- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans l'état d'esprit. A travers chaque rencontre avec mon invité, nous explorons le pouvoir de la parole. Une parole qui éclaire, qui engage et qui parfois répare. Comment convaincre quand on a une idée, une intuition, mais pas encore toutes les preuves ? Dans ce nouvel épisode de l'État d'Esprit, je reçois Victoire Cossieux-Prade-Dessus, fondatrice de StyleNexus8, une jeune entreprise créée d'un problème très concret rencontré à Gavarnie et devenue un projet mêlant intelligence artificielle, réalité augmentée et commerce. Bonjour Victoire.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Comment est née l'idée de StyleNexus8 ? Et déjà, pourquoi ce nom ?
- Speaker #1
Alors, c'est parti d'un constat terrain tout simplement. J'ai commencé à faire mes études à l'étranger. Je suis beaucoup restée aux Etats-Unis et à Singapour. Et c'est là où j'ai découvert le monde des technologies un petit peu. Et je me suis intéressée petit à petit à ces sujets-là. Et par la suite, j'ai commencé à travailler dans les nouvelles technologies aussi. Tout d'abord pour un cabinet de conseil américain. Et puis par la suite, pour d'autres entreprises. Et en fait, je faisais le pont entre les équipes techniques et les équipes stratégiques. Et donc par la suite, cette idée a mûri, cette idée qui me taraudait depuis des années dans ma tête parce qu'étant originaire de Gavarnie, j'avais pour habitude de beaucoup commander mes vêtements en ligne et donc j'avais souvent cette problématique de qualité de vêtements ou de taille de vêtements. Et donc je me suis dit mais c'est dingue qu'il n'existe pas de solution concrète, à chaque fois on doit retourner le colis. Et donc petit à petit, j'ai fait une étude de marché, je me suis rendue compte que les entreprises déjà dépensé des milliards d'euros tous les ans. à cause des retours de colis. En plus, nous, en tant qu'utilisateurs, ça nous embêtait énormément. Et en plus de ça, l'impact écologique était très important parce qu'il faut savoir que quand un colis est retourné à l'entreprise, à la marque, souvent, elle ne le remet pas en stock. Elle le jette directement parce que ça coûte trop cher de le remettre en circulation. Donc, ça coûte très cher pour les marques. Nous, ça nous coûte du temps. Et au niveau de l'environnement, c'est catastrophique.
- Speaker #0
Et du coup, avec votre entreprise, quelle... problème finalement vous résolvez ?
- Speaker #1
Nous on propose l'essayage virtuel depuis la maison, donc depuis un téléphone ou depuis un ordinateur, donc il suffit d'allumer la caméra et vous pouvez essayer le vêtement directement sur vous et elle vous dit, l'IA vous dit quelle est la taille idéale à acheter, quelle est la taille idéale à tester sur vous, quel est le vêtement qui vous convient le mieux pour réduire ces retours de colis. J'ai cherché des solutions qui existaient Et donc j'avais vu que les sièges virtuels étaient soi-disant la solution miracle entre guillemets. Alors en interrogeant plusieurs marques de prêt-à-porter, ils m'ont tous dit que déjà ça coûtait trop cher. Donc c'était surtout réservé aux marques de luxe qui le proposaient sur leurs produits phares, leurs produits stars, sur leur site internet et c'était tout. Et ensuite en plus de ça c'était très long à produire, donc très cher et très long et donc ça convenait pas aux marques. Je me suis dit, étant donné que je m'y connais beaucoup en IA et qu'on est en plein essor, autant utiliser l'IA. pour nous aider à faire des bonnes choses sur ces sujets-là. Et donc j'ai allié l'IA et la mode pour proposer une solution d'essayage automatisée et éviter ces retours de colis.
- Speaker #0
Et du coup, comment on convainc, parce que l'idée paraît tellement simple, tellement logique qu'on se dit pourquoi on n'y a pas avancé, et comment on convainc justement de l'utilité de cette solution ?
