- Speaker #0
Bienvenue sur l'actu en tête.
- Speaker #1
Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans l'actu en tête, cette actu que nous avons en tête et qui parfois nous entête. Et comme chaque semaine nous prenons le temps de nous arrêter sur un sujet d'actualité, de le regarder autrement, en croisant les faits et les émotions. Et cette semaine nous allons nous arrêter sur une émotion, vous le verrez. Est-ce que la science peut nous aider à comprendre ? Pour nous accompagner avec nous, Fabrice Pastor, qui est neuropsychologue, formateur, conférencier. Et puis, très présent sur LinkedIn, tu travailles Fabrice, depuis de nombreuses années, sur les mécanismes cognitifs, émotionnels et comportementaux avec les enfants et des adolescents. Bonjour !
- Speaker #0
Bonjour cher Didier. Didier Meillerand, je rappelle que tu es journaliste, que tu es président de l'association Psychodon et également commissaire général du Forum national de la santé mentale. Et je dirais, pour faire le lien avec l'épisode d'aujourd'hui, que tu n'as pas peur de poser des questions qui te dérangent.
- Speaker #1
Non, je n'ai pas trop eu. peur de poser des questions qui dérangent, même si parfois, ça a eu des contreparties. Alors, la peur, parlons-en. Cette peur, c'est une émotion parmi les sept que l'on retient de manière générale. Et on a choisi de vous en parler aujourd'hui parce que c'est vrai que parfois, dans l'actualité, il ne faut pas très loin chercher pour avoir peur. On baigne dedans. En ce moment, on a de nouveau des peurs du virus. On nous montre des images violentes où on a peur de l'autre, peur de celui que l'on décrit comme l'écranger, peur de la guerre, peur du lendemain politique, peur du résultat des élections, peur, peur. On la retrouve partout, dans les titres, dans les discours, dans les conversations. Je suggère même que certaines chaînes de télévision cultivent la peur pour des raisons qui leur sont chères ou parce qu'elles sont proches de certaines considérations politiques. et pourtant... On ne prend presque jamais le temps de se demander, mais au fond, c'est quoi la peur ? D'où ça vient ? Pourquoi est-ce que ça nous fait ça ? Et comment on peut comprendre qu'on se laisse submerger par la peur ? Alors aujourd'hui, avec toi Fabrice, on va essayer en plusieurs étapes de comprendre ce qui se passe du côté de notre cerveau quand nous sommes dans la peur, les mécanismes et ce que la science nous en dit. La peur, elle est aussi utile, elle nous protège. Il vaut mieux avoir peur face à un lion ou face à un incendie. Et puis il y a cette peur dans l'actu que nous venons d'évoquer, qui vont délire plus à la guerre. à nos politiques qui parfois ont de quoi nous faire peur. Alors, ce que la science dit de la peur, Fabrice, sur le plan neurologique, toi, comme neuropsychologue, qu'est-ce que tu peux nous dire de la peur ? Parce que tout le monde croit savoir un peu ce que c'est, mais peut-être que tu peux nous aider à le définir précisément.
- Speaker #0
Alors, la peur, c'est une émotion, certes, c'est une émotion qu'on qualifie parfois de primaire, et ce qui veut dire qu'elle est universelle, qu'elle est présente dans toutes les cultures humaines. Et qu'elle a, tu l'as évoqué, une fonction de survie. Elle fait partie de ce que le psychologue Paul Ekman a identifié dans les années 70, comme on le disait, 6 voire 7 émotions de base avec la joie, la tristesse, la colère, le dégoût, la surprise. Parfois, on rajoute la honte également. Alors, peut-être qu'il faut faire un point sur la peur. J'ai envie d'en évoquer une, c'est la peur des araignées. Beaucoup de gens nous disent, voilà, moi, j'ai peur des araignées. J'aime bien préciser que les seules peurs qui sont, on va dire, Alors, c'est un grand mot, mais... génétiques qui nous sont amenés de manière naturelle, que le bébé a, c'est la peur de tomber et la peur des bruits forts. Ce qui veut dire que toutes les autres peurs que l'on va avoir, ce sont des peurs qui nous ont été acquises. La peur des araignées, du noir, ce genre de choses, ce sont des peurs qui nous ont été acquises. Alors, au niveau cérébral, ce qui se passe, c'est finalement assez remarquable. La peur déclenche, plus ou moins selon le stimulus, je dirais, une réponse de stress qui peut être aiguë, voire extrêmement aiguë. Et au centre de ce mécanisme, il y a tout notre cerveau. Parfois, on réduit le traitement des émotions à notre fameuse amygdale, pas celle de la gorge, mais celle du cerveau. Mais il faut toujours garder à l'esprit qu'il est très réducteur de dire que les émotions se situent dans l'amygdale. Il est totalement faux de dire qu'on a, d'ailleurs, je fais un lien, un cerveau reptilien, mais bon, on va dire que dans le cerveau, il y a une zone de notre cerveau qui traite aussi les émotions. C'est l'amidale. Et donc, dès qu'on a un signal qui peut être menaçant, comme un bruit fort, une explosion ou quelque chose, je ne sais pas, une silhouette qui surgit, ça peut déclencher une réponse en cascade. Ça peut déclencher la libération de cortisol, d'adrénaline. Ça peut augmenter le rythme cardiaque. Ça peut amener des tensions musculaires. Notre corps se prépare à réagir, parfois en quelques centièmes de seconde.
