- #Fanny
L'art de l'attention donne la parole à celles et ceux qui ont fait de l'attention un art de vivre. C'est un podcast de conversation pour explorer une autre manière d'habiter le monde, plus juste, plus sensible et plus poétique. L'art de l'attention, conversation avec Fanny Auger. Vous souvenez-vous d'un endroit où vous vous êtes sentie vraiment reçue ? Pas bien servie. mais vraiment reçu. Vous avez eu l'impression qu'on vous attendait, vous et pas un client. La saveur d'une figue fraîchement cueillie, rien que pour vous. Votre nom prononcé correctement, sans avoir à le répéter. Quelqu'un qui a remarqué que vous aviez froid, juste avant que vous le disiez. Ce que ces moments ont en commun, c'est un mot. Hospitalité. Un mot que je trouve magnifique parce qu'en latin, hospes désigne à la fois celui qui accueille et celui qui est reçu, comme si les deux ne faisaient qu'un. Une vraie hospitalité transforme les deux personnes. Celui qui reçoit est aussi déplacé, enrichi, touché par la présence de l'autre. Accueillir quelqu'un, au fond, c'est lui faire une place, dans un lieu, dans un temps, mais aussi dans son attention. Une conversation véritable, c'est exactement ça, une forme d'hospitalité invisible. Quand nous écoutons sincèrement quelqu'un, nous lui... ouvrons un espace où il peut apparaître sans être immédiatement jugé, interrompu, corrigé voire utilisé. Un espace où l'on peut simplement être. Notre invité aujourd'hui est Thierry Tessier. Depuis plus de 25 ans, il explore la même question. Comment faire de l'hospitalité un acte vivant plutôt qu'un service formaté ? À Dar Arlam, sa maison des rêves au Maroc, et à travers l'aventure 700 000 heures, Et 700 000 heures impact, il réinvente patiemment les manières d'accueillir, de voyager, de rendre au lieu et aux gens leur âme. Depuis que l'on se connaît, nos conversations fusent et me laissent chaque fois bousculer et inspirer. Je suis très heureuse de pouvoir partager nos échanges avec vous, chers auditeurs. Thierry a le regard vif et profond et il est toujours bronzé. J'ai la chance de l'attraper entre deux voyages. Il me reçoit chez lui, à Montmartre. où nous vivons à quelques minutes l'un de l'autre, chacun avec le Sacré-Cœur, comme panorama et sans doute comme boussole. Nous avons eu un coup de foudre amical dès notre première rencontre, mais pour mieux vous accueillir à notre table, autour de ce thé, chers auditeurs, nous essaierons de conserver un vouvoiement inclusif. Bonjour Thierry.
- #Thierry
Bonjour.
- #Fanny
Alors, je voudrais ouvrir, commencer avec cette phrase de Jacques Derrida. qui commence votre manifeste. On va parler tout à l'heure, bien certainement. Cette phrase, elle résonne, et je vous la donne. Un acte d'hospitalité ne peut être que poétique. Thierry, quand vous l'entendez, qu'est-ce que ça vous dit ? Est-ce que ça vous définit ?
- #Thierry
Alors oui, définitivement oui. Je pense que la poésie, aujourd'hui, est ce dont on a le plus besoin, la beauté. Je suis convaincu que nous formons tous la même énergie. Nous sommes tous partie prenante de la même énergie. Et je pense que quand il y a des événements qui malheureusement sont tragiques ou dramatiques, il faut essayer d'équilibrer à notre niveau en essayant d'apporter un peu plus d'ondes positives. Pour créer une balance, ça ne changera peut-être rien, mais je pense que c'est important. Définitivement, oui.
- #Fanny
Alors, pour revenir un tout petit peu sur ce qui vous a mené là où vous êtes aujourd'hui, par les chemins de traverse évidemment, vous avez fondé dans les années 90 une agence qui s'appelait Levé de Rideau et dont la devise était déjà la culture de l'attention. Vous avez compris pourquoi ça m'interpelle. A l'époque, qu'est-ce qui vous avait mis sur cette piste ?
- #Thierry
De la culture de l'attention. Parce que je pense que ce sont les détails, c'est l'attention que l'on porte aux personnes qui font la différence. Aujourd'hui, si je fais un parallèle avec le métier que j'opère tous les jours, qui est celui de l'hospitalité, et je fais un distinguo entre hôtellerie et hospitalité, dans l'un nous avons un acte transactionnel, dans l'autre nous avons une vraie relation humaine. Et ce que vous disiez dans votre introduction est juste, c'est l'hôte est des deux côtés.
- #Fanny
J'ai un bon inspirateur.
- #Thierry
Et je pense qu'on s'est trompé avec la notion d'hospitalité comme on a l'industrie de service. Ce n'est pas du service. Je ne suis pas d'accord sur le fait que sous prétexte qu'une personne a payé, elle a tous les droits. Non, elle a des devoirs également. Et je suis beaucoup plus à l'aise avec la... avec la définition de la relation à l'autre. Pour moi, l'hospitalité, c'est une relation à un autre être humain. Et ce n'est pas une relation évidente. Il faut qu'elle se construise, il faut qu'elle soit basée sur la confiance et l'attention. C'est-à-dire que pour moi, depuis le début, si j'essaie de me rappeler les moments que j'avais avec le Védrido, ce n'était pas répondre aux questions... Un de mes clients à l'époque, c'était d'entendre ce qu'il ne disait pas. Et pour cela, il fallait être attentif et il fallait lever les yeux, il fallait être curieux, il fallait avoir envie. de cette relation avec ces clients. Ce n'étaient pas des clients, c'étaient des êtres humains à leur tour avec une problématique et on allait essayer de les accompagner dans cette problématique. Et j'ai le souvenir d'un moment que l'on avait organisé pour les équipes pour essayer de leur faire comprendre à quel point il était important de lever les yeux, le nez, je ne sais pas, essayer d'absorber. Tout ce qui fait notre quotidien. Il y a Bruno Verjus qui m'a dit, il y a de cela très peu de temps, que ce qui était incroyable dans la créativité, c'était qu'il fallait juste rester conscient de la porosité de notre peau. Il fallait faire attention à tout ce qu'on allait emmagasiner. Et non pas juste avec les yeux, ou avec le nez, ou avec la bouche, ou les oreilles, non mais aussi la peau. Il fallait être attentif à la porosité de notre peau pour absorber et pouvoir ensuite échanger.
- #Fanny
Dans le podcast sur l'art de l'attention justement, j'ai essayé de tendre le micro à des gens très différents et qui exercent cette attention de manière différente. Et notamment, j'ai été sur l'art du toucher dont on parle moins, parler de cette porosité de la peau, en interviewant Gwen Libouban, qui est réflexologue et dont le métier... et de toucher les gens dans leurs racines, puisqu'elles touchent les pieds. Et elle cultive vraiment une attention à partir du toucher, qui n'est pas le sens le plus valorisé. Un autre sens qui a été promu à mon micro, c'était celui de l'olfaction, avec Mathilde Laurent, qui crée les parfums de quartier. Elle me dit souvent, je vois, je visualise, je sens un parfum avant qu'il n'existe. ma mission. c'est ensuite de le restituer. Et vous, vous parlez beaucoup de la vue, mais de manière très holistique finalement. Et je crois que vous vouliez nous raconter cette anecdote alors.
