- Speaker #0
Une prise de parole réussie, c'est le fruit d'une multitude de facteurs bien maîtrisés. C'est aussi la garantie d'un bond en avant vers l'atteinte de vos objectifs. Pour vous aider à obtenir ces résultats, j'ai rassemblé les meilleurs experts. Les Avengers de la parole. Chaque semaine, ils nous partagent leurs méthodes, leurs techniques et leurs conseils dans leur zone d'excellence. Cette zone, c'est la bulle des pros. Vous êtes fan de Laurent Baffi et de ses fameuses punchlines. Vous avez découvert Paul de Saint-Cernin et vous voulez connaître ses méthodes pour répondre du tac au tac. Alors pour en parler, je reçois un invité exceptionnel. Il était mon premier invité dans la bulle rhétorique. Je le reçois dans ce nouveau format. Donc la prochaine étape, c'est de lui laisser mon micro pour vous faire un épisode solo sur la bulle express. Vous avez sûrement croisé ses vidéos sur TikTok ou Instagram. Vous avez même pu... peut-être lu son livre, l'art d'avoir toujours réponse à tout, je veux bien sûr parler de Corentin Eveneau. Corentin est formateur en prise de parole et nous partageons une vision commune de l'éloquence mais surtout de la rhétorique. Dans cet épisode, on vous résume tout ce qu'il faut savoir pour développer une répartie en béton, les critères d'une bonne répartie, les matrices pour répondre efficacement et même le secret de Laurent Baffi. Restez jusqu'au bout. et vous deviendrez le prochain sniper du PAF. Salut Corentin, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Salut Jean-Claude, écoute, un peu fatigué mais je suis très heureux d'être là, donc écoute, ça va très bien.
- Speaker #0
Bon ben je suis sûr que malgré tout ça tu vas nous donner l'énergie qu'il faut dans ce podcast. En tout cas je suis ravi de t'accueillir et surtout de t'accueillir à nouveau puisque je t'avais déjà accueilli pour le premier, la première édition du format long, la bulle rhétorique, qu'on peut retrouver bien sûr en audio là où vous écoutez cet épisode, mais aussi sur YouTube pour ceux qui connaîtraient déjà ma chaîne YouTube. et pour ceux qui ne la connaîtraient pas, ça sera l'occasion de la découvrir. Mais ce n'est pas le sujet, aujourd'hui on est là pour parler de quelque chose de beaucoup plus pratico-pratique, on est là pour parler de la répartie. Alors déjà une première question Corentin, qu'est-ce qu'on appelle la répartie ? Comment est-ce que tu définirais ça ?
- Speaker #1
Écoute, je suis très heureux que tu commences par cette question puisque l'ancien universitaire que je suis aime toujours faire un travail de définition. Écoute, ma définition de la répartie elle est en plus très importante parce que... Elle dénote complètement la vision qu'on peut en avoir, très souvent quand on pense répartie, on pense à Laurent Baffi, on pense au punchline, on pense au clash télévisé, etc. Sauf que je me suis rendu compte que si dans la vraie vie on faisait ça, on se retrouvait à finir très seul, puisqu'on se comporte globalement très mal si on parle comme ça aux gens. Et donc ma définition de la répartie, c'est en réalité celle que j'ai piquée éhontément au Larousse, à savoir une réponse rapide et juste, ce qui implique donc deux parties. Par rapide, j'entends non pas instantanée. C'est-à-dire que c'est une interaction quand même, donc ça doit aller vite, mais ça n'implique pas de répondre vraiment en microsecondes. Le silence va avoir de l'importance, mais on pourra en reparler. Et ensuite, une réponse rapide et juste, par juste j'entends, qui atteint l'effet recherché. C'est-à-dire que si j'ai voulu faire rire et que j'ai effectivement fait rire, c'est réussi, c'est une réponse juste. Si j'ai voulu choquer et que j'ai choqué, ça marche. Par contre, si j'ai voulu provoquer ou choquer et que j'ai finalement fait rire, on considère que ce n'est pas une bonne répartie. puisque ça n'a pas atteint les faire chercher.
- Speaker #0
Alors c'est super intéressant, mais du coup, moi, il y a une question, c'est que cet objectif, en gros, comme tu le dis, il faut que ça soit rapide. A priori, je ne vais pas me dire, bon, alors là, je vais chercher à faire rire, donc je vais dire ça, etc. Comment est-ce qu'on le définit, ce truc-là ? Comment est-ce qu'on pose cet objectif-là ?
