- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Je me voyais déjà. Chaque mois, je vais mettre en lumière l'histoire passionnante de femmes et d'hommes travaillant dans l'ombre des industries culturelles et créatives. Avec mes invités, vous découvrirez comment ils en sont arrivés là. Des parcours captivants, des histoires insolites, en bref des chemins de vie au service de l'émotion que nous, publics, recevons grâce à eux. Retrouvons-nous tous les premiers jeudis du mois. Je suis Marilyn Maigrat, dirigeante du cabinet Unique Conseil, expert dans le recrutement des industries culturelles et créatives. Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Je me voyais déjà. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Charlotte Rondelaise, qui a pris ses fonctions en janvier 2026 en tant que directrice du Théâtre de l'œuvre, un lieu emblématique du théâtre privé parisien, rattaché à l'Olympia, lui-même intégré au groupe Canal+. Le Théâtre de l'œuvre occupe une place singulière dans le paysage du spectacle vivant, avec une programmation reconnue pour son exigence artistique et son engagement en faveur de la création contemporaine. possède une connaissance particulièrement fine du théâtre privé, de la direction de lieux culturels. Son parcours illustre une véritable construction professionnelle au croisement de la création artistique, de la production, de la stratégie de développement et de la direction de structures culturelles. Diplômée de l'ESSEC, elle débute sa carrière dans l'audit avant de choisir de s'orienter vers le spectacle vivant. Où elle développe progressivement une expertise reconnue en mise ancienne, production et direction artistique. Elle dirige ensuite plusieurs années le Théâtre de Poche Montparnasse, où elle assure la direction exécutive et la co-direction artistique, contribuant au repositionnement du lieu, à son équilibre économique et à une programmation saluée par la profession avec de nombreuses nominations homolières. Entre 2021 et 2025, elle fonde également une plateforme numérique innovante dédiée à la recommandation de spectacles, illustrant sa capacité à intégrer les nouveaux usages et les enjeux de transformation du secteur culturel. Charlotte, un grand merci d'avoir accepté mon invitation. Je suis ravie de te recevoir aujourd'hui.
- Speaker #1
Bonjour et merci, Marilyn, de me donner l'occasion de retracer mon parcours.
- Speaker #0
Alors, pour commencer, j'ai envie de revenir au début de ton histoire. C'était quoi le métier dont tu rêvais lorsque tu étais enfant, celui où, comme Charles Aznavour, tu te voyais déjà ?
- Speaker #1
Alors, moi, je me voyais déjà ailleurs. En fait, j'étais dans un petit village assez solitaire et donc je n'avais comme outil que mon imaginaire et je rêvais d'autre chose. Et il se trouve qu'un jour, j'ai été foudroyée par le théâtre. Je me souviens exactement de ce jour. C'était en CM2, par hasard. Mon institutrice malade, un remplaçant qui ne savait pas quoi faire de nous, il nous donne un texte. On n'était que des filles et je prends ce ganarelle. Et ce Gannarelle dit « Quel grand malheur que d'avoir une femme » et qu'Aristote avait bien raison quand il dit qu'une femme est pire qu'un démon. Je pense que ça m'a réveillée. Je me sentais un peu attaquée et je suis tombée à genoux et je me souviens très très bien de ce moment. Et depuis, sans savoir pourquoi, je voulais toujours faire du théâtre. C'est-à-dire que je n'étais jamais allée dans un théâtre. Je suis allée pour la première fois dans un théâtre quand j'avais 17 ans. Mais entre 10 et 17 ans, tous les ans, j'ai supplié mon prof de français de faire des scénettes de théâtre. je faisais même des... théâtre au catéchisme. C'est-à-dire que j'adorais le catéchisme parce qu'on pouvait mimer la vie des apôtres. J'ai même fait un grain de blé. J'adorais ça. Voilà. Et je ne savais pas pourquoi. Si, maintenant, je sais pourquoi. C'est parce que ça m'a permis d'incarner mon imaginaire. Parce que dans mon imaginaire, il y avait plein de personnages et je ne vivais que pour moi. Et là, je pouvais incarner des personnages en les vivant devant les autres.
- Speaker #0
Donc, c'était une certaine réserve que tu avais, comme tu le disais, à travers cet enfant que tu étais. et cet environnement, je dirais, qui est venu à toi au départ du théâtre, t'a permis, à travers ces personnages et cet imaginaire que tu avais dans la tête, de pouvoir exprimer tes émotions comme on le dit souvent ? Tout à fait,
- Speaker #1
et devenir forte de ça. Et en fait, aujourd'hui, tout ce qui m'est arrivé dans la vie est arrivé grâce au théâtre. Tout. C'est-à-dire que grâce au théâtre, j'ai adoré l'école, parce que c'était là où j'en faisais. Et à partir du lycée, j'ai fait comme beaucoup un atelier théâtre, mais c'était vraiment... Une raison très très forte pour moi, avec mes professeurs, de développer un rapport beaucoup plus amical avec le corps enseignant. Ça m'a donné envie d'aller à l'école. Ensuite, j'ai fait des études et vraiment, j'ai réussi à m'exprimer à l'oral grâce au théâtre. J'ai même intégré l'ESSEC grâce à une scène de théâtre que j'ai fait devant le jury, à l'improviste, comme ça, mais qui tombait à pic. Et puis, dans tout mon parcours, au tout début, vous avez parlé d'audit financier. Je faisais de l'audit en journée et du théâtre en soirée. J'ai toujours été animée par ça, c'était une flamme en fait. Et voilà, donc finalement, j'ai même rencontré mon compagnon avec lequel j'ai eu deux enfants, grâce au théâtre. Je jouais à l'époque, il est venu me voir et il est revenu plusieurs fois voir le spectacle. Et nous nous sommes rencontrés, voilà.