- Speaker #1
Alors, au début, ce n'est pas tous les jours facile, mais quand j'ai démarré, en fait, moi, je suis un pur pro du French Tech. Avant de créer ma société, j'ai quand même fait une étude de marché. J'ai interrogé des marques de prêt-à-porter sur le sujet pour voir s'il y avait un vrai problème, s'il y avait un vrai sujet sur ces points-là. Et puis, par la suite, j'ai intégré le programme French Tech Prépa. Et donc, ce programme, c'est avant de créer son entreprise, ça sert à... tester son idée, voir la faisabilité. Donc on est en relation avec plein d'institutions publiques, mais aussi privées, qui nous challengent sur l'aspect financier, l'aspect technique aussi, pour voir si c'est faisable techniquement à être mis en place. Et puis une fois que ça s'est validé, ensuite j'ai créé l'entreprise. Et puis petit à petit, je me suis entourée d'institutions publiques et privées aussi, et notamment de la French Tech encore une fois. Quand j'ai créé l'entreprise, j'ai intégré le programme French Tech Tremplin. Donc ça c'est sur candidature. Et donc c'est un programme d'un an. où on est accompagné par un organisme qui est spécialisé dans l'accompagnement des startups. On choisit notre organisme. Et puis ensuite aussi, on est aidé par BPI France et la French Tech via une bourse pour se lancer sur le sujet. Et donc petit à petit, j'ai fait en sorte de réseauter et d'apprendre sur le temps.
- Speaker #0
Et comment on fait pour réseauter quand on est jeune ? Est-ce qu'il faut encore plus convaincre ou pas forcément ?
- Speaker #1
Alors oui, on doit tout le temps faire ses preuves. Moi ça a commencé par ce biais là et puis petit à petit j'ai toujours été intéressée par l'entrepreneuriat. Dès mes études, j'avais intégré des groupes d'entrepreneurs pour voir un peu comment ça fonctionnait. Et ensuite, à chaque fois qu'il y avait des événements, j'essayais d'aller aux événements entrepreneurs, d'aller aux événements sur des sujets qui concernaient mon entreprise. Et ça s'est fait comme ça petit à petit. Effectivement, au début, il faut toujours prouver, Mais à force, il y a des personnes qui nous font confiance. On a la chance d'avoir notamment la French Tech qui peut nous accompagner et qui voit qu'on a envie d'y aller.
- Speaker #0
Vous avez été sélectionnée parmi les 101 femmes entrepreneuses et reçues à Matignon. Qu'est-ce que cette reconnaissance a changé pour vous et est-ce qu'elle a changé quelque chose ?
- Speaker #1
Alors oui, c'était vraiment une super opportunité qui m'a beaucoup boostée. Déjà dès le départ, j'étais persuadée, je pense que quand on est entrepreneur, il faut déjà être convaincu par soi-même et par son idée et avoir confiance en nous. Dès le départ, parce que si nous déjà on n'a pas confiance, c'est compliqué pour la suite. Bon déjà il y a ça, et puis ensuite effectivement j'avais candidaté au sein d'une femme entrepreneur, donc c'est un peu comme Miss France, une femme est élue par département, et puis ensuite une fois qu'on est sélectionnée, on monte à Paris rencontrer le Premier ministre, mais aussi plein d'autres ministres et beaucoup d'autres personnes qui sont super. Et effectivement ça a été un gros booster pour moi, parce que c'était une sorte de reconnaissance aussi. Et en fait, pour la petite histoire, BPI France avait fait beaucoup d'études de marché. Ils s'étaient rendu compte que les femmes étaient sous-représentées dans le monde de l'entrepreneuriat. Et notamment, par exemple, pour les levées de fonds. Il y a moins de 2% des femmes qui lèvent des fonds aujourd'hui, qui arrivent à lever des fonds. Et moi-même, on m'a déjà conseillé de m'associer avec un homme pour pouvoir lever des fonds, parce que sinon, je ne pourrais pas les lever.
- Speaker #0
Et comment vous l'expliquez, ça ?
- Speaker #1
Alors... Bonne question. Je pense peut-être que les femmes aussi ont tendance à vouloir tout valider en amont avant de se lancer. Elles mettent plus de temps à se lancer, elles ont besoin de plus de confiance. Et je pense que ce programme aide les femmes aussi à avoir confiance en elles. Donc effectivement, on est montées deux jours à Paris. On a rencontré M. le Premier ministre et plein d'autres ministres. Et aussi, on nous a mis en relation avec beaucoup de médias. On nous a mis en relation avec des contacts aussi très intéressants pour nos entreprises. Et ça nous a permis de nous booster, toutes entre nous. Et aujourd'hui, on a créé une vraie cohorte et on est toujours en contact. On s'entraide entre nous et puis on se rend compte qu'en fait, on est tout à fait capable. Tout le monde en est capable. Il faut avoir confiance et il faut se lancer.
