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COP28 : suspens et émotion à Dubaï cover
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L'envers du récit

COP28 : suspens et émotion à Dubaï

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22min |20/03/2024
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22min |20/03/2024
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Description

L’envers du récit, saison 6, épisode 21.


Camille Richir est journaliste au service économie et transition du quotidien "La Croix". Fin 2023, elle s’est rendue aux Émirats arabes unis pour assister à la COP28, qui s’est tenue dans la ville de Dubaï du 30 novembre au 12 décembre. Lors de cette conférence internationale, 196 pays se sont réunis, afin d’élaborer, ensemble, des réponses au changement climatique.


Le choix des Émirats arabes unis comme pays hôte a été particulièrement controversé, tout comme la nomination à la tête de ce sommet de Sultan Al Jaber, ministre de l’industrie émirien et patron de la compagnie pétrolière nationale du pays. Dans cet épisode, Camille Richir nous fait revivre cette COP28 qui a été, jusqu’au dernier jour, riche en rebondissements.


► Les principaux articles de Camille Richir sur la COP28 :


• COP28 : comprendre l’accord surprise trouvé sur les « pertes et dommages » : https://www.la-croix.com/planete/COP28-comprendre-laccord-surprise-trouve-pertes-dommages-2023-11-30-1201292875


• COP28 : le début de la fin des fossiles ? : https://www.la-croix.com/planete/cop28-le-debut-de-la-fin-des-fossiles-20231213


• COP28, jour 1 : un accord surprise, un discours fort et des avions : https://www.la-croix.com/planete/COP28-jour-1-accord-surprise-discours-fort-avions-2023-11-30-1201292942


► Vous avez une question ou une remarque ? Écrivez-nous à cette adresse : podcast.lacroix@groupebayard.com


CRÉDITS :


Rédaction en chef : Fabienne Lemahieu. Réalisation : Clémence Maret, Célestine Albert-Steward et Flavien Edenne. Entretien et textes : Clémence Maret. Captation, montage et mixage : Flavien Edenne. Chargée de production : Célestine Albert-Steward. Création musicale : Emmanuel Viau. Responsable marketing et voix : Laurence Szabason. Illustration : Mathieu Ughetti.


L'envers du récit est un podcast original de LA CROIX – Mars 2024


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    C'est le seul sommet. Vous avez des dirigeants des pays du monde entier qui se retrouvent pour discuter du climat. C'est un moment qui permet de faire monter la pression, de faire accoucher des négociations. Mais l'avenir des énergies fossiles, heureusement, ne se détermine pas seulement au COP.

  • Speaker #1

    Camille Richir est journaliste au service Économie et Transition du Quotidien Lacroix. En 2023, elle s'est rendue à Dubaï, aux Émirats arabes unis, pour couvrir la COP 28. Lors de cette conférence internationale, près de 200 pays ont cherché ensemble des réponses au changement climatique. Aujourd'hui, Camille Richir nous fait revivre ces 15 jours de négociations, rythmés par plusieurs coups de théâtre. Dans ce podcast, un journaliste de La Croix raconte les coulisses d'un reportage, d'une enquête ou d'une rencontre, ce qui s'est passé avant, comment il l'a vécu et comment l'histoire se poursuit. Vous écoutez l'envers du récit.

