- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans l'état d'esprit. A travers chaque rencontre avec mon invité, nous explorons le pouvoir de la parole. Une parole qui éclaire, qui engage et qui parfois répare. Bonjour Joséphine Daniel.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Vous représentez aujourd'hui la quatrième génération à la tête du groupe Daniel créé en 1904 avec plus de 300 collaborateurs spécialisés. Alors vous me dites que c'est bien précis, l'extraction de carrière et la production de matériaux de construction, un parcours qui s'est construit progressivement entre le terrain, la transmission et la responsabilité. Quand on a préparé l'émission, vous m'avez dit... Vous dites souvent que ça s'est fait finalement naturellement. Vous avez plus le sentiment d'avoir grandi dans cette entreprise ? plutôt que de l'avoir reprise ?
- Speaker #1
Déjà pour moi, on grandit tous, on évolue tous dans une entreprise telle qu'elle soit. Pour ma part, je n'ai pas cette sensation de l'avoir reprise, l'entreprise familiale, mais plutôt d'assurer une continuité, d'assurer la pérennité de tout ce que ma famille, mes grands-parents, mon père ont construit. Donc c'est davantage ça, ce sentiment d'évolution permanent. Je n'étais pas destinée à devenir présidente. Après mon école d'ingénieur, mon père m'a proposé de venir découvrir les métiers, des métiers que je ne connaissais absolument pas. C'était une évidence de commencer par le terrain, toute la chaîne de transformation du caillou. Ça m'a vraiment passionnée. Et donc plusieurs années, je suis restée là et ensuite, on a eu besoin de moi au commerce, au béton et ça s'est fait petit à petit. Mais ce n'est pas mon père qui m'a dit « tu rentres dans l'entreprise pour devenir présidente » . C'est au fur et à mesure d'avoir appris, de m'être formée auprès de mes collaborateurs, également beaucoup d'échanges nourrissants au travers de... de clubs comme l'APM. C'est tout ça qui, à un moment donné, m'a fait évoluer, m'a fait prendre d'autres postes, comme directrice commerciale de la filiale Béton prêt à l'emploi, qui un jour, je suis devenue légitime mais compétente pour postuler à ce poste.
- Speaker #0
Oui, justement, toutes ces expériences, ça vous a permis de renforcer, d'être de...
- Speaker #1
Crédible, légitime, auprès de mes collaborateurs, moi-même aussi, il fallait que je m'en sente capable et que je sois quand même au niveau. Mais vous savez que souvent, je le dis, que ce sont mes collaborateurs sur le terrain et aussi autour de moi qui m'ont formée et qui m'ont aidée à en arriver là où je suis. alors pas que bien entendu il y a des gens Il y a mon bagage scolaire, il y a toutes les séances de coaching que j'ai faites. C'est un long parcours assez difficile, mais qui en vaut la peine.
- Speaker #0
Alors votre père a été votre patron, et maintenant vous lui succédez. Comment ça s'est passé ces deux périodes ?
- Speaker #1
Alors il est toujours là, et c'est très bien comme ça, j'en suis très contente. C'est une belle aventure familiale. Alors là c'est un peu, j'ai envie de dire, un conflit de générations. Il y a les manières de manager la vision du métier pendant des années, et moi, nouvelle génération, qui arrive avec mes valeurs, ma vision des choses. qui est, vous l'avez compris, très tournée sur l'environnement et aussi un management différent. Il y a forcément une transition où l'un ne va pas comprendre l'autre. Et ce que j'ai fait, j'ai fait preuve d'une certaine résilience pendant des années où je me suis fait confiance, mais je n'ai pas imposé ma vision des choses. j'ai J'ai laissé faire tout en observant et en attendant que ce soit le bon moment d'y aller étape par étape. C'est extrêmement dur. Il y a un côté émotionnel dans les entreprises familiales qui est très lourd. Et il faut justement savoir prendre le recul et faire la part des choses entre le perso. et le professionnel et que les désaccords professionnels n'impacte pas les relations familiales. Souvent, il y a un amalgame qui est fait. Et surtout, ça fait 17 ans que je suis dans l'entreprise, donc forcément, plus jeune, je faisais l'amalgame. Il faut savoir prendre ce recul et apprendre de ses aînés. Et au final, ça reste assez riche. Mais émotionnellement, ce n'est pas facile. C'est un combat quotidien.
- Speaker #0
Alors vous l'avez dit, c'est une entreprise familiale, mais quand même d'une certaine taille. Je le rappelais, 300 collaborateurs. Comment on arrive à gagner la confiance des équipes ?
- Speaker #1
Pour ma part, je vais parler uniquement pour moi, le terrain. C'est vraiment la base. Bien entendu, j'ai un bagage scolaire qui va dans ce sens aussi. Discuter avec les collaborateurs, les écouter, prendre en considération leur retour d'expérience. rester humble, rester ouverte à la remise en question ne pas oublier que on reste en formation en fait aujourd'hui je suis présidente depuis maintenant 5 ans mais je me considère encore en formation j'apprends encore je ne suis pas arrivée en tant que présidente on le devient et voilà il faut continuer donc je pense que c'est comme ça que l'on devient et aussi ne pas faire preuve d'être dans la collaboration, d'être dans l'échange pour chaque prise de décision.
