Speaker #1Je m'appelle Jean Canal, je fais du ski de rando depuis une grosse vingtaine d'années. Ce que je préfère en ski de rando, c'est aller loin sur des itinéraires engagés. Mais tout en maîtrisant la sécurité, bien évidemment. Après, je fais aussi du ski de rando beaucoup plus facile, parce qu'on ne peut pas toujours faire des itinéraires engagés. Mais ma pratique, c'est en gros, mon but ultime, c'est de faire vraiment ce qu'on appelle du ski alpinisme. Pas le ski alpinisme qu'on a vu aux Jeux Olympiques, mais du ski où on met en œuvre des techniques d'alpinisme. Et aujourd'hui, mon métier, c'est beaucoup lié à la sécurité en montagne. notamment essayer de diffuser des conseils et des astuces pour réduire le risque. Je vais essayer de vous en donner un petit peu pendant ce podcast. J'ai commencé le ski de rando, je devais avoir à peu près 16 ans. J'habitais principalement à Chambéry et mon père était moniteur et guide à Val d'Isère. Je passais dans mon enfance, gros tous mes week-ends à Val d'Isère. J'ai eu la chance de faire beaucoup de ski de piste, beaucoup de hors-piste aussi, et puis la chance que mon père me donne ce goût de la montagne. Malheureusement, mon père est parti décédé, j'étais assez jeune. Et en fait, j'ai eu envie, à l'adolescence et après, au début de mes études, de partir découvrir un peu ce que j'imaginais comme la vraie montagne, la montagne des montagnards. et pas la montagne dans mon imaginaire de jeune, la montagne des touristes, c'est-à-dire les stations de ski. Donc je me suis acheté une première paire de skis de rando, et j'ai commencé à faire du ski de rando. Je n'avais même pas de chaussures de ski de rando, donc j'ai commencé à faire ça avec des chaussures de ski de piste, et même des trucs très lourds, des chaussures de compétition, parce que c'était ce que j'avais. Première sortie, je crois, ça doit être dans les Bouges, au-dessus de Chambéry. Faire peut-être 200-300 mètres de dénivelé avec ces gros skis, ces skis avec des grosses fixations à plaques et mes chaussures de ski de piste. Et mes premières découvertes un petit peu de la montagne sauvage en hiver. D'excellents souvenirs. Un super souvenir, mais assez étonnant, de mes débuts de ski de rando, c'était avec mon frère. On s'était dit... Tiens, on a envie d'aller quand même faire du ski. On est en juillet, un 14 juillet. On pourrait peut-être monter à la Grande Sacière. La Grande Sacière, c'est un sommet au-dessus de Val d'Isère, 3 700 mètres, où on a des chances de trouver toujours de la neige. En tout cas, à cette époque, il y a une vingtaine d'années, au mois de juillet, on pouvait trouver toujours de la neige. Donc, on est monté se faire cette Grande Sacière. On a fait, en gros, du portage sur toute la montée. On a mis les skis sur le sac. Et les chaussures de ski de piste sur le sac pendant toute la montée. On a fait monter un petit peu dans la neige, mais c'était tellement raide qu'on ne pouvait pas monter avec de la peau. Donc les peaux n'ont servi à rien. On a gardé les skis sur le sac. Et on a dû se faire en descente sur ces passages raides. On a dû faire 300 ou 400 mètres de dénivelé en descente, alors qu'on avait porté sur toute la montée. Mais c'est quand même un beau souvenir de se dire, tiens, on a fait du ski un 14 juillet. Le ski de rando, ça m'a un petit peu amené à découvrir un petit peu la vraie montagne. À côté de cette découverte de la vraie montagne, à côté de cette découverte en ski de rando, en même temps, je me suis mis aussi à l'alpinisme. Et là, on a fait, avec mon frère, quelques erreurs de jeunesse. Quelques erreurs de jeunesse que je pense qu'il faut éviter si possible. Première fois, on est allé faire le Mont Pourri. Ça devait être au mois d'août. Et on est allé, on a attaqué ce Mont Pourri sur le glacier du Grand Col. Et ce glacier était en glace vive, n'était pas en neige. Et avec ce qu'on avait un petit peu... On s'était renseigné sur la sécurité, on s'était dit le risque principal en montagne, c'est les crevasses. Donc super, ce glacier étant glace vive, on ne risque pas de tomber dans une crevasse. Sauf que ce glacier en glace vive, il était à 45 degrés de pente. Quand on n'a pas tellement l'habitude du cramponnage à 45 degrés de pente, on finit par se prendre un crampon dans un pantalon, à trébucher, et à partir sur une grande glissade. au-dessus d'une crevasse. Et heureusement, on s'était dit, on s'était fait des entraînements nous-mêmes. Comment est-ce qu'on s'arrête en faisant un freinage piolet ? Ok, on plante le piolet. On avait fait des