- #Thierry
Oui, j'ai demandé à un guide, un guide touristique de Paris, de venir nous faire la visite de notre rue.
- #Fanny
Pour vos équipes alors ?
- #Thierry
Oui, j'ai bloqué tout le monde de 5h à 7h en disant pas de réunion, pas de rendez-vous à l'extérieur, on reste tous ensemble. Et pendant deux heures, on va aller visiter notre rue, juste découvrir la rue du Cherche-Midi, puisque nos bureaux étaient dans ce quartier-là. Et pendant deux heures, on a découvert un univers que l'on ne pouvait même pas imaginer. J'ai le sentiment que de leur montrer que si on sait regarder, il y a toujours quelque chose à voir, c'était assez révélateur pour les équipes. et je pense que... travailler, je parle beaucoup d'hospitalité sensible ou invisible aujourd'hui, et c'est la différence justement par rapport à cette transaction où c'est une industrie qui devient de plus en plus corporate, on parle d'intelligence artificielle qui arrive, on parle de nouvelles technologies, très bien, de toute façon c'est le sens de l'histoire de l'humanité. En revanche, au plus nous irons dans un sens, au plus nous aurons besoin de cette relation à l'autre humain. Et je pense que justement, en tant qu'hôtelier indépendant, la carte à jouer aujourd'hui est de se concentrer sur cette hospitalité invisible, à l'inverse des process que des grandes marques vont devoir mettre en place et développer dans le monde entier, mais qui vont effacer petit à petit la totalité de la porosité.
- #Fanny
Absolument. Et c'est une question que je me pose souvent. Est-ce qu'on peut apprendre à mieux voir ? Là, vous parlez de cette expérience avec le guide qui vous emmène dans votre propre rue et qui vous invite à regarder différemment. Ça me rappelle le travail de l'artiste et chercheuse Alexandra Horowitz, dont on a déjà parlé ensemble, qui a fait un documentaire et un livre qui s'appelle On Looking, Eleven Walks with Expert Eyes, où elle traverse son quartier, elle fait onze fois le tour du pâté de maison où elle habite, avec onze personnes très différentes, comme un architecte. qui lui raconte le quartier d'une certaine manière. Elle habite à New York. Un aveugle. qui va sentir d'autres choses, un chien qui va s'arrêter ici ou là pour respirer ou faire ses besoins, un géologue qui va lui raconter aussi les sols, voilà. Et donc, 11 personnes qui l'emmènent comme ça voir différemment avec leurs 11 pères dieux différentes le quartier. Et je me demande ça pour ceux qui nous écoutent, qui sont dans l'hospitalité ou même sans travailler dans l'hospitalité, mais qui ont envie de voir les choses différemment. Est-ce que vous avez des... des conseils à leur donner ou des idées ? Comment est-ce qu'on s'y prépare ? Parce que j'ai l'impression que c'est un travail autant intérieur qu'extérieur finalement.
- #Thierry
Je pense que c'est une curiosité de tous les instants. Et il ne s'agit absolument pas de penser que c'est acquis. En fait, il n'y a pas de niveau, il n'y a pas de challenge à avoir. Il faut juste s'ouvrir et être heureux de tout ce que l'on va croiser. En plus, ça a un bénéfice caché qui est... Ce qui est étonnant, c'est que le temps vous paraît plus long. Je prends un exemple, si vous faites le même trajet tous les jours pour aller à votre travail, en passant par les mêmes rues, en vous arrêtant au même café pour commander le même café, et ainsi de suite, le temps va vous paraître beaucoup plus vite que si vous vous forcez à changer d'itinéraire tous les jours, à changer de café, à ne pas commander le même café au même endroit. Et petit à petit, vous allez hacker votre cerveau qui va avoir l'impression que non seulement... Dans le côté, vous allez découvrir plein de choses puisque vous regardez, vous ressentez, mais en plus, vous allez découvrir que le temps va vous paraître plus long.
- #Fanny
Mais il paraît que la plupart des accidents, il se passe, je crois que trois quarts des accidents, ils se passent sur des trajets déjà connus parce qu'on ne regarde plus justement, on ne fait plus attention pour revenir au thème du podcast. Et donc, c'est là où on fait des erreurs parce qu'on est en mode automatique. Alors vous, justement, le mode automatique, c'est tout ce que vous détestez, je crois. dans l'hôtellerie ou dans le monde de l'hospitalité. Vous dites que l'hôtellerie contemporaine, elle cherche à faire rentrer ses hôtes dans un process, alors que ce sont des gens, des gens vivants, avec une histoire. Alors chez vous, à Dar-Arlam, comment est-ce que l'accueil commence réellement ? Qu'est-ce que vous faites concrètement dans les premières minutes ?
- #Thierry
Alors, ça commence même avant, parce que je pense qu'on oublie un peu trop le temps d'avant-voyage, comme on oublie le temps d'après-voyage. Généralement, après voyage, il y a un questionnaire de satisfaction. C'est un peu délicat, je trouve, une fois qu'on a fait rêver à nos hôtes. Avant, j'ai toujours été embêté par le fait que vous prévoyez des vacances longtemps à l'avance. Et donc, vous réservez, mais parfois six mois, un an même à l'avance. Et qu'est-ce qui se passe pendant tout ce temps ? Absolument rien. C'est-à-dire que vous avez l'excitation d'avoir réservé. Vous êtes délesté de votre compte puisque vous avez validé votre réservation. Et ensuite, vous avez reçu un email de confirmation. Et quelques temps avant, éventuellement, vous allez commencer à avoir un petit questionnaire sur comment vous avez envie de voir le lieu, comment vous avez envie de le vivre au quotidien. Généralement, c'est aussi pour savoir si vous avez des allergies ou des contraintes alimentaires, des choses comme ça. Mais on est loin du rêve qui vous a fait basculer si on allait vivre ce moment dans cet endroit. Et donc nous avons créé un site internet caché qui s'appelle Prélude et dans lequel on vous donne un code d'accès quand vous réservez qui vous permet de découvrir notre univers sans qu'on en dévoile trop mais pour jouer avec nous. Voilà, vous allez avoir un certain nombre d'informations sur nous à demi-mauve et pouvoir vous divertir. Il y aura même un compte à rebours les derniers jours. Et parmi ce compte à rebours, il y a tous les jours une fenêtre qui s'ouvre. Et il y en a une que j'aime beaucoup qui est « Pourquoi vous avez décidé de venir nous voir ? » Et on vous invite à prendre une feuille de papier et à mettre quelques mots. Et laissez cette feuille dans une enveloppe ou juste comme ça posée sur votre table de chevet, vous allez l'oublier. Mais quand vous allez rentrer de votre voyage, vous allez la retrouver et vous allez pouvoir savoir ce que vous attendiez de ce voyage, pourquoi vous avez décidé de voyager, pourquoi vous avez choisi de venir par exemple au Maroc et pourquoi vous avez validé une réservation à Dar al-Hamm. Et ça, ça m'intéresse parce que je n'aurai pas accès à ces mots-là, mais quand vous allez arriver, on va vous demander si vous l'avez fait. Et vous allez nous dire non mais c'est bon, vous voyez que j'ai déjà fait, j'avais déjà... à closer le deal que j'étais en train de faire, où j'avais les bagages à faire. Il y a dix mille raisons de ne pas l'avoir fait. Mais ne pas l'avoir fait et nous le dire, c'est déjà ouvrir la porte à une conversation qui est... Mais ça, je comprends tout à fait, c'est encore une idée de Thierry. Vous ne vous inquiétez pas, vous n'êtes pas le seul. Moi, je ne l'aurais jamais fait non plus. Mais si vous aviez eu le temps, qu'est-ce que vous auriez écrit ? Et tout d'un coup, la conversation est lancée. Et ça, c'est intéressant parce que c'est à ce moment-là que l'on va créer le programme avec ces personnes de ce qu'ils ont envie de faire avec nous. Mais auparavant, pour les amener là, en fait, nous, on n'a pas de réception. Il n'y a pas de front desk, j'ai juste une entrée traditionnelle, parce qu'il y a une entrée classique dans une casse-bas, la Dar al-Hams est une ancienne casse-bas, et il y a dans cette casse-bas un chemin traditionnel qui laissait le temps aux femmes et aux enfants de se cacher, de se protéger quand un étranger arrivait. Et on vous fait passer par cet endroit-là, et le premier contact que vous avez, c'est une odeur. Vous parliez d'odeur tout à l'heure. C'est une odeur qui a été créée par Olivia Giacobetti et qui vous accueille. Donc le premier contact avec cette case basse, c'est une odeur. Après, vous parliez également du sens du toucher. J'ai réalisé la décoration de cette case basse sur le toucher. C'est-à-dire que je suis totalement d'accord avec vous, personne ne s'intéresse au toucher, alors que je trouve que le contact est assez important sur une matière brute. Ça peut être très sensuel, mais ça peut être aussi extrêmement... Ça peut vous rejeter, vous pouvez avoir ce sentiment-là. Et si vous y réfléchissez, les premiers réflexes du matin, c'est du toucher. Vous allez allumer une lampe, un interrupteur, vous allez ouvrir des rideaux pour savoir s'il fait beau dehors.
