- Speaker #0
Je trouve que les rencontres qui marquent le plus, c'est celles où on est touché fortement dans l'émotion. On ne s'y attendait pas toujours, mais je me souviens un soir d'hiver d'une jeune fille qui était à Oisem. Ce jour-là, on distribuait des repas chauds. C'était pour elle quelque chose d'incroyable à ce moment-là précis. C'est toujours là que c'est le plus incroyable. C'est quand c'est un moment précis, on a quelque chose que la personne a vraiment besoin. Ce qui frappe en général quand on aborde le monde de la rue, c'est comme les gens sont solidaires entre eux. Et ça, c'est une découverte. C'est aussi comme les gens sont joyeux. En tout cas... Quand on est en maraude ou quand on veut proposer quelque chose de sympathique à une personne de la rue, souvent l'interaction est facile. C'est tout le contraire, être gentil, ça change tout. Non mais c'est vrai, être gentil, c'est... Alors là, on va rentrer dans mes convictions personnelles. Mais être gentil, un geste, quelque chose qui est donné sans intention de retour, ça change. Ça change la vie, ça change la société.
- Speaker #1
La pire pauvreté, c'est celle de l'indifférence. L'indifférence de la personne du trottoir d'en face, celle qui n'a plus de toit, qu'on ne voit plus, qu'on ne considère plus, Alors qu'on se rend compte qu'un simple geste pourrait... tout changer. Un bonjour, un merci, juste un sourire, rien que le considérer, partager un café, c'est ce qu'a décidé de faire Arnaud Collette, notre invité, en créant l'association Les Soldats du Sourire. Et vous allez voir ce qu'il raconte, ça fait un bien fou. Et bien sûr, on va retrouver Arnaud tout de suite. Bonjour Arnaud, merci d'être là.
- Speaker #0
Bonjour Cécile.
- Speaker #1
Est-ce qu'on va commencer tout simplement ? Est-ce que tu pourrais te présenter ?
- Speaker #0
Oui, je m'appelle Arnaud Collette. et j'anime l'association des soldats du sourire. Et on a une mission simple, celle de changer le regard sur les personnes de la rue et d'enrichir leur vie.
- Speaker #1
Moi ce qui m'intéresse c'est qu'on reparte du départ. Et donc la première question, c'était la première fois que tu as tendu la main à quelqu'un dans la rue, qu'est-ce que tu as ressenti ?
- Speaker #0
C'était avec une association étudiante. J'avais envie depuis longtemps de rencontrer des personnes de la rue. Et la première fois que ça m'est arrivé, j'ai tout de suite ressenti que c'était... naturel et agréable pour moi. C'était un grand groupe, donc on voyait que des personnes étaient à l'aise, pas à l'aise. Et j'ai ressenti un peu comme un appel. C'était naturel pour moi et ça me faisait plaisir.
- Speaker #1
Alors justement, on croise tous des personnes à la rue, mais très peu s'arrêtent. Comment t'as fait pour réussir à t'arrêter et aller vers eux tout simplement ?
- Speaker #0
Là, c'était facilité parce que c'était une association qui l'organisait. C'est vrai que c'est moins simple quand on n'est pas dans le cadre d'une association. Nous, dans notre association, on aime bien encadrer les gens et les rapports qu'on peut avoir, parce qu'on ne sait pas toujours quoi faire personnellement. Mais si on ne sait pas quoi faire personnellement, on peut toujours faire un sourire. C'est déjà énorme.
- Speaker #1
Par exemple, c'est toujours le premier geste qui compte et qui change tout. Et justement, en fait, tu as découvert la réalité de la rue. Donc, ce n'est pas comme un reportage, etc. Quelle convie, la vraie ? Qu'est-ce qui t'a frappé en premier ?
- Speaker #0
Ce qui frappe en général, quand on aborde le monde de la rue, c'est comme les gens sont solidaires entre eux. et ça c'est une découverte c'est aussi comme les gens sont joyeux en tout cas quand on est en maraude ou quand on veut proposer quelque chose de sympathique à une personne de la rue souvent l'interaction elle est facile des fois on reçoit des histoires qui sont lourdes à porter mais en général c'est très agréable et la dernière chose c'est que ce sont des personnes comme nous c'est ça qu'on se rend compte très souvent c'est que la discussion elle est fluide, elle est normale et on se rend compte que les personnes de la rue c'est un peu nous mais avec une histoire différente Merci.