- Speaker #1
Oui, alors, d'une part, on pourrait le définir en amont, parce que c'est un peu comme l'improvisation, ça peut se préparer. Admettons que j'aille lever des fonds et que... J'ai besoin de répartie pour la partie question avec les investisseurs. Je pourrais anticiper l'image que je vais chercher à renvoyer et le type d'émotion que je veux rechercher. En me disant par exemple, je veux paraître sympathique, donc je vais chercher à faire rire par certaines réponses. Ou au contraire, je veux créer de l'action, donc je vais plutôt vouloir provoquer à tel moment, etc. Donc on pourrait un peu l'anticiper. Maintenant, je pense que dans la pratique, ça relève pas mal du contexte et de l'inconscient. Donc on ne peut pas toujours l'anticiper. Mais je pense que quand on commence à répondre, on sait déjà un peu quel était l'objectif.
- Speaker #0
Bye je comprends tout à fait et en plus ce que tu dis sur le fait de l'anticiper je trouve ça vachement intéressant pour te dire moi c'est un travail que j'ai fait avec un candidat qui veut être mon associé qui est passé dans cette saison la saison qui vient d'être tournée on a beaucoup travaillé justement sur ce côté réparti sur ce qu'il allait répondre dans la partie question réponse qui est essentielle alors je vais pas forcément développer là comment on a travaillé ou peut-être un peu après parce que je voudrais d'abord que tu nous dises toi comment est-ce que tu anticipes une répartie comment est-ce que tu te prépare, parce qu'on parle d'improvisation préparée et comme tu le disais de répartie préparée, comment est-ce qu'on peut travailler ça ?
- Speaker #1
Oui, alors il y a plusieurs choses, je dirais que d'abord il y a un enjeu d'éthos L'éthos pour les non-aficionados de la rhétorique qu'on est c'est l'image renvoyée c'est la raison pour laquelle on m'écoute non pas pour ce que je dis mais aussi pour ce que je représente ce que je renvoie, on parle de crédibilité de sympathie,
- Speaker #0
de confiance Je t'interromps juste là-dessus parce que justement l'éthos c'est un sujet qu'on va aborder avec Lucas Hensler, donc tu vois c'est parfait, tu fais de l'auto-référence au podcast donc c'est nickel vous allez voir, c'est un épisode qui va sortir bientôt et dans lequel on vous définit l'éthos comment le bosser, etc. Mais je te laisse reprendre
- Speaker #1
En plus, ce sera défini par la personne la plus compétente, je pense, pour en parler. J'en fais juste une petite référence pour parler de cette image-là. Et je pense que ça implique de se questionner sur l'image de soi. Quel orateur je veux être ? Qu'est-ce que je veux renvoyer ? Et en fonction de ça, on va déjà pouvoir choisir un peu le type de répartie, je dirais. Ensuite, il y a aussi un enjeu de style qui rejoint cet éthos-là. Est-ce que j'ai envie d'avoir un style qui soit plutôt humoristique, un style plutôt provocateur, un style plutôt crédible ? Je pense que dans une levée de fond, on se reprend cet exemple-là, la crédibilité est un facteur très important. Et dans le milieu professionnel d'ailleurs, en général, on peut toujours se dire, ok, est-ce que telle phrase de répartie, elle nuit à ma crédibilité, ou au contraire, elle l'augmente ? C'est aussi une façon d'anticiper un peu la façon dont on va répondre. Ensuite, si on prend vraiment la répartie qui va être utile souvent en tant qu'orateur, si on sort un peu des petites phrases de punchlines justement, et qu'on parle par exemple de la réponse aux questions, une bonne façon de se préparer, c'est aussi... d'apprendre des structures de réponses qui vont nous permettre de structurer rapidement sa pensée. Parce que je crois que l'enjeu de rapidité, il est surtout là, de rapidement réussir à réunir ses idées, ses pensées, ses arguments.
- Speaker #0
D'ailleurs, est-ce que tu peux nous donner des structures dont toi tu te sers, que toi tu recommandes à tes clients ? Je sais que tu en as évoqué quelques-unes dans ton livre dont j'ai parlé en introduction. Est-ce que tu peux nous en donner peut-être une ou deux qui sont peut-être les plus importantes selon toi ?