- #Fanny
Passer la main dans le lit, sur les draps frais.
- #Thierry
Vous avez du toucher, Et donc j'ai commencé... à la décoration de la Casbah par le toucher.
- #Fanny
Donc, si je récapitule un peu, tout se passe déjà avant. Ce n'est pas on arrive le jour J et on y est. On arrive dans l'avion un peu en vrac, comme on le fait tous souvent, la tête encore dans ses trucs, etc. Et ensuite, il nous faudra quelques heures ou quelques jours pour lâcher prise. Déjà, cette idée de prélude, je la trouve très musicale, évidemment, et très poétique, un acte poétique. Donc, de se dire, et j'essaie de réfléchir à nous, à moi, à nos auditeurs, comment est-ce qu'ils peuvent aussi s'en inspirer, peut-être, quand on lance une invitation à dîner. Là, dernièrement, j'ai lancé une invitation pour le 25 juin, ça me paraît dans presque deux mois. Néanmoins, on pourrait, effectivement, graduer l'invitation. C'est ce que dit aussi Priya Parker dans les livres « The Art of Gathering » , « L'art d'être avec les autres » , que j'ai publié l'année dernière chez Erol, où elle dit, effectivement, la même chose. quand on fait une invitation pour... Pourquoi ne pas graduer ensuite comme un chemin initiatique vers le jour J et en dévoilant quelque chose de différent pour donner envie d'aller ? Donc il y a ça. Puis ensuite, moi je trouve que vous êtes hyper fort en accueil, Thierry. Alors là, je suis déjà venue chez vous plusieurs fois. La première fois, j'avais à peine enlevé mon manteau que j'avais déjà un cocktail extraordinaire dans les mains. Tout à l'heure, quand j'ai passé le pas de la porte, il y avait une fumée, une odeur qui m'a tout de suite, mais enlacée presque. Merci. Presque charnel aussi. Et vous êtes très très fort dans les accueils. Alors qu'est-ce qui se passe ? J'arrive à Dar al-Hamm. Je suis ce chemin. Ensuite, il y a les odeurs, le toucher qui prend le dessus. Donc il n'y a pas de check-in. Non,
- #Thierry
il n'y a aucun check-in. Aucun. Aucun, aucun.
- #Fanny
Toutes ces cérémonies un peu...
- #Thierry
Non, la seule chose que je souhaite faire, c'est vous faire perdre vos repères. C'est réellement ça. Je pense que... Si je veux pouvoir acter en hospitalité, c'est-à-dire réellement vous recevoir, il faut que je vous amène à un moment où vous allez lâcher prise. Et pour ça, vous devez perdre vos repères. Donc dans cette maison, il n'y a pas de clé. Il n'y a pas de panneau directionnel. Vous ne savez pas où vous êtes. Vous vous perdez, mais je retrouve les gens. C'est assez intéressant de se dire que, par exemple, il y a sept suites dans la Casbah. Il y en a sept dans le jardin, mais il y en a sept dans la Casbah. Les sept ont la même porte, les portes traditionnelles berbères. Il n'y a pas de numéro, il n'y a pas de nom. Vous savez, si vous avez été un petit peu attentif, vous savez que vous êtes au premier étage ou au deuxième étage, mais qu'elle porte réellement, et comme il n'y a pas de clé, vous pouvez rentrer chez les autres. Alors vous pouvez vous enfermer à l'intérieur quand vous y êtes, mais bon, ce n'est pas forcément le réflexe que l'on a. Ça amène une légère perturbation. Et ce moment, ce n'est pas de l'inconfort parce que vous sentez tout de suite que vous êtes... pris en charge dans ces murs en terre, c'est extrêmement régressif quelque part, vous vous sentez vraiment enveloppé, mais vous êtes perdu.
- #Fanny
Donc pas de check-in, pas de restaurant traditionnel, pas de clé sur les portes.
- #Thierry
Et pas de programme, parce que c'est ce que j'essaie d'expliquer aux agents de voyage, je dis mais vous êtes vraiment drôlement fort, mais pourquoi ? Je ne sais pas, vous savez comment vos clients vont se sentir dans six mois. Mais moi, vous savez que le 25 décembre, je ne sais pas si je vais me lever de bonne humeur ou pas. Et vous, vous le savez pour vos clients, vous êtes fort. Donc je me moque un petit peu d'eux. Parfois, ils le comprennent, parfois, ils le comprennent moins bien. Mais l'idée, c'est de dire, si vous nous faites confiance au point de conseiller notre lieu et de réserver pour le séjour de vos clients, laissez-nous faire notre travail. C'est-à-dire qu'ils arrivent, ils perdent leur repère. On les pousse volontairement dans ce chemin-là, puisqu'il n'y a pas d'horaire. Vous pouvez petit déjeuner, ça nous est tous arrivé, on est épuisé, on part en week-end pour se reposer, on fait enfin une grande nuit de sommeil, on se réveille, on se dit « quelle heure il est ? J'ai raté le petit-déj » . Terrible ! D'abord, rater un petit-déj, c'est terrible, on est bien d'accord, mais en plus, moi je n'ai pas envie d'une moitié de petit-déj, je ne veux pas juste une partie sur un. Un chariot roulant, j'ai envie du vrai petit déjeuner avec toutes les options. Et pour ça, il faut que je descende dans la salle à manger. Et c'est, ah mais non, c'est jusqu'à 10h30, mais pourquoi pas 11h30. Nous devons préparer la salle pour le déjeuner dominical. Mais non, non, c'est là où je vous disais que de mon point de vue, il y a trop d'hôtels qui sont focalisés sur leur propre organisation au lieu de partir. du point de vue des clients. Si un client a envie de prendre son petit déjeuner à 14h, où est le problème ? Pour résoudre ça, je ne fais pas attention à l'organisation du lieu, mais on peut peut-être trouver des réponses différentes. La mienne a été de dire, on ne met pas de restaurant, et on met en scène des tables dans différents endroits du jardin ou de la maison, en fonction du nombre de personnes que l'on a. Vous pouvez venir avec des enfants. Puisque les enfants sont bienvenus, puisqu'ils gênent personne, puisque là où vous êtes, il n'y a pas d'autres clients.