- Speaker #0
Oui, parce que vous dites vous-même que vous êtes quelqu'un de direct. C'est simple à gérer une entreprise quand on est quelqu'un de direct. Quand on dit direct, comment vous le qualifieriez le direct ?
- Speaker #1
Disons que je ne vais pas par quatre chemins pour dire ce que je pense. Alors certes, de manière pas toujours diplomate. Je n'ai pas encore réussi à trouver l'équilibre entre être directe et être diplomate. Je l'avoue, il va falloir que je fasse quand même pas mal d'efforts sur ça. Mais non, c'est dire les choses telles qu'on les voit, telles qu'on les ressent. Ça a un avantage, c'est que les salariés savent où aller et ont une parole franche, claire. de la direction.
- Speaker #0
Alors peut-être que je me trompe, mais j'ai l'impression que c'est quand même dans un milieu assez masculin.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
complètement. Est-ce que c'est plus compliqué quand on est une femme, même si on est de la famille Daniel, de s'imposer ou pas ? Et est-ce que finalement ce ton un peu direct facilite peut-être les relations, paradoxalement ?
- Speaker #1
Alors il ne faut pas confondre autorité et être direct, vraiment, parce que je ne pense pas être quelqu'un d'autoritaire. Par contre, je dis ce que je pense, je réagis de suite. Ça n'aide pas pour faire sa place en tant que femme dans un milieu masculin industriel. Je l'ai pensé plus jeune quand je suis arrivée dans l'entreprise. Je me rappelle d'un jour où j'ai été très autoritaire et au final, j'ai été davantage décrédibilisée plutôt qu'autre chose. Parce que déjà, j'étais jeune. Je crois que c'était 2-3 ans que j'étais dans l'entreprise. Donc, en fait, on a plus... On détériore son image en faisant ça. Et ça, je l'ai de suite compris ce jour-là. À partir de ce jour-là, j'ai préféré être alignée avec moi-même, avec mon caractère, le dire, l'assumer à mes collaborateurs. Donc, je suis désolée, je suis comme ça. Donc, ne le prenez pas mal, mais bon, voilà. Par contre, on ne va pas se le cacher quand même qu'en 2026, il reste quand même énormément de progrès à faire. pour une femme en tant que chef d'entreprise dans un milieu masculin. Là, je ne parle pas réellement au sein de l'entreprise avec mes collaborateurs, mais plutôt de manière générale parce que je fais partie de différents clubs. Donc, j'ai pas mal de réseaux. Et c'est vrai qu'il y a toujours ce regard un peu insistant où de suite, on sent que la personne porte un jugement sans vous connaître. Et que là, nous, en tant que femmes, on doit se justifier qui on est, qu'est-ce qu'on a fait, par où on est passé, qui on est aujourd'hui et pourquoi.
- Speaker #0
Et même vous, vu l'entreprise que vous représentez ?
- Speaker #1
Tout le temps.
- Speaker #0
Et du coup, là, qu'est-ce qu'on cultive, si je puis dire ? Qu'est-ce qu'on entretient ? On essaie vraiment de se justifier ou au contraire, on se dit, c'est pas mon souci, c'est pas mon problème ?
- Speaker #1
Avant, je me justifiais tout le temps. Avant, il fallait que je précise que j'avais fait Mathsup, MathsPay, que j'avais fait une école d'ingénieurs, que ceci, que cela. Il fallait que vraiment je me justifie sur tout. Aujourd'hui, je ne le fais plus. Je n'ai plus rien à... ni à me prouver à moi, ni à prouver à ma famille, ni à... Il y a mes collaborateurs, donc les autres, bon...
- Speaker #0
Alors vous l'avez dit, vous faites évoluer l'entreprise vers une approche environnementale un petit peu différente. Déjà, pourquoi ce choix ? Et pourquoi ces orientations ?
- Speaker #1
Depuis 17 ans que je suis dans l'entreprise, j'ai beaucoup analysé, prêté attention à des réflexions, des comportements des habitants, des riverains. qui ont en fait une méconnaissance totale de notre métier et qui de ce fait ont une très mauvaise image de la filière de la construction, de toute la filière, et qui ont pas mal de virulence, de remontant sur nos métiers et à chaque fois c'est quand même en lien avec l'environnement. Et on s'est toujours posé la question, qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter ça ? Et puis après, si vous entendez aussi les médias, les médias, ça fait quand même depuis des années et là encore plus aujourd'hui qu'ils parlent de la préservation de la planète, de l'environnement. Et donc, je me suis dit qu'est-ce que je peux faire pour changer ça, pour essayer d'inverser la situation. Et c'est comme ça que l'idée est venue. Alors ensuite, il y a eu les réglementations environnementales qui nous ont été... imposé, mais qui ne va pas aussi loin que nous. Nous, en fait, ma position, je me suis dit, c'est là, voilà, ma valeur ajoutée, mon ADN, où je veux faire grandir l'entreprise, c'est sur l'environnement, montrer que notre métier, nos activités sont indispensables pour la construction d'aujourd'hui, mais également de demain, et qu'on sait le faire en préservant l'environnement. que ce n'est pas juste un coût marketing, ça fait vraiment partie intégrante de l'entreprise. Et donc, vous achetez des produits chez Daniel, sachez qu'en achetant chez Daniel, vous préservez aussi un peu l'environnement. Donc, c'est ce choix que j'ai fait toujours en essayant d'anticiper les besoins et en essayant de me démarquer de ce que peuvent faire mes confrères.
