- Speaker #0
Jukebox, l'émission qui fait bavarder la musique.
- Speaker #1
C'est que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain.
- Speaker #2
Jukebox !
- Speaker #3
Si les ricains n'étaient pas là, vous seriez tous en Germanie. A parler de je ne sais quoi A saluer je ne sais qui
- Speaker #0
Cette chanson, L'Éricain, écrite et interprétée par Michel Sardou en 1967, Lui vaut, alors qu'il est âgé de 20 ans, un premier succès d'estime et d'être catalogué comme un chanteur de droite. Dans cette chanson, il rend hommage au sacrifice des soldats américains tombés sur les plages de Normandie lors du débarquement qui mettra fin à quatre années d'occupation de la France par les nazis. A l'origine, l'Eriquin est envisagé pour Alain Delon. A cette époque, Delon veut enregistrer un disque, mais pris par d'autres engagements, Il décline l'offre. Sardou prend l'habitude, lorsqu'il la chante sur scène, d'enchaîner le salut hitlérien bras tendus avec le salut de Lénine, point levé, pour exprimer que les crimes fascistes et les crimes communistes sont similaires. En 1967, les crimes du régime stalinien sont connus depuis une dizaine d'années seulement.
- Speaker #4
Voici que d'autres conflits où l'Amérique s'engage dans d'autres parties du monde. Comme avant-hier en Corée, hier à Cuba, aujourd'hui au Vietnam, ces conflits peuvent, en vertu de la fameuse escalade, prendre une extension telle qu'on aboutisse à une conflagration générale. Et dans ce cas, l'Europe, dont la stratégie est dans l'OTAN la stratégie de l'Amérique, y serait automatiquement impliquée.
- Speaker #0
La chanson sort en 1967, au moment où le général de Gaulle, alors président de la République, condamne la guerre du Vietnam menée par les États-Unis contre le Nord-Vietnam communiste. De Gaulle décide de retirer la République française du commandement intégré de l'OTAN, tout en restant membre de l'organisation. La conséquence de ce retrait est que les Américains doivent évacuer les bases américaines situées en métropole depuis 1950. C'est pourquoi la chanson relève une sorte d'ingratitude de la France face aux services rendus à l'Europe par les USA au cours de la Seconde Guerre mondiale. La chanson est censurée à la demande des autorités gaullistes et interdite de radio, à l'exception de RTL qui continue à la diffuser.
- Speaker #3
Un gars venu de Géorgie Qui se foutait pas mal de toi Est venu mourir en Normandie Un matin où j'n'y étais pas
- Speaker #0
Dans cet épisode, je ne veux évidemment pas retirer le moindre mérite aux hommes qui sont venus mourir en Normandie Un matin où j'n'y étais pas Entre la mi-mai et la mi-juin 1940, la France connaît la pire défaite de son histoire. Alors qu'elle était considérée comme la première puissance militaire d'Europe, la voilà anéantie en quelques semaines, entraînant l'effondrement de la Troisième République. Il ne reste en Europe que la Grande-Bretagne pour résister face aux ambitions du Troisième Reich. Le 4 juin 1940, Churchill déclare à la Chambre des communes Nous ne nous rendrons jamais. En France, le maréchal Pétain, héros de la première guerre, dans son discours du 17 juin 1940, fait don de sa personne à la France. Et le gouvernement de Vichy, un gouvernement de collaboration avec l'occupant, s'installe à Vichy à partir du 10 juillet 1940 dans la partie inoccupée du pays.
- Speaker #5
Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut se...
- Speaker #0
Un seul Français se dresse face à Hitler. 49 ans, général d'entrée de gamme, sous-secrétaire d'État à la guerre du gouvernement français jusqu'au 16 juin 1940, date à laquelle il rejoint Londres pour continuer la lutte. Son nom, Charles de Gaulle. C'est un stratège. Le 18 juin 1940, il lance un appel à continuer le combat sur les ondes de la BBC.