- Speaker #0
Avec un peu de recul, il n'y avait pas d'indice dans ton enfance, comme tu le disais. Tu es issue de quelle région ? Moi,
- Speaker #1
je suis issue du Pas-de-Calais, d'un petit village du Pas-de-Calais.
- Speaker #0
Donc, il n'y avait pas forcément, je dirais, tout ce que l'on a envie de trouver à cet âge. dans l'apport culturel et autre. C'est cet imaginaire dont tu nous parlais tout à l'heure qui a fondé aussi ce que tu as été. Donc, il n'y avait pas d'indice particulier qui t'a amené. Pas du tout. C'est principalement, je dirais, le fait d'avoir pratiqué le théâtre, avoir été à des pièces de théâtre. Comme tu dis, ce théâtre t'a embarqué dans ta propre histoire et dans sa propre histoire, je dirais, à travers tout ça. Et maintenant, j'ai une question avec justement ton parcours illustre d'une... construction progressive entre création artistique, direction de lieu, développement de projet, comme on le disait. Comment tu as construit ton chemin jusqu'au métier que tu exerces aujourd'hui ? Tu le disais tout à l'heure, tu as démarré, dans notre présentation on l'a indiqué, par l'audit. C'est assez rare de se dire qu'une financière, une auditrice qui a travaillé dans des gros cabinets d'audit, alors ça ne veut pas dire que c'est parce qu'on est dans financement ou en audit qu'on ne peut pas faire du théâtre le soir, je précise, mais c'est assez rare parce que ce sont des... Ce sont des métiers, je vais peut-être te laisser mieux en parler, mais ce sont des métiers extrêmement prenants avec, on le sait, des saisons d'audit qui sont chargées. Comment arrivais-tu à trouver ce temps ? Est-ce que c'était une volonté de ta part de garder cet équilibre entre le théâtre que tu aimais tant et ton métier que tu as fait pendant de nombreuses années ? Comment tu as pu gérer tout ça au départ ? Donc tu as démarré par de l'audit, toi ?
- Speaker #1
Oui, alors j'ai démarré par de l'audit. En fait, moi, j'aime l'audit financier. Déjà, je trouve qu'on est capable de faire plusieurs choses très différentes dans la vie en même temps. On est plusieurs à l'intérieur de soi et chaque facette de nous peut exprimer quelque chose. Donc moi, je n'ai jamais vécu les choses comme une opposition. En revanche, le bac, les belles études, on va dire, le diplôme, l'audit financier, c'était la voie que j'avais sous la main. C'est-à-dire que le seul outil que j'avais vraiment sous la main pour partir ailleurs, C'était mon travail et le travail à l'école. Le théâtre, par exemple, quand j'étais en terminale, au moment de passer mon bac, j'ai dit je veux faire du théâtre. Et mes parents m'ont dit oui, mais c'est quoi en fait ? C'est un métier. C'est comment ? Je veux dire, il n'y a pas d'école autour, il n'y avait quasiment pas de théâtre autour, on n'y allait pas. Donc c'était très loin. Mais en revanche, j'avais l'école. Et l'école, c'est un diplôme. Et le diplôme nous permet d'accéder à quelque chose. Donc déjà, quand je me suis rapprochée de Paris, le théâtre était beaucoup plus près. Et puis j'étais avec des personnes qui étaient... plongé dans un monde culturel. Donc j'ai pu faire partie d'une association avec des gens très cultivés autour de moi qui faisaient du théâtre depuis très longtemps. Donc j'ai bâti avec cet outil. Je suis une fille d'entrepreneur et j'aime l'entreprise. Donc mon premier réflexe a été pas de me dire je peux faire du théâtre parce que ça restait très très loin de moi en fait. Ça restait quand même même dans une association théâtre pas directement accessible. Et j'aimais le monde de l'entreprise donc je suis allée dans l'audit financier et j'ai beaucoup aimé cette période. Parce que j'ai découvert les mécanismes de l'entreprise. Et j'ai découvert une méthode de travail qui me sert encore aujourd'hui. Et je faisais en effet du théâtre. Pourquoi ? Parce que j'en avais besoin. En fait, j'ai toujours eu besoin, à partir du moment où j'ai eu ces genoux éclatés sur ce ganarelle en CM2, j'ai toujours eu besoin d'en faire comme un enfant a besoin de jouer. J'avais besoin de jouer. J'avais besoin de ce petit plus qui était très étrange pour moi, mais qui m'animait. Donc j'en faisais le soir, j'en faisais beaucoup, j'en faisais le week-end. Et en fait, à un moment donné, mon corps s'est rappelé à moi parce que c'était quand même assez intense. À un moment donné, j'étais en cours de théâtre le soir de 20h à minuit, quatre fois par semaine. Plus des week-ends à répéter avec une association. Et donc, mon corps a dit stop deux fois. La première fois, j'ai arrêté le théâtre quelques mois et je me suis éteinte. En fait, à l'intérieur, je n'avais plus envie. Ce n'était plus la flamme. Merci. Et donc, j'ai repris le théâtre à petite dose en en faisant moins. Et puis, évidemment, on est embarqué sur de nouvelles pièces et de nouveaux projets. Donc, j'en ai refait. Et là, j'ai dit, en fait, j'avais fini de rembourser mes dettes étudiantes. J'avais un an de trésorerie devant moi. Et j'ai dit, ça se tente. Et donc, le 11 août 2001, je suis descendue du trottoir de chez moi. Je n'avais plus de travail. Je n'avais pas de revenus prévisibles. Et je me suis dit, j'ai un an. pour construire quelque chose. Et dans cette année, qui a été une année assez étonnante, j'ai commencé à rencontrer des gens, à avoir beaucoup de chance aussi, parce qu'en fait la chance on la provoque, mais elle arrive aussi parfois de manière naturelle. J'ai tout de suite fait un projet de théâtre, qui m'a emmenée sur les routes, sans avoir fait une école de théâtre, parce que je faisais des cours du soir, mais ce n'était pas une école, on va dire, entre guillemets, où on travaille vraiment l'art du théâtre. Et donc ensuite, en travaillant sur la tournée, je me suis dit quand même, je ne vais pas être cantonnée à un seul type de rôle que je sais faire assez facilement. Je suis allée apprendre ce métier, donc je suis rentrée dans une école de théâtre. Et puis on est arrivé au bout d'un an, il a fallu que je finance. Et là, ma deuxième vie m'a rattrapée. Donc au début, j'ai repris des missions d'audit financier.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce que pour nos auditeurs et nos auditrices, tu peux préciser ce que c'est que l'audit pour que les gens comprennent ce qui se cache derrière ce mot barbare ?
