- Speaker #0
Saison 1, épisode 1. Laurent Meilleur encadrant ski de rando. Laurent est presque toute l'année en montagne. L'hiver, en ski de randonnée évidemment, parfois pour donner des cours de ski, l'été en tant qu'accompagnateur en montagne, mais aussi en intersaison avec des sorties géologie ou pour de la photo animalière. Son terrain de jeu ? Le brillant soleil, Guisane, Claré, Servorette, le proche Plymont, les Écrins, et forcément le Kira. Il aime à raconter qu'en hiver, Il arrive à ne pas faire deux fois la même descente en ski d'andou. Ça nous laisse imaginer son immense champ d'action. Dans ce premier podcast, il nous parle de son parcours de vie, de son métier autour du ski d'andou, de son plaisir à encadrer, ou encore des massifs qu'il fréquente. Bonne écoute !
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Moi je m'appelle Laurent Meillère, je suis moniteur de ski et accompagnateur en montagne d'été. J'ai 56 ans... Je suis né à Cavaillon, dans le Vaucluse, et je suis arrivé à la montagne, j'avais une vingtaine d'années. Qu'est-ce que c'est qui m'a amené à la montagne ? Je suivais mes parents dans le Vaucluse, faire des balades, dans le Mont Ventoux, le Luboron, les monts du Vaucluse. Et puis voilà, c'est comme ça que j'ai pris goût un peu à la pleine nature. C'est vraiment ça qui m'a attiré en montagne. Il faut le dire aussi, les sports d'hiver, les colonies de vacances. J'avais cette chance d'avoir pu bénéficier de colonies de vacances à la neige. J'ai un papa qui m'a offert cette possibilité grâce à son boulot de bénéficier des colonies de vacances à la neige. C'est vraiment comme ça que j'ai découvert le ski. J'ai 56 ans, je vous le disais. Je suis marié, j'ai deux enfants. qui ont une vingtaine d'années maintenant et qui eux aussi pratiquent assidûment la montagne. Mon épouse également d'ailleurs, donc c'est un grand bonheur de pouvoir partager ces moments en montagne et d'avoir pu communiquer cela à nos enfants. Qu'est-ce que c'est qui m'a amené au ski de randonnée ? Le ski de randonnée, eh bien, alors mon premier premier souvenir de ski de randonnée, c'est pas très loin de Chamonix. C'est à l'occasion justement de ces colonies de vacances. Je dois beaucoup de choses à ces colonies de vacances. Finalement, j'y allais l'été également en montagne. J'ai découvert plein de massifs comme ça. Je passais un mois en colonies de vacances l'été. Et puis, je faisais un séjour de... Ouais, c'était au moins 15 jours les colonies de vacances à l'époque, l'hiver. Donc, 15 jours de ski. Et plus la semaine avec les parents, un peu au sport d'hiver. à l'époque la classe moyenne pouvait accéder aux sports d'hiver, c'est plus trop le cas aujourd'hui mais voilà bref donc le ski de randonnée ma première peau de phoque c'était à Valorcine à côté de Chamonix derrière le col des Grands Montés et c'était avec des sécuerafix alors les sécuerafix c'est des gros sabots qu'on mettait c'était en fait une deuxième fixation qu'on mettait sur la fixation initiale d'un ski de piste normal. Et donc, on faisait du ski de randonnée avec ce machin, les sécuerafix, qui pesaient 3 kg minimum, avec des chaussures de ski alpin, et donc des skis alpin. Donc, autant dire que c'était un truc de fou. Aujourd'hui, ça n'existe plus. On ne voit plus personne avec des sécuerafix. Aujourd'hui, à l'heure des fixations hyper légères et des skis extrêmement légers également, ça paraît incroyable qu'on puisse pratiquer le ski de randonnée avec ça. Mais bon, c'est comme ça que j'ai découvert les pots de phoque. Alors bon, c'était des petits dénivelés qu'on faisait, 200 mètres, 300 mètres. Et puis en fait, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui la frirando. Donc on utilisait les remontées mécaniques. On avait notre petit sac à dos avec nos sécu graphiques et nos pots de phoque. Et puis quand on arrivait au sommet des remontées mécaniques, on mettait ce fameux sabot. On collait nos pots de phoque et puis on allait un petit peu plus haut et on accédait