Speaker #0Bonjour à toutes et à tous. Depuis plusieurs mois, j'ai envie de vous proposer des épisodes solos pour partager avec vous des récits plus intimes et personnels. Partager son vécu est une façon de réaliser le chemin parcouru tout au long des années. Et le faire aujourd'hui, après avoir traversé des périodes de vie intenses, a pour moi une portée symbolique forte. Je ne sais pas encore où cette exploration de l'intime nous mènera. Je crois que le chemin compte davantage que la destination. Si vous avez apprécié ce nouveau format, dites-le-moi sur votre plateforme d'écoute et partagez le podcast autour de vous. Je vous souhaite une bonne écoute du chemin. Avant de commencer ce nouvel épisode du Chemin, je voulais vous remercier pour l'accueil de l'épisode précédent, celui où je vous parlais de mon parcours sentimental, émotionnel des derniers mois et... et du rapport que j'avais avec les applications de rencontres et à mon choix d'aujourd'hui m'en passer, en tout cas pour le moment. Et j'ai eu beaucoup de messages, des messages de femmes comme moi, des messages de mecs aussi, et ça, ça m'a fait vachement plaisir. Et ça a donné lieu à des discussions ultra intéressantes sur le rapport qu'on a aux applications de rencontres qui ont... Aujourd'hui, une forme de place un peu incontournable pour rencontrer quelqu'un. Comment on pouvait aussi se réapproprier la rencontre et sortir de ces schémas et de cette vision ultra-capitaliste de la rencontre ? Et dans cet épisode, je vais vous parler de mon coming-out bi. Alors c'est un thème que j'avais envie d'aborder depuis un petit moment, mais je ne me sentais pas forcément... J'avais l'impression de ne pas être légitime pour le faire, de savoir est-ce que j'étais la bonne personne pour raconter ça. Et puis, il y a quelques mois, j'ai lu aussi des livres qui m'ont fait beaucoup de bien là-dessus, et je pense notamment à Embrasser la bisexualité de Camille Test, qui m'a fait réaliser à quel point Pendant une grande partie de ma vie, j'avais intériorisé une forme de biphobie. Mais je pense que les personnes bi en ont toutes vécu ça. C'est quelque chose qu'on retrouve à beaucoup d'endroits pour les personnes bi. Et je me suis dit que finalement, mon récit personnel pouvait aussi vous accompagner. Parce que... Quand j'ai parlé d'aborder ce sujet, j'avais fait une story sur Instagram en disant, voilà, j'ai quatre sujets, enfin, il y en a d'autres, mais en tout cas, il y avait quatre sujets que j'avais vraiment très envie d'aborder. Le coming out be, la place de l'amitié, le fait d'élever nos standards dans les rencontres et aussi de vous parler du travail de fond remue que je fais la semaine prochaine. Et clairement, le coming out be est celui qui a remporté la majorité de ce trajet assez largement. Dans tous les cas, je vais aborder ces questions. ces quatre sujets. C'était plus une question d'ordre dans laquelle les aborder. Quand j'ai vu ces votes, je me suis dit, ok, ça veut dire que les gens qui me suivent pensent que je suis crédible pour en parler, que j'ai une forme de... que je peux en parler. Je me suis dit, si c'est comme ça, j'y vais. Je vais enregistrer quelque chose, je vais raconter mon cheminement et essayer d'aller aussi déterrer des... Des souvenirs à la fois d'enfance, d'adolescence, de choses que j'ai vécues, éprouvées, et qu'à l'époque, j'arrivais pas forcément à nommer comme ça. Parce que j'avais pas les outils, en fait, et parce que pendant très longtemps, je savais pas que ça existait, la bisexualité. Et clairement, moi j'ai des souvenirs, petite fille... J'ai souvent eu des triangles d'amitié amoureux. Quand j'étais à l'école primaire, j'avais une très bonne amie qui s'appelle Anaïs, un très bon ami qui s'appelle Simon. Si j'essaye de dire pensée avec une perspective de mon moi d'aujourd'hui, qui regarde la petite fille que j'étais, je pense que j'étais amoureuse des deux. Que j'avais un rapport d'amour-amitié. Donc moi je suis née en 1983, et donc clairement dans les années 90, on parlait d'homosexualité, oui, mais je ne me souviens pas du tout avoir entendu parler de bisexualité. Pour moi c'était vraiment quelque chose que je ne connaissais pas. Et donc quand on n'a pas les mots, comment on nomme ce qu'on ressent ? Comment on peut nommer ce qu'on vit ? On pense juste qu'on n'est pas normal. Et je pense que c'est longtemps ce que je me suis dit. Un peu après, au collège, je me suis retrouvée à nouveau dans ce triangle-là, avec une de mes meilleures amies et... un de mes meilleures amies. Et c'était encore une fois très flou. Est-ce que j'aimais mon amie ? Je pense que j'avais, ouais, des sentiments pour elle, une forme d'attirance. Mais... en fait... Je