- Speaker #1
auditeurs financiers, on a d'abord une contrainte pour la société. Donc en général, on n'est pas accueilli à bras ouverts. Mais en fait, le principe, c'est de valider que les comptes financiers reflètent la réalité économique. Donc en fait, à la fois, on est plongé dans des comptes. Donc on comprend très bien les mécanismes comptables. On les approfondit. Et les mécanismes comptables et les mécanismes financiers, parce qu'il y a la comptabilité, la gestion qui permet de gérer sa... la vie de son entreprise et la finance qui pour moi est la prévision. En fait, en gros dans mon idée. C'est les aspects prévisionnels. Et donc on comprend ça, mais pour être sûr que ce soit pertinent, on est obligé de décoller la tête de ses comptes comptables et de regarder si ça correspond à une réalité économique. Et en fait, de ce fait, on visite des chantiers, on parle à des gens qui sont des opérationnels dans les entreprises, on parle avec les directeurs financiers qui nous expliquent leurs problèmes. Et on va voir le lundi. Du lundi à une semaine, on va voir une entreprise de BTP, après on va être dans une banque, ensuite on va être dans une société qui fait du retraitement d'eau au Moyen-Orient. Et donc on voit un monde, on voit la Banque Centrale de Madagascar, j'ai même audité la Banque Centrale de Madagascar, on voit énormément de choses, donc on apprend sur les mécaniques industrielles. Et de ce fait, quand on arrive dans le théâtre, on a déjà plusieurs exemples de types de mécanismes financiers, et on se regroupe quand même, il y a des différences. Et surtout, on a arrêté de sacraliser ça. On est iconoclaste. Et donc, on prend un budget comme un budget, en fait. Donc moi, la première chose que j'ai faite, je pense, en théâtre, c'est d'abord de prendre un budget et de dire comment on monte un spectacle. Comment ça se monte ? Et en fait, comme on n'a pas peur de ça, après, on n'a peur de rien. Parce que quelque part, tout ce qui est sur le plateau, ça reste que du plaisir.
- Speaker #0
C'est très intéressant et ça apporte des éclairages, effectivement, à ce métier qu'on ne connaît pas, je dirais, qui est peu connu aussi du grand public dans l'audit. Tu as occupé cette fonction pendant 4 ans,
- Speaker #1
5 ans ? Oui, environ.
- Speaker #0
Chez Mazard, je crois ?
- Speaker #1
Mazard, et puis après dans un groupe, une filiale de Suez Jeunesse des Eaux.
- Speaker #0
D'accord. Donc cette expérience dont tu nous parlais, tu avais un an devant toi, l'année se passe, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
Du coup, je dois gagner ma vie, et donc au début je retourne vers l'audit financier, et puis ça demande... Voilà, ça demande un peu un temps de cerveau et puis une disponibilité sur 24 heures qui n'est pas très compatible avec des répétitions ou des cours de théâtre. Et donc, je fais pas mal de petits métiers. Je commence par serveur dans un bar, parce que serveuse, parce que c'est une façon de gagner sa vie très rapidement. S'il nous manque de l'argent le matin, on l'a le soir dans sa poche. Donc, c'est assez simple. Et puis, au hasard des petits boulots que je trouve, je vois passer un poste d'administrateur dans un centre culturel de la ville de Paris. Et je me dis, bah tiens. C'est de la compta, c'est de la gestion, je devrais savoir le faire. Donc j'arrive un peu surdiplômée pour ce poste, mais en demandant juste, c'est une flexibilité du temps de travail. Et donc je peux construire ma vie, c'est-à-dire que je finance mes études avec ça. Et en même temps, ce lieu avait une salle polyvalente qu'on a transformée en tremplin pour les jeunes compagnies. Et dans ce tremplin, en fait, il m'a servi aussi à moi, parce que j'étais aussi une jeune compagnie. Donc je faisais de la gestion, j'apprenais le métier de comédienne et j'étais déjà en train de monter des spectacles. Et ça, ça m'a financé mes deux ans et demi de scolarité. Et puis après, j'ai fait des belles rencontres. Et une de ces belles rencontres, c'était Stéphanie Tesson, avec qui on s'est trouvé très vite liés d'amitié. Et elle, elle avait un rêve qui était de gérer un lieu. Plutôt, elle, un lieu champêtre, en plein air, un festival en plein air. Et en se rencontrant, j'ai rencontré aussi son père, qui lui avait un rêve plus pragmatique, qui était un lieu. de racheter un théâtre à Paris. Et donc, forte de cette première expérience d'animation de lieu culturel, de programmation, vu mon bagage, vu ma bicéphalité, quand ils ont eu l'opportunité de racheter le théâtre de Pochement-Parnasse, ils m'ont fait un cadeau fabuleux. Ils m'ont dit, on le fait si tu le fais avec nous. Évidemment j'ai dit oui et là j'ai tout appris. On a beaucoup travaillé avec Stéphanie, ça a été un temps de mise en route assez intense, une aventure assez folle qui passait des gros travaux au lancement d'un théâtre qui avait fermé pendant quelques années. Donc on a tout repris avec beaucoup d'insouciance.