petits entraînements dans des pentes de neige. Et heureusement, j'ai su faire ça, m'arrêter freinage piolet juste avant une crevasse. Sauf que je n'avais pas de gants et je me suis arraché la moitié de la peau d'un doigt. Et donc là, on a fait demi-tour. Pourquoi je vous raconte ça dans un podcast de ski de rando ? Parce que gros retour d'expérience de ça, c'est que même si on a des petites expériences de la montagne, même si on a l'impression d'être du pays parce que papa a grandi là, etc. Et qu'on a lu des livres pour apprendre à se former, les techniques de sécurité, etc. Il n'y a rien qui va remplacer un accompagnement et une montée progressive en expérience avec des personnes expérimentées. Nous, notre monde d'expérience, on n'a pas compris que les conditions ce jour-là faisaient qu'une course qui était cotée peu difficile. Quand ça arrive en glace vive, ça devient du difficile. Pour aller faire du ski de rando, si ça vous passionne, si vous avez envie de découvrir cette montagne sauvage, allez voir des clubs alpins. Ça ne coûte pas cher, un abonnement au club alpin et on apprend énormément de choses. On se fait des amis, des fois pour la vie. Ou allez voir des guides si vous avez les moyens. Vous apprendrez vraiment beaucoup de choses. Mes sorties de ski de rando, elles ont évolué. Petit à petit, je suis venu de plus en plus vers de la pente raide. petit à petit j'ai pris J'ai pris goût à ça, j'ai pris confiance et je me suis petit à petit rendu compte que je suis capable de tourner en sécurité dans du 45 degrés, même si c'est dur, même si c'est cartonné, croûté, etc. Enfin croûté, il ne faut pas non plus que ça soit la pire des croûtes, mais dans ce cas-là, on n'y va pas. Donc petit à petit, j'ai pris confiance sur ce côté pantraide. En testant, en allant des fois à côté des pistes, des fois un petit peu à côté d'un itinéraire, aller voir, hop, c'est un petit peu plus raide par là, mais ce n'est pas exposé. Si je chute, ça va être une langue glissade qui va finir sur un replat, donc je vais aller tester. Là, qu'est-ce que j'arrive à tourner bien sec là-dedans ? Petit à petit, j'ai pris cette confiance. Maintenant, mon... Mon objectif ultime de la saison, c'est de me faire quelques beaux couloirs à 45, peut-être 50 degrés. Après, de toute façon, la mesure, c'est ce que je lis sur les topos, je ne mesure pas sur place. C'est cette sensation à chaque virage dans un couloir d'être un petit peu un espèce de saut dans le vide. Une sensation qu'on n'a pas quand on fait une godille sur une pente à 30 degrés. À chaque virage, on a l'impression qu'on saute dans le vide et on rattrape le plus en douceur possible ce saut dans le vide par une petite glissade contrôlée après le virage. C'est ce que je cherche le plus. Ce que je cherche aussi, c'est à partir faire des sorties. La sortie parfaite, c'est la sortie où on ne croise personne, où des fois je pars tout seul. On part à deux sur un itinéraire peu connu, un fond de vallée, etc. Et sur la sortie, on ne croise personne. Pour faire ça, souvent, il y a du portage. Mais le portage, ça ne me dérange pas. Le portage, pour moi, ça fait partie du jeu. Quand on va faire du ski de rando, il y a une partie randonnée. Comme quand on fait de l'alpinisme, il y a une partie où on fait de l'approche sur un chemin. On n'est pas toujours avec les crampons au pied. Donc si aller faire 500 mètres de dénivelé en portage, c'est nécessaire pour aller trouver un beau glacier vierge avec une petite poudreuse et personne autour. Les 500 mètres de portage, je l'ai fait volontiers. Une de mes faces préférées, mais bon là c'est presque normal, c'est la face nord de Bellecôte, qui est au-dessus de Pézenne-en-Croix, en gros entre les Arcs et la Plagne. Et cette face nord, elle est en face du chalet que mon père avait construit sur la commune des Chapelles. Donc quand je retourne en Savoie dans ce chalet, je la vois tous les matins en me levant. C'est beau couloir dans la face nord de Bellecôte. J'en ai fait quelques-uns et j'en ai des super souvenirs. C'est amusant parce que je disais tout à l'heure, en alpinisme, je me suis fait quelques frayeurs. En ski de rando, jamais de frayeur ou jamais de sortie où il y a eu d'incidents ou d'accidents. Je croise les doigts pourvu que ça dure. Après, je pense que ski de rando, j'ai respecté un peu plus le principe de base de la sécurité, qui est la progressivité, gagner petit à petit en compétence, en expérience, en connaissance du terrain, en connaissance de la sécurité. Et aussi, je pense que ces premières erreurs