- #Fanny
Donc on ne se croise pas quasiment.
- #Thierry
Vous allez pouvoir les croiser, les enfants je vais éviter, mais c'est nous qui jouons avec tout le monde. C'est toujours la même chose.
- #Fanny
C'est comme une chorégraphie, vous parlez souvent de danse dans l'hospitalité, et là on retrouve cette chorégraphie minutieusement, savamment organisée.
- #Thierry
Oui, c'est une mélodie. La vraie différence, c'est que généralement, On réfléchit de manière verticale, un chef va réfléchir de manière verticale, on trahit plat dessert si je caricature. Dans notre vision, c'est transversal pendant tout votre séjour. C'est ça qui est intéressant. C'est-à-dire que ce n'est pas un repas qui compte, c'est la mélodie de tous vos repas. Donc ça va être un rythme de repas à l'extérieur, de repas à l'intérieur de la maison. On ne va pas vous faire manger uniquement sur coussin par terre. Mais c'est important que parfois vous ayez des piqueniques. Même si ces piqueniques sont servis, qu'on a déplacé une cuisine pour vous servir un plat chaud au milieu de ce piquenique. Ce qui compte, c'est de danser avec vous, de vous accompagner dans vos désirs. C'est-à-dire essayer de précéder ce qui pourrait vous faire le plus plaisir. La définition pour moi, c'est vous faire lâcher prise pour ensuite pouvoir travailler avec vous à vous rendre le plus heureux possible. Donc la seule et unique question que mes équipes doivent se poser tous les jours, c'est comment je peux vous rendre plus heureux. Et il n'y a que ça qui compte tous les jours. Et ça ne peut pas être processé. Ça s'appelle de l'attention, ça s'appelle regarder la personne, ça s'appelle réfléchir. Non mais là, aujourd'hui, il fait un peu trop chaud, donc je pense qu'il vaudrait peut-être mieux mettre la table dans cet endroit-là, ou alors non, là il y a un peu d'eau, on va peut-être les mettre, vous voyez, dans un autre patio, un peu à l'abri du vent. Je vais vous livrer un secret en avant-première. L'année dernière, j'étais à Dar al-Ham et on a fait les pré-tests de quelque chose qui va démarrer pour le 25e anniversaire l'an prochain. Il y a un grand débat sur... Je l'ai lancé dans la newsletter de Tomo Voices. La newsletter.
- #Fanny
Je mettrai toutes les références à la fin.
- #Thierry
Sur l'hospitalité, j'ai lancé le débat. Est-ce qu'il faut autoriser les enfants ou pas dans les hôtels ?
- #Fanny
Et puis vous êtes père de famille vous-même. Vous avez quatre enfants. Oui, et cinq petits-enfants.
- #Thierry
Je suis devenu hôtelier parce que je n'ai jamais trouvé un hôtel qui m'accueillait chaleureusement.
- #Fanny
Avec vos enfants ?
- #Thierry
Oui. C'est terrible.
- #Fanny
Vous faites plus favorablement les chiens ?
- #Thierry
Oui, il y a plus d'hôtels qui acceptent les chiens que d'hôtels qui acceptent les enfants. C'est ça, on dit long sur notre société. Mais il y a beaucoup d'arguments qui sont valables dans le fait de ne pas accepter les enfants. Mais on peut trouver des réponses. On peut trouver des réponses. Et donc, moi, cette histoire d'adulte only qui devient un terme. Mon hôtel, j'ai un hôtel adulte only. Maintenant, les gens, avant, vous disaient j'ai un boutique hôtel. Et maintenant, ils vous disent j'ai un hôtel adulte only. Et pour moi, adult-only, ça a une autre signification. J'ai décidé de créer une enveloppe adult-only. Pourquoi ? Je vais vous voir rire en face de moi. Ah bon, j'ai un peu ri !
- #Fanny
Mais ça, c'est le jeu des regards, chers auditeurs. Malheureusement, vous n'êtes pas avec nous, pas tout à fait, dans la pièce.
- #Thierry
Mais je sais que beaucoup de couples décident de partir en week-end pour se retrouver. Ils peuvent avoir eu des périodes un peu plus délicates et ils ont décidé de se retrouver pendant un week-end. On peut fermer les yeux et ne pas savoir ça ou on peut être aussi partie prenante. Et l'idée de cette enveloppe, c'est de vous transmettre un joker que vous allez pouvoir nous laisser discrètement sur la table du petit-déjeuner par exemple ou sur votre lit. Vous l'enlevez de l'enveloppe et vous le déposez. Et ce sera le signal comme quoi vous acceptez. que l'on vous crée une expérience un peu plus romantique et intime. Et on a fait des tests la semaine dernière, où les personnes dînaient dans la cour du Riyad qui est dédiée aux soins du corps. Ils avaient leur table isolée, comme tout le monde, sous les arbres, des lanternes. Tout se passait très bien. À la fin du dîner, je suis allé les voir. Et je leur ai dit qu'on leur avait réservé une surprise. Et cette surprise, c'était qu'on avait laissé le hamam en chauffe. On leur avait posé des peignoirs et des serviettes à l'entrée, ils avaient leur boisson du dîner qui était là aussi bien haut que vin, je pense qu'ils buvaient du vin. On les avait commandé une infusion, on leur avait servi l'infusion. Et je suis arrivé avec un grand pompon en disant voilà je vais maintenant ressortir, fermer la porte de cette cour, poser ce pompon. Dorénavant, ce rillet vous appartient pour la soirée voire la nuit. Quand vous en repartirez, vous enlevez le pompon, ce sera le signal pour les équipes. qu'ils peuvent venir ranger. Mais à partir de maintenant, c'est à vous. Point. Ils peuvent l'utiliser, ils peuvent ne pas l'utiliser, mais c'est leur lieu. Et on a tous eu envie de vivre des moments comme ça, à la limite de l'indemnité, dans ce type d'endroit extrêmement romantique, illuminé avec des bougies. Et je trouve que... Voilà, ça va être un des cadeaux que nous allons faire à partir de l'an prochain, cette enveloppe adulte only. Un peu plus intéressant, je trouve, et amusant que juste le « pas d'enfant dans mon hôtel » .
- #Fanny
Mais les enfants sont les bienvenus quand même.
- #Thierry
Oui, pas avec l'enveloppe.
- #Fanny
On ne va pas tout confondre. Alors ce que vous décrivez, c'est presque « regardez l'autre comme on tombe amoureux finalement » . C'est un peu ça avec toute son attention. Est-ce que l'hospitalité demande cette sorte d'amour ? Parce que vous parlez beaucoup du fait de... d'accepter, de recevoir, d'être surpris, d'instaurer la confiance. Et puis je vois aussi en pendant, il faut que vos équipes soient excitées, qu'elles aient toujours les étoiles dans les yeux pour réenchanter sans cesse et ne pas obéir à des process qui pourraient les mettre en mode automatique. Comment vous faites cette tension ?