- Speaker #1
Et quand tu dis solidaire, tu as des exemples de solidarité entre eux ?
- Speaker #0
Souvent, les personnes de la rue disent « non, je ne vais pas prendre ce sandwich, parce que laissez-le pour quelqu'un qui en a besoin, moi j'en ai déjà reçu beaucoup » . C'est très souvent ce geste-là, de dire « ne me donnez pas, il y a certainement quelqu'un qui en a le plus besoin, ou alors je prends, mais je vais redonner tout de suite à quelqu'un d'autre » .
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une rencontre qui t'a plus marqué qu'une autre ? Ou là tu t'es dit « après ça, je ne pourrai plus jamais détourner le regard, il faut que je fasse quelque chose » .
- Speaker #0
Les... Toutes les rencontres qui marquent le plus, c'est celles où on est touché fortement dans l'émotion. On ne s'y attendait pas toujours, mais je me souviens un soir d'hiver d'une jeune fille qui était à Oisem, assise contre un porche d'église. Ce jour-là, on distribuait des repas chauds. C'était pour elle quelque chose d'incroyable à ce moment-là précis. C'est toujours là que c'est le plus incroyable, c'est quand c'est un moment précis, on a quelque chose que la personne a vraiment besoin. Donc à manger, une tente, elle en avait besoin, on avait des couvertures, elle en avait besoin, un set de couchage, elle en avait besoin, des vêtements, elle en avait besoin. et cerise sur le gâteau, un doudou, elle en voulait un. Et ça, c'est fabuleux pour nous parce qu'on a été très touchés par... Elle s'est mise à pleurer, nous aussi, je pense. On a été très touchés. Et aussi, ça vient remercier un peu le travail que font toutes les personnes qui préparent en amont tous ces produits qu'on donne. Et c'est un peu un accomplissement. Et puis, des fois, on croise un moment où on peut vraiment apporter quelque chose. Et des fois, apporter un sachet plastique, ça peut être un moment fort émotionnellement parce que c'est ce dont la personne a vraiment besoin. À ce moment-là.
- Speaker #1
Alors, comment ça a commencé, l'association ? Je sais que tu as commencé pendant le confinement. Est-ce que tu peux nous raconter ?
- Speaker #0
Oui, j'ai commencé pendant le Covid par une simple table qui est devant chez moi. J'avais vu ça en Italie. Les gens mettent une table pour que les gens prennent ou donnent ce qu'ils veulent. Et comme... Avec le Covid, on ne pouvait pas accéder aux personnes de la rue. Il n'y avait plus de maraudes, plus d'associations qui maraudaient. J'avais vu cette initiative-là et donc je l'ai fait devant chez moi. La table existe toujours. Elle écoule des centaines de produits par semaine et par mois. Mais voilà, c'était la première étape. Après, avec quelques potes, on a maraudé. Et là, j'ai vraiment pris le virus. Et ajouter tout ce qu'on peut recevoir comme amour quand on reçoit et qu'on donne, quand on fait ce genre de choses. Et puis au début, c'était juste du café. Et puis par la suite, maintenant, c'est des milliers de produits par an qu'on distribue, avec 1500 bénévoles depuis la création. Et c'est qu'une chose, qu'une envie, c'est de continuer à se développer.
- Speaker #1
Alors je me demande comment c'est né au départ, c'est-à-dire que tu étais tout seul avec ta table. Qui t'a rejoint ? C'est qui les premiers ? Et comment ça s'est développé par la suite ?
- Speaker #0
Au début, c'est compliqué parce que la chose n'existe pas. Et donc, on peut comme pitcher. une société, donc on vend le fait qu'on va créer une association. Au début, il faut avoir au moins 3-4 personnes, au moins 2 pour pouvoir créer une association. Et donc là, je ne trouvais personne pour le faire parce que ça nécessite de donner du temps et le projet est flou au démarrage. Et donc, j'ai eu la chance que mon épouse veuille bien être dans le tour de table de démarrage. Et puis, après, je suis parti tout seul sur des maraudes, j'en faisais une tous les 15 jours. Et après, une fois que c'est parti... Une fois qu'on a posé la première action, il y a un effet boule de neige. C'est-à-dire que les gens voient que vous vous êtes mis en mouvement.
- Speaker #1
C'était quoi la première action ? Une maraude.
- Speaker #0
Une maraude tout seul.