en alpinisme m'ont vraiment poussé à m'intéresser à la sécurité. J'aime aller loin, faire des choses engagées, etc. Mais je n'ai vraiment pas envie d'y rester. Donc, ce que je fais depuis longtemps, et j'ai commencé à en faire mon métier depuis un an et demi, deux ans, c'est vraiment... me documenter sur qu'est-ce que c'est les bonnes pratiques de sécurité et regarder à chaque fois qu'il y a un accident, essayer de comprendre pourquoi il y a eu cet accident, quel enseignement je peux en tirer pour ma pratique et comment je peux éviter d'avoir ces accidents. Donc c'est vraiment, ma philosophie c'est faire de la montagne engagée, mais maîtriser un maximum le rythme. Après, une anecdote, c'est un couloir, là, c'est dans le Mercantour, plus proche de Toulon, où j'habite actuellement. C'est le couloir du mont Pélago. C'était, de mémoire, un couloir nord-est. Très belle montée, magnifique. Les couloirs, je les remonte toujours pour les redescendre. Je ne descends jamais un couloir sans l'avoir monté. On sait sur quoi on va tomber. J'ai buté sur 50 mètres, mais les 50 mètres, beaucoup trop étroits. Le couloir bifurquait, les 50 derniers mètres commençaient à toucher le soleil et à bien transformer, alors que le reste était en neige dure mais froide. On pose les skis, on fait demi-tour à cet endroit dans le couloir. Du coup, il faut maîtriser, il faut déjà savoir un petit peu préparer comment on va faire si on doit faire demi-tour dans un couloir. On fait sa petite plateforme, mais délicatement, pour ne pas stresser le manteau neigeux. On ne se met pas à sauter sur les skis pour tasser la neige, faire sa plateforme. On s'assure un petit peu, on plante le piolet assez profondément. Ça donne un petit peu un petit assurage s'il y a un petit déséquilibre. Ça ne va pas rattraper notre poids, mais un petit déséquilibre, ça peut assurer, etc. Et puis voilà, demi-tour dans le couloir, mais ce n'est pas grave. C'est quand même un super souvenir. Alors couloir, quand je vais faire du couloir vraiment raide, je le fais toujours seul. Pourquoi ? Parce que déjà première chose, pour l'instant, je n'ai pas vraiment de compagnon de sortie en qui j'ai confiance et qui soit assez sûr sur sa technique de ski pour descendre dans du couloir raide. Mais c'est une habitude que j'ai prise. Je ne dis pas du tout que je la conseille, que c'est... que c'est une bonne pratique. Mais je sais que quand je vais dans un couloir, de toute façon, le risque principal, c'est la chute. Et qu'être à deux, sur ce risque, ça n'apporte pas grand-chose, à part un appel. plus précoce des secours. Mais ce que je fais, c'est qu'aujourd'hui, j'ai développé mon application Outdoor Safe qui fait que je peux programmer des alertes. Et donc, une fois que j'ai fini de descendre mon couloir, je ne retourne pas dans mon application pour désactiver l'alerte. Je sais qu'à l'heure d'alerte que j'ai définie, mes proches recevront un message avec ma géolocalisation, mon itinéraire prévu. Sur l'aspect alerte des secours en cas d'accident, je suis quand même pas mal. Bien évidemment, c'est mieux s'il y a un collègue à côté qui peut appeler. Et après, il y a toujours ce débat sur jamais partir. Il y a des gens qui sont péremptoires. Il ne faut jamais partir tout seul en montagne, surtout en ski de rando, à cause du risque d'avalanche. Parce qu'en cas d'avalanche, si on a bien respecté les distances de sécurité, il y a toujours le camarade de cordée qui peut venir vous sortir. Certes, la première mesure de sécurité pour les avalanches, c'est quand même bien d'éviter d'être pris dans l'avalanche, de faire son analyse de risque, de se restreindre aux pentes qui ne sont pas identifiées à risque dans le BERA, d'analyser après sur le terrain. Le risque prévu dans le BERA, c'est bien le risque qu'on rencontre sur le terrain, etc. Quand je suis tout seul, je le fais d'autant plus. Quand je vais faire du couloir, c'est jamais après une chute de neige, c'est bien souvent en condition de printemps ou en condition de neige stabilisée depuis longtemps. Donc c'est comme ça que je gère personnellement ce risque vis-à-vis de la pente raide. Mais encore une fois, c'est pas... Ce n'est pas quelque chose que je conseille. Ce que je conseille surtout, c'est de comprendre quels sont les risques, de comprendre les bonnes pratiques et les mesures de réduction du risque et d'appliquer les bonnes mesures de réduction du risque au bon moment et pas d'être juste dogmatique sur la bonne pratique, c'est de jamais partir seul en montagne. Ou la bonne pratique, c'est de