- Speaker #0
Jukebox, l'émission qui fait bavarder la musique.
- Speaker #1
C'est que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain. Jukebox !
- Speaker #2
Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, nus et maigres tremblants dans ces wagons plombés, qui déchiraient la nuit de leurs oncles battants. Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.
- Speaker #0
Jean Ferrat sort la chanson Nuit et brouillard en 1963. Elle fait référence à la directive d'Hitler du 7 décembre 1941, la directive Nacht und Nebel. Ce décret s'inscrit dans la politique de terreur. Fers nazis, ils visent à écraser toute opposition en Europe occupée et à faire disparaître les résistants, les communistes, les opposants au Reich dans la nuit et le brouillard, sans laisser de traces. Un jour alors qu'il se promène le long de la plage en Bretagne, Jean Ferrat entend une petite fille interroger ses parents sur la présence d'un blocos le long de la plage. Ses parents, très mal à l'aise, hésitent à lui répondre. Jean Ferrat se précipite. pitcher lui pour écrire la chanson Nuit et brouillard ? Parce qu'il ne s'agit pas de se souvenir, mais de ne jamais oublier. Il sent l'urgence de raconter l'histoire aux générations futures.
- Speaker #3
Jean Tetenbaum, dit Jean Ferrat, est né le
- Speaker #0
26 décembre 1930 en Seine-et-Oise et est mort le 13 mars 2010 en Ardèche. Son père, ouvrier joaillier et russe de confession juive. Il est migre en France en 1905 et est naturalisé français en 1928. Sa mère est française. A l'époque de sa naturalisation, son père est assez aisé pour régler le montant des droits, pourtant assez élevé. Son père, qui est engagé volontaire en 1939, est touché par les mesures anti-juifs du statut des juifs imposées par le gouvernement de Vichy. En 1942, il se plie à l'obligation du port de l'étoile jaune et, comme beaucoup, se croit protégé par son statut de français et de mari d'une française. Il refuse de partir pour la zone libre. Durant l'été 1942, il est arrêté, interné au camp de Drancy, puis déporté par le convoi 39 du 30 septembre 1942 à Auschwitz, où il est assassiné dans le cadre de la solution finale. Jean Ferrat, lui, restera très marqué par l'occupation allemande. Le 26 mars 1942, le premier convoi officiel pour Auschwitz, le train DA66, arrive à destination. A son bord, 999 femmes qui sont attendues par 999 geôlières. allemandes. Ce chiffre n'a pas été choisi au hasard. Heinrich Himmler, fasciné par l'occultisme et la numérologie, y voit un présage d'accomplissement et de succès. Le train a démarré de la ville d'Umené en Slovaquie. où un tiers des habitants est de confession juive. Toutes les femmes célibataires de plus de 15 ans ont été sommées de prouver leur patriotisme en partant travailler pour une période de trois mois dans une fabrique de chaussures. En tout cas, c'est ce qu'on leur a fait croire. À Humeney, 200 d'entre elles montent à bord du train. En dimanché, la valise à la main. Le convoi DA66 fait plusieurs arrêts en cours de route et embarque des centaines d'autres femmes jusqu'à atteindre le chiffre de 999 choisi par Himmler. C'est lui aussi qui exige le transfert de 999 allemandes de la prison de Ravensbrück vers le camp de concentration en Pologne pour se charger de la surveillance des prisonnières juives. Elles-mêmes l'ignorent, mais les jeunes femmes du tout premier convoi vers Auschwitz vont construire de leur propre main le nouveau camp d'extermination. Auschwitz est le grand projet d'Himmler, maître d'oeuvre de la Shoah. Jusque-là, les camps concentraient des prisonniers de guerre, mais celui-ci, Himmler ambitionne d'en faire un vaste camp de concentration pour les juifs. Des 999 femmes du convoi DA66 Plus de deux tiers mourront avant la fin de l'année de froid, de faim, de torture, d'expérimentation pseudo-médicale. A leur arrivée, la plupart sont adolescentes ou à peine adultes. Et à la place d'une fabrique de chaussures, elles vont faire face au plan d'Himmler. Arbeit macht frei ! Elles sont chargées de démolir de vieux bâtiments et de construire des dizaines de nouveaux baraquements à main nue. Pas de sous-vêtements sous leur robe d'étoffe grossière, leur soulier fait de planchettes de bois maintenues par des bandes de tissu et leur tête nue rasée les exposent cruellement à la rigueur de l'hiver polonais. L'année qui suit, le camp se remplit de déportés juifs. 1,1 millions d'êtres humains perdront la vie à Auschwitz-Birkenau. Pour les survivantes du convoi DA-66, l'arrivée des convois de juifs se traduit par une amélioration de la qualité de vie. amélioration de leurs conditions de vie. Elles sont en quelque sorte promues. Transport de corps de la chambre à gaz vers le crématorium, exécution de tâches de secrétariat pour les nazis ou tri des millions d'effets personnels des nouveaux arrivants. Cette dernière occupation est la plus recherchée. C'est celle qui offre la meilleure chance de survie à long terme.