- Speaker #0
Alors à vous entendre, ça a l'air très simple. Mais j'imagine que ça n'a pas été aussi simple que ça. Comment vous avez réussi à convaincre tous ces partenaires ? Parce que là, vous faites une liste de partenaires qui sont quand même plutôt prestigieux. qui doivent être régulièrement contactés. Comment vous pensez avoir réussi à les convaincre, au-delà de l'idée ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faut bien préparer en amont son pitch et tous les éléments de son entreprise. Il faut penser à toutes les questions qu'on pourrait vous poser ou toutes les craintes qu'il pourrait y avoir auprès des partenaires. Et puis petit à petit aussi, je pense que la confiance est créée aussi par le biais de notre travail. Quand on voit qu'il y a des résultats... Petit à petit, les personnes qui pouvaient être réticentes se disaient finalement c'est pas trop mal. Mais effectivement, nous, ça a été encore plus challengeant parce que les deux premières années, on était en développement technique et donc on ne faisait pas de chiffre d'affaires. Donc il y aurait beaucoup de personnes qui auraient pu dire attendez, vous ne faites pas de chiffre. Mais on a essayé de prouver les choses en faisant tout ce qui est prévisionnel, business plan. Ça se prépare en amont quand même. Il y a un travail de fond à faire avant tout. pour montrer qu'on a quand même réfléchi et que ce n'est pas une idée qui sort du chapeau du jour au lendemain. Voilà, il y a un travail de fond à faire quand même.
- Speaker #0
Justement, vous le dites, vous avez été très exposé, alors que paradoxalement, pour l'instant, l'entreprise est en train de se développer et de naître. Est-ce que c'est maintenant que l'étape est la plus compliquée et comment vous l'abordez ?
- Speaker #1
Oui, maintenant, on est en phase de commercialisation. Donc, effectivement, beaucoup de personnes attendent les résultats. Donc, effectivement, il peut y avoir de la pression. Mais je pense que le principal, c'est d'être bien entouré et de ne pas lâcher. Je pense que la résilience est très importante pour continuer. Mais voilà, après, il faut y aller. Quand on croit en son idée, il faut continuer et écouter, ne pas écouter les mauvaises voix dans sa tête et continuer.
- Speaker #0
Et pour commercialiser, du coup, qu'est-ce que vous mettez en avant ? Quels sont les arguments de vente, si je puis dire ?
- Speaker #1
Alors, nous, déjà, on a développé une technologie qui nous différencie parce qu'on arrive à partir d'une image de vêtement, à le transformer en filtre à réalité augmentée en quelques minutes. Ce qui en temps normal prendrait entre deux et trois semaines pour faire un seul filtre. Et donc ça, ça a été l'élément différenciant. On avait aussi fait une preuve de concept. Donc on avait une vidéo démo qui montrait comment ça fonctionnait, etc. Et puis aussi là au départ, on a commencé à faire du chiffre d'affaires. Donc les partenaires voient qu'il y a quand même un résultat dès le départ. Et puis ensuite, nous, l'objectif, c'est de s'étendre sur Shopify. C'est un marché plutôt international où il y a énormément de boutiques de prêt-à-porter. Les boutiques avec lesquelles on travaille sont en France pour le moment, mais elles sont toutes sur Shopify. On se focus sur cette partie-là.
- Speaker #0
L'argument d'éviter des retours colis, c'est un argument qui fonctionne, qui marche, au-delà de l'aspect pécuniaire. Il y a peut-être un aspect environnemental aussi.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Alors, on a travaillé, je pense, notamment à une cliente qui, elle, vend des lunettes. Elle a son chiffre d'affaires qui a augmenté déjà significativement. Donc, c'est un gros élément clé pour les entreprises parce qu'effectivement, la RSE, c'est important pour les entreprises, mais le nerf de la guerre, c'est quand même l'argent. Et puis ensuite, effectivement, on a un tableau avec des chiffres clés qui expliquent, voilà, grâce à ces ventes-là, grâce à l'essayage virtuel, vous avez pu économiser tel. kilo de CO2 et donc on arrive à calculer quel est l'impact de l'essayage virtuel grâce à la solution.
- Speaker #0
Comment on arrive à convaincre et à présenter une technologie qui est plutôt complexe parce que j'imagine que vous ne rencontrez pas que des gens spécialisés dans la French Tech pour vos futurs clients. Comment on arrive à les convaincre ?
- Speaker #1
Souvent c'est par le biais de vidéos et de de démo, on leur fait tester directement la technologie, et là ils arrivent. beaucoup plus à s'imaginer avec cette techno. C'est vrai que c'est un peu abstrait quand on en parle comme ça. Et donc la vidéo, c'est vrai que ça change toute la donne.