ne savais pas que c'était possible d'être attirée à la fois par des filles et par des garçons. Que finalement, le genre comptait peu et c'était plus la personne qui comptait. La bisexualité, je pense que j'ai commencé à en entendre parler quand j'avais plus de 20 ans. Je me demande si c'était même après mes études. Vraiment, pour moi, on était hétérosexuel ou on était homosexuel. Il n'y avait pas de truc autour. Ça n'avait pas de réalité. Ça n'avait pas de réalité parce que personne n'en parlait. qui avait une forme de silenciation totale de la bisexualité ou de la pansexualité, pour aller un peu plus loin. Moi, je me souviens, j'ai deux sœurs, et j'ai une de mes sœurs qui est lesbienne. Et à un moment, je me suis demandé si moi, je n'étais pas plus attirée par les filles que par les garçons. Je me souviens avoir eu des petites aventures avec des filles. Ça n'est jamais allé très loin. Je pense qu'il y avait aussi cette volonté de rentrer dans un cadre, de cocher des cases dans la vie. Cette hétéronormativité, c'est vraiment quelque chose, moi, qui m'a pesée toute ma vie, une grande partie de ma vie en tout cas, plus maintenant, mais... C'est vraiment quelque chose où pour moi, en fait, j'étais pas lesbienne, je me considérais pas lesbienne, parce que j'étais aussi attirée par les hommes. Et de ce fait-là, j'étais un peu en mode, bah ouais, les filles, c'est pas sérieux, ou ça me... passera. J'ai vraiment complètement intériorisé cette biphobie, cette peur de tous les stéréotypes qui entourent les personnes bisexuelles ou pansexuelles. C'est des choses fausses, en fait, parce que notre orientation sexuelle, on ne la choisit pas. Moi, je choisis d'être attirée par des personnes plus que par l'argent. Je ne l'ai pas choisi, mais en tout cas, c'est ce qui se passe. J'ai vécu presque 20 ans avec le père de mes enfants. On avait eu nos enfants, etc. Et j'avais complètement refoulé, totalement, ma bisexualité. Pour moi, c'était quelque chose... C'est un peu un impensé. Et je trouve ça fou de se nier comme ça soi-même. Vraiment. Et pourtant, en fait, tout ce qui était... Moi, ce que je trouvais assez rigolo, c'est qu'à chaque fois que je vais quelque part, on va dire qu'elle est dans 95% des cas, les premières personnes avec qui je discute, sont des lesbiennes. C'est vraiment un truc qui se répète, ça se répète tout le temps, tout le temps, tout le temps, quoi, dans ma vie. Et pourtant, je... Je mettais ça de côté. Pour moi, c'était un genre de non-sujet, la bisexualité. Ou ma bisexualité, en tout cas. Ça n'avait pas de réalité, parce que finalement, j'étais en couple, j'étais mariée avec le père de mes enfants. J'étais dans un schéma hétéronormé. Franchement, plus normé, tu meurs. Et ce qui a fait beaucoup changer les choses, ça a été évidemment mon processus de séparation du père de mes enfants. Parce que c'est un détail qui peut vraiment paraître totalement insignifiant et peut-être idiot. Mais quelques mois après avoir annoncé au part de mes enfants que je voulais me séparer, je me suis coupé les cheveux court, vraiment court. A partir de ce moment-là, j'ai recommencé à me faire aborder par des femmes. Et j'ai eu quelques histoires avec d'autres femmes, mais ça restait quelque chose de très superficiel. Parce que... encore une fois, ça c'était en 2023, je me définissais pas comme ça, je me définissais pas comme bisexuelle. Vraiment, pour moi, j'étais une femme hétéro, enfin voilà, hétéra, c'est tout quoi, il n'y avait rien d'autre, ça ne pouvait rien avoir. Et je trouve ça dingue de se dire que pendant plus de 40 ans, J'ai clairement nié une partie de mon identité. Je l'ai nié au début de ma vie parce que je n'avais pas les outils pour la comprendre. Je n'avais pas les mots pour dire ce que moi je vivais. Le fait que je pouvais... On peut être attiré autant par des femmes que par des hommes. En plus, avec cette chape de plomb de l'hétéronormativité, de l'injonction à l'hétérosexualité, qui fait qu'on se dit non, mais c'est pas sérieux. Et puis, c'est pas possible d'être attiré par les deux. On a une espèce de morale à l'intérieur de nous-mêmes. Moi, je trouve ça fou. Et puis, après ma séparation au mois de septembre, j'ai réécouté beaucoup de podcasts. beaucoup de personnes qui parlaient de la bisexualité etc et j'ai lu aussi le livre de Camille Test dont je vous parlais au début Embrasser la bisexualité et en fait je me suis dit mais oui en fait c'est ce que je suis profondément et tout doucement par petites touches comme ça j'ai commencé à le dire à mes amis Mouah ! à ma famille sur Instagram à partager quelques contenus par-ci par-là dans mes lectures, etc. Et j'ai fait un genre de coming out doux. Je suis pas arrivée