comme ça à des beaux hors-piste. Alors on était encadrés. C'est vraiment comme ça aussi que j'ai pris goût à ce métier. On était encadré par des guides de haute montagne. Et voilà, donc il y a quelques guides. Bon, il y en a un qui a disparu aujourd'hui, malheureusement, en montagne, mais de Valorcine, Hervé Bideau, il s'appelait, qui m'a fait découvrir véritablement cet univers au-delà des pistes de ski, au-delà des remontées mécaniques. et là c'est un nouvel univers qui s'est ouvert à moi il y avait autre chose que les pistes de ski autre chose que les remontées mécaniques et la pleine nature la montagne pleine et entière et voilà c'est un peu comme ça que j'ai découvert le ski de randonnée et puis après donc là j'avais quoi j'avais 16 ans 16 ans et puis puis après vers 18 ans là je me suis inscrit au alors moi je vois là je suis natif de cavaillon donc je m'étais inscrit au club alpin français d'avignon et j'ai fait quelques week-ends en ski de randonnée avec le caf d'avignon quoi Donc on allait barouler pas mal dans les Hautes-Alpes, les Alpes de Haute-Provence, un peu l'Isère aussi. Et puis en même temps, les colonies de vacances étaient finies. Donc il y a eu le CAF. Puis après, j'ai fait semblant de faire un peu des études pendant deux ans. Et puis j'ai décidé de migrer à la montagne. à Briançon. Alors, dans un premier temps, à l'époque, il y avait le service militaire. Alors, je suis monté à Briançon pour faire mon service militaire au 159e régiment d'infanterie alpine. Et alors, juste un petit peu avant, il y a le CRET à Briançon, c'était le centre régional et européen du tourisme. Voilà, un centre de formation. au métier sportif de la montagne. Parce qu'à Chamonix, là-bas, à Valorcine, ce fameux guide de la RV m'avait dit « Ouais, à Briançon, il y a le CRET, c'est un centre de formation au métier sportif de la montagne. » Parce que je lui avais demandé, j'avais dit « Moi, ce que j'ai envie de faire, c'est ce que tu fais. » C'est pour ça qu'il m'avait orienté sur Briançon. Et donc, me voilà arrivant à Briançon et passant la première épreuve de... du monitorat de ski alpin, le test technique grâce au CRET, et également le probatoire d'accompagnateur en montagne. Donc voilà, deux métiers pour exercer à l'année, hiver-été. Et donc j'ai commencé, j'ai passé ces premiers examens que j'ai réussis, je me suis beaucoup donné physiquement, techniquement je n'étais pas très bon, je n'ai jamais été très bon techniquement. Donc je compensais beaucoup avec le physique, avec beaucoup d'entraînement, beaucoup de courses en montagne, etc. Et puis sur ce, il y a eu le service militaire, donc toujours à Briançon. Donc voilà, j'ai fait mes 10 mois. À l'époque, c'était 10 mois, c'était juste avant la suppression définitive du service militaire. Et j'ai fait mes 10 mois au 15-9 de Briançon, j'étais au bureau des sports. Donc j'ai fait mes premières armes parce qu'en fait, au bureau des sports, je faisais le moniteur de ski et l'accompagnateur en montagne. pour les épouses dégradées et les enfants dégradés. Et donc, c'est bien que toutes les premières bêtises du métier, je les ai faites dans ce cadre-là, avec l'armée. C'est les épouses dégradées et les enfants dégradés qui ont un peu essuyé les plâtres avec moi. J'ai fait quelques bêtises, j'avoue. Bref, voilà un peu comment ça s'est passé au début. Alors, durant toute ma carrière, J'ai quand même exercé, jusqu'à il y a peu de temps, principalement mon métier de moniteur de ski. Donc, j'ai beaucoup enseigné le ski pendant des années et des années, en ayant toujours une pratique du ski de randonnée plus personnelle, familiale, etc., mais en termes de loisirs. Mais il est vrai que la plus grosse partie de ma carrière de moniteur de ski, j'ai peu encadré en ski de randonnée. Et puis, on se lasse. On se lasse et enseigner le ski, simplement, des cours de ski, c'est vrai qu'au bout d'un moment, on a peut-être envie de passer à autre chose. Ce fut mon cas. Et la bascule s'est opérée à l'occasion du