- Speaker #0
Une prise de parole réussie, c'est le fruit d'une multitude de facteurs bien maîtrisés. C'est aussi la garantie d'un pont en avant vers l'atteinte de vos objectifs. Pour vous aider à obtenir ces résultats, j'ai rassemblé les meilleurs experts, les Avengers de la parole. Chaque semaine, ils nous partagent leurs méthodes, leurs techniques et leurs conseils dans leur zone d'excellence. Cette zone, c'est la bulle des ponts. Quand on veut évoquer la parole, il faut bien entendu évoquer aussi la voix. Et justement, cette semaine, j'accueille ma voix préférée, Martine Guillot. Martine est comédienne, mais elle est aussi voix. Vous avez pu la voir au cinéma avec Kevin Costner, ou encore l'entendre dans des dizaines de pubs et même de jeux vidéo. Depuis quelques années, elle œuvre en tant que coach afin de mettre ses talents au service de ses clients et les aider à prendre pleinement possession de leur corps et de leur voix. En 2021, elle a publié un livre, Vous allez adorer prendre la parole, dans lequel elle partage sa méthode et son parcours. Également enseignante au sein de l'université Paris-Saclay, elle organise du 17 au 31 janvier le laboratoire. Deux semaines pour transmettre à près de 1000 étudiants la capacité de s'incarner et d'exprimer sa singularité par la prise de parole et le savoir-être. Enfin, et même surtout, Martine est une amie. Un volcan. intarissable d'énergie que j'ai rencontré quand je me suis lancé il y a cinq ans maintenant. Dans cet épisode, elle nous partage sa méthode pour relier le corps à la parole. Comment connecter corps, voix et message ? Martine nous dit tout. Salut Martine, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Écoute, je vais plutôt bien. Écoute, franchement, il fait frais, mais le soleil est là, donc la vie est belle.
- Speaker #0
Parfait. Je suis vraiment trop content de t'accueillir dans le podcast. Ça fait un moment que je voulais te recevoir. On a enfin trouvé le bon moment pour tous les deux. Donc aujourd'hui, comme je l'ai dit en intro, on va parler du lien entre le corps et la parole. Déjà, pour introduire un peu ce concept-là, sans rentrer trop dans les détails, est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce qu'on entend par là, le lien entre le corps et la parole ?
- Speaker #1
Alors déjà, je te remercie de cette invitation. Et puis vraiment, moi aussi, je suis très contente de pouvoir répondre à tes questions que je trouve toujours très pertinentes. dans ton programme, donc ça c'est chouette. Alors le corps c'est tout un programme, la parole on la connaît, on l'utilise tous les jours, mais le corps on l'oublie un peu au détriment du mental, où tout d'un coup on est toujours en train de réfléchir à ce qu'on va dire, et on oublie un peu que les émotions elles sont aussi régulées via la respiration, et que donc il y a des effets kinesthésiques, où le corps parle, et ce non-verbal, para-verbal, qui va aussi peut-être trahir notre pensée, nos émotions. et qui vont envahir notre corps pour peut-être nous déstabiliser ou nous accompagner dans la modulation d'un contenu qu'on a envie de faire passer. C'est tout un programme.
- Speaker #0
Donc en clair, l'idée c'est de maîtriser son corps pour maîtriser ce qu'on dit verbalement mais aussi physiquement, c'est bien ça ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est maîtriser parce que le mot c'est tellement dur d'être toujours dans le contrôle de quelque chose. Laissons un peu se lâcher prise, les Américains disent let it go C'est surtout de ressentir. qu'on est aussi en connexion avec son corps et sa tête, et que tout ça, on est un Stradivarius, c'est-à-dire que ça ne fait qu'un. Et en fait, qu'est-ce qu'on donne à voir et comment on est perçu ? C'est aussi via la respiration et c'est comment on va incarner, et c'est là où moi, en tant qu'actrice, j'incarne des mots d'un auteur. Là, on doit s'incarner soi-même, donc incarner son propre vocable et sa manière de parler pour être authentique.
- Speaker #0
Et alors ça, justement... comment est-ce qu'on peut le travailler ? Tu nous as parlé de la respiration. Est-ce que c'est une première clé pour travailler cette incarnation ?