toujours porter sur soi un DV appel sonde. Oui, c'est une bonne pratique, c'est une mesure de réduction du risque, mais comprendre pourquoi, dans quelles conditions, comment on s'en sert, etc. C'est surtout ça que je conseille. Ou en fait, tu as toujours un effet de groupe. On a dit qu'on ferait tel sommet. Ah, je ne sais pas pourquoi, je ne le sens pas, j'ai un petit coup de mou, etc. Ouais, mais le copain à côté, il a l'air d'être à fond. Et puis, on a dit qu'on ferait le sommet. Je ne veux pas le décevoir. Le copain d'à côté, dans sa tête, il est en train de se dire la même chose. Donc, tous les deux, on est en train de se dire, je ne le sens pas trop, mais on y va quand même. Alors que quand tu es tout seul, tu as zéro pression. Enfin, tu as zéro pression. Tu t'es mis une petite pression. Tu dis, je veux faire le sommet. Mais tu as quand même ce truc-là qui est enlevé. Un jour où j'ai renoncé. Je m'en souviens encore très bien et je pense que je m'en souviendrai longtemps. En 2021, au mois de mai, j'étais avec mon épouse en vacances en Savoie et on envisageait de se faire ce mont pourri. Le mois de mai, normalement, c'est la bonne période. Sauf que, météo, il y a un espèce de retour d'hiver. Et la météo prévoit, on est le soir et puis de toute façon on voit, il pleut. Et la météo nous dit, limite pluie-neige à 2000 mètres, donc au mois de mai c'est pas mal. Et 50 à 100 cm de neige qui se pose en altitude. Et le lendemain, un grand beau. Le lendemain, un soleil de printemps, début d'été. Un isotherme zéro qui remonte à 3400 mètres. Et donc, là, on se dit, OK, ce n'est pas le jour à aller faire le mont pourri. Donc, on va aller tranquillement, on va essayer de monter le plus haut possible en voiture autour de Boursa-Maurice. Donc, on monte à la Rosière et on part se faire une petite sortie de rando sur le domaine skiable qui était fermé. qui était fermée parce que c'était l'année du Covid et puis de toute façon au mois de mai, c'est jamais ouvert la rosière, mais c'était plein de neige, donc on a fait... Des petites pentes à moins de 30 degrés, une journée magnifique, grand soleil. Bon, on était un petit peu, de temps en temps, sous les télésièges, mais on en a passé une super journée. Et en fin de journée, on regarde un petit peu notre Facebook. Et qu'est-ce qu'on voit ? Malheureusement, on voit sur le Mont Pourri, trois skieurs qui se sont fait prendre dans une avalanche qui n'ont pas été sortis vivants. je regarde les... un petit peu dans le détail où est-ce qu'ils ont été trouvés. Donc ce que j'arrive à lire, ce que je fais souvent en fait, je compare plusieurs articles, etc., et j'arrive un petit peu à recouper pour me dire où est-ce qu'ils étaient exactement. Et donc j'en conclue. Encore une fois, c'est que une analyse qui est donnée à partir de ce que j'ai pu voir sur les journaux, sur les réseaux sociaux, et ce n'est pas une... Ce n'est pas un jugement sur l'accident, mais ce que je vois, c'est qu'ils ont été pris juste sous le grand col, vers quelque chose comme 2800-2900 mètres, sur une pente à 45 degrés, en fin d'après-midi. Donc voilà, le truc vraiment typique qu'on avait vraiment identifié, nous, ce jour-là. Et encore aujourd'hui, je me demande qu'est-ce que faisaient ces gens-là ? sur cette pente-là, avec les conditions, voilà, 50 à 100 centimètres de fraîche qui se posent et un redout de malade le lendemain. Voilà, et ça pour dire aussi que c'est, en fait, quand je fais mon analyse, quand je vois un accident et que j'essaye de retrouver, encore une fois, je suis... Je ne suis pas gendarme, je ne suis pas sur le terrain, donc je ne sais pas quelles ont été les conditions, etc. Mais à chaque fois, quand il y a une avalanche, c'est quelque chose qui s'explique assez simplement quand on regarde la météo, le bulletin de prévision des avalanches. Je me demande toujours pourquoi il y a des gens qui, comme ça, ils étaient probablement expérimentés. Ils étaient en descente, donc ils ont réussi à monter assez haut. Et puis pour se lancer dans une pente à 45 degrés, il faut quand même savoir ce qu'il y a. Qu'est-ce qu'ils faisaient là, ce jour-là ? C'est une bonne question. Encore une fois, c'est toujours facile de faire une analyse quand on est tranquillement derrière un écran en train de lire des articles, etc. Donc on ne sait jamais ce qui s'est passé vraiment sur le terrain. Voilà quelles ont été les décisions. Et puis là, je sais que la chute de neige, là où on était à la Rosière, je l'ai bien vu, il y avait beaucoup de neige fraîche, etc. Et puis elle s'est