- Speaker #0
et Alexis Gény, à l'occasion du lancement de la collection La vie rêvée des personnages aux éditions Premier Parallèle. C'est Nicolas qui pose les questions et anime la rencontre. Sybille Grimbert présente Au pays des Pnines, Alexis Gény, lui, nous parle de suivre l'aureline. Je vous laisse tout de suite en leur excellente compagnie. Bonne écoute !
- Speaker #1
J'ai le plaisir d'accueillir ce soir Sybille Grimbert. Pour son livre Au pays des péniles, je fais une très rapide biographie. Vous êtes écrivaine et éditrice, puisque vous avez créé la maison d'édite pour plein de jours en 2013. Et vous êtes l'autrice d'une douzaine de romans, à peu près, dont le dernier, le dernier des siens, a remporté, en tout, on te prit 30 millions d'amis, qui est prestigieux s'il en est. Sans ironie du tout. C'est très important et un livre... C'est important que ce soit pris. En tout cas, je soutiens dans cette librairie. Depuis le début, et toujours sur table. Ensuite, je suis très heureux d'accueillir Alexis Génie aussi pour la parution de Suivre l'Auréline. Je dis l'Auréline ou l'Auréline, vous me direz ce que vous dites vous. Alexis Génie, vous êtes toujours professeur de SVT ?
- Speaker #2
Non.
- Speaker #1
Voilà, ça j'étais à peu près sûr que ce n'était pas bon.
- Speaker #2
Je peux le temps.
- Speaker #1
Voilà. Et en tout cas, vous êtes romancier, essayiste et biographe et vous avez aussi écrit pour la jeunesse. Et vous avez reçu le prestigieux prix Goncourt en 2011 pour votre roman L'art français de la guerre. Autant dire que je suis déjà très, très heureux d'accueillir la production de Premier Parallèle pour plein de raisons. Déjà parce que c'est une maison d'édition absolument exceptionnelle, que nous sommes voisins, que nous sommes voisins, c'est important, et que les deux premiers titres, en fait, je ne sais pas si c'était fait exprès, mais enfin, ces deux n'ont rien à voir. Mais en tout cas, ça fait partie de ma culture personnelle. aux antipodes. Et donc, c'est d'autant plus plaisant d'avoir à discuter ce soir avec toi, Sybille, à mon avis, ce qui est une des grandes œuvres de Nabokov. Donc, si je réduis, une des grandes œuvres du XXe siècle, qui est Benin et Alexis, de notre génération de découvreurs de jeunesse de BD, qui est bien sûr Mézières et Christin, avec évidemment Valérien, qui est une œuvre fantastique pour toujours d'ailleurs, qui n'a pas très envie. On va parler d'ailleurs d'auteurs qui ont marqué aussi leur temps. Donc on va commencer, si vous êtes d'accord, par les deux Pnines. On va parler un peu de Pnines. Je te laisse parler de Pnines ou de présenter l'oeuvre.
- Speaker #3
Pnines est un livre de Nabokov qui est publié, je crois, en 1955. Il est assez court. Il décrit un... Un professeur dans une université de seconde zone aux Etats-Unis, un professeur de russe, lui-même d'origine russe, qui depuis qu'il a fui la Russie avant la Deuxième Guerre mondiale, et qui depuis n'a toujours pas très bien appris à parler anglais, et qui a des classes tout à fait nulles, d'élèves qui s'intéressent très très peu aux russes. qui a une autre particularité, c'est qu'il ne prend jamais, c'est la première scène du livre, il ne prend jamais le bon train. Il prend le train qui va de l'autre côté, il prend le train qui n'est pas au bon horaire. Enfin bref, il n'arrive jamais à ses destinations, de façon très très compliquée. Et c'est un personnage qui est à la fois très mélancolique, très très très drôle. très déplacé vis-à-vis de... par rapport à la vie qui l'entoure, par rapport à la vie tout court, et que j'ai toujours trouvé extrêmement attachant. C'est le livre de Nabokov. A mon avis, c'est le livre de Nabokov le plus drôle. Vraiment, totalement, en même temps que, comme je l'ai dit, teinté de mélancolie et de quelque chose de tragique. Mais, peu importe, c'est un livre que j'ai découvert quand j'étais... Je ne me souviens pas quand je l'ai découvert, mais je sais que c'était dans la bibliothèque de mes parents et que j'étais adolescente. Je n'étais peut-être pas très, très vieille. Et ça a tout de suite été ce que... C'était un modèle type, un parangon. J'ai découvert tout d'un coup un livre qui m'offrait... Je n'avais pas lu tant de livres que ça, mais qui m'offrait un personnage qui allait me servir toute ma vie pour qualifier toutes sortes de gens, et parfois moi-même. Et puis j'ai... beaucoup aimé ce personnage. Elle doit dire aussi qu'il est très disgracieux. Je crois qu'il a un dentier. Mais tout ça en fait un personnage merveilleusement attachant. Enfin, un personnage dont personnellement, je suis tombée amoureuse. Et je pense que je ne suis pas la seule. Pas dans le livre.