- Speaker #1
Tous les Français qui veulent rester libres à m'écouter et à me suivre. Vive la France, libre, dans l'honneur et dans l'indépendance.
- Speaker #0
Dix jours plus tard, le 28 juin, Winston Churchill reconnaît le général de Gaulle comme le chef de tous les Français libres. Mais face à la disparition de la France, les États-Unis ont des projets. Roosevelt veut... Guider le maréchal Pétain, remodeler la France et en témoignage de cette bonne vieille amitié franco-américaine, il envoie à Vichy un cadeau, une Cadillac qui devient la voiture officielle de Philippe Pétain parce que si la France est très affaiblie, elle reste néanmoins un empire colonial. Elle est à la tête d'une flotte, des atouts qui donneraient un avantage décisif au Reich s'il tombait entre ses mains.
- Speaker #6
Un
- Speaker #2
salut national aux militaires des Etats-Unis. Stand beside her and guide her through the night with the light
- Speaker #0
Les Etats-Unis, isolationnistes de Roosevelt, commercent avec tout le monde. Le Royaume-Uni, l'Allemagne nazie, la France de Pétain. L'argent n'a pas d'odeur. Et face aux intérêts économiques et politiques qui sont en jeu, le général de Gaulle ne fait pas le poids. Vichy est un gouvernement plus souple qui n'entravera jamais le sacro-saint business américain. Alors les Etats-Unis du président Roosevelt préfèrent reconnaître Vichy officiellement. Roosevelt reproche à De Gaulle de ne pas être un démocrate. De Gaulle, c'est l'empêcheur de tourner en rond. C'est une grande gueule et les Etats-Unis ne l'impressionnent pas.
- Speaker #7
Un jour qui vivra en infamie. L'Union des États-Unis a été soudain et délibérément attaquée. En juin 1941,
- Speaker #0
l'Allemagne nazie lance l'opération Barbarossa contre l'URSS. Et suite à l'attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, les États-Unis entrent en guerre et se réarment massivement. À l'été 1942, les forces américaines veulent déjà débarquer en France. Mais Churchill les persuade de débarquer plus tôt dans la France d'Afrique du Nord pour défaire l'Africa Corp de Rommel et attaquer ensuite l'Italie de Mussolini, alliée à Hitler. Les Américains ne veulent pas de De Gaulle et le choix de Washington se porte sur le général Henri Giraud. Giraud est docile, modérément vichyiste et farouchement anti-De Gaulle. Quand en janvier 1943, Roosevelt rencontre pour la première fois l'homme sur qui il mise tout, le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'est pas convaincu. Il compare Giraud à une planche pourrie. De Gaulle, qui n'a été ni consulté ni informé de ce débarquement, arrive en Afrique du Nord le 22 janvier 1943 pour faire en sorte que le pouvoir n'échappe pas aux combattants de la France libre, le seul pouvoir légitime pour rétablir la République. Et il y rencontre Giraud et Roosevelt. Pour Roosevelt, ce général n'est pas le représentant légitime de la France et il le lui fait bien sentir. Mais la politique est ainsi faite. Roosevelt est en campagne électorale, il brigue un troisième mandat et son opinion publique et la presse US exigent que De Gaulle soit au premier plan. Il lui faut donc jouer les règles du jeu. Roosevelt organise alors une conférence à Anfa au Maroc le 24 janvier 1943, une grande mise en scène organisée à son seul profit, à laquelle sont conviés Giraud et De Gaulle. Elle scelle pour la presse et l'opinion. l'association de ces deux généraux français,
- Speaker #8
l'un soutenu par Washington et l'autre par Londres. Roosevelt veut toujours se débarrasser de De Gaulle.
