- Speaker #0
Merci à toi de me rejoindre dans ce huitième épisode du podcast de Keep Your Wings. On poursuit notre voyage à Taïwan, mais on quitte enfin le monde des gouffres pour découvrir celui des castings taïwanais. Après un message envoyé sous le coup de l'alcool, je me retrouve sélectionné pour jouer dans une publicité. Bon épisode ! Keep Your Wings, le podcast. Chapitre 8 : Sous le feu des projecteurs. Joyeux Noël et surtout, une bonne fin de travail. Au terme de ce mois de labeur, mes doigts sont brûlés de tous les côtés, mes ongles sont remplis de caramel et mon front sointe la transpiration mélangée à la fumée des friteuses. Ces dernières journées de taf s'est terminée par le démontage du stand et le déménagement de tous les équipements vers la cuisine centrale. Au cours du trajet, j'interroge Dominique quant à la suite de notre collaboration. Malgré les heures supplémentaires indûment payées, il était véritablement mon seul fournisseur d'argent jusqu'à présent. Je pouvais décemment pas me défaire aussi facilement de ce travail. « Alors, c'est bientôt l'ouverture du restaurant Taichung ? » lui demandai-je intéressé.
- Speaker #1
« Ouais, dans quelques jours. »
- Speaker #0
Me souffle-t-il sans relancer la conversation. « Je sais pas si tu te souviens, mais tu m'as parlé d'une place disponible à Taichung lors de l'entretien. Qu'en est-il maintenant ? »
- Speaker #1
« J'aimerais bien, mais je suis pas encore sûr pour le moment. » Faut voir comment le restaurant marche d'abord. Après, tu peux toujours me préparer quelques pâtons de gaufres quand j'en ai besoin, mais ce sera pas tout le temps, évidemment. Écoute, je te dis quoi bientôt ?
- Speaker #0
Lance-t-il évasivement ? Résolu, je me dis que je n'aurai probablement plus jamais de nouvelles de Dominique. Par chance, je reçois quelques jours plus tard un coup de fil me proposant de jouer dans une publicité. En effet, en novembre, je m'étais décidé de suivre les conseils d'un pote, en m'inscrivant à une agence de mannequins. La plus-value des étrangers, déjà constatée depuis deux mois, se confirme également dans ce domaine. Désespérément en quête de nouveaux visages, de nouveaux profils, comprenez d'étrangers blancs, les agences de mannequins ne refusent quasiment personne.
- Speaker #2
Même toi, t'as ta chance, c'est pour dire.
- Speaker #0
M'avait balancé un pote. Sacré coup dans les burnes, merci. J'avais décidé de faire valoir ma différence et me suis lancé dans une lettre de motivation quelque peu enflammée. Chère Madame, Cher Monsieur, « Je m'appelle Sébastien, je suis un Belge de 29 ans à la recherche d'une opportunité de travail en tant qu'acteur modèle. J'ai déjà effectué trois années de théâtre dans lesquelles j'ai puiser confiance et assurance. J'ai, sans doute, un profil qui ne correspond pas aux standards que vous trouverez dans d'autres agences. Mes yeux bleus et mes cheveux gris font mon charme, celui dont manquent cruellement vos autres candidats. Motivé, fiable et mature, j'ai également un solide sens de l'humour. J'ose espérer que vous l'aurez remarqué, cordialement. » Hilar, après la réaction de cette lettre à moitié ivre, je décide d'envoyer quelques photos issues de la pièce que j'avais eu l'occasion de jouer en 2017. Suite à mon message Facebook, je reçois soit dès le lendemain, une réponse pour un entretien.
- Speaker #3
Je souhaiterais t'inviter à venir dans notre studio ce vendredi. Comme ça, je peux t'expliquer notre méthode de travail et prendre plus de photos de toi. S'il te plaît, fais-moi savoir à quelle heure tu peux être disponible. Merci.
- Speaker #0
Une semaine plus tard, je me rends à l'endroit indiqué. Une fois arrivé, Patty, une jeune Taïwanaise, m'explique les règles de ce nouveau travail et prend quelques photos de moi en mode...
- Speaker #3
X-moi. Plus intense le regard. Ouvre un bouton de ta chemise.