- Speaker #4
La fête monotone et sans hâte du temps Survivre encore un jour, une heure obstinément Combien de tours de roues, d'arrêts, de départs Qui n'en finissent pas, de distiller l'espoir
- Speaker #0
On appelle les entrepôts réservés aux tris et aux stockages situés à un kilomètre de la chambre à gaz, le Canada. C'est là que les prisonniers qui descendent des trains sont triés en deux files. Ceux à qui on tatouera un matricule et ceux qui vont mourir. C'est là aussi que sont triés les souvenirs de toute une vie que les déportés ont été encouragés à emporter avec eux. Une valise par déporté d'un poids n'excédant pas 50 kilos. Les bagages sont marqués du nom de leur propriétaire et du numéro de convoi. Il faut ensuite vider les valises, étrier, vêtements, bijoux. Objet précieux ou dérisoire, la plupart des biens saisis sont envoyés quotidiennement au Reich. Mais les prisonniers chargés du tri arrivent parfois à récupérer des vêtements et de la nourriture.
- Speaker #5
Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel. Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnu. D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel, ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.
- Speaker #0
Ces privilégiés, si l'on peut dire, vivront sous le processus de la mort. C'est silencieux du regard des autres prisonniers et avec le sentiment de culpabilité générée par les compromis auxquels les contraint la survie. Comment les premiers arrivants à Auschwitz auraient-ils pu survivre sans ces compromis ? Les employés du Canada chargés de trier les biens des déportés s'exposaient aussi à reconnaître des membres de leur propre famille parmi les nouveaux arrivants, ceux poussés vers les chambres à gaz.
- Speaker #6
Ils n'arrivaient pas tous. à la fin du voyage ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ils essaient d'oublier étonnés qu'à leur âge les veines de leurs bras soient devenues si heureuses Seules 22 femmes parmi les 999 arrivées par le convoi DA66 seront
- Speaker #0
vivantes à la libération des camps. L'une d'elles doit la vie à sa jolie voix. Elle s'appelle Elena Sirtanovna Un jour, alors qu'un SS fête son anniversaire Les filles du Canada sont invitées à chanter ou danser pour divertir ces messieurs. Elena choisit de chanter un boléro, « Liebe war es nie » , qu'on peut traduire par « Ce n'était pas de l'amour » . A la fin de sa prestation, un jeune SS s'approche d'elle et lui demande de recommencer. Bien des années plus tard, elle dira « C'était la première fois qu'un SS s'adressait à moi comme on s'adresse à un être humain. » Ce SS s'appelle Franz, il a 20 ans, c'est un meurtrier comme tous les autres. Elena commence par le haïr, mais peu à peu, il parvient à gagner son affection. Franz veille sur elle de façon obsessionnelle, il aime Elena à la folie. Quand elle attrape la fièvre typhoïde, ce qui à Auschwitz équivaut à une condamnation à mort, Franz la soigne et lui cède ses rations de nourriture. Cette transgression aurait suffi à les condamner à mort tous les deux. Et lorsqu'ils seront dénoncés, ils n'avoueront pas, même sous la torture. Grâce à cette relation qui durera deux ans et demi, Elena sauvera plusieurs vies dont celle de sa propre soeur Rosa. En 1943, elle apprend l'arrivée de sa soeur et de ses deux enfants par le dernier convoi. Au moment où Elena s'apprête à pénétrer dans la chambre à gaz pour y rejoindre sa famille, Franz, qui ne la quitte jamais des yeux très longtemps, se précipite, la plaque au sol, et plaide sa cause auprès de Mengele. Son indifférence permet à Franz de la mettre à l'abri, puis dans un geste fou, il pénètre dans la chambre à gaz et parvient à récupérer Rosa. Elle est déjà nue, comme ses enfants, attendant sans le savoir d'être gazée. Sa fille de 9 ans tient fermement dans les bras son petit frère, un nourrisson, et regarde terrifiée sa mère s'éloigner, qui lui dit... Tout va bien se passer, je te le promets. Rosa ignore qu'à Auschwitz, aucun enfant ne survit, sauf les jumeaux, mais qui sont livrés aux expérimentations médicales de Joseph Mengele. Rosa ne pardonnera jamais à sa sœur la mort de ses enfants.