- Speaker #1
Donc, en fait, le nom de ce personnage devient dans ton livre un environnement. Oui, et plus que ça, ça devient une géographie, puisque le titre, c'est Au pays des plus vieux. Moi, très simplement, j'ai envie de te demander si tu devais matérialiser la géographie, la politique et la linguistique du pays des Pnines.
- Speaker #3
Mais qu'est-ce que c'est que cette question ? Elle est géniale, mais j'aurais dû réfléchir avant, tu aurais dû me l'envoyer. Alors, je vais ne pas répondre à ta question et dire que... Je vais expliquer pourquoi j'ai fait ça, en fait. D'abord, j'ai fait un espèce de pays flottant. Mais ce n'est pas compliqué. Il suffit de savoir qu'il est à peu près nulle part et partout, partout où vous voulez qu'il soit. En fait, quand Amélie me propose ce sujet de la vie rêvée des personnages, je suis d'abord très flattée. Et je déteste écrire autre chose que des romans. Et je ne me suis jamais risquée de ma vie, et je ne risquerai jamais de ma vie à un essai. Donc elle me propose ça. Comme je suis flattée et que j'aime beaucoup Amélie, je lui dis oui, d'accord, je vais le faire. Tout ça pour me dire, mais jamais, je ne vais jamais y arriver. Et donc, je fais des essais et qui sont très, très, très mauvais. Et on peut, on peut, tout ça arrive. Comme les textes disent toujours la vérité, à un moment, vous commencez à écrire. À un moment, que ce soit la page 3, la page 20 ou la page 10, c'est l'impasse. Impossible de faire un truc de plus. Et à ce moment-là, je lis. quand vous serez en France, le petit fascicule qu'on donnait aux soldats britanniques pour le débarquement. Et tout à l'air, comment faire avec ça, qui manie plein de clichés, de choses à la fois très drôles, parfois bien vues d'ailleurs, sur les Français, comment leur parler, comment parler aux femmes, ne pas croire qu'elles sont légères parce que la réputation, etc. Comment on change l'argent, enfin des choses très très diverses, qu'on mange, etc. Et je me dis, mais en fait je vais faire ça, je vais faire quand vous serez chez les pnins. j'avais aucun autre moyen je voulais je voulais plaire à Amélie je ne voulais pas non mais sérieusement je ne voulais pas la décevoir elle-même commençait à croire que vraiment c'était foutu et quand je lui dis tu sais je vais faire quand vous serez en France mais quand vous serez chez les Pnines j'entends un espèce de formidable j'ai une bonne idée vraiment Je suis tout à fait d'accord. Il fallait vraiment se décoincer. Et c'est comme ça que je l'ai fait. Donc, j'ai fait ce pays qui est flottant. Alors maintenant, pour répondre à ta question, tu m'interromps parce que je m'aperçois que je suis très longue. Pour répondre à ta question, le pays d'Épnines, qu'est-ce que c'est ? C'est un pays... L'idée, si je la décris, elle est un petit peu facile à reconnaître. Mais d'ailleurs, le texte ne se risque pas à le décrire profondément. C'est une espèce de pays où... où on se rend avec sa mélancolie propre, et où l'on voit ce qui a été, ce qu'on a aimé, et on parle la langue qu'on a aimée, et toutes ces langues différentes, tous ces trucs-là, arrivent à se parler, à communiquer entre elles, et tout se déplace tout le temps, tout glisse. C'est-à-dire que vous êtes dans un jardin, puis... imperceptiblement, tout d'un coup, vous vous retrouvez dans un salon où vous voulez, sur la lune, vous bougez. Et donc, vous avez le vertige tout