- Speaker #0
Je m'efforce de ne pas rire. Je signe alors un contrat avec elle dans lequel est stipulé ce que je peux faire et ce qui m'est totalement interdit, comme par exemple spoiler ou dévoiler un nouveau produit avant que la publicité ne soit officiellement sortie, ne pas tourner pour une agence concurrente, toujours appeler mon agent en cas de proposition de casting ou autre. Les rôles qui ne nécessitent pas de casting sont par conséquent moins bien payés. Cependant, cela représente déjà tellement plus que la vente de gaufres et frites que j'espère qu'une seule chose en avoir plein. Mais voilà, depuis mon inscription en mi-novembre, je n'avais plus de nouvelles de pâti. Ma surprise n'en fut que plus grande lorsque je reçus un message pour tourner dans une publicité. Bien évidemment, j'accepte la proposition sans broncher. Mike, mon colocataire, habitué des tournages, me confie se faire des couilles en or à chacune de ses apparitions À part avoir signé plusieurs contrats d'exclusivité avec des grandes marques Et être apparu dans de nombreuses pubs au volant de voitures de luxe Portant des tenues improbables ou faisant la promotion de casques audio Il est devenu une valeur sûre pour l'agence avec laquelle je travaille également Il adore tellement ce qu'il fait qu'il a même créé une page Facebook pour sa carrière de modèle Sa copine, quant à elle, a signé un contrat pour une marque qui développe des eye mirrors, objets intelligents, qui vous dit quel type de peau vous avez, sur quelle zone appliquer votre maquillage, comment traiter vos problèmes de sébum Tout simplement fascinant Il leur arrive même parfois de travailler ensemble et de réaliser des shootings en couple. Quelques jours plus tard, me voilà devant l'immeuble où sera tournée la publicité. J'emprunte l'ascenseur pour rejoindre le dixième étage. C'est un véritable carrer naôme. Les techniciens courent dans tous les sens, les agents s'égosient après leur protégé, et le big boss parade avec son mégaphone. Il était très facile de repérer les personnes ayant déjà l'habitude de ce petit manège. C'est des vrais connards.
- Speaker #4
Le carré était meilleur l'après-passé. Oh !
- Speaker #3
T'as vu comment ils sont petits les sandwichs cette fois ?
- Speaker #4
Ouais, c'est qu'un plat par personne cette fois.
- Speaker #3
Je vais vite faire un petit live Facebook pour mes fans.
- Speaker #0
Autant de remarques qui me font halluciner, surtout venant de pseudo-stars qui compilent des pubs pour du papier hygiénique et des biscuits à la vanille. Je retrouve, peu de temps après, Patty qui me présente son groupe d'acteurs. Autant le dire franchement, y'a à boire et à manger. Tout type de profils sont recherchés. Grand, mince, chauve, petit, gros. Personne n'est réellement mis sur la touche. Patty est plutôt contente, nous avons tous décroché des rôles importants. Nous jouons les employés de deux compagnies distinctes. qui annonce leur fusion et la création d'une monnaie virtuelle pour concurrencer le bitcoin. Certains de mes camarades ont des rôles parlants, majoritairement des anglophones, soyons francs. Je me concentrerai d'un rôle de composition, comprenez muet. Direction les loges où les stylistes me demandent ce que j'ai amené. Je leur montre mon sac de vêtements. En un seul coup d'œil, ils me demandent de laisser sur le côté et me refilent d'autres fringues. Je passe alors au maquillage, à la coiffure et en moins d'une trentaine de minutes, je suis fin, prêt à tourner. Sauf que les équipes de tournage ne s'entendent pas et traînent. Deux heures se sont déjà éculées et j'aurais encore rien fait si ce n'est m'empiffrer de cake au chocolat. Il faudra encore compter une bonne trentaine de minutes avant que le tournage ne démarre. Le pitch est terriblement mauvais. Une fausse conférence de presse mise en scène dans laquelle des membres des deux compagnies annoncent l'avantage de leur fusion. La création de cette monnaie virtuelle et une scène de fin entre journalistes et membres des entreprises qui se concluent avec des coupettes de champagne. Le tournage en soi était marrant malgré certaines contraintes inhérentes à ce type de métier.
- Speaker #3
On la recée, prise 24.
