- Speaker #0
Salut à toi, on se retrouve pour le quatrième épisode du podcast de Keep Your Wings. Au menu de ce nouveau chapitre, on va discuter travail, employés et valeurs intrinsèques de l'étranger blanc à Taïwan. Un curieux chapitre que je vous propose de vivre avec moi. Le Belge qui fait vendre, c'est tout de suite. Keep Your Wings le podcast. Chapitre 4. Le Belge qui fait vendre. J'avais oublié de le mentionner dans le chapitre précédent, mais rapidement, je me suis mis à chercher du travail. Peu importe le domaine, je m'en fichais. J'ai postulé comme serveur, professeur de français, journaliste radio, agent d'entretien et vendeur pour un stand de produits belges. Et oui, par le plus grand des hasards, quelqu'un cherchait des vendeurs pour tenir un stand lors d'un festival de nourriture européenne, juste à proximité de la Taipei 101, qui est une tour iconique de la capitale. Autant le dire tout de suite, lorsque j'ai vu ce message sur Facebook, je ne voyais pas comment ne pas faire partie de cette équipe. Peu de temps après avoir postulé, le job m'est rapidement garanti par Charles, futur manager du nouveau restaurant.
- Speaker #1
Tu corresponds parfaitement au profil. En plus, ce boulot-là est une clé vers un autre event, en décembre, du 1er au 25, au Mitsugoshi.
- Speaker #0
Un centre commercial. Ce bref contact me rassure déjà et je témoigne directement de ma motivation. Oh top, je suis en train d'envoyer les infos à l'adresse email, il faut une motivation aussi ? C'est le même boulot.
- Speaker #1
Il te reste combien de temps sur ton visa ?
- Speaker #0
Je suis là depuis une semaine.
- Speaker #1
Donc encore autant de temps que tu veux. Ah non, non, pas besoin de lettres. Tu veux bouger à Taichung ? Euh,
- Speaker #0
bah là je viens de prendre un appart, donc tout dépendra de ce que tu me proposes en fait.
- Speaker #1
Pourquoi pas en janvier alors ? À voir.
- Speaker #0
Ah, ça limite ça pourrait le faire. Je t'envoie déjà les infos par mail. Tout cela s'enchaîne extrêmement vite. Je reste méfiant, mais d'un autre côté, la perspective de trouver rapidement du boulot m'en chante. La plupart du temps, la maîtrise du chinois est vivement recommandée, voire indispensable. Autant dire qu'il y a encore du boulot à ce niveau-là. Après plusieurs jours de patience, je reçois enfin un mail du responsable, Dominique.
- Speaker #2
Cher Sébastien, merci pour ta candidature. Es-tu disponible pour un entretien demain dans l'après-midi ? Bien à toi, Dominique.
- Speaker #0
Le lendemain, je me dirige vers le Starbucks pour mon entretien. J'aperçois Dominique, basket aux pieds, jeans... T-shirt qui épouse ses épaules carrées et casquette vissée sur la tête. J'éprouve déjà un léger doute quant à la belgitude de mon futur employeur. Je le vois occupé avec un autre candidat, Pierre. Ce dernier est assez grand et est vêtu comme s'il allait à un enterrement. Chemise noire, pantalon noir, chaussures de ville, une présentation presque impeccable. Je me plonge dans une introspection minutieuse de moi-même. Mes chaussures en toile légèrement trouées et décolorées, mon jeans de tous les jours et mon t-shirt bleu décontracté acheté 1$ au Kmart de South Atlanta en Australie. Euh bref, je commence à me poser plein de questions sur cet entretien qui s'annonce un peu plus formel que prévu.
- Speaker #2
Salut, ça va ?
- Speaker #0
Alors que j'attendais, je fis la connaissance de Lucie, une française qui venait d'arriver peu de temps avant moi à Taïwan. En working holiday visa également, elle cherchait un travail. Nous observons Pierre et nous nous mettons à rigoler. Sa tenue si professionnelle nous fait passer pour deux baltringues. Une fois le tour du « majordome » comme nous l'avons surnommé avec Lucie terminé, nous allons à la rencontre de Dominique qui a décidé de nous interviewer en même temps. Nos doutes quant au nombre de places disponibles pour ce job s'évanouissent en quelques instants.
- Speaker #2
Alors si je vous ai réunis aujourd'hui, c'est parce que vous êtes déjà engagé. Je privilégie les français et les belges qui sont en working holiday visa, car je sais pertinemment qu'ils veulent se faire de l'argent. Je vais avoir besoin de vous pour cuisiner et attirer la clientèle.