le temps. Il est très recommandé de prendre du primperon quand on y va, parce que le mal de cœur est fréquent. Et en fait, si j'ai fait ça, ce qui est un peu enfantin, je vous l'accorde, c'est parce que les pnines, j'ai l'impression qu'ils se déplacent à côté de la vie. Vous voyez, la vie bouge. C'était un sentiment que j'avais d'ailleurs, que j'ai eu souvent, et que je crois qu'on a souvent eu, que la vie est une espèce de truc qui passe. à côté de vous, sur une voie parallèle, et puis vous essayez de l'attraper, de faire quelque chose avec, et puis finalement, on comprend qu'en fait, ça ne sert à rien d'essayer de l'attraper, mais simplement, il faut changer de volume. C'est une phrase géniale de Lewis Carroll avec Alice. Il faut toujours essayer de changer de volume pour pouvoir s'y adapter. Mais finalement, vous ne la faites pas. C'est plutôt elle qui vous fait... Non mais ça, c'est évident, mais... ça avance en parallèle donc c'était ce glissement et est-ce que la langue de Nabokov dans le cours,
- Speaker #1
c'est incroyable parce que c'est quand même un roman un roman génial qui a l'air comme ça, l'impliquité de lecture incroyable c'est un travail fou j'imagine quand tu l'as lu qu'est-ce que ça a déclenché chez toi ?
- Speaker #3
le rire j'étais très jeune Donc, le rire, la sympathie pour un personnage. Je crois que c'était la première fois que je lisais un livre dont le personnage m'était sympathique, mais parce qu'il me faisait rire. Avant, je lisais des livres que j'aimais beaucoup, mais je ne peux pas être d'Artagnan. Enfin, si, je peux être d'Artagnan, mais ce n'est quand même pas tout à fait pareil. Et ni Joseph Kahn. Là, lui, il était proche par Snabokov, l'écrit. puisque donc c'est la question. Nabokov écrit comme toujours avec une constante ironie et ces constantes incises qui ne sont pas très longues mais qui ponctuent. Franchement, je cite, je crois, assez tôt une citation de Nabokov tirée de Pnil qui est absolument géniale. Il y a une incise où tout d'un coup il se permet... avec ironie, c'est-à-dire l'air de ne pas y toucher, de qualifier la situation dans laquelle il est, qui est toujours drôlissime. Il est toujours un peu avec des pincettes et il est assez intimidant. Il peut être assez intimidant, Nabokov, parce qu'il n'a aucune démagogie, ce qui est très bien. Et donc, il traite Pning comme ça, mais ce qui fait que ça vous entraîne dans ce discours de quelqu'un sur quelqu'un et qui est un regard, en fait. et qui est un regard vraiment très, très, très drôle.
- Speaker #1
Ça a répondu à la question. Tu parlais un petit peu tout à l'heure de la nostalgie. Alors, on peut dire que chez toi... D'ailleurs, je dis mélancolie plutôt. Mélancolie. Moi, je trouve qu'il y a aussi quelque chose de sa vie en Russie, de l'Hônes, finalement. Mais est-ce qu'on ressent, est-ce que tu as ressenti cette envie quand même qu'il a de dire... que ces racines sont là, qui sont peut-être moins dures que ce qu'on peut penser. Par Pnine, il est un peu... Il se laisse glisser là-dedans. D'ailleurs, il est tout le temps assez séglissé, quoi qu'il lui arrive. Il peut se faire virer, il glisse sur autre chose. Et en même temps, il y a toujours ce retour quand même aux racines qui font que peut-être que c'est la racine dans le terme. Il est assez malin pour ne pas montrer que c'est des racines, mais peut-être que c'est ce qui fixe un petit peu...