- Speaker #0
Pour une marche dans un couloir. Un réel. Le plus drôle, c'est que mes camarades acteurs et moi-même avions des fausses identités. Identité, qui selon le script et conseil des responsables de la compagnie, devait faire partie de la stratégie marketing. Des photos ont été prises afin d'être rajoutées sur un site web annonçant la création de cet événement. Nous faisions donc véritablement partie de la compagnie pour le monde extérieur. Nos photos associées à notre fonction devaient faire croire à notre existence et donc à la véracité de cette infomercial, une très belle arnaque. Au final, 8 heures se sont écoulées et je serais parvenu à gagner 7200 NT, 205,70 euros environ. C'est la fête ! En comparaison, après avoir travaillé 10 heures à cuire des gaufres, j'avais gagné 40€. Qu'est devenue la publicité ? Je l'ignore en ce moment même. Mon agent ne l'a toujours pas reçu, serait-elle en post-production, a-t-elle été abandonnée ? Je suis clairement déçu de ne pas avoir pu constater le résultat final et je suis probablement pas le seul. Après cette expérience, je constate cruellement que je ne pourrais rester éternellement sur Taipei. Beaucoup de la vie dans la capitale, beaucoup trop élevé, mon loyer assez cher, 380€ sans charge, et ce travail pour le restaurant belge qui n'est pas assez payé et trop irrégulier. Bref, tous ces facteurs ne me permettent pas de rester ici. Je dis au revoir à mes amis les plus proches et je quitte ma colocation. Mais avant cela, il me restait une personne à voir afin d'annoncer la nouvelle. Fiona reste impassible. Après lui avoir expliqué mon envie de partir vers l'Est pour continuer mon voyage, elle ne sait que répondre.
- Speaker #3
« Je comprends. »
- Speaker #0
Chuchote-t-elle à demi-mot. Je sens une forme de tristesse dans sa voix. Je crois qu'elle était déjà fort attachée à moi. Avec le recul, je me dis que cela ne fait pourtant que deux mois que l'on se fréquente, mais la plupart des Taïwanaises qui ont le profil de Fiona sont très romantiques et cherchent le prince charmant. Je pense qu'elle espérait que j'abandonne mes plans pour rester auprès d'elle. Nous nous quittons sur un dernier baiser au goût amer. La gare s'éloigne et descend dans la station de métro, non sans avoir un léger pincement au cœur. Seul un retour sur Taipei me donnerait l'occasion de la revoir. Il est temps pour moi de prendre la direction de l'Est, réputée comme étant très jolie et considérée comme la campagne de Taïwan. Malheureusement je ne tombe pas dans la bonne saison, en janvier c'est toujours l'hiver ici. Il fait donc pas chaud, il pleut souvent, il vente très fort et l'humidité présente ne me permet pas d'apprécier à 100% la situation. Si le temps évoluait de manière positive sur Taipei avec moins de pluie et quelques éclaircies assez chaudes, J'ai retrouvé des températures peu agréables, entre 15 et 20 degrés dans des hostels qui n'ont évidemment pas de chauffage, qui sont mal isolés et qui ne permettent pas de passer des nuits reposantes. À faute à des matelades dures comme de la pierre et à des Taïwanais qui hurlent dès le lever du soleil, ou qui parlent selon le point de vue, ce qui ne m'échappe pas depuis mon évasion vers l'Est, c'est les déchets présents sur les plages et sur le bord de la route. Si j'avais su à cette époque qu'en comparaison avec le Vietnam et l'Indonésie, Taïwan était plutôt peu pollué, je ne l'aurais pas vraiment cru au début. Ce qui se cache aussi, à chaque coin de rue, n'est pas forcément un déchet, mais une saloperie de clébard prête à vous perter à la moindre occasion. En effet, comme dans d'autres pays d'Asie, ces chiens errants ne sont pas vraiment considérés comme étant des membres d'un foyer à part entière. Mais, ils sont nourris par les habitants. Par conséquent, les chiens protègent ce qu'ils estiment être leur territoire et aboient dès que vous pénétrez ne serait-ce que d'un millimètre dans leur environnement. J'ai toujours détesté les chiens, et c'est pas prêt de s'améliorer à Taïwan. Je pense rage, je crains l'infection à chaque coin de rue, peu importe, je ferai diversion, apprendrai à vaincre cette peur au fur et à mesure. Pour l'anecdote, je me suis fait courser par un chien à trois pattes, pour avoir tenté une technique d'aboiement pour lui faire peur. Oui, j'ai rétorqué un « wouf » à un chien, et je lui ai lancé de l'eau à la gueule, ça l'a fait fuir. Assez d'émotion pour le moment, je continue mon aventure en me dirigeant vers l'Est. Prochaine étape, Royenne.