beaucoup alourdie en cours de journée. Le Mont-Pourri, d'où on était, on le voyait, c'était pas loin. Est-ce que localement, il y a eu quand même beaucoup moins de neige qui est tombée ? Et puis les gens se sont dit, bon, bah tiens, c'est pas tellement tombé, on y va quand même. Voilà. Il y a sûrement des choses qui expliquent ça, mais c'est vrai que quand on regarde les éléments factuels, objectifs qu'on peut avoir, on se dit souvent quand on analyse ces accidents que c'était évitable. Le risque avalanche, des fois il y a des communiqués officiels, des préfectures qui disent « attention, la montagne est piégeuse en ce moment » . Je trouve que ce n'est pas le bon terme piégeux, c'est que le risque avalanche se prévoit assez bien. Certes, quand on arrive sur une pente donnée, on ne sait pas si la couche fragile est là en dessous ou pas, si la plaque est épaisse, mais dans le doute, on n'y va pas. Et puis après, je peux dire qu'outdoor safe, aujourd'hui, le projet... C'est aider les gens comme moi qui ont envie d'aller faire des choses engagées en montagne, mais de maîtriser leur sécurité. Et puis d'aider le jeune Jean Canal, qui était là il y a 20 ans, qui avait envie de jouer au vrai montagnard, mais qui aurait dû quand même apprendre certaines choses et à qui on aurait dû dire certaines choses. Donc voilà, c'est ce que j'essaie de faire aujourd'hui. Moi, sur le matériel, alors moi, c'est mes skis fétiches, c'est mes Dynafit Shouyou, que j'ai dû acheter il y a une dizaine d'années, je pense. Et à peu près toutes mes pantraides, c'est fait avec ça. Alors, c'est des skis très légers, mais assez larges, 87 au patin. Enfin, ce n'est pas des allumettes de compétiteurs. de ski de rando, mais je les aime beaucoup, je trouve qu'ils sont assez rigides, mais malheureusement Dynafit ne les fait plus. Sur ces skis-là, les carres sont très fines, et une fois sur un rocher, j'ai arraché un bout de carre, et heureusement j'ai un très bon copain qui s'appelle Adelain, qui a fait ski-man un petit peu à Guyestre. et qui a pris le temps de me découper la semelle, de réparer un petit peu le lame du ski, le bois. Après, je ne suis pas technicien du ski, mais il y avait un petit peu du bois qui s'était déchiré. Il a remis de la résine, etc. Il m'a remis un bout de car au bon endroit. J'ai une super réparation là-dessus. Et donc, ces Shoyu, je les adore. pour moi c'est le bon ski pour faire beaucoup de choses en ski de rando un peu limité quand il faut envoyer du gros virage dans la courbe, du gros virage dans la poudreuse mais pour ça j'ai des Rossignol Soul 7 qui sont des skis un peu freeride qui étaient à l'époque je les avais acheté parce que c'était censé être un compromis freeride piste avec une possibilité de carver sur la piste avec un un ski de freeride et ça le fait pas mal, on peut carver sur de la piste et j'ai monté une grosse fixation dessus, une marqueur Zouk, une fixation freerando et donc quand il y a vraiment des grosses conditions et que j'ai envie de me faire la caisse, je prends ces skis-là et là par contre on peut envoyer de la super grande courbe sur de la pente à 30 degrés, des choses comme ça. Et bien la chaussure, moi j'ai une Scarpa Maestra LRS, donc c'est une chaussure qui est bien rigide, un peu lourde, mais moi c'est ce que je veux parce que sur la pantraite j'ai quand même un truc où il y a du répondant sous la languette quoi. et puis j'ai quand même cette... cet expérience, mes débuts du ski, ça a quand même été de faire un peu de la compétition, du géant, du slalom, etc. J'ai l'habitude d'avoir de la chaussure bien rigide, donc je suis bien là-dedans. Le poids, vu qu'après, j'ai mes shoyu qui sont bien légers, le mélange entre les deux, c'est peut-être pas cohérent, me direz-vous, mais moi, ça me va. Je trouve que c'est pas trop lourd et j'arrive à faire du bon dénivelé avec ça.
Speaker #0Après, je me suis rendu compte petit à petit que le poids... Alors oui, quand on part avec un truc énorme au pied, comme mes Soul 7, ça fait quand même la différence. Mais ce n'est quand même pas quelques grammes ou une centaine de grammes qui vont faire une différence fondamentale sur ce qu'on a au pied. C'est quand même pas mal le moteur, le cœur, les jambes, l'entraînement. Et moi, pour ça, je cours quasiment tous les jours. C'est ma philosophie d'aller faire des choses belles en ski de rando, d'avoir un champ des possibles large, en partant d'un bon entraînement, d'un bon moteur qui permet de faire du dénivelé assez rapidement et assez longtemps. Je pense que le pratiquant qui