Covid. Alors, est-ce que ça a été un élément ? Oui, un déclencheur peut-être. Il y a eu également le fait que j'étais dans une petite école de ski parallèle qui, au final, n'a pas perduré et a fini par capoter. Et donc, c'est le passage dans une autre école de ski qui a plus pignon sur rue, on va dire, plus grosse, plus importante. C'est ce passage dans une autre structure, école de ski, qui m'a plus le Covid. Parce que pendant le Covid, il y a eu tout un hiver où les stations de ski étaient fermées, donc il n'y avait que le ski de randonnée. Et là, je me suis dit, c'est vraiment ce que j'ai envie de faire dans la deuxième partie de ma carrière. la fin de ma carrière, parce que voilà, bon, j'ai quand même un certain âge, c'est encadré en ski de randonnée, également en ski hors piste aussi, pas mal. Donc depuis maintenant, on est en 2026, donc ça fait 5 ans, où je travaille quand même pour une bonne partie de l'hiver en ski de randonnée. Je continue à donner des cours de ski, ce qui me permet de me reposer un petit peu et puis de faire autre chose aussi. Mais donc voilà, mes hivers maintenant sont composés de cours de ski, mais voilà. pour majoritairement quand même de ski de randonnée. Alors sous toutes ses formes, ça va du stage de 2, 3, 4 jours avec nu en refuge, avec des bons dénivelés, des bonnes grosses journées, avec du ski bien engagé, bien technique. Donc ça c'est top. Et puis il y a la journée classique d'initiation. Donc ça aussi c'est... C'est très sympa, mais ça, c'est comme les cours de ski. Il y a le cours compétition, il y a le cours freeride, il y a le cours des piou-piou, les tout-petits, les débutants. En ski de randonnée, c'est pareil. C'est sûr, on n'a pas de jeunes enfants. On va dire que le ski de randonnée, notre public, il commence vraiment à l'adolescence. Donc, on a majoritairement des adultes, mais c'est vraiment du tout public. C'est des gens qui ont envie de découvrir autre chose. Alors des fois, il y a des gens qui sont un peu perdus. Ils vont faire du ski de randonnée parce qu'ils ont toujours fait un peu de ski, mais ils vont faire du ski de randonnée comme s'ils allaient faire une balade en raquette. Et puis en fait, ils se rendent compte qu'ils n'ont pas le physique pour aller faire du ski de randonnée. Ils sont un peu en surpoids, ils n'ont pas la capacité physique. Donc pour nous, c'est un peu compliqué à gérer tout ça, mais bon, ça fait partie du métier. Il faut y aller doucement, il faut leur faire comprendre. Donc il faut avoir un minimum de psychologie, de faire comprendre aux gens que c'est difficile. pour telle et telle raison, parce que le reste de l'année, ils ne font pas de sport, ou qu'ils sont en surpoids, ou qu'ils ont un problème de santé, et qu'effectivement, le ski d'andronée, c'est peut-être un peu compliqué pour eux. Mais on essaye toujours de faire découvrir au mieux cette activité. Mon plus grand plaisir en tant qu'enseignant du ski, moniteur de ski, qui est tourné grandement vers le ski d'andronée aujourd'hui, Mon plus grand plaisir, c'est de faire découvrir un milieu, la montagne, qui est complète. Il y a plein de choses en montagne. Ça va du patrimoine, l'habitat montagnard, les fortifications dans le Brienzonnet, aux traces d'animaux, les traces d'un lièvre, les traces d'un tétralyre dans la Gopède. Et mélanger ça avec une découverte technique, la technique du ski hors-piste, et puis également la technique du ski de randonnée, le matériel, comment on évolue, comment on monte, comment on fait sa trace. Comment on fait en sorte de ne pas se prendre une avalanche sur la gueule ? Qu'est-ce que c'est que le bulletin d'estimation de risque d'avalanche ? Donc mon but quand je fais du ski de randonnée, que j'encadre, c'est d'essayer d'apporter un maximum de choses à mes clients à tout point de vue. Découverte du milieu montagnard, aussi bien humain que naturaliste, mais également tout l'aspect technique, sécuritaire. Et le but c'est d'essayer de transmettre de l'autonomie au maximum aux gens.