- Speaker #1
Bien évidemment, sans fond, il n'y a pas de forme. Et sans forme, il n'y a pas de fond. C'est ce que je répète assez régulièrement. Donc déjà, la première chose quand on prend la parole et qu'on a envie pour un pitch ou une presse release, c'est de préparer son contenu, bien évidemment, hiérarchiser la pensée, construire un fil rouge, savoir combien de temps on a pour parler. Une fois qu'on a fait ça, bien évidemment, on est comme un acteur, on va commencer à répéter. ce qu'on a à dire et puis après on va se poser la question de savoir quel type d'émotion, d'humeur, on va vouloir décliner au fur et à mesure de son introduction, son point principal, son contrepoint et sa conclusion et ensuite on va ressentir dans le corps, dans cet exercice de répétition, on va voir comment est-ce qu'on va l'incarner, donc comment on va le porter aussi avec le regard, la respiration, la gestuelle. Oui. Je pense que la respiration c'est ce qui permet la fluidité et c'est ce qui permet surtout de se sentir complètement un. Et pas seulement le mental, puis le corps. On ne sait jamais quoi faire de ses bras. Donc, il faut finalement se laisser tranquille. Et c'est la respiration qui va réguler tout ça.
- Speaker #0
Alors là-dessus, pour le coup, je vais faire un tout petit peu du contexte. Parce que je trouve ça assez beau de parler de la respiration. Quand on parle du lien entre le corps et le mental, quelque part. Parce que, je ne sais pas si vous le savez, mais le baiser, le fait de s'embrasser quand on est amoureux, c'est de là que ça vient en fait. Parce que les anciens, les grecs, pensaient que l'âme était dans l'air, dans la respiration. Et donc, s'embrasser, c'est... c'est partager son air et donc partager son âme. Donc finalement, on est là encore dans le lien entre le corps et l'esprit.
- Speaker #1
Génial. Alors pardon de te couper, mais tu as raison, c'est magnifique. Tu t'imagines, ça veut dire que dans la communication, on a aussi l'envie d'un échange. Et c'est donc bien cet échange, même quand on est en train de faire un pitch. Et souvent, les gens, quand on parle de respiration, ils pensent qu'il faut faire entendre sa respiration et son inspiration et son expiration. Finalement, ils ont oublié que simplement... Alors je ne sais pas pour le baiser, mais en tout cas, quand on parle, on expire et on inspire, puisque c'est le canal de la parole, que c'est la colonne d'air et que tout ça passe par la bouche. Bien sûr, on respire par le nez et les pores de la peau et tous les autres trous du corps. Mais le plus important, c'est de penser que quand on parle, on doit faire des inspirations et des expirations à l'intérieur d'une phrase et pas seulement au début ni à la fin.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Sous peine de se retrouver sans air. Et c'est là qu'on voit, je trouve. une baisse d'énergie, une baisse d'incarnation. Moi, j'aime bien parler de respiration à contre-temps, parce que je vois la parole presque comme une partition, où il y a des rythmes, il y a des musiques, et à certains moments dans une musique, il y a quelque chose qui ne vient pas au bon moment, qui vient casser l'effet de cette musique. Et il y a un petit peu la même chose dans la parole avec la respiration. Si on ne sait pas respirer, c'est-à-dire si on n'accepte pas de se laisser respirer, etc., et de penser sa respiration, on vient casser la dynamique de la parole, et je trouve que c'est toujours... Un peu dommage, je ne sais pas si c'est à ça, plus ou moins, que tu faisais référence.
- Speaker #1
Oui, carrément, c'est-à-dire que moi, je suis une artiste, donc j'ai été peintre, je suis aussi chez Lire la Musique, j'ai travaillé à l'opéra, et c'est vrai que la musicalité d'une partition musicale, ses pauses, ses soupirs, comme on dit, ses croches, ses temps, ses rondes, ses doubles croches, tous ces tempis, en fait, finalement, vont donner une musicalité à l'ensemble de ta présentation, de ton pitch. Et c'est bien via ces silences, via ces suspensions, j'aime bien aussi parler d'une respiration, mais aussi d'une ponctuation de l'oralité. Ça, c'est vraiment un truc que je mets de plus en plus en avant, depuis que j'avance, depuis toutes ces années où j'accompagne des gens à essayer de prendre conscience que finalement, ils ont tout en eux et qu'il y en a assez d'essayer de faire bien et de chercher la perfection, mais juste d'être authentique. La ponctuation, pourquoi est-ce qu'on garde la ponctuation seulement pour l'écrit ? Pourquoi est-ce qu'on ne ferait pas des points-virgules, des trois petits points, des points d'interrogation, des ouvrez les guillemets, cette ponctuation de l'oralité, puisque aussi, il faut accepter que l'oralité, c'est l'imperfection.