- Speaker #1
Oui, alors je commencerai par peut-être la plus importante pour moi qui est l'AEI, donc Affirmation, Explication, Illustration, qui existe aussi en anglais, qui serait la structure Sex, Statement, Explanation, Example. J'aime beaucoup la version anglaise. La version anglaise, effectivement, est très sympa et on se dit du coup je cherche à avoir un argument sexy de ce point de vue-là ou une répartie sexy. L'idée derrière ça, c'est d'abord de commencer par une phrase d'affirmation. C'est une phrase qui va... résumer mon idée de la manière la plus simple et compréhensible possible. Ça va me servir dès le départ à présenter au public, aux investisseurs, à mes interlocuteurs, l'idée que j'ai envie de défendre, ce à quoi je vais aboutir. Et ça me permet à moi aussi de m'assurer que je suis clair en ayant dès le départ le point B vers lequel je vais diriger ma réponse. Et donc dès que je me perds, c'est un peu comme mon adresse dans Google Maps, dès que je me perds, je vais revenir à cette phrase-là. Ensuite, comme cette phrase est un peu réductrice, Je vais l'expliquer, donc je vais la développer. C'est la partie plutôt rationnelle de la réponse. Et pendant que j'explique, je peux déjà réfléchir à un exemple. Et je vais venir ajouter un exemple pour terminer, une illustration pour AEI, qui va venir rendre vraiment concret, visuel, et réussir à mettre un peu le dernier coup de marteau sur le clou de notre réponse.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous donner un exemple d'utilisation de cette matrice ?
- Speaker #1
Admettons que tu me demandes pour quelles raisons, diable, je veux légaliser le cannabis. C'est évidemment pas forcément mon opinion, mais c'est vraiment pour l'exemple, je le précise. Eh bien, je pourrais commencer par une première phrase qui va être ma position et l'argument général. Donc ce serait, je souhaite légaliser le cannabis pour des raisons de santé. En une phrase, on sait que ma position c'est... pour l'égaliser le cannabis, et que mon argument ce sera la santé. Ensuite je l'explique, en disant par exemple, aujourd'hui lorsque le cannabis est consommé par les français, il est généralement de très mauvaise qualité, il contient beaucoup de choses nocifes qu'ils ne sont pas possibles de contrôler, et qui font en sorte que les produits sont encore plus néfastes qu'ils ne seraient s'ils étaient légaux. Et je terminerai par un exemple, ici qui sera totalement inventé. Par exemple, à Amsterdam, on sait que là où c'est légalisé, les produits sont en moyenne 50% moins néfastes. pour la santé que ceux qui sont vendus sur le marché noir français. Et là, je m'arrête de parler. Et j'ai à la fois un argument équilibré, parce que j'ai l'affirmation qui est le côté, je dirais, éthos, justement, donc image de soi. J'ai la partie rationnelle, ce qu'on appelle le logos, avec l'explication. Et j'ai le côté un peu plus émotionnel ou concret, avec le pathos. Et surtout, ça m'évite de faire des réponses interminables, parce que j'ai étape 1, étape 2, étape 3, et après, je ferme ma gueule. J'ai terminé. Et j'arrête de partir sur un tunnel de 5 minutes.
- Speaker #0
Excellente méthode effectivement c'est très proche aussi de ce sur quoi je travaille ça permet de mêler toujours l'abstrait, l'idée en elle-même et le concret, ce qui est extrêmement important, c'est comme ça qu'on peut comprendre une idée. Et tu nous parlais d'une autre matrice, est-ce que tu peux nous la donner aussi ou est-ce que c'est un secret que tu réserves à tes lecteurs ?
- Speaker #1
Non, non, non, ça va, les deux sont consignés sur 4 ou 5 pages du livre donc je peux me permettre de les dévoiler sans sans que le livre n'en perde trop d'intérêt. La deuxième, pareil, je l'ai volée, celle-ci, à Dale Carnegie. Il me semble que c'est dans Comment parler en public, comme ça, ça fait une référence supplémentaire d'un livre bien mieux écrit que le mien, même si le mien reste pertinent. Cette structure-là, c'est EAB, donc événement, action, bien fait. Donc là, c'est presque déjà une réponse, une structure qui pourrait servir pour le pitch en lui-même, même si elle est un peu courte, il faudrait un truc un peu plus fourni pour un pitch en tant que tel. Mais très simplement, je commence par un événement, je vais faire un constat, ça peut être un événement inventé comme un événement réel, qui va donner à l'action que je vais proposer une raison d'exister, une raison d'être. Ensuite, on va avoir l'action qui vient résoudre le problème lié à l'événement. Et je termine par les bienfaits, les bénéfices, la projection positive, qui me fait dire non seulement c'est un problème important, non seulement c'est une bonne solution, mais plus encore j'ai envie d'appliquer la solution et de l'effectuer.