- Speaker #0
Tout était à faire, tout était à construire.
- Speaker #1
L'insouciance est une donnée fondamentale pour entreprendre au départ. L'insouciance c'est le désir absolu. C'est ça. Et là, on apprend vraiment à être vraiment bicéphale. D'un côté, s'occuper d'un lieu et parfois aussi penser à l'artistique pour soi-même. Donc, j'ai réussi à faire des mises en scène tout en dirigeant le lieu. Mais ne pas mélanger, ne pas créer des conflits d'intérêts, c'est très important pour ne pas exploser en vol.
- Speaker #0
Très intéressant. Donc, cette fonction que tu as occupée dans ce rôle, à l'époque de directrice du Théâtre de Poche-Montparnasse, tu parlais de bicéphalité. C'était un... C'est toujours un théâtre en termes de jauge, on était sur combien de...
- Speaker #1
On était sur deux salles, une de 130 places et une de 95 places. D'accord.
- Speaker #0
Justement, dans ce premier rôle que tu as eu, cette première responsabilité de directrice d'un lieu culturel, d'une salle à proprement parler, tu peux nous dire, nous expliquer, toujours pareil pour qu'on comprenne bien, quelles sont les responsabilités qu'occupe sur un théâtre de ce niveau une directrice de salle ?
- Speaker #1
Les responsabilités, en fait, elles sont multiples. C'est-à-dire qu'un lieu, c'est à la fois un lieu physique, dont il faut s'occuper et se préoccuper pour qu'il tienne debout, avec toutes les normes de sécurité. Un lieu, c'est aussi une entreprise. Donc il y a tous les aspects de l'entreprise qui vont des ressources humaines à la gestion, en passant par les finances, le juridique, les contrats, voilà. Et c'est ensuite un lieu artistique qu'il faut programmer et recevoir, du coup, des spectacles, la façon dont on les reçoit, la façon dont on les accompte. campagne financièrement, la façon dont on les repère, ça c'est vraiment aussi une grosse partie du travail. Et il faut faire en sorte que ce lieu, cette entreprise qui occupe ce lieu, ces artistes qui viennent jouer dans cette entreprise et dans ce lieu, tout ça se coordonne. Et donc on est vraiment au four et au moulin, je ne sais pas, au four et au moulin et dans la boulangerie. en fait. Alors voilà, si quelqu'un hésite, c'est un métier absolument génial. Voilà.
- Speaker #0
Je me souviens dans certains de nos échanges, Charlotte, tu évoquais le fait justement de dire dans cette pluridisciplinalité, tu disais, je faisais l'accueil du public, je passais un coup de balai, enfin c'est aussi, je dirais, une responsabilité comme tu le dis, qui est très 360 degrés.
- Speaker #1
Oui, je tiens à souligner que Merci. que je faisais ça parce que j'aime ça. Oui, bien sûr. Je suis quelqu'un qui peut être qualifié parfois de laborieux dans le sens où j'aime le labeur. C'est-à-dire que j'aurais très bien pu ne pas passer la serpillère et ne pas accueillir le public. Mais j'ai ce goût-là de faire et de participer. Donc voilà, ce n'est pas forcément obligatoire. C'est ça que je veux dire. C'est-à-dire que ce n'est pas non plus un sacerdoce. Typiquement, aujourd'hui, au Théâtre de l'œuvre, puisque je suis au Théâtre de l'œuvre, J'ai notamment la chance d'être avec un administrateur et qui prend la relève sur beaucoup de choses que je faisais au théâtre de Poche. C'est aussi une question de jauge. C'est-à-dire, en effet, quand on est dans un petit lieu, il y a moins d'équipes, c'est moins staffé. Donc, on est plus aux prises. Donc, en effet, ça peut aller du constat du dégât des eaux. Juste savoir que quand on s'occupe d'un lieu, il se passe toujours quelque chose dans ce lieu. Un jour, ça va être le dégât des eaux. L'autre fois, ça va être les cintres à faire réparer. Il y a toutes les problématiques de voisinage. Le lieu est comme un enfant dans la salle. On est obligé de s'en occuper. On ne peut pas faire autrement.
- Speaker #0
C'est souvent ce qui revient dans nos échanges avec nos candidats et nos candidates qui sont justement sur ces fonctions-là. On reçoit dans un théâtre... Je reprends une expression d'une candidate qui m'avait dit « Quand je reçois dans un théâtre le public, les différents publics, c'est comme si je recevais chez moi à la maison. » Donc le lieu doit être... impeccable en termes de présentation, les équipes doivent être prêtes et quand le rideau s'ouvre, c'est la magie du spectacle qui opère.