- Speaker #0
Et au printemps 43, il demande à Churchill, en visite à Washington, de stopper son soutien à Charles de Gaulle. Churchill envoie un télégramme urgent en ce sens aux membres de son gouvernement. Le télégramme de Churchill est très mal accueilli par les membres de son cabinet qui lui rétorquent que l'opinion publique britannique soutient de Gaulle, le parlement britannique soutient de Gaulle, la presse britannique soutient de Gaulle, le roi soutient de Gaulle. Arrêtez de soutenir de Gaulle pour soutenir quelqu'un d'autre. est tout simplement impossible. Au même moment, Jean Moulin a réuni tous les mouvements de résistance française lesquels appuient De Gaulle de tout leur poids et le reconnaissent comme seul chef et représentant des Français libres. Petit à petit, De Gaulle mine le candidat Giraud. Mais Roosevelt ne s'avoue pas vaincu. Il invite Giraud à faire une tournée aux Etats-Unis afin d'améliorer sa cote de popularité. Mais celui-ci, au cours d'une conférence, affirme que tout n'est pas mauvais dans le national-socialisme. Ses propos font la une des journaux du lendemain et offusquent l'opinion publique américaine. A son retour en Europe, Giraud s'aperçoit que la place est prise. De Gaulle a profité de son absence pour multiplier les ralliements et affirmer son autorité. Au début de l'année 44, Giraud a disparu du paysage politique et militaire. Roosevelt a misé sur le mauvais cheval. Mais il ne s'avoue pas vaincu pour autant. A l'approche du débarquement à venir en France, De Gaulle conclut secrètement un accord avec le général Eisenhower qui accepte de ne reconnaître que lui, une fois débarqué en France, quelles que soient ses instructions, en échange de quoi De Gaulle doit lui garantir la paix sur ses arrières pour qu'il puisse foncer vers l'Allemagne le plus rapidement possible sans avoir trop à batailler. De Gaulle sait que celui qui contrôle Paris contrôle la France. Il marque son accord à la demande d'Eisenhower à la condition qu'il l'aide à arriver à Paris. La France doit être libérée par elle-même ou en tout cas en donner l'apparence. Roosevelt a perdu Giraud mais pas l'imagination. Si De Gaulle ne peut pas être remplacé, il peut être contourné. Roosevelt met en place l'opération AMGO, pour gouvernement militaire allié des territoires occupés. Cette opération vise à détenir le futur de la France afin de décider du sort du pays et notamment dès le débarquement... a instauré une administration américaine pour gouverner et administrer provisoirement les territoires libérés au fur et à mesure de leur libération, comme cela a été fait en Italie et en Allemagne jusqu'à la tenue d'éventuelles élections. Elle vise à détruire toute souveraineté nationale. 1500 officiers américains sont formés en quelques semaines aux États-Unis. On leur apprend le français, le droit français, les différents niveaux de pouvoir. Pour De Gaulle, très bien informé par son service de renseignement, il n'en est pas question. La libération de la France ne deviendra pas l'occupation américaine. Le 6 juin 1944, De Gaulle s'adresse aux Français.
- Speaker #1
Le bon ordre dans la bataille exige plusieurs conditions. La première... Et que les consignes données par le gouvernement français et par les chefs français qu'il a qualifiés pour le faire à l'échelon national et à l'échelon local soient exactement suivantes. La seconde est que l'action menée par nous sur les arrières de l'ennemi soit conjuguée aussi étroitement que possible avec celle que mènent de franc les armées alliées et françaises.