a une vingtaine d'années d'expérience de ski de rando, derrière lui, le changement climatique... qui ne peut pas dire que ça n'a pas d'impact. C'est vrai que moi, pour le ski de rando pur, mes terrains de jeu ont tellement évolué que je ne saurais pas dire. À l'époque, j'allais, je ne sais pas, en février dans les Bouges, à tel endroit, il y avait de la neige, maintenant il n'y en a plus. Mais par contre, ce que je sais et que je vois bien, c'est c'est Je remonte à Val d'Isère de temps en temps. Rien que d'y aller de temps en temps, même en plein hiver, on voit des fois de la pluie, on voit juste le truc basique, les routes. Quand j'étais petit ado à Val d'Isère, avec le déneigement, c'était des murs de neige, c'était des murs de neige plus hauts que nous de chaque côté de la route à Val d'Isère. Aujourd'hui... Ça arrive, enfin, quand j'y vais, je ne vois plus jamais ça, en fait. C'est le mur de neige, donc le changement climatique, on voit qu'il est là. Moi, je me souviens aussi, quand j'étais jeune ado, c'était début des vacances d'été, au mois de juillet, ouverture du glacier du Pisaia à Val d'Isère, et on allait faire du slalom sur le glacier du Pisaia à Val d'Isère au mois de juillet. Aujourd'hui, le glacier, ils font une petite ouverture au mois de juin, mais fin juin, c'est fini. Tignes, le slogan, c'était « ouvert 365 jours par an » , parce qu'il y avait le ski d'été sur le glacier de la Grande-Motte. Aujourd'hui, le glacier de la Grande-Motte, il ferme mi-juillet. J'y suis déjà allé au mois d'août. C'est une tristesse, c'est glace vive de partout. Le changement climatique, clairement, il impacte nos montagnes. J'ai aussi l'impression, mais il faudra demander à un météorologue, mais qu'il impacte quand même aussi le risque avalanche avec ces gros coups de neige où d'un coup, on se dit, c'est bon, on est revenu en hiver comme il y a 20 ans, il y a 30 ans. Il pose un mètre de neige, mais le lendemain, il y a ce fameux redout où il pleut. il pleut jusqu'à 3000 mètres, et puis il y a des énormes avalanches de neige molle qui finissent dans la vallée, qui barrent les routes. Le changement climatique, c'est tout ça. Moi, aujourd'hui, j'avoue, j'ai deux petites filles, j'espère qu'elles feront du ski et du ski de rando quand elles sont grandes, quand elles auront 20 ans, 40 ans, mais est-ce que ça va continuer ? C'est un peu... C'est un peu triste, mais c'est l'arrêté du terrain. Après, je pense que chaque pratiquant, on essaye un petit peu de réduire l'impact de nos pratiques. Après, on est un peu schizophrène, parce que le ski de rando, souvent, pour arriver à un parking de départ de course, c'est la voiture, c'est du CO2. Moi, j'essaye de rouler plus cool. Tous mes déplacements que je fais en semaine, le plus possible vélo, j'emmène mes filles en vélo à l'école, etc. C'est quelque chose qui me touche et auquel je réfléchis beaucoup, le changement climatique. Des fois, j'aimerais même arriver à faire des projets qui vont dans ce sens-là, mais je vois qu'il y a des choses qui avancent avec des applications de covoiturage, des applications pour trouver les transports en commun pour aller vers les... vers les stations, vers les villages. Mais ce qui est dommage, c'est que... Les politiques publiques ne vont pas beaucoup dans ce sens-là, je trouve, dans nos massifs alpins, avec quand même pas beaucoup de trains, par rapport à ce qu'on peut trouver en Suisse, où il y a beaucoup d'endroits où on peut monter jusqu'à une station en train, ou par un cumul, train, funiculaire, télécabine. En France, j'aimerais bien voir un petit peu plus ça. On puisse un petit peu plus partir d'une grande ville et puis aller assez vite en train jusqu'à un beau départ de rando. Sur l'évolution des pratiques, on le voit. Comme je disais, quand j'ai commencé le ski de rando, du matos, il n'y en avait pas beaucoup. Les fixations, c'était la fixation à plaques lourdes. Aujourd'hui, le matériel a bien évolué parce qu'il y a une demande qui est arrivée ou peut-être la demande... C'est fait parce qu'on a fait des matos sympas. Mais je pense qu'il y a, et ça, c'est quelque chose, c'est une évolution de la société que j'aime beaucoup et à laquelle j'ai envie de participer. C'est de plus en plus d'attraits pour les sports de nature avec la randonnée, le trail qui devient hyper à la mode. Et voilà, on voit que le ski de rando profite de cet attrait pour les sports de nature. Après, on voit que... Malheureusement, il y a des itinéraires qui sont un peu surfréquentés, il y a des parkings de départ de ski dans