- Speaker #0
Super intéressant. Et alors, tu me vois venir, bien sûr, à des kilomètres. Est-ce que tu peux nous donner un exemple d'application de cette matrice EAB ?
- Speaker #1
Je pense qu'un des exemples les plus criants de ça, c'était littéralement toutes les allocutions d'Emmanuel Macron pendant le Covid sur le confinement. Il commence par 40 minutes interminables de constats d'événements sur le nombre de lits dans les hôpitaux, le nombre de malades atteints du Covid, plein de chiffres, de statistiques, etc. qui nous font nous dire T'as quand même un problème, c'est assez grave, presque nous sommes en guerre, je dirais, et on se dit ok, comment on fait ? Il propose ensuite l'action, je vous demande, si c'est à dire vous oblige, à rester chez vous de telle heure à telle heure, etc. Et à la fin, les bienfaits, si vous appliquez cette action que je vous demande, nous irons tous beaucoup mieux et nous pourrons bientôt retrouver une vie libre et épanouie.
- Speaker #0
Ok, donc on a effectivement deux matrices qui sont... Assez différentes finalement, et comment est-ce qu'on choisit entre les deux ? Est-ce qu'il y a un contexte dans lequel c'est plus intéressant ? Et surtout, comment est-ce qu'on choisit à la vitesse d'une répartie ? Puisque tu l'as dit, il faut être assez rapide.
- Speaker #1
Alors comment on choisit ? Je dirais que c'est consubstantiel à la structure. C'est-à-dire que l'AEI, le centre, c'est l'affirmation. L'affirmation de quoi ? D'une idée ou d'un argument. Donc là, on est plutôt dans la logique de vouloir convaincre, de faire changer d'avis. C'est très souvent le cas dans la réponse aux questions, par exemple. dans le cadre d'une levée de fonds, mais n'importe quelle prise de parole. A l'inverse, le point central, c'est le A, à savoir une action. Là, on est plutôt dans la logique de la persuasion. Je veux faire changer de comportement, je veux obtenir une action de mon public. Ce serait le cas, par exemple, où on me demanderait de justifier le bien fondé de telle action ou telle action. Donc ça, c'est plus pour le choix, quels sont les critères. L'un est plutôt argumentatif, l'autre est plutôt lié à un appel à l'action. Alors après, pour bien choisir dans le moment, on peut déjà retenir ces deux critères-là, mais en réalité, ça va être surtout, et c'est le cas pour littéralement tous les sujets de prise de parole, ce sera le cas pour l'ensemble des personnes que tu reçois dans ce podcast-là, je pense. L'enjeu, c'est l'entraînement et la préparation. C'est à force de s'habituer à s'entraîner qu'on a, je dirais, une forme d'intuition qui, en fait, n'est que le produit de l'entraînement, qui va se développer. Pour te donner un ordre d'idée, typiquement, l'AEI, moi, je me souviens qu'à l'époque où j'étais à l'université avec... mon meilleur pote avec qui on travaillait beaucoup ces sujets-là, on s'enfermait dans une salle pendant une heure et on se donnait chacun de nos tours un sujet et on devait faire des A.U.I. en improvisation. Et quand tu passes 10, 15, 20 heures à faire ça, naturellement, tu arrives à structurer rapidement grâce à ça et surtout, tu sens quand le sujet implique de l'utiliser.
- Speaker #0
Oui, et puis là-dessus, je dirais aussi que de toute façon, plus on fait de répartis, alors là, c'est peut-être un peu proche de la punchline dans le sens où je l'entends, mais plus on en fait dans une discussion, etc., plus il y a de chances qu'il y en ait une qui marque l'auditoire en fait. Parce qu'en prenant des risques, en tentant des choses, etc., c'est aussi là. qu'il y a des chances qu'il y en ait une qui sorte du lot. Donc moi, c'est quelque chose que je faisais beaucoup avec mes potes. Certains disaient que j'avais plutôt une bonne répartie. En fait, je disais, mais vous n'en avez pas compte, c'est que ce n'est pas que j'ai une si bonne répartie, c'est que j'entends 20 fois plus que vous. Donc, bah ouais, dans le lot, il y en a une ou deux qui ressortent un peu de temps en temps, mais au ratio, je suis sans doute pas meilleur que vous, les gars.