- Speaker #3
Tu veux dire de Pnine ou de Nabokov ? Pnine. Bien sûr que c'est ses racines. D'ailleurs, il ne cesse d'avoir la mélancolie, la nostalgie, si tu veux. Il ne cesse d'avoir cette Russie, de toute façon, où le livre se passe, mais déjà bien avant, et complètement morte. C'est pour ça qu'il la fuit. Et Pny ne rencontre quand il va en vacances. Il va dans une espèce de colonie, dans un très très riche. qui accueillent tous les Russes pauvres, pas très à l'aise, qu'ils connaissent. C'est des Russes aussi. Et là, c'est absolument hilarant. Et là, ils vivent une vie russe racontée par Nabokov, c'est-à-dire avec beaucoup d'ironie. Nabokov qui est aussi un personnage du livre, d'ailleurs, qui a eu une aventure avec la femme que Pnine aimait. Enfin bref, c'est très amusant. Et dont il tesselle qu'elle est une... qu'elle est une conne infinie. Mais Pnil était absolument sûr que c'est un génie. Mais lui, il sait. Ça donne encore des espèces de mises en abîme. Bref, la Russie l'accompagne toujours. D'ailleurs, Pnil ne lit que de la littérature russe. et ne lit que des ouvrages qui traitent de la littérature russe, pour savoir si, je ne connais pas le syrillique, donc je ne pourrais pas vous faire l'image qui doit être dans le livre, mais je l'ai oublié, pour savoir si chez Tolstoy, quand Anna Karinine commence, quel jour exactement ça commence. Et c'est à peu près ce qui fait de plus simple de chercher ça. Et bien, ce n'est pas si simple. Ça, en revanche, c'est tout à fait vrai. Pnid le dit, mais Navoukoff le dit à travers Pnid, c'est qu'il y a deux versions. Selon que vous regardiez le calendrier grégorien ou Julien. Et j'ai un souffleur. Et ou Julien, c'est totalement différent. Et j'ai essayé de faire le calcul, moi aussi, une fois que j'avais la solution. Je n'y suis pas arrivée. Je ne suis pas un génie. en calcul, mais enfin quand même je ne suis pas non plus complètement, c'est très très compliqué bref, de chercher tout ce genre de petites choses l'apparition du chat chez Leskov, des trucs complètement délirants, et il n'est baigné que de ça,
- Speaker #0
il n'aime que ça il n'est que ça,
- Speaker #3
d'ailleurs les américains quand ils appellent Pnine ou qu'ils le demandent au téléphone, sont incapables de dire son nom et ils font tous comme s'ils le savent
- Speaker #1
En plus, ça a été le grand succès américain de Nabokov. C'est vraiment... Ah oui, absolument, je le sais. Dans la bio du livre, c'est carrément... Le livre qu'il fallait lire fut un temps à sa sortie. C'était un événement aux Etats-Unis.
- Speaker #3
Mais le gros succès, ça a été quand même Lolita. Quand il est sorti après toutes ces histoires.