- Speaker #0
Alors heureusement il y a des gens,
- Speaker #1
des clients qui... qui malgré leur prise d'autonomie, continuent à faire appel à nous. Donc ça, c'est un bonheur. Ça nous permet de... On se rend compte qu'ils ont confiance en nous, donc ça, c'est cool. Mais le but ultime, c'est quand même de rendre autonomes les clients, de rendre autonomes les gens, de faire en sorte qu'à un moment donné, ils se sentent, eux, seuls, en capacité d'aller évoluer en ski de randonnée, même si c'est sur des sorties un peu moins engagées, etc. Le ski de randonnée, j'ai la chance de l'exercer par l'intermédiaire de deux structures que je me dois de citer. La première, c'est l'école de ski française, l'ESF, les fameux rouges de Chantemerle, Serre-Chevalier. Avant, je travaillais dans une ESI, une école de ski internationale, qui n'a pas perduré. Depuis cinq ans, je travaille à l'ESF, qui me laisse le loisir d'organiser un peu mon planning. un peu en autonomie. Et puis, ça me permet d'essayer de développer, ce n'est pas toujours simple, le ski de randonnée au sein de l'ESF. Et puis en même temps, d'exercer des cours de ski, de donner des cours de ski à tout public. Et donc, je jongle entre ces deux activités au sein de l'ESF. Et puis après, avec d'autres collègues, qui sont eux accompagnateurs en montagne, on s'occupe d'un bureau montagne, bureau montagne de Briançon, une structure parallèle au bureau des guides de Briançon, c'est une autre entité. Le bureau montagne de Briançon, on a développé depuis 5 ans le ski d'andonnée, et je m'en occupe avec grand bonheur. Et donc voilà, le volume de mes clients... vient principalement de ces deux structures en ski de randonnée, à la fois le bureau montagne et un petit peu le SF. Puis le SF me permet de combler les trous. Quand je n'ai pas de travail en ski de randonnée, effectivement, je retourne travailler en rouge pour donner ces fameux cours de ski et faire pas mal de hors-piste. Voilà, donc ça, c'est quand même sympa. Alors, c'est vrai que moi, je travaille quand même principalement dans le brillant sonnet. J'adore la montagne. Pendant mes vacances, j'aime beaucoup j'en ai pas beaucoup de vacances mais au printemps, un peu à l'automne aussi j'aime beaucoup aller découvrir d'autres massifs mais c'est vrai que quand je travaille en ski de randonnée j'aime bien quand même maîtriser le massif où je suis alors bon, moi je suis que moniteur de ski je suis pas guide de haute montagne en France on peut exercer on peut encadrer en ski de randonnée aussi bien en tant que guide de haute montagne ou moniteur de ski moi je suis pas guide de haute montagne, je suis juste accompagnateur en montagne Merci. C'est avec mon diplôme de moniteur de ski que je peux encadrer en ski-grande-aulée. Et c'est vrai que je me sens en confort et en sécurité quand j'exerce principalement sur les massifs autour de chez moi. Donc les massifs principaux sur lesquels je vais exercer, c'est le grand Briançonnier, on va dire, intégrant le Kera. Mais je déborde également beaucoup, souvent, régulièrement, sur le versant italien quand les conditions sont là. Voilà, la vallée de la Clarée, les écrins. Alors bien sûr, mes limites de prérogatives, c'est les zones nécessitant l'utilisation de matériel d'alpinisme. Donc toutes les zones glaciaires, je n'y vais pas. Donc les écrins, c'est plutôt en bordure que je vais aller promener là-bas en ski de randonnée. Donc voilà, mais c'est vrai que... Alors il y a vraiment... La clientèle aura beaucoup envie d'aller dans la vallée de la Clarée. C'est un peu notre souci. Tout le monde veut aller dans la vallée de la Clarée, c'est vrai que c'est fantastique. C'est un terrain de jeu incroyable pour le ski de randonnée. J'y étais encore il y a deux jours. C'est vraiment très bien. Il y a des refuges très confort, très sympathiques. Des bons refuges, confortables, on est bien accueillis, on mange bien, on s'y sent bien. On a envie d'y aller, on a envie d'y emmener nos clients. Donc ça c'est top. Et puis après le terrain de jeu de la vallée de la