  • Speaker #0

    Bonjour, je m'appelle Camille Richir, je travaille au journal La Croix, au service éco et transition, comme journaliste environnement. J'ai couvert la COP 28 à Dubaï, aux Émirats arabes unis pendant une quinzaine de jours. La COP, c'est l'abréviation en anglais de conférence des partis, c'est-à-dire les 196 États et l'Union européenne qui ont signé ce qu'on appelle la Convention CAD des Nations Unies sur le changement climatique. Et chaque année, ils se réunissent pour négocier et trouver un accord dans lequel ils se fixent des objectifs de lutte contre le changement climatique, de financement, de priorité, etc. Donc, ça a l'air très technique et institutionnel, mais en fait, c'est une expérience qui est très intense humainement. C'est-à-dire que pendant deux semaines, vous avez des personnes venues du monde entier qui se réunissent pour parler climat. Il y a non seulement des négociateurs, des chefs d'État, mais vous avez aussi des représentants du monde économique, des jeunes activistes, des ONG, des chercheurs, des étudiants. Alors là, cette fois, le fait que la COP soit organisée à Dubaï, aux Émirats-Unis, forcément, ça a beaucoup fait réagir. Ça paraît très paradoxal, mais en fait, c'est lié au processus de sélection des pays pour les COP. C'est-à-dire que pour des raisons d'équité, le pays d'accueil tourne chaque année entre cinq groupes régionaux. Donc là, ça devait être en Asie. Et en fait, les candidats se battent rarement au portillon parce que ça coûte très cher à organiser. Il y a plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et il faut avoir les infrastructures pour accueillir un événement d'envergure mondiale. Et donc, finalement, le fait que ça tombe dans un pays du Golfe, ce n'était pas une première. Ce qui a été plus surprenant, c'est le choix du président de cette COP. C'est un homme qui s'appelle Sultan Al-Jaber, qui a 49 ans, qui est ministre de l'Industrie et qui est le patron de la compagnie pétrogazière des Émirats Arabes Unis. Et en fait, ce qui était intéressant, c'est qu'on avait du mal à savoir ce qu'allait se jouer. C'est-à-dire que d'un côté, il y avait certains qui disaient mais c'est perdu d'avance, le conflit d'intérêts, il est trop grand et Sultan Al-Jaber va profiter de sa position pour influer en faveur des énergies fossiles Il y avait eu plusieurs enquêtes dans les médias britanniques qui montraient qu'il y avait une certaine porosité entre cette compagnie pétrogazière et l'organisation de la COP. Et puis en même temps, il y avait d'autres personnes qui disaient c'est peut-être l'opportunité de parler aux autres pays producteurs de gaz et de pétrole qui bloquent souvent les négociations. Et peut-être que cette fois, on pourrait aboutir à un accord un peu ambitieux, parce que les Émirats, ils avaient aussi intérêt à ce que la COP réussisse. Ils en allaient leur crédibilité sur la scène internationale. Et donc, on a commencé avec une espèce de suspense sur la façon dont allaient se dérouler ces négociations. Sans compter que parce qu'il y avait justement cette personnalité d'Al-Jaber, parce que Dubaï, parce qu'aussi la société civile a fait pression, on a très vite compris que le sujet principal de cette COP, ça serait est-ce qu'on allait aboutir à un accord sur la sortie des énergies fossiles ? Le pétrole, le gaz, le charbon. Et ça aussi, c'était une première parce que, aussi étonnant que ça puisse paraître, dans un accord de COP n'ont jamais été pointés du doigt les principales responsables du changement climatique, qui sont ces énergies fossiles. C'est à chaque fois bloqué forcément par les pays producteurs qui n'ont pas d'intérêt à ça. Et donc pour la première fois, on avait un peu l'espoir d'un accord qui acte ça, qui mentionne ce terme. Et ce n'est pas seulement de la symbolique. C'est potentiellement 196 pays dans le monde qui se disent on sort de ces énergies Et donc ça, c'est un signal politique très fort qui serait envoyé à des investisseurs, qui serait envoyé aux entreprises, etc. Donc il y avait énormément d'attentes en amont. Évidemment, quand on est journaliste environnement, on se pose forcément la question de la nécessité de prendre l'avion pour aller à Dubaï. On se pose la question éthique de se rendre dans un pays où la liberté de la presse est inexistante, en dehors de la vitrine de la COP, bien sûr, où les défenseurs des droits de l'homme sont réprimés. Donc moi, je me suis posé la question à titre personnel. Et puis, j'ai décidé d'y aller parce qu'on savait que cette conférence climat là... allait être importante et que même si beaucoup de choses sont retransmises en ligne, il y a quand même une bonne partie des choses qui jouent sur place. Et ça vous permet d'avoir un accès aux négociateurs, à des experts du monde entier, parce que tous les experts climat sont là. Et puis aussi, vous vous faites des contacts, vous trouvez d'autres sujets qui peuvent vous servir pour le futur. Et ça peut vous permettre aussi d'avoir une couverture plus fine à la fois de la COP, mais aussi par la suite des autres sujets climat. Et donc, j'avais beau avoir fait ce choix en conscience, j'ai quand même ressenti un petit malaise quand je suis montée dans un Airbus à 380 à deux étages pour me rendre à Dubaï, que j'ai débarqué dans cette ville qui est absolument hors norme quand on couvre les sujets climat. On est un peu sidérés devant cette ville qui incarne un peu tout ce qu'il ne faut pas faire. C'est-à-dire que c'est une ville qui est construite pour la voiture, où c'est des deux fois cinq voies partout, il y a très peu de transports en commun, il y a des endroits où il n'y a même pas de trottoir, c'est-à-dire que vous êtes obligés de prendre la voiture pour aller d'un point à un autre. C'est des immenses buildings partout, il n'y a pratiquement pas de verdure, en dehors des jardins de certains grands hôtels, sachant qu'il fait très chaud aussi. Et je pense que le comble, c'était vraiment la vue que j'avais de ma fenêtre. C'était une vue sur Palme Joumira, qui est une espèce d'île artificielle en forme de palmier. Il y a un port avec des yachts qui sont parqués là. Et puis au-dessus, il y a des gens qui font du parapente. C'est vraiment une ville de tous les excès. C'est pas seulement la ville elle-même qui était démesurée, mais la COP aussi l'était, le lieu qui accueillait la COP l'était. La COP, elle se passait dans un endroit qui s'appelle l'Expo City, qui est un centre des expositions. Pour y aller, vous prenez le métro et en fait, vous sortez pratiquement de la ville, c'est-à-dire qu'on arrive aux abords du désert. Donc on voit la ville continuer de s'étendre et vous arrivez au bout de la ligne de métro. Et là, il y a cette espèce d'énorme centre des expositions qui est en... Plein air, qui est émaillé de plein de petits bâtiments qui abritent soit des salles de conférences, soit ce qu'on appelle les pavillons des pays. C'est-à-dire que chaque pays a un espace dans lequel il organise des conférences ou dans lequel il a des bureaux pour faire travailler ses négociateurs. Et puis, entre ces bâtiments, c'est une architecture assez futuriste, avec des palmiers, avec des ombrières immenses. Des dômes, un dôme métallique sur plus de 100 mètres de diamètre, c'est assez déconcertant comme architecture. Et enfin, ce qui était très impressionnant, c'était le nombre de personnes accueillies. Il y avait 100 000 personnes accréditées. En comparaison, la COP26 à Glasgow, il y avait 25 000 personnes. Dès le départ, on s'attendait à une COP un peu en dehors de la norme. Et en fait, dès le début, les Émiriens ont frappé très fort. D'habitude, il y a des temps un peu forts au début, quand il y a les chefs d'État qui sont présents, et puis à la fin, quand les négociations se tendent. Mais en général, il y a aussi pas mal de temps plus morts. Et là, en fait, il n'y a pratiquement pas eu de temps mort. C'était non-stop des annonces, des choses qui se passaient, quelques petits scandales, quand on a su, par exemple, qu'il y avait près de 2500 lobbyistes, des énergies fossiles qui étaient accréditées dans les murs de la COP. Donc, ça a été très intense. Et ce, dès le jour 1. Alors, pour que vous compreniez, le jour 1, il y a une partie des journalistes qui ne sont pas arrivés. C'est un peu le jour où on s'occupe des quelques formalités. Les chefs d'État ne sont pas encore là. Moi, j'avais prévu d'arriver dans l'après-midi à la COP et puis de récupérer tranquillement mon badge, de prendre mes marques. J'avais pris un ou deux rendez-vous, mais le premier jour, normalement, il ne se passe rien. Donc je fais la queue. Ça dure assez longtemps parce qu'il y a du monde. Et en fait, j'arrive à me connecter au Wi-Fi d'une grosse demi-heure. Et là, je vois qu'on a un accord sur les pertes et dommages. Les pertes et dommages, c'est quelque chose qui n'est pas très connu du grand public, mais ça fait 20 ans que ça suscite des tensions entre les pays du Nord et les pays du Sud lors des COP. En fait, les pays du Sud demandent au Nord la création d'un fonds pour financer les dégâts irréversibles liés au changement climatique. Par exemple, des bâtiments qui seraient détruits à cause de la montée des eaux. Les pays du Nord s'y étaient toujours refusés. L'an dernier, ils avaient trouvé un accord, mais l'accord menaçait de flancher parce que personne n'était d'accord sur les modalités techniques. Et là, ça menaçait d'empoisonner un peu les discussions à Dubaï. Et là, au jour 1 de la COP, on apprend qu'ils ont trouvé un accord. Voilà, et ça n'arrive jamais. Les accords, ça arrive au dernier jour de la COP. Et donc là, dès le départ, il y a eu une émotion très forte. Alors nous, quand c'est comme ça, on appelle les ONG. Elles nous ont organisé un point presse très rapidement pour essayer de nous raconter un peu ce qui s'était passé et comment l'interpréter. Tout le monde était très, très ému. Et ça va être un peu ça pendant deux semaines. C'est-à-dire que... On vit un peu au rythme de ces micro-avancées. On va passer notre temps à essayer de comprendre, ok, qu'est-ce qui avance, qu'est-ce qui recule, qui défend quoi. On va chercher du côté des ONG, mais on va aussi chercher du côté des négociateurs, des autres délégations, voir comment réagissent tel ou tel État un peu clé. Sur place, tout le monde est suspendu à ce genre d'accords, ou alors à des formulations qui vont traduire une plus ou moins grande volonté politique. Par exemple, est-ce qu'on va parler de sortie des énergies fossiles ou réduction des énergies fossiles ? Là-bas, ça devient un sujet central. Donc ça, c'était le début, c'était un temps très fort. Et puis en dehors des négociations, j'ai dit que c'est le monde entier qui se réunit. Et on le voit très bien, c'est dans les files d'attente. C'est assez rigolo parce que, qui que vous soyez, à l'exception des chefs d'État, bien sûr, vous faites la queue et vous attendez. Il y a énormément de personnes qui sont en tenue traditionnelle. C'est très joyeux. Il y a des gens qui font de la musique. Il y a des gens qui rigolent, il y a des personnes qui travaillent aussi dans cette queue sur leur téléphone, parce que parfois on attend une, deux, trois heures. Et en fait, moi, c'est comme ça que j'ai trouvé un de mes sujets. C'est-à-dire qu'un matin, il y avait juste devant moi trois filles, dont une était en tenue traditionnelle ukrainienne. Et je jette un coup d'œil à son badge et je vois qu'en effet, elle est ukrainienne. Et donc, je lui demande si elle peut me parler un peu de ce qu'elle fait ici. Parce que moi, ça m'intriguait beaucoup. Je me dis, mais comment ? On milite pour le climat quand on vient d'un pays en guerre. C'était des très jeunes femmes, et donc je me doutais qu'elles étaient activistes, qu'elles n'étaient pas des politiques ou quoi que ce soit. Comme on avait une heure de Q à tuer, on a discuté. Et je me suis rendu compte que ces filles étaient absolument passionnantes parce qu'elles travaillent à la reconstruction verte de l'Ukraine. C'est-à-dire qu'elles essaient de militer pour qu'il y ait un conseil de jeunes au sein du ministère de l'environnement ukrainien et que finalement, dans sa reconstruction future, l'Ukraine prenne en compte les problématiques d'adaptation des bâtiments. ou de reconversion professionnelle des mineurs vers la transition écologique, etc. Et donc c'était très intéressant parce qu'elles étaient vraiment dans une démarche de penser à l'après et d'essayer aussi d'apporter de l'espoir en montrant que le lendemain peut être aussi plus beau. Et donc ça a donné lieu à un article, à un portrait qui a été publié dans notre cahier Planète. Et puis enfin, la fin des négociations, elle a été particulièrement tendue. C'est-à-dire que pendant les deux semaines, on guettait à chaque version du texte comment étaient traitées les énergies fossiles. Alors au début, on avait une première version provisoire qui mentionnait une réduction ou une sortie des énergies fossiles parmi les options. Après, on a eu des formulations plus ou moins alambiquées, mais c'était toujours là. Et puis, à la veille ou à quelques jours de la fin prévue des négociations, ce qui se passe, c'est que la présidence émirienne devait prendre un peu en compte toutes les vues de chaque pays et puis proposer un document final qui serait potentiellement l'accord final sur lequel devraient se prononcer les États. Alors, on attendait ce texte, on l'a attendu assez longtemps. Et on l'a eu à la veille de la fin de la COP. La COP devait se terminer le mardi et le lundi en fin de journée et publier le projet d'accord. Et là, c'était la catastrophe. C'est-à-dire qu'au lieu de parler de réduction de sortie des énergies fossiles, les États étaient invités à mettre en place des mesures de lutte contre les changements climatiques, dont la réduction de la consommation et la production d'énergie fossile. En fait, ça traduisait une très faible ambition politique. Et c'était même dangereux parce que ça laissait ouverte la voie à certaines interprétations. Le texte avait été vidé de sa substance. Du côté des ONG, les gens étaient livides. Même dans certaines délégations, tout le monde était extrêmement tendu. C'était électrique comme atmosphère et il y avait un peu un sentiment de tout ça pour ça. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que les négociateurs ont continué à négocier. Tout le lendemain, on a attendu un nouveau texte. La COP devait se terminer le mardi midi. Le mardi soir, on n'avait toujours rien. C'est là qu'on commence à s'inquiéter, à se dire, mince, est-ce que je vais devoir repousser mon billet d'avion ? Le mercredi matin, on arrive assez tôt et il y a une nouvelle version du texte qui est sortie dans la nuit et qui est beaucoup mieux, qui n'est pas la sortie des énergies fossiles avec une date qu'attendaient les ONG, mais quand même qui mentionne pour la première fois le terme. C'était quand même une avancée assez significative. Et donc là, on se prépare pour une longue journée, parce que pour adopter un texte, souvent ce qui se passe, c'est qu'il y a ce qu'on appelle une séance plénière. Les États sont réunis dans une grande salle, et puis chacun se prononce, donne son avis. La session est régulièrement interrompue pour des petites négociations entre quelques États, etc., qui essaient de faire bouger les lignes. Et quand c'est comme ça, ça peut durer longtemps. Et puis, la plénière tarde à commencer. Nous, on est dans la salle de presse quand c'est comme ça, parce qu'on n'a pas accès à ces salles. Nous, on est dans une salle de presse à part. Et puis, on voit que ça commence sur les écrans. Je branche mon casque. Sultan al-Jarber prend la parole. Et en fait, il annonce l'accord. C'est allé tellement vite. Moi, je ne me suis même pas rendu compte immédiatement qu'il venait bien d'annoncer un accord. Et puis après, il s'est levé et il s'est mis à applaudir. Donc là, c'était assez clair. Et en fait, c'était fini. Alors, à la fois c'est fini, et puis en même temps, c'est là qu'il faut se dépêcher d'écrire. Il faut savoir qu'en fait, les COP, c'est un marathon. Pendant 15 jours d'affilée, vous travaillez entre 10 et 14 heures de travail par jour. Moi, je faisais entre 1 et 3 articles par jour. Ça nécessite d'écrire vite, mais en fait, c'est pas ça le plus difficile, parce que vous avez accès aux meilleurs experts du monde entier qui sont là au même endroit. La difficulté, au fond, c'est de ne pas se laisser emballer. C'est-à-dire que vous avez un déferlement d'annonces des gouvernements, des entreprises. Vous avez des médias du monde entier qui font tous aussi des angles un peu différents. Et ces journalistes-là, ils vont sortir des infos, donc des sujets sur lesquels peut-être vous allez avoir envie de rebondir. Et puis vous allez avoir des ONG qui vont sortir des rapports pratiquement tous les jours, qui sont aussi intéressants. Et donc il faut quand même réussir à garder un peu la tête froide. Toujours se demander qu'est-ce qui est intéressant pour le lecteur. Quand il y a des annonces qui sont faites, lesquelles sont importantes ? Est-ce que j'ai suffisamment d'informations pour traiter le sujet ? Ou alors est-ce que c'est juste un effet d'annonce et j'attends les précisions quitte à traiter le sujet dans trois jours ? On se demande toujours, est-ce qu'on met l'accent sur les négociations, des bisbis entre pays, qui défend quoi ? Ou alors est-ce qu'on fait des pas de côté pour raconter les histoires un peu plus humaines autour du climat ? Et puis, là, ça fait trois ans que je couvre des copes. Comment on fait aussi pour continuer à raconter ces événements, année après année, sans lasser ? Finalement, le résultat de cette cope, ça a été perçu comme une espèce de victoire en demi-teinte, un peu amère pour certains, parce qu'on s'est dit que ça aurait pu être mieux. Et c'est intéressant parce que pour mon papier de fin de COP, j'ai interrogé le sociologue Stéphane Ecoute, qui avait fait sa thèse sur la gouvernance climat mondiale. Il me disait que, en fait, ce sentiment de déception à la fin des COP, il est normal. C'est jamais à la hauteur de ce qu'on voudrait. Les médias en parlent, la société civile, les ONG mettent énormément la pression parce qu'elles ont intérêt à ce qu'il y ait un accord ambitieux. Donc, elles mobilisent beaucoup, il y a énormément d'attention. Et donc forcément, à la fin, le résultat est toujours un peu moins bien que ce qu'on aurait espéré. Et c'est aussi peut-être parce qu'on attend beaucoup plus des COP que ce qu'elles peuvent vraiment. Ce n'est pas à la COP qu'on va décider, nous Français, par exemple, de faire notre transition vers la voiture électrique, par exemple. C'est un moment qui permet de faire monter la pression, de faire accoucher des négociations. C'est le seul sommet. Vous avez des dirigeants des pays du monde entier qui se retrouvent parfois dans des mêmes salles, pour discuter du climat, mais l'avenir des énergies fossiles, heureusement, ne se détermine pas seulement aux COP. Donc ce sentiment de déception, il est normal, et c'est aussi parce que les conséquences des COP sont souvent très diffuses. C'est difficile à saisir. Ça vient participer à une pression qui accompagne aussi les dynamiques économiques, les législations qui sont prises par certains pays, etc. Donc c'est intéressant parce que quand vous rentrez de cet endroit qui est un peu fou quand même, vous avez vécu quelque chose de très intense humainement. Et puis, quand vous rentrez, on voit que ça n'intéresse pas énormément les foules. On en a un peu une vision de grande foire, d'une mascarade. Et c'est vrai que par certains aspects, les COP font un peu ça. C'est-à-dire que les politiques et les entreprises en profitent largement pour faire leurs annonces, parfois de manière pas très transparente d'ailleurs. C'est un moment qui est un peu ambigu. Mais en même temps, il y a aussi un vrai travail de fond. Il y a des choses qui avancent. Depuis l'accord de Paris en 2015, il y a plusieurs dizaines de pays qui ont mis en place des feuilles de route nationales contre le changement climatique. Alors c'est imparfait, c'est très loin de ce qu'il faudrait. Finalement, ces COP, elles sont très critiquées. Il y a beaucoup de personnes qui font aussi des propositions pour améliorer l'efficacité du processus de décision. mais au fond pour l'instant on n'a rien trouvé de mieux que les COP pour avancer à l'échelle mondiale sur ces sujets

  • Speaker #1

    Vous venez d'écouter un épisode de l'Envers du récit n'hésitez pas à le partager et à vous abonner à notre podcast Les analyses et les chroniques de Camille Richir sur la COP28 sont à lire sur le site et l'appli Lacroix. Vous trouverez le lien dans le texte de description qui accompagne ce podcast. L'Envers du récit est un podcast original du quotidien Lacroix.