- Speaker #1
Vous étiez combien pour la première ?
- Speaker #0
Un. Un et puis deux. Et puis voilà. Et après, plus le temps passe, plus on s'organise. Et puis une fois que ça commence à exister, ça fait boule de neige. Et j'ai des potes vraiment, des potes très intimes qui sont venus en maraude. Et là, ça a commencé à pouvoir être un petit peu un passage de relais. Qu'est-ce qui les a convaincus, à ton avis ? Je crois que c'est le sens. Et en fait, on ne peut jamais savoir ce que ça évoque chez les gens, mais je pense qu'ils y ont trouvé un sens dans leur vie à ce moment-là. Ça a apporté quelque chose. Et aussi, à un moment donné, moi, c'était beaucoup, parce que c'était tous les 15 jours. Mais faire une maraude, ça nécessite de trouver des produits en amont, de réunir des gens. Donc, c'est lourd comme organisation. Et à un moment donné, j'étais démotivé. On était à trois, avec Damien et Christophe, qui sont mes meilleurs potes. Et j'ai dit, je vais arrêter, c'est trop lourd pour moi. Sauf si on a une idée particulière, mais je vous préviens que je vais arrêter. Et c'est eux qui ont dit non, non, on n'arrête pas. Et on est rentrés, on a créé un bureau. Une étincelle énorme pour moi. Et depuis, je suis toujours, moi, vachement redevable et hyper content de tous les gens qui veulent rentrer, qui veulent faire des choses, parce que c'est comme ça que ça vit, c'est quand on peut partager l'énergie.
- Speaker #1
Et justement, ce n'est pas une association comme les autres, ça a du sourire, il y a une vraie philosophie derrière. Est-ce que tu peux m'en dire un peu plus ?
- Speaker #0
Nous, c'est vraiment les valeurs du collectif. L'idée, c'est vraiment une rencontre humaine. On est là pour faire du bien et aussi pour se faire du bien. Nous, on a une attention particulière aux gens qui maraudent avec nous, presque autant que pour les gens à qui on vient donner des choses. On veut créer un collectif, une énergie. On veut que ça apporte des choses aux gens et c'est hyper important pour nous. en dehors d'une ADN... C'est particulière parce que nous, on a des créneaux de deux heures qui sont faits pour les gens qui bossent. C'est le soir ou le matin. Et c'est clé en main aussi. Vous n'êtes pas obligé de venir avec un engagement. On peut venir une seule fois et c'est OK pour nous. Parce qu'une seule fois, on change de regard.
- Speaker #1
Est-ce que les gens reviennent ? Ou finalement, ils viennent une fois de temps en temps ? Qu'est-ce que tu vois sur le terrain ?
- Speaker #0
Il y a vraiment tous les profils. On emmène 800 personnes en maraude par an. Il y en a 400 qui sont nouvelles en général. Donc il y a autant de personnes qui ne reviennent jamais que de gens qui reviennent. À nous d'organiser un fonds de bénévoles qui nous permettent de faire avancer l'association. Mais ce fonds grandit sans cesse, donc jusqu'à présent ça va. Mais pour nous, il n'y a aucun problème à une personne qui ne revient pas. Ça fait partie de notre mission.
- Speaker #1
C'est quoi la suite ? Aujourd'hui, en fait, des soldats du sourire. Comme tu dis, il y a énormément de gens qui vous retrouvent. Il y a des maraudes tous les week-ends. Comment tu vois les choses après ?
- Speaker #0
Il y a plusieurs choses. Effectivement, une chose qu'on constate, nous, c'est que les... On s'inscrit sur le site soldatsdussourire.org. C'est comme ça qu'on rejoint nos missions. Et force est de constater qu'on est maintenant près, plein, plusieurs mois à l'avance. Donc là, jusqu'au mois d'avril, ça devient difficile de trouver des places. Donc il y a plusieurs choses que l'on peut faire, nous. C'est développer le nombre de maraudes, ce que l'on... souhaite faire. Certainement aller sur des maraudes sociales où on ne distribue pas de choses mais où on encadre des parcours.
- Speaker #1
D'accord, c'est-à-dire concrètement ?