- Speaker #1
Ouais, c'est dans la quantité qu'on trouve la qualité, parfois.
- Speaker #0
Exactement. Donc, ça rejoint un peu à ce que tu disais.
- Speaker #1
Tout à fait d'accord, et je ne peux qu'encourager à prendre des risques, j'allais dire des risques mesurés, mais je pense que la crainte d'aller trop loin, elle est parfois trop présente et infondée parce qu'il y a de toute façon une pression du contexte qui est telle qu'on va se rendre compte un peu quand on va trop loin, et ça va rarement arriver. Il y a une phrase d'ailleurs de Jean Cocteau que j'adore qui disait « le tact dans l'audace, c'est de savoir jusqu'où on peut aller trop loin » , et je crois que c'est un peu ça la répartie.
- Speaker #0
Je ne la connaissais pas du tout, mais je l'aime beaucoup celle-là. Je vais me la noter.
- Speaker #1
Je vais piquer un avocat à l'époque d'une conférence. Tu vois, c'est ça aussi la répartie. Ce n'est que des phrases qu'on passe son temps à dire. Et qu'on passe son temps à répéter en se disant aux gens que c'est la première fois qu'on la sort.
- Speaker #0
Tu vois, c'est un peu justement, les deux choses que tu viens de dire, ça rejoint quelque chose que je trouve intéressant aussi dans la répartie. C'est qu'on pense qu'une répartie, c'est quelque chose qui est de l'éclair de génie. Alors qu'en fait, on peut très bien avoir plein de réparties et les sortir d'un coup. Il y avait... Je crois que c'était Thierry Ardisson qui parlait de Baffi justement, de Laurent Baffi, et qui disait qu'en fait, il y avait deux méthodes. Qu'il avait un truc où il entendait une phrase, et là il y avait son ordinateur interne qui d'un coup faisait passer en revue toutes les idées de punchline qu'il avait bossé, qu'il avait anticipé, toutes les phrases qu'il avait préparées. Et puis s'il n'en trouvait pas une dedans, là il essayait d'en trouver une. Mais qu'il y avait quand même cette partie vraiment préparation. Est-ce que toi, c'est un truc que tu fais parfois aussi ? d'avoir justement des phrases pour tes clients où tu leur dis, cette phrase-là, vous pouvez la ressortir à toutes les sauces, etc.
- Speaker #1
Complètement. En fait, je ferai le lien avec deux stratégies pour rester dans le même nombre de stratégies que Laurent Baffi. La première chose, je dirais que c'est ce qu'on appellerait le choix d'un style qui est un peu, pour reprendre ton parallèle, le choix d'un type d'ordinateur. Je pourrais avoir plusieurs programmes, entre guillemets, dans mon cerveau et ensuite passer les phrases qu'on me dit dans cet algorithme-là. Je pourrais me dire par exemple qu'il y a un style, c'est l'autodérision. Et donc dès lors qu'on m'attaque, on va me faire quoi que ce soit, je vais utiliser l'autodérision et ça devient très facile. Parce que n'importe quelle phrase, j'ai juste à la prendre et à l'exagérer en riant encore plus de moi. A l'inverse, on a ce qu'on appelle l'égotrip. L'égotrip, c'est le penchant, l'opposé de l'autodérision. Dès qu'il y a une phrase qui m'est dirigée, je vais l'utiliser pour me mettre encore plus en valeur avec une forme d'arrogance qui est tellement extrême qu'on sent bien qu'elle est feinte. On pourrait aussi penser à la rétorsion. La rétorsion, c'est le fait de prendre une phrase et de la retourner contre son interlocuteur, de prendre la même structure. Donc ça, c'est des styles un peu de base. Moi, j'aime beaucoup l'autodérision, donc je sais que dès qu'on va m'attaquer, je vais utiliser ça. Et donc j'ai un processeur qui va très rapidement faire des phrases d'autodérision. Donc ça, c'est la première chose, avoir un style qu'on va répliquer constamment. Et la deuxième chose, c'est ce qu'on appelle en rhétorique des tiroirs. C'est des phrases, comme des tiroirs qu'on ouvre, des phrases qu'on va ressortir. Dès qu'un contexte se présente une nouvelle fois. Nous, c'est le cas en coaching, où on a un peu nos hits, nos punchlines, nos phrases préférées dont on sait qu'elles ont de l'effet, parce qu'on les a dites 15, 20 fois, et qu'on a vu à chaque fois que ça avait un effet, une réaction en face. Et donc, on peut se rendre compte de ces phrases-là, effectivement, avec un coach qui va nous les mentionner. Et puis, on peut aussi, par expérience, le faire. Je crois que c'est d'ailleurs comme ça qu'est construit un pitch, par itération, un peu comme un humoriste qui teste ses spectacles. Et de la même manière, je pense qu'un... Un humoriste d'improvisation qu'on irait voir 15 fois, on verrait des mécaniques, des phrases qui reviennent. Ok, quand il y a un prénom original que je demande, voilà le type de vanne que je vais faire. Et c'est un peu des phrases qu'on ressort tout le temps. Et de garder à l'esprit que, quand on voit quelqu'un avoir un éclair de génie, souvent c'est juste que c'est la première fois qu'on entend cet éclair, mais c'est pas la première fois qu'il survient et qu'il a été dit par l'orateur. Donc les deux moyens effectivement de travailler, c'est se demander quel est son style, ou avoir plusieurs styles dans sa besace qu'on a entraîné. Et la deuxième possibilité, c'est de se faire une sorte de catalogue de tiroirs qu'on va réutiliser en conscientisant des phrases marquantes qu'on sort régulièrement.