- #Thierry
C'est le point crucial, puisque pour moi, il y a trop d'hôtels aujourd'hui qui sont des hôtels que je qualifierais d'immobiles. Vous y revenez six mois plus tard, il y a éventuellement le chef qui a changé sa carte parce qu'il a une sensibilité sur les produits de saison. Mais sinon, ce sont les mêmes lieux, ce sont les mêmes expériences, ça va être le même rythme, vous allez vivre exactement la même expérience. J'ai assisté à un dîner où deux personnes parlaient de Dar al-Ham, les deux étaient arrivés à la conclusion que ce n'était pas le même lieu parce qu'ils n'avaient pas eu les mêmes expériences. Et je trouve ça assez intéressant de travailler l'hospitalité comme un matériau vivant. Et que ce matériau soit en mouvement permanent. C'est-à-dire que je crée énormément de nouvelles expériences, je crée énormément de nouvelles activités, justement pour garder tout le monde sous tension, avec l'excitation d'essayer de nouvelles choses.
- #Fanny
Et comme on suit les saisons, on est quand même dans une partie du Maroc où il peut faire très froid l'hiver parce qu'on est à 1300 mètres d'altitude, dans un désert de roches, de pierres, entre l'atlas et l'anti-atlas, mais on va jusqu'à 42-48 l'été, même si c'est dans un poumon de verdure qui est une palmoret. C'est une grosse, grosse différence. Et il y a beaucoup de vent parfois. À un moment donné, on ne peut pas vivre les mêmes expériences au même moment. Et nous, notre sensibilité, ça doit être, avec tout ce que nous avons à notre disposition, qu'elle peut être le plus beau des séjours, compte tenu de votre personnalité. Et c'est pour ça que chaque séjour est unique.
- #Thierry
Et laissez la place à l'imprévu. Il y a quelque chose qui m'avait beaucoup marquée dans l'une de nos conversations et que vous évoquez dans votre manifeste, c'est que finalement, on se rappelle... pas trop des expériences où tout était exactement comme on l'avait prévu. Et souvent, c'est l'imprévu qui s'invite, le petit dérapage, le petit accident qu'on retient la marche un peu. Il a fait très très chaud, etc. Et puis tout à coup, des locaux peut-être nous ont offert un petit remontant ou un petit thé glacé. Et je pense que ça, c'est quelque chose qui résonne énormément avec vous et votre prochain projet. pour lequel vous partez demain au Rwanda, si vous voulez nous en parler. Et ensuite, je vous relancerai sur le pourquoi pas et le et si, qui sont carrément chez vous des philosophies de vie. Donc, on va parler d'abord de l'imprévu et de la place de l'imprévu.
- #Fanny
L'imprévu, je trouve que la vie est formidable, elle est belle et on ne sait plus la regarder. Il y a des personnes qui sont extrêmement fortes à nous enchaîner à nos portables. à nous faire scroller toute la journée.
- #Thierry
L'économie de l'attention, la bataille de l'attention.
- #Fanny
Exactement, et celle du sommeil, puisque quand on parle avec des personnes, des plateformes de téléchargement, ils disent qu'ils mettent tout l'argent pour lutter contre le sommeil de leurs auditeurs. J'ai eu envie de créer une aventure, donc elle va se dérouler au Rwanda, dans différentes maisons, puisque c'est un itinéraire sur une semaine. Et durant cet itinéraire, vous allez être amené à rencontrer un certain nombre de communautés, de personnes durant votre séjour et de scènes de la vie locale. Simplement, nous avons mélangé des comédiens avec la totalité de ces communautés. Et vous ne saurez jamais si la personne que vous croisez, c'est un comédien qui vient pour interagir avec vous ou si ce sont juste des locaux dans la beauté de leur vie quotidienne. et on va mélanger tout ça. Vous allez du coup découvrir leur vie quotidienne et par moments avoir des interactions avec des comédiens. Juste pour créer des imprévus, vous allez devoir prendre un bus à la gare routière de Kigali, monter dans ce bus. Dans ce bus, il y a des locaux qui vont comme vous dans la même ville. Ils sont là, vous allez passer deux heures avec eux dans ce bus. Qu'est-ce qui va se passer ? Je ne vous le dirai pas. Est-ce que c'est prévu ? Est-ce que c'est imprévu ? Surprise.
- #Thierry
Donc ça amène à cette devise que vous avez depuis toujours. Vous m'en avez parlé à notre première rencontre, ce fameux pourquoi pas, de voir toujours comme une invitation à voir les choses autrement et à provoquer ces imprévus aussi.
- #Fanny
On peut, on peut toujours, j'ai le sentiment qu'on peut toujours faire différemment. On peut se satisfaire de ce que l'on a fait, mais on peut aussi se dire, si ça avait dû être différent, comment je l'aurais fait ? Et je pense qu'on peut modifier, si on accepte cette souplesse. Il faut de l'agilité. C'est vrai que ça demande du nord. C'est une gymnastique d'esprit. Après, dans les faits, c'est un peu plus compliqué à organiser, mais les résultats sont tellement plus importants et le bonheur partagé est tellement merveilleux que ça en vaut largement la peine. Les personnes qui viennent à Dar al-Hamou sur 700 000 heures et 700 000 heures impact, ou même sur la route de mémoire dans le sud du Maroc, à chaque fois ils disent « Non mais, vous n'avez pas fait ça pour nous. » Bien sûr que si, c'est pour vous. C'est justement ça qui est beau. On sait que là, par exemple, on va arriver sur la période où quand vous sortez de la palmerie pour aller voir le coucher de soleil, vous n'avez pas envie de rentrer dîner. Vous n'avez pas envie de rentrer dîner à Kasbah, parce que vous êtes tellement bien. L'air est un peu chaud, il fait bon. Ah, vous êtes au milieu de nulle part, entouré par des montagnes, vous dites, mais sous les étoiles, mais là l'apéritif c'est un peu prolongé, il y a des lanternes autour de vous, un feu, vous dites non mais si on restait pour le dîner. Donc, je peux vous dire maintenant on a organisé le dîner à Dar al-Hamm. Ou je peux aussi dire, mais si jamais c'est votre envie, on pourrait peut-être tout prévoir et mettre tout dans la voiture. Vous allez me dire, et un cause contrôleur pourrait me le dire, mais dans ce cas-là, ça veut dire que vous faites travailler deux équipes pour faire deux mises en scène. Et je sais bien que tout a un coût, mais tout ne peut pas être coût. Si on regarde sous cet angle-là, l'hospitalité disparaît.
- #Thierry
Thierry Tessier, vous utilisez l'image de danser avec vos clients, d'être là pour... précéder certains désirs, suivre d'autres. Pour moi qui voyage un petit peu, cette image, elle dit quelque chose sur la vie en général. Accepter qu'on ne sait pas toujours ce que la vie ou la journée va nous apporter. Est-ce que vous voyez l'hospitalité comme une métaphore de la vie ?