- Speaker #1
Donc ça tourne bien parce qu'on va changer d'espace-temps. puisqu'on était en train de parler de différents espaces-temps, et bien ça tombe bien parce que comme ça, ça a permis à Alexis d'enclencher sur votre choix de personnage réglé donc alors, l'Auréline je sais que je ne me trompe pas en le disant l'Auréline, parce que j'étais là on ne sait pas trop,
- Speaker #2
il n'y a pas d'accent j'ai jamais entendu dire en fait j'ai toujours lu et puis personne ne me l'avait prononcé dans le pas ça doit être l'Auréline
- Speaker #1
Voilà, donc juste pour vous replacer un petit peu, là je vais le faire quand même, Christian Mézières, c'est quand même des grands, grands, grands scénaristes et dessinables de l'époque, par exemple, Christian, il a fait des scénarios de Bilal, des grands, grands, une BD de Bilal, c'est Christian, La vie de nulle part, tout ça, bon, Trenlé, alors on ne parle pas beaucoup d'elle, mais c'est la coloriste, il faut quand même le dire, ils sont trois, ils sont deux, mais en fait, ils sont trois, qui a beaucoup de talent, d'ailleurs, quand on voit le travail qu'elle faisait à l'époque, Fantastique, ça apparaît en 67 dans Pilote, on l'a revu, Pilote. en fruiton et ça apparaîtra en BD à partir des 70 chez Bargault alors on s'accroche c'est 2 500 000 exemplaires vendus en tout avec un changement de nom à un moment c'est passé de Valérian à Valérian et le relis voilà donc c'est un énorme succès de l'époque et après évidemment juste pour resituer aussi en BD, même époque sur Yoko Tsuno par exemple, on parlait d'Heroine de BD, je lisais aussi Yoko Tsuno j'en étais sûr et puis tu en parles aussi et après on va commencer comme ça d'une espèce de BD et cinéma d'Egérie des années 60 c'est Barbarella donc dans ton livre cette héroïne de bande dessinée c'est le premier émoi peut-être
- Speaker #2
c'est pas une vraie question mais ça peut commencer comme ça c'est pas une vraie question et moi Ça n'avait rien de sexuel. J'ai lu ça entre 12 ans et 18 ans, ou un peu avant 17 ans. Et j'adorais ce personnage. Mais c'était... C'était miso parce que c'était vraiment... Moi, j'étais un adolescent un peu, on va dire un peu introverti, qui n'avait pas une vision très claire des femmes et des filles. Des filles plutôt, parce que bon, elle s'est allée là. Et il y a quelque chose dans cette Laureline qui m'a touché. Chez Okutsu no, il y a quelque chose qui m'avait touché aussi. Mais par contre, Okutsu no n'a aucune sensualité. C'est une japonaise. Donc, Laureline, par contre, il y a quelque chose d'une vivacité, d'une sensualité, du trait, qui me plaisait beaucoup, et sans avoir aucun émoi. sexuelle, il y avait un émoi amoureux, en fait, mais très, très diffus, très bizarre. Bon, ce qui faisait que j'ai lu et relu ces BD-là, jusqu'à la fin des années 70. Après, quand j'ai écrit ce bouquin, ça faisait 40 ans que je n'avais pas lu. Donc, je suis allé les relire et c'était surprenant. C'est surprenant parce que je l'ai vu comme étant une BD dessinée dans les années 60, 70. Donc, avec toutes les caractéristiques de choix, de scénario, de choix de dessin. J'avais une sorte de vision d'adulte un peu distanciée. Et ça, ben oui, j'ai retrouvé, c'est un peu d'archéologie personnelle, j'ai retrouvé l'émoi que j'avais, mais que bon, maintenant, c'est un peu distancié. Mais cette Laureline a beaucoup fait pour la construction de l'image des femmes dans ma vie. Étrangement, il y a eu un effet réel. mais que j'identifie maintenant. Alors, je vous raconte dans le bouquin, je me suis entendu dire cette phrase en voyant le film que Besson a tiré. Bon, ce film, j'ai regardé chez moi à la télé, ma compagne était à côté de moi, sur le canapé, et je lui dis ça. Bon, au bout de trois minutes... on trouve que c'est nul et ça va. On ne voyait vraiment pas comment cette héroïne de Besson pouvait créer une image de femme. Puis moi, au bout de la moitié du film, et encore la moitié du film, j'ai poussé parce que j'étais quand même plus captif, j'ai dit non, ça ne va pas du tout. Le film de Besson ne va pas. Non pas parce que les effets de spéciales sont pas bien, mais parce que le personnage de femme n'est pas le bon. Ce n'est pas la même chose. Je n'ai pas cherché ça dans le personnage de BD. Mais je me suis entendu dire, oui, cette Lourline, elle a beaucoup fait pour moi. la construction de l'image de la femme pour moi. Phrase mystérieuse. Ce qui fait que quand Amélie, un jour, m'a proposé de faire ça, de participer à cette collection, soudain, brusquement, tac, tac, tac, j'ai eu une super idée. Ce serait Laureline. Puisque j'ai dit qu'elle avait beaucoup fait pour la construction de mon image de la femme. Je ne savais rien de plus que cette phrase. Mais bon, je me suis mis à réfléchir un peu, et les choses sont venues très très vite. En fait, il y a toute une sorte d'archéologie de soi, qui est revenue, qui est remontée, parce que je me demandais pourquoi, finalement, les livres, on les fait pour comprendre un truc qu'on ne sait pas. Si c'était pour raconter des choses qu'on sait, ça me ferait des cours.