Clarée qui est vraiment fantastique. Après, c'est vrai que la vallée de Servière également, la Cerverette, en proximité du col du Viseau Arc, c'est vraiment un très bon spot. On manque malheureusement là-bas, dans cette vallée, d'un refuge ouvert l'hiver, accessible uniquement en ski ou en raquette. Le site qui serait destiné, on le connaît, il est bien présent, mais le refuge est là aussi, mais il n'est pas ouvert l'hiver. C'est dommage, c'est dommage. le jour où il ouvrira, il y aura une affluence incroyable dans ce refuge. Et c'est certain, les gens qui vont gérer ce refuge en plein hiver auront beaucoup de bonheur à accueillir plein de skieurs de randonnée. Il n'y a plus qu'à l'ouvrir. Ça dépend de... je ne sais pas trop de quoi. Mais ce n'est pas de mon ressort. Puis c'est vrai que du côté italien, pas très loin de la vallée de la Cerverette, il y a des endroits sympathiques où on fait du bon ski. Quand les conditions de neige sont présentes, les fameux retours d'Est. Et puis dans le Kira, il y a des très beaux spots de ski de randonnée, l'ensemble du parc régional du Kira, avec bien sûr la vallée de Saint-Véran, la vallée d'Abriès, Ristola. Des lieux fantastiques où moi, personnellement, je prends beaucoup de bonheur à aller promener dans l'ensemble de ces montagnes que je viens de citer parce que je les connais. Et quand j'y emmène des clients, qui sont souvent des amis aussi, il faut le dire. je suis en capacité de leur transmettre et de leur raconter plein de choses sur ces montagnes, tant d'un point de vue historique que géographique, géologique, il y a plein de sujets. Et c'est vrai que lorsqu'on va dans un massif qu'on ne connaît pas forcément bien, nos compétences de professionnels de la montagne nous permettraient d'encadrer dans ces massifs qu'on ne connaît pas, parce qu'on a suffisamment, je pense, de compétences. pour maîtriser la nivologie et plein de choses. Mais on n'a pas une connaissance intime de ces régions et du coup, on a du mal à en parler. Voilà, l'aspect historique, etc. C'est difficile de maîtriser pleinement une région, sa culture, son histoire, sa géographie, etc. Donc voilà les raisons pour lesquelles j'apprécie quand même principalement d'exercer mon métier. Dans ces coins que je connais. Puis après, effectivement, il y a l'aspect sécuritaire aussi. C'est vrai que lorsqu'on connaît bien un massif, les endroits où on sait que régulièrement il y a des avalanches, là où il y a des problèmes, on les connaît, on maîtrise tout ça. Et lorsqu'on part à l'aventure dans un massif qu'on ne connaît pas, c'est vrai que c'est plus délicat. C'est plus délicat et du coup, peut-être un peu frileux à ce niveau-là, mais bon. mais cette frilosité me semble quelque peu naturelle. Alors, le ski de randonnée, les mauvais souvenirs, les bons souvenirs, c'est vrai que souvent on se dit, quand tu travailles là-dedans, forcément il y a des mauvais souvenirs, il y a des bons souvenirs. Ben non, pas pour moi, je dirais que, quelles que soient les conditions météo, niveau logique, quelles que soient les personnes que j'emmène en ski de randonnée, franchement c'est toujours du plaisir. Alors c'est sûr, il y a... Il y a un courant qui passe plus avec certains que d'autres. Par exemple, j'ai souvenir de l'hiver 2021 où toutes les stations de ski étaient fermées et tout le monde voulait faire du ski de randonnée. Et donc, je suis parti en ski de randonnée en journée d'initiation avec certaines personnes où franchement, j'ai eu des grands moments d'absence face à des gens qui arrivaient pour faire du ski de randonnée mais qui euh c'est qui, voilà, ils en avaient entendu parler, mais franchement, c'était pas trop leur truc, quoi. Vraiment, mais vraiment. Donc là, c'est pas forcément un mauvais souvenir. C'est juste... Voilà, ça fait partie du lot quotidien de nous, professionnels de la montagne. Il y a des gens, voilà, avec qui ça se passe super bien, et puis d'autres personnes où ça se passe un peu moins bien, mais c'est pas forcément des mauvaises journées, quoi. C'est