- Speaker #1
En fait, le voyage commence dès la réservation et parfois, la réservation commence par un appel téléphonique. Donc la personne la plus importante à ce moment-là, c'est la personne à l'accueil. Et en fait, on est vraiment dans quelque chose de très inclusif. Et donc le spectateur, nous, déjà quand il arrive chez nous, il a décidé, un, de quitter son fauteuil, deux, de voyager en métro, parfois sous la pluie. De prendre un risque, parce qu'on prend toujours un risque quand on va au spectacle vivant, c'est que ça ne nous plaise pas, parce que c'est très subjectif. Donc de prendre un risque sur sa soirée, d'être assis à côté de quelqu'un, dans un lieu plutôt moins confortable que son canapé, même si on fait des efforts, et dans un espace... où tout sollicite l'imaginaire. On ne pourra jamais rivaliser avec le cinéma et c'est tant mieux. Parce qu'en fait on demande au spectateur, on dit viens, tu fais le voyage avec nous. On ne va pas tout apporter dans ton oreille et dans ton oeil mais on va t'emmener dans un voyage et c'est un peu comme faire un trekking, enfin regarder un trekking devant sa télé ou le faire avec.
- Speaker #0
C'est ça,
- Speaker #1
c'est pas du tout la même chose.
- Speaker #0
Tu occupes cette responsabilité directrice du théâtre de Pochement-Parnasse durant... quasiment 8 ans, si je ne me trompe pas. Un peu plus, oui. Un petit peu plus de 8 ans. Qu'est-ce qui fait que tu quittes le théâtre à ce moment-là ? Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je pense que, moi, c'est ma vie. C'est comme ça que je la découpe. Il y a des périodes, en fait. J'aime les chemins, et parfois, les chemins, il faut savoir les réinventer. Donc j'avais, pour plein de raisons. Déjà, c'est parce qu'on était vraiment en suractivité tout le temps. quatre productions par soir. Donc encore une fois, avec une équipe réduite, ça veut dire autant de contrats d'accompagnement. On était ouvert sept jours sur sept. Et au bout d'un moment, on a besoin d'un nouveau souffle. Et donc moi, j'ai eu besoin de ce nouveau souffle avant que ce soit moins bien. Et je prends toujours le risque. C'est-à-dire que dans ma vie, ce qui m'a guidée aussi, c'est de dire, j'ai la chance de commencer ce chemin grâce à un prof, grâce à mes parents, grâce à des hasards de la vie. Et ces chemins doivent toujours être nouveau, comme un rondeau. on ne va pas faire le tour du lac dix fois c'est d'aller voir ailleurs toujours, donc c'est tombé à ce moment-là c'est tombé deux mois avant le Covid donc c'est tombé à un moment où quand j'ai débranché la prise, le monde s'est éteint je me suis demandé même quelle prise j'avais débranchée, je n'avais pas demandé autant j'avais besoin de prendre l'air en fait et de me renouveler, de retrouver un peu le feu de ça, parce que en effet c'est un métier qui sollicite beaucoup et qui nécessite en fait de toujours avoir la flamme ranimée
- Speaker #0
C'est une belle La définition « la flamme réanimée » , je pense que ça intervient dans n'importe quel métier. C'est-à-dire qu'il ne faut pas s'endormir sur des acquis. Dans nos échanges avec nos candidats au sein du NIC, c'est vrai que c'est ce qu'on dit. C'est-à-dire que c'est bien d'avoir un poste, bien sûr, pour pouvoir payer ses factures. Mais il faut aussi sentir à l'intérieur de soi qu'on étouffe, que la flamme est en train de s'éteindre. Et peut-être, effectivement, essayer de réanimer cette flamme. Et ça passe, en tout cas. dans les interviews qu'on a pu avoir avec nos différents invités, par une prise de risque. Si on n'essaye pas, on ne sait pas forcément.
- Speaker #1
En fait, j'adore le théâtre parce qu'il a un beau reflet de la vie. Quand on veut jouer correctement sur un plateau, il faut prendre le risque, quand on rentre sur le plateau, que ça ne marche pas. Parce qu'on ne peut pas appliquer de recettes. Il faut inventer dans l'instant et coller ses émotions au temps présent. Donc, ça peut rater. Et en fait, la vie, c'est pareil. Mais rater, ça ne veut pas dire échouer. Ça veut dire rater pour mieux réussir après ou réussir autrement ou autre chose. Et l'avantage d'avoir un peu de vieillesse, c'est de pouvoir se retourner et de dire en fait, même ce qui n'a pas fonctionné a super bien marché parce que ça m'a beaucoup fait avancer. Et ce n'est pas juste une formule. Et donc, en fait, finalement, ce qui est important dans ces métiers-là, C'est de garder, de préserver l'indépendance de ses choix. Et de jamais se laisser enfermer dans quelque chose. On parlait tout à l'heure du confort. Le théâtre, vraiment, on ramène tout à tout. Mais on parlait du confort dans la salle. Il faut rester un peu inconfortable dans sa vie. Il faut toujours rester à un petit point où le fauteuil ne va pas être trop confort. En fait, que ce soit tellement difficile de se relever et de faire un effort. Il faut rester en forme. Il faut rester vif. Et il faut rester sur le qui-vive. C'est pour ça que moi, je me fixe. toujours des échéances. Je me dis, dans dix ans, où j'en serai ? Et c'est important de savoir si on correspond un peu. Et de préserver aussi sa force d'indépendance.