- Speaker #7
Les Allemands guettaient du haut des Miralas ! La lune se taisait comme vous vous taisiez. En regardant au loin, en regardant dehors, votre chair était tendre à leur chien policier.
- Speaker #0
Elena n'est pas une victime ordinaire. C'est une femme solide, dotée d'un fort instinct de survie, prête à tout pour se sauver, elle et sa sœur. Cette histoire oscille entre monstruosité et pureté, une zone grise où se mêlent l'horreur et l'humanité. En 1972, Elena, qui vit désormais en Israël, reçoit une lettre de la femme de Franz. Celle-ci la supplie de l'aider en venant témoigner à son procès. La dernière fois qu'Elena avait vu l'officier nazi remontait à leurs adieux en 1944. Franz leur avait alors confié à elle et à Rosa des bottes fourrées. pour les aider à survivre à la marche de la mort.
- Speaker #8
Vous me dites à présent que ces mots n'ont plus cours, qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour, que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare.
- Speaker #0
Comme Rosa, Elena accepte de témoigner. Lors du procès, elle expliquera que pour elle, Franz n'était pas tout à fait un monstre. C'était un officier SS sadique sans aucun doute, mais il était aussi romantique, tendre, capable d'un amour pur et de compassion.
- Speaker #9
Elle déclarera à Auschwitz
- Speaker #0
Tous les détenus étaient au courant de notre histoire. Ma réputation était ternie, lui était SS. Mais le fait est qu'il m'a sauvé la vie. Je n'ai pas choisi cette arrivée. C'est une histoire qui n'aurait pas pu exister ailleurs. Franz sera acquitté. Longtemps après, la fille de Franz dira, Elena, c'était l'amour de sa vie. Il était convaincu que tout aurait été différent si l'Allemagne avait gagné la guerre. Comme souvent, ce sont les hommes qui racontent les guerres. Les 999 femmes juives du convoi DA66 ont été oubliées dans leurs récits. Le bourreau tue toujours deux fois. La seconde fois, par l'oubli. Le père de Jean Ferrat, lui, aura moins de chance qu'Elena. A son arrivée à Auschwitz, il a été dirigé vers la file de ceux à qui on n'a pas tatoué un matricule. Ensuite, Les employés du Canada ont contré sa valise comme ils l'ont fait plus d'un million de fois entre 1942 et 1944.
- Speaker #2
Vous étiez vingt-et-cent, vous étiez des milliers, nous aimer nous tremblant dans ces wagons plombés qui déchireraient la nuit de vos ongles battants. Vous étiez des milliers, vous étiez vingt-et-cent.
- Speaker #0
Après ce repos indispensable et bien mérité, Nous sommes de retour pour une nouvelle saison, la tête pleine de chansons à partager avec vous. Je vous rappelle les bons gestes, plus vous interagissez, plus mon travail sera recommandé aux amateurs de musique et de récits qui résonnent. Abonnez-vous, activez les notifications, likez, commentez, partagez. Et n'oubliez pas, la vérité est dans les chansons, y'a qu'à chercher. Je vous embrasse et je vous dis à bientôt en musique et en mots sur Tchouk Bops !
- Speaker #5
fait de mon art et du rôle de l'écrivain.