l'eau qui sont blindés, alors que la vallée d'à côté, le parking qui est à 10 minutes avant ou 10 minutes après, il n'y a personne. Moi, j'aime bien faire des sorties où il n'y a personne. Égoïstement, je dirais tant mieux les gars, allez tous au même endroit. Et puis moi, ça me laisse mes petits points de paradis tout seul. Mais après, je trouve que d'un point de vue commun, il faut essayer de répartir la charge et puis de ne pas surcharger des petits villages de montagne qui vont voir arriver plein de voitures, qui vont avoir une circulation énorme certains jours, alors que les gens sont installés là-bas pour être tranquilles. Donc voilà, ce que je pense en ski de rando, ce qu'on essaye de faire, c'est d'aller chercher les itinéraires un petit peu moins fréquentés, et puis surtout, ne pas se garer n'importe où, ne pas traverser des villages où il y a traversée interdite, etc., où c'est interdit sauf riverain, ce que j'ai déjà fait, mais ce que je trouve qu'il faut éviter et que j'évite maintenant. C'est de se dire, OK, on va faire 300 mètres de dépulse en portage en plus, on se gare un peu plus bas, mais on ne dérange personne. Et puis, on profite de cette montagne et on vit en harmonie avec les autres habitants et pratiquants de cette montagne. On se partage le terrain. Quelques petits domaines en sécurité que j'ai creusés et sur lesquelles j'ai maintenant une petite... humble connaissance à partager et que j'ai envie que les jeunes qui, comme moi, il y a 20 ans débutent, ou même les moins jeunes mais qui ne connaissent pas forcément certains domaines, ne fassent pas des erreurs qui sont quand même dommages des erreurs de sécurité. Je pense à quelque chose que j'ai pas mal creusé, c'est le côté interférence avec les DVA. Il y a de plus en plus de pratiquants qui le savent, mais il y en a encore pas mal qui l'ignorent. C'est qu'un DVA, ça peut subir des interférences. Un appareil électrique ou électronique, si on le met trop près d'un DVA, ça peut réduire drastiquement la capacité du DVA à capter un signal. Donc ça, c'est les interférences. Et malheureusement, il y a pas mal de gens, il me semble, qui ont entendu, qui ont... qui ont lu leur manuel de DVA et qui ont compris qu'il y a ce problème d'interférence et qui simplifient la chose en disant que j'ai mon DVA d'allumé, je dois forcément éteindre mon téléphone ou éteindre ma montre connectée, etc. Alors première chose, les interférences ne sont pas créées parce que vous avez sur vous un appareil qui émet des ondes, parce que l'appareil qui émet des ondes... Le téléphone, ce qu'il émet, c'est sur des fréquences de l'ordre du gigahertz, du mégahertz ou du gigahertz. Et donc, ils sont très loin de la fréquence du DVA, qui est une fréquence beaucoup plus basse. Le problème, c'est que tous ces appareils, c'est juste que parce qu'ils ont de l'électricité qui circule en eux, ils créent un bruit électromagnétique. Parce que tout courant qui circule dans un circuit crée un champ électromagnétique. Et donc l'idée c'est qu'on va mettre un téléphone en mode avion, ça va changer le problème. C'est bien tous les appareils électriques ou électroniques, comme une Petzl, comme une montre non connectée, etc. qu'il faut éteindre ou bien éloigner de son DVA quand on est en recherche. Et seulement en recherche, parce qu'en émission, il n'y a pas ce problème. En émission, un téléphone ne va pas venir empêcher votre DVA d'émettre suffisamment fort pour être capté par un DVA qui sera loin. Donc en émission, le problème, c'est l'absorption. C'est en fait les métaux, les objets conducteurs, les métaux ou le carbone, qui peuvent absorber les ondes émises par votre DVA si vous avez un objet métallique qui est trop proche de votre DVA. Donc quand votre DVA est en émission, on ne va pas le plaquer, un tas de mousquetons par-dessus, ou un téléphone. Le téléphone va créer un problème quand le DVA est en émission, pas parce que le téléphone émet quoi que ce soit, simplement parce que le téléphone est un objet métallique. C'est un sujet que j'ai beaucoup creusé et que je trouve que c'est important que chacun ait des idées claires sur le sujet. Si vous avez envie de vraiment comprendre ce problème, je vais faire deux vidéos sur la chaîne YouTube Outdoor Safe. c'est les deux vidéos longues, ça se trouve assez facilement ça permet vraiment pour tous ceux qui veulent comprendre ou pour les professionnels de bien comprendre ce problème d'absorption. Autre sujet qui me tient à coeur et que j'ai souvent entendu des gens croire ça, un téléphone portable ne