- #Fanny
C'est clairement un révélateur en tout cas. C'est-à-dire que dans les 30 premières secondes, quand nos hôtes arrivent à la maison, on sait tout. Mais vraiment. Je sais exactement comment ça va se passer. Mais parce que nous sommes des êtres humains. Et un jour, un chaman en Amazonie m'avait dit deux choses. La première, qu'il y avait beaucoup de choses qu'il devait nous partager, mais qu'on n'était pas prêts à les entendre. Et la deuxième, c'était que justement, en tant qu'être humain, parfois on voulait toujours mettre des mots et on devrait juste laisser les émotions passer d'une personne à l'autre. Il me dit si vous voulez vraiment expliquer quelque chose à quelqu'un, prenez-la dans vos bras, elle va le ressentir. Et ça fonctionne et c'est vrai que l'énergie que vous apportez avec vous est quelque chose que l'on peut ressentir immédiatement et on sait. Comment avancer et faire de votre séjour quelque chose d'encore plus beau ? Et il n'y a pas besoin de département marketing pour nous dire ce qu'on doit faire. C'est un peu l'erreur aujourd'hui, je pense, de vouloir tout processer. Quand on tombe amoureux, on sait ce que l'on a envie de faire, de ce que l'on a envie de dire. C'est naturel, je l'espère.
- #Thierry
On n'a pas un plan de com, un schéma direct informatique.
- #Fanny
Mais c'est exactement ça. Il ne faut pas chercher... Enfin, on ne sauve pas de vie. On est d'accord. On n'est pas là pour gagner le plus d'argent possible. Sinon, il faudrait changer d'autre métier. On est là pour rendre les gens heureux. Et donc, c'est juste porter attention, prêter attention à leur désir et porter notre attention sur des détails qui vont basculer. Il n'y a pas besoin de... Parfois, il n'y a pas besoin de grand-chose.
- #Thierry
Et je crois que vous avez... Un exemple que vous avez évoqué un peu plus tôt dans une conversation précédente, d'une attention autour d'un dîner.
- #Fanny
Oui, il y a une amie qui nous invite un dimanche soir. Et un dimanche soir, pourquoi faire des dîners le dimanche soir ? On n'a pas envie de sortir le dimanche soir. Et ce dîner, il était incroyable, dans un lieu magnifique, avec des gens. Tous plus intéressants les uns que les autres, mais il s'est passé quelque chose de rare et qui m'a bouleversé. Quand nous sommes passés à Tannes, nous étions 12 personnes, 12 convives. Dans chaque assiette, il y avait un carton de placement avec nos noms. C'était un très très grand carton de placement, c'était une grande enveloppe en fait. Et ce n'était pas un carton de placement, c'était vraiment une enveloppe. Et la maîtresse de maison qui nous recevait quand nous sommes tous installés nous a dit écoutez voilà. Dans votre assiette se trouve une enveloppe et à l'intérieur de cette enveloppe, il y a une lettre. Une lettre de quelqu'un qui vous aime et qui a quelque chose à vous dire. Elle s'était donné la peine de contacter pour chaque convive quelqu'un de notre entourage et avait demandé à cette personne de nous écrire une lettre. Si je vous montre les photos du moment où on a tous ouvert et lu nos lettres, vous sentez l'émotion dans la photo. mais ça m'a réellement bouleversé. C'est ma fille qui m'a écrit des choses qu'elle ne m'aurait peut-être pas accordé à me dire face à face. Et c'était des mots magnifiques. C'était juste du temps, c'était de l'attention et c'était de l'émotion.
- #Thierry
Merci pour ce partage de ce moment qui, effectivement, en dit long sur l'attention qu'on peut porter même dans des toutes petites choses. Finalement, on n'a pas besoin de sans cesse voyager, mais aussi on peut décaler le regard à ce sujet. Je crois que vous avez une très jolie anecdote.
- #Fanny
Ce qui est important, c'est de se rendre compte que chaque personne est unique. Et la problématique à laquelle aujourd'hui l'hôtellerie est confrontée, c'est qu'on essaie de faire entrer tous les clients dans le même moule. On devrait être capable, si vous venez dans un lieu parce que vous avez eu une perte autour de vous et que vous avez besoin de vous apaiser, ou si c'est le début d'une histoire d'amour formidable, vous n'allez pas attendre la même chose du lieu dans lequel vous allez séjourner. Et la grande, grande, grande majorité des hôtels vous proposent exactement le même service. Et je crois que c'est là la différence avec l'hospitalité. C'est essayer d'adapter le lieu et les moments que vous allez vivre à vos désirs, à vos attentes. J'ai un maître japonais, un maître de thé, que j'avais convaincu d'aller au Cambodge voir les temples d'Angkor. Et c'était après notre saison encore, on préparait celle du Japon et on a convaincu d'aller à Siem Reap pour découvrir et visiter le temple. Il est parti dix jours et il est rentré, il était enthousiaste, tellement bien qu'il nous a offert une cérémonie de thé. Mais là, à son niveau, c'était plusieurs heures de cérémonie avec des moments un peu plus détendus, avec du saké, avec des choses à grignoter. Enfin, il y avait différents moments puisque c'était plusieurs thés d'affilée. Et donc, dans un moment de détente, je lui ai demandé de nous parler de son séjour au Cambodge. Et je lui ai dit, alors, ces temps-là, c'était formidable, blablabla. Il était très, très heureux. Et je lui ai dit, quels sont les temples que vous avez visités ? Et là, il me cite un temple. Je n'ai plus en tête le nom. Je me rappelle lui avoir dit, oui, oui, c'est un temple majeur, donc très bien. Et sinon ? Et là, il s'est un peu figé. Il m'a dit, mais je ne comprends pas votre question. « À part ce temple, vous êtes allé visiter quel autre temple ? » « Le Bayon ! » « Parce qu'exactement, vous êtes resté dix jours ! » Et là, il m'a regardé et il ne comprenait toujours pas. Il me dit « Mais non, je suis reparti tous les jours voir ce temple. » Il est allé passer dix jours dans le même temple. Il s'est assis et il a médité. Il a observé la lumière sur la mousse, sur les pierres, sur les arbres. Il s'est réellement imprégné du lieu. Imagine une personne comme ça. ne va peut-être pas attendre la même chose d'un hôtel que si moi j'arrive avec mes enfants, quand ils étaient petits ou mes petits-enfants aujourd'hui, avec une sorte de tornade d'activités, de programmes que l'on veut faire et d'excitation. Ça ne peut pas être la même chose. Donc pourquoi on essaie de nous faire rentrer dans des cases ?
- #Thierry
Merci pour le partage de cette très belle histoire. Ce qui me frappe... C'est que ça nous ramène finalement au cœur de tout, c'est pourquoi le voyage ? Alors nous vivons tous les deux à Montmartre, 8 minutes l'un de l'autre. Et alors évidemment on vit dans un lieu magnifique et que j'aime profondément, mais néanmoins il est frappé du surtourisme. Et le week-end, notre hobby, en tout cas le mien, c'est d'éviter les rues où il y a tellement de touristes qu'on ne peut pas circuler librement. Et je crois que post-Covid, je n'avais pas le souvenir là avant le Covid, mais... post-Covid, des villes comme l'Ageran de Milan, comme Venise, Paris, on souffre beaucoup du surtourisme. Et puis il y a quelque chose qui me frappe aussi, c'est dans les mots que certains emploient pour dire j'ai fait le Cambodge, j'ai fait Venise, j'ai fait... Comme s'il fallait cocher des choses sur une liste. Et moi, j'ai envie de vous demander, à votre avis, pourquoi est-ce qu'on voyage ?