- Speaker #0
Où on se met à mieux connaître les personnes où elles sont. Elles en sont, où on peut orienter vers des lieux d'accueil, des initiatives pour retrouver un emploi, pour l'hébergement. Ce qui est difficile à faire dans une maraude de deux heures où le but principal, c'est de donner des produits de première nécessité. Ça, c'est un axe pour nous, bien évidemment. Un autre axe, ça peut être d'accueillir. On est en recherche de bureaux, de lieux où on peut cuisiner, pour préparer nos maraudes, et de lieux où on peut réunir des gens. Pas d'hébergement pour l'instant, mais... Là, on passe plutôt par d'autres associations.
- Speaker #1
Comme les bureaux du cœur, par exemple ? Oui,
- Speaker #0
comme les bureaux du cœur. Cette année, il y a vraiment des associations qui ont été magiques pour nous. Les bureaux du cœur en font partie. Toi, moi aussi, et aussi Soli, la carte Soli Day.
- Speaker #1
Tu peux en dire quelques mots, la carte Soli ?
- Speaker #0
Oui, Soli, c'est une initiative de team de Guette. Tu as vu récemment. Donc Tim a créé une carte qui permet aux personnes depuis leur téléphone de faire un don aux personnes de la rue. La personne reçoit, et ça c'est fabuleux, une vraie carte bancaire, surtout pour des personnes qui n'ont pas de compte bancaire. Et le petit trick c'est que sa carte permet d'avoir accès à des fonds sur une carte sans avoir à ouvrir un compte avec des papiers d'identité. La personne reçoit une carte, elle a son propre code, elle peut dépenser dans des produits de première nécessité dans beaucoup de commerces. Et les personnes qui sont dans la rue peuvent lui donner directement de l'argent. Ça fait vraiment la différence.
- Speaker #1
On voit que vous ne travaillez pas seul. Il y a vraiment un collectif aussi bien au sein de l'asso qu'avec d'autres assos. Quelle que ça change de ne pas être tout seul ?
- Speaker #0
Ça permet de faire beaucoup plus de choses. Hébergement, si jamais on voulait y rentrer, c'est très lourd. Donc c'est toi, moi, c'est Bureau du cœur. C'est les liens qu'on peut avoir avec le Graal, par exemple. Le Graal, c'est ? Le Graal, c'est l'organisme d'État qui permet de suivre les gens. de retrouver des logements. Et c'est pareil, si on voulait rechercher nous-mêmes des vêtements, ce serait lourd, on passe par la cravate solidaire aussi. Si on voulait rechercher des livres, ce serait lourd, on passe par la bouquinerie du Sars. Tout ça, ça nous permet d'aller plus loin dans nos actions en restant sur le cœur de ce qu'on sait faire, nous le contact avec le terrain.
- Speaker #1
En parlant de contact, justement, certains pourraient dire que donner un sourire, c'est gentil, mais ça ne change rien. Qu'est-ce que vous leur dites ?
- Speaker #0
Et bien, c'est tout le contraire. Être gentil, ça change tout. Non mais c'est vrai, être gentil, c'est... Alors là, on va rentrer dans mes convictions personnelles, mais... Mais être gentil, un geste, quelque chose qui est donné sans intention de retour, ça change la vie, ça change la société. Je ne sais pas si tout le monde a déjà fait l'expérience un matin de sourire, juste sourire, plutôt que de ne pas sourire. Mais dans sa voiture, quand quelqu'un traverse devant vous, dans le métro... Les gens changent autour de vous. Ils n'ont pas le même regard, ils ne vous abordent pas de la même façon. Il devient bienveillant, il y a quelque chose qui change. Mais c'est clair, être gentil, c'est très important.
- Speaker #1
Est-ce que ça dépense l'association ? Est-ce que tu es comme ça aussi au travail, dans l'entreprise ? Est-ce que tu vois que ça déplace aussi un peu les choses et que ça reflète sur tout le reste ?
- Speaker #0
Moi, je pense que ça m'a transformé, moi, oui. Ça m'a transformé dans mon entreprise du fait de l'association. Parce que cette gentillesse, elle était... pour peut-être être un peu se penchant de départ là, mais en tout cas, la maraude, l'association, l'aide aux personnes sans abri, ça développe énormément ce côté cœur et cette ouverture, dont j'avais besoin, c'est aussi pour ça que je suis rentré dans l'associative. Je sentais que j'en avais vraiment besoin, parce que je sentais une fermeture, parce que je me trouvais trop rigide, parce que je trouvais que je n'étais pas empathique, parce que plein de choses où j'avais envie de me mettre un peu en dehors de ma zone de confort. Et c'est peut-être pour ça que ça m'a paru naturel ou agréable dès le début de la maraude. C'est que j'en avais eu. En dehors que ça me fasse plaisir, j'en avais besoin.
