- Speaker #0
Bienvenue à toi dans ce septième épisode du podcast de Keep Your Wings. Une mise au point avec mon boss Dominique s'impose, alors que je me suis engagé dans un nouvel événement en sa compagnie. Pas de chance pour moi, mais ma nouvelle collègue m'horripile au plus haut point. Bienvenue à Clichéland, commence maintenant. Keep Your Wings Chapitre 7. Bienvenue à Clichéland. Ma relation avec Dominique à la suite du festival de nourriture européenne est quelque peu en dents de scie. Certaines de ses attitudes, réflexions et directives me mettent hors de moi. Je le perçois comme un homme qui délègue sans cesse, mais qui n'est pas capable de prendre son travail à bras le corps. Toute la durée de l'événement, mes collègues et moi-même ne l'aurons que trop peu croisé. Trop occupé à prévoir l'ouverture de son restaurant à Taichung, ce dernier a complètement négligé le festival. Cependant, lorsqu'il s'agissait de se plaindre du chiffre d'affaires, ou de la mauvaise organisation des responsables, du site, alors là, on n'entendait que lui. « Je vais leur faire un procès si ça continue, vous allez voir, tout va s'arranger. » Bref, à l'écouter, Dominique avait solution à tout. Cependant, aucun miracle ne s'est produit, et l'événement était un échec cuisant. Autant, s'il n'était pas aussi présomptueux, j'aurais compris, mais là, c'était clairement l'hôpital qui se foutait de la charité. Afin de pallier ce raté, et surtout d'éviter les soucis que nous avions rencontrés au cours de cette première expérience, Nous décidons, avec mes collègues restants, de prévoir une réunion, afin de mettre nos conditions sur la table. Particulièrement après les révélations de Théo. Mais voilà, l'équipe du départ était totalement dissoute. Pauline et Théo avaient arrêté, Lucie a soudainement disparu des radars, Pierre quant à lui avait été congédié depuis belle lurette, même si nous entretenions encore un soupçon de conversation via Line. Il ne me restait plus que deux autres collègues, et c'est malheureusement celle avec qui j'avais le moins d'affinité qui a décidé de rester. Mais, 24 ans, assez bruyante, très gamine dans son attitude, Les cheveux oranges comme le plumage du phénix et qui ne cessent de raconter sa vie dans les moindres détails. Voilà donc mon second châtiment. Dominique, il faut qu'on parle. Malgré la rencontre prévue avec Dominique, toutes les revendications que j'avais notées sur ma feuille ont été entendues, mais jamais véritablement écoutées. Parmi les plus importantes, les deux exigences suivantes. Un véritable contrat de travail, avec des heures supplémentaires payées comme l'exige la loi.
- Speaker #1
Pour les Taïwanais, une parole suffit comme contrat de travail. On n'en fait quasiment jamais ici. Les heures supplémentaires, ça dépend surtout du travail que vous fournissez. Rester 4 heures devant un stand vide et finir un peu plus tard, ça ne mérite pas d'être payé plus.
- Speaker #0
Rétorque à Dominique. Deuxièmement, une meilleure communication qui informe tout le monde des changements d'horaire, des objets à apporter, de l'inventaire disponible, etc.
- Speaker #1
Évidemment, je préviendrai tout le monde, comptez sur moi.
- Speaker #0
Au final, une conversation qui n'aura absolument servi à rien et qui m'inquiète particulièrement pour la suite. La Chang Chang Woman Mayway de Billy Chou Hua Fu Bing Ba. Cette fois-ci, nous ne faisons plus partie d'un festival. mais nous sommes à un pop-up store, qui prendra ses quartiers près d'un centre commercial luxueux pendant le mois de décembre. Vous savez d'ores et déjà que je pouvais faire une croix sur mon réveillon de Noël. Dominique, voulant économiser de l'argent, n'avait engagé qu'une Taïwanaise en plus pour nous aider au cours des 25 jours d'existence de notre stand de go, frites, chocolat et bière. La nouvelle recrue était Tania, cette petite meuf au style « je suis trop cool » , lavée de beaux yeux bleus, dû au reflet de l'écran de son téléphone qu'elle ne lâchait pas une seule seconde. Un anglais encore moins bon que celui de mai, et aucune réelle conversation. Ce qui rendait les journées de travail encore plus longues que prévu. Cependant, la jeune Tania n'a pas fait long feu, très souvent en retard, le visage aspiré par son Instagram, Line et Snapchat. Un combo parfait pour une mise à la porte. Dominique avait gardé Mei pour son côté travailleur, faut le reconnaître, mais probablement pas pour sa maturité ou son niveau conversationnel. En effet, ces dernières étaient en admiration totale devant les foreigners, les blancs et le monde occidental. Et elle envahissait de logorées nos conversations. Un ramassis d'analyses de comptoirs, d'inepties, de clichés rythmés nos échanges.
- Speaker #2
Tu as déjà travaillé avec des latinos ?
- Speaker #0
Euh, pas que je me souvienne, pourquoi ?
- Speaker #2
Ça te dérangerait pas.
- Speaker #0
Euh, pourquoi ça me dérangerait ?
- Speaker #2
Tu sais, ils sont fainéants, mais ça n'empêche pas de sortir souvent au MKIP.