permet pas d'appeler les secours de partout. Un téléphone portable quand vous ne captez plus votre opérateur s'il y a un autre opérateur qui couvre la zone, vous pouvez passer par cet autre opérateur pour faire un appel de secours. C'est pour ça que des fois on peut voir appel de secours uniquement sur le téléphone portable. Mais s'il n'y a aucun opérateur sur la zone, comme ça arrive souvent en montagne, vous ne pourrez pas appeler les secours. Autre chose un petit peu liée, ce n'est pas parce que vous avez votre téléphone portable sur vous allumé que les secours pourront vous géolocaliser avec précision. Les secours, si vous avez un accident, la seule chose Ce qu'ils pourront savoir, c'est où est-ce que votre téléphone portable a borné, sur quelle antenne il a borné. S'il a borné sur plusieurs antennes, il pourrait y avoir un cercle où vous vous trouvez, mais c'est un cercle qui, en général, en montagne, peut faire 5-10 km de diamètre. C'est notamment pour ça que j'ai développé l'application OutdoorSafe pour être sûr que notre géolocalisation, si on a un accident, elle soit donnée de la manière la plus précise possible au secours. Et dernière chose, c'est tout l'objet de l'application Outdoor Safe, mais pour ceux qui ne souhaitent pas forcément l'utiliser, et ça, je l'ai vu dans de nombreux accidents, le problème, bien souvent, c'est que les gens n'ont pas programmé d'alerte. Ce que j'appelle programmer une alerte, c'est dire, si je ne suis pas rentré à telle heure, Il faut que les secours soient alertés, il faut que les secours aient des informations précises pour savoir où me chercher. Et il faut que cette alerte, elle soit franche. Il ne faut pas que ça soit juste dit à un proche, « Je vais me balader dans tel massif, je rentre à peu près ce soir. » Il faut que le proche sache exactement, être sûr qu'il est 19h. Je sais qu'à 19h, j'appelle les secours, je n'ai pas de doute, parce que le proche va toujours attendre un petit peu. et c'est du temps précieux pour vous retrouver en montagne. Un risque 2, il y a des accidents par risque 2, et ça, j'en discutais avec Frédéric Cabot, un des nivologues de Météo France à Boursa-Maurice, qui m'expliquait, et encore aujourd'hui, j'apprends des choses et ma pratique évolue. Le BERA, on le lit bien. On comprend bien quelles sont les pentes à risque, pourquoi elles sont à risque, parce que la météo est prévue de cette manière, etc. et qu'on s'attend à ce que sur le terrain ça soit ça, et qu'un risque 2, c'est pas que c'est un risque qui est faible, globalement faible, c'est que potentiellement il peut y avoir seulement quelques pentes, des pentes d'une inclinaison particulière à une altitude particulière, dans une configuration... géographiques, orientations particulières, etc., qui sont à risque, mais toutes les autres pentes, elles sont bien stabilisées, donc on vous met un risque 2. Mais si vous allez dans cette pente-là qui est à risque, vous êtes à fond dans le risque et c'est comme si vous sortiez par un risque 4. Ça me fait penser à une autre chose, c'est qu'on voit régulièrement des accidents avec des guides ou des moniteurs, et ça alimente ce truc du JTTF1, la montagne c'est dangereux, les gens qui vont en montagne sont des têtes brûlées, etc. Mais des êtres humains qui ont leur biais cognitif. qui, par la force de l'habitude, une pente qui, 100 fois, ils n'ont jamais vu partir, sauf qu'un jour particulier, les conditions sont différentes, et la force de l'habitude, le fait que tout être humain est un petit peu feignant, et quand tu as fait 100 fois la même chose, tu n'as pas envie de refaire l'analyse une centaine et une fois, sauf que cette centaine et une fois, un guide qui viendrait d'ailleurs, qui ne serait pas un local ou un amateur qui ne serait pas un local aurait fait analyse du BRA, analyse des conditions sur place et n'y serait pas allé. Voilà, ce risque-là, plus on creuse, plus on se fait peur, plus on se dit j'ai pris des risques, mais aussi plus on se dit c'est quand même prévisible et la montagne, on peut en faire quelque chose qui ne soit pas quelque chose de... de tête brûlée, de candidat au suicide, mais quelque chose de sportif, d'amateur de la nature, qui maîtrise les risques, qui passe du temps à réfléchir à sa pratique. Comprendre, analyser, anticiper les risques en montagne, c'est sur cette note que j'en termine ce deuxième podcast. Nous espérons qu'il vous aura plu. Si c'est le cas, parlez-en. Sinon, gardez cela pour vous. Le prochain arrive très bientôt, abonnez-vous pour en profiter dès sa sortie !