- Speaker #0
Je trouve ça effectivement intéressant parce que, comme on le disait, tu t'es construite à travers, je dirais, cet environnement artistique, cette vision, je dirais, à travers ta propre vie, je dirais, d'une solidité sur une vision financière, analytique, etc. Mais pas que, c'est-à-dire que tu as toujours essayé des choses, et c'est ce qu'on évoque souvent, c'est on n'échoue pas, on apprend. J'aime beaucoup cette citation, et c'est ce qu'on dit beaucoup quand nous intervenons effectivement dans les écoles, on n'échoue pas, on apprend, il faut essayer des choses, il faut se challenger sur des stages, sur des CDD, sur des missions, etc. Prendre effectivement parfois des risques, mais ce risque-là que l'on prend est toujours une expérience qui peut être bénéfique pour la suite. dans une volonté de poursuivre ou de ne pas poursuivre ?
- Speaker #1
Pour moi, c'est l'essence du geste artistique. Le geste artistique, c'est créer, c'est prendre le risque de nouveau. Et donc, forcément, on n'a pas la réponse avant de l'avoir créé. Et je trouve que dans nos métiers, dans tous nos métiers d'ailleurs, on pourrait dire ça. Je prends le risque. Et ce n'est pas toujours facile à assumer dans le regard de l'autre. Parce qu'évidemment, quand le risque réussit, là, on est des héros. Et quand le risque ne réussit pas, on n'aime pas tous ces mots. Il y avait une interview de Brel de 1973, à qui on demandait pourquoi il arrêtait sa carrière de chanteur pour devenir réalisateur. Et il disait, je prends tous les risques et je préfère aller voir, quitte à me casser la gueule. Ce n'est pas grave de se casser la gueule. Il faut aller voir l'homme, il doit être debout et en mouvement. Et en fait, c'est vraiment ça McGill, c'est pour ça que je parlais des sièges trop confortables. Il faut être debout et en mouvement. Le théâtre, c'est une maison, mais c'est surtout une passerelle, c'est surtout une porte-fenêtre. C'est un endroit où on peut découvrir tellement de choses universelles, humaines, fragiles, éphémères, et en même temps totalement pérennes. On peut être assis à côté de quelqu'un de très différent de nous au théâtre, ne pas du tout penser la même chose, mais être rassemblés autour d'une même émotion. Et ça, c'est le vivre ensemble.
- Speaker #0
Exactement. Je trouve ça intéressant et surtout, comme tu le disais, ne pas rester sur ce siège qui peut être le tien. C'est ce que tu as fait après ton expérience au sein du Théâtre de Poche. Là, tu as choisi non pas une autre voie, mais une voie différente, celle de l'entrepreneuriat. Tu t'es lancée dans un projet. Tu peux nous en parler un petit peu ?
- Speaker #1
Oui, j'ai fait un pari assez fou de créer une start-up numérique sans rien connaître au numérique. Au départ, à part mon expérience de directrice de lieu, et en faisant le constat assez simple, au moment du shutdown, on va dire, du Covid, du blackout, plus personne ne voyait du théâtre. Et tout le monde s'en fichait. Alors que moi, j'étais convaincue que le théâtre est nécessaire dans la vie d'une société. Et donc, en fait, je me suis dit, alors, le théâtre n'est pas visible sur la toile, premier problème. Et ça, ce que j'avais repéré aussi dans mon expérience de directrice, on n'a pas les compétences et on n'a pas les moyens de les financer. On n'a pas les compétences en numérique, on n'a pas les moyens de financer des compétences qui développeraient une spécialité dans le spectacle vivant. Donc j'ai essayé de créer un outil qui serait à la fois une plateforme de visibilité des spectacles, qui donnerait envie d'aller voir des spectacles, qui serait aller chercher les spectateurs là où ils se trouvent, sur les réseaux, avec une qualité de mise en avant un peu différente et un langage beaucoup plus jeune, et que finalement cette plateforme, en se rémunérant via des ventes de places de spectacles, puissent financer des compétences. Donc aller chercher des cerveaux dans les écoles d'ingénieurs, dans les grandes écoles de commerce, leur dire non, non, le théâtre, ce n'est pas juste mal payé un métier de passion. Non, non, le théâtre peut correctement rémunérer les personnes et en même temps bénéficier de vos compétences et vous dire mais on est quand même très spécifique. On a beau dire ce qu'on veut, le spectacle vivant, c'est toujours un peu particulier en termes d'énergie, de façon de communiquer, de temporalité et de personnalité aussi à représenter. Et de ce fait, c'était de dire, on va faire rencontrer nos mondes. Moi, je vais pouvoir vous payer correctement grâce à cette plateforme qui permettra de voir plus des spectacles vivants et que très vite, dans l'univers de toute la population française, parce que j'étais très ambitieuse, eh bien, on dira, je me fais quoi ce soir ? Un resto, un ciné ou une scène ? Et la scène, pour l'instant, n'était pas assez présente. Et je suis rentrée dans l'ère du numérique, dans le monde du développement informatique. J'ai parlé langage informatique, j'ai appris tout un vocabulaire pendant... pas mal de mois, donc je suis assez maintenant incollable sur tout le langage de développeur informatique. Mais je suis aussi rentrée dans un monde que je ne connaissais pas, face à un endroit où il y avait déjà énormément de concurrence, des géants du numérique, qu'on ne nommera pas. Et donc en fait, au bout de cinq ans, je n'ai pas trouvé finalement assez vite l'équation économique pour rendre pérenne l'aventure. Et j'ai préféré arrêter plutôt que d'envoyer... En fait, j'avais appris une chose à l'ESSEC, c'est qu'il fallait savoir s'arrêter. C'est-à-dire, avant le dépôt de bilan qui allait laisser de côté énormément de créanciers, moi, mes créanciers, c'était des producteurs. Donc, il n'était pas question de les emmener dans quelque chose qui était encore pire qu'avant. Et de ce fait, c'était de dire on s'arrête avant de devoir de l'argent à la terre entière. Donc j'ai décidé d'arrêter en septembre 25, le temps de faire... Toutes les procédures de liquidation de la société où j'ai encore appris beaucoup de choses, pas que des belles choses, mais des choses qui permettent d'être lucides.