- Speaker #1
Et les résultats ? Est-ce que tu as des belles histoires à nous raconter ?
- Speaker #0
Oui, il y a plein de belles histoires. Nous, nos belles histoires, comme on donne des produits de première nécessité, c'est souvent des émotions des gens qu'on rencontre. Je me souviens d'une jeune fille qui nous a dit « Ah, vous m'avez souri et ça m'a rattrapé plusieurs jours de galère. » Et là, on se dit « Waouh ! » Cette phrase-là, elle nous... Tous les jours dans l'association, elle résonne encore. Parce qu'on se dit, ce pouvoir de juste reconnaître quelqu'un, de dire je t'ai vu, au lieu de dire je t'ai pas vu. Et ça, les gens de la rue, ils n'ont pas besoin que de nourriture. Ils ont juste besoin d'être une personne normale. Un bonjour, un sourire. C'est ce qu'on dit en débarrage de Maraude. Adressez-vous aux personnes de la rue, comme à n'importe qui. Et ce sera déjà énorme. Et pareil, quand vous n'êtes pas en Maraude. Mais oui, il y a des anecdotes. Une personne qu'on a pu trouver sur un parking au mois de décembre en sweatshirt, qu'on a pu mettre à l'hôtel. Une personne qu'on a pu accompagner dans sa recherche d'emploi. La première personne qu'on a mis au bureau du cœur aussi, on était très heureux de pouvoir le faire. Neuf mois au show, c'est tous ces petits gestes. Quand on a pu trouver une plage chez Lazare aussi, je ne vais pas parler de Lazare, mais qui sont des endroits où on fait du co-living avec des personnes de la rue et des jeunes qui sont en activité. Dès qu'on a pu mettre une personne qu'on connaissait en lien et que ça a pu déboucher sur une mise à l'abri, pour nous c'est des choses fortes. Mais on est conscient qu'on n'est pas des éducateurs, on n'est pas des accompagnateurs. Ce qu'on sait faire le mieux, c'est donner des produits sur le terrain. Et le reste, c'est aussi beaucoup un métier. C'est là qu'on essaie de s'appuyer sur d'autres assos.
- Speaker #1
Est-ce qu'il t'arrive d'être fatigué, de douter, d'avoir peur de ne pas être à la hauteur ? Parce que comme tu dis, c'est un vrai engagement ce que vous faites tous les jours sur le terrain.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Moins souvent maintenant parce que je suis plus entouré. Mais oui, oui, ça arrive. C'est arrivé beaucoup par le passé. J'ai dû le surmonter avec d'autres gens qui ont voulu s'engager. Et à chaque fois que je le ressens, je me dis, c'est certainement un moment où il faut que je délègue encore plus, et qu'on soit plus à faire, et qu'on fasse rentrer. On a un stagiaire qui est rentré, Elodie, qui est fabuleuse depuis quelques mois maintenant, et ça nous permet d'aller plus loin, d'avoir des personnes qui travaillent sur le fond, et ça fait partie en tout cas de notre moyen de nous pérenniser, nous, demain, il faut qu'on arrive à avoir des personnes permanentes dans l'association. Aujourd'hui, c'est que des bénévoles.
- Speaker #1
Quand tu vois tout ce que tu rencontres tous les jours, même si ça te fait beaucoup de bien, on pourrait quand même se fermer, se dire que la vie est dure. Comment tu fais pour garder cette profonde gentillesse, cette profonde bienveillance par rapport à cette dureté au quotidien ?
- Speaker #0
Je crois que la gentillesse, ou en tout cas l'ouverture et la bienveillance, permettent d'être moins impactés aussi émotionnellement. Si on est dans le jugement ou... ou dans l'émotion forte, dans tous les cas, quand on... Parce que pour moi, la gentillesse, c'est ça, c'est un peu l'inconditionnalité du rapport. C'est que, quel que soit ton aspect, des fois, quelques fois, on a des personnes qui viennent vers nous, elles crient, elles ont bu, elles sont débraillées, voilà. Et donc, juste le dire, je laisse ça de côté, je m'adresse à quelqu'un, ça permet de souffler un peu sur l'émotion, le jugement, le rapport, la protection, et ça permet d'avoir un vrai... Un vrai dialogue, et c'est aussi quelque chose qui permet à la personne de se détendre. Je pense que c'est quelque chose qui détend un peu le rapport.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu dirais aux personnes qui n'osent pas dire bonjour, qui n'osent pas y aller ou qui n'osent pas agir ? Qu'est-ce que tu aurais envie de leur dire ?