- Speaker #0
Très rapidement, Dominique nous explique son parcours. Il avait une enseigne sur Taipei, mais cela lui revenait trop cher. Il n'a gardé qu'une cuisine centrale dans laquelle il prépare les pâtons de Gauve de Liège et de Bruxelles. Il prépare d'ailleurs avec minutie l'ouverture prochaine d'un restaurant sur Taichung. Restaurant pour lequel il aura besoin de notre aide, si l'on accepte, et ce après janvier. Nous ne sommes encore qu'en octobre, mais cette perspective qu'on nous fait miroiter illumine nos yeux et recoue nos poches d'or et déjà trouées. Dominique est français, mais avant tout se présente comme un redoutable businessman.
- Speaker #2
Ah les Taïwais sont bêtes et ont beaucoup de principes. On n'envisage pas la cuisine française comme quelque chose qu'on peut concevoir sur place. Pour eux, ça doit être obligatoirement dans un restaurant. Il y a déjà pas mal de français sur Taïwan, il fallait que je trouve un autre business qui marcherait. Poursuit-il. Après j'ai pensé à la Belgique. Très peu de personnes représentent la cuisine belge ici. Elle est également plus facile à vendre sous forme de snacks, à travers les frites, les gaufres, le chocolat ou encore la bière. Quand j'ai vu que t'étais belge, je me suis dit bingo !
- Speaker #0
Lance-t-il en me regardant.
- Speaker #2
Ça sera encore plus authentique.
- Speaker #0
Je ne sais pas trop comment interpréter cette remarque. Qu'entend-il par authentique ? Quelle est cette image belge que je renvoie pour les Taïwanais ? Je comprendrai plus tard qu'il s'agit surtout de ma couleur de peau. J'écoute attentivement chacune de ses paroles, les enregistre dans ma tête. Je ne suis pas fan de marketing, par conséquent ce type de méthode me paraît particulièrement fake. Après, qui suis-je pour juger cette dernière ? Si la qualité du produit est avérée et que la personne est investie, bon, pas de raison véritablement de critiquer cette méthode, même si je n'approuve pas cette utilisation afin de parvenir à vendre plus. Même dans le vocabulaire utilisé, Dominique parle de 70 et 90. Il est à la limite de me convaincre qu'il est un vrai belge pur et dur.
- Speaker #2
Et est-ce que ça vous dérange de travailler plus que la législation nous autorise ?
- Speaker #0
Nous questionne-t-il. Aucun problème, répondis-je en chœur avec Lucie.
- Speaker #2
Parfait, car les journées ici risquent d'être longues. De 10 à 22 heures en semaine et jusqu'à 23 heures en week-end. Je vous demanderai également d'ouvrir un compte en banque, ce sera plus simple pour vous verser de l'argent. Le salaire horaire de 140 NTD.
- Speaker #0
Nouveau dollar taïwanais, ce qui représente environ 4 euros par heure. Un salaire qui peut sembler faible, mais qui est de rigueur pour tous les jobs de type serveur, vendeur, comité de cuisine, agent d'entretien, etc. Ce dernier devient totalement dérisoire lorsque je le compare à celui des anglophones, comme mon colocataire Mike et sa copine, qui ont la chance d'enseigner dans les écoles, à raison de 600 NTD par heure, ce qui représente plus ou moins 17 euros. Peu de temps après, nous nous quittons. Le rendez-vous est fixé au lendemain à 16h afin de nous former à utiliser les machines. Teuse, gaufrier, pompe à bière, etc. Heureux de cette nouvelle, je me sens pousser des ailes et suggère un second rendez-vous à Fiona. Cette dernière ne se fait pas prier et me rejoint dans un salon de thé. Nous discutons quelques heures avant de finir enlacés l'un et l'autre. L'échange de salivés est en cours, ce qui m'assure d'ores et déjà un troisième rendez-vous avec elle. Elle continue de corriger mon chinois et de me parler de Taïwan. Et je dois dire que... oui, je commence à trouver ce début de relation fort plaisant. Dès le lendemain, je me lève assez tôt pour me diriger vers la banque. Surprise, lorsqu'on n'a pas de résidence fixe ou de travail, on est dans l'impossibilité d'ouvrir un compte en banque. Heureusement que depuis peu je vis dans une colocation, sinon il ne m'aurait pas été possible d'en ouvrir un. Je récupère ma carte de banque au motif du manga japonais Astro Boy, et me dirige vers la Taipei 101 afin de commencer ma formation. A noter que les mangas ici ont une forte influence dans la culture taïwanaise, je ne compte pas le nombre de petits animaux mignons, de nourritures ou objets anthropomorphes croisés sur mon chemin. Des publicités qui n'ont l'air dessinées qu'aux enfants, mais qui en fait sont adorées de la population. Ce qui explique pourquoi beaucoup de Taïwanais et Taïwanaises ont ce côté enfantin si prononcé, et s'expriment à coups de k'ai incessant, ce qui veut dire mignon, cute. J'arrive enfin sur place et je constate que Dominique est trop occupé à discuter avec les patrons des stands voisins. Lucie, Pierre et moi-même sommes placés directement derrière les machines sans réelle formation. Pas très professionnel, conseille. J'étais loin de me douter que je n'étais pas au bout de mes peines.