- Speaker #0
Charles de Gaulle va court-circuiter l'AMGO tout en respectant sa part du marché conclu avec Eisenhower. Pour contrer Washington... Il prépare une contre-administration issue de la résistance et nomme des commissaires de la République qui, au fur et à mesure de la libération, se mettront immédiatement en place pour empêcher les Américains d'assurer leur domination sur l'administration. L'opération AMGO apporte aussi une nouvelle monnaie au format du dollar imprimée aux États-Unis, des billets de 2 à 5 000 francs. De Gaulle adresse une mise en garde aux Américains et aux Britanniques. Le gouvernement provisoire français ne reconnaît aucune valeur légale aux vignettes qui ont été mises en circulation sans qu'on les consultait. La monnaie est un attribut de la souveraineté d'un État depuis toujours. Si un État bat monnaie à votre place, de facto vous lui êtes subordonné. Les Américains débarqués ont ces billets en poche et les utilisent en Normandie. On l'appelle la monnaie drapeau ou les billets AMGO. De Gaulle l'appelle la fausse monnaie. Huit jours après le débarquement, De Gaulle traverse la Manche sur un contre-torpilleur de l'armée française et débarque à Coursoy-sur-Mer, en Normandie. Après quatre ans d'absence, il foule à nouveau la terre de France. Il prend place dans une Jeep avec Maurice Schumann, le porte-parole de la France libre. Il se dirige vers Bayeux. Sur son trajet, les Français le reconnaissent. La réaction de la population confirme qu'il est bien l'homme que les Français attendent. À Bayeux, une foule danse l'accueil. Il prononce son premier discours en France. Le 27 juin, De Gaulle interdit la circulation des billets-drapeaux sur le territoire français. Ils n'ont finalement circulé qu'en Normandie et pendant trois semaines seulement. Aucun des 1500 officiers de l'AMGO ne gouvernera une ville française.
- Speaker #2
I love this land,
- Speaker #0
bless the USA, God bless the USA Eisenhower honore son engagement. Le 24 août, la deuxième DB entre dans Paris. Eisenhower permet à De Gaulle de s'imposer politiquement en violant les ordres qu'il a reçus de Roosevelt. Après avoir descendu les Champs-Elysées à pied de l'Arc de Triomphe à Notre-Dame sous le regard d'un million de Français, De Gaulle se rend immédiatement au ministère de la guerre, au bureau qui l'occupait avant de partir pour Londres. Quand Eisenhower arrive à Paris, il n'y a rien à occuper, De Gaulle gouverne déjà, les ministres du gouvernement provisoire et l'administration sont en place, Lambeau est mort. Ce n'est qu'en octobre 1944, alors que Charles de Gaulle prépare un voyage en URSS, que Roosevelt, le dernier dirigeant occidental à n'avoir toujours pas reconnu le gouvernement provisoire de la France, et qui refuse de le faire après les Russes, reconnaîtra enfin de Gaulle et son gouvernement comme représentants légitimes de la République française. Renaud pastiche la chanson de Sardou sur une scène belge.
- Speaker #9
Si les ricains n'étaient pas là, vous seriez tous en Germanie, vous savez aussi bien que moi. Qui a osé dire cette connerie ? En fait, ça serait peut-être un peu mieux. On serait champions du monde de foot. On serait tous blonds aux yeux bleus. On boufferait des super choucroutes.
- Speaker #0
Longtemps après, Renaud reconnaîtra avoir écrit ce pastiche par jalousie. Parce que Sardou écrivait bien, qu'il avait une voix et qu'il chantait bien. Le président Roosevelt et son cabinet avaient préparé plusieurs plans pour reconfigurer la politique européenne de l'après-guerre et démembrer la France. L'un d'eux était de créer un nouvel État, appelé Wallonia, en retirant à la France l'Alsace-Lorraine ainsi que des parties des Hauts-de-France pour les donner à la Belgique. De même, ce plan prévoyait d'offrir les territoires sous la Loire à l'Italie En remerciement pour avoir retourné sa veste, ce plan sera finalement abandonné en faveur de l'AMGO. Et c'est De Gaulle, enfin stratège, qui a empêché que la libération de l'occupation nazie ne se transforme en occupation américaine. Il ne venait pas libérer l'Europe, il venait la posséder.
- Speaker #10
Oh God bless America, the heart and the mind
- Speaker #0
On comprend mieux à présent pourquoi le général de Gaulle ne s'est jamais rendu aux commémorations du débarquement. C'est la France de Sarkozy qui réintégrera le pays au commandement intégré de l'OTAN en 2009. Voilà, vous n'écouterez plus cette chanson de la même manière à présent. N'oubliez pas de liker, commenter, partager, vous abonner. Je vous embrasse très très fort. Je vous dis à tout bientôt dans un nouvel épisode de
- Speaker #4
Jukebox. ... que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain. Jukebox !