- Speaker #0
Depuis, j'ai une phrase qui m'est chère, c'est la lucidité et la blessure la plus proche du soleil. René Char. Et en fait, c'est très dur d'être lucide, mais ça nous sert énormément pour voir plus clair. Donc cette période m'a servi à ça. Et dans cette lucidité, j'ai vu passer l'opportunité grâce à une... Petite Fée aussi qui m'a indiqué l'annonce parce que peut-être que je ne l'aurais pas vue sans elle.
- Speaker #1
Tu as le droit de la citer si tu le souhaites.
- Speaker #0
Je garde mes bonnes sources. Et donc j'ai vu passer une offre, une annonce qui n'arrive jamais de reprendre la direction du Théâtre de l'œuvre. Or il s'avère que le Théâtre de l'œuvre c'est un des deux théâtres à Paris que je rêvais de diriger où j'ai eu des claques énormes de spectatrices. Je suis tombée plusieurs fois par terre au balcon du Théâtre de l'œuvre. Et donc quand j'ai vu ça, aussi. Ça ne va pas se faire, ce n'est pas possible. Ou alors, c'est vraiment un alignement des planètes formidable. Et voilà, là, je parle de chance. Je suis allée la chercher, la chance. J'ai fait beaucoup de choses dans mon parcours pour arriver à ce point-là. Je sers ma chance, comme on dit, et je la mesure aujourd'hui. Et voilà, depuis trois mois, j'occupe cette fonction. Donc, c'est encore tout nouveau. Mais on est en plein dans le rush de la reprise avec toute l'équipe. du théâtre qui a su bien m'accueillir.
- Speaker #1
C'est en tout cas le parcours qui a été le tien, comme on l'évoquait dans l'audit, dans cette première direction de théâtre. Également dans cette entreprise que tu as créée. Je parle de billetterie pour nos auditeurs et nos auditrices, en tout cas par rapport à cet environnement. Et puis, on sait que sur les sujets de billetterie, dans l'environnement du spectacle, c'est aussi le nerf de la guerre. que de faire venir les spectateurs, que d'avoir une billetterie qui tient la route. Tu as eu cette opportunité de rejoindre le Théâtre de l'œuvre. Est-ce que tu peux nous parler justement du Théâtre de l'œuvre ? Comme je le disais dans ma présentation, il est rattaché à l'Olympia, il est dépendant du groupe Canal+, est-ce que tu peux nous en parler un petit peu plus ? Oui,
- Speaker #0
je suis dans un écosystème de groupes, en fait, dans le groupe Canal+. Donc c'est une filiale de l'Olympia, elle-même filiale du groupe Canal+. Merci. Et donc on est à la fois dans des process de groupe et en même temps une toute petite entité au sein de ce groupe. Et avec une particularité, c'est qu'on est avec l'Olympia les seules à faire du spectacle vivant. Donc on n'est pas très gros, mais on est très différents. Et donc moi, tout mon objectif, c'est un, de profiter dans le bon sens du terme de toutes les synergies de groupe, parce qu'il y a beaucoup de talents dans le groupe Canal. Et si ces talents peuvent être au service du spectacle vivant... c'est tant mieux pour le spectacle vivant. Des talents en termes d'image, de direction artistique, de design, de ressources humaines, de juridique. Et ça fait un bien fou de baigner tout notre écosystème sous de nouveaux regards, qui peuvent nous apporter vraiment des compétences. Et puis, en même temps, cette spécificité du spectacle vivant où on travaille. En fait, nous, notre base de travail, c'est sur les mots, le corps, le verbe, la façon de les dire, la façon de les... prononcer la façon de vivre dans le corps. Et donc, on a vraiment quelque chose qui est très différent d'un monde bâti sur l'image. Nous, on est bâti sur le corporel. Et à ce titre, je pense que cette synergie peut vraiment fonctionner dans les deux sens.
- Speaker #1
Charlotte, donc, si on revient effectivement sur ce métier-là qui le tient au sein du Théâtre de l'œuvre, en lien avec ce groupe, est-ce que tu vois des choses différentes, de manière différente par rapport à ce que tu as connu précédemment au sein du Théâtre de Poche ? dans le développement du projet qu'il tient ?
- Speaker #0
Alors pour moi, le groupe peut être comme un accélérateur de particules. C'est-à-dire que nous, on est des particules dans ce groupe et la synergie du groupe peut vraiment nous mettre en mouvement de façon beaucoup plus rapide et de manière beaucoup plus amplifiée. Ça, c'est ma vision, on va dire, de résumé en résumé. Sur le plan concret, on a le cinéma d'un côté et le théâtre de l'autre. Le cinéma n'est pas... opposé au théâtre. Le cinéma peut se nourrir de théâtre et le théâtre peut se nourrir de l'image. D'ailleurs, aujourd'hui, dans les formes artistiques, il y a beaucoup d'images en scène. L'image fait son intrusion comme un acteur dramaturgique même. Donc, on est vraiment dans quelque chose qui peut nous enrichir. Moi, je suis, d'une manière générale, pour le mélange des cultures. Le mélange des cultures nous enrichit. Parler à des personnes qui sont immergées depuis des années dans le monde du cinéma. et les confronter à nos propres problématiques. C'est toujours enrichissant, et voir, ça va nous donner des nouvelles idées. En fait, dans la culture de l'autre, je vais chercher des nouvelles idées. Je ne sais pas si je réponds de manière assez pragmatique, mais moi, c'est ça que je cherche. C'est de dire, je n'ai pas peur des différences, je n'ai pas peur de me faire avaler par un groupe, par exemple, parce que je crois... vraiment très fort, à la force même du théâtre. Le théâtre est là depuis 2500 ans et personne ne l'a avalé. Et je crois en plus que ça n'arrivera pas. En fait, je n'ai même pas à combattre, ça n'arrivera pas. Mais en revanche, je pense qu'on peut se nourrir de notre temps. Et le théâtre se nourrit toujours de son temps. Et dans un groupe comme Canal+, c'est vraiment un groupe qui, pour moi, est dans l'air du temps, tout le temps.