- Speaker #1
Alors, c'est ce qu'on appelle parfois... plusieurs façons de faire face à la peur. Il y a, je prends mes jambes à mon cou et je me mets à courir. Et puis, il y a parfois la peur sidérante. Je suis... Ça, c'est le freeze.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. On utilise parfois des termes anglais, le fight, c'est-à-dire le combattre, ou le flight, ça veut dire le fuir. Et on rajoute, comme tu l'as dit, le troisième F, le freeze, ça veut dire se figer. Ce qui est intéressant, c'est que ce circuit, il est hyper rapide, plus rapide qu'une pensée consciente. Notre cerveau reçoit l'information et va réagir avant même que le cortex préfrontal, c'est-à-dire la partie frontale du cerveau qui gère nos... nos fonctions exécutives, notre fonctionnement mental supérieur, et eu le temps d'analyser la situation. Le cortex frontal, lui, arrive parfois après pour contextualiser, nuancer ou parfois rectifier. C'est pour ça qu'on sursaute avant de comprendre que c'est inoffensif. Le corps a déjà réagi. Si vraiment on simplifie, en fait, notre cerveau, nos zones qui gèrent nos émotions vont répondre à un signal et pas obligatoirement à la réalité objective du danger réel. On peut s'emballer face à ça. une araignée, je l'évoquais tout à l'heure, tout à fait inoffensive, mais aussi face à un animal féroce qui va nous attaquer. Ce qui compte, en fait, c'est la concordance avec, je dirais, des patterns de menaces enregistrées dans notre mémoire. Ces patterns, en fait, on les acquiert tout au long de la vie, parfois certes très tôt, parfois sans même s'en souvenir consciemment. C'est ce qui explique pourquoi certaines peurs semblent totalement irrationnelles, mais sont hyper ancrées.
- Speaker #1
Par exemple, quand j'ai peur de Trump et de son imprécision. Peut-être que c'est un peu irrationnel, mais il n'empêche qu'on voit bien qu'il y a des mécanismes qui peuvent éclairer la peur, qui renvoient souvent finalement à la mort dans l'actualité. On le voit aussi avec le virus dont on parlait tout à l'heure, ou les violences urbaines ou le narcotrafic. Souvent, en trame de fond, la peur ancrée, c'est celle de la mort. Et c'est la traduction qui peut être irrationnelle quand on est devant sa télévision. le narcotrafic ou les violences urbaines ne nous mettent pas directement en situation de mort là tout de suite. Alors, plus largement, il y a la peur utile et celle qui sauve des vies, parce que la peur c'est un système de protection. J'ai un lion devant moi, j'ai peur, je me fiche ou je recule. Et je crois qu'il est important de le dire clairement, parce que dans le discours ambiant, la peur est souvent éliminée comme un problème à éliminer, alors que la peur, elle a son utilité.
- Speaker #0
La peur, elle est fonctionnelle. Sans peur, il n'y a pas de vigilance. Et sans vigilance, il n'y a pas de survie. Une personne qui n'a pas peur, ça existe. Il y a des personnes qui n'ont aucune peur. C'est très documenté. Quand il y a notamment des lésions dans le cerveau, on peut prendre des risques absolument inconsidérés parce qu'ils n'anticipent pas le danger. Ils ne se protègent pas. La peur, c'est donc une alerte. Je l'ai dit, elle est ancrée génétiquement en nous parce que s'il y a plusieurs dizaines ou... ou centaines de milliers d'années, si dans un forêt, tu marchais, tu avais un bruit dans un forêt, si tu n'avais pas peur, effectivement, ça pouvait être un petit écureuil qui passait, ce n'était pas grave, mais si c'était un prédateur, un lion qui allait être dévoré, dans la sélection naturelle, celui qui n'avait pas peur, il se faisait manger par le lion. Donc voilà, la peur, c'est d'abord une alerte. C'est une information que le cerveau nous envoie. Attention, c'est potentiellement dangereux. Et c'est lorsque elle devient disproportionnée ou chronique, que là, elle peut devenir un véritable problème.