- Speaker #1
j'en ai fait enfin on sent justement de ce déclencheur de ce souvenir et de retrouver cette cette héroïne qui a une vraie envie de remonter comment ça se passe alors tout en y intégrant plein plein de choses super intéressantes moi j'ai trouvé ça passionnant aussi il y a tout ce que maintenant tu entends aussi alors bien sûr de l'attirance on peut dire sexuelle, qui se crée un moment... Je suis grand maintenant. Non, mais ce que je veux dire, c'est que ça n'arrive pas dans le livre comme ça. Oui, d'accord. Il y a vraiment un travail graduel en te servant de toi-même. Moi, je pensais à... Je vais dire un truc, on ne sait pas, mais je pensais à l'âge d'homme de Michel Guéris, en fait.
- Speaker #2
On l'a mentionné, oui.
- Speaker #1
Quand on commence, ce qui est un des premiers livres du genre, quand on commence à se dévoiler au fur et à mesure du travail qu'on fait en partant d'un objet, l'objet, c'est un héroïne de Béli, c'est un peu ce que tu fais. et en y intégrant des choses. Tu parles un peu aussi du rôle. L'image statique de l'époque, c'est la BD et d'un coup, il y a le cinéma. Je vois bien que tu parles dans ce que tu écris de l'importance du cinéma. Oui,
- Speaker #2
alors, c'est vrai que le cinéma classique, j'ai beaucoup vu, j'ai été cinéphile. J'étais toujours fourré quand j'habitais à Lyon, j'étais toujours fourré dans les salaires et je jouais des vieux films en noir et blanc avec des stars. C'est adorable. J'ai compris, il n'y a pas si longtemps, finalement, qu'est-ce que faisait Hollywood, qu'est-ce que construisait Hollywood. Et c'est vrai qu'Hollywood crée la star, qui est une sorte, bon je raconte dans le livre de façon plus précise, mais qui est, en fait, c'est la bombe, la bombe visuelle. Et c'est vrai qu'il y a des tas de films hollywoodiens des années 40-50, qui sont construits autour de ça, autour de l'image de la bombe. Alors, je cite l'exemple absolu, c'est Rita Hayworth, qui est... Bon, je parlais à ma compagne, je lui dis ça, elle me dit, wow, comme la chine, je peux me faire quand même ma réunion. Bon, mais c'est pas le problème, on parle pas d'actrice, là. On parle d'effets visuels, de bombes visuelles, d'impacts visuels. Et après, je me suis posé la question de, finalement, dans quoi j'ai grandi ? Dans quelle image de femme j'ai grandi ? Bon, je suis né début des années 60, donc j'ai grandi dans les années 70. Et c'est vrai que des fois, quand je vois justement du cinéma de ces époques-là, j'ai un peu un trouble. Les femmes sont chouettes, mais c'est vrai qu'elles comptent pour des potiches. Et donc, Laureline était l'anti-potiche. C'est pour ça qu'elle me plaisait beaucoup. Il y avait quelque chose qui était assez unique dans ce personnage. Parce que finalement, les personnages de BD féminin, il n'y a peu, bon je disais Black Immortimer, il n'y a aucune femme. C'est un boys band total. Maintenant, dans le remake actuel, il y a des femmes et ça ne va pas. On ne fait pas rentrer des femmes dans un club comme ça. Dans Tintin, il y a la Castafior. C'est tout. Et chez les Strom, il y a la Stromfête. Mais c'est devenu un concept féministe. Le syndrome de la schtroumpfette, c'est quand, dans une histoire, il y a un personnage féminin entouré d'hommes. Et ce personnage féminin, bien sûr, tous les hommes sont devant, toutes émoustillées. Et elle est d'une féminité normative. Elle a tous les signes de la féminité. Donc là, dans la schtroumpfette, elle est blonde, elle a des cils. Je ne me rappelle plus, elle a des petites chaussures d'eau d'âme. Donc du coup, c'est... c'est pas une femme c'est comme Natacha Hôtesse de l'air c'est des personnages qui sont plaisants à voir mais ils sont là pour ça ils sont là pour être plaisants à voir et Laureline, elle me plaisait par son énergie sa vitalité sa façon de sortir du cadre etc bon puis à la fin elle était aussi plaisante à voir Donc il y a eu vraiment quelque chose d'une éducation amoureuse et sexuelle à être homme dans les années 70. Il y avait cette BD qui disait le contraire. Et j'aimais bien cette BD.