- Speaker #0
C'est normal. C'est dans notre ADN des personnes qu'on ne connaît pas, des milieux différents, que ce soit des personnes étrangères. des handicapés, des personnes à la rue, on ne connaît pas leur façon de vivre, des gens du voyage, on ne les connaît pas. Et quand on ne connaît pas, on a plutôt tendance à être en protection. Si j'avais un conseil à donner, c'est en tout cas par rapport aux personnes de la rue qui sont très vulnérables, c'est qu'il n'y a pas de risque à s'ouvrir, en tout cas au moins à rencontrer à la personne qu'on l'a vue, à lui sourire, à passer une énergie positive. Si Être méchant, c'est un peu à la portée de n'importe qui, je trouve. Et être méchant, ça revient en boomerang. Alors, être gentil, ça revient en boomerang aussi, mais ça fait moins mal.
- Speaker #1
C'est une belle part. Et un autre qui serait hyper intéressant, est-ce que tu peux nous dire comment fonctionne concrètement l'assaut aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui. Donc, on est un bureau de quatre personnes. On est une trentaine de bénévoles qui sont organisateurs de Maraude, très investis. Et donc, nous, on part chaque semaine avec beaucoup de produits. On maraude plusieurs fois par semaine. et il y a des choses qu'on nous donne et des choses qu'on achète. On achète tout ce qui doit être neuf, des sous-vêtements, des gants notamment, on achète des chaussettes, sac de couchage, tente, etc. Et pour ça, on peut se reposer sur des entreprises qui nous accompagnent, des entreprises comme Creatis, on a aussi des fondations qui nous accompagnent comme Amber, et des particuliers aussi qui nous accompagnent. Cagnottes et l'Oasso, qu'on peut faire plusieurs fois par an. On a toujours besoin, nous, de bénévoles. On a toujours besoin de gens qui peuvent nous donner des solutions de couchage, des produits d'hygiène. Et après, on peut nous accompagner en se rendant sur le site ou sur nos réseaux sociaux. On a toujours besoin que les gens s'abonnent à nos réseaux sociaux. Ça donne de la force.
- Speaker #1
Et comment on fait si on veut vous donner des produits ? Comment ça se passe ? Il y a des rendez-vous, il y a des lieux précis ?
- Speaker #0
Oui, si on veut nous donner des produits, on rentre en contact avec nous. Toutes les coordonnées sont sur le site internet. Et puis, on convient d'un moment, très souvent au début ou en fin de maraude, pour nous les déposer. Ou sinon, on a des lieux de collecte à Villeneuve d'Ascq, à Orchy.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a souvent des jeunes qui viennent ? On parle des profils des personnes qui font les maraudes. C'est plutôt quel âge, quel profil ? Est-ce qu'on peut venir quand on a 16, 17, 18 ans ?
- Speaker #0
On a un âge limite de 16 ans pour éviter d'avoir une expérience qui est émotionnellement trop impactante. En général, c'est très joyeux, mais ça peut être contre-productif. Et après, c'est tous âges. Nous, on est plutôt un noyau de personnes de mon âge, donc la cinquantaine. Mais dans les maraudes, c'est beaucoup de jeunes. Et c'est vrai que c'est quelque chose qu'on constate beaucoup en ce moment. C'est qu'il y a moins d'engagement associatif chez les personnes qui ont la cinquantaine et plus. Et il y a beaucoup plus d'engagement chez les jeunes.
- Speaker #1
Comment tu l'expliques ?
- Speaker #0
Les jeunes aujourd'hui, ils veulent du sens tout de suite. Dans leur job, ils veulent du sens. Et en dehors de leur job, ils veulent du sens. Je pense que c'est aussi l'environnement qui semble peut-être déjà plus difficile pour tout le monde. Et on a envie d'impacter, on voit bien qu'il y a des problèmes. Et peut-être pour les personnes plus âgées aujourd'hui, on a plutôt un mode de vie un peu plus, on pense plus à soi. Je ne sais pas. Pour les personnes plus âgées, je ne sais pas. Mais pour les jeunes, ils ont envie de sens tout de suite. Et nous, l'avantage, c'est qu'on leur offre à la fois du sens et pas d'engagement. Et ça, c'est important pour eux, d'avoir cette liberté.