- #Fanny
Je pense que chacun a des raisons différentes. Ce qui est sûr, c'est que le voyage est devenu un bien de consommation. Et ça n'aurait jamais dû être le cas.
- #Thierry
Ce n'est plus le grand tour, cette espèce d'initiation. Non,
- #Fanny
absolument. Et je pense qu'aujourd'hui, on doit absolument, avant de voyager, se poser la question du pourquoi. Qu'est-ce que l'on recherche ? Est-ce que l'on cherche à se déconnecter ? Est-ce que l'on cherche à se reconnecter ? Est-ce que l'on cherche à aller à la rencontre de l'autre ? Souvent, dans les projets que je crée, j'ai l'habitude de dire que j'ai la nostalgie de l'époque où j'étais un backpacker, quand j'étais jeune, alors que je n'ai jamais été backpacker. Mais j'aime bien prendre cette image-là. Je sais bien que quand on voyage seul avec son sac à dos, on est connecté. On arrive à se connecter avec des communautés, avec des villages, on va dans des endroits plus reculés. Mais on dort par terre. Et à un moment donné, dans un chemin de vie, on a envie d'avoir un matelas un peu plus confortable, de vrais draps et de l'eau chaude. Et j'essaie de rester à cette limite-là. J'essaie d'apporter le minimum de confort qui va vous permettre de ne pas être dans une situation de crise et donc d'être dans un moment où vous êtes prêt à accueillir l'autre et aller à sa rencontre. Mais je n'ai pas envie que le confort casse tout non plus. Parce que sinon, ça va vous mettre dans de la ouate qui va tout absorber, alors que c'est à vous d'absorber ce que vous allez découvrir.
- #Thierry
Ça nous ramène à cette définition de l'hospitalité que je donnais tout à l'heure en introduction et dont vous parlez également dans le manifeste. Ce mot hospice qui désigne aussi bien celui qui accueille que celui qui est accueilli. Donc, il faut accepter d'être un peu déplacé par le voyage. Parce que si j'ai envie de me reposer, finalement, il vaut mieux rester à Paris ou aller dormir sur une plage.
- #Fanny
J'ai eu une personne qui est arrivée il y a de cela quelques mois à Dar al-Ham, qui a porté une glacière avec sa propre viande. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Comment je peux acter en hospitalité ? Comment je peux recevoir cette personne si elle n'a pas confiance en nous ? Je ne lui ai pas imposé un ultimatum pour qu'elle vienne se ressourcer chez nous. Mais si c'est pour manger sa viande, autant qu'elle reste chez elle. Enfin, il n'y a pas de raison. Je trouve que parfois, on arrive dans des excès qui ne sont pas bons. Il faut se reposer les questions. Effectivement, si on n'est pas prêt à être déplacé, si on n'est pas prêt à aller à la rencontre de l'autre, à la découverte, voir la découverte de soi, parce que la façon dont on va réagir dans ces situations va vous en apprendre aussi beaucoup sur vous. Et c'est tout ça qui est important. Et d'ailleurs... Il y a un moment assez joli à Dar al-Hame désormais, c'est que généralement on se rappelle spontanément de deux moments, le pic du séjour. Alors ça peut être un waouh effect, la plus belle soirée, mais ça peut être aussi le petit incident, la voiture qui tombe en panne et vous restez deux heures sur le côté de la route à attendre d'être dépanné sous la pluie. Ça va vous marquer et à chaque fois que vous penserez à ce voyage, vous penserez à ce moment-là.
- #Thierry
Avec un sourire.
- #Fanny
Bien sûr, parce que là, vous avez l'impression d'avoir été à l'aventure.
- #Thierry
Indiana Jones.
- #Fanny
Exactement. Le deuxième, c'est le dernier. Le dernier dans nos établissements, c'est souvent l'addition, le check-out. Ce n'est pas un moment très agréable. Je l'ai transformé en cérémonie des merveilles. Alors, c'est quoi la cérémonie des merveilles ? On vous déplie une carte imaginaire devant vous. Et on va vous demander de nous parler de votre séjour chez nous. Donc cette carte symbolise votre séjour avec nous. Et vous allez nous raconter quels sont les moments qui vous ont les plus touchés. Il se trouve qu'on a, dans une petite malle, 45, je crois maintenant, tampons japonais différents, de petits dessins, qu'on va venir poser séparément en fonction de votre propre parcours. sur cette carte imaginaire que l'on va replier, mettre dans une sorte de passeport. Vous allez repartir avec votre carte des merveilles et vous allez vous rappeler de tous les moments que vous avez eus avec nous.
- #Thierry
Ça, c'est un check-out absolument magnifique, sans check-out en plus.
- #Fanny
Sans check-out en plus, absolument.
- #Thierry
Là, vous êtes hyper fort. Je ne sais pas si vous en avez conscience. C'est que ça résonne énormément chez moi qui travaille beaucoup avec les sciences cognitives. Il y a un monsieur qui s'appelle Daniel Kahneman. Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, qui a eu le prix Nobel en 2002, prix Nobel de sciences économiques, prix Nobel d'économie, alors qu'il n'était pas du tout dans les sciences économiques, il était psychologue. Et Daniel Kahneman, il a beaucoup écrit et beaucoup travaillé sur le pic, la théorie du pic. Et alors, si je le traduis en français, il dit que finalement, les gens, ils ne se rappellent pas d'une expérience en faisant la moyenne un peu de ce qu'ils ont vécu. C'était comment Disneyland ? C'était comment Dar-Arlam ? Bon, allez, je te donne un 8 sur 10. Non, ce dont ils vont se rappeler, C'est justement les pics émotionnels, donc les pics positifs de préférence, ou négatifs, ou les petits accidents, c'est exactement ce que vous dites, et le pic de la fin. Et souvent, on soigne la première impression. dans un hôtel, dans un accueil, mais rarement la dernière. Qu'est-ce qui va rester ? Et c'est souvent ça, justement, qui laisse une trace. Donc, vous êtes très fort.
- #Fanny
Merci. Il y a une dernière, peut-être, anecdote, si nous avons le temps. Il y a le début, avec prélude, il y a la fin, avec cette cérémonie des merveilles, mais il y a le séjour. Et dans ce séjour-là, où généralement, vous restez axé sur les différents moments. Petit déjeuner, déjeuner, goûter, apéritif, dîner, des activités, des expériences. Vous restez focalisé là-dessus et vous essayez de l'organiser pour chacune des entités qui se trouvent, tous les autres qui se trouvent dans votre maison. J'ai rajouté un département à Dar al-Ham qui sont les papillons de la maison. C'est une équipe de papillons qui sont des personnes juste destinées à votre bonheur. Elle va vous apporter un peu de beauté et de poésie dans la journée. C'est-à-dire que ça peut être une conteuse qui vient passer dix minutes, un quart d'heure avec vous, qui va vous raconter l'histoire du nom de la maison, pourquoi elle s'appelle la maison des rêves, parce qu'elle exauce les rêves. Et elle va vous raconter des histoires vraies de trois enfants sur cent ans d'histoire de cette maison, dont les rêves ont été exaucés. Et elle va vous proposer éventuellement, si vous le souhaitez, de laisser un de vos propres rêves. Vous allez aller l'écrire, le rouler, le mettre dans un roseau et enfoncer ce roseau dans le mur. de manière traditionnelle et cette personne va devenir la gardienne de vos rêves et il y a des moments comme ça un autre papillon une autre de ces personnes peut venir vous être tranquillement à la piscine et elle va porter une sorte de carte postale avec un nuancier de bleu autour d'un trou au milieu de la carte et Cyanomède qui est une artiste chilienne qui a été créée par une artiste chilienne L'idée c'est quoi ? C'est que vous regardez le ciel bleu devant vous à travers le trou, vous trouvez dans le nuancier de bleu le numéro auquel il correspond, vous le notez à l'arrière avec la date et l'heure et vous envoyez un bout de votre ciel bleu à quelqu'un que vous aimez. Ça n'a rien à voir avec, à la base, l'hospitalité. C'est ce que j'appelle cette hospitalité invisible, intangible. C'est comment rajouter un peu de sensibilité, de beauté, de poésie et comment upgrader la qualité de chaque journée. Parce que je pense que notre seul et unique devoir est d'améliorer la qualité de chaque journée.