- Speaker #1
On parle souvent de stress en termes négatifs, mais le stress, il est aussi utile.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Le stress peut aussi mobiliser des ressources. La peur prépare à l'action. Le trac, par exemple, c'est une peur qui arrive, qui peut effectivement préparer à l'action. Elle augmente le seuil de vigilance et elle peut effectivement faire en sorte que la personne est beaucoup plus disponible et prête à être sur scène noire. ou à faire quelque chose. En fait, ce qui va poser problème, c'est l'intensité de ce stress, s'il est aigu ou la durée. Une peur qui va être brève, qui va être bien traitée, ça peut être une bonne information. Une peur par contre qui est chronique, qui est diffuse, qui s'installe dans la vie quotidienne et qui peut parfois ne pas avoir d'objet, je dirais clairement identifiable, sur lequel on peut clairement mettre des mots, c'est là qu'on va glisser petit à petit vers quelque chose qui est un petit peu plus problématique. Et il faut dire aussi, c'est que La peur, je l'ai dit, elle peut être apprise. Elle peut aussi être désapprise, donc par, notamment, des suivis de la psychothérapie. C'est ce qu'on appelle l'extinction de la peur conditionnée. Le cerveau, il est plastique. Il peut apprendre quelque chose, désapprendre quelque chose. Je ne dis pas que c'est simple, mais effectivement, c'est quelque chose qui peut avoir lieu et se faire, notamment, comme je l'ai dit, dans certaines thérapies.
- Speaker #1
Et alors là, ça me fait penser à une peur que je vous partage. Je me rappelle, en 2022, la première fois où je suis rentré sur la scène de l'Olympia. avec en face de moi 2300 personnes sur cette scène anglématique, l'Olympia vous imaginez ? les caméras du groupe Canal+, j'allais accueillir des stars de la chanson, dont notre parrain Yannick Noir, je ne vous dis pas la peur, j'étais complètement tétanisé, et dans les oreilles, j'avais un chrono où on me disait « Attention, 5 secondes, 4, 3, 2, 1, antenne ! » Et là, tout s'allume, et le tournage commence, j'étais complètement sidéré, et pourquoi je vous dis ça ? Parce que je vous partage l'expérience qu'en fait, la peur, ça s'arrange comme un exercice qui peut nous propulser vers ailleurs. Concrètement, ce jour-là, je me suis dit, met tes pieds au sol, tiens-toi droit, regarde en face, concentre-toi sur les premiers mots. Et en fait, la peur, elle peut nous donner à tous un exercice qui nous grandit, parce que tu as le choix d'être débordé et ça va aller. Comme dirait les plus jeunes, ça va partir en bris, ça va être dans n'importe quoi. Ou alors tu vas la canaliser, l'utiliser, en faire un exercice pour grandir. Donc beaucoup d'entre vous peuvent y arriver. La peur dans l'actualité, là, comme journaliste, je l'ai un peu vécu aussi. Je me suis parfois retrouvé dans des situations où on a un peu peur de ce qu'on entend ou de ce qui nous arrive. Et aujourd'hui, c'est virus, guerre, narcotrafic, violence. qui, autour de nous, développent des peurs collectives partout. Et puis peut-être des conflits. On en vient même à se dire qu'un jour, on va se prendre une bombe sur la France ou sur Paris. En fait, qu'est-ce qui se passe dans nos cerveaux quand on est exposé à ces peurs-là, Fabrice ?