- Speaker #1
Et je sais qu'à la fin de chaque parole, vous faites un petit point en disant, pour avoir les retours, qu'est-ce qu'ils disent en général ?
- Speaker #0
C'est jeune ou c'est moins jeune ? Souvent la même chose. D'abord, ils disent qu'ils reviendront toujours. Et là, spoiler alert, ce n'est pas le cas. Ils ne reviendront pas tous toujours. Mais quand même, on sent qu'il y a eu un moment agréable pour eux et une envie de continuer, si ce n'est pas avec nous au moins, d'avoir un regard différent. Et après, ils font les constats assez classiques sur les personnes de la rue, qu'elles étaient solidaires, qu'elles étaient joyeuses, qu'elles nous ressemblaient fort. que demain elles vont changer de posture par rapport à ces gens-là. Et ça, c'est hyper précieux pour nous.
- Speaker #1
Et ça, c'est gagné. On a parlé de gentillesse énormément, c'est le thème du podcast, la force de la gentillesse. Tu donnerais quoi comme définition ?
- Speaker #0
De la gentillesse ? Pour moi, la gentillesse, c'est un rapport d'amour inconditionnel. Moi, je mets de l'amour dans la gentillesse. Et inconditionnel parce qu'on se pose dans un moment donné sans d'accueil, position d'accueil.
- Speaker #1
J'aimerais bien qu'on en parle, tu travailles à côté, tu as un métier assez prenant, je sais que tu as combien d'enfants, tu en as ? Quatre. Je sais que tu as pas mal de passion à côté, tu écris des bouquins. Oui, oui, tout à fait. Comment tu gères ton temps ? Parce qu'on n'en parle jamais assez du bénévolat, on disait que c'est un engagement fort, comment tu gères ça avec ton quotidien ?
- Speaker #0
Aujourd'hui c'est à peu près bout à bout, une demi et une journée par semaine d'engagement, en plus du reste, mes enfants j'ai la chance, ils sont tous grands, il n'y en a plus à la maison. et j'ai dû taire un peu les autres passions. Parce qu'à un moment donné, il faut faire un choix. Je pense qu'il faut s'écouter, il faut regarder tous les moments où on sent que ça monte trop. Si ça monte trop, il faut redescendre sur l'engagement associatif ou descendre en engagement sur le travail. Les deux sont possibles. Mais il faut se regarder et se surveiller. Parce qu'en faire trop, c'est la porte ouverte à ne plus pouvoir le faire ou à perdre le goût de le faire.
- Speaker #1
Et savoir se reposer sur l'équipe, le collectif. Oui,
- Speaker #0
et savoir se reposer sur l'équipe et sur le collectif, ça c'est carrément indispensable. Il faut effectivement pouvoir créer les conditions où vous pouvez ne pas être là et que les choses continuent à tourner. Ce n'est pas facile à faire, mais les choses doivent pouvoir tourner sans être une personne providentielle, ni pour les personnes de la rue, ni pour les personnes...
- Speaker #1
Écoute, merci pour tout ce que tu nous as dit aujourd'hui. Merci pour ton engagement. Bravo pour ce que vous faites. C'est une très, très belle asso. Et on est fan de l'équipe.
- Speaker #0
Moi, je voudrais renvoyer le compliment à Tribi. parce que nous on est absolument fans il y a quelques associations comme ça les tribus on trouve ça beau dans vos équipes, dans tout ce que vous pouvez dégager dans les valeurs que vous portez et donc c'est très en lien avec ce qu'on a envie de faire donc longue vie à Tribi Oh,
- Speaker #1
super gentil, merci Arnaud Merci Arnaud pour cet échange qui fait énormément de bien montrer que la gentillesse peut tout changer et c'est en donnant qu'on reçoit encore plus plus. Donc n'hésitez pas, si vous voulez l'aider, inscrivez-vous au Maraud, c'est sur leur site internet, c'est tous les week-ends, et vous allez voir, c'est extraordinaire. Moi, je suis allée avec mes enfants, mes deux ados, et ça crée énormément d'échanges, de liens, et ça change tout. Donc n'hésitez pas, allez-y, et à très vite pour le prochain épisode.