
Merci pour votre écoute.
- Laure
Et à très bientôt pour un nouvel épisode.