- Speaker #0
Ces peurs ont toujours été présentes dans l'histoire de l'humanité. Alors, ces peurs, elles ont quelque chose de particulier. C'est que ce sont des peurs qui, notamment pour tout ce qui est lié à la guerre, c'est un peu une peur sans présence. Il y a un signal qui est présent. qui n'est pas immédiat, il n'est pas sensoriel, il n'y a pas un truc qui va nous sortir immédiatement. Il est un peu latent. Donc ça vient des représentations, ça vient des discours, ça vient des images, ça vient, tu l'as évoqué tout à l'heure aussi, des chaînes d'infos dans certains cas. Et c'est là que quelque chose peut se produire de manière assez intéressante. C'est que notre cerveau ne va pas vraiment faire les différences entre une menace qui est vécue et une menace qui est représentée. Si l'exposition est suffisamment intense et répétée, notre cerveau peut s'activer à la lecture d'un titre de presse absolument alarmant, à l'écoute d'un discours qui met en scène une menace, certes, mais si cette activation est permanente, là, je le disais tout à l'heure, un entretien, un climat de vigilance un peu chronique, ça, ça épuise notre système nerveux.
- Speaker #1
Cette surexposition à la peur peut rendre la personne complètement irritable. Et évidemment, avec des manifestations qui peuvent être incohérentes, voire phobiques. C'est d'ailleurs parfois des tentations, pour certains, certaines de manipulation, en créant des peurs phobiques qui vont amener à prendre des positions particulières.
- Speaker #0
Oui, d'ailleurs, la peur de l'étranger qu'on peut évoquer, elle met en évidence un point de rencontre justement entre les mécanismes émotionnels qu'on a évoqués juste avant et aussi des mécanismes sociaux. On parlait de l'amidale tout à l'heure. Cette amidale, elle peut avoir une sensibilité particulière, notamment au visage de notre groupe d'appartenance. Et elle peut aussi s'activer, maintenir une sorte d'activation lorsque des visages sont perçus comme étant étrangers. C'est un effet qui est surtout marqué lors d'expositions brèves. Évidemment, on a fait des études en dessous de 30 millisecondes. Et ça s'atténue quand le cortex préfrontal a le temps de moduler la réponse. C'est une étude qui date notamment de 2004. Donc, ce biais... Ce n'est pas une donnée morale, je précise. Ça reflète un mécanisme dont la fonction originelle ici était protectrice, même si sa configuration dépend aussi autant de l'apprentissage culturel que de l'héritage évolutif. Mais ce qui rend ce circuit vulnérable à une instrumentalisation, c'est sa dynamique. Parce qu'un discours qui désigne répétitivement un groupe comme étant une menace, ça active l'amidale. tout en réduisant l'activité de notre fameux cortex préfrontal. Donc c'est ce qui explique que les représentations symboliques d'un groupe puissent parfois produire des réponses physiologiques d'une intensité comparable à celle générée par un danger concret.
- Speaker #1
Qui parfois a des répercussions, qui sont des manifestations de haine. Alors est-ce qu'il y a un lien à faire entre la peur et puis... puis des explications qui seraient neurologiques.
- Speaker #0
Alors, la haine, elle est souvent une réponse à une peur qui a été mal traitée, ou alors, et ça c'est important, délibérément amplifiée. On ne naît pas avec la haine de l'autre. Ça, il faut vraiment le rappeler. On ne naît pas avec la haine de l'autre. On naît avec une méfiance envers la personne inconnue. Mais ça, ce n'est pas du tout la même chose. La haine, elle est construite, elle est apprise et elle est... entretenue. Et elle s'entretient souvent via ce levier qu'est la peur, parce que la peur est l'émotion la plus mobilisatrice. Elle capte l'attention. Elle polarise et parfois, on l'a vu, elle simplifie. C'est pour ça qu'elle est si souvent utilisée dans les discours de manipulation.
- Speaker #1
Et c'est comme ça qu'on peut comprendre comment une chaîne comme CNews capitalise sur la peur de l'autre, la peur de l'étranger, pour faire de l'audience dans une typologie communautarisme. Et d'ailleurs, on peut s'inquiéter sur ce type de dérive où aujourd'hui, il n'y a plus de presse du commun. Il y a des presses qui sont très... polarisé et qui, justement, s'appuie sur des peurs. Alors, il faut, là aussi, prendre de la distance par rapport à ces peurs qui sont manipulées, instrumentalisées. Comment faire ? Parce qu'on ne peut pas demander aux personnes d'éteindre leur mécanisme du cerveau ou d'amidale dont tu nous parles.