- #Thierry
Alors, nous arrivons tout doucement, on n'a pas envie, mais on arrive tout doucement vers la fin de cette conversation ensemble. Thierry Tessier, alors pour moi, vous êtes non seulement magicien, hôtelier, alors je ne sais pas si on peut le dire, mais hospitable hôtelier. Mais vous êtes également pasteur. Depuis tout à l'heure, j'évoque ce manifeste que vous m'avez offert. lors de notre première rencontre. Je vous offrais mon livre, vous m'offriez votre manifeste. Vous n'êtes pas du tout consultant. Alors, il faut dire aussi que vous inspirez, bien sûr, d'autres hôteliers. Puis, Dar Alam, c'est également un laboratoire, j'allais dire, de création de cette magie. Mais vous êtes surtout un passeur, un transmetteur. On l'entend, vous avez cette voix de conteur, vous également. Et puis, vous avez écrit ce manifeste qui mène à un livre. qui sort bientôt en octobre chez Actes Sud.
- #Fanny
Absolument.
- #Thierry
On peut en savoir plus pour que vous nous passiez un peu ce qu'il y aura encore mille choses à dire, évidemment. Mais je mettrai toutes les références pour nos auditeurs, pour qu'ils puissent vous retrouver. Et cette magnifique newsletter, Tomo, que vous envoyez une fois par mois.
- #Fanny
Oui. Parfois deux. Non, là, la dernière fois, c'était juste pour annoncer la deuxième newsletter qui est Tomo Voices. Tomo, c'est ma voix. Un Voices, ce sont d'autres voix qui m'inspirent personnellement dans l'hospitalité et dont j'ai envie d'être l'écho.
- #Thierry
Un nouveau transmetteur, passeur. Mais parlez-moi de votre livre, de l'ambition, de la vision que vous voulez partager.
- #Fanny
J'ai envie de réenchanter l'hospitalité, j'ai envie effectivement d'avancer aujourd'hui sur... Tout ce qui fait mon quotidien et qui aujourd'hui peut être partagé, je suis d'accord, je n'aime pas le terme consultant quand un hôtel me demande de l'accompagner. Je ne suis pas là pour apporter des réponses, je suis là pour poser les questions. Et les questions que je pose les amènent à trouver les réponses tout seul. Et je les mets, je leur fais ouvrir les yeux et tout d'un coup les réponses, ils les ont naturellement devant eux. Il n'y a pas besoin de... ça ne doit pas venir de moi, mais de... De se révéler. Exactement. Et l'idée de ce livre, c'était de synthétiser ma vision de l'hospitalité en douze clés, pour la réenchanter justement. Si je devais synthétiser... Ma vision de l'hospitalité, quelle serait-elle ? Ce sont douze façons de la voir, les douze interagissant les unes avec les autres, bien évidemment. Ce ne sont pas douze pièces différentes qui forment un poste, c'est vraiment une chaîne toutes ensemble. Et j'ai essayé de décrire exactement comment je voyais l'acte d'hospitalité, puisque quand on reçoit chez soi... C'est de l'hospitalité, on n'a pas besoin d'être professionnel pour recevoir et c'est ce qui est beau, je trouve.
- #Thierry
Alors Derrida disait que l'hospitalité c'est un acte poétique, voire onirique avec l'anecdote des papillons que vous nous avez confiés. Mais on sent aussi que ça peut être un acte politique et un choix de civilisation parce que toute cette conversation finalement, elle nous amène à mieux voir et accueillir. l'autre et se laisser aussi transformer par cette rencontre, cette hospitalité. Je vous laisse la parole libre pour un petit dernier mot avant de clore cet épisode.
- #Fanny
Je ne vais pas commencer à lancer dans une... Je ne vais pas grimper sur un barricade parce qu'effectivement, il y a beaucoup à dire aujourd'hui. Je ne veux pas mener la révolution. Je trouve que... On est en train de partir dans une direction dans l'industrie dans laquelle je suis, qui n'aurait jamais dû devenir une industrie d'ailleurs. Je trouve qu'il y a hélas beaucoup de choses qui ne partent pas dans le sens de valeur humaine. Il y a un peu trop d'investisseurs financiers qui s'intéressent au monde de l'hospitalité aujourd'hui et qui sont en train de le faire devenir extrêmement corporate. Tant mieux pour les gens que ça intéresse. J'ai passé des années à être contre. Aujourd'hui, je ne suis pas contre ce qui est en train de se passer. Je cherche juste à m'assurer que l'on va préserver s'il reste encore quelques personnes qui désirent une autre forme d'hospitalité que celle-ci continue à être vivante. Et je le fais pour mes petits-enfants qui n'ont peut-être pas envie d'aller dans tous ces hôtels des grandes marques de luxe, payer des fortunes pour avoir un service absolument insipide. Et même si c'est très luxueux, un sipide, vous savez, c'est ce verre, vous êtes comme une rose Marianne, sans épines, mais sans parfum. Et j'ai envie d'avoir les épines, j'ai envie d'avoir les genoux écorchés, j'ai envie d'avoir les parfums. L'ivreffe. Si je vous emmène aujourd'hui, puisque c'est la période de la fête des roses, dans la vallée des roses, vous baladez dans les chemins avec l'odeur de toutes ces roses qui servent de clôture. Avec le blé en herbe derrière, les coquelicots, les figuiers, avec la chaleur qui commence déjà à vous envoûter, mais c'est l'eau qui ruisselle, les oiseaux, c'est une beauté, c'est sublime. J'ai envie qu'on reste connecté à cette beauté-là et pas juste nous expliquer que ce sont des grandes marques qui ont pris le pouvoir, comme ça a pu être le cas dans la mode malheureusement, et qui ont tué toute créativité.
- #Thierry
Je crois que cette conversation, c'est vraiment une invitation à ça. à la créativité, à mieux regarder, mieux accueillir et mieux se laisser aussi aller à l'imprévu, en confiance, avec toujours garder cette question de pourquoi pas, comme un phare dans la nuit, comme une boussole. Merci beaucoup Thierry.
- #Fanny
Merci à vous.
- #Thierry
Chères auditrices, chers auditeurs, j'espère que cette conversation vous a parlé. et vous a passionné autant qu'elle m'a passionné. Je crois que ça se sent. Si vous avez envie de soutenir ce podcast, j'ai qu'une chose à vous dire. Partagez-le avec vos proches, avec vos amis, avec vos ennemis. N'hésitez pas à le faire passer autour de vous et merci pour votre attention.