- Speaker #0
Alors justement, tu viens de sortir un truc que je trouve vachement intéressant sur la question d'une phrase qu'on a prise ailleurs, qu'on a prise ailleurs, etc. Parce que pour moi, en fait, quand tu as dit au début une répartie, ce qui fait sa qualité, c'est que c'est une réponse rapide et juste. Et en fait, moi, il y a autre chose que je rajouterais dedans, un troisième critère qui est l'originalité. parce que quand j'ai entendu une phrase que j'ai reprise et que j'ai utilisée, tant que la phrase originale n'est pas trop connue, ça pourra marcher. Maintenant, il y a des réparties qui sont connues de tous et qui n'ont plus du tout cet effet « waouh » parce que tout le monde dit « ça va, on l'a entendu mille fois, cette vanne, ça ne marche plus » . Il n'y a plus cet effet de surprise. Est-ce que pour toi, ce n'est pas quelque chose qui pourrait manquer dans ce que tu as défini au début ?
- Speaker #1
Pour moi, ça rejoint le côté juste, c'est-à-dire que tu as voulu provoquer un effet de surprise et ça n'a pas fonctionné parce que ta phrase n'est pas surprenante. Donc ça n'atteint pas l'effet recherché qui était de l'impact à ce moment-là ou le fait de marquer. Mais effectivement le... J'ai volontairement pris un terme large qui est juste pour pouvoir y mettre un peu dedans plein de choses, qui est un peu fourre-tout. Du coup, moi, je le mettrais dans juste. Mais tu as totalement raison. Et c'est le problème de plein de grandes citations qu'on a entendues des milliers de fois et qui n'ont plus aucun effet. Et ça vaut pour plein de figures de style. Tu vois, je parle souvent du chiasme qui est une façon de construire une punchline qui consiste à prendre une phrase et à la retourner. Par exemple, tu vois, fume la vie avant qu'elle ne te fume. c'est un bon moyen de faire des punchlines mais typiquement celle-là elle a tellement été faite sur Facebook en 2012 qu'elle ne marche plus du tout donc effectivement t'as raison faire attention à ce côté un peu original la seule nuance que je ferais c'est qu'on pourrait le compenser par une forme de running gag la première fois ça marche pas au bout de 4 fois ça devient peut-être marrant ouais ok
- Speaker #0
je comprends on pourrait en jouer justement avec des autodérisions ok bah écoute je pense qu'on a vu plein de choses déjà sur cette question de la répartie est-ce qu'il y a un dernier point quelque chose qui te semblerait essentiel à rajouter sur ce sujet
- Speaker #1
On a beaucoup évoqué la répartie, notamment la question de la rapidité de la réponse par l'enjeu de structure. Je pense qu'il y a aussi un enjeu psychologique derrière, c'est-à-dire que parfois on se sent un peu bloqué ou paralysé sur le moment de la réponse. Ce qui est évidemment un manque de structure, en grande partie, mais qui est aussi un enjeu du fait qu'on va parfois plus se concentrer sur « qu'est-ce que je dis, qu'est-ce que je dis, qu'est-ce que je dis, qu'est-ce que je dis ? » plutôt que sur la réponse d'en face. Et je crois qu'on a beaucoup, beaucoup, beaucoup de réponses et d'inspirations à trouver de la façon dont la question ou l'attaque a été formulée. Et je crois qu'un gros enjeu de la répartie et de la progression là-dedans, c'est de réussir à comprendre quelles sont les intentions qui se cachent derrière les remarques qu'on reçoit ou les questions qu'on nous pose. Est-ce que la remarque qu'on me fait, elle est liée à l'incompréhension ? Auquel cas, bonne répartie, une répartie juste, ce sera d'expliquer. Est-ce que c'est lié à de la peur ? Auquel cas, ce sera de rassurer. etc etc je crois que c'est il y a un gros enjeu d'écoute d'empathie et de compréhension de l'autre qui se cache dans la répartie au delà du travail personnel qu'on va faire sur son image et sur ses types de réponses ouais et puis comme tu dis c'est vrai que enfin pour même prendre un peu dans un autre sens ce que tu dis ça me rappelle un truc qui m'est arrivé une fois une histoire qui m'est arrivée dans un concours de débat sur