- Speaker #0
Et dans ce choix que vous faites, le plus dur c'est quoi ? C'est de le décider ou de convaincre, à la fois peut-être en interne, et de convaincre l'environnement externe ?
- Speaker #1
En interne, c'était une décision collaborative. Comme toute décision, surtout des décisions très stratégiques, je pense que si on veut que nos équipes nous suivent, il faut les intégrer dans la réflexion. Ensuite, à l'extérieur, ça dépend du public. Merci. Il y en a qui trouvent super ce qu'on fait, il y en a d'autres qui ne comprennent pas. On est convaincus, il y a beaucoup de choses à faire dans la construction. Pour le moment, on va rester alignés avec nos objectifs et notre stratégie environnementale.
- Speaker #0
L'exercice n'est pas simple, mais à quoi pourrait ressembler le groupe Daniel dans 10 ans ?
- Speaker #1
Si on arrive à allier l'image de l'environnement dans la construction à l'entreprise Daniel, je pense que vraiment j'aurais réussi. Ma mission, on en est encore loin malheureusement, mais vraiment que ça soit associé et qu'on ait développé des nouveaux produits qui répondent à l'éco-construction. On en a déjà innové sur un produit, donc j'espère qu'on va en innover d'autres et qu'on aura toujours des formules de béton prêt à l'emploi. encore plus bas carbone, respectueuse de l'environnement, et peut-être également aussi de nouveaux sites.
- Speaker #0
Vous faites partie de la quatrième génération de l'entreprise. Votre objectif, c'est quoi ? C'est de pérenniser l'entreprise, un jour de la transmettre aussi, ou vous n'y pensez pas encore ?
- Speaker #1
Alors déjà dans le contexte économique et géopolitique actuel... Si j'arrive à pérenniser, je serai déjà très contente de moi et de mes équipes. Mais je n'ai pas de doute, on va y arriver. Par rapport à la transmission, non, je n'y pense absolument pas. J'ai une petite fille qui a 8 ans et demi. C'est trop tôt. Et puis, je ne pense pas que je l'orienterai dessus. Je la laisserai vraiment libre de ses choix, vraiment pleinement.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il faut pour diriger une entreprise familiale ?
- Speaker #1
On ne naît pas présidente de l'entreprise familiale, on le devient. Il ne faut pas oublier que c'est une aventure professionnelle, familiale, mais avant tout une aventure humaine. Et dans ces entreprises familiales, le côté... L'émotionnel mental est vraiment pesant, est vraiment lourd. Je sais, parce que je discute avec pas mal de personnes qui sont dans des entreprises familiales, de la famille et qui reprennent l'entreprise familiale, on veut tous abandonner plein de fois. On se dit tous, non mais on n'y arrivera jamais, c'est trop dur. Ben non, il faut vraiment avoir un mental d'acier, être résilient. Et justement, ce fait de vouloir abandonner parce que c'est trop dur, c'est ce côté émotionnel, c'est ce manque de prise de recul où vraiment il faut séparer le côté pro et famille et se dire que c'est un super héritage. c'est un super héritage et quelle que soit l'issue que la transmission se fasse se fasse pas que la personne fasse 5 ans dans l'entreprise familiale ou plus ou qu'elle développe. Dans tous les cas, ça ne sera pas un échec, ça sera une belle aventure. Et donc je pense qu'il faut vraiment se faire confiance, ne rien lâcher, être à l'écoute de soi. Ne pas écouter les a priori des uns et des autres.
- Speaker #0
Ce podcast s'appelle L'état d'esprit. Quel est l'état d'esprit qui vous anime au quotidien ?
- Speaker #1
Je suis une fonceuse, mais je suis très dans l'humain et je veux toujours faire ressortir quelque chose de bon dans chaque expérience. Il faut être positif, se dire qu'il y a des jours où ça ne va pas, il y a des jours où tout s'effondre, et essayer ce jour-là de retenir trois choses positives dans sa vie. Et en général, après une bonne nuit de sommeil, on a une nouvelle idée. positif qui vient et donc ça repart. Donc vraiment, il ne faut rien lâcher.
- Speaker #0
Merci beaucoup en tout cas pour cet échange.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté l'État d'Esprit. Retrouvez prochainement une nouvelle rencontre autour d'une parole qui éclaire, qui engage ou qui répare. En attendant, réécoutez sur les bonnes plateformes de podcast d'autres épisodes de l'État d'Esprit.