- Speaker #0
Je suis entièrement d'accord avec toi. On cherche toujours la parole parfaite, mais pour moi, elle n'existe pas. Et justement, c'est parce que la parole est imparfaite qu'elle est humaine, qu'elle est belle et qu'on l'apprécie. C'est trop parfait. On le sent et on voit qu'il manque une sincérité dans le message. Pour revenir à la respiration. Tu nous parlais de l'importance de ces temps, de cette ponctuation. Est-ce que tu aurais un exercice pour travailler ça, pour apprendre quand poser un silence, quand s'arrêter, quand respirer ou pour travailler sur autre chose par rapport à cette respiration ?
- Speaker #1
Alors moi, je fais souvent travailler via des dépêches de l'AFP, c'est-à-dire que c'est fait pour être lu et non pas pour être dit. Ce sont des petits sujets de 4-5 lignes où tout d'un coup, c'est un concentré d'informations. Chaque mot est important à mettre en exergue. Et à l'intérieur, il n'y a jamais de ponctuation. Donc ça, c'est extraordinaire. C'est-à-dire que quand tu vas faire cet exercice de lecture à voix haute, d'incarnation d'un texte de quatre lignes écrit pour être lu, tout d'un coup, je vais te demander de l'incarner et trouver sa musicalité. Et à ce moment-là, comment tout d'un coup, tu vas mettre en l'air même à l'intérieur de la phrase, même s'il n'y a pas de point ou de virgule, des moments où tu vas pouvoir respirer à l'intérieur de ça. C'est un exercice extraordinaire et on voit combien c'est difficile de se dire que finalement, quand on parle, on le fait naturellement, mais quand il s'agit d'incarner un propos qu'on a préparé, comment retrouver cette improvisation, cette immédiateté de l'instant T avec cet exercice.
- Speaker #0
J'adore cet exercice, je ne le connaissais pas du tout. Je pense que je vais te le voler.
- Speaker #1
Ah bah alors là, mais avec grand plaisir, parce que de toute manière, je pense que tout existe déjà et ça dépend comment est-ce que tu insuffles de l'énergie. Quand tu es un accompagnateur, un coach, comme on dit, ce mot un peu galvaudé, je pense que les exercices doivent tourner et on doit s'apprendre les uns aux autres. Donc avec grande joie, Jean-Corentin.
- Speaker #0
Parfait, génial, comme ça, mes clients sauront d'où ça vient. Et alors, donc là, on a parlé de la respiration. Est-ce que tu verrais un deuxième axe pour travailler ce lien corps-parole ?
- Speaker #1
Oui, alors j'ai un autre exercice que j'adore, qui est ce que j'appellerais la roue des émotions, c'est la palette. Bon, moi, je suis peintre, donc je parle de palette, de couleur. Et avec parcimonie, un peu comme un pointilliste, c'est-à-dire où tout d'un coup, tu vas chercher la nuance où tu vas pouvoir mettre... un petit peu plus d'œufs, un poil d'œufs. Et donc, pour faire un équilibre entre le fond et la forme, je fais marcher les gens, ils marchent. Et pendant qu'ils marchent, je leur donne un texte qui est fait plutôt un texte, on va dire, pour être dit, qui a été écrit, par exemple, souvent pour les femmes, Simone Veil, son discours à l'Assemblée nationale, ou bien alors le discours, par exemple, de Jacques Chirac. ou de Martin Luther King où ils défendent des idées. Et je leur demande de dire ce texte en ton neutre. Et puis après, je lance une émotion dans cette roue des émotions. Et je leur montre qu'au fond, ils ne le savent pas, mais ils sont acteurs d'eux-mêmes, car ils détiennent toutes ces émotions. Et que via l'émotion, le corps va aussi exprimer, vivre une rythmique différente. et l'accompagner via une gestuelle. Et ça, c'est génial. Si je te dis heureux, ou plus percussif, ou peureux, et tout d'un coup, tu vas te mettre à dire ce texte que tu lis, mais que tu vas lire à haute voix, et que tu vas essayer de jouer, d'incarner, avec ces émotions différentes. Et c'est un exercice génial, parce que du coup, les gens se rendent compte, ah ouais, je ne savais pas que je savais faire ça.