- Speaker #0
Oui, parce que, certes, on peut, je dirais, entraîner son cortex préfrontal. un peu à reprendre le dessus. Comment est-ce qu'on peut faire ? En fait, il faut faire un pas de côté. Il faut essayer dans ces moments-là de prendre un peu de recul. Je ne dis pas que c'est toujours simple, mais on peut se demander cette peur que je ressens, elle vient de quoi concrètement ? Est-ce qu'il y a un risque actuellement ? Est-ce que je suis en train de réagir à quelque chose ou à une représentation de ce quelque chose ? C'est une stratégie de régulation émotionnelle qui consiste finalement à changer le sens qu'on donne à une situation pour modifier... potentiellement pour tenter de réduire l'impact émotionnel. Donc ça ne supprime pas la peur, évidemment, mais ça peut redonner des proportions tolérables. Et donc ça passe aussi par la réduction de l'exposition aux sources d'amplification. On ne peut pas décider de ne pas consommer des flux d'informations anxiogènes en continu, tu le disais. Donc voilà, je dirais que c'est une sorte d'hygiène cognitive, d'hygiène de vie cognitive.
- Speaker #1
On va prendre un exemple très précis que j'ai encore entendu ce week-end. Ah ouais, mais à la télévision... J'ai vu encore dans les manifestations des camions de police se faire caillasser. Et c'est toujours les mêmes qui caillassent les camions de police. Et j'ai même entendu une horreur comme « c'était encore des Arabes » . Alors moi, j'ai répondu « mais c'est quoi des Arabes ? Tu sais que ça n'existe pas ? » Fin de la parenthèse. Et aussi, je lui ai répondu « mais pourquoi ? Tu t'es demandé ? Est-ce que tu t'es demandé comment ça se faisait qu'on ne te montrait que les camions de police caillassés ? » Parce qu'il y avait plein de camions de police dans plein d'autres quartiers qui n'étaient pas caillassés. Mais on a voulu, dans un flux d'informations, montrer une situation anxiogène, activer les mécanismes de peur pour faire croire, pour faire penser, pour faire adhérer au fait que c'est une situation répandue et collective et que le problème, c'est bien cette peur de l'autre, c'est bien cette forme de racisme-là. Mais en fait, il y avait un camion ou deux camions caillassés, il y en avait 300, par exemple, dans Paris, qui n'étaient pas caillassés. Donc la peur, elle est manipulatoire dans l'information. Quand vous voyez une image, il faut se demander pourquoi on me montre ça ou comment ça se fait qu'on me montre ça. Qu'est-ce que ça dit de la peur que je reçois ? Autrement, la peur est insale. Elle peut devenir pathologique. Elle peut déployer des phobies, des anxiétés. Quand elle sort du cadre fonctionnel et cohérent.
- Speaker #0
La peur, dans sa définition, je dirais stricte, elle a un objet qui peut être identifiable et qui peut être parfois présent. J'ai peur de ce chien, j'ai peur du vide, j'ai peur de prendre cet avion. C'est une réponse à une menace qui précise. Par contre, l'anxiété, c'est une anticipation d'une menace future, qui est souvent floue, qui est souvent diffuse. Par exemple, je suis anxieux à l'idée que quelque chose pourrait mal tourner, sans que quelque chose soit clairement défini. C'est une forme de peur qui est projetée dans le futur et qui peut exister sans aucun déclencheur externe qu'on puisse identifier.
- Speaker #1
Alors, les phobies, par contre, c'est un cas particulier. C'est quand même une peur très intense.
- Speaker #0
Oui, c'est un cas particulier. C'est une peur qui est irrationnelle, qui est intense, qui est persistante et qui est déclenchée par un objet ou par une situation qui est spécifique. Et donc, elle entraîne ce qu'on appelle un évitement. Et c'est justement ce critère d'évitement qui est ici central, parce que la personne, elle organise sa vie pour ne pas être exposée à ce qu'elle craint. La claustrophobie, c'est la peur des espaces clos. tu es aussi là Phobie sociale, c'est la peur d'être jugée, d'être observée, d'être évaluée de manière négative dans des situations sociales. Ce qui est commun à toutes ces phobies, c'est ici que la réaction est disproportionnée par rapport à la menace qui est réelle et que la personne en est souvent tout à fait consciente. Mais ça ne change rien. En fait, la conscience de l'irrationalité n'est pas suffisante pour désactiver la réponse. La personne, elle sait qu'elle a peur et elle sait que... Parfois, c'est totalement irrationnel, cette peur. C'est pour ça qu'on ne guérit pas d'une phobie en se raisonnant, en disant, voilà, ça vient se passer. Il faut passer par plein de choses, par la thérapie, par le corps, par l'exposition, par la restructuration, etc.
- Speaker #1
Pendant longtemps, on disait aux gens, confrontez-vous à ce qui vous fait. peur, mais ce n'est pas tout à fait aussi simple que ça.