juste que... Voilà, c'est plus dur pour... d'encadrer certaines personnes que d'autres en ski de randonnée. Mais voilà, j'ai peut-être plus de mauvaises journées en cours de ski classique, en ski alpin, en station, que ce soit avec l'ESF ou avec l'ESI, peu importe les structures, le métier reste toujours le même. Mais voilà. Mais bon, encore une fois, pour avoir des skieurs de randonnée aptes à faire du ski de randonnée, il faut d'abord apprendre aux gens à skier. donc aux enfants, puis aux adolescents, puis aux jeunes adultes. Et puis c'est effectivement une fois que les gens ont appris à skier en station, avec des cours de ski, avec des monitrices et des moniteurs, qu'effectivement ils vont être en capacité de faire du ski de randonnée. Donc l'activité de moniteur de ski, donner des cours de ski, elle est indispensable bien sûr. Si on veut avoir des gens en capacité de faire du ski de randonnée, il faut d'abord les former. à faire du chasse-neige et à faire des pistes vertes, des pistes bleues. Et progressivement, on évolue et on a un niveau technique qui progressivement va permettre aux gens de sortir des pistes, de faire du hors-piste. Et puis après, l'étape ultime, effectivement, quand les gens le souhaitent, c'est d'accéder au ski de randonnée. Alors le ski de randonnée, il a évolué au fil du temps. J'ai vu un peu de cette évolution. Moi aussi, j'ai évolué, puisque, comme je l'ai dit, j'ai évolué dans ma pratique de moniteur de ski. Pour moi, il y a vraiment deux points clés qui ont permis vraiment une grosse évolution du ski d'andonnée. C'est, un, l'évolution du matériel, l'allègement du matériel, l'apparition de fixations extra légères et de skis très très légers. Et les chaussures également. On a gagné en mobilité, je trouve, en légèreté, bien sûr. Et ça, ça a vraiment, je pense, amené à beaucoup de gens à goûter plus facilement au ski de randonnée. Le matériel de sécurité également, les DVA, détecteurs de victimes d'avalanches, toute la formation qu'il y a autour de la neige et de la sécurité, data avalanches, des personnages... ou en couleur, qui sont devenus vraiment des experts en neige et avalanche et qui communiquent beaucoup. Et ça, ça a vraiment amené à évoluer, à faire évoluer les choses. Je me souviens, au début de ma pratique, de jeunes moniteurs où on mettait à peine des DVA sur soi. On savait moyennement bien s'en servir. Ils n'étaient pas d'une efficacité incroyable. et aujourd'hui on a On a beaucoup progressé en termes de connaissances, même si on ne comprend pas toujours tout. VRA, les bulletins d'estimation de risque d'avalanche, notre pratique en tant que professionnel a beaucoup évolué à ce niveau-là. Et puis autre... Le point clé dans l'évolution du ski de randonnée, c'est l'hiver Covid, c'est 2021, c'est un point de bascule. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pendant un hiver entier, toutes les stations de ski françaises étaient fermées. Et en fait, les gens ne pouvaient accéder pour faire du ski alpin que par l'intermédiaire du ski de randonnée. Ça a fait découvrir au grand public cette pratique. Alors ça ne veut pas dire que tout le monde s'est mis au ski de randonnée, mais en tous les cas, ça a fait connaître au grand public. ce que c'était que le ski de randonnée, ce que c'était la peau de phoque. Alors bien sûr, on a eu beaucoup de pratiquants l'hiver 2021. Les choses, bien sûr, se sont bien tassées après. Et je dirais qu'aujourd'hui, on est revenu à plus de normalité. Beaucoup de gens maintenant pratiquent le ski alpin classique. Mais voilà, ça a fait connaître auprès du public. Et on va dire qu'il y a eu un volume de skieurs de randonnée supplémentaire. à partir de 2021. Et aujourd'hui, on en bénéficie encore. On a bien senti ça également au niveau des refuges. Les refuges de moyenne montagne, tout à l'heure, je parlais de la Clarée. C'est vrai que l'hiver 2021, pour eux, a été, je pense, une date clé. Ces refuges, maintenant, sont ouverts quasiment tout l'hiver parce qu'il y a de la clientèle tout l'hiver qui va