- Speaker #0
Génial. Génial, et en plus, moi, ça fait quoi autre chose, je trouve ? C'est la question de la cohérence. Je parle toujours... On parle souvent plutôt de la cohérence entre les propos, c'est-à-dire il faut que si j'ai dit ça à l'instant A, il faut qu'à l'instant B, ce que je dis n'aille pas dans le sens inverse, qu'il y ait cette cohérence. Mais on parle moins souvent, je trouve, de la cohérence entre le fond et la forme. C'est-à-dire que si je parle de quelque chose de super heureux, mais que je fais la gueule, que j'ai le regard noir, etc., ce n'est pas crédible et je vais perdre dans ma crédibilité, dans le lien de confiance avec mon public. Et idem. Si je dis quelque chose de très triste, si je veux transmettre une émotion, quelque chose de colère ou quoi que ce soit, et que je le fais avec un grand sourire, une voix chantante comme je le fais là, là aussi, on n'y croit pas. Parce que là, si je vous dis qu'il s'est passé quelque chose de très triste hier, on l'entend, ça ne veut rien dire.
- Speaker #1
Oui, je suis d'accord.
- Speaker #0
J'imagine que c'est ça que tu cherches à travailler aussi avec cet exercice.
- Speaker #1
En fait, c'est la modulation, c'est la modulation de fréquence. C'est aussi de comprendre que... Ce n'est jamais plate, comme diraient les Québécois, mais la logorée doit avoir une modulation via l'intention. Et dans l'intention, il y a des émotions. Et dans cette intention, il y a des couleurs différentes. Et j'aime bien leur dire aussi que via la visualisation, qu'est-ce que tu veux en fait transmettre comme message ? Quel est ton fond ? Quelle est ta forme ? Quelle est ton émotion ? Et à partir de là, dans la visualisation, Là où tu as, par exemple, des paquets ou des strophes ou une graduation dans ton écriture, en bullet point ou en style télégraphique, tu vas pouvoir mettre des adjectifs qui vont pouvoir faire que tu incarnes ton humeur avec ton humour. Et c'est ce qui va faire la modulation de la fréquence. Et ensuite, comment est-ce que tu vas incarner ça ? Et c'est là où c'est difficile. Parce que du coup, dans la respiration, dans l'articulation... dans le regard, dans la présence, eh bien, bien évidemment, ça va impacter la coloration de ton incarnation.
- Speaker #0
Mais alors, moi, tout ça, j'ai l'impression que ça fait beaucoup à penser pendant une prise de parole. Je pense que c'est effectivement très important, mais est-ce que je vais réussir à penser à tout ça ? Moi, je vais être concentré sur ce que je veux dire, sur comment fonctionne le public, comment il réagit. Alors, si je dois penser à des couleurs, à ma respiration, etc., est-ce qu'on risque pas de se paumer un peu ?
- Speaker #1
Non, mais carrément. Mais l'idée, ce n'est pas pendant que tu fais l'action, pendant que tu vas restituer un contenu. C'est justement ça, le rapprochement avec le sportif de haut niveau. C'est-à-dire que via l'entraînement, avec un coach bien précis ou un accompagnateur, c'est que tu as compris les mécanismes. Et donc, ces automatismes que tu as en toi, sur lesquels c'est très compliqué de faire une rééducation pour comprendre à faire autrement, justement, tu arrives à te... à mettre en place via des exercices en amont, sur des préparations, que ça devient ancré et ça devient un acquis sur lequel, sur l'instant T, du moment où tu vas restituer ton contenu, tu ne vas pas commencer à te contrôler ni à te regarder faire. Tu vas juste incarner puisque tu auras tellement préparé que tout ça va sembler fluide et authentique sans avoir à contrôler.