- Speaker #0
Une boîte dans laquelle la formule All You Can Drink attire de nombreux fêtards sur des airs uniquement latinos. Un comble. Ah bon, et c'est qui tout le monde ?
- Speaker #2
Des amis à moi. Et même, quand on regarde les films, on voit qu'ils sont fainéants.
- Speaker #0
Ah, ok. Mei, peu consciente de mon désintérêt pour ces récits... me déballait toute sa vie, démontrant une nouvelle fois la naïveté qu'elle portait fièrement, ainsi que de nombreuses autres jeunes filles taouanaises, comme une couronne sur sa tête.
- Speaker #2
J'ai couché avec un blanc et je comprends pas. Il a dit qu'il m'aimait et depuis lors il répond plus aux messages. Pourquoi il fait ça ? Je comprends pas.
- Speaker #0
Qui étais-je censé répondre à cette jeune fille ? Mais avait la fâcheuse tendance de prendre tout au premier degré. Et elle ne comprenait pas une once d'humour, d'ironie, ou même qu'il existe d'autres conceptions du monde que la sienne. Elle croyait en l'amour au premier regard, notamment avec son petit ami russe, puisqu'elle se permettait de faire des conversations Skype pendant la journée de travail. Elle déposait son téléphone contre la caisse enregistreuse et était observée par son petit ami, qui passait des heures à la surveiller. Une relation très étrange, particulièrement au vu des récits fin de soirée dont même abreuvaient sans cesse. Elle était également assez barrabe de son ami Tara, une quadragénaire qu'il accompagnait lors de ses sorties et dont la mission principale était probablement de goûter à toutes les queues occidentales qui se trouvaient sur son chemin. Ma première rencontre avec sa pote restera sans aucun doute gravée dans les annales.
- Speaker #2
« Mon amie ne parle pas anglais, mais elle veut savoir si tu veux coucher avec. »
- Speaker #0
« Ah ! » répondit sur le même ton que Denis Brogniard.
- Speaker #2
« Elle fait ça souvent, donc t'inquiète, elle le fait bien. »
- Speaker #0
m'avait rassuré, mais... Probablement la conversation la plus lunaire que j'aurais eue au cours de mon voyage à Taïwan. Une requête que j'ai déclinée étant donné que Tara n'était absolument pas mon style et que son comportement avait de quoi m'inquiéter. J'en mémoire une soirée où la donzelle s'était entichée d'un jeune adolescent de 15 ans lui pétrissant la bouche avec sa langue pendant de longues minutes, provoquant l'inconfort de nombreuses personnes apprenant l'âge de ces dernières. Chaque journée de travail, Mei me racontait ses péripéties et celles de Tara. Un régal pour les oreilles.
- Speaker #2
Tu étais indépendant avant ? Tu gagnais beaucoup d'argent alors ?
- Speaker #0
Ben non, pas tant que ça.
- Speaker #2
Tu devais pas avoir de copines alors ?
- Speaker #0
May avait été élevée dans une conception du monde qui pourrait paraître quelque peu archaïque pour les occidentaux, avec des codes bien précis. L'homme doit être grand et fort, amener de l'argent, payer de magnifiques cadeaux, tandis que la femme doit être faible, intentionnée, répondre aux demandes d'affection de son mari. Il lui arrivait parfois de commenter les messages que nous envoyait notre boss alors qu'elle était complètement bourrée. Mei était le parfait mélange de naïveté asiatique et d'attitude à l'européenne. Un combo qui ne fonctionnait pas dans toutes les situations, et qui lui aurait sans doute coûté sa place dans n'importe quel autre travail. Malgré ses aventures de jeune fille délurée, Mei avait un rêve aux antipodes de sa personnalité. Elle voulait voyager en Europe pour découvrir le monde. Je me souviens l'avoir conseillé, tentant en vain de lui expliquer que ses croyances sur une nationalité n'étaient rien d'autre que des clichés. Elle me questionnait souvent sur les sacs à dos les plus adaptés, sur comment économiser de l'argent, sur son envie d'en apprendre plus sur le monde et de découvrir d'autres cultures.
- Speaker #2
Vous avez trop de la chance en Europe, c'est si facile à visiter. Tout est l'un à côté de l'autre. En train, on peut presque aller partout. J'adore Taïwan, mais je rêverais d'aller en France. C'est tellement beau là-bas. Parfois, je me dis que je ne suis pas née au bon endroit.
- Speaker #0
M'avait-elle avoué au cours d'une journée de travail un peu plus chargée que d'habitude ? Je ne sais pas comment l'expliquer, mais elle arrivait parfois à me toucher. Par ses rêves, son envie et ses naïvetés quelque peu déconcertantes. Mais bon, chasser le naturel et elle revient toujours au galop.
- Speaker #2
Ah ! Vous aimez les noirs, vous ? Parce que Tara, une fois, elle a embrassé un mec dans une boîte et elle voulait le ramener chez lui, tu vois. Et donc on sort de la boîte et là, elle se rend compte qu'il était trop noir pour elle. Elle lui a dit qu'elle n'aimait pas les noirs et qu'il l'avait trompé car il ne lui avait pas dit. Et tu sais quoi ? Bah il l'a giflé. Ils sont violents en plus.
- Speaker #0
À la fin du mois de décembre, je n'avais plus envie d'adresser la parole à Mei.