- Speaker #0
Oui, en fait, ce qu'on voit, c'est que c'est surtout l'exposition graduelle qui fonctionne. C'est un peu le traitement de référence de la majorité des phobies spécifiques. On expose progressivement la personne à ce qui lui fait peur, petit à petit, dans un cadre évidemment très sécurisé, jusqu'à ce que son cerveau apprenne petit à petit que la menace n'est pas réelle. C'est l'extinction par habituation. Et justement, les thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles, les TCC, TCC-E, fonctionnent un petit peu sur ce principe. Ce qui a changé ces dernières années, c'est qu'on commence à utiliser justement la réalité virtuelle pour ça. On peut exposer quelqu'un de manière virtuelle avec un casque de réalité virtuelle à la hauteur, aux avenirs, à une situation sociale qui est difficile. Et les résultats sont d'ailleurs très intéressants parce que le cerveau, encore une fois, réagit aux représentations presque comme des réalités.
- Speaker #1
Je vous renvoie aussi au travail très intéressant de Pierre David sur la dépolarisation. Il a beaucoup travaillé avec des champions olympiques qui avaient peur de déchets, qui avaient peur de performer. Pour les troubles plus généraux que sont les troubles anxieux, il y a de l'anxiété chronique aux attaques de panique. L'anxiété, c'est une des pathologies qui altèrent la santé mentale.
- Speaker #0
Alors, déjà, le traitement dépend du tableau clinique parce que l'anxiété généralisée, les troubles paniques, l'état de stress post-traumatique, ce sont des Merci. des entités qui sont distinctes et qui méritent des approches adaptées. Il y a quand même quelques constantes. La psychothérapie, déjà les TCC, j'en ai parlé, mais aussi le MDR pour le trauma sont des choses qui sont efficaces et documentées. On a aussi d'autres types de thérapies, basées sur la pleine conscience, qui ont montré des effets modérés sur la régulation du système nerveux autonome. Et puis évidemment, dans certains cas, certaines médications, évidemment sous avis médical, comme des anxiolytiques ou des antidépresseurs, peuvent être tout à fait indiqués, toujours, évidemment, en complément d'un suivi thérapeutique. Ce qui est important à dire, c'est que les troubles anxieux sont parmi les troubles mentaux les plus fréquents et aussi les plus sous-diagnostiqués et sous-traités parce qu'on les banalise et parce qu'on dit aux gens « c'est dans ta tête » ou « allez, un petit peu de courage » .
- Speaker #1
Je vous invite, et là je reprends ma casse-tête de journaliste, à parfois avoir peur de vos peurs. C'est-à-dire que quand j'ai une peur, si j'ai peur... Il faut peut-être que je me dise, mais pourquoi j'ai peur en fait ? Qu'est-ce qu'on a voulu dire ? Qu'est-ce qu'on veut me faire croire ? Et prendre de la distance avec ses propres peurs, c'est peut-être évidemment un premier pas avant de la faire prendre en charge, comme tu nous le disais. Fabrice, il y a peut-être à retenir que la peur n'est pas qu'un ennemi.
- Speaker #0
C'est une information. La peur, elle est manipulable et en preuve de conscience, c'est déjà finalement un peu sans libérer, je dirais.
- Speaker #1
Pour terminer, j'aimerais que l'on termine avec « et que là » . peur est toujours une expérience à vivre. Et ça m'a fait penser à une citation très célèbre de Nelson Mandela qui est nue sur une philosophie de vie où l'échec, la peur de l'échec, n'existe pas parce que chaque expérience, comme la peur, est soit un succès, soit une leçon à apprendre. Et Nelson Mandela nous disait « je ne perds jamais, soit je gagne, soit j'apprends » . Et il a prononcé cette phrase lors de son investissement. à la présidence de l'Afrique du Sud en 1994. C'est-à-dire que nos peurs sont des expériences à observer, sont des sources de progrès. Et je pense que c'est une belle idée, Fabrice, pour terminer.
- Speaker #0
Oui, c'est une belle idée.
- Speaker #1
Nous nous retrouverons la semaine prochaine pour un autre numéro de l'Action Tête. Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente période de vie dans les jours à venir à expérimenter vos peurs. À bientôt.
- Speaker #0
Apprenez à expérimenter vos peurs, je pense que c'est la phrase de la fin. Merci à tous. Et à très bientôt pour un nouvel épisode de L'Actu en Tête.
- Speaker #1
Au revoir.