- Speaker #0
C'est un travail de préparation qui permet finalement de créer, de l'anticiper, d'anticiper éventuellement une gestuelle, une humeur, une émotion, tous ces éléments-là, et finalement de ne plus avoir à y penser pendant la prise de parole réelle, on va dire en tout cas celle qui est face au public.
- Speaker #1
Exactement, tu l'as très bien dit. Il y a un autre exercice qui est fondamental. Parce que toujours on a une mauvaise perception de soi-même, on est toujours en train de chercher à être performeur et à chercher l'efficacité et surtout le bien-faire. Ça c'est très compliqué, mais c'est se filmer. Si on se filme, qu'est-ce qu'on donne à voir ? Et comment on le ressent ? C'est carrément antinomique. Il y a des gens qui disent, mais attends, mais moi j'étais à côté de la plaque, j'ai perdu des idées, j'ai eu une chaleur qui m'est montée dans tout le corps, j'ai les mains moites, j'ai les glands de salivaire. C'est bien ça le non-verbal, para-verbal. C'est comment ne pas subir justement toute cette réaction kinesthésique qui peut-être ne sera pas perçue par l'audience. Et ça, c'est génial. Donc si on se filme, on se rend compte que finalement, on sait mieux faire que ce qu'on pense.
- Speaker #0
Oui, et puis alors, je confirme là-dessus, c'est un exercice qui n'est pas facile de se filmer. Enfin, de se filmer, ça va encore, mais de se regarder, c'est plus compliqué. Parce que forcément, on n'est pas habitué à se voir, on n'est pas non plus encore moins même habitué. à s'entendre. Donc, on le sait, tous les coachs, tous les formateurs qui utilisent ce type d'exercice, on sait que ce n'est pas facile pour vous de vous regarder, de vous analyser. On est aussi là pour le faire avec vous. Mais c'est franchement un exercice fondamental parce que ça aide à la compréhension, à la visualisation de ce qu'on fait, à comprendre son fonctionnement parce qu'on va enfin le découvrir vu de l'extérieur.
- Speaker #1
Mais surtout, Picasso nous a bien démontré qu'on était asymétrique. Donc il faut qu'on passe au-delà de tous les complexes qu'on peut avoir. Un œil plus petit que l'autre, une gestuelle qui tout d'un coup ne fonctionne pas. Une fois qu'on a passé au-delà de l'image, que l'image malheureusement grossit de 2 kilos, quand on est grand ça allonge, quand on est petit ça rapetisse. Une fois qu'on a passé ça, on va pouvoir réellement savoir, et ça donne quoi au niveau de l'authenticité ? Est-ce que c'est impactant ? ce mot corporate, est-ce que tout d'un coup, ne pas surligner, ne pas trop appuyer, c'est peut-être ça tout simplement, incarner un message et avoir de la sensibilité. Moi, j'adore les gens qui disent je suis un timide ou une timide. C'est les meilleurs orateurs du monde. Ce sont ceux qui ressentent et qui donc vont nous interpeller via leur sensibilité.
- Speaker #0
Et là encore, un message très important, être timide, ça ne veut pas dire, comme tu le dis très bien, qu'on ne peut pas devenir orateur. Moi, j'étais très timide, j'ai dû bosser là-dessus. Je pense que, je crois que toi aussi, il me semble qu'on en avait parlé. Tout à fait. Corentin Eveneau, il était bègue à la base. Enfin, il y a vraiment... beaucoup de grands orateurs qui sont timides de nature. Et l'idée, c'est ça aussi, c'est de se dépasser et d'apprendre à s'exprimer avec son fonctionnement, avec ses émotions.
- Speaker #1
Oui, alors on dit toujours cette expression sortir de sa zone de confort. Quand on est timide, finalement, on préfère se taire et écouter les autres et laisser la place à ceux qui ont peut-être, sans avoir une posture haute, mais en tout cas le panache de cette expression. Mais finalement, quand tu te rends compte que justement, cette sensibilité... c'est celle qui accroche vraiment les gens et qui tout d'un coup te rend d'une sensibilité qui interpelle chez l'auditeur ou l'audience, le public, aussi leur propre sensibilité. Et c'est là où tout d'un coup, il y a une connexion qui se fait. Donc pour moi, vraiment, les intros, comme j'aime les appeler, qui ne sont pas les intros, ceux qui ont une maladie, mais ceux qui sont plutôt les taiseux, c'est peut-être les plus intéressants pour moi.