  • Speaker #2

    Sous-tit

Description

L’envers du récit, saison 6, épisode 21.


Camille Richir est journaliste au service économie et transition du quotidien "La Croix". Fin 2023, elle s’est rendue aux Émirats arabes unis pour assister à la COP28, qui s’est tenue dans la ville de Dubaï du 30 novembre au 12 décembre. Lors de cette conférence internationale, 196 pays se sont réunis, afin d’élaborer, ensemble, des réponses au changement climatique.


Le choix des Émirats arabes unis comme pays hôte a été particulièrement controversé, tout comme la nomination à la tête de ce sommet de Sultan Al Jaber, ministre de l’industrie émirien et patron de la compagnie pétrolière nationale du pays. Dans cet épisode, Camille Richir nous fait revivre cette COP28 qui a été, jusqu’au dernier jour, riche en rebondissements.


► Les principaux articles de Camille Richir sur la COP28 :


• COP28 : comprendre l’accord surprise trouvé sur les « pertes et dommages » : https://www.la-croix.com/planete/COP28-comprendre-laccord-surprise-trouve-pertes-dommages-2023-11-30-1201292875


• COP28 : le début de la fin des fossiles ? : https://www.la-croix.com/planete/cop28-le-debut-de-la-fin-des-fossiles-20231213


• COP28, jour 1 : un accord surprise, un discours fort et des avions : https://www.la-croix.com/planete/COP28-jour-1-accord-surprise-discours-fort-avions-2023-11-30-1201292942


► Vous avez une question ou une remarque ? Écrivez-nous à cette adresse : podcast.lacroix@groupebayard.com


CRÉDITS :


Rédaction en chef : Fabienne Lemahieu. Réalisation : Clémence Maret, Célestine Albert-Steward et Flavien Edenne. Entretien et textes : Clémence Maret. Captation, montage et mixage : Flavien Edenne. Chargée de production : Célestine Albert-Steward. Création musicale : Emmanuel Viau. Responsable marketing et voix : Laurence Szabason. Illustration : Mathieu Ughetti.


L'envers du récit est un podcast original de LA CROIX – Mars 2024


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  • Speaker #0

    C'est le seul sommet. Vous avez des dirigeants des pays du monde entier qui se retrouvent pour discuter du climat. C'est un moment qui permet de faire monter la pression, de faire accoucher des négociations. Mais l'avenir des énergies fossiles, heureusement, ne se détermine pas seulement au COP.

  • Speaker #1

    Camille Richir est journaliste au service Économie et Transition du Quotidien Lacroix. En 2023, elle s'est rendue à Dubaï, aux Émirats arabes unis, pour couvrir la COP 28. Lors de cette conférence internationale, près de 200 pays ont cherché ensemble des réponses au changement climatique. Aujourd'hui, Camille Richir nous fait revivre ces 15 jours de négociations, rythmés par plusieurs coups de théâtre. Dans ce podcast, un journaliste de La Croix raconte les coulisses d'un reportage, d'une enquête ou d'une rencontre, ce qui s'est passé avant, comment il l'a vécu et comment l'histoire se poursuit. Vous écoutez l'envers du récit.