- Speaker #0
Si vous deviez convaincre une jeune femme, ou un jeune homme d'ailleurs, de créer son entreprise, de développer son entreprise, quel conseil vous lui donneriez ?
- Speaker #1
Alors déjà, de croire en soi, je pense. Mais aussi de bien se préparer en amont, parce qu'il ne faut pas y aller sans rien. Il faut bien préparer tous les aspects de l'entreprise. Ce ne sera pas parfait, il y aura forcément des erreurs, mais l'objectif c'est de venir préparer, de montrer qu'on est motivé auprès des organismes qu'on va aller voir. Je pense à certains organismes chez qui on a pitché. Il faut vraiment savoir répondre aux questions potentielles, préparer les questions en amont et puis pouvoir se challenger au maximum. Mais la préparation et la résilience pour moi c'est le plus important.
- Speaker #0
J'imagine que quand vous vous intervenez, soit à Matignon, soit avec des clients, il y a une petite appréhension, une petite émotion. Comment vous gérez ça ?
- Speaker #1
J'essaie de détendre l'atmosphère en étant souriante et puis aussi en échangeant sur nos affinités. On peut avoir des points en commun. On est tous humains, donc je pense qu'il y a quand même des sujets de discussion qui peuvent détendre l'atmosphère si jamais on est stressé. Et puis après, l'objectif, je trouve que c'est quand même un environnement bienveillant. Donc à partir du moment où on vient préparer, on sait de quoi on parle et qu'on est correct avec l'autre personne, il n'y a pas de raison que ça se passe mal.
- Speaker #0
Ce podcast s'appelle L'état d'esprit. Quel est l'état d'esprit qui vous anime au quotidien ?
- Speaker #1
Je dirais le positivisme. Parce que je pense que déjà pour se lancer, il faut peut-être un peu de courage. Peut-être un peu de folie aussi, pour quitter son travail et commencer une entreprise. Mais voilà, une folie modérée quand même. Il ne faut pas partir comme ça du jour au lendemain sans réfléchir à la suite, pour moi en tout cas. Et après, rester positif parce que dans l'entrepreneuriat, il y a toujours des hauts, des bas. Parfois, ça va plus qu'à d'autres moments. Donc voilà, rester positif et continuer et avoir la foi en l'avenir, je pense. Ça aide.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un moment où vous vous êtes dit, j'arrête, je reprends mon activité de consultant, de conseiller ?
- Speaker #1
Oui, souvent. Mais je continue quand même parce que c'est ce que je veux faire, je le sais très bien. Et on est tous passés par là. Maintenant, on a créé quand même une certaine communauté entre femmes, mais aussi avec des chefs d'entreprise hommes, il n'y a pas que des femmes. Et c'est vrai qu'on passe tous par là. Nous, on appelle ça la vallée de la mort. Il y a des moments où ça ne va pas forcément, mais on essaie de s'aider, de s'entraider. Et puis voilà, on essaie de bien s'entourer de différentes personnes. J'ai intégré récemment le programme des femmes entrepreneurs d'Orange aussi. Et donc voilà, c'est un programme qui aide les femmes entrepreneurs à développer leur partie commerciale. Et donc on a été cinq à être sélectionnées en Occitanie aussi. On s'entraide beaucoup parce qu'on a des spécialités très différentes, mais on se complète aussi. Et c'est vrai que l'autre jour, j'avais un sujet avec Shopify. Il y a une des femmes entrepreneurs qui travaille sur Shopify, justement. C'est son métier. Et donc, on essaie de se compléter. Et ça,
- Speaker #0
c'est important de ne pas rester seule, isolée ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Il ne faut surtout pas rester seule. C'est vrai que c'est difficile quand on se lance dans l'entrepreneuriat. Surtout, en tout cas pour ma part, venant de Gavarnie. Je suis souvent seule, mais c'est vrai que j'essaie de garder le contact avec d'autres personnes, des chefs d'entreprise. Et voilà, on s'entraide, on sort, on va voir des amis. Enfin voilà, il faut rester en contact avec d'autres personnes.
- Speaker #0
Merci beaucoup Victoire.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Et longue vie à Steel Nexus 8.
- Speaker #1
Merci, vous aussi.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté l'état d'esprit. Retrouvez prochainement une nouvelle rencontre autour d'une parole qui est claire, qui engage ou qui répare. En attendant, réécoutez sur les bonnes plateformes de podcast d'autres épisodes de l'état d'esprit.