- Speaker #0
Oui, je comprends tout à fait. Pour reprendre sur le sujet initial, le lien corps-voix, corps-parole, est-ce que tu verrais une troisième dimension à prendre en compte sur laquelle on pourrait travailler ?
- Speaker #1
C'est intéressant parce qu'au théâtre, on dit que le dos parle. Effectivement, quand on dit prends ta place, ancre-toi, ne sois pas raide pour que la respiration puisse donner une sorte de chaloupée, de prise de parole, où tout d'un coup, la fluidité des deux cerveaux, le cerveau droit et le cerveau gauche, via le diaphragme de cette respiration, je reviens sur cette respiration, diaphragme thoracique, et puis le diaphragme périnéal du ventre qui va donc donner l'ancrage du bassin et aussi comment tout d'un coup tu es bien positionné et que tu ne te balances pas dans tous les sens. Eh bien, c'est ça qui est intéressant. Moi, j'aime bien parler du chaloupé de la prise de parole. Pourquoi est-ce qu'on doit rester statique ? Pourquoi ? On ne va pas devenir des stand-upers, mais on a le droit de faire des mouvements dans le corps. On a le droit de laisser aller une gestuelle qui n'est pas parasitaire à son contenu. C'est chouette aussi, des bras. Et tout ça, ça devient culturel. Moi, je viens du sud de la France. Bien évidemment, chez moi, on hurlait. C'est pour ça que j'ai la voix qui porte. Mais tout d'un coup, la gestuelle, ça accompagne aussi beaucoup le contenu. On n'est pas là pour paraphraser avec la gestuelle, mais on accompagne sa parole. Et du coup, ça donne du mouvement, ça donne de la vie.
- Speaker #0
On a bien avancé, donc je vous propose de prendre 30 secondes pour vous parler de l'accélérateur à pitch. L'accélérateur à pitch, c'est une formation que je viens de sortir et qui va vous accompagner tout au long de la préparation de vos pitchs. Dedans, vous aurez plus de 6 heures de vidéos, des fiches de suivi, mes méthodes, mes astuces, mes outils et une heure de coaching individuel avec moi pour que vous repartiez avec un pitch percutant et surtout un pitch qui convertit. Mais je ne vous en dis pas plus, toutes les infos sont dans le lien en description de l'épisode. Allez, on se retrouve de l'autre côté et nous, on reprend. Oui, je suis tout à fait d'accord avec toi là-dessus. Moi, je le vois très bien. Très souvent, les gens me demandent comment ils doivent se servir de leurs bras, voir est-ce que j'ai le droit de parler avec mes mains, de bouger mes bras, etc. Bien évidemment, je pense qu'il faut se sentir libre aussi de s'exprimer. Et comme tu le disais, alors toi, tu disais de ne pas paraphraser. Moi, je dis, on n'est pas là pour faire un time's up ou parler en langue des signes. Donc effectivement, on ne va pas tout mimer avec les bras. Oui, ça je suis d'accord. Mais de se sentir libre. Et ce que j'aime bien, c'est dire de contenir simplement la gestuelle, c'est-à-dire d'avoir un espace dans lequel on va essayer de garder ses bras pour éviter d'en faire trop, d'en faire des caisses. Quand je dis ça, c'est d'avoir les bras qui partent dans tous les sens et qui pourraient fatiguer l'auditoire, mais de se laisser une zone de liberté dans laquelle on peut se déplacer, dans laquelle on peut bouger, pour justement sentir cette liberté, parler comme on veut parler. tout en gardant l'attention de notre auditoire.