  • Speaker #0

    Bonjour, je m'appelle Camille Richir, je travaille au journal La Croix, au service éco et transition, comme journaliste environnement. J'ai couvert la COP 28 à Dubaï, aux Émirats arabes unis pendant une quinzaine de jours. La COP, c'est l'abréviation en anglais de conférence des partis, c'est-à-dire les 196 États et l'Union européenne qui ont signé ce qu'on appelle la Convention CAD des Nations Unies sur le changement climatique. Et chaque année, ils se réunissent pour négocier et trouver un accord dans lequel ils se fixent des objectifs de lutte contre le changement climatique, de financement, de priorité, etc. Donc, ça a l'air très technique et institutionnel, mais en fait, c'est une expérience qui est très intense humainement. C'est-à-dire que pendant deux semaines, vous avez des personnes venues du monde entier qui se réunissent pour parler climat. Il y a non seulement des négociateurs, des chefs d'État, mais vous avez aussi des représentants du monde économique, des jeunes activistes, des ONG, des chercheurs, des étudiants. Alors là, cette fois, le fait que la COP soit organisée à Dubaï, aux Émirats-Unis, forcément, ça a beaucoup fait réagir. Ça paraît très paradoxal, mais en fait, c'est lié au processus de sélection des pays pour les COP. C'est-à-dire que pour des raisons d'équité, le pays d'accueil tourne chaque année entre cinq groupes régionaux. Donc là, ça devait être en Asie. Et en fait, les candidats se battent rarement au portillon parce que ça coûte très cher à organiser. Il y a plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et il faut avoir les infrastructures pour accueillir un événement d'envergure mondiale. Et donc, finalement, le fait que ça tombe dans un pays du Golfe, ce n'était pas une première. Ce qui a été plus surprenant, c'est le choix du président de cette COP. C'est un homme qui s'appelle Sultan Al-Jaber, qui a 49 ans, qui est ministre de l'Industrie et qui est le patron de la compagnie pétrogazière des Émirats Arabes Unis. Et en fait, ce qui était intéressant, c'est qu'on avait du mal à savoir ce qu'allait se jouer. C'est-à-dire que d'un côté, il y avait certains qui disaient mais c'est perdu d'avance, le conflit d'intérêts, il est trop grand et Sultan Al-Jaber va profiter de sa position pour influer en faveur des énergies fossiles Il y avait eu plusieurs enquêtes dans les médias britanniques qui montraient qu'il y avait une certaine porosité entre cette compagnie pétrogazière et l'organisation de la COP. Et puis en même temps, il y avait d'autres personnes qui disaient c'est peut-être l'opportunité de parler aux autres pays producteurs de gaz et de pétrole qui bloquent souvent les négociations. Et peut-être que cette fois, on pourrait aboutir à un accord un peu ambitieux, parce que les Émirats, ils avaient aussi intérêt à ce que la COP réussisse. Ils en allaient leur crédibilité sur la scène internationale. Et donc, on a commencé avec une espèce de suspense sur la façon dont allaient se dérouler ces négociations. Sans compter que parce qu'il y avait justement cette personnalité d'Al-Jaber, parce que Dubaï, parce qu'aussi la société civile a fait pression, on a très vite compris que le sujet principal de cette COP, ça serait est-ce qu'on allait aboutir à un accord sur la sortie des énergies fossiles ? Le pétrole, le gaz, le charbon. Et ça aussi, c'était une première parce que, aussi étonnant que ça puisse paraître, dans un accord de COP n'ont jamais été pointés du doigt les principales responsables du changement climatique, qui sont ces énergies fossiles. C'est à chaque fois bloqué forcément par les pays producteurs qui n'ont pas d'intérêt à ça. Et donc pour la première fois, on avait un peu l'espoir d'un accord qui acte ça, qui mentionne ce terme. Et ce n'est pas seulement de la symbolique. C'est potentiellement 196 pays dans le monde qui se disent on sort de ces énergies Et donc ça, c'est un signal politique très fort qui serait envoyé à des investisseurs, qui serait envoyé aux entreprises, etc. Donc il y avait énormément d'attentes en amont. Évidemment, quand on est journaliste environnement, on se pose forcément la question de la nécessité de prendre l'avion pour aller à Dubaï. On se pose la question éthique de se rendre dans un pays où la liberté de la presse est inexistante, en dehors de la vitrine de la COP, bien sûr, où les défenseurs des droits de l'homme sont réprimés. Donc moi, je me suis posé la question à titre personnel. Et puis, j'ai décidé d'y aller parce qu'on savait que cette conférence climat là... allait être importante et que même si beaucoup de choses sont retransmises en ligne, il y a quand même une bonne partie des choses qui jouent sur place. Et ça vous permet d'avoir un accès aux négociateurs, à des experts du monde entier, parce que tous les experts climat sont là. Et puis aussi, vous vous faites des contacts, vous trouvez d'autres sujets qui peuvent vous servir pour le futur. Et ça peut vous permettre aussi d'avoir une couverture plus fine à la fois de la COP, mais aussi par la suite des autres sujets climat. Et donc, j'avais beau avoir fait ce choix en conscience, j'ai quand même ressenti un petit malaise quand je suis montée dans un Airbus à 380 à deux étages pour me rendre à Dubaï, que j'ai débarqué dans cette ville qui est absolument hors norme quand on couvre les sujets climat. On est un peu sidérés devant cette ville qui incarne un peu tout ce qu'il ne faut pas faire. C'est-à-dire que c'est une ville qui est construite pour la voiture, où c'est des deux fois cinq voies partout, il y a très peu de transports en commun, il y a des endroits où il n'y a même pas de trottoir, c'est-à-dire que vous êtes obligés de prendre la voiture pour aller d'un point à un autre. C'est des immenses buildings partout, il n'y a pratiquement pas de verdure, en dehors des jardins de certains grands hôtels, sachant qu'il fait très chaud aussi. Et je pense que le comble, c'était vraiment la vue que j'avais de ma fenêtre. C'était une vue sur Palme Joumira, qui est une espèce d'île artificielle en forme de palmier. Il y a un port avec des yachts qui sont parqués là. Et puis au-dessus, il y a des gens qui font du parapente. C'est vraiment une ville de tous les excès. C'est pas seulement la ville elle-même qui était démesurée, mais la COP aussi l'était, le lieu qui accueillait la COP l'était. La COP, elle se passait dans un endroit qui s'appelle l'Expo City, qui est un centre des expositions. Pour y aller, vous prenez le métro et en fait, vous sortez pratiquement de la ville, c'est-à-dire qu'on arrive aux abords du désert. Donc on voit la ville continuer de s'étendre et vous arrivez au bout de la ligne de métro. Et là, il y a cette espèce d'énorme centre des expositions qui est en... Plein air, qui est émaillé de plein de petits bâtiments qui abritent soit des salles de conférences, soit ce qu'on appelle les pavillons des pays. C'est-à-dire que chaque pays a un espace dans lequel il organise des conférences ou dans lequel il a des bureaux pour faire travailler ses négociateurs. Et puis, entre ces bâtiments, c'est une architecture assez futuriste, avec des palmiers, avec des ombrières immenses. Des dômes, un dôme métallique sur plus de 100 mètres de diamètre, c'est assez déconcertant comme architecture. Et enfin, ce qui était très impressionnant, c'était le nombre de personnes accueillies. Il y avait 100 000 personnes accréditées. En comparaison, la COP26 à Glasgow, il y avait 25 000 personnes. Dès le départ, on s'attendait à une COP un peu en dehors de la norme. Et en fait, dès le début, les Émiriens ont frappé très fort. D'habitude, il y a des temps un peu forts au début, quand il y a les chefs d'État qui sont présents, et puis à la fin, quand les négociations se tendent. Mais en général, il y a aussi pas mal de temps plus morts. Et là, en fait, il n'y a pratiquement pas eu de temps mort. C'était non-stop des annonces, des choses qui se passaient, quelques petits scandales, quand on a su, par exemple, qu'il y avait près de 2500 lobbyistes, des énergies fossiles qui étaient accréditées dans les murs de la COP. Donc, ça a été très intense. Et ce, dès le jour 1. Alors, pour que vous compreniez, le jour 1, il y a une partie des journalistes qui ne sont pas arrivés. C'est un peu le jour où on s'occupe des quelques formalités. Les chefs d'État ne sont pas encore là. Moi, j'avais prévu d'arriver dans l'après-midi à la COP et puis de récupérer tranquillement mon badge, de prendre mes marques. J'avais pris un ou deux rendez-vous, mais le premier jour, normalement, il ne se passe rien. Donc je fais la queue. Ça dure assez longtemps parce qu'il y a du monde. Et en fait, j'arrive à me connecter au Wi-Fi d'une grosse demi-heure. Et là, je vois qu'on a un accord sur les pertes et dommages. Les pertes et dommages, c'est quelque chose qui n'est pas très connu du grand public, mais ça fait 20 ans que ça suscite des tensions entre les pays du Nord et les pays du Sud lors des COP. En fait, les pays du Sud demandent au Nord la création d'un fonds pour financer les dégâts irréversibles liés au changement climatique. Par exemple, des bâtiments qui seraient détruits à cause de la montée des eaux. Les pays du Nord s'y étaient toujours refusés. L'an dernier, ils avaient trouvé un accord, mais l'accord menaçait de flancher parce que personne n'était d'accord sur les modalités techniques. Et là, ça menaçait d'empoisonner un peu les discussions à Dubaï. Et là, au jour 1 de la COP, on apprend qu'ils ont trouvé un accord. Voilà, et ça n'arrive jamais. Les accords, ça arrive au dernier jour de la COP. Et donc là, dès le départ, il y a eu une émotion très forte. Alors nous, quand c'est comme ça, on appelle les ONG. Elles nous ont organisé un point presse très rapidement pour essayer de nous raconter un peu ce qui s'était passé et comment l'interpréter. Tout le monde était très, très ému. Et ça va être un peu ça pendant deux semaines. C'est-à-dire que... On vit un peu au rythme de ces micro-avancées. On va passer notre temps à essayer de comprendre, ok, qu'est-ce qui avance, qu'est-ce qui recule, qui défend quoi. On va chercher du côté des ONG, mais on va aussi chercher du côté des négociateurs, des autres délégations, voir comment réagissent tel ou tel État un peu clé. Sur place, tout le monde est suspendu à ce genre d'accords, ou alors à des formulations qui vont traduire une plus ou moins grande volonté politique. Par exemple, est-ce qu'on va parler de sortie des énergies fossiles ou réduction des énergies fossiles ? Là-bas, ça devient un sujet central. Donc ça, c'était le début, c'était un temps très fort. Et puis en dehors des négociations, j'ai dit que c'est le monde entier qui se réunit. Et on le voit très bien, c'est dans les files d'attente. C'est assez rigolo parce que, qui que vous soyez, à l'exception des chefs d'État, bien sûr, vous faites la queue et vous attendez. Il y a énormément de personnes qui sont en tenue traditionnelle. C'est très joyeux. Il y a des gens qui font de la musique. Il y a des gens qui rigolent, il y a des personnes qui travaillent aussi dans cette queue sur leur téléphone, parce que parfois on attend une, deux, trois heures. Et en fait, moi, c'est comme ça que j'ai trouvé un de mes sujets. C'est-à-dire qu'un matin, il y avait juste devant moi trois filles, dont une était en tenue traditionnelle ukrainienne. Et je jette un coup d'œil à son badge et je vois qu'en effet, elle est ukrainienne. Et donc, je lui demande si elle peut me parler un peu de ce qu'elle fait ici. Parce que moi, ça m'intriguait beaucoup. Je me dis, mais comment ? On milite pour le climat quand on vient d'un pays en guerre. C'était des très jeunes femmes, et donc je me doutais qu'elles étaient activistes, qu'elles n'étaient pas des politiques ou quoi que ce soit. Comme on avait une heure de Q à tuer, on a discuté. Et je me suis rendu compte que ces filles étaient absolument passionnantes parce qu'elles travaillent à la reconstruction verte de l'Ukraine. C'est-à-dire qu'elles essaient de militer pour qu'il y ait un conseil de jeunes au sein du ministère de l'environnement ukrainien et que finalement, dans sa reconstruction future, l'Ukraine prenne en compte les problématiques d'adaptation des bâtiments. ou de reconversion professionnelle des mineurs vers la transition écologique, etc. Et donc c'était très intéressant parce qu'elles étaient vraiment dans une démarche de penser à l'après et d'essayer aussi d'apporter de l'espoir en montrant que le lendemain peut être aussi plus beau. Et donc ça a donné lieu à un article, à un portrait qui a été publié dans notre cahier Planète. Et puis enfin, la fin des négociations, elle a été particulièrement tendue. C'est-à-dire que pendant les deux semaines, on guettait à chaque version du texte comment étaient traitées les énergies fossiles. Alors au début, on avait une première version provisoire qui mentionnait une réduction ou une sortie des énergies fossiles parmi les options. Après, on a eu des formulations plus ou moins alambiquées, mais c'était toujours là. Et puis, à la veille ou à quelques jours de la fin prévue des négociations, ce qui se passe, c'est que la présidence émirienne devait prendre un peu en compte toutes les vues de chaque pays et puis proposer un document final qui serait potentiellement l'accord final sur lequel devraient se prononcer les États. Alors, on attendait ce texte, on l'a attendu assez longtemps. Et on l'a eu à la veille de la fin de la COP. La COP devait se terminer le mardi et le lundi en fin de journée et publier le projet d'accord. Et là, c'était la catastrophe. C'est-à-dire qu'au lieu de parler de réduction de sortie des énergies fossiles, les États étaient invités à mettre en place des mesures de lutte contre les changements climatiques, dont la réduction de la consommation et la production d'énergie fossile. En fait, ça traduisait une très faible ambition politique. Et c'était même dangereux parce que ça laissait ouverte la voie à certaines interprétations. Le texte avait été vidé de sa substance. Du côté des ONG, les gens étaient livides. Même dans certaines délégations, tout le monde était extrêmement tendu. C'était électrique comme atmosphère et il y avait un peu un sentiment de tout ça pour ça. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que les négociateurs ont continué à négocier. Tout le lendemain, on a attendu un nouveau texte. La COP devait se terminer le mardi midi. Le mardi soir, on n'avait toujours rien. C'est là qu'on commence à s'inquiéter, à se dire, mince, est-ce que je vais devoir repousser mon billet d'avion ? Le mercredi matin, on arrive assez tôt et il y a une nouvelle version du texte qui est sortie dans la nuit et qui est beaucoup mieux, qui n'est pas la sortie des énergies fossiles avec une date qu'attendaient les ONG, mais quand même qui mentionne pour la première fois le terme. C'était quand même une avancée assez significative. Et donc là, on se prépare pour une longue journée, parce que pour adopter un texte, souvent ce qui se passe, c'est qu'il y a ce qu'on appelle une séance plénière. Les États sont réunis dans une grande salle, et puis chacun se prononce, donne son avis. La session est régulièrement interrompue pour des petites négociations entre quelques États, etc., qui essaient de faire bouger les lignes. Et quand c'est comme ça, ça peut durer longtemps. Et puis, la plénière tarde à commencer. Nous, on est dans la salle de presse quand c'est comme ça, parce qu'on n'a pas accès à ces salles. Nous, on est dans une salle de presse à part. Et puis, on voit que ça commence sur les écrans. Je branche mon casque. Sultan al-Jarber prend la parole. Et en fait, il annonce l'accord. C'est allé tellement vite. Moi, je ne me suis même pas rendu compte immédiatement qu'il venait bien d'annoncer un accord. Et puis après, il s'est levé et il s'est mis à applaudir. Donc là, c'était assez clair. Et en fait, c'était fini. Alors, à la fois c'est fini, et puis en même temps, c'est là qu'il faut se dépêcher d'écrire. Il faut savoir qu'en fait, les COP, c'est un marathon. Pendant 15 jours d'affilée, vous travaillez entre 10 et 14 heures de travail par jour. Moi, je faisais entre 1 et 3 articles par jour. Ça nécessite d'écrire vite, mais en fait, c'est pas ça le plus difficile, parce que vous avez accès aux meilleurs experts du monde entier qui sont là au même endroit. La difficulté, au fond, c'est de ne pas se laisser emballer. C'est-à-dire que vous avez un déferlement d'annonces des gouvernements, des entreprises. Vous avez des médias du monde entier qui font tous aussi des angles un peu différents. Et ces journalistes-là, ils vont sortir des infos, donc des sujets sur lesquels peut-être vous allez avoir envie de rebondir. Et puis vous allez avoir des ONG qui vont sortir des rapports pratiquement tous les jours, qui sont aussi intéressants. Et donc il faut quand même réussir à garder un peu la tête froide. Toujours se demander qu'est-ce qui est intéressant pour le lecteur. Quand il y a des annonces qui sont faites, lesquelles sont importantes ? Est-ce que j'ai suffisamment d'informations pour traiter le sujet ? Ou alors est-ce que c'est juste un effet d'annonce et j'attends les précisions quitte à traiter le sujet dans trois jours ? On se demande toujours, est-ce qu'on met l'accent sur les négociations, des bisbis entre pays, qui défend quoi ? Ou alors est-ce qu'on fait des pas de côté pour raconter les histoires un peu plus humaines autour du climat ? Et puis, là, ça fait trois ans que je couvre des copes. Comment on fait aussi pour continuer à raconter ces événements, année après année, sans lasser ? Finalement, le résultat de cette cope, ça a été perçu comme une espèce de victoire en demi-teinte, un peu amère pour certains, parce qu'on s'est dit que ça aurait pu être mieux. Et c'est intéressant parce que pour mon papier de fin de COP, j'ai interrogé le sociologue Stéphane Ecoute, qui avait fait sa thèse sur la gouvernance climat mondiale. Il me disait que, en fait, ce sentiment de déception à la fin des COP, il est normal. C'est jamais à la hauteur de ce qu'on voudrait. Les médias en parlent, la société civile, les ONG mettent énormément la pression parce qu'elles ont intérêt à ce qu'il y ait un accord ambitieux. Donc, elles mobilisent beaucoup, il y a énormément d'attention. Et donc forcément, à la fin, le résultat est toujours un peu moins bien que ce qu'on aurait espéré. Et c'est aussi peut-être parce qu'on attend beaucoup plus des COP que ce qu'elles peuvent vraiment. Ce n'est pas à la COP qu'on va décider, nous Français, par exemple, de faire notre transition vers la voiture électrique, par exemple. C'est un moment qui permet de faire monter la pression, de faire accoucher des négociations. C'est le seul sommet. Vous avez des dirigeants des pays du monde entier qui se retrouvent parfois dans des mêmes salles, pour discuter du climat, mais l'avenir des énergies fossiles, heureusement, ne se détermine pas seulement aux COP. Donc ce sentiment de déception, il est normal, et c'est aussi parce que les conséquences des COP sont souvent très diffuses. C'est difficile à saisir. Ça vient participer à une pression qui accompagne aussi les dynamiques économiques, les législations qui sont prises par certains pays, etc. Donc c'est intéressant parce que quand vous rentrez de cet endroit qui est un peu fou quand même, vous avez vécu quelque chose de très intense humainement. Et puis, quand vous rentrez, on voit que ça n'intéresse pas énormément les foules. On en a un peu une vision de grande foire, d'une mascarade. Et c'est vrai que par certains aspects, les COP font un peu ça. C'est-à-dire que les politiques et les entreprises en profitent largement pour faire leurs annonces, parfois de manière pas très transparente d'ailleurs. C'est un moment qui est un peu ambigu. Mais en même temps, il y a aussi un vrai travail de fond. Il y a des choses qui avancent. Depuis l'accord de Paris en 2015, il y a plusieurs dizaines de pays qui ont mis en place des feuilles de route nationales contre le changement climatique. Alors c'est imparfait, c'est très loin de ce qu'il faudrait. Finalement, ces COP, elles sont très critiquées. Il y a beaucoup de personnes qui font aussi des propositions pour améliorer l'efficacité du processus de décision. mais au fond pour l'instant on n'a rien trouvé de mieux que les COP pour avancer à l'échelle mondiale sur ces sujets

  • Speaker #1

    Vous venez d'écouter un épisode de l'Envers du récit n'hésitez pas à le partager et à vous abonner à notre podcast Les analyses et les chroniques de Camille Richir sur la COP28 sont à lire sur le site et l'appli Lacroix. Vous trouverez le lien dans le texte de description qui accompagne ce podcast. L'Envers du récit est un podcast original du quotidien Lacroix.