le jour où ils m'ont dit « Ouais, salut, je suis bisexuelle » . Non, ça s'est pas passé comme ça. Et je pense que petit à petit, les gens ont compris. Et moi, ça m'a permis, doucement en tout cas, de revendiquer ma bisexualité. Et aussi... de regarder ma vie émotionnelle, ma vie amoureuse. Je ne vais pas dire des 43 dernières années, parce que bébé, non. Mais on va dire depuis que j'ai environ 6-7 ans. Et de me dire, waouh, mais en fait, bien sûr, depuis toujours, je suis bisexuelle. Évidemment, évidemment, je le suis. Simplement, je n'avais pas les clés, je n'avais pas l'espace. à la fois en moi et à l'extérieur de moi, pour faire exister cette partie de mon identité. Et maintenant je me dis que je suis fière aussi de l'être. Que je trouve ça formidable en fait. Je trouve ça formidable de pouvoir me dire je peux aimer une personne. Quel que soit son genre. Et je peux l'aimer pour tout ce qu'elle représente. Et son genre n'a pas d'importance. Et ça, je trouve ça merveilleux. Je trouve que c'est une chance inouïe. Alors c'est vrai que je n'ai eu de relation en langue et ce public qu'avec des hommes. La fameuse injonction quand même à l'hétéronormativité, j'ai mis du temps à la faire partir. Mais aujourd'hui, j'ai vécu quelques courtes histoires avec des femmes, et je sais aussi qu'elles m'ont rendue très heureuse. Donc, je pense. en faisant cet épisode aujourd'hui et puis aussi en en parlant beaucoup plus facilement que quelque part j'ai cassé en fait cette chaîne en moi j'ai cassé ce truc de dire il faut choisir en fait ou non je fais le choix d'être qui je suis d'avoir cette identité sexuelle là et de pouvoir me dire de pouvoir le dire que oui je peux aimer un homme et je peux aimer une femme je peux aimer une personne non binaire enfin moi je trouve que c'est quelque chose quoi aussi bien. À un moment de dire oui, je peux le revendiquer. Je peux le dire haut et fort, je peux en parler sur les réseaux. J'en parle pas tous les jours, mais en tout cas, si je vois passer des choses sur le sujet, je n'hésite pas à les relayer. D'ailleurs, là, j'ai quelques lectures à venir sur la bisexualité politique qui, je pense, ont vraiment... m'intéresser aussi. Et c'est vrai que c'est un long chemin, je trouve. D'autant plus que la biphobie, elle est quand même un peu partout et qu'on a toujours des formes d'injonction à devoir choisir, à devoir se positionner. Mais moi, je refuse, en fait. J'ai pas besoin de me positionner en disant lesbienne ou hétéra. Je suis bisexuelle. Point. Voilà. Et en plus, il y a aussi quand même... Des trucs de fantasmes aussi masculins, surtout des trucs avec deux meufs, etc. Du coup, quand on dit qu'on est bisexuel, des fois on voit dans les yeux de certains, il y a des petites étoiles qui s'allument. Enfin bon, les gars, calmez-vous. Les personnes bisexuelles n'ont pas vocation à réaliser vos fantasmes. C'est pas comme ça que ça marche, en tout cas. Mais par contre, c'est vrai que ça donne... Ça élargit l'horizon des possibles. Et aujourd'hui, je suis fière de le revendiquer. Je suis fière... d'être une personne queer, d'être bisexuelle, mais de le porter aussi au effort, surtout que ce cheminement pour arriver à revendiquer cette identité-là, il a pris quasiment toute la durée de mon existence jusqu'à aujourd'hui. Et de l'accepter, et d'en parler, je pense que c'est un... C'est quelque chose qui a beaucoup d'importance pour moi puisque je crois qu'il faut donner, dire les mots. Dire les mots parce que quand on n'a pas les mots pour dire ce qu'on ressent et qui on est, c'est comme si on existait. Et finalement, moi, pendant de nombreuses années, c'est comme si je n'existais pas. Je n'avais pas les mots pour dire ce que je ressentais, ce que j'avais envie de vivre. Aujourd'hui, je les ai. Et ces mots-là, je n'ai plus envie de les lâcher. Et au contraire, je pourrais avoir envie de les crier sur tous les toits, de dire que je suis bi et que je suis fière de l'être. J'espère en tout cas que mon vécu pourra accompagner certaines et certains d'entre vous qui s'interrogent. Parce que c'est pas facile aussi de revendiquer une identité queer, de tenter de s'émanciper de l'hétéronormativité, de pas rentrer exactement dans les cases. Et pour ça, je remercie à la fois mes amis et puis toutes les personnes que j'ai pu rencontrer ces derniers mois, qui m'ont permis de cheminer et d'avancer pour assumer, endosser ma bisexualité. Merci à elles, merci à eux, parce que sans vous, je ne sais pas si j'y serais arrivée. J'espère que cet épisode du Chemin vous a plu, et qu'il vous accompagnera peut-être, si vous aussi, vous êtes sur la route. Je vous dis à bientôt pour un nouvel épisode. Et d'ici là, prenez soin de vous.