- Speaker #1
Alors ça, c'est super. Et c'est bien de cette nuance dont je parle. C'est-à-dire comme si on avait un variateur qui n'est pas que variateur émotionnel, mais aussi un variateur qui amène tout le corps. C'est-à-dire entre le fond et la forme. Comment est-ce que tu l'exprimes ? Pourquoi est-ce que tu appuies ? Pourquoi tu surlignes ? Pourquoi tout d'un coup, tu vas être volontaire et te dépasser ? Non, tout simplement trouver, si tu veux, ce juste équilibre. entre le fond et la forme de cette incarnation qui est libre, fluide ouais libre, voilà j'ai envie de dire ça c'est pour ça que je dis toujours soyons anarchistes de notre parole et de notre corps
- Speaker #0
Génial On va arriver à la fin de l'épisode déjà et je voulais savoir si éventuellement t'avais peut-être une checklist ou un petit truc comme ça que les gens pourraient noter pour bien retenir les différents éléments qui sont importants dans cette liaison
- Speaker #1
Donc la to-do list, qu'est-ce que c'est ? D'abord, de savoir qu'est-ce qu'on a à dire, qu'est-ce qu'on veut transmettre, donc bien synthétiser la pensée, et puis utiliser son propre vocable, utiliser sa syntaxe, savoir que finalement, la manière dont tu parles, ça a tout autant d'intérêt que n'importe qui d'autre, donc affirmer aussi son style d'oralité, et puis après, une fois qu'on a construit son contenu, On va s'entraîner comme les acteurs, c'est-à-dire on va le répéter. Et puis là, on va voir si peut-être on peut se filmer et puis comprendre comment est-ce que tout d'un coup, à chaque paragraphe, tu vas pouvoir donner des émotions, des intentions, des adjectifs différents pour que ça soit une vraie modulation et que tout d'un coup, tu vas garder l'audience attentive à ce que tu as à transmettre et que tu ne sois pas plate, comme disent les Québécois. Et puis après, une fois que tu t'es filmé, te rendre compte que c'est plutôt pas mal ce que tu es en train de faire. Ça fait du bien.
- Speaker #0
Génial, ça nous fait une bonne méthode sur laquelle travailler. Et pour terminer, enfin, est-ce que tu aurais une ressource, un livre, un film, un podcast à nous conseiller ? Alors, au-delà du tien, bien sûr, ton excellent livre, vous allez adorer prendre la parole, dans lequel tu parles de la voix, de ton parcours, etc. Mais peut-être un autre livre, une autre référence à nous conseiller ?
- Speaker #1
Alors moi je ne suis pas très libre, je suis plutôt cinéma. Le discours d'un roi, il y a un exercice qui est extraordinaire quand tout d'un coup pour enlever le bégaiement de ce roi, il lui met de la musique dans les oreilles et donc il détourne le mental du roi. Et à ce moment-là, on se rend compte que la parole est libre parce qu'il n'est pas en train de se contrôler. Et finalement, je ne sais pas s'il faut faire cet exercice mais... Quand on comprend que ce n'est pas le mental qui nous dirige, mais que c'est bien l'intention qui nous guide, à partir de ce moment-là, c'est magnifique.
- Speaker #0
En plus, j'adore ce film. Donc, si vous ne l'avez pas vu, foncez le voir. Et effectivement, j'adore cette scène avec le disque qui est absolument magnifique. En tout cas, ça nous fait beaucoup de choses sur lesquelles travailler. Donc, un très grand merci Martine. Merci à toi. Merci à toi pour ce que tu nous as apporté.
- Speaker #1
Merci, merci. Je ne sais pas si ça a amené des choses nouvelles. En tout cas, je trouve ça passionnant ce que tu fais. C'est-à-dire qu'en interviewant des gens avec des techniques qui sont différentes ou peut-être même les mêmes. Mais le prisme de chacun est tellement différent, comment l'auditeur va pouvoir prendre conscience, en tout cas faire éveiller une fonctionnalité de notre corps, si je puis me permettre de dire ça. Tout d'un coup, soyez libre, laissez-vous tranquille, ça suffit le contrôle.
- Speaker #0
Écoute, vu que c'était une flatterie au début, je me suis dit je ne vais pas le laisser. Et puis en fait, si de temps en temps on va se faire un peu de bien, on va se laisser des flatteries. Tu le mérites. Un très grand merci encore Martine. Merci. Et à très bientôt.
- Speaker #1
A bientôt.
- Speaker #0
Merci d'avoir suivi cet épisode jusqu'au bout. J'espère qu'il vous a plu et surtout qu'il vous sera utile. Si c'est le cas, pensez à lâcher la plus belle note sur votre plateforme d'écoute et à partager ce podcast autour de vous. Je compte sur vous, c'est super important pour moi. Et dans tous les cas, on se retrouve la semaine prochaine pour développer une nouvelle compétence oratoire. Allez, ciao !