  • Speaker #2

    Sous-tit

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Description

L’envers du récit, saison 6, épisode 21.


Camille Richir est journaliste au service économie et transition du quotidien "La Croix". Fin 2023, elle s’est rendue aux Émirats arabes unis pour assister à la COP28, qui s’est tenue dans la ville de Dubaï du 30 novembre au 12 décembre. Lors de cette conférence internationale, 196 pays se sont réunis, afin d’élaborer, ensemble, des réponses au changement climatique.


Le choix des Émirats arabes unis comme pays hôte a été particulièrement controversé, tout comme la nomination à la tête de ce sommet de Sultan Al Jaber, ministre de l’industrie émirien et patron de la compagnie pétrolière nationale du pays. Dans cet épisode, Camille Richir nous fait revivre cette COP28 qui a été, jusqu’au dernier jour, riche en rebondissements.


► Les principaux articles de Camille Richir sur la COP28 :


• COP28 : comprendre l’accord surprise trouvé sur les « pertes et dommages » : https://www.la-croix.com/planete/COP28-comprendre-laccord-surprise-trouve-pertes-dommages-2023-11-30-1201292875


• COP28 : le début de la fin des fossiles ? : https://www.la-croix.com/planete/cop28-le-debut-de-la-fin-des-fossiles-20231213


• COP28, jour 1 : un accord surprise, un discours fort et des avions : https://www.la-croix.com/planete/COP28-jour-1-accord-surprise-discours-fort-avions-2023-11-30-1201292942


► Vous avez une question ou une remarque ? Écrivez-nous à cette adresse : podcast.lacroix@groupebayard.com


CRÉDITS :


Rédaction en chef : Fabienne Lemahieu. Réalisation : Clémence Maret, Célestine Albert-Steward et Flavien Edenne. Entretien et textes : Clémence Maret. Captation, montage et mixage : Flavien Edenne. Chargée de production : Célestine Albert-Steward. Création musicale : Emmanuel Viau. Responsable marketing et voix : Laurence Szabason. Illustration : Mathieu Ughetti.


L'envers du récit est un podcast original de LA CROIX – Mars 2024


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    C'est le seul sommet. Vous avez des dirigeants des pays du monde entier qui se retrouvent pour discuter du climat. C'est un moment qui permet de faire monter la pression, de faire accoucher des négociations. Mais l'avenir des énergies fossiles, heureusement, ne se détermine pas seulement au COP.

  • Speaker #1

    Camille Richir est journaliste au service Économie et Transition du Quotidien Lacroix. En 2023, elle s'est rendue à Dubaï, aux Émirats arabes unis, pour couvrir la COP 28. Lors de cette conférence internationale, près de 200 pays ont cherché ensemble des réponses au changement climatique. Aujourd'hui, Camille Richir nous fait revivre ces 15 jours de négociations, rythmés par plusieurs coups de théâtre. Dans ce podcast, un journaliste de La Croix raconte les coulisses d'un reportage, d'une enquête ou d'une rencontre, ce qui s'est passé avant, comment il l'a vécu et comment l'histoire se poursuit. Vous écoutez l'envers du récit.