- Speaker #1
Après, je ne vais pas dévoiler tout le livre parce que déjà c'est assez dense. Il y a des affaires. Mais il y a quand même un moment où tu vas chercher un peu des détails sur la fabrication. comment le dessinateur la dessine parce qu'en fait il se passe plein plein de trucs c'est à dire qu'elle est pas tout le temps pareille c'est pas un très bon dessinateur qui se dit un très bon dessinateur de femme parce qu'il y a des et il change la couleur des cheveux il change la couleur des yeux l'objet un peu sexuel dont tu parles beaucoup c'est les bottes elles sont un peu dissimulées donc ça c'est moi j'ai bien aimé le fait que t'aies et je... Ça déclenche des choses qui ont un peu d'archéologie de Bénin.
- Speaker #2
J'ai vraiment scruté. Comme je les ai relus, je les ai relus dans l'ordre, ce que je n'avais jamais fait. Et c'était étonnant. J'ai découvert que dans les premiers, fin des années 60, ça ressemblait totalement à une BD des années 60. Ce qui est normal, mais ce qui à l'époque ne m'avait pas frappé. Parce que c'était à l'époque, c'était normal que ça retombe en années 60, puisqu'on y était. Donc voilà, il y a eu quelque chose comme ça, d'une marque du temps. que j'ai découvert. Et puis aussi, en fait, cette maladresse de Mézières qui est à la fois son talent. C'est compliqué. C'est-à-dire que c'est pas un très bon portraitiste. Donc Valérian, le personnage masculin, il se ressemble toujours. C'est simple, c'est normal. Il a la mâche en carré, une mèche, là, comme ça, puis il a des muscles et tout. Puis de toute façon, il est très service-service. C'est vrai, il suit la consigne. Donc il est toujours à peu près pareil. On le reconnaît bien. Elle... Elle est autre chose. Et comme elle est autre chose, elle est justement... C'est comme si elle était l'incarnation du vivant dans cette BD qui faisait éclater un peu plein de choses. Et elle n'est pas toujours tout à fait pareille. Le visage n'est pas pareil, les yeux n'ont pas la même couleur, les cheveux n'ont pas toujours la même couleur. Et on la reconnaît quand même. Pas toujours la même, mais tout à fait. Une autre, je ne sais plus. Et donc, c'est quelque chose qui est très étonnant. Ça montre aussi... l'intérêt que Mézières avait pour dessiner une femme qui soit une vraie femme et non pas une sorte de collection de fétiches. Il y a des dessinateurs qui dessinent merveilleusement des femmes sexines. A Marini, par exemple, il fait ça merveilleusement et à chaque fois, on reconnaît les femmes, on reconnaît quel personnage c'est, on reconnaît que c'est lui qui l'a dessinée. C'est mauvais, ça. tandis que Mézières, on arrive à savoir qui c'est lui, mais elle est toujours mouvante. Elle est toujours changeante, comme en fait est ce personnage. Elle est même l'impulsion de changement dans le scénario.
- Speaker #0
Ça, c'est merveilleux.