pratiquer le ski d'andronée chez eux. Et avant 2021, les choses étaient beaucoup moins vraies. Donc... Voilà, le matériel, puis ce fameux hiver Covid qui, contre toute attente, a permis de booster quelque peu l'activité. Et puis, il y a plein de choses aussi qui se passent, des nouveautés, les traces, les traces de ski de randonnée en station. Voilà, quasiment toutes les stations de ski aujourd'hui ont développé, soit la station de ski elle-même, soit par des intermédiaires, des écoles de ski par exemple. pour ne pas les citer, à Cercle-Chevalier, c'est les ESF de Cercle-Chevalier qui sont à l'initiative du développement des traces de skis de randonnée, avec le soutien des communes et avec un soutien un peu timide, il faut le dire, de la Société des Remontées Mécaniques, mais qui est présente malgré tout. Mais c'est vrai qu'il y a d'autres sites où les stations se sont bien emparées de la chose. Mais voilà, donc tout ça fait partie du développement du ski de randonnée. en France. La pratique du ski de randonnée, elle évolue aussi au gré des changements climatiques. On le ressent. On le ressent au niveau du ski de randonnée. C'est indéniable. J'ai souvenir d'avoir encadré beaucoup de séjours de ski de randonnée au mois d'avril, en fin de saison. On finissait notre saison avec l'encadrement de séjours de ski de randonnée. Et puis au fil des ans, au fil des hivers, au mois d'avril, les conditions de neige devenaient de plus en plus compliquées. J'ai souvenir d'un groupe comme ça, j'avais un groupe de tout-bib qui venait tous les ans au mois d'avril. Et puis un beau jour, ils m'ont dit, non mais Laurent, on va venir plutôt fin mars. Finalement, fin mars, la neige est quand même meilleure parce que mi-avril, voire fin avril, on a souvent des conditions de neige un peu pourries. Ça a du mal à geler, la neige ne porte plus, etc. Donc ça devient compliqué. Voilà, donc c'est un signe clair et net. On n'a pas perdu un mois de neige en montagne, mais on sent que les températures, doucement mais sûrement. en fin de saison, elle s'élève plus vite qu'avant. Donc je pense qu'on a perdu quelques jours de ski en fin de saison. Au début de saison, il n'y a pas de sous-couche, etc. C'est un peu plus compliqué pour le ski d'andonnée. Donc voilà, c'est moins marquant. Mais c'est vrai que sur ces fins de saison, je pense qu'on a perdu en temps du ski d'andonnée. Alors sinon, le ski d'andonnée, comment est-ce qu'il va évoluer ? Quel est le futur du ski d'andonnée ? On constate un phénomène qui est un peu semblable à celui de l'été, c'est-à-dire que les gens qui pratiquent seuls le ski de randonnée vont souvent tous aller à peu près aux mêmes endroits. Le monde attire le monde.
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Ça sécurise pas mal les gens de voir du monde. Et puis les endroits un peu excentrés, un peu reculés, les gens y vont un peu moins. Alors bon, contrairement à l'été, c'est vrai que l'hiver, le ski de randonnée, par rapport à l'été, la simple randonnée en montagne, la grosse différence l'hiver, c'est qu'il y a la neige. Donc la niveologie, la neige, c'est un élément instable. Donc il y a ces fameuses avalanches. Donc c'est vrai que ça fait pas mal flipper quand même les gens. Donc, je pense que les professionnels de la montagne, que ce soit les guides ou les moniteurs de ski, ont encore de beaux jours devant eux parce que les gens se sentent en sécurité avec les guides, avec les moniteurs pour aller pratiquer le ski de randonnée. Les gens ont peur de l'avalanche et je dirais que quelque part, c'est quelque chose de logique et d'assez sain d'avoir peur de l'avalanche. Celui qui n'a pas peur... c'est là où ça devient relativement dangereux. Donc, l'encadrement en ce qui est d'en donner, je pense qu'il a encore de beaux jours devant lui. On est confronté quand même à une problématique, c'est que les gens veulent beaucoup, faire des nuits en refuge. Alors ça, ça fait partie du truc aussi. Les gens, c'est très séduisant. Ils ne connaissent pas les refuges. Et ils ont envie