  • Speaker #0

    Bonjour, je m'appelle Camille Richir, je travaille au journal La Croix, au service éco et transition, comme journaliste environnement. J'ai couvert la COP 28 à Dubaï, aux Émirats arabes unis pendant une quinzaine de jours. La COP, c'est l'abréviation en anglais de conférence des partis, c'est-à-dire les 196 États et l'Union européenne qui ont signé ce qu'on appelle la Convention CAD des Nations Unies sur le changement climatique. Et chaque année, ils se réunissent pour négocier et trouver un accord dans lequel ils se fixent des objectifs de lutte contre le changement climatique, de financement, de priorité, etc. Donc, ça a l'air très technique et institutionnel, mais en fait, c'est une expérience qui est très intense humainement. C'est-à-dire que pendant deux semaines, vous avez des personnes venues du monde entier qui se réunissent pour parler climat. Il y a non seulement des négociateurs, des chefs d'État, mais vous avez aussi des représentants du monde économique, des jeunes activistes, des ONG, des chercheurs, des étudiants. Alors là, cette fois, le fait que la COP soit organisée à Dubaï, aux Émirats-Unis, forcément, ça a beaucoup fait réagir. Ça paraît très paradoxal, mais en fait, c'est lié au processus de sélection des pays pour les COP. C'est-à-dire que pour des raisons d'équité, le pays d'accueil tourne chaque année entre cinq groupes régionaux. Donc là, ça devait être en Asie. Et en fait, les candidats se battent rarement au portillon parce que ça coûte très cher à organiser. Il y a plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et il faut avoir les infrastructures pour accueillir un événement d'envergure mondiale. Et donc, finalement, le fait que ça tombe dans un pays du Golfe, ce n'était pas une première. Ce qui a été plus surprenant, c'est le choix du président de cette COP. C'est un homme qui s'appelle Sultan Al-Jaber, qui a 49 ans, qui est ministre de l'Industrie et qui est le patron de la compagnie pétrogazière des Émirats Arabes Unis. Et en fait, ce qui était intéressant, c'est qu'on avait du mal à savoir ce qu'allait se jouer. C'est-à-dire que d'un côté, il y avait certains qui disaient mais c'est perdu d'avance, le conflit d'intérêts, il est trop grand et Sultan Al-Jaber va profiter de sa position pour influer en faveur des énergies fossiles Il y avait eu plusieurs enquêtes dans les médias britanniques qui montraient qu'il y avait une certaine porosité entre cette compagnie pétrogazière et l'organisation de la COP. Et puis en même temps, il y avait d'autres personnes qui disaient c'est peut-être l'opportunité de parler aux autres pays producteurs de gaz et de pétrole qui bloquent souvent les négociations. Et peut-être que cette fois, on pourrait aboutir à un accord un peu ambitieux, parce que les Émirats, ils avaient aussi intérêt à ce que la COP réussisse. Ils en allaient leur crédibilité sur la scène internationale. Et donc, on a commencé avec une espèce de suspense sur la façon dont allaient se dérouler ces négociations. Sans compter que parce qu'il y avait justement cette personnalité d'Al-Jaber, parce que Dubaï, parce qu'aussi la société civile a fait pression, on a très vite compris que le sujet principal de cette COP, ça serait est-ce qu'on allait aboutir à un accord sur la sortie des énergies fossiles ? Le pétrole, le gaz, le charbon. Et ça aussi, c'était une première parce que, aussi étonnant que ça puisse paraître, dans un accord de COP n'ont jamais été pointés du doigt les principales responsables du changement climatique, qui sont ces énergies fossiles. C'est à chaque fois bloqué forcément par les pays producteurs qui n'ont pas d'intérêt à ça. Et donc pour la première fois, on avait un peu l'espoir d'un accord qui acte ça, qui mentionne ce terme. Et ce n'est pas seulement de la symbolique. C'est potentiellement 196 pays dans le monde qui se disent on sort de ces énergies Et donc ça, c'est un signal politique très fort qui serait envoyé à des investisseurs, qui serait envoyé aux entreprises, etc. Donc il y avait énormément d'attentes en amont. Évidemment, quand on est journaliste environnement, on se pose forcément la question de la nécessité de prendre l'avion pour aller à Dubaï. On se pose la question éthique de se rendre dans un pays où la liberté de la presse est inexistante, en dehors de la vitrine de la COP, bien sûr, où les défenseurs des droits de l'homme sont réprimés. Donc moi, je me suis posé la question à titre personnel. Et puis, j'ai décidé d'y aller parce qu'on savait que cette conférence climat là... allait être importante et que même si beaucoup de choses sont retransmises en ligne, il y a quand même une bonne partie des choses qui jouent sur place. Et ça vous permet d'avoir un accès aux négociateurs, à des experts du monde entier, parce que tous les experts climat sont là. Et puis aussi, vous vous faites des contacts, vous trouvez d'autres sujets qui peuvent vous servir pour le futur. Et ça peut vous permettre aussi d'avoir une couverture plus fine à la fois de la COP, mais aussi par la suite des autres sujets climat. Et donc, j'avais beau avoir fait ce choix en conscience, j'ai quand même ressenti un petit malaise quand je suis montée dans un Airbus à 380 à deux étages pour me rendre à Dubaï, que j'ai débarqué dans cette ville qui est absolument hors norme quand on couvre les sujets climat. On est un peu sidérés devant cette ville qui incarne un peu tout ce qu'il ne faut pas faire. C'est-à-dire que c'est une ville qui est construite pour la voiture, où c'est des deux fois cinq voies partout, il y a très peu de transports en commun, il y a des endroits où il n'y a même pas de trottoir, c'est-à-dire que vous êtes obligés de prendre la voiture pour aller d'un point à un autre. C'est des immenses buildings partout, il n'y a pratiquement pas de verdure, en dehors des jardins de certains grands hôtels, sachant qu'il fait très chaud aussi. Et je pense que le comble, c'était vraiment la vue que j'avais de ma fenêtre. C'était une vue sur Palme Joumira, qui est une espèce d'île artificielle en forme de palmier. Il y a un port avec des yachts qui sont parqués là. Et puis au-dessus, il y a des gens qui font du parapente. C'est vraiment une ville de tous les excès. C'est pas seulement la ville elle-même qui était démesurée, mais la COP aussi l'était, le lieu qui accueillait la COP l'était. La COP, elle se passait dans un endroit qui s'appelle l'Expo City, qui est un centre des expositions. Pour y aller, vous prenez le métro et en fait, vous sortez pratiquement de la ville, c'est-à-dire qu'on arrive aux abords du désert. Donc on voit la ville continuer de s'étendre et vous arrivez au bout de la ligne de métro. Et là, il y a cette espèce d'énorme centre des expositions qui est en... Plein air, qui est émaillé de plein de petits bâtiments qui abritent soit des salles de conférences, soit ce qu'on appelle les pavillons des pays. C'est-à-dire que chaque pays a un espace dans lequel il organise des conférences ou dans lequel il a des bureaux pour faire travailler ses négociateurs. Et puis, entre ces bâtiments, c'est une architecture assez futuriste, avec des palmiers, avec des ombrières immenses. Des dômes, un dôme métallique sur plus de 100 mètres de diamètre, c'est assez déconcertant comme architecture. Et enfin, ce qui était très impressionnant, c'était le nombre de personnes accueillies. Il y avait 100 000 personnes accréditées. En comparaison, la COP26 à Glasgow, il y avait 25 000 personnes. Dès le départ, on s'attendait à une COP un peu en dehors de la norme. Et en fait, dès le début, les Émiriens ont frappé très fort. D'habitude, il y a des temps un peu forts au début, quand il y a les chefs d'État qui sont présents, et puis à la fin, quand les négociations se tendent. Mais en général, il y a aussi pas mal de temps plus morts. Et là, en fait, il n'y a pratiquement pas eu de temps mort. C'était non-stop des annonces, des choses qui se passaient, quelques petits scandales, quand on a su, par exemple, qu'il y avait près de 2500 lobbyistes, des énergies fossiles qui étaient accréditées dans les murs de la COP. Donc, ça a été très intense. Et ce, dès le jour 1. Alors, pour que vous compreniez, le jour 1, il y a une partie des journalistes qui ne sont pas arrivés. C'est un peu le jour où on s'occupe des quelques formalités. Les chefs d'État ne sont pas encore là. Moi, j'avais prévu d'arriver dans l'après-midi à la COP et puis de récupérer tranquillement mon badge, de prendre mes marques. J'avais pris un ou deux rendez-vous, mais le premier jour, normalement, il ne se passe rien. Donc je fais la queue. Ça dure assez longtemps parce qu'il y a du monde. Et en fait, j'arrive à me connecter au Wi-Fi d'une grosse demi-heure. Et là, je vois qu'on a un accord sur les pertes et dommages. Les pertes et dommages, c'est quelque chose qui n'est pas très connu du grand public, mais ça fait 20 ans que ça suscite des tensions entre les pays du Nord et les pays du Sud lors des COP. En fait, les pays du Sud demandent au Nord la création d'un fonds pour financer les dégâts irréversibles liés au changement climatique. Par exemple, des bâtiments qui seraient détruits à cause de la montée des eaux. Les pays du Nord s'y étaient toujours refusés. L'an dernier, ils avaient trouvé un accord, mais l'accord menaçait de flancher parce que personne n'était d'accord sur les modalités techniques. Et là, ça menaçait d'empoisonner un peu les discussions à Dubaï. Et là, au jour 1 de la COP, on apprend qu'ils ont trouvé un accord. Voilà, et ça n'arrive jamais. Les accords, ça arrive au dernier jour de la COP. Et donc là, dès le départ, il y a eu une émotion très forte. Alors nous, quand c'est comme ça, on appelle les ONG. Elles nous ont organisé un point presse très rapidement pour essayer de nous raconter un peu ce qui s'était passé et comment l'interpréter. Tout le monde était très, très ému. Et ça va être un peu ça pendant deux semaines. C'est-à-dire que... On vit un peu au rythme de ces micro-avancées. On va passer notre temps à essayer de comprendre, ok, qu'est-ce qui avance, qu'est-ce qui recule, qui défend quoi. On va chercher du côté des ONG, mais on va aussi chercher du côté des négociateurs, des autres délégations, voir comment réagissent tel ou tel État un peu clé. Sur place, tout le monde est suspendu à ce genre d'accords, ou alors à des formulations qui vont traduire une plus ou moins grande volonté politique. Par exemple, est-ce qu'on va parler de sortie des énergies fossiles ou réduction des énergies fossiles ? Là-bas, ça devient un sujet central. Donc ça, c'était le début, c'était un temps très fort. Et puis en dehors des négociations, j'ai dit que c'est le monde entier qui se réunit. Et on le voit très bien, c'est dans les files d'attente. C'est assez rigolo parce que, qui que vous soyez, à l'exception des chefs d'État, bien sûr, vous faites la queue et vous attendez. Il y a énormément de personnes qui sont en tenue traditionnelle. C'est très joyeux. Il y a des gens qui font de la musique. Il y a des gens qui rigolent, il y a des personnes qui travaillent aussi dans cette queue sur leur téléphone, parce que parfois on attend une, deux, trois heures. Et en fait, moi, c'est comme ça que j'ai trouvé un de mes sujets. C'est-à-dire qu'un matin, il y avait juste devant moi trois filles, dont une était en tenue traditionnelle ukrainienne. Et je jette un coup d'œil à son badge et je vois qu'en effet, elle est ukrainienne. Et donc, je lui demande si elle peut me parler un peu de ce qu'elle fait ici. Parce que moi, ça m'intriguait beaucoup. Je me dis, mais comment ? On milite pour le climat quand on vient d'un pays en guerre. C'était des très jeunes femmes, et donc je me doutais qu'elles étaient activistes, qu'elles n'étaient pas des politiques ou quoi que ce soit. Comme on avait une heure de Q à tuer, on a discuté. Et je me suis rendu compte que ces filles étaient absolument passionnantes parce qu'elles travaillent à la reconstruction verte de l'Ukraine. C'est-à-dire qu'elles essaient de militer pour qu'il y ait un conseil de jeunes au sein du ministère de l'environnement ukrainien et que finalement, dans sa reconstruction future, l'Ukraine prenne en compte les problématiques d'adaptation des bâtiments. ou de reconversion professionnelle des mineurs vers la transition écologique, etc. Et donc c'était très intéressant parce qu'elles étaient vraiment dans une démarche de penser à l'après et d'essayer aussi d'apporter de l'espoir en montrant que le lendemain peut être aussi plus beau. Et donc ça a donné lieu à un article, à un portrait qui a été publié dans notre cahier Planète. Et puis enfin, la fin des négociations, elle a été particulièrement tendue. C'est-à-dire que pendant les deux semaines, on guettait à chaque version du texte comment étaient traitées les énergies fossiles. Alors au début, on avait une première version provisoire qui mentionnait une réduction ou une sortie des énergies fossiles parmi les options. Après, on a eu des formulations plus ou moins alambiquées, mais c'était toujours là. Et puis, à la veille ou à quelques jours de la fin prévue des négociations, ce qui se passe, c'est que la présidence émirienne devait prendre un peu en compte toutes les vues de chaque pays et puis proposer un document final qui serait potentiellement l'accord final sur lequel devraient se prononcer les États. Alors, on attendait ce texte, on l'a attendu assez longtemps. Et on l'a eu à la veille de la fin de la COP. La COP devait se terminer le mardi et le lundi en fin de journée et publier le projet d'accord. Et là, c'était la catastrophe. C'est-à-dire qu'au lieu de parler de réduction de sortie des énergies fossiles, les États étaient invités à mettre en place des mesures de lutte contre les changements climatiques, dont la réduction de la consommation et la production d'énergie fossile. En fait, ça traduisait une très faible ambition politique. Et c'était même dangereux parce que ça laissait ouverte la voie à certaines interprétations. Le texte avait été vidé de sa substance. Du côté des ONG, les gens étaient livides. Même dans certaines délégations, tout le monde était extrêmement tendu. C'était électrique comme atmosphère et il y avait un peu un sentiment de tout ça pour ça. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que les négociateurs ont continué à négocier. Tout le lendemain, on a attendu un nouveau texte. La COP devait se terminer le mardi midi. Le mardi soir, on n'avait toujours rien. C'est là qu'on commence à s'inquiéter, à se dire, mince, est-ce que je vais devoir repousser mon billet d'avion ? Le mercredi matin, on arrive assez tôt et il y a une nouvelle version du texte qui est sortie dans la nuit et qui est beaucoup mieux, qui n'est pas la sortie des énergies fossiles avec une date qu'attendaient les ONG, mais quand même qui mentionne pour la première fois le terme. C'était quand même une avancée assez significative. Et donc là, on se prépare pour une longue journée, parce que pour adopter un texte, souvent ce qui se passe, c'est qu'il y a ce qu'on appelle une séance plénière. Les États sont réunis dans une grande salle, et puis chacun se prononce, donne son avis. La session est régulièrement interrompue pour des petites négociations entre quelques États, etc., qui essaient de faire bouger les lignes. Et quand c'est comme ça, ça peut durer longtemps. Et puis, la plénière tarde à commencer. Nous, on est dans la salle de presse quand c'est comme ça, parce qu'on n'a pas accès à ces salles. Nous, on est dans une salle de presse à part. Et puis, on voit que ça commence sur les écrans. Je branche mon casque. Sultan al-Jarber prend la parole. Et en fait, il annonce l'accord. C'est allé tellement vite. Moi, je ne me suis même pas rendu compte immédiatement qu'il venait bien d'annoncer un accord. Et puis après, il s'est levé et il s'est mis à applaudir. Donc là, c'était assez clair. Et en fait, c'était fini. Alors, à la fois c'est fini, et puis en même temps, c'est là qu'il faut se dépêcher d'écrire. Il faut savoir qu'en fait, les COP, c'est un marathon. Pendant 15 jours d'affilée, vous travaillez entre 10 et 14 heures de travail par jour. Moi, je faisais entre 1 et 3 articles par jour. Ça nécessite d'écrire vite, mais en fait, c'est pas ça le plus difficile, parce que vous avez accès aux meilleurs experts du monde entier qui sont là au même endroit. La difficulté, au fond, c'est de ne pas se laisser emballer. C'est-à-dire que vous avez un déferlement d'annonces des gouvernements, des entreprises. Vous avez des médias du monde entier qui font tous aussi des angles un peu différents. Et ces journalistes-là, ils vont sortir des infos, donc des sujets sur lesquels peut-être vous allez avoir envie de rebondir. Et puis vous allez avoir des ONG qui vont sortir des rapports pratiquement tous les jours, qui sont aussi intéressants. Et donc il faut quand même réussir à garder un peu la tête froide. Toujours se demander qu'est-ce qui est intéressant pour le lecteur. Quand il y a des annonces qui sont faites, lesquelles sont importantes ? Est-ce que j'ai suffisamment d'informations pour traiter le sujet ? Ou alors est-ce que c'est juste un effet d'annonce et j'attends les précisions quitte à traiter le sujet dans trois jours ? On se demande toujours, est-ce qu'on met l'accent sur les négociations, des bisbis entre pays, qui défend quoi ? Ou alors est-ce qu'on fait des pas de côté pour raconter les histoires un peu plus humaines autour du climat ? Et puis, là, ça fait trois ans que je couvre des copes. Comment on fait aussi pour continuer à raconter ces événements, année après année, sans lasser ? Finalement, le résultat de cette cope, ça a été perçu comme une espèce de victoire en demi-teinte, un peu amère pour certains, parce qu'on s'est dit que ça aurait pu être mieux. Et c'est intéressant parce que pour mon papier de fin de COP, j'ai interrogé le sociologue Stéphane Ecoute, qui avait fait sa thèse sur la gouvernance climat mondiale. Il me disait que, en fait, ce sentiment de déception à la fin des COP, il est normal. C'est jamais à la hauteur de ce qu'on voudrait. Les médias en parlent, la société civile, les ONG mettent énormément la pression parce qu'elles ont intérêt à ce qu'il y ait un accord ambitieux. Donc, elles mobilisent beaucoup, il y a énormément d'attention. Et donc forcément, à la fin, le résultat est toujours un peu moins bien que ce qu'on aurait espéré. Et c'est aussi peut-être parce qu'on attend beaucoup plus des COP que ce qu'elles peuvent vraiment. Ce n'est pas à la COP qu'on va décider, nous Français, par exemple, de faire notre transition vers la voiture électrique, par exemple. C'est un moment qui permet de faire monter la pression, de faire accoucher des négociations. C'est le seul sommet. Vous avez des dirigeants des pays du monde entier qui se retrouvent parfois dans des mêmes salles, pour discuter du climat, mais l'avenir des énergies fossiles, heureusement, ne se détermine pas seulement aux COP. Donc ce sentiment de déception, il est normal, et c'est aussi parce que les conséquences des COP sont souvent très diffuses. C'est difficile à saisir. Ça vient participer à une pression qui accompagne aussi les dynamiques économiques, les législations qui sont prises par certains pays, etc. Donc c'est intéressant parce que quand vous rentrez de cet endroit qui est un peu fou quand même, vous avez vécu quelque chose de très intense humainement. Et puis, quand vous rentrez, on voit que ça n'intéresse pas énormément les foules. On en a un peu une vision de grande foire, d'une mascarade. Et c'est vrai que par certains aspects, les COP font un peu ça. C'est-à-dire que les politiques et les entreprises en profitent largement pour faire leurs annonces, parfois de manière pas très transparente d'ailleurs. C'est un moment qui est un peu ambigu. Mais en même temps, il y a aussi un vrai travail de fond. Il y a des choses qui avancent. Depuis l'accord de Paris en 2015, il y a plusieurs dizaines de pays qui ont mis en place des feuilles de route nationales contre le changement climatique. Alors c'est imparfait, c'est très loin de ce qu'il faudrait. Finalement, ces COP, elles sont très critiquées. Il y a beaucoup de personnes qui font aussi des propositions pour améliorer l'efficacité du processus de décision. mais au fond pour l'instant on n'a rien trouvé de mieux que les COP pour avancer à l'échelle mondiale sur ces sujets

  • Speaker #1

    Vous venez d'écouter un épisode de l'Envers du récit n'hésitez pas à le partager et à vous abonner à notre podcast Les analyses et les chroniques de Camille Richir sur la COP28 sont à lire sur le site et l'appli Lacroix. Vous trouverez le lien dans le texte de description qui accompagne ce podcast. L'Envers du récit est un podcast original du quotidien Lacroix.