- Speaker #1
Ça donne envie de relire tout Galerion, c'est fantastique. Ça donne envie de relire Pénéline Ray. Je pense qu'on peut le relire plein de fois dans sa vie. On n'a jamais la même lecture, mais il y a plein de livres, mais celui-là spécifiquement. Peut-être est-ce qu'il y a des questions ? Est-ce que vous voulez poser des questions ?
- Speaker #2
Ah ben ! C'est un personnage qui vous a marqué, qui vous a inspiré. En travaillant dessus, il y a plein de choses que vous ne connaissiez pas. Sur lui ?
- Speaker #3
Euh... Je suis en disque. Non, j'ai plutôt fait des trouvailles. Si j'ai fait des trouvailles, c'est plutôt... Non, je n'ai pas vraiment fait de trouvailles. Elles n'étaient pas difficiles à trouver. Mais en revanche, oui, j'ai dû découvrir des choses. Sur lui, non. Après tout, il est dans le livre. Mais sur ce qui l'entoure, certainement. Ça faisait très longtemps que je ne l'avais pas lu. Alors, en fait, je l'avais adoré, je l'avais relu, je l'avais adoré. Il y a eu un moment, il y a 10-15 ans, je l'ai moins aimé. Et là, je l'ai aimé à nouveau. Mais en fait, en vérité, c'est quand même un livre que, quand je veux écrire un roman, c'est toujours un livre que je vais regarder. Vous voyez, pour me mettre en jambe, je ne sais pas, le rythme. Enfin, quelque chose pour ces fameuses incits, ce ton dans le ton.
- Speaker #0
Donc, avant de vous laisser quand même dire deux derniers mots, c'est pas à moi de dire le dernier mot.
- Speaker #1
Juste un... Je trouve que c'est une initiative de libraire, toujours importante, parce qu'on a toujours besoin de livres qui font lire des livres. Alors, c'est bête à dire comme ça, mais en fait, ça fait des passerelles. Moi, dedans, à chaque livre, j'ai envie de lire trois autres livres. Ça fait six. Donc, merci. c'est pas comme ci mais en fait c'est des livres qui écrivent beaucoup d'intelligence et de savoir-faire et de précision moi j'adore vos deux textes voilà donnent envie de rebondir sur des choses de remettre Pline sur table de remettre du Valérian de réexpliquer ce que c'est Nabokov voilà ce que c'est que la BD des années 70 qui est une BD formatrice pour plein plein de gens et comme quoi Des mots et bus, c'est tout. Apprendre à faire plein de aspects. Merci pour cette collection, parce que c'est important. Il faut la mettre à côté des livres concernés, pour la défendre. Et ça, c'est plutôt super. Et vous êtes les deux premiers de la collection.
- Speaker #0
Et il faut remercier Amélie. Et Amélie qui a la bonne idée.
- Speaker #3
C'est vraiment amusant. Merci Amélie.
- Speaker #1
On peut applaudir tout le monde.
- Speaker #0
Pour rebondir sur ce que tu disais, l'imaginaire d'un écrivain se fait à moitié, à la louche, c'est-à-dire plus, des livres qu'il a lus. Parce que si on fait écrivain, ce qui est une tâche ignoble, réverbative et ingrate, si on fait ça, c'est parce qu'on a passionnément aimé lire, et on a passionnément plongé dans des livres. Et donc, quand on a l'occasion comme ça de retravailler... Cette passion-là, ce bonheur-là, c'est même mieux que d'écrire dans des groupes qui sortent de soi.
- Speaker #3
Oui, mais très très sincère, je te remercie de nous avoir invités et je suis toujours contente d'être avec Amélie et Alexis quelque part. Et puis de parler, j'adore parler.
- Speaker #4
Paris Librairie en un seul mot, sans tiret et avec un S à librairie. Vous êtes à la recherche d'un livre ? Trouvez-le, géolocalisez-le et réservez-le dans une librairie près de chez vous. Pour ce faire, rendez-vous toujours à la même adresse sur le site parislibrairie.fr. Merci et belle lecture !