- Speaker #1
Écoute, merci, tu as très bien répondu à ma question. On parle souvent, tu sais, dans notre environnement, de métier passion. C'est un terme, je te vois sourire, comme tous nos invités. J'aimerais pouvoir juste t'écouter sur une phrase assez courte pour savoir ce que ça signifie pour toi le métier passion. Est-ce que c'est compatible avec ce métier que tu fais ? Est-ce qu'il ne peut pas se faire sans passion ? Parce que c'est vrai que quand nous échangeons avec nos candidats, on voit beaucoup la passion, l'envie de se réaliser dans cet environnement. Mais on n'en voit pas toujours les contraintes.
- Speaker #0
Oui, moi je pense que c'est un métier qui peut être un métier passion. Ça n'est pas forcément un métier qui nécessite la passion. Et puis, c'est où se trouve cette passion ? En fait, est-ce que la passion, elle est sur le plateau ? Elle est sur le spectacle ? Ou est-ce qu'elle est, par exemple, dans le management de son équipe ? Moi, aujourd'hui, je ne sais pas où est ma passion. Elle est dans un mélange comme ça. En revanche, j'essaie de la dompter. Parce que le problème du métier passion, la passion, ça brûle. Amoureusement, être amoureux passionnel, ça brûle. Ça peut brûler très fort. Et c'est pareil pour un métier. Et en fait, le mieux qu'on peut faire pour une entreprise qu'on aime, c'est de ne pas se brûler. Donc de se préserver de sa passion. En fait, c'est toujours ce feu. Il ne faut pas qu'il nous dévore. Il faut vraiment qu'on en soit maître. Et qu'on sache que finalement, quand on fait un métier de directeur, le feu ne peut pas être que sur le plateau. Notre intérêt ne peut pas être que sur les spectacles qu'on va programmer. En fait, le feu doit animer, réchauffer tous les nœuds, quelque part. Donc ça peut être le nœud du management, ça peut être le nœud artistique, ça peut être le nœud de l'immeuble. Et en fait, tous ces projets-là doivent nous animer. Et la passion, parce que j'ai vu des directeurs qui ne pensent qu'au spectacle, mais du coup ils délaissent leur équipe et les équipes peuvent être maltraitées. Et en fait, globalement, un spectacle réussi, c'est quand l'ensemble de l'équipe, administrative, technique, artistique, produit un spectacle et que le spectateur arrive, comme on a dit, dans de bonnes conditions et reparte la tête. pleine de désir d'en parler aux autres.
- Speaker #1
Charlotte, merci beaucoup pour ces éléments. J'ai une toute dernière question à te poser. Si tu devais apporter un conseil à un jeune qui est actuellement en formation, une personne en reconversion, quel serait-il ?
- Speaker #0
De se battre contre son sentiment d'imposture. En fait, le frein le plus important que j'ai constaté dans ma carrière, c'est qu'on se sent face au monde culturel. très vite un imposteur. Et donc, on ne s'impose pas. En fait, ce n'est pas parce qu'on ne connaît pas encore parfaitement qu'on n'aura pas les éléments, les compétences à même de comprendre les métiers et d'être compétent. Donc, en fait, vraiment, ce que j'aurais tendance à dire à des jeunes diplômés, c'est oser y aller. Même si vous n'avez pas un bagage énorme culturel, vous apprendrez sur le tas comme tout métier. Mais souvent, face à la culture, on est intimidé et on se sent vraiment, littéralement, alors en plus, parfois. Quand on est une femme, c'est la double peine, mais vraiment des imposteurs dans notre métier. Et donc, osez, allez-y. Et moi, je n'hésite plus à étaler mon inculture. Ce n'est pas grave, ça me rend très sereine face à tout ce que je ne sais pas encore et je serai ravie d'apprendre.
- Speaker #1
Charlotte, merci. On va terminer sur ces jolis mots que tu viens d'évoquer, parce que je pense que c'est la réalité du spectacle vivant. C'est déjà la fin de cette interview. Un immense merci pour ce moment d'échange et de partage et d'avoir accepté mon invitation.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Merci à toutes et à tous pour votre écoute. J'espère que cet échange vous aura permis de mieux comprendre le parcours, les choix et la réalité du métier présenté aujourd'hui, mais aussi la manière dont se construit un parcours dans le spectacle vivant, entre vision artistique, exigence économique et engagement humain, qui te caractérise très bien Charlotte en tout cas. On se retrouve dès le mois prochain pour un nouvel épisode de Je me voyais déjà, avec un nouvel invité, une nouvelle histoire de parcours au cœur des industries culturelles et créatives. D'ici là, si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous, à le relayer auprès de vos réseaux et à nous laisser un commentaire. Vos retours sont précieux et contribuent à faire connaître ces métiers souvent méconnus mais essentiels. A très bientôt pour un nouvel épisode.