de... Alors souvent, même des gens qui... qui n'ont jamais fait de ski de randonnée, qui veulent faire une initiation, et ils veulent d'emblée aller faire une nuit en refuge. Alors nous, on est confrontés en tant que professionnels aux capacités d'accueil des refuges. C'est-à-dire qu'en fait, on a plus de clients que de refuges. Donc, en particulier les week-ends, les week-ends, c'est incroyable. Surtout les week-ends du mois de mars. Il faudrait qu'on ait beaucoup plus de week-ends que ça au mois de mars, en fait. Ça va être compliqué. Mia ! Mais voilà, donc les refuges, on n'a pas assez de refuges. Donc les refuges sont pleins à craquer. Alors on est à la recherche de nouveaux refuges. Et on est toujours content de... Quand il y a des nouveaux refuges qui ouvrent l'hiver, ça nous permet d'accueillir un peu plus de monde. Voilà, donc le ski de randonnée, comme le ski alpin, les saisons vont se raccourcir. Elles se raccourcissent. Ça sera moins étendu qu'avant. Mais on aura... Toujours du monde et de plus en plus de monde, je pense. Après, il faut le dire, ça va être de plus en plus, et ça l'est déjà, des gens d'un certain niveau social. Qui sait qui va se mettre au ski de randonnée ? Ce sont des gens qui ont skié étant plus jeunes, quand ils étaient enfants. Et aujourd'hui, les classes de neige, il n'y en a presque plus. Les colonies de vacances, ça n'existe quasiment plus. Donc, quels sont les enfants qui vont au sport d'hiver ? Ce sont des enfants issus de milieux relativement favorisés, dont les parents ont les moyens de se payer des séjours au sport d'hiver, que ce soit dans des grandes stations ou que ce soit dans des petites stations village. Même si dans les petites stations village, le coût est quand même inférieur aux grosses stations, ça reste quand même des gens qui ont ces moyens de se payer des séjours au sport d'hiver. Donc, On a affaire à une clientèle qui est issue, il faut le dire, ce n'est pas un souci pour nous, c'est un constat. De gens issus d'un milieu relativement favorisé. Les classes moyennes et les classes ouvrières, en ce qui est de randonnée, on les voit très peu. Alors moi, j'ai cette grande chance de travailler quand même avec un comité d'entreprise, celui de la SNCF, qui est basé à Brionçon. et qui accueillent toute la population de cheminots. Et dans ces maisons familiales, dont celle de Briançon, ce n'est pas forcément les cadres supérieurs de la SNCF. C'est beaucoup de jeunes cheminots ou de cheminots tout simples, mais qui ont vraiment des situations très modestes, avec des moyens financiers pas très élevés, et qui peuvent venir au sport d'hiver grâce à leur comité d'entreprise. Et les enfants découvrent... les sports d'hiver grâce à ce comité d'entreprise. Et j'ai cette chance de pouvoir organiser des séjours. de ski de randonnée ou de ski hors piste, surtout pour des adultes, essentiellement des adultes d'ailleurs, cheminots de classe moyenne. Et c'est vrai que ce sont des gens que j'emmène en montagne, je reviens d'un séjour d'une semaine de ski de randonnée avec un cheminot. L'année dernière également, j'en avais fait, il y avait un retraité parmi eux qui était vraiment la classe moyenne type. Et c'est vraiment un grand bonheur. Alors, ça dépareille des fois dans les refuges. Parce que justement, je vous disais que dans les refuges, on a une clientèle de ski de randonnée, de gens assez aisés. Plutôt cadre sup et autres. Et puis moi, quand j'arrive avec mes cheminots là-haut, c'est sympa, c'est cool. Et j'adore ça. J'adore ça. Mais c'est le seul moment où, dans mon métier, j'arrive encore à toucher la classe moyenne. Et ça, c'est dommage, ça me fait de la peine, mais c'est comme ça, c'est un état de fait, c'est un constat. Et malheureusement, c'est difficile de faire autrement.
- Speaker #1
C'est donc sur cette note sociologique que Laurent termine ce premier podcast. Nous espérons qu'il vous aura plu. Si c'est le cas, parlez-en. Sinon, gardez cela pour vous. Le prochain arrive très bientôt. Abonnez-vous pour en profiter dès sa sortie.