  • Speaker #2

    Sous-tit

Description

L’envers du récit, saison 6, épisode 21.


Camille Richir est journaliste au service économie et transition du quotidien "La Croix". Fin 2023, elle s’est rendue aux Émirats arabes unis pour assister à la COP28, qui s’est tenue dans la ville de Dubaï du 30 novembre au 12 décembre. Lors de cette conférence internationale, 196 pays se sont réunis, afin d’élaborer, ensemble, des réponses au changement climatique.


Le choix des Émirats arabes unis comme pays hôte a été particulièrement controversé, tout comme la nomination à la tête de ce sommet de Sultan Al Jaber, ministre de l’industrie émirien et patron de la compagnie pétrolière nationale du pays. Dans cet épisode, Camille Richir nous fait revivre cette COP28 qui a été, jusqu’au dernier jour, riche en rebondissements.


► Les principaux articles de Camille Richir sur la COP28 :


• COP28 : comprendre l’accord surprise trouvé sur les « pertes et dommages » : https://www.la-croix.com/planete/COP28-comprendre-laccord-surprise-trouve-pertes-dommages-2023-11-30-1201292875


• COP28 : le début de la fin des fossiles ? : https://www.la-croix.com/planete/cop28-le-debut-de-la-fin-des-fossiles-20231213


• COP28, jour 1 : un accord surprise, un discours fort et des avions : https://www.la-croix.com/planete/COP28-jour-1-accord-surprise-discours-fort-avions-2023-11-30-1201292942


► Vous avez une question ou une remarque ? Écrivez-nous à cette adresse : podcast.lacroix@groupebayard.com


CRÉDITS :


Rédaction en chef : Fabienne Lemahieu. Réalisation : Clémence Maret, Célestine Albert-Steward et Flavien Edenne. Entretien et textes : Clémence Maret. Captation, montage et mixage : Flavien Edenne. Chargée de production : Célestine Albert-Steward. Création musicale : Emmanuel Viau. Responsable marketing et voix : Laurence Szabason. Illustration : Mathieu Ughetti.


L'envers du récit est un podcast original de LA CROIX – Mars 2024


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    C'est le seul sommet. Vous avez des dirigeants des pays du monde entier qui se retrouvent pour discuter du climat. C'est un moment qui permet de faire monter la pression, de faire accoucher des négociations. Mais l'avenir des énergies fossiles, heureusement, ne se détermine pas seulement au COP.

  • Speaker #1

    Camille Richir est journaliste au service Économie et Transition du Quotidien Lacroix. En 2023, elle s'est rendue à Dubaï, aux Émirats arabes unis, pour couvrir la COP 28. Lors de cette conférence internationale, près de 200 pays ont cherché ensemble des réponses au changement climatique. Aujourd'hui, Camille Richir nous fait revivre ces 15 jours de négociations, rythmés par plusieurs coups de théâtre. Dans ce podcast, un journaliste de La Croix raconte les coulisses d'un reportage, d'une enquête ou d'une rencontre, ce qui s'est passé avant, comment il l'a vécu et comment l'histoire se poursuit. Vous écoutez l'envers du récit.