- Speaker #0
l'idée que en fait il faut s'appuyer aussi sur ce que dit la personne en face ce jour là c'était un adversaire mais c'est pas forcément un adversaire dans le cadre d'une répartie Merci. Mais en gros, pour te raconter l'histoire, c'est que j'étais le dernier à passer, on était quatre orateurs de chaque côté, c'était un jeu en équipe, et on devait chacun notre tour passer, défendre notre sujet, puis l'équipe adverse envoyait un concurrent, etc. Et à chaque fois, l'équipe adverse pouvait se lever, poser une question et se rasseoir. Et on était obligés de prendre au moins une question. Et je passe en dernier, la première question arrive, et en fait, moi, elle me nourrit, cette question, parce qu'elle me donne un truc, je suis en... total impro, puisque le dernier est toujours en improvisation, il doit répondre à tout, et je prends la première question, très bien, et puis un deuxième orateur de l'équipe adverse se lève, en pensant que je vais refuser sa question, puisque c'est ce qui se fait d'habitude. Sauf que j'ai directement accepté sa question, parce qu'en fait, moi, j'arrivais au bout, et j'avais besoin d'un truc pour me nourrir. Le mec a été complètement décontenancé, il m'a sorti une question un peu bidon, mais qui, moi, a suffi à lui dire « mais vous avez entièrement raison » , etc., et en fait, a développé sur un argument qui allait complètement à contre-courant de ce qu'il attendait. Donc comme quoi, la répartie, c'est aussi ça. Je pense que c'est de se nourrir de ce que disent les autres pour réussir à aller vers eux. Parfois, quand c'est pour aller contre eux, d'y aller d'une façon à laquelle ils ne s'attendent pas. Mais en tout cas, de parler avec eux, au sens littéral, c'est-à-dire avec et non pas contre eux.
- Speaker #1
Je crois que c'est une question d'être alerte sur son environnement. Donc à la fois, comme tu l'as mentionné là, sur les autres et... et sur ce qu'ils disent pour nous nourrir, mais ça pourrait même être d'ailleurs l'environnement concret. Je prends un exemple concret là-dessus. Très souvent, quand on prend la parole, que ce soit en présentiel ou en visio, on a une crainte, c'est l'incident technique par exemple, ou l'aléa humain qui fait qu'on est un peu surpris par ce qui se passe, on ne sait pas comment réagir. Et ce qui est génial, c'est de se dire, grâce à la répartie, je peux tirer profit de ce qui vient de se passer. pour sortir encore plus par le haut. Il y a une étude qui est géniale, qui a été faite à l'époque, notamment de la visioconférence, qui montre que s'il y a un incident technique qui se déroule et qu'on arrive à en tirer profit pour faire une petite vanne, pour apporter de la valeur à ce moment-là, pour réagir là-dessus, on augmente en moyenne de 50% le niveau d'engagement du public et son éthos par la même occasion. Là, récemment, j'avais accompagné une équipe de pharmaciens, en tout cas qui travaillaient dans un laboratoire pharmaceutique, Et on travaillait justement sur ces tiroirs-là qu'on pourrait sortir. Donc ça fait un rappel concret à ce qu'on a vu tout à l'heure. On s'est dit, ok, s'il y a un incident technique, qu'est-ce que vous pourriez dire ? Et on a trouvé par exemple une phrase assez marrante qui mêle autodérision, tiroir et tirer profit de l'environnement. Admettons qu'il y ait une galère technique, on pourrait réagir en disant, alors je suis désolé, on n'a pas encore réussi à développer des médicaments sur les ordinateurs, mais je vous rassure, nos médicaments fonctionnent beaucoup mieux que ça. En attendant, on va essayer de régler le problème. Et là, ça permet de montrer qu'on est alerte sur l'environnement. Et en même temps, on met en valeur l'entreprise et la compétence. Donc, on ne se dévalorise pas non plus.