  • Speaker #0

    Bonjour, je m'appelle Camille Richir, je travaille au journal La Croix, au service éco et transition, comme journaliste environnement. J'ai couvert la COP 28 à Dubaï, aux Émirats arabes unis pendant une quinzaine de jours. La COP, c'est l'abréviation en anglais de conférence des partis, c'est-à-dire les 196 États et l'Union européenne qui ont signé ce qu'on appelle la Convention CAD des Nations Unies sur le changement climatique. Et chaque année, ils se réunissent pour négocier et trouver un accord dans lequel ils se fixent des objectifs de lutte contre le changement climatique, de financement, de priorité, etc. Donc, ça a l'air très technique et institutionnel, mais en fait, c'est une expérience qui est très intense humainement. C'est-à-dire que pendant deux semaines, vous avez des personnes venues du monde entier qui se réunissent pour parler climat. Il y a non seulement des négociateurs, des chefs d'État, mais vous avez aussi des représentants du monde économique, des jeunes activistes, des ONG, des chercheurs, des étudiants. Alors là, cette fois, le fait que la COP soit organisée à Dubaï, aux Émirats-Unis, forcément, ça a beaucoup fait réagir. Ça paraît très paradoxal, mais en fait, c'est lié au processus de sélection des pays pour les COP. C'est-à-dire que pour des raisons d'équité, le pays d'accueil tourne chaque année entre cinq groupes régionaux. Donc là, ça devait être en Asie. Et en fait, les candidats se battent rarement au portillon parce que ça coûte très cher à organiser. Il y a plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et il faut avoir les infrastructures pour accueillir un événement d'envergure mondiale. Et donc, finalement, le fait que ça tombe dans un pays du Golfe, ce n'était pas une première. Ce qui a été plus surprenant, c'est le choix du président de cette COP. C'est un homme qui s'appelle Sultan Al-Jaber, qui a 49 ans, qui est ministre de l'Industrie et qui est le patron de la compagnie pétrogazière des Émirats Arabes Unis. Et en fait, ce qui était intéressant, c'est qu'on avait du mal à savoir ce qu'allait se jouer. C'est-à-dire que d'un côté, il y avait certains qui disaient mais c'est perdu d'avance, le conflit d'intérêts, il est trop grand et Sultan Al-Jaber va profiter de sa position pour influer en faveur des énergies fossiles Il y avait eu plusieurs enquêtes dans les médias britanniques qui montraient qu'il y avait une certaine porosité entre cette compagnie pétrogazière et l'organisation de la COP. Et puis en même temps, il y avait d'autres personnes qui disaient c'est peut-être l'opportunité de parler aux autres pays producteurs de gaz et de pétrole qui bloquent souvent les négociations. Et peut-être que cette fois, on pourrait aboutir à un accord un peu ambitieux, parce que les Émirats, ils avaient aussi intérêt à ce que la COP réussisse. Ils en allaient leur crédibilité sur la scène internationale. Et donc, on a commencé avec une espèce de suspense sur la façon dont allaient se dérouler ces négociations. Sans compter que parce qu'il y avait justement cette personnalité d'Al-Jaber, parce que Dubaï, parce qu'aussi la société civile a fait pression, on a très vite compris que le sujet principal de cette COP, ça serait est-ce qu'on allait aboutir à un accord sur la sortie des énergies fossiles ? Le pétrole, le gaz, le charbon. Et ça aussi, c'était une première parce que, aussi étonnant que ça puisse paraître, dans un accord de COP n'ont jamais été pointés du doigt les principales responsables du changement climatique, qui sont ces énergies fossiles. C'est à chaque fois bloqué forcément par les pays producteurs qui n'ont pas d'intérêt à ça. Et donc pour la première fois, on avait un peu l'espoir d'un accord qui acte ça, qui mentionne ce terme. Et ce n'est pas seulement de la symbolique. C'est potentiellement 196 pays dans le monde qui se disent on sort de ces énergies Et donc ça, c'est un signal politique très fort qui serait envoyé à des investisseurs, qui serait envoyé aux entreprises, etc. Donc il y avait énormément d'attentes en amont. Évidemment, quand on est journaliste environnement, on se pose forcément la question de la nécessité de prendre l'avion pour aller à Dubaï. On se pose la question éthique de se rendre dans un pays où la liberté de la presse est inexistante, en dehors de la vitrine de la COP, bien sûr, où les défenseurs des droits de l'homme sont réprimés. Donc moi, je me suis posé la question à titre personnel. Et puis, j'ai décidé d'y aller parce qu'on savait que cette conférence climat là... allait être importante et que même si beaucoup de choses sont retransmises en ligne, il y a quand même une bonne partie des choses qui jouent sur place. Et ça vous permet d'avoir un accès aux négociateurs, à des experts du monde entier, parce que tous les experts climat sont là. Et puis aussi, vous vous faites des contacts, vous trouvez d'autres sujets qui peuvent vous servir pour le futur. Et ça peut vous permettre aussi d'avoir une couverture plus fine à la fois de la COP, mais aussi par la suite des autres sujets climat. Et donc, j'avais beau avoir fait ce choix en conscience, j'ai quand même ressenti un petit malaise quand je suis montée dans un Airbus à 380 à deux étages pour me rendre à Dubaï, que j'ai débarqué dans cette ville qui est absolument hors norme quand on couvre les sujets climat. On est un peu sidérés devant cette ville qui incarne un peu tout ce qu'il ne faut pas faire. C'est-à-dire que c'est une ville qui est construite pour la voiture, où c'est des deux fois cinq voies partout, il y a très peu de transports en commun, il y a des endroits où il n'y a même pas de trottoir, c'est-à-dire que vous êtes obligés de prendre la voiture pour aller d'un point à un autre. C'est des immenses buildings partout, il n'y a pratiquement pas de verdure, en dehors des jardins de certains grands hôtels, sachant qu'il fait très chaud aussi. Et je pense que le comble, c'était vraiment la vue que j'avais de ma fenêtre. C'était une vue sur Palme Joumira, qui est une espèce d'île artificielle en forme de palmier. Il y a un port avec des yachts qui sont parqués là. Et puis au-dessus, il y a des gens qui font du parapente. C'est vraiment une ville de tous les excès. C'est pas seulement la ville elle-même qui était démesurée, mais la COP aussi l'était, le lieu qui accueillait la COP l'était. La COP, elle se passait dans un endroit qui s'appelle l'Expo City, qui est un centre des expositions. Pour y aller, vous prenez le métro et en fait, vous sortez pratiquement de la ville, c'est-à-dire qu'on arrive aux abords du désert. Donc on voit la ville continuer de s'étendre et vous arrivez au bout de la ligne de métro. Et là, il y a cette espèce d'énorme centre des expositions qui est en... Plein air, qui est émaillé de plein de petits bâtiments qui abritent soit des salles de conférences, soit ce qu'on appelle les pavillons des pays. C'est-à-dire que chaque pays a un espace dans lequel il organise des conférences ou dans lequel il a des bureaux pour faire travailler ses négociateurs. Et puis, entre ces bâtiments, c'est une architecture assez futuriste, avec des palmiers, avec des ombrières immenses. Des dômes, un dôme métallique sur plus de 100 mètres de diamètre, c'est assez déconcertant comme architecture. Et enfin, ce qui était très impressionnant, c'était le nombre de personnes accueillies. Il y avait 100 000 personnes accréditées. En comparaison, la COP26 à Glasgow, il y avait 25 000 personnes. Dès le départ, on s'attendait à une COP un peu en dehors de la norme. Et en fait, dès le début, les Émiriens ont frappé très fort. D'habitude, il y a des temps un peu forts au début, quand il y a les chefs d'État qui sont présents, et puis à la fin, quand les négociations se tendent. Mais en général, il y a aussi pas mal de temps plus morts. Et là, en fait, il n'y a pratiquement pas eu de temps mort. C'était non-stop des annonces, des choses qui se passaient, quelques petits scandales, quand on a su, par exemple, qu'il y avait près de 2500 lobbyistes, des énergies fossiles qui étaient accréditées dans les murs de la COP. Donc, ça a été très intense. Et ce, dès le jour 1. Alors, pour que vous compreniez, le jour 1, il y a une partie des journalistes qui ne sont pas arrivés. C'est un peu le jour où on s'occupe des quelques formalités. Les chefs d'État ne sont pas encore là. Moi, j'avais prévu d'arriver dans l'après-midi à la COP et puis de récupérer tranquillement mon badge, de prendre mes marques. J'avais pris un ou deux rendez-vous, mais le premier jour, normalement, il ne se passe rien. Donc je fais la queue. Ça dure assez longtemps parce qu'il y a du monde. Et en fait, j'arrive à me connecter au Wi-Fi d'une grosse demi-heure. Et là, je vois qu'on a un accord sur les pertes et dommages. Les pertes et dommages, c'est quelque chose qui n'est pas très connu du grand public, mais ça fait 20 ans que ça suscite des tensions entre les pays du Nord et les pays du Sud lors des COP. En fait, les pays du Sud demandent au Nord la création d'un fonds pour financer les dégâts irréversibles liés au changement climatique. Par exemple, des bâtiments qui seraient détruits à cause de la montée des eaux. Les pays du Nord s'y étaient toujours refusés. L'an dernier, ils avaient trouvé un accord, mais l'accord menaçait de flancher parce que personne n'était d'accord sur les modalités techniques. Et là, ça menaçait d'empoisonner un peu les discussions à Dubaï. Et là, au jour 1 de la COP, on apprend qu'ils ont trouvé un accord. Voilà, et ça n'arrive jamais. Les accords, ça arrive au dernier jour de la COP. Et donc là, dès le départ, il y a eu une émotion très forte. Alors nous, quand c'est comme ça, on appelle les ONG. Elles nous ont organisé un point presse très rapidement pour essayer de nous raconter un peu ce qui s'était passé et comment l'interpréter. Tout le monde était très, très ému. Et ça va être un peu ça pendant deux semaines. C'est-à-dire que... On vit un peu au rythme de ces micro-avancées. On va passer notre temps à essayer de comprendre, ok, qu'est-ce qui avance, qu'est-ce qui recule, qui défend quoi. On va chercher du côté des ONG, mais on va aussi chercher du côté des négociateurs, des autres délégations, voir comment réagissent tel ou tel État un peu clé. Sur place, tout le monde est suspendu à ce genre d'accords, ou alors à des formulations qui vont traduire une plus ou moins grande volonté politique. Par exemple, est-ce qu'on va parler de sortie des énergies fossiles ou réduction des énergies fossiles ? Là-bas, ça devient un sujet central. Donc ça, c'était le début, c'était un temps très fort. Et puis en dehors des négociations, j'ai dit que c'est le monde entier qui se réunit. Et on le voit très bien, c'est dans les files d'attente. C'est assez rigolo parce que, qui que vous soyez, à l'exception des chefs d'État, bien sûr, vous faites la queue et vous attendez. Il y a énormément de personnes qui sont en tenue traditionnelle. C'est très joyeux. Il y a des gens qui font de la musique. Il y a des gens qui rigolent, il y a des personnes qui travaillent aussi dans cette queue sur leur téléphone, parce que parfois on attend une, deux, trois heures. Et en fait, moi, c'est comme ça que j'ai trouvé un de mes sujets. C'est-à-dire qu'un matin, il y avait juste devant moi trois filles, dont une était en tenue traditionnelle ukrainienne. Et je jette un coup d'œil à son badge et je vois qu'en effet, elle est ukrainienne. Et donc, je lui demande si elle peut me parler un peu de ce qu'elle fait ici. Parce que moi, ça m'intriguait beaucoup. Je me dis, mais comment ? On milite pour le climat quand on vient d'un pays en guerre. C'était des très jeunes femmes, et donc je me doutais qu'elles étaient activistes, qu'elles n'étaient pas des politiques ou quoi que ce soit. Comme on avait une heure de Q à tuer, on a discuté. Et je me suis rendu compte que ces filles étaient absolument passionnantes parce qu'elles travaillent à la reconstruction verte de l'Ukraine. C'est-à-dire qu'elles essaient de militer pour qu'il y ait un conseil de jeunes au sein du ministère de l'environnement ukrainien et que finalement, dans sa reconstruction future, l'Ukraine prenne en compte les problématiques d'adaptation des bâtiments. ou de reconversion professionnelle des mineurs vers la transition écologique, etc. Et donc c'était très intéressant parce qu'elles étaient vraiment dans une démarche de penser à l'après et d'essayer aussi d'apporter de l'espoir en montrant que le lendemain peut être aussi plus beau. Et donc ça a donné lieu à un article, à un portrait qui a été publié dans notre cahier Planète. Et puis enfin, la fin des négociations, elle a été particulièrement tendue. C'est-à-dire que pendant les deux semaines, on guettait à chaque version du texte comment étaient traitées les énergies fossiles. Alors au début, on avait une première version provisoire qui mentionnait une réduction ou une sortie des énergies fossiles parmi les options. Après, on a eu des formulations plus ou moins alambiquées, mais c'était toujours là. Et puis, à la veille ou à quelques jours de la fin prévue des négociations, ce qui se passe, c'est que la présidence émirienne devait prendre un peu en compte toutes les vues de chaque pays et puis proposer un document final qui serait potentiellement l'accord final sur lequel devraient se prononcer les États. Alors, on attendait ce texte, on l'a attendu assez longtemps. Et on l'a eu à la veille de la fin de la COP. La COP devait se terminer le mardi et le lundi en fin de journée et publier le projet d'accord. Et là, c'était la catastrophe. C'est-à-dire qu'au lieu de parler de réduction de sortie des énergies fossiles, les États étaient invités à mettre en place des mesures de lutte contre les changements climatiques, dont la réduction de la consommation et la production d'énergie fossile. En fait, ça traduisait une très faible ambition politique. Et c'était même dangereux parce que ça laissait ouverte la voie à certaines interprétations. Le texte avait été vidé de sa substance. Du côté des ONG, les gens étaient livides. Même dans certaines délégations, tout le monde était extrêmement tendu. C'était électrique comme atmosphère et il y avait un peu un sentiment de tout ça pour ça. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que les négociateurs ont continué à négocier. Tout le lendemain, on a attendu un nouveau texte. La COP devait se terminer le mardi midi. Le mardi soir, on n'avait toujours rien. C'est là qu'on commence à s'inquiéter, à se dire, mince, est-ce que je vais devoir repousser mon billet d'avion ? Le mercredi matin, on arrive assez tôt et il y a une nouvelle version du texte qui est sortie dans la nuit et qui est beaucoup mieux, qui n'est pas la sortie des énergies fossiles avec une date qu'attendaient les ONG, mais quand même qui mentionne pour la première fois le terme. C'était quand même une avancée assez significative. Et donc là, on se prépare pour une longue journée, parce que pour adopter un texte, souvent ce qui se passe, c'est qu'il y a ce qu'on appelle une séance plénière. Les États sont réunis dans une grande salle, et puis chacun se prononce, donne son avis. La session est régulièrement interrompue pour des petites négociations entre quelques États, etc., qui essaient de faire bouger les lignes. Et quand c'est comme ça, ça peut durer longtemps. Et puis, la plénière tarde à commencer. Nous, on est dans la salle de presse quand c'est comme ça, parce qu'on n'a pas accès à ces salles. Nous, on est dans une salle de presse à part. Et puis, on voit que ça commence sur les écrans. Je branche mon casque. Sultan al-Jarber prend la parole. Et en fait, il annonce l'accord. C'est allé tellement vite. Moi, je ne me suis même pas rendu compte immédiatement qu'il venait bien d'annoncer un accord. Et puis après, il s'est levé et il s'est mis à applaudir. Donc là, c'était assez clair. Et en fait, c'était fini. Alors, à la fois c'est fini, et puis en même temps, c'est là qu'il faut se dépêcher d'écrire. Il faut savoir qu'en fait, les COP, c'est un marathon. Pendant 15 jours d'affilée, vous travaillez entre 10 et 14 heures de travail par jour. Moi, je faisais entre 1 et 3 articles par jour. Ça nécessite d'écrire vite, mais en fait, c'est pas ça le plus difficile, parce que vous avez accès aux meilleurs experts du monde entier qui sont là au même endroit. La difficulté, au fond, c'est de ne pas se laisser emballer. C'est-à-dire que vous avez un déferlement d'annonces des gouvernements, des entreprises. Vous avez des médias du monde entier qui font tous aussi des angles un peu différents. Et ces journalistes-là, ils vont sortir des infos, donc des sujets sur lesquels peut-être vous allez avoir envie de rebondir. Et puis vous allez avoir des ONG qui vont sortir des rapports pratiquement tous les jours, qui sont aussi intéressants. Et donc il faut quand même réussir à garder un peu la tête froide. Toujours se demander qu'est-ce qui est intéressant pour le lecteur. Quand il y a des annonces qui sont faites, lesquelles sont importantes ? Est-ce que j'ai suffisamment d'informations pour traiter le sujet ? Ou alors est-ce que c'est juste un effet d'annonce et j'attends les précisions quitte à traiter le sujet dans trois jours ? On se demande toujours, est-ce qu'on met l'accent sur les négociations, des bisbis entre pays, qui défend quoi ? Ou alors est-ce qu'on fait des pas de côté pour raconter les histoires un peu plus humaines autour du climat ? Et puis, là, ça fait trois ans que je couvre des copes. Comment on fait aussi pour continuer à raconter ces événements, année après année, sans lasser ? Finalement, le résultat de cette cope, ça a été perçu comme une espèce de victoire en demi-teinte, un peu amère pour certains, parce qu'on s'est dit que ça aurait pu être mieux. Et c'est intéressant parce que pour mon papier de fin de COP, j'ai interrogé le sociologue Stéphane Ecoute, qui avait fait sa thèse sur la gouvernance climat mondiale. Il me disait que, en fait, ce sentiment de déception à la fin des COP, il est normal. C'est jamais à la hauteur de ce qu'on voudrait. Les médias en parlent, la société civile, les ONG mettent énormément la pression parce qu'elles ont intérêt à ce qu'il y ait un accord ambitieux. Donc, elles mobilisent beaucoup, il y a énormément d'attention. Et donc forcément, à la fin, le résultat est toujours un peu moins bien que ce qu'on aurait espéré. Et c'est aussi peut-être parce qu'on attend beaucoup plus des COP que ce qu'elles peuvent vraiment. Ce n'est pas à la COP qu'on va décider, nous Français, par exemple, de faire notre transition vers la voiture électrique, par exemple. C'est un moment qui permet de faire monter la pression, de faire accoucher des négociations. C'est le seul sommet. Vous avez des dirigeants des pays du monde entier qui se retrouvent parfois dans des mêmes salles, pour discuter du climat, mais l'avenir des énergies fossiles, heureusement, ne se détermine pas seulement aux COP. Donc ce sentiment de déception, il est normal, et c'est aussi parce que les conséquences des COP sont souvent très diffuses. C'est difficile à saisir. Ça vient participer à une pression qui accompagne aussi les dynamiques économiques, les législations qui sont prises par certains pays, etc. Donc c'est intéressant parce que quand vous rentrez de cet endroit qui est un peu fou quand même, vous avez vécu quelque chose de très intense humainement. Et puis, quand vous rentrez, on voit que ça n'intéresse pas énormément les foules. On en a un peu une vision de grande foire, d'une mascarade. Et c'est vrai que par certains aspects, les COP font un peu ça. C'est-à-dire que les politiques et les entreprises en profitent largement pour faire leurs annonces, parfois de manière pas très transparente d'ailleurs. C'est un moment qui est un peu ambigu. Mais en même temps, il y a aussi un vrai travail de fond. Il y a des choses qui avancent. Depuis l'accord de Paris en 2015, il y a plusieurs dizaines de pays qui ont mis en place des feuilles de route nationales contre le changement climatique. Alors c'est imparfait, c'est très loin de ce qu'il faudrait. Finalement, ces COP, elles sont très critiquées. Il y a beaucoup de personnes qui font aussi des propositions pour améliorer l'efficacité du processus de décision. mais au fond pour l'instant on n'a rien trouvé de mieux que les COP pour avancer à l'échelle mondiale sur ces sujets

  • Speaker #1

    Vous venez d'écouter un épisode de l'Envers du récit n'hésitez pas à le partager et à vous abonner à notre podcast Les analyses et les chroniques de Camille Richir sur la COP28 sont à lire sur le site et l'appli Lacroix. Vous trouverez le lien dans le texte de description qui accompagne ce podcast. L'Envers du récit est un podcast original du quotidien Lacroix.

  • Speaker #2

    Sous-tit

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