- Speaker #0
Petite parenthèse avant de continuer. Je viens de lancer Oravox, la première formation de groupe à la prise de parole pour les dirigeants. Oravox, c'est 12 semaines d'entraînement intensif pour les dirigeants qui veulent marquer les esprits quand ils prennent la parole avec des grands comptes, face aux médias ou en interne devant leurs équipes. Il n'y a que 8 places. Vous travaillerez avec 5 experts différents. et vous bénéficierez d'un suivi et de coaching individuel en plus des sessions en groupe. Ça vous parle ? Alors réservez un appel avec moi. En 20 minutes, on fait le point sur vos enjeux et je vous dis si Orabox est fait pour vous ou pas. Si ça l'est, sachez que la formation peut être entièrement prise en charge grâce à la certification Calliope. Le lien pour prendre rendez-vous est dans la description et nous on reprend. Ça, on termine sur une excellente méthode. Génial d'avoir tous ces éléments là Et avant qu'on termine, est-ce que tu aurais une ressource Un livre, alors il y a bien sûr le tien Un livre ou un podcast Une vidéo, quelque chose à laquelle Tu voudrais qu'on aille Voir, en tout cas consulter
- Speaker #1
Écoute, moi un des livres qui m'a le plus marqué En prise de parole, qui est d'ailleurs pas forcément le plus connu C'est un livre qui s'appelle The Power of Moments Je crois qu'il est traduit en français Dans ces moments qui comptent C'est un livre de Chip et Dan F Qui est un livre génial parce qu'il explique comment faire de ses prises de parole des expériences. Et c'est deux frères qui se fondent notamment sur des études sur l'expérience client et qui montrent comment on peut utiliser les méthodes d'expérience client dans la prise de parole pour réussir à être non pas seulement compris, mais aussi mémorisé, mémorable, retenu par son public. Et je trouve que c'est un livre qui est génial, qui est nourri à la fois de plein d'études et de plein d'exemples et qui a un super moyen de passer de simples présentations à des vraies expériences qu'on fait vivre à son public, parce que c'est pour ça qu'on prend la parole, pour faire vivre quelque chose, pas seulement pour informer ou donner une information.
- Speaker #0
Excellent, ça va encore faire un livre à rajouter à ma bibliothèque. En tout cas, Quentin, encore merci pour cet épisode, pour tout ce que tu nous as apporté. On a pu voir la définition de ce qu'est une répartie, donc une réponse rapide et juste qui vise à atteindre un objectif, un objectif précis, un objectif recherché, qu'il soit de rire, d'émouvoir, de choquer. ou tout autre. Et puis, plusieurs matrices, la matrice EAB, affirmation, explication, illustration. La matrice EAB, événement, action, bienfait. Et puis, beaucoup d'autres éléments, l'importance de s'entraîner, de pratiquer la répartie, l'importance de la méthode des tiroirs, d'observer, de voir ce que font d'autres orateurs pour toujours s'améliorer. Encore merci Corentin, où est-ce qu'on peut te retrouver ?
- Speaker #1
Merci à toi pour l'invitation d'abord et on peut me retrouver notamment sur les réseaux sociaux, sur mon compte Hop Eloquence, donc H-O-P Eloquence, surtout sur Instagram et TikTok et YouTube où ça y est maintenant je commence à réussir à être un peu régulier et également dans toutes les FNAC et toutes les librairies avec mon livre mais j'arrête l'autopromotion.
- Speaker #0
Parfait, encore merci Corentin et à très bientôt.
- Speaker #1
Merci à toi, à bientôt.
- Speaker #0
Merci d'avoir suivi cet épisode jusqu'au bout, j'espère qu'il vous a plu et surtout qu'il vous sera utile. Si c'est le cas, pensez à lâcher la plus belle note sur votre plateforme d'écoute et à partager ce podcast autour de vous. Je compte sur vous, c'est super important pour moi. Et dans tous les cas, on se retrouve la semaine prochaine pour développer une nouvelle compétence oratoire. Allez ciao !